Bulletin décembre 2006

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SOMMAIRE

ROUMANIE
Vivre une ouverture vers le monde ou sein de l'Évangile
Interview: Catherine Berkans

HONGRIE
La révolution de 1956. Cinquante ans après
János et Marthe Boór

La revue Mérleg et Entraide d'Églises
Interview: Catherine Berkans

LES ROUGES DEVIENNENT GRIS
Pierre Delooz

La paix de Noël…pas à pas

En guise de vœux de Noël, nous vous transmettons, chers lecteurs et donateurs, cette lettre qui vous est adressée de Roumanie. En effet, ce n'est pas par de grands discours que nous bâtissons la paix mais par des actions concrètes, à notre portée. Merci d'y participer et Joyeux Noël à chacun et à chacune.

"La semaine de formation à "Enseignement Social de l'Église que nous avons vécue avec le Père Brau, venu de Belgique pour la deuxième fois ,fut vraiment excellente, tant au point de vue du travail réalisé que de la bonne atmosphère et de la motivation des participantes à vouloir entrer dans un chemin qui a pour but de changer quelque chose en Roumanie.

Au nom du groupe entier, je veux vous dire un grand merci de nous avoir permis de préparer les futures animatrices sociales à un travail de longue haleine. Notre rencontre était très importante pour plusieurs raisons:

- pour que les animatrices assument comme un service d'Église le travail de conscientisation pratique que nous nous proposons de faire dans 10 zones du pays, c'est-à-dire faire découvrir l'Enseignement Social de l'Église et, avec nos humbles moyens, chercher à en tenir compte tant dans nos propres engagements que dans les idées que nous propageons autour de nous;

- pour que les animatrices se connaissent entre elles et continuent à entretenir des liens amicaux et d'entraide;

- pour que les membres de la Commission Sociale connaissent les animatrices personnellement et vice-versa, et que nous puissions former un petit noyau de base dont les membres se sentent responsables d'une mission commune et puissent s'encourager réciproquement.

Nous avons conscience que TOUT est à faire, et que nous pouvons compter sur l'aide efficace du Père Brau qui a appris à connaître un peu plus la Roumanie et les problèmes rencontrés dans nos engagements pour la justice et la vraie charité. Le groupe a été heureux d'avoir eu, pour la première fois, l'occasion de discuter ensemble de ces difficultés concrètes et s'est dit très heureux d'entrevoir, comme une petite lumière dans l'obscurité, qu'il est POSSIBLE de FAIRE quelque chose pour la Roumanie, là où nous sommes. Bien sûr, nous savons que nous ne ferons pas des merveilles extraordinaires, mais simplement des petits pas qui vont vers un mieux...

Merci de partager notre espérance et de nous encourager - depuis toujours!- sur ce chemin.

Sr Marie-Anne Mathieu. Bucarest

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Roumanie :
vivre une ouverture vers le monde au sein de l’Évangile

Tous les deux ans, Entraide d’Églises participe aux Semaines européennes de la Communication dont la finalité principale est l’exploration des aspects politiques, culturels et religieux qui fondent l’Europe. La Faculté catholique de Lyon invite à cet effet des professionnels de l’information et de la communication venant de divers pays de la nouvelle Europe. A cette occasion, nous avons rencontré le Père Nicolae Dascalu, prêtre orthodoxe, directeur général de l’Institut culturel-missionnaire TRINITAS et conseiller culturel du Métropolite Daniel de Moldavie et Bucovine (diocèse d’IASI). Entretien avec un homme dynamique, érudit et heureux de vivre.

EE. Père, vous organisez des conférences et des séminaires œcuméniques sur la religion et les médias. Vous dirigez des films documentaires sur les monastères de Moldavie, la vie religieuse et les pèlerinages. Vous publiez également des articles sur le cinéma dans des revues ecclésiastiques. Pouvez-vous situer pour nos lecteurs cet institut culturel-missionnaire Trinitas dans le cadre duquel vous avez une activité aussi diversifiée?

Père Nicolae Dascalu. L’objectif de l’Institut Trinitas, comme membre actif de l’Église, est de vivre une ouverture vers le monde au sein de l’Évangile ; il veut associer mission et culture, promotion de la foi par les nouveaux moyens de communication. C’est dans ce sens que nous comprenons l’éducation religieuse des jeunes, le dialogue œcuménique, l’enseignement au respect de la Création et à la dignité de l’Homme.
Pratiquement, pour ce faire, nous mettons en œuvre une action médiatique dans tout le diocèse d’Iasi. L’Institut Trinitas comprend une maison d’édition, une imprimerie, un studio de production vidéo, un réseau de 25 stations radiophoniques en Roumanie et aussi une ligne radio sur le Net (www.trinitas.ro). La Métropole de Moldavie et Bucovine, avec une Histoire de sept siècles, a une riche tradition en matière de manuscrits et de livres imprimés. L’histoire de notre maison d’édition commence au 17ème siècle. En continuité avec l’œuvre de nos ancêtres, nous avons rouvert l’imprimerie d’Iasi en 1992, avec un soutien important de l’Entraide protestante suisse. En 1998, nous avons inauguré notre radio, d’abord sur le plan local, ensuite à un niveau plus large dans tout le pays.

EE. Comment s’orchestrent les collaborations avec d’autres églises et communautés de foi dans votre diocèse?

Père N.D. Le Métropolite Daniel est membre actif de la Conférence des Églises européennes et du Conseil œcuménique des Églises. Il a une longue expérience œcuménique dont le rayonnement s’étend hors du diocèse. C’est pourquoi, chaque année, des rencontres et des contacts sont organisés chez nous ou ailleurs en partenariat avec des Églises et organisations chrétiennes de l’Europe, et en particulier en Autriche, en Italie, en France ou en Suisse. Sur le terrain, nous travaillons avec les communautés catholiques (elles composent 5 % de l’ensemble du diocèse) dans le domaine social (centre pour orphelins, partenariat avec un hôpital de Bavière, maisons pour les personnes âgées). Nous ne nous retrouvons pas seulement lors de la semaine de prière pour l’Unité ou à l’occasion des grandes fêtes, mais il y a un respect mutuel et une ouverture permanente dans le domaine des œuvres caritatives communes. Cette coopération est aussi vivante sur le plan médiatique, et en octobre prochain nous serons les organisateurs du Colloque annuel de la CERC (Conférence Européenne des Radios Chrétiennes).

EE. Après ces Semaines européennes, et au moment où la Roumanie se prépare à entrer dans l’union européenne, quelle est votre sentiment sur cette construction?

Père N.D. Sans doute, la date du 1er janvier 2007 va provoquer des changements dans la société roumaine par rapport aux nouvelles structures. Du point de vue administratif, c’est un appareil qui semble compliqué: il a un grand nombre d’institutions, de conseils, de commissions…. Mais l’appareil possède un bon moteur et il va fonctionner. La démocratie se façonne et renaît jour après jour, là est la dynamique de la société. Ceux qui ont créé l’Union européenne ont travaillé sur une vision de l’avenir. La vision du départ existe-t-elle encore? Que dirait Robert Schuman et les autres pionniers de l’alliance économique d’autrefois? Personnellement, je crois que l’idée européenne est une bonne idée parce qu’elle comble un désir de paix: il est réellement extraordinaire que l’Europe n’ait plus connu de grands conflits entre ses États depuis 50 ans! C’est un espace de liberté créé par l’Occident et nous lui en sommes reconnaissants. Mais la construction nécessite plus “d’esprit”: il faut maintenir une vision d’ensemble politique, économique, spirituelle, culturelle, et aussi renforcer la conscience de ce qui représente partout l’âme du vieux continent. Sinon l’Europe sera une grande entreprise, et non une communauté d’hommes et de femmes. L’Europe doit devenir une communauté modèle pour tous, une Europe éternelle. La jeune génération d’aujourd’hui me rend optimiste: elle peut parvenir à oublier et à pardonner les erreurs du passé et, en même temps, construire sur les colonnes de notre héritage spirituel.

EE. Appréhendez-vous l’union européenne comme certains pays d’Europe centrale et orientale, frappés par l’apparition de nouvelles normes en matière de famille, par exemple?

Père N.D. De manière générale dans l’analyse de ces questions, je dirais que la liberté est un don de Dieu et qu’elle doit être bien gérée. Devant un conflit entre le droit à l’expression et le droit à la vie, il faut toujours sauvegarder la dignité humaine. La loi ne règle pas tout et il y a parfois conflit entre la loi et la morale. On ne peut pas idolâtrer la liberté, on ne peut pas transformer des valeurs en idoles (liberté, raison, justice)… D’autre part, les Églises ont obtenu des acquis pour tout le monde, pas seulement pour les chrétiens. Dans les villages par exemple, certains acquis viennent de très loin. L’équilibre entre tradition et modernité doit être préservé, car l’équilibre reste toujours un signe de santé.

EE. Bon nombre d’entre nous, au cours de cette session, ont été frappés par votre érudition. Quel est votre écrivain moderne préféré?

Père N.D. Dostoïevski ! Comme lui, je pense que l’Amour peut vaincre toutes les difficultés. Sans la foi, nous sommes peu de choses. Dans les romans de Dostoïevski il y a une joie de vivre la foi qui donne sens à toute l’existence. Mais il prophétise aussi les crises d’une société qui oublie Dieu ou, pire, lutte contre Lui. Les drames du 20ème siècle resteront pour nous, chrétiens, “sel de la terre”, thèmes de réflexion et d’action. Et la conclusion des “Frères Karamazoff” nous dirige vers une affirmation célèbre d’André Malraux…

EE. Comme prêtre orthodoxe, quel est l’enseignement principal de votre pastorale?

Père N.D. Il faut absolument enseigner le pardon et la réconciliation entre frères de différentes Églises et communautés de foi. Car le pardon et la réconciliation sont les signes visibles de la présence du Saint-Esprit dans nos cœurs et constituent les fondements d’une fraternité réelle en Christ, exprimés en actions concrètes d’entraides et de nouvelles solidarités.

Interview: Catherine Berkans

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Hongrie
La révolution de 1956. Cinquante ans après

Questions d’un Hongrois catholique
adressées à son Église

"L'année 2006 est une année mémorable dans l'histoire de notre pays.
Le 23 octobre, fête de St. Jean de Capistran, nous commémorons le 50ème anniversaire de la Révolution de 1956. Mais nous nous souvenons aussi du 550ème anniversaire de la Victoire de Belgrade où Jean Hunyade* aidé par les exhortations de St. Jean de Capistran a vaincu les armées de Mahomet II… Ces deux commémorations nous incitent à proclamer l'année 2006, année de prière... Prions pour le renouveau spirituel de notre peuple.. "
C'est par ces mots que commence la lettre pastorale de la Conférence des Évêques hongrois datée du 1er janvier 2006.
*Jean Hunyade: régent du royaume  de Hongrie en 1445  

Personnellement, je suis gêné que nos évêques nous rappellent une victoire sur les armées musulmanes sans évoquer les milliers de morts des deux côtés (Par ailleurs, les cloches qui sonnent dans nos églises à midi rappellent cette victoire!). St Jean de Capistran me gêne aussi, il n'a pas seulement enflammé les vaillants soldats chrétiens contre les "incroyants" mais les a aussi souvent incités au massacre des "Juifs perfides':

Je suis encore plus gêné quand je lis, de la plume de nos évêques, les phrases suivantes: "La Nation est en grand danger, seule la miséricorde divine peut nous sauver. Les tragédies et la série d'échecs subits les siècles passés nous accablent. Épanchement de sang et humiliations. Méfiance au sein de la nation elle-même, manque dramatique de solidarité. Blessure que nous a causée Mohács*, plaie qui n'a pas guéri à ce jour. Le péché du désespoir et la tentation du découragement s'appesantissent sur nous. Une attitude hostile à l'enfant a commencé chez nous bien plus tôt que dans les pays voisins. Le pouvoir, ne pouvant assurer le bien-être, a permis l'avortement que des chrétiens aussi, ont pratiqué en foule... Au cours de cette dernière quinzaine d'années, nous avons goûté à la liberté mais ce temps nous a aussi causé beaucoup de déceptions. Il était question de justice, de justice totale qui protège le faible... mais sans résultat. Les blessures spirituelles de notre peuple pèsent aujourd'hui encore sur nos épaules. La vie de beaucoup d'entre nous est caractérisée par l'éparpillement, le désespoir, le matérialisme à la recherche de petits avantages momentanés, l'arrivisme, le sentiment d'être sans avenir, et la dépression.  Il nous est difficile d'atteindre une conception de vie globale et sereine."
*Mohács: défaite devant les Turcs en 1525

Il y a beaucoup de vrai dans cette description mais...

... c'est le ton apocalyptique qui me gêne. C'est comme si la Hongrie n'avait pas vécu de situation plus terrible, par exemple pendant la 2ème guerre mondiale, quand des centaines de milliers de gens sont morts, tués au front ou dans les camps de concentrations; ou il y a 50 ans lors de l'écrasement de la Révolution par les Russes.
Du point de vue théologique aussi, je trouve qu'il est faux d'attendre une solution de la miséricorde de Dieu, quand la sagesse du peuple dit aussi: "Aide- toi, le ciel t'aidera!" la vocation de l'Église ne serait-elle pas, en lieu et place de belles paroles, d'encourager des centres d'aide des femmes en conflit, des alcooliques, des mourants, des malades psychiques? Ne serait-il pas plus chrétien de consacrer dans le budget des diocèses une somme bien plus grande aux œuvres de la Caritas? La somme actuelle étant notoirement minime.

Manque de confiance et de solidarité

Le peuple, en Hongrie, vit encore dans la tradition de l'État-social. Les évêques attendent eux aussi de l'État l'assurance du bien-être de la société et bien entendu de l’église. Pourtant, la République hongroise est, suivant sa constitution, un État démocratique dans lequel l’état est séparé de l’église. La lettre pastorale des évêques constate bien, dans son diagnostic, les maux de la société hongroise actuelle: le manque de confiance et de solidarité. La Neue Zürcher Zeitung* (24 octobre) fait un constat encore pire: La société hongroise est devenue une société de la haine.
*Neue Zürcher Zeitung: quotidien  et groupe de presse suisse
Cela ne signifie-t-il pas la faillite de l’évangélisation dans notre patrie? Ne faudrait-il pas que les évêques fassent un examen de conscience et se posent la question de savoir s’ils n’ont pas contribué à cette situation perverse quand, dans les églises, ils ont prêché régulièrement en faveur des partis de droite et d’extrême droite, réclamant la démission du chef du gouvernement; quand pratiquement toute la presse religieuse est au service des partis de droite; quand, à quelques exceptions près (mentionnons le cardinal primat Péter Erdö qui récemment a participé à Bruxelles-Toussaint 2006), non seulement l’Église ne fait rien pour la paix, la tolérance et la réconciliation sociale, mais elle attise l’esprit de fraction, la division, l’intransigeance? Dans les sondages, la descente en flèche du crédit des églises concernant leur contribution au changement de régime, n’est-elle pas liée a cette attitude?

Espérer contre toute espérance. Des pardons réciproques

“Jésus cependant ne nous invite pas à la résignation mais à l’espérance... Dépassant toutes les horreurs, péchés et souffrances du passé, sachons faire pénitence et d’un cœur sincère pardonner” -lisons-nous plus loin dans la lettre pastorale. Comme en 1965, quand les évêques allemands et polonais se sont tendu les mains au nom de leur peuple et se sont dit: “Nous pardonnons et demandons pardon”, Péter Erdö, le cardinal primat, a envoyé, le 7 février dernier à Alexis II, patriarche de Moscou et de toute la Russie, une lettre demandant pardon “pour toutes les offenses causées par les Hongrois aux Russes”. Il y remercie pour les mots de regrets d’Elstine, adressés au peuple hongrois en 1992, que le patriarche a réitérés au Parlement hongrois en 1994 ainsi que Poutine, le 1er mars 2006 lors de sa visite à Budapest, au monument aux morts de la Révolution de 1956. Le patriarche dans sa lettre de remerciement écrit: “Dans l’histoire de nos deux peuples, il y a beaucoup de pages noires, parmi celles-ci les événements de 1956. Son souvenir nous remplit de douleur et de regret sincère.”
Dans le cadre de l’année de prière, les membres des Conseils des évêques slovaques et hongrois ont concélébré la messe dans la basilique d’Esztergom le 29 juin 2006, au nom de la réconciliation des deux peuples. Le 17 septembre 2006, devant la basilique St. Étienne a eu lieu la béatification de Sára Salkaházi, membre de la Société des Sœurs Sociales, martyre. Sous le régime des Croix-Fléchées*, elle a sauvé la vie de près de cent juifs. Émouvante cérémonie en plusieurs langues où se sont retrouvés juifs et chrétiens.
*Croix-Fléchées: parti fasciste hongrois, pro germanique et antisémite, fondé en 1935, au pouvoir fin 1944

 Oser regarder le passé et reconnaître ses fautes

Sous la dictature communiste, comme au temps du régime national-socialiste, il y eut, au sein des catholiques, des héros mais aussi des collaborateurs, des traîtres, et mêmes des espions, des taupes. Cela ne concernait pas uniquement les affaires intérieures hongroises car la Hongrie avait été chargée par le camp soviétique d’infiltrer le Vatican. Sur ce sujet, n’ont paru que des publications en langue hongroise.
La crédibilité de l’église augmenterait, si les évêques et le clergé mettaient à jour ces pages noires du passé et reconnaissaient sincèrement leur faute devant les fidèles.
Un pas dans ce sens a été fait avec la création de la Fondation Ödön Lénard* par la Conférence des évêques, fondation dont le but est la recherche de documents inconnus à ce jour et leur publication. La Conférence des évêques n’a mis qu’une somme minime à la disposition de ces travaux.
*Ödön Lénard est le religieux emprisonné le plus longtemps sous le régime communiste
Cette fondation a déjà publié deux ouvrages et organisé une conférence à Budapest le 6 novembre 2006, sous le titre “L’église de Hongrie en 1956”, soulevant plus d’une question difficile (entre autres le rôle du Cardinal József Mindszenty libéré par les révolutionnaires). Un élément important de ces recherches est de voir dans quelle mesure 1956 a présenté à l’église catholique la possibilité d’un renouveau intérieur et si l’église a saisi l’occasion de le faire. Gyula Szabó, curé à Mezoörs, un des meilleurs spécialistes de la question, prétend qu’après les répressions de 1956, la scission et la dépendance n’ont fait qu’augmenter dans le clergé. Ces faits n’ont, à ce jour, pas encore été analysés.

Le 19 novembre 2006, jour de la fête de Ste Élisabeth de Thuringe, princesse hongroise, la Conférence des évêques hongrois a proclamé 2007, huitième centenaire de la naissance d’Élisabeth, année de souvenir et de rappel de l’amour fraternel, conjugal, de l’amour des pauvres-dont malheureusement le nombre s’accroît-et de l’amour de l’ennemi.

Nous pouvons dire que la purification de l’église de Hongrie, son renouveau évangélique et conciliaire, comme son aggiornamento nous incombent à tous, laïcs, prêtres et évêques d’une manière égale. Mais il y a encore beaucoup à faire.
Pendant des dizaines d’année, l’Entraide d’églises a encouragé et subventionné ces buts. Et nous aimerions ici lui exprimer une fois de plus toute notre reconnaissance.

Budapest, 22 novembre 2006
János et Marthe Boór,
Les notes et les sous-titres sont de la rédaction

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Hongrie: La revue Mérleg et Entraide d'Églises

Grâce à ce merveilleux outil de communication qu'est Internet, Monsieur Marcel Martonffy, rédacteur en chef de la revue Mérleg, et Catherine Berkans ont pu parler longuement de la collaboration qui unit cette remarquable revue et Entraide d'Églises.
Voici le résultat de leurs "conversations':

En 1962, le Concile Vatican Il propage un souffle nouveau dans toute l'Église catholique. Trois ans plus tard, naît en Hongrie la revue Mérleg (Bilan ou Balance), message d'espoir émanant d'un groupe d'intellectuels chrétiens et source d'information primordiale de ce renouveau conciliaire. Dès le début, Entraide d'Églises a contribué activement à la publication et à la diffusion de cette seule revue chrétienne en langue hongroise, en Hongrie même et parmi les minorités hongroises de Roumanie, Tchécoslovaquie et Yougoslavie, ainsi que dans les communautés catholiques hongroises de la diaspora.

Publiant des traductions d'articles et d'études, des comptes rendus de livres de théologie, de spiritualité, de sciences sociales et naturelles choisis pour leur ouverture et leur qualité d'enrichissement a la réflexion chrétienne, Mérleg développe un lectorat en Hongrie durant le régime communiste, au-delà même des frontières de l'Église et du pays. Jusqu'en 1990, la revue devient un élément indispensable de la formation théologique, intellectuelle et, dans un sens plus large, culturelle du clergé et des laïcs.

"Actuellement, néanmoins, confie son rédacteur en chef, la fidélité de notre périodique à une Église telle qu'elle se voyait dans l'élan du Concile n'a pas perdu sa fraîcheur; mais elle est moins saluée par l'institution qui semble avoir, en Hongrie, perdu beaucoup de cet élan.

Mérleg, distribuée à 1700 exemplaires, est lu aujourd'hui par une génération catholique pour laquelle le Concile n'est pas un événement dépassé; par des intellectuels plus éloignés de l'Église, spirituellement curieux d'une voix chrétienne différente de celle qui s'accorde à la voix de certains partis politiques; par de jeunes chrétiens intéressés par le dialogue entre théologie et sciences. Il est toujours lu par des membres de l'Église catholique: certains lui reprochent d'être trop ouvert ou trop "conciliaire", tout en reconnaissant ses qualités.

Mérleg demeure, quatre décennies après Vatican Il, le seul périodique d'orientation catholique qui, dans l’esprit du dialogue interdisciplinaire, fournit régulièrement des connaissances sérieuses concernant les questions ouvertes de la pensée œcuménique et interreligieuse dans leur rapport avec d'autres domaines de la recherche scientifique"

L'équipe de rédaction de Mérleg reçoit des signes encourageants de curiosité et même d'enthousiasme de la part de ceux qui, d'une façon ou d'une autre, découvrent le périodique. Livrée à ses propres forces, elle mène en même temps un combat quotidien pour soutenir cet élan et en assurer le financement. "Nous avons renouvelé le "visage" de Mérleg, maintenant plus attrayant et plus en harmonie avec son contenu, souligne le maître d'œuvre de la revue. Nous recherchons une présence plus forte (sous forme de promotion et d'interviews) dans quelques journaux plus connus du public. Mais nous croyons que la mission de Mérleg dépendra toujours d'une véritable "entraide" -celle d'une revue qui voudrait servir une pensée chrétienne de large horizon: une entraide d'Églises"

Interview: Catherine Berkans

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LES ROUGES DEVIENNENT GRIS

C'est sous ce titre un peu sibyllin que l'Economist du 27 mai 2006, p.2B, signale le vieillissement inquiétant des anciens pays communistes (définis comme "rouges") en Europe centrale et orientale. Leur population y est quasi partout menacée de décroissance puisque leur taux de natalité (la proportion du nombre des naissances par habitants) est partout inférieur à leur taux de mortalité (la proportion du nombre des décès) et que leur nombre de naissances par femme est partout inférieur au nombre qui permettrait ne fût-ce que le remplacement des générations.

L'Ukraine, par exemple, verra sa population diminuer de 25% d'ici 2025, son taux de natalité étant de 8,2 naissances pour mille habitants, son taux de mortalité de 16,3 pour mille et sa fécondité de 1,12 enfants par femme, c'est-à-dire la plus basse d'Europe.

La situation n'est guère meilleure en Russie où l'on compte 10,1 naissances pour 15,3 décès et où les femmes engendrent seulement 1,33 enfants. La Pologne a tendance à suivre le mouvement, puisqu'elle compte quelque 9,5 naissances pour 9,7 décès et 1,26 enfants par femme; les femmes y avaient leur premier enfant à 22 ans en 1989, mais à 26 ans en 2001.

La Lituanie, autre exemple, est à peine mieux lotie avec une natalité de 9 pour mille, une mortalité de 11,8 pour mille, une fécondité de 1,28, ce qui est un peu plus élevé, malgré tout, que la Bulgarie 1,24, que la République Tchèque 1,17, que la Moldavie 1,23 et que l'Ukraine, nous l'avons vu, 1,12. A côté de cela, la Belgique, qui n'est pourtant pas sans problème face au vieillissement, fait bonne figure: la natalité y dépasse un peu la mortalité (10,9 pour mille contre 10) et la fécondité s’y établit à 1,66 enfants par femme. La situation est-elle sans issue pour les pays de l’Est? Probablement pas, sans quoi il faudrait conclure qu’aucun rebondissement n’est possible nulle part. Notamment des décisions politiques peuvent contribuer à un certain redressement. Ainsi, l’Estonie a instauré en 2003 un généreux congé parental qui y a entraîné tout de suite une croissance de la natalité: il y eut 800 naissances de plus en 2004 qu’en 2003 et 1.200 en 2005. Cela ne suffit pas à renverser une tendance de fond mais, au moins, cela peut la freiner.

Il reste que les mouvements de population dépendent de facteurs très complexes et qu’aucun d’eux, pris isolément, n’est déterminant, ni le politique, ni l’économique, ni, en tout cas le religieux: un pays à dominante orthodoxe comme l’Ukraine, protestante comme l’Estonie, catholique comme la Lituanie ne sont pas à l’abri d’un vieillissement préoccupant. Le même phénomène se produit en Europe occidentale: un pays orthodoxe comme la Grèce ne compte plus que 1,29 enfants par femme et un pays catholique comme l’Italie 1,33, pays qui est devenu celui dont la population est, dès à présent, la plus âgée.

L’émigration

Une des raisons plausibles (mais elle est loin d’être la seule) du vieillissement de la population dans les pays du Centre et de l’Est de l’Europe est à chercher du côté de l’émigration qui touche plus souvent des jeunes que des vieux et n’est pas compensée par une immigration équivalente ou supérieure. Quelques chiffres permettent de s’en rendre compte: il s’agit des effectifs nets de migration, c’est-à-dire de la différence entre les entrées et les sorties pour l’année 2004 en milliers d’habitants.
A lire comme ceci, par exemple: +35,4 pour la Belgique signifie que 35,4 mille personnes sont entrées en Belgique en 2004 de plus que celles qui sont sorties et un chiffre négatif comme -10,1 pour la Roumanie signifie qu’il y a eu plus de départs que d’entrées à concurrence de 10,1 mille personnes.

Ces chiffres concernent l’année 2004

Albanie................... -11,1
Bosnie........................ +8
Bulgarie.......................... 0
Croatie........... ....... +11,6
Rép.tchèque....... ... +18,6
Estonie...................... - 0,2
Hongrie .......... ...... +18,2
Lettonie.................... -1,1
Lituanie.................... -9,6
Moldavie .................. -3,6
Pologne.................... -9,4
Roumanie............... -10,1
Ukraine............ ......... -7,6

A titre de comparaison

Belgique.......... ...... +34,5
Italie............ ........ +558,2
Royaume-Uni..... . +203,6
Europe des 25.... +1852,3
U.S.A............ ..... +1049,5

Source - Popnet n038,  automne 2006.

L’avortement

Parmi les raisons qui peuvent être invoquées pour rendre compte de la faible natalité des pays du Centre et de l’Est de l’Europe et de leur vieillissement, il y a sûrement la fréquence de l’avortement qui, dans certains pays, est une forme commune de quasi-prévention des naissances. Voici quelques chiffres (officiels) publiés par l’Annuaire démographique des Nations Unies en 2005.

On sera attentif au chiffre effrayant de la Roumanie, qui est malheureusement traditionnel: il y a plus d’avortements que de naissances: 247.608 contre 210.529. On notera aussi que la Hongrie, dont la population égale celle de la Belgique, compte 41.301 avortements de plus. Du même ordre, la Moldavie dont la population est environ le tiers de la Belgique, compte plus d’avortements que la Belgique. La Russie annonce pour sa part 2.225.797 avortements pour 1.502.500 naissances (et 2.2295.400 décès).
Zone de Texte: pays 	nombre d avortements en 2005 	Habitants 
Belarus 	89.895 	10.350.194 
Bulgarie 	50.824 	7.700.000 
Croatie 	7.524 	4.600.000 
Estonie 	10.834 	1.400.000 
Hongrie 	56.076 	10.100.000 
Lettonie 	14.686 	2.306.400 
Lituanie 	12.495 	3.400.000 
Moldavie 	15.739 	4.200.000 
République Tchèque 	32.513 	10.200.000 
Roumanie 	247.608 	22.600.000 
Russie 	2.225.797 	142.865.200 
Serbie-Monténégro 	58.739 	10.500.000 
Slovaquie 	17.382 	5.391.000 
Slovénie 	7.327 	2.000.000 
		
Belgique 	14.775 	10.472.840

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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