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  Bulletin septembre 2007

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Russie

Entraide d’Églises à Moscou

Du 16 au 25 août, Catherine Berkans, secrétaire générale  d’Entraide d’Églises, s’est rendue à Moscou pour permettre à l’association d’ouvrir de nouveaux partenariats. Première partie du reportage d’une visite inoubliable.

Cher Jean-François Thiry, chère Floriana Conte,

Comment vous remercier pour ce passionnant voyage en Russie? Je devrais dire à Moscou, car Moscou n’est pas toute la Russie, ainsi que vous me l’avez expliqué. Cela nous donnera la possibilité de revenir !

Il a fallu m’attendre un peu à l’aéroport…En effet, les passagers d’un vol vers la Russie doivent signer un visa d’immigration, certifiant que leur visite est temporaire, et ce document fait l’objet d’une minutieuse vérification à l’arrivée.

Me voilà en route vers la Bibliothèque de l’Esprit, cette véritable “institution” que tu diriges avec souplesse et fermeté, Jean-François, et dont tu assures la recherche de fonds, Floriana. Je comprendrai très vite que ce centre culturel à vocation œcuménique -qui est aussi une maison d’édition-est un point de ralliement incontournable pour les représentants d’une vie intellectuelle et spirituelle de qualité.

En chemin, première constatation: à Moscou, ancien bastion du communisme, il est impossible de tourner à gauche! Ironie de l’histoire… Nous roulons en droite ligne ou nous tournons à droite pour atteindre la Bibliothèque, tandis que la police moscovite effectue un contrôle routier permanent et tatillon.

Ensuite, nous autres Belges fâchés avec le ring de Bruxelles, nous sommes bluffés ! L’un des principaux boulevards de Moscou a six bandes, les heurts y sont fréquents et le trafic en heure de pointe est indescriptible. Beaucoup de Moscovites utilisent donc l’imposant métro, scandé par des statues gigantesques à la gloire de l’idéal socialiste, ou développent leurs capacités à la marche, dans cette ville tentaculaire, en pleine frénésie de rénovation de ses anciens palais ou de constructions de nouveaux blocs d’appartements. Ah oui ! Les corps de métiers sont composés essentiellement de femmes: il y a, là encore, une séquelle du régime communiste: la femme, “travailleuse de force et gardienne du foyer”, assurait la survie des familles quand les hommes manquaient. Ces images d’une ville grouillante de vie quand les lueurs du matin dorent les coupoles des églises orthodoxes, quand le soleil ardent des midis du mois d’août fait briller les couleurs d’anciens palais de la noblesse russe, quand le soir fait apparaître au détour des rues de vieux blocs tristes de facture soviétique, ces images ne s’effaceront pas.

Merci, Floriana, de m’avoir initié à l’extraordinaire vie artistique russe en me faisant découvrir la Place Rouge avec son incomparable Basilique St Basile et les Églises orthodoxes du Kremlin, blanches et dorées, aux superbes iconostases. Ne s’effaceront pas non plus, dans cette ville de contrastes où la vie coûte si cher, où la société est “à deux vitesses”, l’image de cette vieille dame qui devait porter de lourdes poubelles pour gagner de quoi subsister, ni celle de ces hommes dans la force de l’âge, désœuvrés et un peu hagards, que l’on rencontre parfois au hasard des rues. Au fil des entretiens que tu as remarquablement orchestrés, Jean-François, une conviction s’impose: dans ce pays en perpétuelle évolution économique, à majorité confessionnelle orthodoxe, Entraide d’Églises doit collaborer avec la nouvelle intelligentsia russe, à l’esprit naturellement métaphysique, et dont l’intelligence et l’humilité forcent l’admiration. Elle doit collaborer avec une nouvelle génération de chrétiens orthodoxes, qui réfléchit sur sa tradition et souhaite travailler avec les chrétiens occidentaux. Elle doit collaborer avec des catholiques généreux et dynamiques, français ou italiens installés en Russie, en route vers l’unité.

Citons… la Bibliothèque de l’Esprit, l’Université Saint Tikhon et son responsable des relations internationales, Youri Zoudov, la revue Istina Y Zhizn, la revue Foma (cfr pp.11 et 12). Nous leur réserverons une large part dans le prochain numéro de ce Bulletin. Comment oublier, enfin, dans un autre registre, une initiative comme celle du Père orthodoxe Vladimir, de l’Église moscovite de l’Assomption, qui a créé un réseau de charité à l’égard des sans logis et des prisonniers?

Mais déjà il est l’heure de partir !… Alors, DASVIDANIA ! A bientôt ! En Belgique.

Catherine Berkans

Libres propos d’un dominicain français en Russie

Le Père Hyacinthe Destivelle a 36 ans. Théologien, il enseigne l’œcuménisme et l’ecclésiologie à l’Institut catholique de Paris. Depuis 2005, il dirige le Centre d’études Istina (“Vérité” en russe) à Paris, créé en 1925 par les Dominicains pour promouvoir les études russes et les rencontres avec le monde slave, et qui s’intéresse aux problématiques œcuméniques. Chaque année depuis 10 ans, le Père Destivelle s’envole pour Saint-Pétersbourg et Moscou.

EE. Père, quel est l’essentiel de votre travail en Russie?

Père Hyacinthe Destivelle. Depuis 1997, j’accompagne tous les ans des chantiers d’étudiants à Kostroma et à Moscou ou des voyages de pèlerins français. En 2003, j’ai été nommé au couvent de Saint-Pétersbourg où j’ai vécu deux ans, comme doctorant. Aujourd’hui, c’est en tant que directeur du Centre Istina, fonction qui implique divers contacts avec des milieux universitaires et confessionnels, que je suis à Moscou, pour préparer un colloque que nous organisons ici au mois de décembre, en lien avec le patriarcat de Moscou, sur les relations église-état.

EE.  Quelles actions mène le Centre Istina aujourd’hui en France?

PHD. Le Centre est animé par une équipe de trois frères dominicains et de plusieurs laïcs. Il édite la revue d’œcuménisme Istina, accueille des chercheurs, organise des conférences ou des colloques.

Depuis 2006, dans le cadre du Collège Saint-Basile créé au sein du Centre, nous accueillons également des séminaristes des églises orientales envoyés par leurs évêques pour faire des études à Paris. Enfin, nous allons lancer une collection œcuménique, en lien avec les éditions du Cerf.

EE.  Quelle est la situation de l’église catholique en Russie?

PHD.  C’est une église très minoritaire, qui représente moins de 0,5% de la population et se concentre surtout à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Quelques milliers de catholiques, descendants des déportations staliniennes, d’origine allemande ou polonaise, se trouvent également en Sibérie et dans la région de Saratov.

Depuis 2002, quatre diocèses ont leur siège -mais pas leur titre, car l’église catholique reconnaît depuis toujours que l’église locale en Russie est l’église orthodoxe -à Moscou, Saratov, Novossibirsk et Irkoutsk. Le séminaire interdiocésain se trouve à Saint-Pétersbourg. Il forme actuellement une trentaine de séminaristes.

EE. Comment vit-elle avec l’Église orthodoxe russe?

PHD. Des tensions ont pu apparaître ces dernières années, notamment à l’occasion de la création des diocèses. Mais au niveau personnel il existe parfois des relations de véritable fraternité. Au plan théologique, l’Église orthodoxe russe fut la seule Église orthodoxe à envoyer des observateurs officiels au concile Vatican II et à permettre, entre 1969 et 1986, l’hospitalité eucharistique entre catholiques et orthodoxes. Il suffirait de peu pour réveiller cette tradition.

EE. Comment la Russie a-t-elle évolué en 10 ans?

PHD. La Russie a connu une véritable révolution ! Je suis frappé par le dynamisme du pays, surtout au regard de nos sociétés d’Europe occidentale. Tout va très vite, au niveau économique, politique, religieux....

EE. Au niveau économique par exemple?

PHD. La situation a complètement changé en dix ans. Le pays connaît une croissance de 7%, qui s’appuie surtout sur l’exportation de matières premières, mais pas seulement: ainsi cette année, pour la première fois depuis 1913, la Russie exporte du blé.

L’on estime que la classe moyenne – qui n’existait pas il y a quinze ans – forme aujourd’hui 15% de la population. C’est cette classe moyenne, plus que les “oligarques”, qui contribue au développement et à la stabilisation économique du pays, et qui prépare la Russie de demain. Je voyais ce matin dans le métro une offre d’emploi pour un conducteur de rame, avec un salaire mensuel de 30 000 roubles (approximativement 774 euros). Le salaire moyen a triplé en quelques années, les pensions ont augmenté, tandis que l’inflation s’est stabilisée à moins de 10%.

Moscou et Saint-Pétersbourg sont des îlots de prospérité par rapport aux régions dont le développement est bien différent.

Il subsiste, même dans les grandes villes, des poches de très grande pauvreté. Mais l’amélioration est partout tangible.

EE. Et au plan spirituel et religieux?

PHD. Le pluralisme religieux est ancien en Russie; dans ce pays, ont toujours cohabité avec succès d’importantes minorités confessionnelles. La Russie n’a jamais connu de guerres de religions semblables à celles de l’Occident. Il y a ici 15 millions de musulmans, relativement bien intégrés à la société russe contemporaine. En revanche, c’est la première fois qu’il existe en Russie une réelle liberté de culte. Le renouveau de l’Église orthodoxe est spectaculaire: trente séminaires ouverts en quinze ans (avec concours à l’entrée), des milliers d’églises reconstruites, cinq cents monastères ré ouverts, une dizaine de facultés de théologie créées. Les chiffres peuvent cacher bien des fragilités, mais ils sont là. Nul doute que sur les milliers d’étudiants en théologie, certains reprendront le flambeau de la pensée russe dans ce qu’elle a de meilleur.

EE. Qu’en est-il des domaines intellectuel et philosophique?

PHD. Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe officielle s’intéresse beaucoup aux questions de doctrine sociale: relations Église-État, Église et société, Église et culture, mondialisation, écologie.

Sensible au fait que tous les chrétiens sont confrontés à ces questions dans le contexte actuel de mondialisation, et meurtrie dans sa chair par soixante-dix ans de matérialisme athée, elle est avide de contact avec les Églises occidentales sur tous ces sujets politiques, économiques et sociaux, pour donner des réponses communes aux défis contemporains.

C’est un terrain qui permet de créer de nombreuses convergences, de retrouver une confiance réciproque et de préparer le dialogue théologique.

Par ailleurs, autour des jeunes facultés de théologie, comme celle de l’Université Saint-Tikhon, d’une revue comme Foma, ou de projets éditoriaux comme l’Encyclopédie orthodoxe, se créent des réseaux d’intellectuels, de jeunes universitaires, de chrétiens engagés dans la vie politique du pays. On peut dire qu’après une période de nécessaire “restauration”, dans tous les sens de ce terme, une nouvelle génération de chrétiens orthodoxes est en train d’émerger en Russie, toujours avide d’identité mais plus curieuse de trouver des points de collaboration avec les chrétiens occidentaux, surtout catholiques.

EE. Avez-vous des liens avec la nouvelle génération orthodoxe russe?

PHD. Oui, elle fait souvent le premier pas: je viens de rencontrer les responsables d’un colloque organisé par l’Université Saint-Tikhon, en novembre prochain, sur le Concile de 1917-1918. Ils me proposent, à moi, catholique, de parler de ce concile si important pour l’histoire contemporaine russe. Je viens également d’être contacté par l’aumônier des étudiants de Saint-Pétersbourg qui voudrait lancer une “Université d’été” catholique-orthodoxe, avec des étudiants de divers pays d’Europe. Les nombreuses candidatures que me transmettent des évêques russes pour que leurs séminaristes soient accueillis dans le cadre du “Collège Saint-Basile” sont aussi pour moi un signe très révélateur. Nous serions heureux de pouvoir tous les accueillir, si nous en avions les moyens, car ils feront l’Église russe de demain.

Le but de leur séjour en France est de leur donner une formation universitaire de qualité. Plusieurs d’entre eux, qui n’avaient jamais rencontré de catholiques auparavant, m’ont dit leur surprise de voir des églises parisiennes pleines, par exemple à la messe des étudiants de Notre-Dame, ou leur joie d’avoir participé au pèlerinage des étudiants à Chartres, d’avoir vécu plusieurs jours dans un monastère comme celui de Solesmes. Ils sont moins intéressés par l’”œcuménisme” dont ils se méfient, que par une rencontre avec l’Église catholique dans ce qui fait son identité véritable, qui rejoint celle de l’Église orthodoxe en profondeur. Si le Collège Saint-Basile peut leur apporter cela, je pense qu’ils n’auront pas perdu leur temps, et qu’ils pourront peut-être, demain, être des témoins de l’Église une, malgré nos pauvres divisions.

Interview réalisée par Catherine Berkans

J’étais chanteur dans les chœurs de l’armée rouge

Interview de Vladimir Gurbolikov,  vice-rédacteur en chef de la revue Foma

Catherine Berkans et Jean-François Thiry se souviendront  longtemps de leur entretien avec Vladimir Gurbolikov,  historien et  vive-rédacteur en chef de la revue “Foma”. Avec une grande simplicité,  une logique presque  déconcertante, cette aptitude naturelle à la cohérence entre la réflexion et l’action, cette sensibilité au symbole qui caractérisent l’intelligentsia russe, il a tiré devant  nous le rideau d’une Histoire étonnante.

EE.  Qui êtes-vous, Vladimir Gurbolikov?

V.G.  Durant le régime soviétique, j’étais chanteur dans les chœurs de l’Armée Rouge. De retour de mes tournées en Corée et en République tchèque, j’avais envie de revoir l’Union soviétique où tout me semblait, par contraste, tellement bien. Mais peu à peu, j’ai vu que tout n’était pas si beau que cela…

“Ils” ont commencé à critiquer de manière permanente les membres de l’Église. Ils disaient que dès que le prêtre, le maire, le bourgeois seraient partis, tout serait bien. Ils refusaient Jésus-Christ et prétendaient que le christianisme trompait les gens: c’était ici que l’on devait se sauver et non dans une vie éternelle…

Même si la population n’appréciait guère l’État, elle croyait très curieusement à ces discours. Puis nous nous sommes rendu compte que beaucoup de gens étaient exploités et que Lénine prenait le pouvoir.

Alors je suis devenu anarchiste syndicaliste. Je lisais beaucoup Tolstoï. De 1985 à 1990, j’ai fait de la gestion politique dans l’opposition. Enfin, désirant faire un pas de plus,  j’ai demandé et j’ai reçu le baptême orthodoxe…Après quelques temps, l’Église est devenue plus libre.

EE.  Comment est née  la revue Foma?

V.G. Elle est née en 1995, d’une collaboration avec Vladimir Legoida, actuel rédacteur en chef de la revue. Spécialiste en philosophie, il est aujourd’hui doyen de la chaire de journalisme à l’Université des diplomates à Moscou. A l’époque, nous venions, lui et moi, d’entrer dans l’Église orthodoxe par deux chemins différents: il était parti aux USA pour étudier et avait croisé la route d’un monastère orthodoxe. Il n’y avait en Russie aucune revue orthodoxe pour qui voulait  vraiment lire quelque chose d’intéressant. Un moment important fut pour moi la lecture  des livres d’Alexandre Men: une porte s’ouvrit. Je voulais écrire , je souhaitais qu’une revue puisse naître. Vladimir Legoida le souhaitait également. Nous nous sommes rencontrés et nous avons fondé “Foma”, du nom de  St Fomas l’Apôtre: en effet, nous la destinons  aux lecteurs, mus par le doute, situés à la lisière de la croyance.

EE. Mais il fallait financer cette revue…

V.G. Nous n’avions pas d’argent. Nous nous sommes dit: “Si Dieu l’accueille, il y pourvoira !”Le premier numéro a été préparé. Nous avons reçu du Père Arcady Shatov une bénédiction… et un premier financement… Nous tirions à 998 exemplaires: en effet, pour moins de 1000 exemplaires, aucun enregistrement n’était nécessaire.  Aujourd’hui, le numéro de septembre sera  édité à 35000 unités !

EE. Quel type de revue souhaitiez-vous précisément éditer?

V.G. Même durant la guerre froide, les Américains imprimaient en Russie un journal nommé “l’Amérique en Russie”,  et  en Amérique  un périodique appelé “La Russie en Amérique”. Le principe premier  était de ne pas critiquer ce qui se faisait en Amérique dans la première revue ni  ce qui se faisait en Russie dans la seconde; on ne parlait pas politique. Donc on parlait  de la culture et des gens. Nous souhaitions un journal de ce type, qui présente des choses positives et expose des phénomènes de culture avec lesquels les lecteurs pouvaient s’identifier. Nous voulions aborder des questions d’actualité pour les croyants et les non croyants: même pour ceux qui n’étaient pas d’Église, le discours devait être compréhensible. Foma est une revue destinée à chaque personne en particulier.

EE. Quelles sont les valeurs portées par la revue?

VG. Durant le système soviétique, l’athéisme  était poussé jusqu’à l’absurde. Mais les valeurs chrétiennes ont perduré: l’Histoire de la Russie est liée au christianisme depuis 10 siècles. Toute notre Histoire, toute notre littérature est liée à la foi. Il y avait de nombreux chrétiens anonymes, discrets. Il faut  bien comprendre cette époque. Les jeunes, aujourd’hui, n’ont plus de représentation exacte de ce qu’était le communisme. Aujourd’hui, l’important  est de ne pas perdre cette joie dont nous témoignons. Dieu existe, il est avec nous.

Nous parlons d’une foi vivante et nous posons des questions, en respectant certaines limites: on ne peut pas tout dire à ceux qui sont sur le seuil de l’Église.

EE. Quelles questions évoquez-vous dans Foma?

VG. L’une des plus importantes: pourquoi Dieu permet-il la souffrance? Nos articles sur le sujet consistent en des témoignages tirés de l’Histoire, de la littérature, du quotidien. Nous travaillons sur une réalité concrète, avec des personnes. Nous procédons beaucoup plus par interviews que par articles. Nous sommes attentifs à ce que la personne qui s’exprime dans notre revue ait le droit à la discussion.

Les gens ne pensent pas sérieusement aux choses mystiques. Depuis le  film de Mel Gibson, Dieu est devenu proche: Jésus a souffert pour nous ! La souffrance rapproche de Dieu. Une autre question est celle du péché et du salut. Nous affirmons qu’on peut prier pour le salut de tous. Nous parlons des martyrs…

Nous essayons de surprendre nos lecteurs pour lutter contre les stéréotypes et les erreurs . Nous tentons de ramener les gens à une juste vision de l’Histoire; parfois les reproches adressés à l’Église sont très exagérés. Ainsi, une tradition athée consiste à stigmatiser les crimes de l’Église… mais pas ceux de l’athéisme !

Nous évoquons aussi le conflit entre la science et la foi: la science et la religion s’intéressent à deux sphères différentes et non opposable de l’être humain. Bien souvent, la science s’est développée grâce au soutien de l’Église; néanmoins, de grands scientifiques étaient des athées !

Nous posons la question de l’enseignement de la religion orthodoxe à l’école et ENTRAIDE de la théologie à l’Université en Russie: nos Académiciens (membres de l’Académie des Sciences) pensent que la théologie n’est pas une science et ne reconnaissent pas le doctorat en cette matière. Nous pensons que même si on ne reconnaît pas l’existence de Dieu, on peut accepter que l’on recherche Dieu et que cette recherche s’appuie sur des méthodes scientifiques.

Enfin, Foma parle de la famille. La famille du XIXe et du XXe siècle n’existe plus: la génération de nos parents concevait l’amour comme un sentiment de responsabilité. La disparition de cette valeur chrétienne de l’amour modifie la famille. Les jeunes familles ne peuvent plus vivre une vie normale car elles n’ont pas de modèle. Le statut de la femme a changé: les hommes sont plus faibles que les femmes. La famille est devenue une fleur fragile qu’il faut arroser. Par ailleurs, dans l’Église primitive, les saints étaient des moines. Pourquoi, dès lors, présenter la famille comme le seul chemin?

EE. Aujourd’hui, quels sont vos lecteurs?

VG. Même si 90% de nos lecteurs ont terminé des études supérieures, nous souhaitons garder un langage simple: le plus difficile dans ces matières est de “vulgariser”. Des gens actifs, pas nécessairement orthodoxes, mais intéressés par les valeurs, ayant le sens du futur, nous lisent. Nous envoyons aussi Foma aux enseignants, aux bibliothèques…

Je pense qu’en tout homme il y a une part de liberté inaliénable. Cette liberté est indissociable de la volonté, comme tension vers le but que l’on veut atteindre. Et, chez nous, elle est liée aussi à l’espace, car parfois, dans les bois que nous traversions en chemin de fer, nous avions le sentiment incontrôlable que nous étions libres et que la terre était plus vaste et plus puissante que le régime soviétique. Nous levions les yeux et nous songions au cosmos: nous nous disions qu’il y avait certainement d’autres mondes où se déroulait une autre Histoire.

Interview réalisée par Catherine Berkans