Bulletin juin 2008

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SOMMAIRE

LETTONIE
La société d’édition Kala Raksti Un dialogue par le livre entre Dieu et la société

ROUMANIE
Des religieuses se mobilisent pour les plus pauvres La paroisse “la Bonne  Nouvelle” à Cluj

 HONGRIE
La revue Mérleg : 43 ans d’exercice au service  du renouveau de la  réflexion chrétienne

 

L’enthousiasme est le génie de la sincérité*


* Edward Lytton

LETTONIE

Les éditions Kala Raksti
Un dialogue par le livre entre Dieu et la société


En 1999, la société d’édition Kala Raksti est fondée par Christophe Alexandre, directeur de l’orphelinat de Graci et par trois femmes énergiques, Aija et Baiba Balode et Laura Feldberga. Elle met l’accent sur l’aspect moderne des techniques d’évangélisation.
Dès l’origine, nous avons souhaité fortifier dans leur foi ceux qui sont déjà chrétiens et annoncer la bonne nouvelle à ceux qui cherchent le Seigneur, consciemment ou inconsciemment. Chacun peut appartenir à cette dernière catégorie. Nous devons donc essayer de toucher tout le monde.

Mieram Tuvu,  calendrier spirituel

La tâche principale de Kala Raksti est la revue mensuelle “Mieram tuvu : Parole de Dieu pour chaque jour”. Ce calendrier spirituel offre pour chaque jour des lectures de la bible (conformément au calendrier liturgique de l’Église) ainsi que des textes de prière et de réflexion. Les lectures du dimanche sont suivies du commentaire d’un prêtre.

Les lectures de l’Écriture Sainte, base de notre édition, sont strictement définies, et nous ne pouvons ni ne souhaitons les changer. En revanche, nous pouvons travailler avec créativité en choisissant les auteurs les plus divers pour les textes de prière et de réflexion: les pères de l’Église, d’autres saints et… nos contemporains, qui prient le Seigneur avec leurs propres mots, qui le remercient, qui lui expriment leurs préoccupations… Nous souhaitons ainsi montrer à chaque lecteur de ce petit livre qu’il n’existe pas de standards à respecter pour s’adresser au Seigneur, qu’il ne faut pas citer nécessairement des prières bien définies et approuvées par l’Église. Nous pouvons utiliser notre propre manière de parler, librement, sincèrement. C’est le cœur que le Seigneur entend.
Pour intéresser des lecteurs de différents milieux, nous avons créé un nouveau chapitre à la fin de chaque édition, intitulé “Le Saint du mois”. Il consiste en la présentation d’un saint ou d’un bienheureux dont la fête ou le jour de commémoration est célébré au cours du mois. Nous choisissons les saints les plus variés, hommes et femmes, martyrs des premiers siècles du christianisme et témoins de la foi du siècle dernier, personnes consacrées, pères et mères de famille. Ce faisant, nous voulons affirmer que chaque voie proposée par le Seigneur est une possibilité de grandir dans la sainteté. Nos lecteurs ont été enthousiastes, notre choix a donc été correct. Aujourd’hui, les mots ne suffisent plus, les gens attendent des témoignages de vie.

Notre réseau de distribution


Nous réalisons un travail sérieux pour que nos livres soient disponibles dans des églises mais aussi dans des librairies “ordinaires”. Cette année nous sommes parvenus à déposer le Mieram tuvu dans les kiosques et magasins de la chaîne Narvessen, dispersés sur tout le territoire. Les gens y entrent pour prendre un hot-dog ou un snickers et pour acheter une édition de presse. Depuis quatre mois, parmi les éditions disponibles dans ces points de vente, il y a également une revue qui propose la parole de Dieu pour chaque jour !
Nous considérons que le fait que notre édition soit disponible dans des magasins séculiers constitue déjà une victoire. Dieu peut utiliser ces petits livres pour toucher le cœur de quelqu’un qui serait déjà prêt à faire connaissance avec ce calendrier spirituel capable de transformer son quotidien, et peu à peu, grâce à la parole de Dieu, capable de transformer toute sa vie !
En outre, nous avons franchi il y a deux ans le pas de la vente sur Internet : la mise en place du site (www.mieramtuvu.lv) nous a libérés. Nous avons pris conscience du fait que cette édition n’était pas notre propriété, mais bien celle de Dieu ! Et que, par conséquent, ce livre devait être partout, y compris sur le Net.
Au début, nous craignions une diminution du tirage de notre édition. Pourquoi acheter s’il est possible d’imprimer gratuitement ? Pourtant le tirage n’a pas baissé, au contraire ! La parole de Dieu est disponible à un plus grand nombre de personnes, et peut toucher plus de cœurs !

Nos actions sociales


Bon nombre de personnes malades, seules, en prison…, ont particulièrement besoin de lire la parole de Dieu, mais n’ont peut-être pas les moyens d’acheter la revue.  Peut-être aussi ne savent-elles tout simplement pas qu’une telle édition existe. Nous avons senti qu’il devait y avoir une possibilité de parvenir à ce que des assistants sociaux, des médecins, des gardes de prisons ou toute autre personne de bonne volonté puissent offrir ce livre à la personne en difficulté, en lui disant : “Voici, Dieu peut t’aider” !
C’est ainsi que le Fonds de solidarité de Mieram tuvu a été créé. Par l’intermédiaire de ce fonds, nous sollicitons des donations, et nous distribuons gratuitement nos livres dans des hôpitaux, prisons, communautés; nous les donnons à des organisations qui aident les familles nombreuses, les gens seuls, les handicapés… Aujourd’hui, environ mille livres - donc un dixième du tirage - sont utilisés pour ces actions sociales.
Nos autres projets
Comment les choisissons-nous ? Nous croyons que le fonctionnement de notre maison d’édition est guidé par la providence du Seigneur et que le Seigneur nous donne son inspiration au moment où il faut agir, que ce soit par l’intermédiaire d’une personne, d’un événement ou d’une date significative de l’Église.
Nous avons édité des livres pour enfants : “La vie du Seigneur Jésus Christ à travers la prière du Rosaire”. Le livre, à colorier, invite les enfants à utiliser leur talent créateur. Et en même temps, il permet d’apprendre les événements de la vie de Jésus, médités à la prière du Rosaire.
Un autre événement merveilleux est lié à cette belle prière. A la fin de l’année dernière, nous avons édité le Rosaire sous la forme d’un CD. L’idée de cette édition est née au cours du pèlerinage d’Aglona. En marchant, nous avons beaucoup chanté le Rosaire. Et c’est comme ça que l’idée est née : il faut enregistrer cette prière sur un CD pour réjouir les cœurs des hommes par une belle musique et pour leur faire découvrir la joie de prier ! Il y a des gens qui n’ont jamais connu le Rosaire, mais il y a aussi des catholiques qui ont besoin de redécouvrir la beauté de cette prière! De très bons musiciens ont accepté de participer au projet et la présentation visuelle du CD a été effectuée par une artiste renommée... Le résultat est exactement tel que nous l’avons espéré : un enregistrement qui peut être proposé aux gens pour témoigner de la beauté de Dieu !
Au fil du temps, Kala Raksti a édité plusieurs livres traduits du français en letton.
Le premier de ces livres était Le Très-Bas de Christian Bobin, un merveilleux texte poétique sur Saint François d’Assise, édité à 3000 exemplaires. Les images de paroles, que propose ce livre, constituent une formidable chance de toucher le cœur des hommes d’aujourd’hui, qui ont soif du beau, du vrai et du sacré.
Nous avons édité d’autres ouvrages à l’occasion d’un événement important de la vie de l’Église catholique lettonne : ainsi le livre “Lettres sur le Très-Saint”, tiré à 3000 exemplaires, présentant des lettres d’un prêtre plus âgé à son frère en sacerdoce sur l’adoration du Saint-Sacrement. Nous avons décidé d’éditer ce livre, plein de sincérité et d’amour, pour donner aux lecteurs la possibilité de redécouvrir l’importance de l’Eucharistie. Nous voulions également attirer l’attention sur le renouvellement d’une belle tradition : cette année, pour la première fois depuis 50 ans, une procession eucharistique a eu lieu dans les rues de la vieille ville de Riga à l’occasion de la fête du Saint-Sacrement.
L’année dernière, nous avons eu l’honneur de participer à l’édition des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de Lisieux, à l’occasion du pèlerinage des reliques de cette grande sainte en Lettonie. Le livre a été édité à 3000 exemplaires.
Actuellement, un autre projet significatif se trouve à l’imprimerie. Il s’agit d’un livre sur le Saint Apôtre Paul : “Paul de Tarse”, de Francesco Gioia : nous souhaitons de notre côté actualiser l’année dédiée à Saint Paul, à l’initiative du pape. Cette année commencera ce 28 juin pour se terminer le 29 juin 2009. Le livre sera tiré à 5000 exemplaires.
Comment choisissons-nous les livres à éditer ? Tout d’abord, notre propre voie de cœur. Dieu donne des inspirations. Ensuite, il y a l’actualité et les besoins de l’Église. Nous essayons d’y répondre. Nous recherchons de nouveaux chemins, de nouvelles manières de toucher nos proches, nos contemporains du 21e siècle.
Aija Balode
Directrice

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ROUMANIE

Des religieuses se mobilisent pour les plus pauvres


La Conférence Roumaine des Supérieures Majeures a créé en 2002 une Commission Sociale pour servir les engagements des Congrégations dans le domaine social. “Nous poursuivons deux buts : une formation commune à l’Enseignement social de l’Église (pour les Sœurs, les collaborateurs laïcs et toute personne intéressée), ainsi qu’un changement des mentalités et une action consciente sur les structures injustes, afin que les pauvres et les sans-droits retrouvent leur dignité et leur juste place dans la société. Nous sommes conscients que nous venons seulement d’accomplir un premier pas”, nous dit Sœur Marie-Anne Matthieu, présidente de cette Commission. La lettre ci-jointe, née de la rencontre zonale de Bucarest, est une première interpellation  adressée à l’opinion publique et aux politiciens.
Bucarest, le 4 mai 2008

Pour une vie plus digne et plus humaine pour tous. Pour un accès égal pour tous aux soins médicaux.
Mesdames, Messieurs

Cette lettre part d'un constat et d'une expérience acquise auprès des personnes sans domicile fixe. En même temps que nous désirons remercier le Gouvernement roumain pour ses efforts de rendre l'assurance santé accessible à tous, notre expérience de rencontre des personnes sans-abri nous porte à constater qu'il existe encore une inadéquation importante entre les services médicaux disponibles et l'état de santé de nombreuses personnes sans domicile fixe.

En effet les derniers recensements font figure de 5000 personnes sans-abri à Bucarest avec une mortalité de 300 personnes par an, selon les statistiques du SAMU-Social.


Pour faire face à cette situation, les personnes non assurées n'ont accès qu'aux soins d'urgence avec une prise en charge qui peut aller jusqu'à 72 heures d'hospitalisation, ou au dépistage gratuit des maladies contagieuses. Hors de ce cadre, il n'existe pas d'assistance; la loi n'a pas encore prévu de prise en charge.

Il existe d'autres lacunes en ce domaine; par exemple, les enfants de plus de 6 ans n'ont de couverture sociale gratuite que s'ils sont scolarisés.

La Commission Sociale des Supérieures Majeures de Roumanie*, consciente de ce fait, a commencé à récolter des témoignages de personnes en grande difficulté, ainsi que celui de personnes qui se battent sur le terrain, auprès des plus pauvres, pour les aider à recouvrer leurs droits et dignité.


Au cours de notre dernière réunion, le drame révélé par ces témoignages nous a interrogés sur la raison d'être de notre commission et nous a poussés à chercher des moyens d'action. Nous avons décidé d'en appeler à la conscience et à l'expertise de nos hommes politiques pour nous aider à trouver des solutions qui viseraient a recenser:

  1.  les situations qui réclament notre attention de façon urgente
  2.  les moyens déjà disponibles
  3.  des solutions envisageables à court, moyen et long termes.

Nous demandons la création d'un groupe de travail qui, avec les associations, fondations, acteurs privés et publics déjà sur le terrain, pourrait rechercher quels sont les pas en avant que nous devons entreprendre.

Nous avons pensé à une campagne de sensibilisation de l'opinion publique sur cette issue dans le but de créer un mouvement de solidarité à l'échelle nationale. Nous avons besoin de l'appui, des compétences des hommes politiques qui sont les experts des problèmes politiques liés à cette issue, ceux-là mêmes qui connaissent leurs concitoyens et qui ont déjà réfléchi aux nombreux problèmes d'inclusion et de justice sociale.


Nous nous doutons que la solution n'est pas à portée de main, mais nous sommes portés par la conviction que c'est un devoir sacré de nous unir contre les fléaux de l'exclusion sociale et de la misère. Comme religieux nous portons cette doléance parce que la vie que nous choisissons nous entraîne à proclamer la valeur inaliénable, la dignité de toute personne humaine qui prend sa source dans la sainteté même de Dieu et dans l'appel adressé à tout homme à vivre une vie humaine, sainte et digne de sa vocation.

Frère Denis-Missionnaire de la Charité- Bucarest

• En tant que présidente de la Commission Sociale. Sr Marie-Anne Mathieu, professeur en Roumanie depuis 12 ans, marque son accord pour remettre cette lettre a ia Délégation luxembourgeoise de la "Commission de la Famille. de l'Égalité des chances et de la Jeunesse" de la Chambre des Députés du Grand-duché de Luxembourg, en Visite officielle en Roumanie. du 6 au 8 mai 2008, avec la demande de soutenir l'effort de sensibilisation des politiciens ici en Roumanie en faveur des personnes et des familles qui sont exclus des avantages les plus élémentaires d'une société qui se développe rapidement au pain t de vue économique.

Un programme catéchétique proche de la vie dans une paroisse qui se construit
La paroisse “La Bonne nouvelle” à Cluj

C’est en 1996, lors de la fête de l’Annonciation, qu’une nouvelle paroisse a été créée à Cluj-Napoca (diocèse de Cluj-Gherla), dans le quartier de Marasti. Elle a pris le nom de “La bonne Nouvelle”.
Avec une population d’environ 320.000 habitants, la ville de Cluj-Napoca, important centre universitaire et culturel, accueille divers cultes : orthodoxe, catholique-romain, gréco-catholique, protestant, juif et autres. Les orthodoxes sont en majorité, avec un pourcentage dépassant les 77%.
La communauté paroissiale “La bonne Nouvelle” compte 530 croyants gréco-catholiques : professeurs, retraités, ouvriers actifs ou au chômage. En effet, le quartier Marasti est proche des quartiers industriels. Bien qu’il soit confronté à beaucoup de problèmes, le curé responsable de la paroisse a commencé les démarches pour la construction d’une église. Dès 1999, les offices religieux ont eu lieu dans une petite chapelle en bois, construite par les paroissiens eux-mêmes. Actuellement, l’église n’est pas encore terminée par manque de fonds, et les offices religieux ont lieu dans le sous-sol du bâtiment qui correspond aux exigences d’une chapelle paroissiale moderne.

Les traces d’un passé communiste

Depuis 1948, la plupart des églises gréco-catholiques ont été confisquées par l’État roumain pour être, par la suite, attribuées à l’église orthodoxe. Pendant 50 ans l’Église gréco-catholique a beaucoup souffert. Aujourd’hui, après 19 ans de démocratie et de liberté retrouvées, ces Églises ont encore des pas à faire ensemble dans le domaine de l’enseignement religieux ou des bâtiments d’églises.

Collaboration et partage  de responsabilités entre prêtres et laïcs. Un début de démarche


Une enquête a été menée parmi les fidèles de la paroisse “La bonne Nouvelle” sur le type de spiritualité qui anime la communauté paroissiale. S’y sentent-ils actifs ou passifs ?
L’apostolat qui est conseillé au baptisé doit tendre à accorder la vie vécue et la vie désirée.
C’est en réalité toute une analyse sociale qui est faite et qui doit être approfondie pour arriver à un programme catéchétique dont le but n’est pas de donner des informations sur la vie de Jésus ou sur la vie des saints mais plutôt de voir comment appliquer le message évangélique dans la vie quotidienne. En effet, le message biblique ne se réduit pas à de simples mots qui transmettent des informations, mais il se développe par l’exemple du vécu personnel exprimé d’une façon compréhensible et actuelle.
La catéchèse faite par des laïcs formés doit être bien conçue afin de rejoindre les besoins des autres, dans leurs différences et leurs ressemblances. Elle pourra apparaître dans le rite byzantin et retentir différemment dans la personnalité de chaque croyant. Il y a plusieurs voies pour arriver au Christ.
L’objectif de ce programme est de mettre en valeur la communauté dans les divers offices religieux et organisations paroissiales effectués au niveau de la liturgie, de la catéchèse ou des rencontres afin d’arriver à une vie de paroisse active basée sur les relations entre les gens et entre les différentes générations.
La nouvelle pastorale catéchétique doit mettre l’accent sur la communication, la participation active de tous les laïcs, et sur la formation continue des membres de la paroisse, par des programmes attractifs tant pour les jeunes que pour les adultes. Elle doit se baser aussi sur des collaborations inter-paroissiales, tout en se constituant en unité dans un rapport œcuménique avec les paroisses orthodoxes.
Cristian Augustin Pandrea

Gréco-catholique, Il a terminé des études de « théologie
et assistant social » à l’Université Babes Bolyai de Cluj.
Étudiant à Lumen Vitae en 2e année de graduat
en sciences religieuses et catéchétiques,
il fut l’invité de l’Assemblée Générale d’Entraide d’Eglises en 2008

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HONGRIE:
LA revue Mérleg :


43 ans d’exercice au service du renouveau de la réflexion chrétienne


Dès l’origine en 1965, fidèle à sa mission de suivre les chemins spirituels ouverts par Vatican II, la revue ”digest” Mérleg a donné d’innombrables impulsions au renouveau de la réflexion chrétienne en Hongrie, en contribuant à son optique de dialogue et d’universalité.

Comment mesurer son  impact?


La vie d’un périodique qui ne s’enracine pas dans l’actualité quotidienne est pleine d’énigmes. Même la liste des abonnés, très étendue par rapport à celle d’autre périodiques culturels hongrois, ne suffit pas à donner une idée claire de son impact ni de la réaction de ceux qui prennent Mérleg en main régulièrement, qui en découvrent des numéros anciens et nouveaux dans les bibliothèques, qui la cherchent, souvent en vain, dans les librairies, qui en empruntent des copies chez des amis, qui en retrouvent certains articles sur le Net. Les échos sont encourageants ; est-ce qu’ils attestent vraiment l’effectivité de nos efforts?
D’autre part, le nombre relativement modeste de nos lecteurs catholiques (par rapport au “grand public”) ne doit pas nous décourager. En fin de compte, on se tromperait gravement si on essayait de mesurer par des données propres à la communication de masse, la valeur de n’importe quelle initiative chrétienne en marge de l’institution ecclésiale, faisant expérience d‘un véritable dialogue, risquant son identité pour bien comprendre les altérités. Aux yeux de beaucoup d’intellectuels hors de l’église, un périodique comme Mérleg représentera toujours, malgré son ouverture, une tradition morte, tandis que dans la zone isolée d’une certaine intimité confessionnelle, dans la sécurité d’une identité fermée, nombre de représentants de la même tradition continueront à s’inquiéter de chaque propos neuf. C’est justement le défi de notre situation-limite.

La rencontre de l’Église catholique avec la culture sécularisée


János Boór et ses amis ont mis en marche Mérleg à une époque où la promesse d’une rencontre de l’Église catholique avec la culture sécularisée ainsi que la reconnaissance attendue de leur cooriginalité et de leur solidarité a rempli d’espérance beaucoup de monde. Les inventeurs d’horizon européen de la revue, alors basée à Munich, s’informaient librement, loin des contraintes de la dictature qui pesaient sur la Hongrie, formés par la démocratie, les discours théologiques, philosophiques et scientifiques dont les suggestions étaient peu aperçues par les églises derrière le Rideau de Fer. Mérleg aspirait et aspire toujours, après son déplacement à Budapest, à examiner, dans un contexte aussi large que possible, les effets du renouveau qui marquent l’église catholique du dehors (grâce aux “défis” du monde et aux “signes du temps”) et du dedans (grâce à la réception de plus en plus approfondie de ces signes et défis par la théologie, par les sciences bibliques, par la pratique liturgique, par la réflexion éthique chrétienne…).
En Europe centrale, le dépassement du statuquo intellectuel était aussi fortement prohibé par la violence d‘une tyrannie de type oriental que par les structures de l’église nationale, héritières dans leurs éléments essentiels de la période d’entre-deux-guerres. On peut citer ici la profession de foi - ou bien l’art poétique - du fondateur: “notre vocation, c’est la diffusion des idées conciliaires, ainsi que l’information sobre sur les développements culturels, scientifiques et ecclésiaux importants pour notre conception du monde, avant tout sur le cheminement de l’idée européenne (…). Nous concevons le catholicisme non pas au sens étroit, comme dénomination, mais comme un vrai œcuménisme et un vrai humanisme, c’est-à-dire comme catholicité s’ouvrant, avec amour et sympathie, tant vers les autres chrétiens que vers nos frères et sœurs juifs.”
Si, auparavant la notion d’”esprit conciliaire” pouvait renvoyer à l’événement le plus important de l’histoire moderne de l’Église, elle est devenue plus tard un moyen sophistiqué d’opérations correctrices, voire d’intentions contraires.
Or, on sait bien que la disponibilité au dialogue suppose la volonté de comprendre l’autre et la confiance en la productivité de l’expérience de l’étranger: l’abandon aux nouvelles rencontres promettant une nouvelle compréhension de soi, fondement de la foi.

Réconciliation plutôt qu’opposition, œcuménisme plutôt que repli confessionnel


On pourrait dire que la situation dont un nombre considérable de pères conciliaires ont pris acte si difficilement, et dont la “menace” est, à présent, un des moteurs de la neutralisation du Concile, de sa “réinscription” dans la prétendue continuité ininterrompue de l’histoire de l’église, n’est peut-être pas autre chose que la conséquence négative de cette échange. On se rend difficilement compte du fait que l’église ne “s’engage pas en conversation” avec la culture “séculière”, elle n’est pas susceptible de définir sa relation à celle-ci selon des proportions préétablies, puisqu’elle fait partie depuis toujours de cette culture, de son histoire et de tous ses changements. Elle ne dispose pas des moyens linguistiques, à l’aide desquelles sa propre substance éternelle pourrait être distinguée des accidents temporels. Cette coexistence radicale et involontaire - l’autre côté de ce qui à l’époque de la modernité se manifeste dans l’église en forme de Berührungsangst, peur de contact - propose la réconciliation au lieu de l’opposition, la sympathie au lieu des condamnations, les occasions personnelles et interpersonnelles de la rencontre au lieu de la déclaration impersonnelle, monologique de vérités surnaturelles, l’ouverture vers un avenir œcuménique au lieu de la clôture confessionnelle d’empreinte historique.
Il vaut la peine de prendre en considération le rôle d’une faculté spéciale, dont le théologien français Ghislain Lafont souligne l’importance centrale pour la pensée chrétienne. C’est l’imagination. Si la réflexion croyante ne se concentre pas sur l’angoisse -si elle a le courage de ne pas se concentrer sur ce qui peut se perdre lorsque la vérité se présente comme vérité vulnérable -, mais sur la promesse de la réciprocité qui peut naître d’une communication vivante, alors, il semble bien possible que naîtra une tradition qui reste fidèle à elle-même parce qu’elle se soumet à la force formatrice du temps.

En conclusion


Quant on pense à la revue Mérleg, on pense d’abord au travail d’information. Le périodique se sent toujours obligé de s’appuyer sur des idées théologiques solides, dont la présentation, à son tour, va de pair avec la discussion des résultats fournis par plusieurs disciplines: la philosophie, les sciences naturelles, sociales et historiques, la psychologie, la théorie des arts etc., en concrétisant ce que peut signifier le principe du dialogue mis en œuvre de manière conséquente au cœur de la tradition catholique, prête à repenser sa propre temporalité.
Nous publions donc fréquemment des débats et posons des questions qu’on préfère éviter dans nos églises régionales, sans céder à la superficialité. La plupart des études proviennent d’ateliers reconnus de la réflexion européenne et d’outre-mer. Elles offrent une vision panoramique sur le pluralisme méthodologique d’une théologie chrétienne vue dans ses relations interdisciplinaires, ainsi que sur ses contextes ignorés par la médiation locale de la foi.
Marcel Martonffy
Directeur
Budapest, 9 juin 2008

 

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