Télécharger l'intégralité
de cette revue en format :
PDF

  Bulletin décembre 2009

Accès au BLOG BLOG

ROUMANIE
L’ESPÉRANCE, PAS À PAS


Formation avec le père Brau
La formation à l’Enseignement social
de l’Église, par le Père Brau



Voici 5 ans, j’ai présenté à Entraide d’Églises le projet d’une «Commission Sociale1» créée par la Conférence des Supérieures Majeures de Roumanie en vue d’une plus grande collaboration des Congrégations féminines engagées dans les œuvres sociales. L’intérêt que porte Entraide d’Églises à notre projet depuis ses débuts a été et reste pour nous un encouragement et un motif de confiance dans les moments difficiles.

Aujourd’hui, l’activité de la Commission Sociale se développe dans une Roumanie intégrée à l’UE depuis trois ans. A l’Ouest, on pense souvent que les fonds européens aidant, le pays est désormais capable de résoudre tous ses problèmes sociaux. Or, sur le terrain, les situations sont plus complexes: la crise financière touche surtout ceux qui ne possèdent que le strict nécessaire. Ainsi, les personnes âgées, après 30 ou 40 ans de service, doivent se satisfaire d’une pension de 95 € par mois qui ne leur permettra pas de payer les médicaments nécessaires. En Roumanie, il n’y aucun équivalent à la sécurité sociale d’Occident.


D’après Sr Lucia, assistante sociale depuis 10 ans, les problèmes graves de l’assistance sociale s’expliquent par l’étendue des groupes concernés et par le peu de fonds attribués. Ces problèmes proviennent en grande partie
• d’une insuffisance effrayante des infrastructures nécessaires (pour orphelins et enfants maltraités, mères et vieillards seuls, femmes victimes de violences domestiques, familles sans toit), que le secteur privé ne peut pas combler.
• d’un manque de cohérence institutionnelle, et d’absence de vue globale sur les besoins réels et les stratégies de redressement : habitations sociales, centres de réhabilitation pour les victimes de la drogue, de l’alcool...
• du manque d’instances de supervision et d’évaluation, d’inefficience, de gaspillage et de déséquilibre des budgets de protection sociale (25 € par mois pour une famille sans revenu propre).


Les institutions publiques sont dépassées par la complexité des problèmes, par la faible participation de la société civile à leur résolution et par l’absence de moyens d’intervention. L’on intervient le plus souvent grâce à la presse qui met en exergue quelques cas.


Nous comprenons la plainte et la colère de Sr Lucia qui affirme que « les Roumains traînent derrière eux, comme une bosse, les suites du régime communiste durant lequel on a supprimé les écoles d’assistance sociale et les fondations humanitaires. Il faut une éducation sociale du peuple pour le rendre attentif aux droits et aux devoirs de solidarité de chacun dans l’Etat. 20 ans après la libération, nous sommes loin d’une forme viable d’assistance et de protection pour les personnes en difficulté. Il existe des lois pour certaines situations, qui ne disent rien de concret, ou fort peu, dans l’intérêt des personnes visées ».
L’Église commence à comprendre le rôle social qu’elle pourra jouer et la société civile à s’organiser. Les fondations et ONG d’inspiration chrétienne ou humanitaire sont une bouffée d’oxygène pour la population, l’Église y compris, qui a beaucoup appris de l’expérience des Congrégations venues de l’étranger lui prêter main-forte.


Dans ce contexte, le but de notre Commission Sociale n’est pas d’ajouter une activité d’ordre caritatif aux services assumés par les 300 Sœurs et quelque 1000 personnes laïques qui travaillent avec elles. Elle veut, par une collaboration interne et avec les institutions chrétiennes, témoigner, au nom de l’Évangile, de la dignité des pauvres au milieu de nous et contribuer à changer les mentalités pour une société plus juste, plus solidaire.

La Commission se compose d’une petite cellule centrale qui planifie les activités et maintient un contact régulier avec les 8 zones de relais et leur vingtaine d’animatrices zonales. Celles-ci organisent dans leur région, avec un public extérieur, trois ou quatre rencontres par an, prolongeant une formation acquise antérieurement. Les thèmes se réfèrent à un problème social susceptible d’intérêt.
La formation commune s’effectue chaque année sous la conduite du Père Jean-Claude Brau, spécialiste de l’Enseignement social de l’Église et expert en animation de groupes. Inspirée de la méthode de l’Action catholique Voir, Juger, Agir, elle joue un rôle primordial dans l’évolution de notre groupe: nouvelles connaissances, enseignement interactif, confrontations avec la réalité, partages d’expériences.


La majorité des animatrices, jeunes assistantes sociales roumaines qui souffrent du mépris et de la dureté avec lequel on traite les personnes fragilisées, sont relativement isolées au niveau de ce qu’elles expérimentent dans la société et dans l’Église. Aussi est-ce un grand soutien pour elles de voir que d’autres font les mêmes choses ailleurs et que la Commission Sociale, reconnue par les Congrégations, les soutient. Elles prennent conscience du témoignage qu’elles donnent en intégrant les aspects sociaux dans la foi chrétienne tels qu’ils apparaissent dans la Bible et dans l’ESE. Elles gagnent en connaissances et en assurance, et le groupe en cohésion. La rencontre avec le groupe est toujours porteuse d’Espérance.  Les sessions de travail avec le Père Brau comportent:
1)       un temps d’évaluation du travail accompli au cours de l’année. L’apprentissage de la formation est lié aux attitudes du citoyen dans une société démocratique.
2)       La formation à la Doctrine Sociale de l’Église, à partir des encycliques, de la Bible, ou à travers une biographie exemplaire en ce sens.
3)       L’établissement par zone du programme d’action pour l’année à venir, suivi d’un partage des choix. La session se termine par une évaluation.


Le groupe, à l’intérieur duquel il y eut des renouvellements, comprend 18 à 20 participantes. Il y eut plus de laïques en 2009, avec une expérience et un intérêt manifestes pour le social. La rencontre du groupe constitue un soutien important pour elles, leur présence est dynamisante pour les Sœurs et leur donne beaucoup d’Espérance. Au programme:
1)       la récente encyclique de Benoît XVI Caritas In Veritate pour laquelle le P. Brau avait fait une fiche de travail, traduite en roumain.
2)       Une initiation de base à l’Europe. La journée sur l’Europe, « notre Maison commune à construire » a été pour les Roumaines une révélation, Caritas in Veritate, une réelle provocation.


Comme le remarquait le P. Brau au départ de Cluj: «Il y a maintenant un noyau motivé et expérimenté pour faire un travail autonome dans les zones, à condition d’être appuyé par la Commission. Cet acquis n’était pas évident au départ de notre chemin commun».


 Sr Marie-Anne Mathieu