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  Bulletin décembre 2008

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Symposium international organisé par Entraide d’Églises
8 au 10 novembre 2008
Deux journées de rencontres lumineuses et instructives


Pour ce symposium exceptionnel qui eut lieu à la Maison Notre-Dame du Chant d’Oiseau à Bruxelles, neuf de nos partenaires d’Europe centrale et orientale ont accepté notre invitation, ce qui nous a remplis de fierté et de joie. Le Père Noël Choux, délégué de la Conférence des Évêques de France pour les émissions religieuses dans les diocèses francophones d’Outre-mer, fut notre modérateur, avec toute la compétence et l’amabilité qu’on lui connaît. Une journée fut consacrée à la présentation du travail de chacun de nos partenaires, de leurs priorités pour le futur et à l’élaboration d’une réflexion sur leurs attentes à l’égard d’Entraide d’Églises. La deuxième journée fut celle d’un partage autour des expériences spirituelles de chacun avant et après la chute du rideau de fer. Une conférence de presse animée par Catherine Berkans, secrétaire générale,  permit ensuite aux journalistes de se familiariser plus encore avec les réalités d’Europe centrale et orientale. Enfin, des donateurs et des lecteurs du Bulletin d’Entraide d’Églises  nous rejoignirent pour faire la connaissance des acteurs des projets auxquels ils s’intéressent. Nous nous souviendrons de ces moments de partage chaleureux et de communion fraternelle.


Symposium intrenational 2008
Accueil des donateurs et des lecteurs du Bulletin d’Entraide d’Églises


Réussites actuelles et priorités pour l’avenir

 

CROATIE
Père Josip BARICEVIC

En 1973, nous avons fondé, à Zagreb, le centre catéchétique et pédagogique Symbolon. Nous y formons des professeurs de religion pour l’enseignement primaire et secondaire ainsi que pour l’enseignement universitaire, en collaboration avec la Faculté Théologique de Zagreb. Nous avons publié un nombre considérable de manuels de religion, de littérature et de culture religieuse dans les manuels scolaires à destination des enfants et des familles. Notre souci est de partir du quotidien, de veiller à la qualité esthétique et de présenter un regard positif sur ceux qui nous sont proches, les musulmans, les orthodoxes pour entrer en dialogue avec eux.
Entraide d’Églises a été à nos côtés depuis le début de cette entreprise.
Nous devons poursuivre une évaluation sérieuse de ce que nous avons fait jusqu’ici, surtout dans l’éducation religieuse. Il faut établir une recherche scientifique, interdisciplinaire, puis publier les résultats de cette recherche pour les étudiants en théologie et en catéchèse. Une formation permanente de qualité est indispensable.
 L’organisation de symposiums internationaux, en partenariat avec les Églises des différentes parties de l’Europe est nécessaire.
Nous avons besoin de livres et d’autres médias de valeur (contenu, présentation) qui intègrent les dimensions spirituelle et culturelle.
Il faut développer la pluralité des communautés chrétiennes.
Nous cherchons à créer les conditions pour que la bibliothèque de Symbolon soit ouverte aux professeurs et aux étudiants de l’université et de l’extérieur, afin que ses 10.000 ouvrages ne constituent pas un capital mort.


HONGRIE
Monsieur János BOÓR

Deux événements d’importance ont marqué ma vie : la révolution hongroise en 1956 et le Concile Vatican II. Les intellectuels hongrois, enthousiastes, espéraient alors que l’Église catholique allait se renouveler. L’association Pax Romana s’est interrogée sur la manière de transmettre cette pensée catholique vers la Hongrie et les pays voisins. En collaboration avec les Éditions autrichiennes Herder, nous avons édité un « digest », la revue Mérleg, pour diffuser des articles d’Europe occidentale vers ces pays, et avec l’aide d’Entraide d’Églises, nous avons édité le livre de Roger Schutz, Dynamique du provisoire. Notre première lettre à Entraide d’Églises date de 1966 et notre collaboration a été effective jusqu’aujourd’hui.
Actuellement, la situation en Hongrie est différente, voire plus difficile que sous le régime communiste. L’esprit de Vatican II trouve moins d’écoute qu’il y a 40 an: 30% des lecteurs de Mérleg sont non croyants. Le pays est divisé : on constate un retour à l’esprit nationaliste d’entre les deux guerres.
Nous devons relever le défi de la sécularisation, comme en Europe occidentale : la croissance religieuse est négative depuis plusieurs années, beaucoup de chrétiens sont religieux “à la carte”, la société moderne connaît un problème pastoral. Il faut traduire et diffuser en Hongrie des articles de revues qui sont à la pointe de la recherche sur ces divers thèmes.

LITUANIE
Père Algirdas DAUKNYS 

Les premiers livres qui nous sont parvenus par le biais de Nicolas Hilgers et de l’Entraide furent pour moi une révélation. En Europe occidentale, vous étiez comblés par l’abondance de livres de pensée et d’analyse chrétiennes de haut niveau : nous, nous en avions faim! Ensuite, j’ai eu la possibilité d’étudier à Bruxelles où j’ai obtenu une licence en théologie dogmatique à l’IET. L’Entraide a soutenu une formation à la catéchèse des adultes dans le diocèse de Panevezys, dont le Centre catéchétique est devenu l’antenne lituanienne de l’iFac (Lille), le Centre catéchétique de Vilnius qui a essaimé dans d’autres diocèses, et notre participation aux Semaines Européennes de communication à Lyon. Nous collaborons aujourd’hui pour l’émission catholique de la radio régionale Pulsas avec une équipe de jeunes et avons mis sur pied, également avec des jeunes, un projet intitulé « l’Europe au visage humain ».
Nous souhaitons développer notre Centre catéchétique (consultation de manuels, enseignement de la catéchèse des adultes).
En ce qui concerne l’émission chrétienne développée à la Radio Pulsas, il reste à assurer une permanence-secrétariat, former un réseau de journalistes avec lesquels on puisse collaborer plusieurs années, couvrir les événements pour les écoles, créer un studio d’enregistrement.
Le projet « l’Europe au visage humain » doit continuer à promouvoir l’esprit de Robert Schuman et développer une culture de paix.
De manière générale, nous devons introduire nos thèmes de travail dans la vie publique et associer des gens de qualité, des intellectuels à nos réflexions. Je souhaiterais que soit constitué un groupe d’intellectuels chrétiens qui sensibilise la Lituanie aux effets de l’époque post-moderne et post-communiste et à la «Liberté-responsabilité-fraternité-bien commun ».


LITUANIE
Sœur Rose-Anne GRAULICH

Notre catéchèse est à double niveau : d’une part, en école, elle doit se soumettre aux attentes de l’État et livrer des connaissances ; d’autre part, en paroisse, elle doit éveiller à la foi. La Lituanie s’est inspirée de la méthode de la française Noëlle Leduc. Entraide d’Églises est intervenue pour la diffusion dans les diocèses de la méthode « Message », développée à l’iFac (Lille) où plusieurs enseignantes ont été se former.
J’ai fondé une communauté carmélitaine contemplative non cloîtrée qui offre des possibilités de retraites de spiritualité carmélitaine ainsi que des retraites basées sur la thématique “amour et pardon”. Partout, des gens sont blessés et, en Lituanie, doublement blessés par tout ce qu’ils ont vécu durant l’époque communiste. Le pardon permet de s’exprimer et de revivre. Actuellement, nous menons quatre retraites par an, mais cela ne suffit pas.
Nous ouvrons également une session annuelle aux psychologues, psychiatres, prêtres et accompagnateurs spirituels, pour qu’ils réalisent que nous ne sommes pas concurrents.
Nous manquons de locaux et nous agrandir est devenu vital. De manière générale, la Lituanie doit mettre l’accent sur la publication de livres. Il faut faire des choix avisés en matière de catéchèse. Mon rêve personnel est de traduire les livres de base de la spiritualité carmélitaine.
Il est nécessaire de poursuivre la formation des laïcs, des religieuses, des prêtres, en envoyant des prêtres à l’étranger (importance des bourses d’études). A l’étranger, on peut prendre conscience que d’autres aussi possèdent un savoir.
Il faut apprendre aux jeunes le devoir de mémoire et collaborer avec l’Europe : comment y intégrer l’aspect chrétien?


LETTONIE
Père Andris KRAVALIS

Nous avons créé le Centre d’information de l’Église catholique en Lettonie, qui couvre toute la Lettonie, c’est-à-dire 4 diocèses Il s’agit de réunir toute l’information pour la diffuser dans la société et ainsi de créer un pont entre l’Église et la société, via un site Internet en letton, en anglais, en russe et en français. Notre relation avec Entraide d’Églises a débuté par la réception de livres de fond et s’est poursuivie par le soutien à l’édition de plusieurs ouvrages et à l’engagement de deux permanents pour notre Centre.
Nous travaillons dans une perspective œcuménique avec les orthodoxes, les luthériens et les baptistes selon les régions - je suis d’ailleurs professeur à l’Académie orthodoxe. Nous collaborons également avec les éditions orthodoxes Christianos, autre partenaire d’Entraide d’Églises, dont le but est de rétablir le dialogue entre les différentes religions chrétiennes…
Le décalage entre le patrimoine de l’Église d’Europe occidentale et celui de l’Église lettonne est grand : par exemple, nous ne possédons qu’une traduction luthérienne de la Bible, le bréviaire et le compendium de l’Enseignement social de l’Église ne sont pas encore traduits dans notre langue. Les livres religieux qui sortent actuellement sur le marché tendent à casser l’image de l’Église (ex : “La vie sexuelle du Pape “).
Nous avons besoin d’ouvrages de base (textes conciliaires, doctrine sociale de l’Église, …), d’information par un canal sûr et vrai, sur tout ce qui se passe en Église. Dans une autre optique, nous souhaiterions recevoir des films réalisés en Occident, afin de les traduire en letton. Nous sommes en Europe: nous ressentons enfin la nécessité d’un soutien mutuel pour nous battre sur le plan des droits de l’homme car nous ne pouvons pas tout créer par nous-mêmes.


LETTONIE
Madame Aija BALODE

Je suis directrice d’une maison d’édition créée en 1999, Kala Raksti, qui occupe 3 personnes à temps plein. Nous éditons une revue mensuelle, Mieram Tuvu, que l’on peut considérer comme l’équivalent de Magnificat et qui présente au lecteur pour chaque jour de l’année les textes de l’Écriture Sainte ainsi que des pistes de réflexion et de prières. Le Père Andris Kravalis est notre consultant théologique. Cette revue est vendue, elle ne bénéficie pas de sponsoring.
Entraide d’Églises nous a aidés à éditer divers ouvrages, et nous a incités à rédiger un catalogue pour diffuser notre production. En effet, notre système de distribution est particulier : nous chargeons notre voiture et nous faisons le tour des paroisses et des communautés de Lettonie, ce qui nous met en contact direct avec les gens.
Grâce au Fonds de solidarité que nous avons constitué, nous pouvons distribuer gratuitement 1000 exemplaires de Mieram Tuvu dans des hôpitaux, des prisons, des communautés.
Nous avons constaté que notre public est à la recherche de personnes de référence à admirer; c’est pourquoi nous avons publié des vies de saints.
Nous essayons également d’atteindre les gens qui sont à la recherche de la parole de Dieu (actuellement par la voie du CD).
Nous souhaitons continuer à diffuser Mieram Tuvu et à veiller à sa qualité. Nous désirons nous inspirer de la base : les gens recherchent des témoignages, et non une doctrine contraignante. Chacun peut être un vecteur de changement important là où il est. Il nous semble important de développer l’aspect musical pour accéder à la prière (ainsi, nous avons prévu une belle édition des psaumes, destinée aux magasins traditionnels). Il faut également développer le Fonds de Solidarité pour toucher tous ceux qui ont besoin de la parole de Dieu et ne connaissent pas nos éditions.


POLOGNE
Monsieur Pawel BIELINSKI

Je suis journaliste de l’Agence de presse catholique KAI, fondée en 1993 par la Conférence Épiscopale polonaise, mais indépendante dans son activité. Notre but est la promotion de l’information religieuse dans les médias laïcs. Nos dépêches, interviews et dossiers se retrouvent dans tous les grands organes de la presse quotidienne et hebdomadaire. Nous ne sommes pas payés par l’Épiscopat, nous devons nous autofinancer (sponsoring, éditions de livres).
Nos services :
• publications diverses sur Internet : service d’information quotidien pour nos abonnés, accès libre à un choix de nos informations
• bulletin hebdomadaire destinée aux abonnés, service audio pour les émissions radiophoniques, service photographique couvrant les événements religieux, conférences de presse fréquentes
• éditions de livres (encycliques pontificales), de lexiques (des instituts religieux, des mouvements catholiques)
• tous les deux ans, conférences internationales, sur divers thèmes: l’intégration européenne; le dialogue œcuménique et interreligieux; la famille (2008) [elles ont lieu à Gniezno - berceau du christianisme en Pologne]
Malgré les apparences, nous avons toujours besoin d’aide : en matière d’édition nous rencontrons des obstacles de nature financière pour éditer, distribuer et vendre nos ouvrages (une grande partie de la population manque de moyens, coût d’édition élevé). D’autre part, il faut inverser la tendance qui consiste uniquement à recevoir des livres traduits d’Europe occidentale. Le temps n’est-il pas venu pour nous de présenter notre patrimoine à l’Occident? Les auteurs polonais ne se publiant qu’en polonais, il serait très bien de trouver des moyens pour traduire et diffuser nos auteurs en français, en espagnol, en italien, en anglais, en allemand.
Par ailleurs, on trouve en Russie et dans d’autres pays de l’ex-Union soviétique non seulement des prêtres et des religieux polonais, mais aussi des laïcs prêts à s’engager dans la pastorale et le social. Ceux-ci ne sont pas payés pour ce travail : aucune assurance polonaise ne les couvre quand ils partent à l’étranger. Il serait bien de créer un fonds pour appuyer les laïcs à s’engager à l’étranger sans perdre leurs droits sociaux quand ils reviennent.


ROUMANIE
Sœur Marie-Anne MATHIEU

En 2003, la Conférence des Supérieures Majeures de Roumanie décide d’unir ses congrégations au service des « laissés pour compte » de la société. J’ai suivi mon intuition et une « Commission sociale» a vu le jour. J’en ai choisi les membres parmi mes connaissances : huit jeunes Roumaines et trois sœurs étrangères. La rencontre avec Entraide d’Églises fut décisive : son intérêt pour notre travail, l’apport financier, la formation à la Doctrine sociale de l’Église dispensée aux Sœurs et aux laïcs par l’Abbé belge Jean-Claude Brau. Cette formation n’est pas théorique ou universitaire, mais s’ancre dans le réel. Trois journées de sensibilisation ont été organisées dans trois régions différentes. Des fiches –mémoire ont été élaborées. Des zones de travail se sont créées ; dans chaque zone, nous avons engagé deux sœurs comme animatrices. Chaque année, nous mettons sur pied une formation complémentaire et un plan d’action en fonction de chaque région.
Nous voulons surtout travailler à vaincre la grande passivité des Roumains face aux injustices dont souffrent beaucoup de leurs concitoyens, les enfants, les familles nombreuses, les vieillards, les réfugiés qui vivent parmi eux….
Nous voulons contribuer à un changement de mentalité, à commencer par nous-mêmes... Le Royaume est toujours en train d’advenir.
Ce travail demandera beaucoup de temps avant que l’on en voie les fruits. Nous croyons à la parabole du bon grain qui pousse à l’insu du semeur.
Il est urgent de renforcer l’aspect « enseignement social de l’église » et d’augmenter les formations dans ce domaine; de contacter le prêtre responsable des jeunes adultes qui travaillent avec des plus jeunes ; de trouver une place dans les paroisses, mais cela est difficile pour des laïcs et des religieuses en Roumanie, à côté des prêtres qui n’ont pas l’habitude de telles collaborations.
Nous avons besoin d’outils pédagogiques qui nous permettent de traduire nos engagements pour les droits de l’homme et pour la justice, pour les valeurs de la solidarité, du bien commun, de la dignité du travail humain, etc. Nous devons sensibiliser les institutions publiques en gagnant des laïcs à notre démarche

RUSSIE
Jean-François THIRY

Notre « Bibliothèque de l’Esprit » est une maison d’édition (120 titres de théologie catholique et orthodoxe) et de distribution (350 livres par jour) moscovite. C’est aussi un acteur culturel et c’est là qu’Entraide d’Églises nous rejoint: nous organisons quatre à cinq événements culturels par semaine (conférences, présentation de livres, expositions, cours (théologie, biblique, psychologie...)), des concerts, des spectacles pour enfants. Nous essayons de créer un dialogue entre les Églises et entre l’Église et la société. Notre travail a été œcuménique dès le début ; aujourd’hui, pour nous ce terme est « dépassé » : nous travaillons ensemble, catholiques et orthodoxes, sur des thèmes importants pour nous tous. C’est ainsi que nous avons travaillé par exemple pour la publication du livre du Pape Benoît XVI Introduction au christianisme.
Il faut se rappeler que la distribution avait été détruite durant l’ère soviétique. Aujourd’hui, les maisons d’édition chrétiennes doivent publier ce que les maisons classiques ne publient pas : il y a un marché.
Nous profitons également de la diaspora russe à l’étranger pour diffuser nos éditions. Néanmoins, l’attente des autres pays ex-soviétiques dans ce domaine diminue. Notre priorité est de découvrir de nouvelles personnes-ressources (professeurs en sciences humaines, théologiens, étudiants) et de créer des liens entre eux. Mon rêve personnel est d’ouvrir un centre culturel comme le nôtre dans d’autres grandes villes de Russie. Il faut développer une parole de “rencontre” et une parole d’expérience, en veillant à ne pas renoncer à une partie de soi pour rencontrer l’autre.


Le trésor spirituel de la communauté des croyants


Durant toute la période communiste, la foi a été vécue différemment des deux côtés du rideau de fer : en Europe occidentale, la foi s’est exprimée dans le domaine caritatif surtout, alors qu’en Europe centrale et orientale, elle a dû, par la force des choses, se creuser en intériorité, alimentée par une dimension spirituelle profonde, bien qu’elle ait souvent osé se proclamer en dépit des brimades et des humiliations. Le trésor spirituel de la communauté ecclésiale est un trésor commun : ce qu’ont vécu nos amis durant l’époque communiste a enrichi ce trésor et nous pensons qu’ils nourrissent, de ce fait, une espérance plus profonde que la nôtre, espérance qu’ils peuvent à présent nous donner en partage en tout liberté. Saurons-nous les écouter ?


CROATIE
Père Josip BARICEVIC

Durant les années 50, le pouvoir a commencé à supprimer le clergé et les séminaires. J’ai moi-même été emprisonné à l’âge de 18 ans.
Dans les années 60, un changement est apparu avec le Concile Vatican Il et l'ouverture des frontières. Nous commencions à respirer, on nous a permis d'étudier à l'étranger.
Le mot-phare était « liberté»: il fallait se libérer du communisme, de la domination serbe et exprimer son identité culturelle, religieuse et nationale. Avec l'aide de Rome, l'Église s'est développée. A cette époque d'ailleurs, Entraide d'Eglises a apprécié le caractère personnel de notre travail et a soutenu beaucoup de nos initiatives.

Ensuite, l'ouverture vers les autres religions a permis d'ouvrir l'institut théologique à celui qui est aujourd'hui « mufti Il musulman et qui est devenu un ami.

Enfin, l'éducation confessionnelle optionnelle a été instaurée dans les écoles.

Aujourd'hui, la Croatie se trouve dans la salle d'attente de l'Union Européenne car nous avons toujours fait partie de l'Europe, mais il nous faut encore discuter pour trouver le moyen de conserver notre identité culturelle, nationale et religieuse.
Enfin, l’éducation confessionnelle option-la Russie, entre la Hongrie et la Slonelle a été instaurée dans les écoles. vaquie. Il faut défendre les valeurs humaines, surmonter le racisme et le Aujourd’hui, la Croatie se trouve dans nationalisme. la salle d’attente de l’Union Européenne car nous avons toujours fait partie de l’Europe, mais il nous faut encore discuter pour trouver le moyen de conserver notre identité culturelle, nationale et religieuse.

HONGRIE
Monsieur Jânos BOOR

D'après l'Évangile, le critère de l'amour de Dieu est toujours l'amour du prochain. Le mystique doit donc être, lui aussi, au service de l'autre: ainsi, dans le groupe « Pax Romana l) actif pour la paix, la réconciliation avec l'Allemagne a toujours été une valeur importante.

Ce modèle doit être développé à l'Est: le service de la paix entre les peuples doit continuer, entre les pays baltes et la Russie, entre la Hongrie et la Slovaquie. Il faut défendre les valeurs humaines, surmonter le racisme et le nationalisme.


LITUANIE
Père Algirdas DAUKNYS

En 1988, j'ai participé à la Révolution Chantante. Nos parents se sont battus pour la liberté et je suis prêt à me battre encore. Lors d'une homélie pour un soldat décédé en Afghanistan, j'ai glissé quelques mots qui parlaient de libération: la foule a été emportée par ces mots. Mais j'ai terminé mon sermon par des mots de paix pour les agresseurs du soldat aussi. C'est peu de temps après que la révolution a débuté.

Des amis ont payé de leur vie le fait d'avoir filmé les événements de Vilnius en 1991. Peut-on trahir l’héritage laissé par ceux qui sont morts au cours de cette lutte pour la liberté ?
Budapest en 1956, Prague en 1968, Gdansk en 1978-1980… autant de batailles pour la liberté. Le prix à payer était grand ! Il n’y a pas que mai 68 en France ! Ce combat spirituel en Europe centrale et orientale dont la liberté est sortie victorieuse, nous ne pouvons pas le gaspiller ! Nous ne nous sommes pas battus pour une démocratie qui pervertit les valeurs !

LITUANIE
Sœur Rose-Anne GRAULICH


Il ne faut pas banaliser la liberté pour laquelle des gens se sont battus à mort. Il ne faut pas copier la liberté occidentale qui permet de faire n’importe quoi et n’est pas une vraie liberté, bien qu’elle tente beaucoup de nos concitoyens.
Nous devons nous retrouver et partager notre foi. En Lituanie, j’ai été la première religieuse à porter l’habit. Dans les bus, des personnes s’approchaient doucement en disant “loué soit Jésus-Christ”, puis disparaissaient dans la foule. La foi était là.
Nous avons vécu cela lors de la présentation des reliques de Ste Thérèse, vénérées par des foules entières. Des gens priaient la nuit, les processions d’une église à l’autre étaient suivies par un monde fou. Notre maison de retraites a accueilli, en 3 ans, 3000 retraitants. Pour la petite Lituanie, c’est beaucoup.


LETTONIE
Père Andris KRAVALIS

Les pèlerinages jouent un rôle important chez nous, surtout le grand pèlerinage du 15 août : cela s’est vérifié lors du régime communiste et cela continue aujourd’hui. Une retraite est proposée aux pèlerins et à tous ceux qui les reçoivent ou les accompagnent. On pourrait s’en inspirer en Europe Occidentale.
D’autre part, il faut s’occuper de la pastorale des vocations : j’habite dans une petite communauté avec des jeunes qui veulent savoir ce qu’est la vocation sacerdotale. Certains des jeunes qui sont passés par ce petit Séminaire sont actuellement au Grand Séminaire. Cela doit aller de pair avec la préparation au mariage et à la vie de famille.
Enfin, il est capital d’avoir des modèles, des références, d’où l’importance de se rappeler la vie et le témoignage des saints.
L’atmosphère œcuménique nous invite à une pastorale très ouverte : des luthériens ou des orthodoxes participent souvent aux retraites que nous organisons.


LETTONIE
Madame Aija BALODE

L’hymne letton est une prière pour la Lettonie. C’est par miracle que la liberté a été obtenue chez nous avec si peu de victimes.
Un prêtre m’a dit un jour : «Passe autant de temps à prier qu’à travailler ». Pratiquement nous passons 1/10 de notre temps en prière et chaque mois, nous vivons une nuit d’adoration : des nuits d’adoration donnent du souffle. Si notre maison d’édition arrive à fonctionner avec si peu de moyens, c’est parce que notre équipe est soudée par cette vie de prière et de communauté.

POLOGNE
Monsieur Pawel BIELINSKI


Sans expression culturelle, la foi n’a pas d’influence sur la vie sociale.  L’inculturation s’est opérée en Pologne dans la piété populaire (pèlerinages, piété mariale, Sacré-Cœur de Jésus, Miséricorde Divine…).  Actuellement, elle doit être adaptée aux nouvelles générations, dans des formes très concrètes de l’amour du prochain, par exemple la création de clubs de donneurs de sang, de donneurs d’organes dans les paroisses, Des actions caritatives interdites durant le régime (« la pauvreté n’existe pas dans un pays communiste ») se développent considérablement. Aujourd’hui, l’Église est le plus grand organisme humanitaire en Pologne; la Caritas donne 60 millions d’euros par an !
En puisant dans ce trésor spirituel, nous pouvons faire face aux défis de la modernité : bioéthique, société informatisée, pastorale des migrants venant des pays de l’ex-Union Soviétique et du Vietnam (30.000 Vietnamiens vivent aujourd’hui en Pologne).

ROUMANIE
Sœur Marie-Anne MATHIEU

La laïcisation fait de rapides progrès dans un pays à majorité orthodoxe. Mais la religion fait partie de la vie, elle donne des raisons de vivre et de mourir. Les grandes manifestations orthodoxes rassemblent des foules considérables. Même les politiciens, pratiquants ou non, se retrouvent dans les pèlerinages. Le lien traditionnel entre orthodoxie et l'État est incontestable, il est profondément ancré dans l'histoire.
Nous constatons aussi, dans nos églises, que des prêtres qui ont été formés à l'extérieur peuvent transmettre une spiritualité vivifiante pour les temps et la société dans laquelle les chrétiens vivent.
Cette société est en pleine évolution. Ceux qui la dirigent ne sont pas toujours crédibles. Le peuple n'a pas confiance dans le pouvoir politique, peu transparent et trop éloigné de ses attentes légitimes. L’Europe paraît être une planche de salut en tant que lieu de formation, de travail, d’horizons nouveaux. Ils sont foule, les étudiants qui partent ailleurs à la fin de leurs études parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi qui permette de vivre et de fonder une famille.

RUSSIE
Monsieur Jean-François THIRY

Grâce à la Glasnost et a la Perestroïka (fin 80, début 90), l'Église a enfin pu renaitre mais cette renaissance s'est très vite cristallisée. En est un exemple la vie liturgique de l'Église orthodoxe qui a répété les formes du 1geme siècle, sans tenir compte du Concile de 1917-1919. L'Église catholique a eu aussi du mal a trouver un langage qui pouvait parler à la nouvelle Russie. Ainsi en 1991, à mon arrivée à Novosbirsk, la messe était dite en allemand pour un auditoire qui ne le parlait plus. Les choses ont évolué positivement: par exemple, la doctrine sociale de l'Église orthodoxe a été élaborée en tenant compte du trésor et de la tradition catholique.

Prises de notes:
Catherine Berkans,
Baga Martens,
Karl Wintgens

 

Un texte de Robert Schuman, un des trois pères fondateurs de l’Europe,
écrit au milieu des années 60


Nous devons faire l’Europe non seulement dans l’intérêt des peuples libres, mais aussi pouvoir y recueillir les peuples de l’Est qui, délivrés des sujétions qu’ils ont subies jusqu’à présent, nous demanderaient leur adhésion et notre appui moral.

Depuis de longues années nous avons douloureusement ressenti la ligne de démarcation idéologique qui coupe l’Europe en deux. Elle a été imposée par la violence. Puisse-t-elle s’effacer dans la liberté !
Nous considérons comme partie intégrante de l’Europe vivante tous ceux qui ont le désir de nous rejoindre dans une communauté reconstituée. Nous rendons hommage à leur courage et à leur fidélité, comme à leurs souffrances et à leurs sacrifices.
Nous leur devons l’exemple d’une Europe unie et fraternelle. Chaque pas que nous faisons en ce sens constituera pour eux une chance nouvelle. Ils auront besoin de nous dans l’immense tâche de réadaptation qu’ils auront à accomplir.
La communauté européenne doit créer l’ambiance propice à la compréhension mutuelle, dans le respect des particularités de chacun: elle sera la base solide d’une coopération féconde et pacifique.
Ainsi s’édifiera une Europe nouvelle, prospère et indépendante.
Notre devoir est d’être prêts.