Bulletin juin 2007

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SOMMAIRE

L'UKRAINE, CÔTE DYNAMIQUE

HONGRIE
Les femmes et la transition vers le capitalisme

ROUMANIE
Réflexion sur les enfants perdus

EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE
Les Eglises face à leur passé communiste

L’Ukraine
Côté dynamique

Raluca Petcu a 26 ans. Roumaine, de confession orthodoxe, elle était professeur de langue roumaine dans son pays lorsqu’elle a été choisie comme responsable de la Joc en Roumanie, en Slovaquie et...en Ukraine. Invitée à l’Assemblée Générale d’Entraide d’Églises, elle nous a parlé avec beaucoup d’admiration et d’affection des jeunes de là-bas.

Interview

Entraide d’Églises. Quels sont les chemins qui t’ont conduite à devenir responsable de la Joc ?

Raluca Petcu. J’étais encore étudiante à l’université lorsque j’ai été invitée à participer à un camp de jeunes organisé par la Joc européenne en Roumanie. J’y ai découvert une façon d’agir et d’être ensemble différente de tout ce que j’avais connu jusqu’alors: le sentiment que chacun de nous, jeune, était une personne unique et importante. On nous permettait de porter un regard critique sur la société, sur la réalité de tous les jours, de voir comment nous pouvions l’améliorer concrètement et même, on nous invitait à le faire. Pour moi, c’était nouveau et cela m’a séduite. Je me suis engagée comme volontaire dans le groupe, puis on m’en a donné la responsabilité. J’ai d’abord travaillé à Somcuta Mare puis on m’a demandé de propager la Joc dans d’autres pays.

E.E. Pourquoi le choix de l’Ukraine ?

R.P. J’avais le choix entre la Moldavie et l’Ukraine. C’était il y a deux ans, juste après la Révolution orange, en Ukraine. J’y ai senti chez les jeunes un grand désir d’être actifs, de prendre leur destin en main contrairement à la Moldavie où les jeunes attendaient plutôt qu’on fasse tout à leur place. J’ai donc opté pour l’Ukraine et je suis partie, n’ayant aucune connaissance ni de la langue ni du pays mais avec l’adresse d’une sœur ukrainienne à Lviv, dans la partie occidentale du pays; Lviv, une des plus belles villes que je connaisse. J’ai d’abord pris contact avec les syndicats, les groupes d’Églises, les étudiants. La chaleur avec laquelle j’ai été accueillie m’a impressionnée.

E.E. Quelle est la situation économique des jeunes ?

R.P. La situation est très précaire. Le chômage a été multiplié par 10, les 5 dernières années : 50 à 60 % chez les jeunes, m’ont indiqué les syndicats. Sur 10 chômeurs, 7 sont des femmes. Le coût de la vie augmente sans cesse mais les salaires restent identiques (60 à 70 e par mois, en moyenne). Il n’y a pas de contrat de travail, même dans les entreprises d’État (en Roumanie, ce phénomène touche surtout les entreprises privées), pas de sécurité sociale non plus. La corruption est pratiquée à un niveau incroyable. Il faut payer pour tout: pour décrocher un emploi, pour être bien soigné à l’hôpital ou chez un médecin, pour réussir les examens à l’école ou à l’université, pour obtenir n’importe quel papier.

E.E. Pourquoi les femmes sont-elle les principales victimes du chômage ?

R.P. À mon avis, il y a deux raisons à cela. Le travail proposé est souvent très lourd: l’agriculture, l’industrie lourde ou les mines; les hommes sont donc plus rentables. Les congés de maternité (un an après une naissance) sont un frein pour l’employeur. C’est très visible dans les annonces. On demande des hommes ou, pour les tâches administratives, des femmes “jeunes et belles” et la présentation physique joue un rôle premier dans les interviews d’embauche.

E.E. L’Ukraine a le taux de natalité le plus bas d’Europe*. Comment expliques-tu cela ?

R.P. Certainement par les questions économiques d’abord. Beaucoup de femmes émigrent car elles n’arrivent pas à construire leur vie en Ukraine. Pour celles qui sont au pays, beaucoup attendent d’être mariées et d’avoir du travail pour leur mari ou pour elle-même. On commence à parler un peu plus ouvertement des moyens de contraception. On voit des affiches, à l’université quelques personnes viennent donner des informations. Mais généralement, c’est encore un sujet très secret; les jeunes filles hésitent à demander des moyens contraceptifs en pharmacie car on va savoir qu’elles ont commencé leur vie sexuelle active, avant le mariage. Seulement 15 % des femmes utilisent des moyens contraceptifs. Les autres n’utilisent rien et doivent alors recourir à l’avortement. Avortement assez cher ou clandestin.

E.E. Parle-nous de l’émigration des jeunes.

R.P. Les jeunes ont été très déçus du manque de changements qui a suivi la Révolution orange. Ils ont l’impression qu’ils n’ont plus aucun avenir dans leur pays. Beaucoup ne pensent qu’à partir (plus qu’en Roumanie). 40% des émigrants sont des femmes. Elles partent principalement en Italie et en Espagne pour faire des ménages, travailler dans des restaurants, soigner les enfants ou les personnes âgées. Le travail est généralement illégal car il est très difficile d’obtenir des visas pour ces pays. Elles vivent donc dans la clandestinité. Beaucoup essaient de passer la frontière par des filières de passeurs qui leur font miroiter le paradis, leur demandent beaucoup d’argent puis les abandonnent à leur sort qui est souvent de finir comme prostituées. Quand elles ont un enfant, les mères peuvent rester un an à la maison. Ensuite, si elles s’en vont, les grands-mères prennent le relais. Les hommes émigrent aussi mais surtout en Russie.

E.E. Qu’en est-il de la vie familiale ?

R.P. Les logements sont chers et la promiscuité n’est pas un facteur d’harmonie dans les familles. Une des filles de notre groupe doit supporter les disputes infernales de ses parents obligés de rester dans le même appartement, faute d’argent. Il faut dire aussi que le divorce est encore considéré comme une honte. Le prix à donner pour un appartement est de 100 à 150 e par mois et beaucoup de jeunes doivent habiter avec leurs parents. L’alcoolisme fait aussi des ravages. A huit heures du matin, on voit déjà des jeunes dans les cafés, buvant de la bière ou de la vodka. Dans la rue, également, en pleine semaine, les jeunes se promènent une bouteille de bière à la main. (Il me semble qu’en Roumanie on boit aussi mais seulement le week-end!).

E.E. Où en es-tu à présent dans ton travail pour la Joc, en Ukraine ?

R.P. Je passe en Ukraine deux semaines par mois, actuellement. Pendant le reste du temps, c’est l’équipe de responsables sur place qui prend très efficacement les choses en mains. En deux années, nous avons constitué deux groupes de jeunes. Le premier s’occupe surtout des jeunes chômeurs. Les soutenir moralement dans la recherche d’un emploi, aider à rédiger un curriculum vitae, à se présenter pour un entretien d’embauche sans avoir peur, à connaître leur droit à avoir un contrat, par exemple. Surtout essayer qu’ils ne décrochent pas de la société, qu’ils ne se sentent pas dévalorisés ou isolés parce qu’ils sont chômeurs. Ce groupe est composé de 6 filles et 3 garçons, sous la responsabilité d’une jeune universitaire. Nous essayons de faire connaître notre existence au moyen de tracts à la sortie des usines mais c’est surtout le bouche à oreille qui compte. Le second groupe est formé d’étudiants. Il faut les aider dans les situations d’injustice qu’ils rencontrent à l’université, par exemple devoir payer certains professeurs, payer pour réussir ses examens. Il faut aussi essayer d’établir une communication entre professeurs et élèves. Les élèves n’ont aucune voix, ils aimeraient demander des cours moins théoriques qui les préparent mieux à la vie. C’est très étrange, en Ukraine, pour n’importe quel travail, que ce soit chauffeur ou femme d’ouvrage en entreprise, si tu as un diplôme universitaire, tu as plus de chance qu’un autre. D’où beaucoup de jeunes entreprennent des études pour lesquelles ils ne sont pas faits. Mais le niveau de connaissance générale des jeunes est assez élevé. Ce fut une surprise pour moi.

E.E. Raluca, quand tu penses aux jeunes Ukrainiens quel sentiment éprouves-tu ?

R.P. Une grande admiration. C’est vrai qu’ils n’ont pas beaucoup de biens matériels et doivent affronter pas mal de difficultés mais ils ont réussi à rester solidaires et généreux, à garder leurs croyances et leur optimisme. L’énergie positive et l’espoir qu’ils ont pour le futur, la conscience que c’est à leur génération d’apporter des changements, à entrer en action, c’est vraiment le trésor le plus important de ce pays. C’est ce qui m’a toujours stimulé et motivé à m’investir et à retourner en Ukraine.

E.E. Que peut faire Entraide d’Églises pour soutenir ton travail ?

R.P. Vous le soutenez déjà bien, matériellement mais ce qui est surtout précieux, c’est l’aide morale que vous m’apportez. J’ai été mise en contact grâce à vous avec d’autres personnes qui peuvent aussi m’aider. Je dois dire que je n’ai jamais rencontré une organisation qui prennent tant en considération le côté humain.

E.E. Raluca, merci. Nous te félicitons chaleureusement pour ton engagement généreux et intelligent.

Interview réalisée par Baga Martens

* Taux de natalité en Ukraine. L’Ukraine verra sa population diminuer de 25% d’ici 2025, son taux de natalité étant de 8,2 naissances pour 100 habitants, son taux de mortalité de 16,3 pour mille et sa fécondité de 1,12 enfants par femme, c’est-à-dire la plus basse d’Europe.

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Hongrie Les femmes et la transition vers le capitalisme

Partout dans les pays d’Europe centrale et orientale, les femmes, comme certains groupes marginalisés(1), endurent bien cruellement la “transition” vers le capitalisme. Pourtant, elles sont majoritaires au sein de la société. Prenons le cas de la Hongrie (qui a le même nombre d’habitants que la Belgique, soit ± 10 millions). Ce pays illustre dans les grands traits ce qui s’est passé dans l’ensemble des pays ex-soviétiques après les “changements” survenus à la fin des années 80.
(1) Notamment les Roms ou d’autres nationalités.  

Entre 1989 et 1995, le nombre de personnes au travail s’est réduit de quelque 1,7 million(2), soit non loin d’un tiers des travailleurs, ce qui concerne également plus d’un tiers des ménages. En Belgique, une pareille suppression d’activités n’est jamais arrivée en 30 ou 40 ans. Pourtant, celle-ci a connu, depuis les années 60, l’élimination du travail dans les charbonnages tout autant que dans l’industrie lourde et l’industrie textile. En Hongrie, la réduction précipitée a fait suite à une privatisation et une libéralisation intempestives et non régulées en faveur des multinationales. Ces multinationales, bien entendu, agissaient en fonction des bénéfices maxima à obtenir: d’où fermetures d’entreprises et élimination de la concurrence sur le marché local et international ; parfois des rationalisations sans contrôle public ni syndical créant des conditions de travail fort dures ; plus rarement, des investissements avec l’aide étatique en délocalisant la production,  etc.
(2) Il s’agit évidemment de chiffres arrondis

Tenez-vous bien ! Sur les 1,7 millions de personnes qui ont perdu leur emploi, il y avait un million de femmes. Elles n’ont jamais retrouvé de travail. Que penserait-on en Belgique si un million de nos concitoyennes perdaient leur emploi en six ans de temps ? Les hommes ont été progressivement réengagés pour un tiers ou une moitié des salaires antérieurs. Cette évolution dramatique a des effets jusqu’aujourd’hui.

D’une part, la détérioration socio-économique devient catastrophique pour les femmes chômeuses sans indemnisation, vivant seules ou élevant seules leurs enfants. C’est carrément la misère. Pour les femmes mariées licenciées, la situation n’est guère meilleure. Il en est de même en ce qui concerne les prépensionnées. “Renvoyées dans leur foyer”, leurs salaires manquent beaucoup dans le ménage. Pour quatre-cinquièmes des ménages environ, cette évolution signifie une diminution de revenus entre la moitié et le tiers. En 1989, le revenu moyen d’un ménage hongrois s’élevait à € 1000 actuels environ. La diminution de € 1000 à 500 ou même à 750 implique des fins des mois insupportables.

D’autre part, la tendance à l’égalité entre les femmes et les hommes qui, elle, a eu des résultats positifs non négligeables pendant le régime soviétique se renverse. Quelque détestable qu’il fût en raison des répressions, le régime a procédé à des réelles modernisations : réformes agraires, suppression du patriarcat et des discriminations de sexes, abolition du régime féodal, scolarisation générale, etc. Les femmes ont pu en profiter, même si beaucoup restait à faire. Hélas, aujourd’hui, non seulement les salaires réels baissent encore pour la majorité, mais les différences salariales entre hommes et femmes s’accentuent sérieusement, ce qui porte atteinte à la dignité des secondes et ce qui favorise le machisme des premiers au sein de la société.

Enfin, simultanément à ces bouleversements, les femmes, même universitaires, sont acculées à accepter n’importe quel travail, sur place ou dans les pays de l’Ouest, comme domestiques, serveuses et, dans le pire des cas, prostituées. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, la traite des femmes atteint une importance que beaucoup ignorent, sauf bien entendu les hommes concernés. Les femmes vendues, achetées et exploitées se chiffrent par millions. Les pays concernés ont d’abord été la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie, puis la Roumanie, la république moldave, l’Ukraine, la Bulgarie et les ex-pays yougoslaves. Les “bénéficiaires” en sont, avant tout, les hommes de nos pays occidentaux !

Certes, au début, il existait une minorité de femmes sans emploi mais plus à l’aise matériellement qui étaient heureuses de pouvoir s’occuper de leurs foyers et de leurs enfants, ne fut-ce que pour un certain temps. Malheureusement, avec tous cela, le machisme s’étend aux États et à leurs polices qui ne se préoccupent que peu des femmes en difficultés sociales ou en danger de proxénétisme. Les Églises doivent aussi faire encore des grands efforts. Heureusement, les institutions internationales et surtout les associations commencent à réagir par des initiatives multiples : information et formation, revendications, auto-organisation, création d’emplois dans l’économie sociale et solidaire, etc.

Nicolas Bárdos-Féltoronyi, professeur émérite à l’UCL

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Réflexions sur les enfants perdus de Roumanie

Les enfants de chez nous ont tous entendu un conte de Charles Perrault (mort à Paris en 1703) intitulé Le Petit Poucet. Ont-ils réalisé de quelle horrible histoire il s’agissait? Voilà des parents tellement pauvres et désemparés qu’ils se décident, après d’âpres discussions entre eux, à aller en forêt pour y perdre leurs enfants. Ils n’en peuvent plus et aucun des sept enfants des Nations-Unies font état, en 2003, n’aurait échappé sans la ruse du cadet de 224.807 avortements pour 212.459 qui sema de petits cailloux derrière lui naissances. L’entrée de la Roumanie dans pour retrouver le chemin du logis. Nous l’Union Européenne changera-t-elle les avons tous entendu parler des bandes choses? Comment ne pas l’espérer? d’enfants qui errent dans les villes de certains pays de l’Est, notamment de la Roumanie. Comment est-ce possible? Mais la question la plus obvie peut-être et sur la quelle nous voudrions attirer un moment l’attention est de se demander pourquoi ils sont nés.  C’est la même question qu’on aurait pu poser aux parents du Petit Poucet et ils auraient répondu: “Comment éviter d’avoir des enfants quand on est marié?”

La politique de prévention des naissances en Roumanie a connu des variations extrêmes de la tolérance la plus large à la prohibition la plus stricte. L’année où Ceausescu décida d’interdire l’avortement, il y eut quelque cent mille naissances supplémentaires, car le pays est si peu ouvert aux méthodes modernes de régulation des naissances que l’avortement est la solution adoptée par beaucoup. Pour une période plus proche de nous, la revue américaine Studies in Family Planning a publié, en mars 2007, une étude sur l’arrêt et les échecs de la contraception et leurs conséquences en matière d’avortement (1). Le constat est sans appel: une contraception inefficace invite très souvent à l’avortement. Et ne faudrait-il pas ajouter, à plus long terme, à l’abandon d’enfants lorsqu’on ne s’est pas résigné à l’avortement ou qu’on n’a pas pu l’obtenir ?
(1) Andreea A. Creanga, Rajib Acharnya;
Saifuddin Amed, Amy O. Tsui,
“Contraceptive Discontinuation and Failure and Subsequent Abortion in Romania: 1994-1999”.
L’échantillon est impressionnant: 6888 femmes suivies pour tenir compte de 8124 épisodes de régulation des naissances, dont 3528 coïts interrompus.

Quelques chiffres pour indiquer l’ampleur du sujet: en Roumanie, il ya dix ans, il y eut 236.891 naissances et 456.221 avortements. Les chiffres plus récents publiés par l’Annuaire Démographique des Nations Unies font état, en 2003, de 224.807 avortements pour 212.459 naissances.  L’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne changera-t-elle les choses ? Comment ne pas l’espérer ?

Pierre Delooz

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Les Églises de l’Europe centrale et orientale
confrontées à leur passé communiste

Pologne : les religieuses plus fortes que les prêtres

Selon de nouvelles études, les religieuses catholiques romaines de Pologne ont résisté avec beaucoup plus de fermeté que le clergé mâle à la pression exercée par la police secrète de l’époque communiste qui a duré, en Pologne, de 1947 à 1989. Suite à la démission, le 7 janvier dernier, de Stanislas Wielgus, archevêque de Varsovie, les enquêtes sur l’infiltration de l’Église par la police secrète continuent. La plupart des 44 diocèses et au moins 30 ordres ont mis en place des commissions destinées à enquêter sur la surveillance policière, conformément aux recommandations de la Conférence épiscopale de Pologne.

Sœur Jolanta Olech* affirme que la police secrète s’est démenée pour trouver des agents parmi les 27.000 religieuses de Pologne mais les archives du ministère de l’Intérieur indiquent qu’une trentaine de religieuses seulement ont été recrutées au cours des années 80 dans tout le pays, soit cent fois moins que le nombre de prêtres catholiques romains. “Ils ont essayé d’embrigader toute personne ayant une importance quelconque-supérieures, catéchistes, religieuses travaillant pour les institutions ecclésiastiques et même des religieuses d’ordres contemplatifs quittant rarement leur couvent. Mais ils n’ont pas réussi.
* Sr Jolanta Olech, 66 ans, sœur ursuline, présidente de la Conférence des supérieures générales des instituts féminins de Pologne dont l’organisation représente aujourd’hui quelque 23.000 religieuses dans 93 ordres et congrégations.

Quand les religieuses devaient rencontrer des responsables du gouvernement pour obtenir un passeport ou d’autres documents, elles rapportaient toute approche à leurs supérieures, excluant ainsi toute possibilité d’une collaboration secrète… Ils montraient plus d’intérêt pour les grands ordres comme les Ursulines. Absolument tout les intéressait, de la couleur des bas d’une personne et de ce qu’elle mangeait au petit déjeuner, à des choses vraiment importantes comme la position vis-à-vis du Concile Vatican II…

Par ailleurs, il faut dire que, dans l’ensemble, les religieuses n’étaient probablement pas aussi intéressantes pour la police secrète que les prêtres. Nous n’occupons pas de postes importants et n’avons pas les mêmes possibilités”.

D’après les nouvelles œcuméniques internationales,
Genève, 21 mars 2007

Et du côté orthodoxe…

De leur côté, les Églises orthodoxes abordent avec sérénité, mais de façon différente, les relations des membres du clergé avec le pouvoir communiste. Les Églises de Roumanie et de Bulgarie ont déjà fait savoir qu’elles n’avaient rien à craindre de telles révélations. Il est vrai que tous les pays d’Europe de l’Est avaient mis sur pied une police secrète pour surveiller les moindres faits et gestes des citoyens y compris les membres du clergé. Ainsi, par exemple, la Securitate roumaine aurait compté environ 500.000 informateurs sous Ceaucescu, dans toutes les couches de la société. D’après les documents des rares fonds d’archives accessibles après la chute des régimes communistes dans certains des ex-pays communistes, de nombreux clercs ont été contraints d’avoir des contacts réguliers avec la police secrète pour régler toutes sortes de problèmes. Mais certains, par opportunisme ou convictions patriotiques sont allés jusqu’à devenir des agents des services de sécurité, dans certains cas infiltrés jusqu’à des fonctions élevées dans la hiérarchie.

L’Église de Bulgarie a été traversée par une grave crise interne apparue en 1992, quatre métropolites ayant remis en question la validité de l’élection du patriarche Maxime, l’accusant d’avoir bénéficié du soutien du régime communiste et de ne pas avoir respecté les statuts internes de l’Église. Cette division a finalement abouti, en 1996, à un schisme qui n’est toujours pas résolu aujourd’hui. D’autre part, les autorités bulgares actuelles semblent s’intéresser au passé de l’Église: “Les délateurs en soutane doivent se démettre de leur sacerdoce”, a dit un homme politique.

En Roumanie, le ministre de la Culture a appelé, en août 2006, à démasquer les clercs qui avaient collaboré avec la Securitate, estimant qu’il s’agissait d’une démarche “indispensable afin d’assainir la société”. Le patriarcat de Roumanie a fait savoir qu’il n’était pas opposé à l’ouverture des archives concernant le clergé et qu’il avait reconnu publiquement, dès 2001, que certains prêtres avaient pu céder aux pressions et accepter de devenir des informateurs de la Securitate.

Le métropolite de Varsovie a admis que les membres du clergé orthodoxe, tout comme les catholiques, devaient d’une manière ou d’une autre avoir des contacts avec les services de la sécurité. “Personne n’était libre, qu’on le veuille ou non, on était approché et il fallait leur répondre si on voulait continuer à servir l’Église. Le plus important était de ne pas avoir à trahir d’autres personnes”.

La situation la plus complexe est celle de l’Église orthodoxe russe où aucune remise en question des compromissions du passé n’a réellement eu lieu. Un article paru en 2002 dans la presse moscovite, sous la plume de M.Sitnikov, membre d’associations russes pour la défense des Droits humains, déclare ceci: “Après la chute du régime soviétique, lors de l’ouverture de nombreuses archives, il a été démontré que pratiquement tous les représentants un tant soit peu importants du patriarcat de Moscou collaboraient avec les organes gouvernementaux de sécurité et d’espionnage. Nonobstant, il ne s’en est trouvé qu’un seul parmi la hiérarchie, le métropolite Chrysostome de Vilnius, pour avouer publiquement ses anciens liens et faire acte de contrition pour avoir ainsi collaboré avec le KGB. Aucun autre membre de l’épiscopat ne l’a suivi sur cette voie, ce qui, mis en parallèle avec la collaboration existant actuellement entre l’Église orthodoxe russe et les services de la sécurité de l’État qui ont repris tout leur poids dans la vie publique russe, ne peut constituer qu’une preuve indirecte de la poursuite d’une telle symbiose”.

D’après le Service orthodoxe de presse, paris, Février 2007

ROUMANIE. Le 3e rassemblement œcuménique européen aura lieu du 4 au 8 septembre prochain dans la ville de Sibiu.

Près de 2.500 délégués des Églises d’Europe y sont attendus. Comme les précédents rassemblements œcuméniques européens (Bâle en 1989, Graz en 1997), celui-ci est organisé conjointement par le Conseil des Conférences épiscopales catholiques d’Europe (CCEE) et par la Conférence des Églises européennes (KEK) qui regroupe 124 églises de tradition anglicane, protestante, vieille-catholique et orthodoxe de tous les pays d’Europe. Ces deux organisations ont élaboré, en 2001, une Charte œcuménique fixant les lignes directrices d’une collaboration croissante entre les Églises en Europe. Ce document a été généralement bien reçu, à quelques exceptions près, notamment le patriarcat de Moscou qui l’a jugé dangereux et contre-productif. Durant ces derniers mois, de nombreuses rencontres ont été organisées en Europe, tant au niveau national que régional, en vue de préparer ce rassemblement de Sibiu.

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