Bulletin mars 2006

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SOMMAIRE

Que devient l’ex-Yougoslavie

Le Gandhi des Balkans n’est plus

Au Kosovo, ce n’est pas fini

Entraide d’Églises en Bulgarie

L’amicale d’entraide avec la Bulgarie et les sœurs de Sion

 

Que devient l’ex-Yougoslavie?

Nous présentons ici très sommairement l’ouvrage collectif intitulé “L’ex-Yougoslavie dix ans après Dayton. De nouveaux États entre déchirements communautaires et intégration européenne”, sous la direction d’André-Louis Sanguin, Arnaël Cattaruzza et Emmanuelle Chaveneau-Le Brun, Paris, L’Harmattan, 2005.

Le titre suppose évidemment qu’on se remémore ce que furent les accords de Dayton de décembre 1995. Ces accords ont été signés à Paris par les présidents Milosevic, Tudjman et Izetbegovic au nom respectivement de la Serbie, de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine. Dayton est une ville de l’Ohio où les négociations se déroulèrent, signe des temps, sur une base militaire américaine. Les États-Unis étaient intervenus via l’OTAN pour empêcher les protagonistes de s’entretuer et de généraliser des formes odieuses de «nettoyage ethnique». Sans réduire le conflit à une guerre de religion, on se rappellera que la plupart des Croates sont catholiques, les Serbes orthodoxes et les Bosniaques musulmans, ce qui donne inévitablement une coloration religieuse aux différends ethniques.

L’après communisme a été, pour les Pays Baltes notamment, une véritable libération. Pour la Yougoslavie malheureusement, il ressembla davantage à une catastrophe. Une fois relâchée la contrainte exercée par la Ligue des communistes, chaque république fédérée sous le régime de Tito, c’est-à-dire pratiquement chaque ethnie, s’est voulue indépendante.

Les choses se sont passées sans trop de mal pour la Slovénie, moyennant quelques ajustements avec l’Italie et la Croatie, à propos de l’Istrie. Elle a rejoint dès à présent l’espace européen et son régime politique est raisonnablement démocratique.

Pour la Croatie, cela n’a pas été aussi simple. En 1991, elle annonça son indépendance, mais il fallut laborieusement la faire reconnaître: cela demanda sept mois de négociations et de tergiversations pour l’Union Européenne et onze mois pour l’ONU. Désormais l’aspiration de la Croatie est l’intégration à l’Union Européenne qui lui a posé ses conditions. Une vive opposition à l’indépendance s’exprima de l’intérieur de la part des Serbes de Croatie qui entendirent faire sécession mais n’y parvinrent pas.

La Serbie -qui a gardé le nom de Yougoslavie- a connu une histoire plus mouvementée particulièrement dans ses rapports avec sa voisine, la Bosnie-Herzégovine. Elle l’envahit partiellement en été 1995 y compris la zone de sécurité de Srebrenica gardée par les forces des Nations Unies et y commit des crimes en masse contre des civils. Il fallut finalement une riposte aérienne et des bombardements de l’OTAN pour qu’elle lâche prise et accepte les négociations de Dayton.

Depuis lors, la Bosnie-Herzégovine a retrouvé ses frontières mais elle est divisée en deux: une Fédération croato-bosniaque et une Republika Srpska. Une Force de Mise en Œuvre des Nations Unies, sous commandement de l’OTAN, est chargée de l’application des accords et son Haut Représentant a sûrement plus de pouvoir de fait, que son gouvernement central dépendant fortement des deux entités. Ce Haut-Représentant est désormais aussi Représentant spécial de l’Union Européenne et le commandement des forces de maintien de la paix est passé de l’OTAN à l’Union Européenne. Un désir commun de rapprochement avec l’Europe est désormais évident.

Pour ne pas quitter la Serbie, il faut évoquer deux problèmes qu’elle a le plus grand mal à résoudre sinon même à aborder, celui de Monténégro en marche vers sa propre indépendance et celui du Kosovo dont nous avons dit un mot dans l’éditorial du présent numéro de notre bulletin.

En poursuivant notre voyage du Nord au Sud, il reste à évoquer brièvement la Macédoine qui semble en marche vers un État stable. Sa candidature à l’adhésion à l’Union Européenne a été acceptée et elle a commencé à apaiser les conflits qui divisent une population où vivent 25% d’Albanais.

Le principal succès des accords de Dayton est évidemment d’avoir ramené la paix dans l’ex Yougoslavie, mais on est en droit de mettre également à leur actif une contribution décisive au retour d’un million de personnes déplacées dans la région de leur pays d’origine.

Nous signalons que l’ouvrage dont nous faisons état ci-dessus compte vingt-et-une contributions regroupées en cinq parties aux noms évocateurs: 1. Populations déchirées 2. Espaces en faillite politique 3.Ruptures et fragmentations 4.Stabilisations et ouvertures 5. L’Union Européenne à l’épreuve de l’ex-Yougoslavie.

 Pierre Delooz

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LE GANDHI DES BALKANS N’EST PLUS

Celui que l’on a parfois comparé à Gandhi n’est plus. Ce 21 janvier, Ibrahim Rugova, entouré de sa famille, s’est éteint dans sa maison, des suites d’un cancer du poumon pour lequel il était soigné depuis le mois de septembre dernier.
Son départ a été pleuré par des centaines de milliers de Kosovars qui sont venus lui rendre un dernier et touchant hommage en défilant interminablement durant les quatre jours et quatre nuits qui ont précédé ses obsèques à Pristina. C’est le “Père fondateur de la nation” qu’ils venaient saluer mais aussi, peut-être, l’homme intègre et pacifiste, apôtre d’une non-violence qui lui avait été maintes fois reprochée même si elle s’avère toujours gagnante.

En décembre 1989, Rugova, ancien  étudiant en littérature à La Sorbonne, fonda avec un groupe d’écrivains la Ligue Démocratique du Kosovo. C’est dans ce cercle que se forgea la volonté déterminée  de mener le Kosovo à l’indépendance “la meilleure et la plus raisonnable des solutions”, disait Rugova.

Cruelle ironie du sort, il est mort le 21 janvier alors que le 25 de ce même mois devaient enfin commencer à Vienne les pourparlers avec les Serbes sur l’avenir de ce qui est toujours jusqu’à présent la province serbe autonome du Kosovo.

Conscient de la crainte occidentale de voir s’installer une islamisation radicale dans le sud des Balkans, Ibrahim Rugova se définissait lui-même comme un “musulman historique, un reste de l’histoire ottomane”, un laïque, croyant mais non pratiquant.

“Je suis contre une pénétration islamiste fondamentaliste. Nous, les musulmans albanais, nous sommes complètement différents des musulmans des pays arabes ou du Proche-Orient. Nous sommes un ancien peuple qui a accueilli le christianisme dès le premier et le deuxième siècle. Entre les différentes religions de chez nous, quelques catholiques, un peu plus d’orthodoxes et beaucoup de musulmans, la tolérance a presque toujours régné car il fut parfois très difficile pour nous de survivre, au cours de l’histoire. Un soutien mutuel s’imposait”.

Le “frêle colosse de Pristina” s’en est allé au moment où il était sans doute le plus indispensable. Puissent ses successeurs se montrer responsables et généreux, dans les difficiles négociations qui s’engagent autour du Kosovo.

B.M

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AU KOSOVO, CE N’EST PAS FINI

Les responsables de l’administration provisoire de l’ONU au Kosovo (Minuk) ont annoncé, le 1er février dernier, leur ferme intention de protéger les biens de l’Église orthodoxe serbe au Kosovo, notamment à Djakovica. Cette déclaration fait suite à la protestation récemment adressée au chef de la Minuk par l’évêque Artemije de Prizren qui dirige le diocèse orthodoxe du Kosovo, après la construction par les autorités indépendantistes albanaises d’un monument en l’honneur des combattants de l’armée de libération du Kosovo sur l’emplacement de l’église orthodoxe de la Ste Trinité à Djakovica, église qui avait été entièrement détruite en juin 1999 par les indépendantistes albanais. Depuis, le conseil municipal de Djakovica a modifié le cadastre de sorte que le terrain sur lequel s’élevait l’église appartient désormais à la municipalité. Les représentants de l’ONU étudient actuellement la possibilité de déplacer ce monument à un autre endroit.

Le site internet du diocèse de Prizren souligne que les cas de confiscations de propriétés de l’Église serbe au Kosovo se multiplient grâce à de simples jeux d’écriture sur les cadastres contrôlés par les autorités municipales albanaises. Ainsi, la municipalité de Pec, dans l’ouest du Kosovo, a décidé de construire des bâtiments administratifs sur les terres appartenant au monastère de Pec, siège historique du patriarcat serbe. Près de Pristina, la municipalité refuse de reconnaître les titres de propriété foncière du monastère de Visoki Decani. Les terres du monastère avaient été confisquées par le régime communiste, en 1945, mais elles lui avaient été restituées en 1997, acte que la municipalité conteste.  Les responsables du diocèse de Prizen estiment très inquiétants ces actes “d’appropriation illégale”  car elles craignent qu’ils ne soient le prélude à “la destruction complète de toute trace du patrimoine orthodoxe serbe dans la région”.

D’après le Service Orthodoxe de Presse, Paris, mars 2006

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Entraide d’Églises en Bulgarie: premières pistes

Par Catherine Berkans

Entraide d’Églises et l’Amicale d’Entraide pour la Bulgarie ont effectué un premier voyage en Bulgarie en 2002*.
* Un reportage très détaillé a paru dans notre Bulletin (Année 2002 numéro 2).

Aujourd’hui, il s’agit pour les deux associations d’unir leurs forces envers un pays malmené par les dominations byzantine, ottomane et soviétique. Nous présentons cette fois à nos lecteurs des impressions de voyage, le contexte dans lequel nous travaillons ainsi que les partenariats qui s’esquissent entre l’Église bulgare et nous.
Nous ne manquerons pas d’étoffer et de compléter ce point de vue lors d’un prochain voyage, en rencontrant notamment des représentants de confession orthodoxe.

Nous remercions chaleureusement Mgr Christo Proykov, Exarque apostolique et Président de la Conférence épiscopale, qui fut pour nous un guide précieux, bienveillant et attentif. Nous lui sommes redevables d’une merveilleuse visite au monastère de Rila, sommet de la spiritualité, de la pensée et de la création artistique qui enrichit notre patrimoine mondial. Nos remerciements émus aux anciennes élèves de Sion, et tout spécialement à Zvezda Ilcheva, notre souriante guide de Roussé, Rossistza Warbanova, et Jordanka Dobréva. Enfin, Entraide d’Églises remercie particulièrement Sœur Marie-Pierre Jacobson, dont l’expérience et les contacts bâtissent les fondements de notre action dans ce pays qu’elle aime tant.

De part et d’autre de l’arc montagneux des Balkans, la Bulgarie offre ses vastes vallées et ses plaines gorgées de lumière, ses montagnes claires entrecoupées de défilés, ses hêtres, ses chênes et ses conifères, dans un climat continental à nuance méridionale.
Bordée par la Roumanie, la Serbie, la Macédoine, la Grèce et la Turquie, ouverte sur la mer Noire, cette nation balkanique a préservé farouchement son identité slave. Les Bulgares de tradition orthodoxe forment 87 % d’une population de 8.100.000 habitants; ils voisinent avec une minorité tsigane (entre 450.000 et 800.000 personnes) et une grande communauté turque musulmane (près de 990.000 personnes). Tatars et Arméniens voisinent avec des Grecs et des Macédoniens.

PRISONNIER DU PASSE, UN PAYS AU POTENTIEL INEXPLOITÉ

A un an de l’entrée du pays dans l’Union Européenne, la croissance économique est en hausse, l’inflation maîtrisée, le chômage en baisse, les investissements étrangers en croissance.

Néanmoins les beaux paysages bulgares que nous parcourons sont, dans certaines régions, constellés d’usines à l’arrêt ou à l’abandon, et l’on éprouve un curieux sentiment d’immobilisme. Le modèle soviétique a visiblement orchestré sans rationalité le passage d’une économie agricole à une économie industrielle. Sans capitaux ni main d’œuvre performante pour développer artificiellement les secteurs de la chimie, de la sidérurgie, de l’énergie électrique, de la mécanique et les cimenteries, la Bulgarie a défendu avec peine son industrie chimique et métallurgique, et l’ingénierie mécanique.

D’autre part, à Sofia et à Roussé, villes originales et belles, aux grandes allées ombragées d’arbres, règnent une certaine aisance mais aussi une grande pauvreté. De manière générale, une grande partie de la population vit dans des conditions très précaires (retraités, chômeurs, travailleurs peu qualifiés, Tsiganes), surtout dans les campagnes, et le pays subit, faute d’un système judiciaire efficace, des “associations de captation économique”, de type “ex-nomenklatura communiste” qui affaiblissent le jeu démocratique et l’économie de marché.

LA PLACE DE LA RELIGION DANS LA SOCIÉTÉ BULGARE

“La domination soviétique a brisé de nombreux Bulgares, nous dit Monseigneur Proykov. Ils ne goûtent plus le prix de la vie et attendent tout de l’Occident. Mais ils sont bienveillants et ouverts aux valeurs chrétiennes”.
La majorité de la population bulgare est orthodoxe. Autonome et patriarcale, l’Église orthodoxe a joué un rôle essentiel dans la culture et l’identité bulgare, lors des occupations ottomane et communiste. Songeons au Monastère de Rila, fondé en 927 par St Yvan Rilski qui, tout au long de sa vie érémitique, œuvra au nom de la pureté de la foi et de l’égalité entre les êtres humains. Témoin du génie artistique du peuple bulgare, symbolisant la paix spirituelle et le repos, Rila conserva son autonomie tout au long de l’histoire.

“Pour moi, dira Zvezda, guide à Roussé, être orthodoxe, c’est être simplement bulgare”. Dans le même ordre d’idée, les hommes et les femmes que nous rencontrerons évoqueront plus volontiers leur rancœur soviétique, que leur appartenance à la confession nationale, conventionnelle ou conservatrice parfois.

Par ailleurs, certains très jeunes gens manifestent une totale indifférence à tout ce qui n’est pas la société de consommation.
13% de la population sont musulmans; 2% sont juifs ou protestants.
Enfin, de petites communautés catholiques romaines (1,5%) et gréco-catholiques (0,2%) vivent à Sofia, Roussé et Plovdiv. Nous avons rencontré certains de leurs très actifs représentants.

UN PARI SUR L’AVENIR

Confrontés au poids de l’Histoire et à leur petit nombre, les catholiques de rite oriental et de rite latin construisent patiemment une réalité pastorale et œcuménique, avec, dans certains cas, la collaboration admirative de l’Amicale d’Entraide pour la Bulgarie et de l’Entraide d’Églises.

Catholiques de rite oriental

C’est à l’initiative de Mgr Proykov que s’opère depuis quelques années un grand travail de traduction de textes religieux. En 2002 fut édité en bulgare le Catéchisme de l’Église catholique: “des catholiques ont effectué la traduction, des représentants de l’Église orthodoxe en ont créé la terminologie, une théologienne a composé le lexique. Des professeurs d’université ont travaillé en coordination”, précise Mgr Proykov. Cinq mille exemplaires ont été édités, au prix unitaire de 25 euros. Un exemplaire fut remis gratuitement à chaque évêque et à chaque paroisse. Cent exemplaires au total ont été distribués à tous les autres rites.

En outre, au cours de ces cinq dernières années, L’interprétation de la Bible dans l’Église, Dei Verbum -deux documents qui prolongent le travail du Concile- les encycliques de Jean-Paul II: Orientale Lumen, Ecclesia de Eucharistica sont parus en bulgare.

“Pour poursuivre la traduction des documents du Concile Vatican II, nous devons reconstituer une équipe, et conquérir des théologiens à notre projet” complète Mgr Proykov...

Catholiques de rite latin

Quelle initiative choisir? Peut-être celle du Père Valter, italien, passionniste, dont l’énergie et le sens des contacts sont bien connus dans son diocèse.
Actif sur tous les fronts, le Père Valter est tout autant préoccupé de reconstruire les locaux de son presbytère, que d’éditer une revue paroissiale, ou d’organiser des activités auxquelles participent ensemble des enfants de diverses confessions.

Les Bulgares convalescents du communisme ont entamé un parcours d’information, de formation, de dialogue inter ecclésial, et d’ouverture à la solidarité.

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L’AMICALE D’ENTRAIDE AVEC LA BULGARIE ET LES SŒURS DE SION

Interview de Sœur Marie-Pierre Jacobson, Sœur de Sion.

Sœur Marie-Pierre Jacobson est française. Professeur de lettres classiques et de mathématiques, elle a aussi une formation en études bibliques. Membre de la congrégation Notre-Dame de Sion, elle est chargée en 1948 de la direction de l’enseignement secondaire dans les maisons de ND de Sion du Mans puis de Grenoble et ensuite de Paris. Elle devient en 1976 conseillère pédagogique des établissements d’enseignement catholique de la région parisienne. C’est comme membre du Conseil général de sa congrégation qu’elle visite dès 1986 les diverses communautés de Sion dans le monde. Depuis 1992, Sœur Marie-Pierre œuvre à Bruxelles dans le domaine interreligieux et interconvictionnel et travaille pour la Bulgarie. Elle est également membre de l’Assemblée générale d’Entraide d’Églises.

Entraide d’Églises. Sœur Marie-Pierre, vous dirigez l’Amicale d’Entraide avec la Bulgarie. En quoi consiste l’activité de cette association?

Sœur Marie-Pierre. D’abord à maintenir les liens d’amitié avec un certain nombre de gens dans le pays. Et puis nous essayons d’aider un peu. La situation du pays s’est globalement améliorée depuis 10 ans mais il y a encore beaucoup de besoins, surtout pour les pensionné(e)s, les malades, les chômeurs...

Nous travaillons avec la Caritas de Roussé pour soutenir certains de leurs projets: l’école des devoirs et l’accompagnement culturel pour des enfants, Roms et bulgares, de familles défavorisées; un service de repas chauds à domicile pour 30 personnes sans mobilité; l’envoi de tissus ou de laines pour aider un atelier de coupe et couture; l’expédition de matériel scolaire, de vêtements, de médicaments...

Nous collaborons également avec la Bibliothèque régionale Luben Karavelov de Roussé en lui envoyant des livres et en “sponsorisant” des abonnements.

Nous essayons aussi d’introduire en Bulgarie des groupes qui peuvent être plus efficaces que nous, par exemple une association d’aide à l’enfance qui lutte contre la malnutrition. Nous avons introduit ‘Entraide d’Églises, puis nous espérons la création d’une mutualité qui favoriserait l’émergence d’un service-santé...

EE. Comment les Sœurs de Notre-Dame de Sion ont-elles été amenées à œuvrer en Bulgarie?

Sœur Marie-Pierre. En 1897, l’évêque de Roustchouk (aujourd’hui Roussé, au nord de la Bulgarie sur le Danube) demanda à la congrégation de venir animer une école dans la ville. Nous avons répondu à cet appel. A cette époque nous nous sommes surtout consacrées à l’éducation; il était possible de faire vivre ensemble des jeunes de différentes confessions et nationalités: les élèves étaient, pour la majorité, orthodoxes ou catholiques; il y avait également des israélites et des musulmanes, uniquement des filles: pas question de mixité au XIXème siècle ! Sept religieuses ont pris en charge l’enseignement et tous les services de la maison. Bientôt un pensionnat s’est ajouté à l’école.

EE. Comment l’Histoire s’écrivit-elle ensuite?

Sœur Marie-Pierre.  En 1948, le gouvernement communiste confisque les bâtiments et expulse du pays les 52 sœurs en charge des deux écoles. Quelques élèves restent en relation avec l’un ou l’autre de leurs anciens professeurs.

Dès que la liberté reprend ses droits, les anciennes désirent revoir des Sœurs. La congrégation me demande de les rencontrer, ce que je fais avec joie. Je ne connaissais rien de ce pays magnifique, sinon l’art de la broderie qu’une Sœur bulgare chassée de son pays enseignait aux élèves de Sion en France. En août 1994, je rencontre à Sofia et à Roussé un grand nombre de ces anciennes élèves, toutes devenues mères et grands-mères ! Je fais la connaissance du gymnase de langues Guéo Milev et de l’école de technique économique qui occupent nos anciens locaux. Le plus difficile est d’annoncer que nous ne reviendrons pas animer des écoles ! En effet, les Sœurs sont devenues moins nombreuses et depuis le concile Vatican II, nous nous orientons davantage vers des tâches de relations entre l’Église et le monde juif.

Le 13 mai 1997, les anciennes célèbrent le centenaire de l’arrivée de la première Sœur. Un groupe de 25 amis et anciennes élèves de Sion d’Anvers, de Paris, Grenoble, Biarritz et Vienne les entourent. Un autre groupe assiste en 2002 à l’inauguration des plaques commémoratives sur les murs des deux écoles. Des liens d’amitié très forts se sont tissés entre ces écoles et nous. Quelques professeurs et directrices de Guéo Milev ou de la bibliothèque régionale Luben Karavelov sont devenues elles aussi des amies, ainsi que des membres de la Caritas et l’un ou l’autre prêtre et évêque. Nous avons eu le plaisir de recevoir plusieurs visites à Bruxelles.
Même après tant d’années, elles parlent très bien le français, cela rend les choses plus faciles.

EE. En quoi consistait la spécificité des écoles de Sion là-bas?

Sœur Marie-Pierre. Je crois que l’ouverture et la simplicité constituent l’essence de toutes les écoles de Sion. Les amitiés, par-delà les différences, durent encore. Les Sœurs, éducatrices autant que professeurs, étaient proches des jeunes. Elles pouvaient les aider à construire leurs vies de femmes. Les contacts se sont poursuivis longtemps après les années de scolarité.

Le français avait une grande place dans l’éducation car les parents des élèves savaient que l’on ne pouvait guère parler bulgare dès que l’on sortait du pays.

EE Entraide d’Églises a pu apprécier la qualité du réseau des “anciennes” de ces écoles. Combien sont-elles? Qu’est-ce qui soude ce réseau?

Sœur Marie-Pierre. Le jour de la célébration du centenaire, elles étaient 150. Ce qui les soude, c’est le souvenir de leur amitié d’enfants et d’adolescentes, l’amitié pour les Sœurs, la reconnaissance pour la formation reçue, formation intellectuelle, culturelle et spirituelle et aussi formation du caractère...  Elles nous disent que cela les a beaucoup aidées pendant les années très difficiles qu’elles ont eu à vivre. Plusieurs collaborent actuellement aux recherches du musée historique qui écrit l’histoire de ces écoles.

Interview réalisé par C.B.

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