Bulletin mars 2007

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SOMMAIRE

POLOGNE, loi de lustration

POLOGNE,commentaires du père Stefan Wylezek

LUBLIN, Université Catholique

LITUANIE, choix des valeurs

POLOGNE
s’attaquer aux fautes du passé...
...et risquer sa stabilité

Traduction abrégée d’un article intitulé “Poland risks its stability to tackle the sinds of the past”, paru dans le Financial Times du 28 janvier 2007, sous la plume de Stefan Wagstyl et Jan Cienski

Pierre Delooz

Il y a un an, peu de Polonais avaient entendu parler de Tadeusz Isakowicz-Zaleski, un prêtre de Cracovie. Aujourd’hui presque tout le monde le connaît. Cet homme de cinquante et un ans, qui sait ce qu’il veut, a réussi à passer outre aux objections de la puissante hiérarchie catholique et à préparer un livre sur la coopération entre des prêtres de Cracovie et la police secrète à l’époque communiste. L’ouvrage, qui doit paraître le 28 février 2007, cite les noms de quelque trente prêtres, y compris de plusieurs personnalités en vue toujours en activité aujourd’hui. Selon lui, les autorités ecclésiastiques lui auraient dit: «Jetez ce dossier au feu».

Pour l’Église, le livre augmentera son embarras après que Stanislaw Wielgus dût démissionner comme archevêque de Varsovie suite aux révélations selon lesquelles il avait été un informateur de la police secrète sous le communisme. Pour la Pologne; ce sera une nouvelle étape dans le pénible processus de faire face à son passé. Bien que les anciens satellites soviétiques dans les pays baltes, l’Europe centrale et les Balkans aient à affronter des difficultés similaires, le cas de la Pologne est particulièrement déchirant parce que l’opposition polonaise au communisme fut d’une fermeté unique en son genre.

L’Église catholique y avait sauvegardé son indépendance institutionnelle et morale beaucoup mieux que ses contreparties ailleurs en Europe orientale. Ses prêtres constituaient une force vitale du mouvement Solidarité qui vint à bout du communisme. Pour de nombreux Polonais, voir leur Église démasquée, c’est assister à l’écroulement d’un idéal national. Pour d’autres, dont le Père Zaleski, c’est le début d’un nettoyage à fond qui n’a que trop attendu. «C’est une grande faute, dit-il, de ne pas avoir ouvert les dossiers dès le premier gouvernement démocratique. Ils auraient tout révélé.»

Il n’y a pas que la Pologne

L’expérience polonaise rejoint celle d’autres pays. Presque partout, il y a eu des scandales impliquant des personnalités en vue qui avaient eu des liens avec la police secrète. Ainsi Istvan Szabo, un metteur en scène hongrois, l’archevêque Jan Sokol, qui fut à la tête de l’Église catholique slovaque, et Antanas Valionis, un ancien ministre des affaires étrangères lituanien, furent du nombre de ceux qu’on a accusés, ces deux dernières années, de liens avec les services secrets communistes. Ces cas ne sont pas simples.  M.Szabo a expliqué qu’il avait accepté de donner des “informations” pour sauver un ami de l’exécution après le soulèvement de 1956 (1).
(1) Il convient de mentionner un fait heureux. En 2005, la conférence épiscopale de Hongrie a mis en place une fondation dont le but consiste à rechercher le rôle positif et négatif de l’Église catholique durant le régime communiste. Malheureusement, le mandat ne s’étend pas à la période antérieure à 1945, à celle du régime autoritaire, puis fasciste et nazi durant un quart de siècle. La fondation est présidée par l’archiabbé Varszegi, du monastère bénédictin de Pannonhalma, qui est membre de la conférence épiscopale.  

L’archevêque Sokol nia avoir été un informateur mais peu après l’Église catholique demanda pardon pour les prêtres qui avaient coopéré avec les services secrets. M. Valionis admit avoir été un réserviste du KGB mais il demeura pour un an encore ministre des affaires étrangères.

Dix-sept ans après la fin de l’hégémonie soviétique, ces révélations embarrassantes sont encore et toujours fréquentes parmi les nouveaux membres de l’Union Européenne et dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Elles ont une influence politique, obligeant des politiciens à regarder avec soin vers leur passé avant de s’occuper des défis du présent. Des candidats potentiels à une fonction publique doivent examiner leur biographie en détail ou vivre avec le risque d’une dénonciation. La chasse aux sorcières a été compliquée par la destruction, sur une grande échelle, des dossiers à la chute du communisme et, dans les pays baltes, par le transfert de leurs archives en Russie. Partout, on doute de la véracité des dossiers et des conflits se font jour entre révélation et droit à la vie privée. Les gens s’inquiètent de voir les dénonciations se concentrer sur des informateurs et pas sur les réels coupables, la police secrète elle-même et ses chefs membres du parti.

Quelle option choisir?

Dès le début, les activistes exigeant une révélation complète entrèrent en opposition avec ceux qui arguaient que fouiller le passé risquait de déstabiliser les nouvelles démocraties et d’exposer la vie personnelle des gens à un examen par trop minutieux. Ceux qui préconisaient la prudence n’étaient pas nécessairement d’anciens communistes mais c’était aussi des dissidents notoires comme Adam Michnik en Pologne et Vaclav Havel, l’ancien président de la République Tchèque. En tout cas, comme le montre le cas polonais d’aujourd’hui, les efforts pour maintenir le couvercle sur des secrets indésirables peuvent générer des embarras encore plus grands.

Dans les États baltes, le passé est encore plus dangereux. Avec de nombreux dossiers qui se trouvent aujourd’hui sous contrôle russe, l’information secrète peut aider Moscou dans ses efforts accrus pour faire pression sur Vilnius, Riga et Tallinn.

Depuis 1990, les gouvernements d’Europe de l’Est se sont efforcés d’écarter des postes publics importants les membres de l’ancienne police secrète et leurs informateurs. La définition de ces postes varie largement: il peut s’agir de quelques nominations politiques à des fonctions de premier plan mais aussi de milliers d’emplois comme ceux d’enseignants, de directeurs de banque et de journalistes. La plupart des États ont désormais une législation appelée loi de «lustration»(2) qui oblige ceux qui occupent de pareils postes à déclarer (normalement sous forme de confidence aux officiels) s’ils ont coopéré avec les services secrets. Il n’y a généralement pas de sanctions à l’égard de ceux qui admettent une coopération mais des déclarations qui s’avéreraient mensongères par la suite sont souvent suivies d’une dénonciation publique.
(2) Loi de lustration, du latin «lustratio» désignant un rituel de purification et de réconciliation dans la Rome antique.  

Les jumeaux traquent les sorcières

Avec le temps, le nombre de politiciens qui ont connu l’ère communiste diminue. Mais des milliers sont toujours actifs. Cependant les jeunes, qui se souviennent à peine de l’époque communiste, montrent de l’intérêt pour la vie de leurs parents. Ainsi, pour la nouvelle génération post-1989, les dossiers sont une arme utile à l’égard de leurs aînés. Ces éléments ont convergé, en Pologne, avec une force explosive. Les jumeaux Kaczyński qui sont arrivés au pouvoir en 2005 rejettent les anciens accords «oublions le passé». Ils se sont engagés à combattre la corruption en s’attaquant aux liens cachés entre anciens espions, hommes d’affaires et politiciens.

Dans un article du journal conservateur Dziennik, Maciej Rybinski avance que les arguments des années 1990 sont terminés. «Cette construction temporaire, basée sur l’égalité entre communistes et anti-communistes, sur l’équivalence morale entre le traître et celui qui est resté intact a été détruite».

La grande question est de savoir quand cela prendra vraiment fin. Déjà les frères Kaczyński sont accusés de prendre la tête d’une chasse aux sorcières. Bien que les fuites en matière de fichiers disent des vérités, elles répandent aussi des mensonges. Par exemple, Malgorzata Niezabitova, une activiste dirigeante de Solidarité, a été accusée en 2004 d’avoir été une informatrice. Il fallut deux ans avant que les tribunaux ne la blanchissent suite à l’aveu d’un officier de la police secrète qui avait fabriqué une fausse information. Il faut reconnaître aussi que si les élites de Varsovie sont obsédées par les fichiers, les Polonais ordinaires ne le sont pas.

N’oublions pas les 90 % qui n’ont pas failli

Quelques uns des principaux leaders anticommunistes ont dit qu’ils ne cherchaient pas à avoir accès aux fichiers qui les concernent, ainsi Tadeusz Mazowiecki qui fut le premier de la Pologne démocratique à devenir premier ministre. Ils insistent sur le fait qu’il n’y a que du poison qui puisse sortir de fichiers qui n’ont été créés que pour empoisonner le pays. Jusqu’ici ils ont perdu leur combat. Le Père Zaleski prétend que ce n’est qu’en purifiant l’air et en publiant les dossiers que la vérité se fera. «Loin de détruire la réputation de l’Église catholique, dit-il, la pleine lumière la mettra en valeur. Il y a seulement, -et j’insiste, seulement– 10% des prêtres qui ont failli. J’estime que l’Église a été victorieuse puisque 90% des prêtres n’ont pas failli.»

Ce qui vaut pour l’Église vaut pour le mouvement anti-communiste dans son ensemble. Mais la controverse va croître inévitablement à partir de la publication du P. Zaleski. Amplifier le passage au crible ne peut que provoquer le chaos dans les services publics. L’expérience de l’Allemagne, qui a ouvert les fichiers de la police secrète communiste dès 1992, suggère que cette ouverture mène à une vie publique plus ouverte et plus saine. Bien que des politiciens en vue aient été forcés de se démettre, nombre d’enseignants, de fonctionnaires et même de policiers ont gardé leur emploi. La vie suit son cours. Günter Bormann, un responsable haut placé aux archives de l’État, dit: «Selon notre expérience, des fichiers fermés qui restent fermés peuvent être utilisés politiquement par un groupe ou par un autre. Pour le dire en termes diplomatiques, les expériences récentes en Europe de l’Est nous montrent que nous (en Allemagne) avions raison».

Mais l’Allemagne est un cas à part parce que les élites communistes furent balayées par l’unification. Plus à l’Est, où des éléments de l’ordre ancien survivent et même prospèrent, régler les comptes avec le passé communiste prendra plus de temps.

Les notes et les sous-titres sont de la rédaction

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A propos de l’article sur la Pologne face à son passé

Quelques commentaires du père Stefan Wylezek.*
* Père Stefan Wylezek, directeur de l’institut polonais de Rome

J’ai lu avec intérêt l’article de Stefan Wagstyl et Jan Cienski. Tout en étant d’accord sur le contenu de cet article qui montre la complexité des problèmes pour tous les pays postcommunistes, je voudrais donner quelques précisions à propos de la Pologne.

1. Le problème de «lustration» (voir note ci-dessus) ne concerne pas uniquement l’Église ni, dans l’Église, les prêtres et les évêques. Le récent document publié par le Président de la Pologne, Rapport sur les services secrets de l’armée polonaise, montre, d’une part, combien de personnes étaient manipulées et, d’autre part, parmi celles qui y sont mentionnées, combien nient leur collaboration avec ce service. Les tribunaux auront beaucoup de travail.

2. Non seulement les prêtres mais même les séminaristes avaient une farde (en polonais «teczka») c’est-à-dire un dossier ouvert par la police secrète où l’on mettait des informations, très souvent à l’insu de la personne. Nous avons récemment appris cette information à propos du président de la Conférence épiscopale polonaise, l’archevêque Józef Michalik. Les agents devaient prouver leur travail, ils avaient donc souvent l’imagination joyeuse. Cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas d’informateurs des services secrets. Cela signifie qu’il faut faire attention et bien examiner le dossier de chaque personne en question. Il faut aussi voir les moyens de pression exercées sur les personnes pour obtenir leur collaboration. Vu ces moyens, les 10% dont parle le père Zaleski, c’est peu par rapport au 90% qui ont résisté. Mais il faut admettre que ces 10% nous font mal à tous. Ce Mercredi des Cendres a été décrété par l’épiscopat polonais “Journée de réflexion, de prière et de jeûne pour le clergé”.

3. Il existe dans chaque diocèse une commission historique qui examine tous les dossiers des prêtres et, auprès de la Conférence épiscopale, une commission pour les Évêques. Pour effectuer sérieusement ce travail, il faut du temps. La semaine dernière, la commission du diocèse de Cracovie a publié le premier volume de son travail. On y trouve les noms des informateurs mais aussi de ceux qui ont résisté. Le père Zaleski n’est pas le seul à travailler dans ce domaine. J’attends son livre, mais sa méthode de travail ne me plaît pas, qui consiste à annoncer de temps en temps un nom, sans documentation ni droit à la défense. Doser peu à peu l’information et faire monter la tension n’est pas sérieux. Une fois le livre publié, on pourra en discuter.

4. La situation dans laquelle nous vivons aujourd’hui ressemble à une revanche du régime totalitaire. Les victimes sont considérées comme coupables et les bourreaux comme innocents parce qu’ils faisaient leur travail! Le passé ne peut pas être ensablé mais il nous faut du temps pour vérifier et comprendre comment la nation et l’Église ont été manipulées et oppressées par le régime communiste.

Rome, 17 février 2007

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Pologne Université Catholique de Lublin
QUE DEVIENNENT-ILS?
LES BOURSIERS DE L’EX-UNION SOVIÉTIQUE

Créée en 1981, à Rome et à Lublin, la Fondation Jean-Paul II s’est donné pour objectif de transmettre l’esprit chrétien aux générations futures notamment par l’octroi de bourses d’études à l’Université catholique de Lublin, bourses spécialement destinées aux jeunes des pays d’Europe centrale et orientale et des autres pays de l’ex-Union-Soviétique. Les étudiants bénéficient d’un logement à la Maison Jean-Paul II ainsi que d’un soutien moral et spirituel. La réputation de l’Université catholique de Lublin n’est plus à faire (Jean-Paul II y fit d’ailleurs son doctorat en théologie) et elle attire de nombreux candidats.
Depuis 25 ans déjà, l’Entraide d’Églises donne chaque année des bourses à des étudiants de l’ex-Union Soviétique.

Pendant cinq jours, au mois de juillet 2004, la Fondation Jean- Paul II a organisé, pour la première fois de son existence, une réunion des anciens boursiers diplômés. Plusieurs objectifs étaient poursuivis.
Il était bien sûr important de se revoir après tant d’années pour renouer des liens tissés durant les études. Mais il était aussi essentiel pour la Fondation de connaître le sort de ses anciens boursiers qui, rentrés au pays, ont dû chercher un emploi et retrouver le milieu qu’ils avaient quitté pendant plusieurs années. Souvent ils ont rencontré des difficultés en voulant transmettre dans leur pays le savoir, l’expérience et la formation durant leurs études en Pologne.
Il était également intéressant de savoir ce que ces anciens élèves peuvent actuellement attendre de la part de la Fondation et quelle aide elle peut leur apporter aujourd’hui, dans leur vie professionnelle sociale. Il fallait enfin réfléchir sur les procédures de recrutement de nouveaux boursiers.

Un programme chargé

Cinquante et un anciens étudiants ont participé à cette rencontre: trente trois sont venus d’Ukraine, dix de Biélorussie, cinq de Lituanie, un de la République tchèque, un de Russie et un de Géorgie. Le programme de ces quelques jours s’articulait comme suit: une rencontre avec les autorités de l’université, une session consacrée au pontificat de Jean-Paul II, un débat sur les Jeunes catholiques dans une société de choix possibles, une visite à la nonciature apostolique à Varsovie et enfin une longue discussion des participants avec maître M. Bednarkiewicz et Mme C. Tomkiewicz, membres du Conseil d’Administration de la Fondation.
Le recteur de l’Université, les pères et professeurs Andrzej Szostek et Stanislaw Wilk ont présenté l’image actuelle de l’université et le prof. Szostek a donné la conférence intitulée: La vérité de l’homme –la vérité de Dieu à la base de la construction de la nouvelle civilisation. Pendant la session scientifique ouverte par le père prof. Tadeusz Styczen, les participants ont pu entendre deux conférences d’un très grand intérêt; conférence du professeur Alicja Grzeskowiak: Jean Paul II –le défenseur de la vie et du professeur Wojciech Chudy Le pèlerin blanc– signe de l’effort et de l’espérance.

Le professeur Marian Radwan a donné un bouleversant témoignage sur ses voyages en URSS, puis ex-URSS et sur ses rencontres avec les hommes qui vivent dans ces pays. Il a également décrit les débuts de la Fondation à Lublin, la construction de la Maison, tous les efforts et les peines endurées jusqu’à la perte de sa santé.
Le débat sur les Jeunes catholiques dans une société de choix fut mené par Mgr Jozef Zycinski, archevêque de Lublin qui avait invité plusieurs personnalités dont Mateusz Bednarkiewicz, philosophe et metteur en scène, Krzysztof Skowronski, journaliste et Jakub Wygnanski, connu en Pologne pour sa promotion d’organisations non gouvernementales.
Grâce à l’Association des Amis de la Fondation Jean-Paul II et à sa présidente, Mme Ewa Bednarkiewicz, il fut possible d’organiser un voyage à Varsovie et de rencontrer Mgr Jozef Kowalczyk, archevêque, nonce apostolique en Pologne. Ce fut une visite enrichissante au cours de laquelle Mgr Jozef Kowalczyk a présenté l’histoire de la nonciature en Pologne et les défis nouveaux auxquels elle doit faire face. Les jeunes diplômés ont reçu un accueil cordial tout au long de cette réunion dont l’Eucharistie fut un des moments essentiels.
Ces journées furent évidemment ponctuées par de précieuses soirées autour de feux de bois, où l’on put goûter la joie d’être ensemble, la joie de partager souvenirs et nouvelles expériences. La plupart des participants ont émis le souhait que de telles rencontres se renouvellent, non seulement à Lublin mais aussi dans leur pays.

Les études terminées, comment se passe le retour au pays?

Les expériences du retour dans les pays d’origines sont très inégales. Certains étudiants n’ont eu aucun problème pour trouver un emploi alors que d’autres, parfois dans le même pays, doivent affronter de graves difficultés. Le problème n’est pas nécessairement dû à un manque de demande, mais plutôt à l’incapacité de mettre à profit le potentiel de ces spécialistes ou encore à la non reconnaissance de diplômes étrangers. Certains cumulent plusieurs emplois sans pour autant pouvoir en vivre. Vu cette expérience, ils demandent à la Fondation de leur faciliter l’accès à d’autres qualifications, à des stages et des formations… Ils suggèrent aussi que les évêques dans leurs pays d’origine soient informés chaque année du retour des diplômés.

Les anciens boursiers travaillent dans des institutions ecclésiastiques ou des institutions d’État. Nombreux sont aussi ceux qui travaillent dans les entreprises privées. Significative est leur présence dans les institutions économiques ou culturelles à caractère international. Là, le fait d’avoir étudié en Pologne et de connaître des langues étrangères porte ses fruits. Plusieurs d’entre eux enseignent dans des universités d’État ou des universités catholiques (p.ex. à Vilnius, Minsk, Vitebsk, Lvov, Kiev, Rozebeke, Trnava), dans les séminaires en Ukraine, en Biélorussie, en Lituanie, en Slovaquie ou encore font de la catéchèse dans les écoles. Beaucoup sont formateurs dans les Instituts catéchétiques. D’autres enseignent le polonais, travaillent comme traducteurs… Certains sont embauchés dans des centres d’aide à la vie familiale, conduisent des préparations au mariage, sont journalistes dans la presse religieuse ou laïque. Les prêtres occupent des postes dans les curies diocésaines et les tribunaux ecclésiastiques.

Que pensent-ils de la méthode de recrutement des nouveaux candidats?

Les anciens boursiers préconisent l’organisation de cours préparatoires qui permettraient une certaine vérification des capacités du candidat ou éventuellement un changement dans son orientation si le choix des études s’avérait non judicieux. Ces cours permettraient aussi de s’intégrer davantage dans la nouvelle réalité.
Une suggestion importante est de continuer l’apprentissage du polonais en première année d’études car souvent la maîtrise de la langue y est encore trop faible. Il semble également utile de procéder à des entretiens de qualification dans les pays d’origine. La création dans ces pays de cercles d’anciens boursiers ou de points d’information sur la Fondation et sur les filières d’études, comme la possibilité donnée aux anciens d’exprimer leur opinion sur un candidat qu’ils connaissent pourraient s’avérer très utile. Enfin, ils proposent de rehausser l’âge minimum du candidat à 18 ans.

Une enquête intéressante et des propositions concrètes

Voici donc ce qui a été souhaité:
- Procéder à des entretiens de qualification dans les pays d’origine.
- Donner aux étudiants des cours de langues et d’informatique et, en première année, intensifier les cours de polonais.
- Informer les évêques sur les personnes qui pourraient travailler pour leur diocèse.
- Informer sur les actions de la Fondation par la création d’un site internet, des publications dans la presse catholique nationale. Créer des centres -relais de la Fondation dans les divers pays pour permettre un meilleur accès à l’information pratique.
- Chercher des possibilités de stages dans le pays d’origine.
- Élever l’âge minimum des boursiers à 18 ans.
- Aider les boursiers à acquérir des qualifications supplémentaires.
- Organiser des cercles d’anciens boursiers dans leur pays.
- Organiser davantage de réunions d’anciens, soit par année d’études soit pour tous.
- Tenir compte de l’opinion des anciens sur les candidats qui leur sont connus.

Père Stefan Wylezek,
directeur de l’Institut polonais de Rome

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L’EUROPE DES VALEURS:
le choix lituanien

Chaque année, le Père Algirdas Dauknys parcourt les 2000 km qui séparent la Lituanie de la Belgique, accompagné de jeunes étudiants entre 15 et 20 ans, pour les familiariser avec l’idée et les institutions européennes et célébrer l’anniversaire de l’Indépendance de son pays avec la communauté lituanienne installée en Belgique.

En cette fin de février 2007, il était accompagné de professeurs et d’élèves de l’école de Subacius (diocèse de Panevezys). Ils ont rencontré des compatriotes installés dans notre pays, des journalistes, des acteurs de l’Église, des membres du Parlement européen et de la Commission européenne, et les ont interrogés sur le «visage humain» de l’Europe, ses valeurs et son âme, puis sur leurs possibilités d’action dans la Communauté, en tant qu’étudiants chrétiens lituaniens.

En collaboration avec Entraide d’Églises, ils ont notamment rencontré le Père Henri Madelin, directeur de la revue «Études», avec lequel ils ont parlé de la nécessité d’une information des citoyens européens et d’un rassemblement autour de questions d’actualité; avec Monsieur Jérôme Vignon, haut fonctionnaire de la Commission européenne, ancien directeur de la Cellule de Prospective, ils ont abordé la problématique sociale; enfin, point d’orgue du séjour, ils ont rencontré Mr Hans-Gert Poettering, Président du Parlement européen, avec lequel ils ont eu un véritable échange, dynamique et bienveillant, sur les valeurs et l’âme européennes. Le Président les a invités à vivre les valeurs auxquelles ils croient dans leur pays, de manière à les faire rayonner.

De retour en Lituanie, les élèves de l’école de Subacius s’exprimeront sur l’antenne de l’émission chrétienne produite par la chaîne Radio Pulsas de leur diocèse et dans d’autres médias nationaux; formés par le Père Algirdas au sens de la responsabilité dans un domaine où il est capital de transmettre des valeurs d’une manière positive, ces jeunes Lituaniens «prennent voix» dans le chœur européen….

Catherine Berkans

En Europe centrale et orientale où rien n’a pu se faire librement durant 50 ans de régime communiste, l’Église a été systématiquement écartée des domaines religieux, pastoraux, mais aussi du travail social et des médias. La formation y est dès lors une priorité absolue: en effet, le journaliste de l’après 1989 -date de la chute du mur de Berlin et de la fin du régime-, doit faire l’apprentissage non seulement des techniques spécifiques à son métier, mais aussi de la liberté d’expression !

Il y a plus de sept ans, un journaliste lituanien proposa à Monseigneur Preiksas, alors Évêque du diocèse de Panevezys, de créer une émission chrétienne indépendante sur la chaîne publique «Radio Pulsas» afin de permettre à l’Église de s’y exprimer.
L’initiative est remarquable et la proposition s’inscrit dans le cadre d’une radio régionale dont l’audimat est important. Bientôt appelé pour donner vie à ce «Signe du temps», le Père Algirdas Dauknys, titulaire de deux paroisses dans le diocèse et très actif dans le domaine de la communication, prend les choses en main.
Il convainc certains étudiants des écoles du diocèse de composer des reportages. Représentant l’ensemble des écoles du diocèse, ils forment peu à peu un vaste réseau de correspondants. A la fois reporters de l’émission chrétienne «Signe du temps» et invités de la chaîne «Radio Pulsas» qui l’émet, ces jeunes deviennent acteurs de l’activité culturelle et spirituelle de leur région et de leur pays.

Comment être opérationnels rapidement, dans la mesure où les instituts de formation journalistiques ne sont pas toujours géographiquement accessibles? «Pour l’expression radiophonique, nous sommes guidés par les acteurs professionnels du théâtre de Miltinis, explique le Père Algirdas. L’un d’eux, Albinas Keleris, a jugé intéressant de collaborer à un programme comme le nôtre, et nous en sommes fiers».

Persécutée durant 50 ans, l’Église catholique lituanienne, gardienne de la foi et des valeurs nationales, a défendu ses principes, ses traditions et a soutenu la population. Le programme du «Signe du temps» est tout imprégné de l’histoire, de la culture, de la spiritualité et de la foi lituaniennes, indissociablement unies. Et avec le Père Algirdas, il baigne dans l’esprit du Concile Vatican II.

C. B.

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