Bulletin juin 2004

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SOMMAIRE

LA POLOGNE,
au seuil de l’Union européenne

JTSKOTARCZAK@POCZTA.ONET.PL

LES ROMS
entrent dans l’Union Européenne

LES ROMS,
«Intouchable» de la Slovaquie

AU 21E SIÈCLE,
des émeutes de la faim en Europe. dira avec émotion le Président du Parlement Pat Cox. La honte!

“IL FAUT FORMER LES JEUNES EUROPÉENS

DANS UNE PERSPECTIVE ŒCUMÉNIQUE”

 

Huit pays d’Europe centrale et orientale sont devenus membres de l’Union européenne. Pour remplir sa mission d’information et adapter ses objectifs de travail à cette réalité, Entraide d’Églises s’est mise à l’écoute de ses partenaires.

 

Après la Lettonie et la Lituanie en 2003, notre second “territoire d’écoute et de recherche” fut la Pologne. En effet nous avions le privilège de recevoir Sœur Marie-Christine Rottenberg, directrice du Centre œcuménique Joannicum à Varsovie, conférencière de notre Assemblée générale 2004.

 

Le fil rouge de cette semaine fut donc tout naturellement la découverte, ou parfois la redécouverte, de quelques hauts lieux de l’œcuménisme belge et de ses acteurs.

Citons donc l’Abbaye de Chevetogne, “lieu de ressourcement”, où Sœur Marie-Christine fut chaleureusement accueillie et guidée par le Père Thaddée Barnas, membre de notre Conseil d’Administration.

 

Citons la Chapelle de la Résurrection, rue Van Maerlant à Bruxelles, centre spirituel ouvert à l’attention des fonctionnaires européens, et signe d’unité multiconfessionnelle. Sœur Dominique Sadoux et son équipe nous en ont décrit toutes les arcanes.

 

Citons le Père Decleclos, de la Libre Belgique, avec lequel se noua un dialogue amical et fructueux.

 

Enfin, n’oublions pas l’accueil attentif et chaleureux des responsables de la RTCB, de RCF et de Cathobel, médias chrétiens, curieux de connaître le point de vue d’une intellectuelle catholique polonaise sur l’entrée de son pays dans l’Union.

Ce fut une semaine riche en prises de conscience, en amorces de collaborations et de partenariats.

Merci, Sœur Marie-Christine!

Catherine Berkans

La Pologne au seuil
de l’Union Européenne

Témoignage apporté par Sœur Marie-Christine Rottenberg lors de l’Assemblée générale d’Entraide d’Églises le 20 avril dernier. Nous en relatons les extraits les plus significatifs.

Merci à chacun d’entre vous

C’est avec une grande joie et une profonde émotion que j’ai reçu l’invitation à venir vous parler lors de  l’Assemblée générale d’Entraide d’Églises. Qu’il me soit permis d’adresser d’abord un message d’amitié et de reconnaissance à Françoise le Cocq , à Catherine Berkans et à tous leurs amis et collaborateurs anciens et actuels. Je tiens à vous remercier de vive voix pour tout le bien qui, par la fatigue de vos bras et l’élan de votre cœur, a pu être accompli et dont nous avons bénéficié durant ces quarante dernières années.

Au delà de la valeur matérielle, c’est avant tout votre présence attentive et toujours disponible, votre solidarité humaine et chrétienne, votre prière qui comptent. Ces valeurs n’ont pas de prix. Soyez remerciés tous et chacun. Si la Pologne se trouve aujourd’hui au seuil de l’Union européenne, vous y avez votre part considérable que Dieu seul connaît. En empruntant à St Augustin ces mots qu’il adressa au Dieu-Créateur nous pouvons dire: “En couronnant nos mérites, Tu couronnes tes propres dons”.

Qui suis-je?

Je ne suis pas versée dans les sciences politiques; je ne suis pas non plus une observatrice assidue de la scène politique en Pologne. Je n’ai aucun titre ni mandat pour parler au nom de l’Église catholique en Pologne, ni au nom de ma congrégation des sœurs franciscaines servantes de la Croix des sœurs de Laski.

Veuillez donc accueillir mes paroles comme le témoignage d’une simple chrétienne qui s’efforce de comprendre la réalité complexe de son pays, de l’Église en Pologne. Je me rends compte que ma manière de voir les choses est fortement marquée par ma vie; j’ai le sentiment d’appartenir à ceux qui, pour des raisons diverses, auront toujours du mal à se dire “je suis d’ici”. Bien que je vive depuis un quart de siècle à Varsovie, je dirai que j’habite toujours en Europe et la crainte de l’Europe m’est tout à fait étrangère.

En fait, je représente un mélange typique pour ma Galicie natale (Ukraine), avec mes racines judéo-ruthéno-polonaises: racines autrichiennes par mon père Julian Léopold Rothenberg et françaises par ma mère Michèle Bergerac, le tout soufflé par la tempête de l’histoire, en 1946, de Lvov (devenu ukrainien) à Wroclaw (redevenu polonais), puis par mes propres exploits de jeunesse jusqu’à Paris où j’ai vécu de 1965 à 1980. J’ajoute ici une note tout à fait personnelle, c’est qu’en juin 1965, lorsque je me suis trouvée “sans feu ni lieu” en Belgique, la première personne qui est venue à ma rencontre, c’est… Mademoiselle Françoise le Cocq!

De quoi a-t-on peur en Pologne?

A présent, parlons de la Pologne. Si je partage avec bon nombre de Polonais le sentiment de crainte face à l’Europe, c’est parce que nous ne sommes pas sûrs d’être suffisamment prêts à l’accession, eu égard aux querelles et divergences au sujet par exemple du traité de Nice ou de la Constitution européenne qui a provoqué dans notre pays la chute du gouvernement.

L’Union européenne devra donc faire preuve d’une grande patience à l’égard de ses nouveaux membres jusqu’à ce qu’ils arrivent à surmonter cette crise et à se mettre vraiment “à l’heure européenne”.

De quoi a-t-on peur en Pologne? Les eurosceptiques crient: attention au risque d’affaiblissement ou d’anéantissement de l’identité nationale. Ces prophètes de malheur ne font qu’accroître le sentiment de méfiance à l’égard de l’Ouest,  comme de l’Est d’ailleurs (pour des raisons historiques difficiles à nier).

Chez les personnes d’un certain âge, la peur est un reliquat de la guerre mais aussi de tout ce qui vient de l’extérieur. “On n’a plus confiance, on va encore nous laisser tomber, nous tromper!” Les structures occidentales sont opaques, difficiles à comprendre

Par contre, les jeunes sont plus ouverts, ils espèrent avoir accès aux études, au marché européen. Il y a quarante ans, tout homme qui quittait la Pologne était un traître. Maintenant, c’est le président lui-même qui reproche aux Américains de ne pas donner assez facilement les visas. L’attrait pour l’Amérique se comprend aisément quand on sait que pendant des décennies, chaque famille polonaise avait un “oncle d’Amérique” qui envoyait régulièrement un billet vert dans le courrier. Il faut dire qu’en Amérique, tout le monde est émigrant.

Aujourd’hui, la Pologne elle-même a ses immigrés: travailleurs ukrainiens, biélorusses, souvent, hélas, considérés de haut par les Polonais eux-mêmes.

 

Les discussions sur l’Europe vont bon train

 

Le thème numéro un: la place de la Pologne au sein de la Communauté européenne et les avantages qui lui seront offerts ou non (dommage qu’on ne parle que des avantages économiques et financiers!). Les Polonais ont peur de la privatisation, du rachat massif des terres, des maisons, des entreprises, par des étrangers. Ils ont peur des revendications du côté des anciens propriétaires allemands, juifs ou autres. Il est évident que la concurrence peut être lourde de conséquences pour l’industrie, l’artisanat et l’agriculture du pays. Leur production risque d’être peu compétitive sur le marché. Certains médias, dits “catholiques”, excellent à propager leurs opinions nationalistes, anti-européennes, antisémites, primitivement populistes.

 

Le thème numéro deux qui, chose curieuse, mobilise tout le monde, aussi bien les hommes politiques issus de l’ancienne nomenklatura communiste que les anciens membres de Solidarnosc, les chrétiens et les non chrétiens, c’est la défense “des valeurs chrétiennes” et la dénonciation -non sans fondement d’ailleurs- de la société de consommation, de la culture de la mort et de tout ce qui en découle (avortement, euthanasie, manipulations génétiques, couples homosexuels). On peut s’en étonner, mais le président de la République actuel emploie exactement les mêmes termes que les membres de l’épiscopat pour mettre en garde contre les dangers de nature morale venant de l’Ouest, considéré en bloc, sans nuance, comme un “désert spirituel”.

 

Tout n’est pas infondé dans leur discours mais on n’y trouve difficilement la joie et l’espérance “gaudium et spes“ qui se dégagent de la vision de l’Europe esquissée par le pape Jean-Paul II dans ses paroles et ses écrits (cf Ecclesia in Europa).

 

Et que devient l’Église?

 

Les transformations qui s’opèrent depuis 1989 sur le plan sociopolitique touchent aussi l’Église catholique de Pologne et œcuménique des Églises. Ces dernières pourtant, habituées depuis longtemps à vivre en diaspora, semblent être mieux adaptées aux conditions que leur offre la société libérale.

 

Vu de l’extérieur, le catholicisme polonais n’a pas beaucoup changé. Le vieux stéréotype “Polonais égale catholique” est toujours en vigueur. Le temps où le primat Wyszynski jouait le rôle d’un véritable chef spirituel d’une nation opprimée et souffrante sous le joug totalitaire est révolu. Pourtant, quelque chose de cette mentalité de “forteresse assiégée” subsiste. La société libérale avec tout ce qu’elle comporte en bien et en mal, un nombre croissant d’immigrés, des migrations forcées à la recherche d’un emploi devraient en principe favoriser l’ouverture et l’accueil à celui qui vient. Mais c’est un long processus. Il est à craindre que la présence d’un grand nombre d’étrangers -surtout de l’Est- puisse entraîner une montée de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme. Devant nous il y a également le choc qui pourrait se produire face à l’Islam. Jusqu’à présent, la Pologne ne connaissait qu’un petit nombre de Tatares qui sont presqu’entièrement assimilés, laborieux, doux et honnêtes. Rien à voir avec les terroristes qui font trembler le monde.

L’Église doit donc faire face à tous les problèmes et toutes les menaces venant de la société qui est en pleine mutation. Les fléaux connus dans l’Europe de l’Ouest apparaîtront vite chez nous. Ils sont déjà là.

Sous la période communiste, on a sacrifié au dialogue à l’intérieur de l’Église, pour sauvegarder son unité. Tout le monde savait pourquoi. La critique venait de l’extérieur, c’est-à-dire de l’ennemi. A l’intérieur, celui qui aime s’abstient de toute critique. Néanmoins, on souffrait du manque de liberté de parole, de presse, on cherchait à tromper la censure, on luttait pour le pluralisme et les droits de l’homme. L’Église soutenait ces aspirations à la liberté.

Paradoxalement, aujourd’hui, lorsqu’on a à faire à des idées ou des options jugées inacceptables, on succombe facilement à la vieille tentation d’éliminer celui qui pense autrement. Pour les uns, ce sont les journaux Tygodnik Powszechny et Gazeta Wybocza qui sont à supprimer, pour les autres Nasz Dziennik, Radio Maryja et la TVTrwam!

L’élection récente du Président de la Conférence de l’Épiscopat de Pologne marque une étape importante. Il y a certainement beaucoup à faire pour que l’échange et le dialogue à tous les niveaux à l’intérieur de l’Église ne soient plus considérés comme un danger pour son unité. Ceci est d’autant plus urgent et nécessaire qu’un jour, nous en sommes conscients, il n’y aura plus de possibilité d’aller au Vatican pour entendre la voix de Jean-Paul II.

Au terme de mon témoignage que vous avez bien voulu accueillir, j’aimerais exprimer ma profonde conviction que dans cette tâche immense en vue de promouvoir l’Europe de l’Esprit, nous sommes responsables du niveau de l’espérance dans le monde d’aujourd’hui et de demain. C’est pourquoi, j’aime beaucoup le mot d’ordre choisi depuis plusieurs années pour vos journées diocésaines annuelles: “D’Est en Ouest, solidaires dans l’espérance”.

Sœur Marie-Christine Rottenberg,
Bruxelles, le 20 avril 2004

Deux événements porteurs de joie et d’espérance
Lublin et Gniezno

On dit parfois que les Polonais aiment le Pape mais ne l’écoutent pas. Deux événements à caractère européen, vécus en Pologne (en février et en mars derniers) tranchent fortement sur l’ordinaire plutôt morose, par leur message de joie et d’espérance: Lublin et Gniezno. Ils restent en symphonie profonde avec la vision européenne du Pape.

Lublin: Réconciliation entre Ukrainiens et Polonais

Le premier événement s’est déroulé (17 et 18 fév.) sous le signe de la réconciliation entre Ukrainiens et Polonais, en lien avec la commémoration du bienheureux Emilian Kowcz, prêtre gréco-catholique, martyrisé pour avoir aidé et sauvé ses frères indépendamment de leur confession ou de leur religion, surtout les juifs de Przemyslany, où il était curé.

On a ainsi voulu lui rendre hommage à l’occasion du 120e anniversaire de sa naissance et du 60e anniversaire de sa mort au camp de concentration de Majdanek.

Instants inoubliables au château de la ville de Lublin, puis les drapeaux d’Ukraine, de Pologne, d’Israël flottant au-dessus d’une foule rassemblée au carrefour qui porte dorénavant le nom du père Emilian Kowcz. Plus tard, malgré un froid intense, et une pluie givrée, la foule, de plus en plus nombreuse, dans sa diversité enfin réconciliée, est demeurée longtemps plongée dans la prière.

Pendant la messe célébrée en rite byzantin dans la cathédrale latine remplie jusqu’à la dernière place, l’archevêque catholique de Lublin, Mgr Zycinski a rappelé, au cours de son homélie, les paroles du pape Jean-Paul II lors de sa visite pastorale à Lviv (Ukraine) en 2001:

“Il est grand temps de s’arracher au passé douloureux. Les chrétiens d’origine polonaise et les chrétiens d’origine ukrainienne qui habitent cette terre doivent avancer ensemble au nom du Christ unique vers le Père unique, guidés par le même esprit qui est la source et le fondement de l’unité. Que le pardon accordé et reçu se répande comme un baume qui adoucit le cœur. Que, par la guérison de la mémoire historique, nous soyons prêts à mettre plus haut ce qui nous unit que ce qui divise”.

Gniezno: rassemblement œcuménique des laïcs

Le second événement à caractère européen et œcuménique fut le rassemblement des mouvements et des associations apostoliques à Gniezno (12-14 mars), rassemblement consacré à l’Europe de l’Esprit. Le principal objectif du Congrès était de manifester, par la présence des 150 communautés et associations en provenance des quinze pays de l’Est et de l’Ouest qu’elles constituent une grande chance pour un nouveau souffle de l'Esprit annonçant un véritable printemps de l'Église pour l'Europe d’aujourd’hui et de demain. Il y a été réaffirmé avec conviction qu’il n’y aura pas d’Europe commune tant que les chrétiens restent aussi dramatiquement désunis.

L’Europe sera telle que nous-mêmes le serons, nos familles, nos communes, nos paroisses, nos Églises et notre société de citoyens. L’avenir de l’Europe dépend avant tout des Européens. Il dépend donc de nous. On a rappelé notre devoir de solidarité envers les pays tels que la Bulgarie, les pays des Balkans, l’Ukraine et la Biélorussie qui doivent faire face à d’énormes difficultés internes. Il faut bannir tout esprit de supériorité mais agir en partenaires, solidaires avec les plus faibles et se méfier d’une tendance à l’eurocentrisme.

Sr Marie-Christine Rottenberg
Bruxelles, 20 avril 2004

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jtskotarczak@poczta.onet.pl

Janusz Tadeusz SKOTARCZAK est polonais. Il termine actuellement deux années de graduat en catéchèse et pastorale à Lumen Vitae (Bruxelles); il prépare une thèse de doctorat sur l’anthropologie de Jean-Paul II. Originaire du diocèse de Poznan, il est professeur de religion et d’éducation pour la vie familiale au collège de Srem et appartient également au Conseil méthodique de l’enseignement de la religion catholique dans son diocèse.
Il est directeur du festival annuel “Sremsong”.

E.E. QUELS SONT LES LIEUX D’ENSEIGNEMENT DE LA CATÉCHÈSE EN POLOGNE?

JTS. -L’école est le principal endroit d’enseignement. Après la chute du communisme en 1989, le cours de religion réapparaît dans toutes les écoles, de la maternelle (3 à 6 ans) à l’école primaire (jusqu’à 13 ans), au collège (jusqu’à 16 ans) et à l’école secondaire (jusqu’à 20 ans). Deux heures sont dispensées par semaine. Peu à peu la catéchèse paroissiale s’organise au rythme d’une rencontre par mois pour tous les élèves. Elle a pour but de compléter le cours de religion donné à l`école. Les enfants des classes 1 - 3 de l`école primaire sont préparés aux sacrements de la Réconciliation et de l`Eucharistie. Dans les classes 4 - 6 de l`école primaire, la catéchèse est centrée sur la profession de foi. Le but de la catéchèse des jeunes collégiens est le sacrement de la confirmation. La catéchèse à l`école secondaire doit être orientée vers le sacrement du mariage.

E.E. COMMENT L’ENSEIGNEMENT DE LA CATÉCHÈSE EST-IL ORGANISÉ DANS LES ÉCOLES POLONAISES?

JTS. -La catéchèse scolaire suit les directives du Directoire Catéchétique de l`Église Catholique de Pologne (2001); celui-ci met en évidence les problèmes particuliers de la catéchèse en Pologne, qui ne pouvaient être résolus par le Directoire Général. Le document souligne que la religion scolaire (“cours de religion”) doit être traitée comme une forme particulière de la catéchèse, et confiée à des “catéchistes”. L`enseignement de la religion à l`école dépend des règles éducatives générales, comme les autres cours scolaires, néanmoins il possède une certaine autonomie. Les professeurs de religion ont les mêmes droits que les autres enseignants. Le Directoire souligne la nécessité d`essayer de relier les contenus du cours de religion avec le contenu des autres cours.

Les programmes de l`enseignement de religion et les matériaux méthodiques ne sont pas soumis à la ratification del`école, mais à celle de l`Évêque du diocèse, qui donne aux catéchistes une mission canonique. C`est le curé de la paroisse où se trouve l`école qui est responsable de l`organisation. On peut dire que nous avons “trois directeurs”: le responsable de l’école, le curé de la paroisse où se trouvent l’école et l’Évêque. Dans chaque Curie épiscopale, une société catéchétique organise toutes les affaires catéchétiques du diocèse (surtout le programme de cours). Elle a aussi une fonction de contrôle.

E.E. TU NOUS AS DIT ÊTRE VENU EN OCCIDENT POUR TROUVER DES RÉPONSES APPROPRIÉES AUX QUESTIONS DE TES ÉLÈVES. Y AURAIT-IL QUELQUE CHOSE À AJOUTER À L’ENSEIGNEMENT DE LA CATÉCHÈSE EN POLOGNE? QU’AS-TU DÉCOUVERT ICI?

JTS. – Dans le nouveau contexte de liberté et de mutation économique que nous connaissons depuis 15 ans en Pologne, nous devons chercher de nouvelles méthodes pour transmettre la foi aux enfants et aux jeunes. Ce n’est pas facile car la famille polonaise est en crise. Les parents qui ont du travail sont occupés tout le jour, et ont peu de temps pour parler avec leurs enfants et rencontrer les jeunes en général. D’autre part, le chômage constitue également un grand problème. Ceux qui le connaissent (environ 20%) perdent confiance en la vie et en l’avenir (peur du lendemain, stress, alcoolisme, divorce).

Le contexte a changé à l’école aussi.
Maintenant les enseignants se sentent beaucoup plus libres dans la transmission des valeurs. On assiste à une confrontation entre ceux qui pensent que pour former les élèves, il faut d’abord les connaître, que l’éducation est très importante à l’école, et ceux de la mentalité ancienne, pour lesquels l’école est faite uniquement pour dispenser des connaissances et non pour éduquer. De nombreux catéchistes trouvent qu’il était plus facile d’enseigner dans les paroisses auparavant car nous enseignions seulement les jeunes qui y venaient par préférence. Maintenant nous enseignons à presque tous les enfants et à presque tous les jeunes (95%); bien souvent ils n’ont guère d’expérience religieuse.

Dans les médias, l’accent est souvent mis sur la violence, la haine… Cela perturbe le psychisme des jeunes qui risquent de reproduire de tels comportements dans leur vie quotidienne. Les jeunes sont fortement influencés par ce que le monde des médias leur propose, notamment la violence ou le refus de toute autorité, présentés comme des normes acceptables. De plus en plus, les programmes TV et les articles dans les journaux proposent un relativisme éthique.

La catéchèse scolaire cherche actuellement de nouvelles méthodes; peu à peu on écrit de nouveaux livres. Une vraie catéchèse débute par l’écoute des questions posées par les jeunes. Il ne s’agit pas seulement de donner un cours ex cathedra, mais de bâtir un dialogue avec eux. La “leçon” de religion est très importante mais plus importante encore pour moi est la pastorale scolaire. Nous pouvons instaurer cela dans chaque école en nous inspirant de ce qui se fait ici. A mon avis, la pastorale scolaire n’est pas suffisamment organisée en Pologne. Il faut accompagner les jeunes après le cours de religion, d’autant plus que plusieurs d`entre eux ne pratiquent pas systématiquement. La vision pastorale s’appuie sur le mot “viens” (à la paroisse), complétée par une nouvelle formule: “sors”. Il faut sortir et rejoindre les jeunes, là où ils vivent. Il faut être avec eux en chemin et expliquer leur vie à la lumière de l`enseignement de Jésus.

Dans cette optique, je voudrais insister sur les trois notions qui peuvent fonder une pastorale scolaire:

1. Annoncer: donner des leçons de religion mais aussi rencontrer des chrétiens qui sont des témoins de l’Église, et sont engagés à la transformation du monde selon les valeurs de l’Évangile (des artistes, peintres, chanteurs, sportifs; personnes d’autres confessions chrétiennes, jeunes séminaristes, moines ou moniales dans leur monastère).

Nous pouvons construire un programme de réflexion personnelle ou une récollection scolaire sur des thèmes choisis par les jeunes; organiser des groupes de prière,  des groupes bibliques, missionnaires, œcuméniques; découvrir l’art sacré dans la ville.

Pour les élèves, nous pouvons organiser des concours à thème religieux, fabriquer des rosaires, dessiner, composer des chants et des jeux de Noël, fabriquer des crèches, mettre sur pied des groupes artistiques (musique, théâtre), jouer de la guitare, regarder des films, jouer au ping-pong, danser, rédiger le journal des jeunes, organiser des concerts d’évangélisation… Les talents artistiques sont présents chez les jeunes: l’animation pastorale peut leur donner l’occasion de s’exprimer dans le domaine religieux (nous pouvons organiser pendant l’année scolaire, la semaine de la culture chrétienne); il s’agit de faire vivre la Parole dans la communauté scolaire.

2. Liturgie: une liturgie adaptée au contexte: vivre l’année liturgique et l’Eucharistie pendant toute l’année scolaire; vivre également la messe du dimanche ou de tout autre jour; préparer le sacrement de la réconciliation le premier vendredi du mois; célébrer les temps de l’année liturgique; organiser des pèlerinages ou des temps de silence dans la montagne, au village…

3. Service: que pouvons-nous faire pour les pauvres, pour les malades, pour ceux qui ont besoin d’être aidés? On peut mettre sur pied un service d’information comportant des livres, des documents, des revues pour les jeunes. On peut organiser des activités de solidarité, créer des occasions concrètes d’entrer en contact avec les plus pauvres et de prendre la responsabilité d’engagements concrets.

Les catéchistes des jeunes doivent rechercher des méthodes et des activités dans divers domaines. La clef de l`évangélisation, de la catéchèse des jeunes est le cœur. C`est la devise du cardinal Newman: “Le cœur parle au cœur”. Les jeunes veulent être acceptés, ils veulent être regardés avec amour. Ce regard doit toujours précéder la catéchèse et la pastorale scolaire. Jean-Paul II disait: “Si dans la vie du catéchiste “la charité fait défaut, tout sera inutile”. Il n’y a pas seulement la Parole, il y a aussi le Témoignage de la vie. Les jeunes ont plus besoin de témoins que d’enseignants (Paul VI). Le catéchiste devrait vivre de telle manière que les autres s’interrogent sur Dieu (Jean-Paul II). Les paroles des Pères de l’Église: “Je vous nourris de ce que je vis moi-même” devraient être les devises des catéchistes.

De retour en Pologne, mon témoignage aux autres catéchistes sera: l’Europe de l’Ouest n’est pas un désert spirituel; On y trouve aussi de très beaux lieux pastoraux.

E.E. QUEL TYPE DE QUESTIONS LES JEUNES SE POSENT-ILS?

JTS. – Les jeunes veulent trouver un sens à leur vie, surtout dans le domaine amoureux. Ils se posent des questions sur le sens de la souffrance, de la foi, sur le vécu et le fonctionnement de l’Église. Chacun a le droit de poser des questions et le catéchiste doit utiliser des méthodes pour développer cet art de questionner et de donner des réponses qui parlent de l’Évangile.

E.E. QUE POURRAIENT S’APPORTER NOS ÉGLISES ET COMMUNAUTÉS RESPECTIVES? QUELLE SERAIT LA MEILLEURE MANIÈRE DE BÂTIR DES PONTS ENTRE ELLES?

JTS. – Il faut noter que chaque Église œuvre dans un contexte différent.

Dans un premier temps, nous pouvons essayer de ne pas nous critiquer. En Pologne, nous pouvons nous inspirer de votre manière de concevoir l’activité paroissiale et la présence active des laïques; car chez nous, les prêtres sont encore responsables dans la majorité des domaines. Les catéchistes de l’Ouest pourraient travailler avec les catéchistes de l’Est. Ainsi, je proposerais de provoquer une rencontre entre les visiteurs de malades d’Occident et de Pologne, afin de développer chez nous une écoute plus attentive des malades.

D’autre part, en Pologne, j’aime les célébrations de l’année liturgique… les offices mariaux, la pratique du sacrement de Réconciliation… Je constate qu’ici non seulement les laïques ne le pratiquent pas toujours, et que certains prêtres eux-mêmes s’interrogent sur le sens du mot “péché”… En Pologne les enfants se préparent au sacrement de réconciliation et à l’Eucharistie; ici, certains prêtres m’ont dit qu’ils préparaient seulement les enfants à l’Eucharistie parce que les enfants ne commettent pas de péché…

J’ai appris en Pologne que le respect envers le prêtre, l’Évêque, le Pape, le Magistère de l’Église était très important. Le respect ne supprime pas pour autant la critique, le dialogue. Je dois dire que le langage que certains prêtres et laïques utilisent ici en Occident pour parler de l’Église est pour moi très difficile à vivre. Ils la critiquent comme s’ils n’avaient rien de commun avec elle. Moi non plus, je ne comprends pas tout; et souvent je demande: “pourquoi?” De temps en temps, j’émets aussi des oppositions, mais je ne pense pas que Rome soit le siège d’une mafia et que les théologiens et les Évêques ne comprennent rien. Ils aiment aussi l’Église. Nous devons tous apprendre comment aimer l’Église.

E.E. EN POLOGNE, PENDANT12 ANS, TU AS PRÉPARÉ LES JEUNES POUR LE SACREMENT DE LA CONFIRMATION. QU’EST-CE QUI EST IMPORTANT DANS CETTE PRÉPARATION?

JTS. -Préparer la Confirmation, dans une telle période de la vie des jeunes (14-16 ans), n’est pas facile. Le rôle des catéchistes est de soutenir et de guider. Le catéchiste doit bien connaître la réalité, la mentalité et les problèmes de ces jeunes. Cela implique une écoute attentive, patiente, sympathique de leurs questionnements, de leurs problèmes. Les catéchistes doivent bien connaître la théologie et la pastorale du sacrement de la Confirmation. D’après moi, la préparation au sacrement de la Confirmation est le temps d`une grande chance catéchétique, pastorale et éducative qui peut intégrer la famille, la catéchèse scolaire et la paroisse. C’est l’occasion de découvrir que l’affectivité fait partie de la vie du croyant et de vivre une expérience forte qui touche à la personnalité toute entière. Il est nécessaire de prévoir un calendrier qui permette une initiation sérieuse avant de recevoir ce sacrement.

E.E. TU ES DIRECTEUR DE SREMSONG, FESTIVAL DE CHANSONS RELIGIEUSES, DEPUIS 1991. QUEL EST L’OBJECTIF DE CE FESTIVAL?

JTS. – Quand la catéchèse a fait sa réapparition dans les écoles, j’ai cherché de nouvelles méthodes de transmission de la foi. La musique étant très importante pour les jeunes, j’ai organisé avec mes élèves une première revue de “chansons de religion” (conversations avec Dieu, problèmes dans le monde…). Jean-Paul II a donné sa bénédiction à notre initiative et cela m’a beaucoup encouragé. Nous sommes passés de 100 à 2000 personnes. Maintenant  Sremsong est un des plus grands festivals de chansons religieuses pour les élèves en Pologne.

Mon rêve est d’être un petit pont entre l’Église d’Europe centrale et orientale et l’Église de l’Ouest dans beaucoup de domaines, spécialement dans le domaine de la catéchèse. J’aimerais faire se rencontrer des jeunes de Srem et des jeunes de Bruxelles. Enfin, je fais un rêve: que se rencontrent dans ma ville à l’Ouest de la Pologne des jeunes des 25 pays de l’Union. Je crois fermement qu’un jour ils viendront s’y rencontrer et y chanter. Je voudrais laisser mon adresse à tous ceux qui veulent partager leur expérience catéchétique et pastorale avec moi et peuvent m’aider à réaliser mon rêve: jtskotarczak@poczta.onet.pl.

Interview réalisée par Catherine Berkans

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Les Roms* entrent dans l’Union Européenne
*L’appellation Rom désigne de plus en plus fréquemment la population tsigane alors qu’en fait, les Roms n’en constituent qu’un groupe parmi d’autres.

L’intégration de plus d’un million et demi de personnes dans l’Union Européenne est mise en danger

Un million et demi de Roms entreront dans l’U.E dès le 1er mai 2004 et ils seront près de quatre millions lors de l’entrée dans l’Union de la Bulgarie et de la Roumanie. La manière dont cette minorité pourra s’intégrer dans la société européenne dépend, selon l’appréciation des experts, d’une éducation scolaire judicieuse et adaptée.

De ceci, jusqu’à présent, il n’est pas encore question: dans les pays est-européens, les enfants de la minorité Rom sont encore souvent totalement soustraits aux autres écoles ou bien, du fait de leur problème de langue, bloqués dans des écoles spéciales. Un enfant qui doit aller à l’école dans de telles conditions n’a aucune chance d’apprendre quelque chose ou de s’intégrer dans la société.

“L’éducation constitue un problème clef pour les Roms. C’est la source de toutes leurs difficultés” (M. Ivanov, expert du Conseil national bulgare pour les questions ethniques).

Cinq nouveaux pays européens sont concernés par ce problème: en Slovaquie, dans la République tchèque et en Hongrie vivent au total 1,5 million de Roms. En Bulgarie et en Roumanie qui doivent devenir membre de l’Union en 2007, on en compte respectivement 600.000 et 1,5 million.

En Bulgarie, 70% des jeunes Roms, comme au temps du communisme, reçoivent un enseignement dans des classes séparées. Fréquemment, ces enfants sont envoyés dans des écoles pour handicapés mentaux du seul fait qu’ils parlent mal la langue bulgare.

En République tchèque, selon l’Organisation Gouvernementale pour handicapés mentaux, 75 % des enfants Roms se retrouvent dans des classes spéciales pour “enfants à problèmes”.

La discrimination à l’égard des Roms fait l’objet de critiques de la part de l’U.E. qui souhaite voir réaliser plus d’efforts pour l’intégration de ces populations.

Le gouvernement hongrois affirme que d’ici 2008, toutes les classes séparées destinées aux Roms seront éliminées.

Les Roumains entreprennent de grands efforts. “Nous sommes l’un des rares pays où les enfants Roms peuvent étudier dans leur langue”, assure le secrétaire d’État Sarau.

En Slovaquie, la langue Rom n’est pas encore reconnue comme langue scolaire mais il existe deux écoles à l’ouest du pays, où, à titre expérimental, les enfants sont scolarisés dans cette langue.

Le gouvernement bulgare a adopté un projet d’action visant à créer des écoles mixtes dans lesquelles les enfants Roms représenteraient un tiers des élèves.

Le ministère tchèque de l’éducation met au point un projet de financement d’études supérieures pour des enfants Roms appartenant à des familles socialement démunies.

Mais ces efforts peuvent demeurer vains si un autre problème n’est pas pris en compte: beaucoup d’enfants abandonnent en effet l’école après quelques années seulement. En Roumanie, par exemple, les enfants fréquentent généralement l’école jusqu’à dix ans. Après, on ne les y voit plus. En Bulgarie également les enfants quittent l’école dès la fin des années primaires. Évidemment cette situation est à mettre en relation avec le développement économique global de la société. En Slovaquie, les jeunes Roms fréquentent l’école jusqu’à 16 ou 17 ans. En Hongrie, jusque 18, parfois 19 ans.

Renovabis info n°12. Hiver 2003-04.
Traduit de l’allemand.

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Les Roms “Intouchables” de la Slovaquie

Un coin de colline poussiéreux, de la fumée de bois, des enfants qui courent sans souliers, à moitié vêtus… c’est là que Sœur Jana Kalova retrouve ses parents. Il y a trente ans, elle jouait elle-même avec les enfants dont elle s’occupe maintenant, mais contrairement à eux, elle a eu la chance d’aller dans un collège puis d’étudier dans une université catholique de la Pologne toute proche. Quand elle a décidé de venir travailler dans son milieu d'origine, chez les Roms, elle portait le simple habit bleu des petites sœurs de Charles de Foucauld.

Aujourd’hui, dans son village, la plupart des enfants vont à l’école. Dans le récent recensement de la population en Slovaquie, 90.000 personnes (soit 17% de la population) se sont déclarées d’origine Rom mais les leaders tsiganes les estiment à environ 600.000. Avec un taux de natalité quatre fois plus élevé que la moyenne nationale, cette minorité aura atteint le million dans dix ans. Si cette tendance continue, les Roms constitueraient la moitié de la population slovaque en 2050. Sous le communisme, les Roms pouvaient obtenir des travaux exigeant une main d’œuvre non qualifiée: ménages, soins de santé. Mais la situation s’est détériorée vu la baisse du niveau de l’économie et les exigences de qualification pour le travail.

Aujourd’hui, les Roms n’ont pas de représentants au gouvernement. Les indemnités de chômage ont été réduites à € 50 par mois. Cette situation pourrait avoir des répercussions sur les pays occidentaux qui exercent un attrait inévitable. “Ce dont les Roms ont le plus besoin c’est d’éducation, dit l’évêque auxiliaire de Kosice, responsable de la pastorale des Tsiganes. Ils ont des liens familiaux et matrimoniaux très forts avec lesquels il y a moyen de travailler comme prêtre et comme laïque mais notre mission a besoin d’un soutien gouvernemental”.

A Bardejov, village de la vallée, des Salésiens se sont installés dans ce qui était la buvette du quartier. Aujourd’hui, ils ont créé une église, une école et un terrain de sports. Une religieuse gréco catholique (entrée en religion clandestinement en 1970) s’est jointe à eux. Elle constate pas mal de changements ces dernières années par rapport aux années communistes: actuellement, la plupart des parents font baptiser leurs enfants en espérant que le fait d’être catholique leur donnera une meilleure chance dans la vie. Beaucoup de Roms catholiques se marient au lieu de cohabiter. Ils tiennent compte de facteurs religieux en choisissant leur conjoint.

Les sœurs basiliennes comptent actuellement cinq sœurs tsiganes et au séminaire catholique de Presov, il y a six futurs prêtres tsiganes. Bien que la plupart des Roms parlent Rom à la maison, transmettant à leurs enfants leur Histoire et leurs traditions, ils vivent et agissent publiquement comme les Slovaques. Mais leur chance d’éducation est limitée. Tout le travail fait par les Salésiens est soutenu de l’étranger car le gouvernement estime que ce travail est sans importance. Or justement, le communisme a montré que la pauvreté matérielle est aussi dommageable que la pauvreté spirituelle. Mais le problème des Roms s’étend bien au delà de la Slovaquie. Le mot slave Tsigane, d’origine grecque,  signifie intouchable. Il date du Moyen-âge quand les Tsiganes, venant de l’Inde, atteignirent l’Europe. Estimés à sept millions, les Tsiganes d’Europe centrale constituent les deux tiers de la population tsigane mondiale. C’est la minorité la plus large et la plus pauvre. Un demi-million d’entre eux a été exterminé dans les camps de concentration.

En Hongrie, si on peut dire que l’antisémitisme a diminué, on ne peut pas en dire autant du sentiment “anti-Tsiganes”. Claude Cohn du Centre européen pour les droits des Tsiganes à Budapest, estime que les Églises pourraient jouer un rôle clef en encourageant l’engagement des communautés chrétiennes envers les Tsiganes. Mais jusqu’à présent, il y a peu d’initiatives. Beaucoup de progrès ont certes été réalisés en Europe de l’Est dans la lutte contre le racisme et la brutalité de la police, par contre certaines Églises ont découragé les Roms à affirmer leurs droits essentiels. Ceci pourrait changer. Dans la République tchèque voisine et en Pologne, on a instauré des commissions pastorales, en Hongrie des séminaires en langue Rom. La Croatie organise chaque année des cours d’été en Rom tandis que l’Église (catholique ou orthodoxe?) roumaine a créé certains projets, notamment un home pour jeunes mères célibataires à Bucarest.

Traduit de l’article de J. Luxmoore paru dans The Tablet en janvier 2004

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Roms
Au 21e siècle, des émeutes de la faim en Europe.
La honte!

Suite à des “réformes économiques courageuses” préconisées par nos autorités occidentales (Fonds monétaire international ou Union européenne), le niveau de vie continue à baisser pour la majorité de la population dans les pays de l’Europe centrale et orientale, notamment en Slovaquie. Baisse du niveau de vie jusqu’à provoquer des émeutes de la faim! Elles ont effectivement eu lieu à l’est de la Slovaquie en février et en mars 2004. Accompagnés de chiens dressés, quelque 10 à 20.000 soldats et policiers ont été mobilisés pour la répression des émeutiers, ce qui montre l’importance du phénomène. La question se pose de savoir pourquoi c’est précisément en Slovaquie qu’ont éclaté ces émeutes heureusement devenues inconnues en Europe depuis le 19e siècle? *
* d’après Katholische Zigeunerseelsorge, Die Zeit, Frankfurter Allgemeine, etc.
La presse francophone s’est tue à ce propos.

 On le sait , des pauvres, surtout des Roms, sont littéralement parqués dans des espèces de “camps” aux bords des villes en Slovaquie orientale (aux alentours de Kosice: Lunik IX, Prasov, Levoca, Trebisov, Cierna, etc), sans espoir d’un emploi quelconque et dûment surveillés par une présence policière abondante.

Les Slovaques expulsés de Belgique il y a quelques années se trouvent sans doute parmi ces pauvres. Quinze à vingt adultes et de nombreux enfants occupent parfois une pièce de 20 m2 ou moins. Depuis les années 1980, le nombre de ces implantations est passé de 350 à 670. Le régime précédent comme celui d’aujourd’hui n’a donc rien trouvé de mieux que la mise en camps des intéressés, sans respect des droits humains en jeu.

 

Depuis le 1er mars 2004, l’allocation sociale individuelle mensuelle dont bénéficient les pauvres a été réduite de moitié, soit à € 74, “afin de les encourager à travailler”, autrement dit à trouver un emploi que le gouvernement sait pertinemment inexistant dans la région.

Par ailleurs, aucune famille attributaire d’allocation ne peut désormais disposer de plus de €260 par mois.

 

En relation avec ces réductions s’ajoute le jeu tordu des usuriers auxquels les “miséreux” du 21e siècle ont inéluctablement recours au centre de l’Europe.

Les usuriers slovaques, eux-mêmes souvent des Roms, ont soudainement réalisé qu’ils risquaient de ne plus jamais être remboursés. Ils n’hésitèrent donc pas à instiguer ces populations à la révolte.

 

Le gouvernement libéralo-conservateur se targue d’être le “nouveau tigre économique” au sein de l’Union européenne. Il reçoit les louanges de certains de nos gouvernants et de certains milieux intéressés. Il a diminué l’impôt des personnes physiques au taux unique de 19%, c’est à-dire non seulement il a réduit cet impôt à un taux ridicule pour un État moderne, mais il a éliminé toute progressivité fiscale. Plus de justice fiscale, peu d’impôt et donc peu d’allocation!

Ce gouvernement constitue ainsi sans doute un risque d’augmenter le poids de ceux qui ne souhaitent pas maintenir “un modèle social européen” et qui considèrent que renforcer les forces de l’ordre coûte moins cher que mener une politique à la fois économique et sociale intelligente, conforme aux “valeurs humanitaires de l’Europe” citées abondamment par ce même gouvernement.  Ajoutons que, dans les différents villages concernés, les journalistes n’ont pas pu identifier des traces de l’utilisation par la Slovaquie des fonds attribués par l’Union européenne au relèvement de la population tsigane. Heureusement, certains partis politiques dans les pays d’Europe centrale et orientale courtisent maintenant les représentants des communautés tsiganes afin de capter des votes de cette partie de la population. Tôt ou tard, cette tendance pourrait porter ses fruits et ces communautés pourraient être un peu mieux défendues qu’elles ne le sont aujourd’hui.

 

Outre la volonté déplorable de réduire le rôle de l’État alors qu’il faudrait plutôt l’accroître, les privatisations ne font de leur côté que supprimer massivement l’emploi. La plupart du temps, les multinationales ne cherchent qu’à occuper le terrain sans offrir de projet réel en faveur de la population. Le complexe sidérurgique de Kosice aurait pu constituer une exception mais le propriétaire US Steel y mène une politique sociale à l’américaine. De leurs côté, les pouvoirs publics ont arrêté tout investissement et toute construction de logement depuis des années. C’est particulièrement le cas dans l’est de la Slovaquie.

Dans l’Union européenne désormais élargie à 25 pays, entrent  des dizaines de millions de pauvres, de vraiment pauvres, notamment 4 à 6 millions de Roms dont seulement plus ou moins 10% habitent en Slovaquie. Or, il faut signaler que précisément les Roms ont été entièrement sédentarisés avant 1989 dans ce pays. Ils travaillaient, avaient un logement et leurs enfants étaient scolarisés. Depuis les “réformes socioéconomiques” quelque 60% d’entre eux ont tout perdu, comme d’autres couches de la population. Ils manquent de formation, ils ne connaissent aucune langue autre que la langue locale et ils ont peur de la société qui les entoure. Ils s’avèrent tellement marginalisés qu’il n’y a en conséquence aucun risque de les voir “massivement” envahir l’Europe occidentale.

Comme citoyens heureux, mais combien peureux, n’avons-nous pas intérêt d’apporter un soutien aux Églises ou aux ONG qui défendraient la cause des pauvres et donc des Roms, ne fût-ce qu’égoïstement pour les encourager à supporter “calmement” leurs campements actuels? Comme chrétiens si pointus lorsqu’il s’agit de voir  nos valeurs figurer dans le futur traité constitutionnel de l’Union Européenne, n’avons-nous pas l’obligation d’en faire au moins autant, voire un peu plus en mobilisant nos Églises locales et les autorités publiques?

Nicolas Bárdos-Féltoronyi

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Bonnes nouvelles!

Une première réunion du groupe de travail mixte catholique-orthodoxe de Russie

Elle s’est tenue les 5 et 6 mai dernier à Moscou. Au cours des entretiens, les membres de la délégation du patriarcat de Moscou ont avancé un certain nombre de cas qu’ils interprètent comme des signes de prosélytisme catholique sur le territoire canonique de l’Église de Russie.

Les deux parties en sont venues à la conclusion que l’analyse des causes de l’inquiétude suscitée et du manque de compréhension mutuelle dans ces quelques cas concrets pourrait aider à mettre au point un code de conduite des deux Églises l’une vis-à-vis de l’autre. Insistant sur l’atmosphère amicale dans laquelle s’est déroulée cette première rencontre, les deux parties en ont conclu qu’il était indispensable de mieux faire circuler entre elles l’information et de développer une étroite concertation et une collaboration constructive, en particulier par le biais de projets dans les domaines de l’aide sociale.

La délégation catholique a pris en considération l’inquiétude exprimée par la délégation orthodoxe concernant les problèmes de relations entre les deux Églises à l’extérieur des frontières de la fédération de Russie, notamment en Ukraine. Le père Vsévolode du patriarcat de Moscou a souligné que les discussions avaient été difficiles tout en espérant aboutir grâce à elles à l’élaboration de recommandations destinées aux responsables des deux Églises.

D’après le Service Orthodoxe de Presse, juin 2004

“L’esprit de réconciliation est plus fort que la haine”

C’est ce qu’a déclaré le patriarche œcuménique Bartholomée Ier lors de la réception d’une délégation d’évêques catholiques français au patriarcat de Constantinople, à l’occasion du 8e centenaire de la prise de la ville par les croisés en 1204.

…”Certes, nous devons admettre que la quatrième croisade est un phénomène historique d’une extrême complexité où se rencontrent à la fois des intérêts et des enjeux religieux, politiques et commerciaux. Aux sentiments très nobles, tels l’espoir de libérer des terres chrétiennes occupées par des “infidèles” vint s’ajouter un événement tragique du christianisme qui allait opposer pour des siècles l’Orient et l’Occident: la prise de Constantinople par les croisés et la fondation d’un Empire latin.

Au cours des siècles suivants, les Églises orthodoxes se tinrent le plus souvent sur la défensive alors que l’Église catholique déploya beaucoup d’efforts pour ramener les schismatiques orientaux à l’union à Rome notamment par le biais de l’uniatisme qui fut toujours jugé sévèrement par les orthodoxes”… Mais depuis le Concile Vatican II , l’Église de Rome reconnaît que la voie de l’union ne passe pas par l’uniatisme et cherche à reconnaître dans l’Église orthodoxe une “Église-Sœur”…

Extraits de l’article paru dans le Service Orthodoxe de Presse, juin 2004