Bulletin décembre 2007

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SOMMAIRE

Roumanie Sibiu Troisième rassemblement œcuménique européen

Entraide d’Églises à Moscou (suite)

Moscou: la Bibliothèque de l’Esprit: pour une vision chrétienne du monde

Une bonne nouvelle pour la Roumanie

Monsieur l’Abbé Karadjole nous a quittés...

Pour la noël, je rentre chez moi, en Pologne

Je ne voudrais jamais être loin de ma famille pour ces journées si belles et si importantes. Chez mes parents, en Mazurie, la neige est déjà tombée et j’imagine leur petite ferme recouverte d’un grand manteau blanc... j’ai hâte d’y être.

La veillée de Noël, voici comment elle se passe chez nous et dans toutes les familles que je connais. Sur la table préparée pour le repas, on a mis douze petits plats (les douze apôtres) et au centre, un peu de paille. Quelques jours auparavant, on a été chercher à l’église une sorte de grande galette, très fine qui est disposée sur la paille. C’est Jésus, le petit, né tout pauvre. Mais on glisse aussi, sous la paille, quelques pièces de monnaie qui doivent porter chance à la maison.

Il y a toujours une place de plus mise pour l’hôte de passage, l’hôte inattendu qui est toujours bienvenu. C’est peut-être aussi une place pour quelqu’un de la famille qui n’est plus là. Même si la chambre est très petite chez nous et que nous sommes très serrés, cette place est toujours mise. Ce soir-là, personne ne peut rester seul. Le repas commence quand la première étoile apparaît dans le ciel. On dit la prière et la personne la plus «importante» coupe la galette en petits morceaux. chacun reçoit un de ces morceaux qu’il offre à son voisin en lui souhaitant quelque chose de bon, de doux, un pardon, parfois. C’est un moment qui me touche beaucoup.

Puis on se met à table et chacun doit goûter les douze petits plats (des préparations spéciales pour Noël) car cela lui portera chance pour les mois qui viennent. Ensuite, vient la carpe, la carpe de Noël car on ne mange jamais de viande le 24 décembre. On chante, on joue, ma mère raconte aux plus jeunes des histoires de Noël. Elle tient beaucoup à conserver intactes toutes ces traditions.

A minuit, nous allons à l’église. Il n’y a pas vraiment de messe mais on chante beaucoup, on chante tous les vieux chants de Noël et on admire la crèche. Ensuite tout le monde rentre pour aller dormir et pendant ce temps... Saint Nicolas en personne descend par la cheminée et dépose un petit cadeau pour chacun au pied du sapin. Noël, c’est vraiment un jour béni, c’est la paix, le bonheur. Pourquoi ne pas vivre Noël chaque jour ?

Sylvia Gosiewska

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Roumanie Sibiu.
 TROISIÈME RASSEMBLEMENT ŒCUMÉNIQUE EUROPÉEN

Le troisième Rassemblement œcuménique européen (ROE3) a réuni à Sibiu du 4 au 9 septembre 2007 environ 3 000 personnes, dont quelque 2 100* délégués des Églises et des conférences épiscopales d’Europe. Tout comme les deux rassemblements œcuméniques européens précédents, celui de Bâle en 1989 et celui de Graz en 1997, la rencontre de Sibiu était organisée conjointement par la conférence des Églises Européennes (KEK), qui regroupe les Églises anglicanes, orthodoxes et protestantes du continent, et le conseil des conférences Épiscopales Européennes [catholiques] (CCEE). Le ROE3 avait pour thème «La lumière du christ illumine tous les humains. Espoir de Renouveau et d’unité en Europe».
* certaines sources citent le chiffre de 1540 délégués

À l’occasion du ROE3, beaucoup de visiteurs ont pu découvrir cette jolie petite ville de Transylvanie. Parmi eux, deux membres du conseil d’administration d’Entraide d’Églises: le père Thaddée Barnas, du monastère de Chevetogne, co-président du comité liturgique et membre de la délégation de la conférence épiscopale belge et Nicolas Bárdos-Féltoronyi, délégué de Pax Christi Wallonie- Bruxelles, de la commission Justice et Paix Belgique francophone et du conseil interdiocésain des laïcs.

Le Rassemblement de Sibiu s’est penché sur les neuf centres d’intérêt de la Charta œcumenica en consacrant un forum de discussion à chacun d’entre eux : 1° l’unité, 2° la spiritualité, 3° le témoignage, 4° l’Europe, 5° les religions, 6° les migrations, 7° la création, 8° la justice et 9° la paix.

Impossible de relater les nombreux discours prononcés au cours de ces trois journées mais les quelques extraits qui vont suivre pourront peut-être nous toucher personnellement.

Du patriarche œcuménique Bartholomée 1er.

Au sujet de l’œcuménisme. «Nous avons souvent trouvé des chrétiens déçus, qu’ils soient orthodoxes, catholiques romains ou protestants, mais quel que soit le nom que nous donnons à l’œcuménisme, ce qui importe le plus c’est de persister, de continuer à avancer vers l’unité chrétienne et non pas de s’arrêter car, excepté le dialogue, nous n’avons pas d’autres moyens de nous connaître réciproquement, d’éliminer les désaccords du passé et de raffermir la confiance en nous». Le patriarche a également invité les participants à jeûner et prier pour la protection de l’environnement.

De l’archevêque Anastase de Tirana, primat de l’église orthodoxe d’Albanie.

«L’attitude qui convient aux chrétiens d’Europe n’est pas celle d’une confrontation avec ceux qui ne partagent pas notre espérance. Nous n’avons pas non plus à chercher pour l’Église une place dominante dans l’ensemble de la société. L’obligation des disciples du christ, ceux que lui-même a désignés comme la «lumière du monde» (Mt 5:14; cf. Jn 12:36) est celle du témoignage audacieux, du service fraternel, et de l’entraide en vue de la guérison. Notre témoignage doit refléter notre certitude que Jésus-Christ est bien plus que grand «maître», un prophète ou un «mystique» il est le Fils du Dieu vivant, la «lumière du monde». Notre témoignage doit être un témoignage de la vie. L’aide humanitaire ne se limite pas au traitement des personnes qui souffrent de maladies ou de calamités naturelles, elle s’étend à la guérison des blessures dans les relations entre les hommes. Cela implique d’opérer la guérison de toutes les formes de haine, de méfiance, de xénophobie et de racisme quelles qu’elles soient».

Du Dr Andrea Ricardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio.

«Ne pas vivre pour soi-même, c’est se situer à la jonction et trouver le point d’équilibre pacifique entre l’unification globalisante et le particularisme grandissant. Cela rappelle aux États européens qu’ils ne peuvent pas vivre de leur seul avenir national: il y a un processus d’unification à mener. Aujourd’hui, on craint de perdre quelque chose; mais demain, les États européens se perdront s’ils restent seuls. Or, l’unification européenne n’est pas une bureaucratie ou une construction sans âme, sans passion. Des chrétiens qui vivent en frères (c’est l’œcuménisme) doivent être l’âme de peuples européens plus unis. … De la vie de femmes et d’hommes spirituels en Europe peuvent jaillir un humanisme planétaire, des initiatives de paix et de solidarité, une méditation savante sur le monde et capable de regarder le monde comme la maison commune des peuples et des hommes».

Du cardinal Walter Kasper, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.

«Par nos divisions, nous avons obscurci la lumière de Jésus-Christ pour beaucoup d’hommes, et nous leur avons rendu difficile de prendre au sérieux tout ce qui a à voir avec Lui. Comme l’histoire le montre, nos divisions sont en partie responsables des divisions en Europe et de la sécularisation de notre continent. Elles sont en partie responsables du fait que beaucoup d’hommes désespèrent de l’Église et la contestent. Nous ne pouvons donc pas être satisfaits de l’état de nos Églises; nous ne pouvons pas continuer à prétendre que c’est «dans l’ordre des choses». Il n’existe pas d’alternative responsable à l’œcuménisme. Toute autre solution irait à l’encontre de notre responsabilité envers Dieu et envers le monde. La question de l’unité devrait nous déranger; elle doit nous embraser».

Du métropolite Cyril de Smolensk et de Kaliningrad, président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou.

«L’Église russe sait par son expérience d’existence dans le contexte du totalitarisme ce que signifie la solidarité chrétienne en Europe. Cette solidarité continue à agir aujourd’hui. … Nous nous sentons solidaires des autres chrétiens face aux défis contemporains du sécularisme, de l’absence de la dimension spirituelle, de la pauvreté et de l’intégrisme. Nous avons un héritage chrétien commun et de ce fait pouvons trouver des réponses communes à ces défis plus facilement qu’avec des hommes d’autres religions ou d’autres philosophies. Je suis convaincu que la solidarité face aux défis actuels communs insufflera une nouvelle force aux relations entre chrétiens en Europe, redonnera l’intérêt pour le dialogue théologique et les recherches de l’unité ordonnée par Dieu à ces communautés chrétiennes où cet intérêt s’était estompé».

ÉVALUATION DES JOURNÉES DE SIBIU PAR NICOLAS BÁRDOS-FÉLTORONYI

Les aspects négatifs

En Belgique (francophone, en tout cas), il y eu un manque évident de préparation dans l’Église catholique et cela semble être le cas dans beaucoup d’autres pays européens. J’ai l’impression que nos hiérarques n’ont pas souhaité qu’il y ait beaucoup de discussions et surtout pas de débat œcuménique.* Sur place, il n’y a donc pas eu d’échanges et de débats. C’est dommage car pour le dialogue inter ecclésial (comme intra ecclésial) il faut pouvoir se parler et s’écouter. Pour beaucoup de participants, Sibiu s’est avéré trop clérical, trop bureaucratique, trop masculin, parfois politisé, sans préparation avec l’ensemble du peuple de Dieu. Or, sans préparation, pas de participation suffisante. Finalement, ce sont les ateliers qui sont parfois devenus des lieux passionnants où, malgré un espace de temps limité, des débats s’enclenchaient avec beaucoup de bonheur. Concernant l’Église catholique, il est navrant de voir combien le «centralisme démocratique» de Rome détériore la participation des laïcs. Cette tendance, bien visible à Sibiu, rencontre, hélas, de la sympathie chez certains orthodoxes ou protestants de tendance intégriste. À déplorer également la prédominance de l’anglais imposée aux participants. Elle pèse sur la compréhension véritable qui peut naître du multilinguisme et ne respecte guère la diversité et la multi culturalité tant vantées.
*NDLR. Trente-cinq représentants des Églises orthodoxes territoriales s’étaient, eux, réunis du 25 au 28 juin dernier à Rhodes pour préparer ce rassemblement de Sibiu.

Les aspects positifs

Sibiu a été principalement un lieu de rencontre et de prières: prières du soir dans les églises locales, prières œcuméniques dans la cathédrale luthérienne, messes et célébrations ont été autant de moments forts. Le fait que le rassemblement ait eu lieu dans un pays à dominance orthodoxe prouve que l’idée d’un certain œcuménisme fait son chemin en Europe.
La participation massive des laïcs et des clercs orthodoxes est significative d’autant plus qu’elle s’est confirmée même lors des liturgies catholiques. Le lieu de rassemblement fixé en Roumanie tend à montrer que dans ce pays, l’œcuménisme «fonctionne» malgré des conflits réels entre Églises qui cependant paraissent actuellement en diminution.

 

ÉVALUATION DES JOURNÉES DE SIBIU PAR LE PÈRE THADDÉE BARNAS, DU MONASTÈRE DE CHEVETOGNE

Il est vrai que le Rassemblement de Sibiu ne suscitait pas les mêmes grands espoirs que ce qu’avaient fait les rassemblements de Bâle en 1989 et de Graz en 1997. Le Rassemblement de Sibiu était conçu sur un tout autre modèle, plus modeste à tous les points de vue. Sibiu (Hermannstadt, Nagyszeben) est une ville provinciale de moins de 200 000 habitants. Elle dispose de relativement peu de chambres d’hôtel, de sorte que, même en comptant les chambres d’hôtes chez les particuliers, on ne peut envisager d’accueillir plus de 3 000 congressistes. Par conséquent, les volets «visiteurs», organisateurs de stands, de hearings, etc., n’ont pu être développés. Et même là, le travail délibératif de l’assemblée a été fort réduit. Il y avait environ 3 heures de travail en atelier sur chaque thème et la rédaction d’un message. Voilà tout. Le travail proprement théologique que nous nous étions efforcés de faire à Graz n’a pas eu son pendant à Sibiu. D’une part, les limites de temps de travail excluent un tel projet. D’autre part, certains côtés du Rassemblement de Graz ont provoqué une réaction, notamment en ce qui concerne la place de la femme dans l’Église et la manière d’adopter et d’amender, par vote en plénière, des textes, où chaque délégué, qu’il soit dirigeant, théologien, ou croyant sans compétence théologique, disposait d’une seule voix. Le Rassemblement de Sibiu a donc moins suivi le modèle d’une réunion quasi synodale que celui d’un cheminement spirituel de découverte de l’autre.

De taille réduite et de visée plus modeste que les deux rassemblements précédents, celui de Sibiu est pourtant parvenu à formuler une impressionnante liste de recommandations œcuméniques adressées aux Églises.
Partant de l’engagement renouvelé de chaque croyant et de chaque Église, les recommandations invitent tout le Peuple de Dieu, y compris les jeunes, les personnes âgées, les minorités ethniques et les personnes à capacités différentes, à redoubler leurs efforts en faveur de l’unité. Elles invitent les Églises d’Europe à se pencher sur la question des nouveaux immigrés, en particulier en réservant à ceux d’entre eux qui confessent la foi chrétienne, non seulement un accueil et un accompagnement, mais une place de plein droit dans la vie ecclésiale. Elles appellent les Églises européennes à soutenir activement les objectifs de développement du Millénaire décrétés par les Nations Unies comme mesure urgente en vue d’un allègement de la pauvreté, et à assumer leur responsabilité envers la justice écologique, le changement climatique, la mondialisation, et les droits de toutes les minorités ethniques en Europe.

La dernière des recommandations arrêtées par l’assemblée propose que les Églises réservent chaque année la période du 1er septembre au 4 octobre* à la prière pour la protection de la création et la promotion de styles de vie durables qui fassent reculer notre contribution négative au changement climatique. Cette proposition n’est pas neuve : elle avait été lancée au Rassemblement de Graz (Graz, Recommandation 5.1). Lors de son Assemblée à Loccum en 1999, le Réseau environnemental chrétien européen (ECEN) avait lui aussi fait une proposition dans ce sens. Les Églises et groupes écologiques chrétiens des différents pays d’Europe pourront examiner les possibilités de répondre à l’appel de Sibiu en valorisant cette période.

* Notons que le 1er septembre est fêté par le Patriarcat œcuménique (orthodoxe) comme «jour de la création» et que le 4 octobre dans le calendrier catholique romain est la fête de François d’Assise, grand défenseur des valeurs écologiques.


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ENTRAIDE D’ÉGLISES A MOSCOU (SUITE)


Deuxième partie du voyage à Moscou de Catherine Berkans, secrétaire générale d’Entraide d’Eglises. Il importe maintenant de compléter, par petites touches, le décor que nous vous avons brossé dans notre dernier numéro, pour rendre compte avec exactitude de cette atmosphère indéfinissable de croissance économique galopante, de liberté religieuse apparente et de malaise politique.

I. Croissance économique ?

Elle est incontestable …mais les grandes villes, dans lesquelles il subsiste des poches de très grande pauvreté, sont des îlots de prospérité par rapport aux régions dont le développement est bien différent. Une visite à la paroisse de la Dormition du Père orthodoxe Vladimir Lapshin confirme cette impression. D’une grande bonté et d’un réel charisme, ce Père anime une petite communauté qui opère un travail éducatif et social de qualité. Dans les sous-sols de son Église, il a créé un réseau de charité à l’égard des sans-logis et des prisonniers. Bon nombre des démunis présents chez le Père Lapshin viennent de la campagne: attirés par la «ville-lumière», ils n’ont pas de travail, pas d’accès aux soins de santé, et sont en butte à d’impitoyables lois administratives.

II. Liberté religieuse ?

Tous les amis rencontrés, catholiques et orthodoxes, ont confirmé cette liberté confessionnelle et ne voient aucune entrave affecter leur travail. Néanmoins, une série de tracasseries en matière de visas affectent encore le séjour des prêtres étrangers en Russie et des prêtres russes à l’étranger. Sur un autre plan, se pose la question de l’enseignement de la religion orthodoxe à l’école et de la théologie à l’Université : les Académiciens (membres de l’Académie des Sciences) pensent que la théologie n’est pas une science et ne reconnaissent pas le doctorat en cette matière. «Nous pensons que même si on ne reconnaît pas l’existence de Dieu, on peut accepter que l’on recherche Dieu et que cette recherche s’appuie sur des méthodes scientifiques», nous dit le directeur d’une publication orthodoxe.

III. Malaise politique ?

On ne parle pas volontiers politique à Moscou... Poser un jugement critique en ce domaine semble difficile: non seulement les Moscovites sont fiers d’être les citoyens d’une «grande Russie», mais beaucoup d’autres (y compris certains Occidentaux travaillant dans le pays) se montrent extrêmement discrets… Parfois, l’on ressent fugitivement l’état d’esprit de veille et de méfiance dans lequel nos amis «de l’Est» ont dû vivre durant les cinquante années du régime soviétique… Dans cette optique, il est important que la réflexion spirituelle, religieuse et intellectuelle poursuive son chemin en Russie, et que s’intensifient les échanges entre les chrétiens d’Europe occidentale et ceux d’Europe centrale et orientale (les «deux poumons de l’Europe», selon l’expression du Pape Jean-Paul II).

Catherine Berkans


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MOSCOU : LA BIBLIOTHÈQUE DE L’ESPRIT :  POUR UNE VISION CHRÉTIENNE DU MONDE

Durant la période soviétique, le Foyer Oriental chrétien, pour la Belgique, et la compagnie de Jésus, pour la France, imprimaient et éditaient des livres qu’ils distribuaient en Russie où il était alors impossible, pour d’évidentes raisons, d’effectuer ce travail. En 1993, 4 ans après la chute du mur de Berlin, le jeune belge Jean-François Thiry, titulaire d’un diplôme d’interprète franco-russe, découvre la Russie; il constate qu’il est beaucoup plus efficace et plus intéressant de travailler sur place, spécialement à cause des contacts qui peuvent naître. C’est dans cet espoir que différents organismes le sollicitent alors.

De rencontres en réunions, le centre culturel «Bibliothèque de l’Esprit» naîtra à Moscou en 1993, comme organisation de droit russe et comme expression de la synergie de quelques institutions culturelles européennes: la fondation Russia Cristiana, l’administration apostolique de Moscou et le centre International de Formation chrétienne Saints Cyril et Methode, lié à l’Institut théologique orthodoxe de Minsk, présidé par l’Exarque de Biélorussie, le Métropolite Filaret.

Avec intelligence et audace, le jeune directeur et son équipe se donnent pour objectif de tenter de contribuer au renouvellement de l’Église (à l’origine l’Église orthodoxe renaissait de ses cendres et l’Église catholique renaissait dans le pays) à travers l’édition et la distribution de livres chrétiens sur tout le territoire russe et dans les Pays de la CEI (communauté des États Indépendants).

De 1993 à 2007, une centaine de livres de théologie ont été édités et un million quatre cent mille ouvrages, provenant des éditions de la Bibliothèque de l’Esprit ou en collaboration avec d’autres maisons, ont été distribués. «Mon rêve, dit Jean-François Thiry, est de développer un réseau de distribution qui nous permette de distribuer nos tirages en moins d’un an. De cette façon, nous pourrions dire que nous sommes en mesure d’influencer le marché». Actuellement, dix titres par an sont déjà publiés.

Face à l’intérêt toujours croissant du public, le centre a donné plus de visibilité à sa branche commerciale mais aussi aux événements culturels qu’il souhaite organiser, en effectuant l’acquisition d’une surface plus ample au centre ville, à l’intérieur de laquelle sont organisées une librairie avec un coin café (le «café Theo») et une grande salle de conférence.

Entretien avec Victor Pavkov, directeur éditorial et commercial du Centre culturel «la Bibliothèque de l‘Esprit».

Viktor Pavkov est diplômé en sciences physiques. Durant la période soviétique, il vivait de petits boulots de gardien de nuit. Cette activité lui laissait toute liberté durant le jour pour rencontrer d’autres dissidents. En 1979, il est envoyé en camp de travail pour «activité antisoviétique » : il participait à un cercle de discussion philosophique et religieuse.

EE. Quelle est l’optique de travail du centre culturel «Bibliothèque de l’Esprit»?

V.P. Le centre diffuse une représentation du christianisme tel que le confessent ses membres. Il a une responsabilité chrétienne vis-à-vis de la société, celle de transmettre une conception chrétienne de la vie en créant des conditions de dialogue, de discussion, de réflexion et d’échange avec autrui. Tout le projet culturel se place dans cette optique.

Dès lors, il faut donner à cette vision de la foi une dimension matérielle. Les moyens que nous avons choisis sont la diffusion de livres, à Moscou et dans d’autres régions et pays. Mon rôle personnel est de m’interroger sur le fonctionnement du projet éditorial.

EE. Quels sont les critères de votre choix éditorial?

V.P. Depuis 1917, plus aucune recherche théologique et philosophique n’a été accomplie en Russie. Certains philosophes et théologiens orthodoxes se trouvaient à l’étranger (tel Eudokimov); ils ont écrit, mais ils n’ont pas créé d’écoles. La Russie devait et doit encore remplir ce manque à travers des penseurs (Urs von Balthazar, Jean Daniélou et bien d’autres) catholiques et orthodoxes occidentaux...

EE. Quel est votre production la plus récente?

V.P. Le livre de Yaroslav Pelican, sur la théologie chrétienne du xx e siècle; il y a deux ans, catholiques et orthodoxes se sont associés pour élaborer une liste de livres importants à éditer. La commission théologique synodale du Patriarcat de Moscou, notre centre culturel et la Fondation italienne Russia Christiana travaillent ensemble sur cette question.

EE. Quel est le prolongement de l’action de la Bibliothèque de l’Esprit en Russie?

V.P. Nous organisons des rencontres avec des hommes politiques et des hommes de culture, des représentants de l’Église catholique et orthodoxe. Peu à peu se crée un cercle de personnes qui ont les mêmes attentes.

EE. Quelles sont les préoccupations de ces nouveaux cercles de l’intelligentsia russe?

V.P. Leur souci est que la vie puisse être pleine d’un sens que seul donne le christ. Car il est possible de porter un jugement chrétien sur les événements qui se produisent. Ainsi plus nombreux seront ceux qui s’interrogeront sur le contenu de leur vie.

EE. Dans cette optique, quel est selon vous, le plus grand penseur russe?

V.P. Dostoïevski, comme penseur et écrivain, car c’est un écrivain prophète. Il a très bien décrit la situation de l’homme divisé qui s’éloigne de Dieu et il a placé cette situation en parallèle avec l’univers russe. C’est le premier écrivain qui ait décrit ce que devient la vie d’un homme qui s’éloigne de Dieu: si Dieu n’existe pas, tout est permis.

 

Entretien avec Larissa Borodina, directrice du centre de dépôt et de distribution du centre culturel «la bibliothèque de l‘Esprit»

Larissa Borodina est ballerine. C’est en 1993 que, première collaboratrice orthodoxe du Centre, elle découvre la réalité de l’Église catholique. Artiste, dynamique, chaleureuse, elle dirige avec énergie le Centre de dépôt et de distribution de la Bibliothèque de l’Esprit : 30.000 ouvrages, répartis sur 160 m2, incluant les tirages de la Bibliothèque, les livres provenant d’autres maisons d’édition, les productions  de la revue Istina Y Zhizn, les ouvrages du Père Alexander Men…

LES DÉBUTS

«Au début, sourit-t-elle, nous ne disposions que des titres de deux maisons d’édition, le Foyer Oriental chrétien et la Fondation Russia Christiana, ainsi que de 20 titres de l’association Aide à l’Église en détresse». Dans une Russie à majorité confessionnelle orthodoxe, les livres catholiques –intéressants sur le plan théologique- constituent une nouveauté sur le marché. La Bibliothèque de l’Esprit approfondit ses contacts avec l’univers catholique et explore le marché du livre laïc. «Pour devenir autonomes, nous devions être rentables, souligne Larissa. A qui vendre nos livres?» Tandis que les contacts entre le monde orthodoxe et le monde catholique se multiplient, la Bibliothèque de l’Esprit déménage dans un bâtiment plus grand et affirme sa spécificité. «Peu à peu, nous dit Larissa, notre centre s’est distingué par la diffusion d’une littérature bien différente des textes fondamentalistes que l’on trouvait dans les magasins. Le public a découvert nos auteurs. Peu à peu, des laïcs se sont intéressés à nous».
Petit à petit, les clients de la Bibliothèque de l’Esprit souhaitent acheter des livres provenant de maisons d’édition spécifiques. Larissa et son groupe partent à la recherche de ces ouvrages: «Nous choisissions les livres que nous distribuions: pas de sectarisme, pas d’anticléricalisme. Dès le début, nous sommes apparus comme une organisation sérieuse, diffusant des livres chrétiens qui pouvaient créer des liens entre les catholiques et les orthodoxes. Aujourd’hui encore, tandis que certaines paroisses orthodoxes se méfient toujours de nos auteurs occidentaux, d’autres utilisent certains des dons reçus pour acheter des livres, qu’elles conservent ou distribuent à leur tour. Ouvrir un commerce de livres dans une paroisse constitue un gros travail: il faut une laïque pour s’en occuper»

 

AUJOURD’HUI

Le circuit de distribution de la Bibliothèque de l'Esprit est extrêmement étendu: il court de Moscou à Petersbourg, vers la partie européenne de la Russie centrale, la Sibérie (Irkoutsk, Novossibirsk), la Crimée, la Géorgie, la Moldavie, l'Ukraine, la Biélorussie, la Lettonie (revue Christianos, Séminaire catholique). L'accès à la Lituanie manque, faute de moyens de transport adaptés. Les livres partent également au Kazakhstan, en Ouzbékistan, en Allemagne, en Irlande, en Israël, aux USA...
«L'éducation par le livre théologique est importante, conclut Jean-François Thiry, en Russie, les seuls livres relatifs à l'Église catholique ayant été publiés avant la Révolution. On parlait donc de l'Église catholique en des termes qui ne tenaient pas compte des acquis du Concile Vatican II. C'est pour cela que nous avons réalisé une série -très bien reçue, y compris au sein des séminaires orthodoxes- qui présente l'état de la théologie catholique après Vatican II. Nous publions également des livres orthodoxes touchant le Concile de 1917-1918, qui a montré une vitalité de l'Église orthodoxe que nous ne possédions pas encore du côté catholique. Les livres orthodoxes sont en outre distribués au sein de l'Église catholique, pour aider les prêtres (très souvent étrangers) à mieux connaître l'Église sœur».
Par ailleurs, la Bibliothèque de l'Esprit offre tous les livres qu'elle édite aux bibliothèques paroissiales et aux bibliothèques d'État, dans le souhait de voir se créer de petites sections religieuses en leur sein.

Interviews réalisées par Catherine Berkans

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Une bonne nouvelle pour la Roumanie

Le métropolite Daniel de Moldavie, 56 ans, a été élu patriarche de l'Église orthodoxe de Roumanie, le 12 septembre dernier, par le collège électoral* de cette Église. Il succède au patriarche Théoctiste, décédé le 30 juillet dernier, à l'âge de 92 ans
Notes de la rédaction
*Le collège électoral comprenait 169 personnes dont tous les évêques, des prêtres et un nombre important de laïcs.

Le patriarche Daniel est bien connu des milieux œcuméniques et en Occident où il a passé plusieurs années. Études de théologie à Sibiu et Bucarest puis doctorat à Strasbourg à la faculté protestante, Fribourg (Allemagne). De 1980 à 1988*, il enseigna la théologie orthodoxe à Bossey (Suisse). En 1987, il a prononcé ses vœux monastiques au monastère de Sihastria et a été ordonné prêtre par le patriarche Théoctiste.
*Les années noires du régime de Ceausescu

Dès la chute du régime communiste, le futur patriarche intervint publiquement pour demander une transformation radicale des esprits et des cœurs à l'intérieur de l'Église en soulignant la «force des larmes du vrai repentir). Membre du présidium de la Conférence des Églises européennes, depuis 1997, il a été aussi pendant de nombreuses années membre du comité central du Conseil œcuménique des Églises.

Le patriarche Daniel a la réputation d'être un homme sachant allier les connaissances culturelles à la profondeur du regard spirituel. Ceux qui le connaissent apprécient sa simplicité, sa lucidité d'analyse et son sens du dialogue. Outre le roumain, il parle couramment le français, l'anglais et l'allemand.

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Monsieur l’abbé Karadjole nous a quittés…

L’Entraide d’Eglises connaissait Dom Mladen Karadjole depuis de longues années. A chacun de ses fréquents séjours en Belgique, il nous rendait visite et nous parlait avec enthousiasme de ses projets et de son désir de voir la Croatie apporter une voix au chœur européen.

Licencié en philosophie de l’Université Pontificale «La Grégorienne», puis docteur en théologie de la Faculté théologique de Zagreb, l’Abbé Mladen Karadjole s’est d’abord engagé dans la pastorale paroissiale. Il enseigna ensuite la philosophie à l’Institut philosophique-théologique des Pères Jésuites à Zagreb, à la Haute École Théologique de Zadar, puis fut chargé de la pastorale des émigrants à la Haute École Théologique de Split.

De 1972 à 1994, il dirigea la Mission catholique croate pour les émigrés croates de Bruxelles. c’est en 1984 qu’il fonda la section croate de la conférence des Religions pour la Paix.

De retour en Croatie, il poursuivit sans trêve ses activités et fut un Secrétaire général très actif de la section croate de la conférence des Religions pour la Paix ( édition du Bulletin œcuménique, symposiums, concerts...).

Il restera dans nos mémoires comme un homme de grande foi, intelligent et courageux, bon, généreux et d’une exquise politesse.