Bulletin mars 2004

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SOMMAIRE

ÉLECTIONS EUROPÉENNES
Refuser l’indifférence et l’abstention.

INDICES, ÉCHOS ET INTUITIONS

ORTHODOXES… COE
La situation bouge

PÂQUES EN UKRAINE
les Carpates oubliées

EUROPE UNIE
Comment faire tomber le mur

RUSSIE:
Orthodoxes…catholiques

ÉLECTIONS EUROPÉENNES.
Refuser l’indifférence et l’abstention.
La vie des générations futures en dépend
Déclaration des évêques français

A l’approche des élections françaises cantonales et régionales et des élections européennes, la Conférence épiscopale française a tenu à en souligner les enjeux concrets et les grandes responsabilités des élus. Ils demandent une politique locale, régionale et européenne qui tient compte de la «désespérance» ainsi que de nouvelles «solidarités internationales».

«Ce ne sont pas des élections mineures… elles ont une grande importance pour la vie quotidienne de tous»…«Une véritable politique locale, régionale et européenne ne saurait ignorer la désespérance de beaucoup de nos contemporains face à l’emploi des jeunes et aux conséquences humaines des restructurations industrielles incessantes. Toutes les formations politiques sont affrontées à cette réalité sociale. Il s’agit d’organiser la solidarité».

…«A l’heure où les relations entre les diverses composantes de l’Union européenne deviennent difficiles dans l’établissement de la future Constitution, nous sommes à la veille de décisions lourdes pour l’avenir. Les élections européennes conditionnent la vie des générations futures».

D’après Cathobel, service quotidien
23/2/04 www.cathobel.be

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INDICES, ÉCHOS ET INTUITIONS

Depuis quelques temps, les informations - voire les demandes - que nous adressent  certains membres des Églises d’Europe centrale et orientale ont une tonalité particulière. Un vent nouveau soufflerait-il à l’Est?

QUELQUES POINTS SUR LA CARTE

Ainsi, en Lettonie, Son Éminence le Cardinal Pujats a-t-il chargé une jeune étudiante en théologie de rechercher des fonds pour aménager un Centre de formation. Si l’un des objectifs est de faire du Centre un lieu de retraite et d’accueil des jeunes (camps et séminaires de familles), l’autre objectif serait d’y favoriser une action sociale de l’Église, par la formation d’aumôniers d’hôpitaux et de prisons.

Ainsi, au cours d’une réunion de travail avec Mgr Kauneckas, Évêque en Lituanie, l’œuvre du Cardinal Cardijn, fondateur de la Jeunesse Ouvrière Catholique dont la doctrine sociale et l’action ont été reconnues par le Concile Vatican II, suscite un grand intérêt. Dans le même temps, en Croatie, à l’autre bout de la carte de l’Europe, la même question surgit, posée par le Secrétaire général de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix.

Ainsi, un professeur de catéchèse polonais nous fait part de sa peine en constatant que dans certaines paroisses de son pays où règnent le chômage et l’alcoolisme, le clergé local mène un train de vie disproportionné à la situation. C’est par ailleurs avec le plus grand respect pour son Église qu’il lui suggère un rapprochement avec ceux qui souffrent.

Dans un autre contexte enfin, de la paroisse gréco-catholique de Manastur, en Roumanie, nous vient un projet porté par les Sœurs de St Joseph de l’Apparition. Dans le sous-sol de l’église paroissiale en construction, on livre chaque jour un repas chaud à 150 personnes. La priorité est accordée aux marginalisés, aux personnes sans abris, de tous âges, de toutes nationalités ou religions.

UNE NOUVELLE DIMENSION

Persécutées durant 50 ans, les Églises de l’Est ont été les gardiennes de la foi et des valeurs nationales, elles ont défendu leurs principes et leurs traditions et ont soutenu la population. Mais elles ont été limitées dans leur travail social.

Dans bon nombre de pays d’Europe centrale et orientale devenus libres, l’économie se relève péniblement et la vie quotidienne est plus que difficile.

Nous avons l’intuition que quelques membres de leurs Églises prennent conscience qu’un des lieux importants de partage se situe dans un travail contre les pauvretés et pour la justice.

Un souffle nouveau pourrait naître à l’Est, qui répond, par hasard et au même moment à  la conviction de deux évêques français: «Il faut des personnes qui sortent de nos institutions pour partir à l’aventure et pour dire quelque chose de l’amour et de la tendresse de Dieu», nous dit Mgr Jaeger, ou, comme le dit Mgr Stenger, «Des personnes qui inventent de nouvelles manières d’être présents dans les nouveaux pôles sociaux.» (La Croix, 26 novembre 2003).

Ce nouveau tournant est délicat à opérer car il faut modifier une tradition légitimée par des années de pratique. Mais il ne faut pas oublier que ces Églises doivent aussi avoir les moyens de leur action : disposer de personnel, de moyens financiers, toutes aides dont elles ont été privées durant les cinquante années de régime communiste. Ne serait-ce pas l’une des pistes à suivre pour créer cette Europe des valeurs, fondée sur la dignité humaine et le bien commun?

Catherine Berkans

Orthodoxes… Conseil œcuménique des Églises

LA SITUATION BOUGE

Le pasteur Konrad Raiser dont le mandat de secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE) se terminait à la fin de l’année 2003, a accordé une interview au quotidien parisien Le Monde dans lequel il aborde ses relations avec les Églises orthodoxes. Interrogé sur ce qu’il garde comme «le moins bon souvenir» de son mandat de onze ans, le pasteur Raiser évoque sa visite en 1998 à l’Académie de théologie de Moscou, dominée par l’accueil inamical qui lui fut réservé par quelques jeunes moines et étudiants. «Jamais je n’avais été agressé verbalement  avec une telle violence, en l’absence, faut-il le noter de toute réaction de la part des évêques présents. J’y ai vu l’expression d’une tension entre ce groupe d’étudiants en théologie et sa propre hiérarchie et surtout le rejet de toute aspiration œcuménique considérée comme hérétique. Par contre, a-t-il ajouté, en juillet 2003, lors de ma visite d’adieu aux responsables de l’Église orthodoxe russe, j’ai pu constater que la situation s’était beaucoup améliorée».

D’une manière générale, le pasteur Raiser se déclare «impressionné par le renouveau religieux» qu’il a vu dans les pays de tradition orthodoxe en Europe orientale et balkanique. «Je pense à la Russie, mais aussi à un pays comme l’Albanie, témoin d’une incroyable résurrection de son Église». Mais, compte tenu du poids de l’héritage marxiste ou de l’influence également sécularisante du libéralisme postcommuniste, j’ai aussi été sceptique sur le fameux «réveil de l’âme orthodoxe». Exclue pendant 70 ans de l’espace culturel, économique et politique créé par l’État communiste, elle n’a pas eu la possibilité de s’adapter au contexte de la société moderne. Elle a été libérée mais sans la moindre préparation et, pour certaines personnes en grand désarroi, elle est même devenue une idéologie de rechange. Comme toujours en pareille circonstance, les convertis ou néophytes ont recherché dans l’orthodoxie des certitudes qu’ils ne trouvaient plus ailleurs. Ils sont passés d’un système à un autre mais leurs grilles d’analyse un peu dichotomiques –séparant les ennemis et les amis – sont restées les mêmes», poursuit-il.

Toutefois, ces dernières années, estime Konrad Raiser, l’attitude à l’égard de l’œcuménisme a changé. Aujourd’hui, les Églises orthodoxes ont le sentiment «d’être écoutées et un peu mieux comprises. La situation bouge. Un travail de compréhension mutuelle est à l’œuvre, facilité par la prise de conscience que l’orthodoxie appartient, elle aussi, à l’espace européen et qu’elle doit se rapprocher de nous… Je crois que la menace de voir l’Église orthodoxe russe quitter le COE et remettre ainsi en question tout l’édifice œcuménique dans la famille orthodoxe s’est aujourd’hui éloignée. Peut-être aura-t-il fallu cette crise pour comprendre que les orthodoxes ne se sentaient pas chez eux dans le mouvement œcuménique. En ce sens, cette crise douloureuse aura été salutaire et aura permis un approfondissement de la conception du COE comme communauté fraternelle d’Églises».

D’après le Service Orthodoxe de Presse, janvier 2004

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PÂQUES EN UKRAINE, A IASINIA,
Village des CARPATES…

 

Région la plus pauvre d’Ukraine, la Transcarpatie a, depuis la chute du communisme, renoué des contacts avec ses voisins directs : Hongrie, Slovaquie et Pologne avec lesquels tout un trafic « de survie » s’est établi.

L’intégration prochaine de ces trois pays d’Europe centrale à l’Union Européenne va malheureusement rejeter l’Ukraine en dehors de ces échanges. La dépendance énergétique croissante vis-à-vis de Moscou et le durcissement des régimes  postcommunistes, notamment en Russie, suscitent dans le pays des inquiétudes légitimes.

Deux amis bruxellois, le sociologue Bernard De Backer et le photographe Nicolas Springael sont tombés amoureux de cette région de l’Ukraine des Carpates. Ils y ont passé trois séjours, trois saisons dont ils ont ramené un livre(1) qui séduit par la finesse de l’observation, la tendresse du regard posé sur les gens, la beauté de la photographie. Nous vous en offrons ici, quelques pages.

(1) Les Carpates oubliées.

Trois saisons au pays de la Tisza noire.

Bernard Debacker et Nicolas Springael.

Editions l’Instant Présent,
Rue Blaes, 136

1000 Bruxelles . Tél.Fax. 02 513 2 91

Sur la colline,

une église partagée

Aujourd’hui, le pope(2) nous évite du regard, semble préoccupé par des détails de liturgie, d’objets à déplacer, de rituel à respecter.
(2) Pope : prêtre de l’Église orthodoxe slave

Le chapelain nous salue nerveusement et s’empresse d’obéir à ses ordres bougonnés.


Est-ce un conflit avec Vasile, le prêtre uniate
(3), qui a créé chez le pope cette fulmination intérieure? Depuis quelques années, l’église Ivan Strouk (4) est partagée par les deux confessions et les messes se succèdent à l’heure dite sans que le relais se fasse toujours bien ni à temps. Les deux groupes de fidèles s’évitent. Les orthodoxes attendent en haut, planqués derrière le clocher de bois, les uniates sortent par en bas. Mais parfois les fidèles se croisent et  échangent des paroles aigres-douces. On mégote sur les horaires, les bouquets et les offrandes qui ornent l’église.
(3) Uniates : désigne les Églises orientales qui, tout en gardant leur liturgie et leur discipline propre (mariage des prêtres, par exemple), se sont unies à Rome au 16e et 17e siècle dans des circonstances historiques complexes. Les orthodoxes ont toujours estimé que cette union avait eu lieu pour des raisons politiques et le terme uniate a une connotation négative.

Nous employons de préférence le terme « gréco-catholique ».
(4) Ivan Strouk est le nom d’un berger qui, il y a très longtemps, fit construire une chapelle en reconnaissance pour un miracle dont il fut l’objet.


Au pied de la passerelle qui mène au lieu du culte, les deux clercs délaissent quelquefois leurs ouailles et entament une longue discussion théologique. «Tu es asservi à une autorité étrangère», dit le pope. «Tu confonds religion et nation», répond le prêtre. Pourtant le pope relève du patriarcat de Moscou et non de Kiev, comme les autres popes de la vallée.

Il est plus rude, plus autoritaire, et dit la messe en vieux slavon que personne ne comprend.

En 1945, nous raconte-t-on, lorsque l’Ukraine occidentale est passée sous l’autorité de Moscou, Staline a imposé l’orthodoxie moscovite en lieu et place de l’Église uniate fidèle à Rome. Des popes russes «sales et incultes, qui avaient des poux dans les cheveux et se  mouchaient dans leurs manches» sont arrivés en Galicie et ici, en Transcarpatie. A cette époque, toutes les églises de la vallée étaient encore uniates, sauf une. Maintenant elles sont orthodoxes, à part Ivan Strouk qui n’est qu’à moitié uniate…

 

Vendredi saint

 

On nous raconte que l’église située au centre du village avait été transformée en salle de gymnastique après la guerre. A l’arrivée des Soviétiques, en 1945, le dernier prêtre uniate avait planqué les registres paroissiaux sous les toits, de lourds volumes manuscrits en langue hongroise et ruthène que son beau-fils a récemment sauvés des eaux. Sur de larges pages divisées en colonnes, une écriture en belle ronde a enregistré les mouvements de population depuis 1788. Un autre volume fleurant le champignon contient la correspondance en latin avec l’évêque d’Ungvar (Uzhgorod), patiemment recopiée sur du papier épais. Aujourd’hui, bien que l’église, devenue orthodoxe, n’abrite plus les ouvriers méritants et les cadres du parti en mal de musculation, le beau-fils conserve prudemment les registres: un antiquaire de Lviv en donnerait peut-être quelques grivnas!

Alors que nous passons dans le porche où brûlent des bougies fichées dans des baquets de sable, un bruit étrange jaillit du clocher, tel un claquement de bec ou un raclement de planche à lessiver. Quand le bruit cesse, des visages espiègles, secoués de rires apparaissent au pignon.

Des enfants nous invitent à les rejoindre. Par des escaliers de pierre et de raides échelles vermoulues, nous gagnons le sommet de l’édifice. Au sortir d’une dernière rampe, on émerge sur une plate-forme instable. Ils sont là, une dizaine de garçons et de filles brandissant des marteaux de bois, prêts à nous assommer. On nous entraîne en chuchotant vers l’atelier des bruits: un montage de planches parallèles que les enfants frappent à coups de maillet. Depuis Vendredi saint, les cloches sont en deuil du Christ. Chaque année, les gosses du village se font une fête de les remplacer à l’étage des cigognes.

 

Christos Vaskress !
Christ est ressuscité !

Le pope Andreï, qui dépend du patriarcat de Kiev, dit la messe en ukrainien et ne boit que du thé, entame son marathon liturgique de la veille de Pâques. On ne peut qu’admirer son endurance, sa mémoire prodigieuse des formules et des enchaînements, son charisme tranquille. La semaine qui précède a déjà été chargée : messes, enterrements, vigiles, visites…

Mais Vaskressenie, la résurrection du Christ, c’est autre chose.

Les portes de l’église sont closes jusqu’à minuit. A l’approche de l’heure, une foule nombreuse accompagne Andreï qui marche vers l’église reprise aux Soviétiques. Le cortège chargé de bannières, de murmures, de bougies qui scintillent dans la nuit fait d’abord trois fois le tour du bâtiment avant de s’arrêter devant l’entrée principale. Le pope se détache de la procession, prononce quelques formules et frappe ensuite violemment contre la porte de bois. Après qu’elle a cédé sous les injonctions, tout le cortège s’engouffre dans l’église et la messe commence.

Quatre heures plus tard, les fidèles rentrent chez eux pour  préparer le repas pascal.

Tout le monde se retrouve autour de l’église en début de matinée. Des dizaines de familles sont au garde à vous derrière des paniers remplis de victuailles: œufs colorés, quartiers d’oranges, gâteaux crémeux, saucissons épais, branches d’arbres et chandelles vacillantes. Les Tziganes sont de la partie, rassemblés dans un coin, les mains croisées sur le ventre. Maria a mis sa robe à volants, Nikolaï son chapeau. Sergueï et Rouslan ont les yeux brillants.

Un peu à l’écart, un «nouvel Ukrainie» de retour dans son village –barbe d’un jour, lunettes fumées, cheveux gominés et souliers brillants– déambule lourdement dans son costume étroit. Sa limousine repose ostensiblement dans le soleil printanier, à quelques mètres des Tsiganes. Après une tournée d’accolades, le businessman se dirige vers nous et me fourgue son caméscope dans les mains sans crier gare. Replié au milieu du cercle familial, il s’agenouille humblement dans l’attente du pope et de son eau lustrale. Il ne reste plus qu’à immortaliser la scène, opération de blanchissement spirituel qui sera l’affaire du pope.

Andreï se dirige vers une grande bassine de métal blanc remplie d’eau bénite. On se presse avec des bouteilles et des bocaux. Plongeant un rameau dans un seau, le pope commence sa tournée des paroissiens dont il asperge trois fois les offrandes et les visages. A chaque passage, il prononce à haute voix -sévère et complice– les paroles du jour : Christos Vaskress!

Puis, après cet épuisant labeur liturgique, il lâche soudainement la bride et s’adresse aux villageois avec un sourire complice: «Voilà, je pense que c’est fini maintenant. Vous pouvez rentrer chez vous !» En quelques secondes, les fidèles tournent les talons et emportent les paniers pour les repas de fête.

Disputes théologiques

Le pope Andreï nous avait lancé l’invitation en automne : «Si vous vous intéressez à l’histoire de Iasinia, à ce que nous avons vécu sous le communisme, venez me voir.» Et comme pour nous appâter : «J’ai plein de choses à vous dire sur le KGB….»

On a pris rendez-vous après les fêtes de Pâques, en laissant au pope le temps de se refaire.

Andreï nous reçoit en costume civil, sans sa soutane fleurie et sa mitre mauve qui lui donne tant de prestance et masque sa calvitie. Il est humble et accueillant, un peu intimidé, sans doute. Nous nous asseyons autour d’une table sommaire, au rez-de-chaussée de sa maison trapue, dans une grande pièce recouverte de bois, des murs lambrissés au plancher et au plafond…

Le pope quitte un instant ce qui ressemble à une salle d’audience de boyard de province et nous revient quelques minutes plus tard, les bras chargés de papiers et de dossiers. Il chausse ses lunettes et commence à parcourir des liasses de papiers dactylographiés.

Plus important que le K.G.B. qui est une affaire du passé, après tout, il y a les sectes. C’est un sujet de préoccupation constant, de la frontière hongroise (par où s’infiltrent les missionnaires anglo-saxons) au fin fond des Carpates. Andreï y a consacré beaucoup d’énergie et de nombreux feuillets dactylographiés.

Ceux-ci constituent des « disputes » avec les Témoins de Jéhovah et les Adventistes du septième jour, implantés à Iasinia. «Ils ne peuvent d’ailleurs pas se nommer Témoins de Jéhovah, c’est une tromperie. Moi, je les appelle des russellistes, du nom de leur fondateur américain.» Chaque feuille traite d’un thème particulier : la question de l’âme, la Sainte Trinité, le Paradis, l’Apocalypse, le millénarisme, l’enfer… D’autres feuilles contiennent des disputes

avec de plus vieux clients : «les «athéiste» et les catholiques. Un grand sujet préparé pendant la période communiste concerne l’existence de Dieu.

«Je suis prêt à rencontrer les athéistes, communistes ou américains. S’ils arrivent à me prouver l’inexistence de Dieu, je veux bien devenir athée»….

Les catholiques ne sont pas en reste. Andreï a recensé quarante-deux différences entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. « La première, c’est le pape…». Si Andreï est en faveur d’une réunification des Églises chrétiennes, il nous fait cependant une longue lecture des points de discorde où le goût du pouvoir et l’usage de la force par l’Église catholique à l’égard des Ukrainiens « pauvres et soumis » est un thème majeur.


Et puis, après le thé, il y a le relâchement des mœurs et l’alcoolisme, ce qui n’est pas un mince sujet. Il n’y a pas à regretter l’URSS qui était un régime athée mais un autre danger menace.

Face à celui-ci, la religion est le seul salut possible. Andreï se lance alors dans un long discours sur la réforme de l’Ukraine selon les principes de l’Église orthodoxe: abolition de la séparation entre l’Église et l’État, rétablissement de la censure, surveillance des jeunes, obligation d’aller à l’église, châtiment pour ceux qui boivent…

Malgré ce programme abrupt, le pope est un homme modeste qui guette nos réactions et tempère régulièrement la radicalité de ses propos par une petite phrase qui revient comme un leitmotiv : «Je dis ce que je pense. Vous n’êtes peut-être pas d’accord, mais sachez que cela vient du cœur.»

 

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EUROPE UNIE

Comment faire «tomber le mur»
dans les cœurs et les mentalités?

La chute du rideau de fer en 1989, l’effondrement de la Yougoslavie au début des années 90 et l'adhésion imminente des pays d’Europe centrale à l’Union Européenne le 1er mai 2004 ont irrémédiablement modifié la géographie politique de l’Europe. C’est pour aider les populations d’Europe centrale à participer activement au projet européen qu’est née l’idée d’une «Mitteleuroaïsche Katholikentag» (MEKT), d’une Journée catholique de l’Europe centrale.

Dès sa première visite pastorale en Autriche, le pape Jean-Paul II avait exhorté les chrétiennes et les chrétiens d’Europe à prendre conscience de leur responsabilité partagée pour cette Europe. Le Saint Père avait relevé le rôle particulier de l’Autriche en tant que pays jouxtant le rideau de fer. Depuis 1989, cette frontière plus ou moins hermétique n’existe plus, du point de vue politique, mais semble persister dans les esprits. Voici un défi que la Journée catholique d’Europe centrale veut relever, aux dires de Paul Wuthe, coordinateur du MEKT : «Le vrai mur est tombé il y a 14 ans. Si nous parvenons à faire tomber le mur qui existe dans les coeurs et les mentalités, nous aurons accompli de gros progrès».

Pour la Conférence épiscopale autrichienne, «l’intégration croissante de l’Europe et la création d’un ordre politique entièrement nouveau dans l’Histoire font certainement partie de ces «signes des temps» auxquels l’Église doit faire face». La Journée catholique de L’Europe centrale dont le mot d’ordre est «Le Christ, espoir pour l’Europe» est d’ailleurs organisée conjointement par les conférences épiscopales de Bosnie-Herzégovine, Croatie, Pologne, Slovaquie, Slovénie, République tchèque, Hongrie et Autriche.

UNE JOURNÉE QUI DURE UN AN

La Journée catholique a commencé dans les huit pays participants par des manifestations d’ouverture à la Pentecôte 2003 et elle se terminera par le Pèlerinage des peuples qui aura lieu du 21 au 23 mai à Mariazell. Durant l’année, des manifestations se tiendront dans les 8 pays, entre autres des pèlerinages, des expositions, des rencontres, des congrès. Huit symposiums sur des sujets religieux et sociaux tenteront de concrétiser les défis sociaux que l’Église doit relever suite à l’intégration européenne: «Dans cette partie de l’Europe, l’Église doit apprendre à penser européen ».

Une caractéristique majeure de cette journée catholique est la volonté de se pencher sur une histoire commune qui n’a pas toujours été pacifique. Ainsi les évêques tchèques et autrichiens ont adopté une déclaration conjointe sur la «réconciliation entre voisins au cœur de l’Europe». Dans ce document, ils évoquent la douloureuse histoire des deux pays, surtout au 20e siècle et souhaitent contribuer à la réconciliation entre Tchèques et Autrichiens.

Le 1er mai 2004, jour de l’élargissement, une fête de bienvenue aura lieu le long de la frontière autrichienne avec les nouveaux pays membres. Cette fête sera marquée par la plus grande manifestation de «poignées de main» jamais vue en Europe. Cet évènement veut mettre l’accent sur l’intention poursuivie par cette journée catholique de l’Europe centrale : la rencontre concrète et personnelle entre les populations.

D’après l’article de Michael Kuhn, dans Europe Infos, janvier 2004

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RUSSIE.
orthodoxes... catholiques: vers un groupe de travail mixte

En visite à Moscou depuis le 17 février, le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens, a notamment rencontré le métropolite de Smolensk et de Kaliningrad, Kyrill, responsable du patriarcat de Moscou pour les relations avec les autres Églises. Au cours des conversations, ont été examinées les questions en jeu dans les relations entre l’Église orthodoxe russe et l’Église catholique spécialement en Ukraine. Le cardinal Kasper confirme que le Saint-Siège a reçu la réponse écrite de l’Église orthodoxe russe concernant la possible institution d’un patriarcat gréco-catholique en Ukraine, ainsi que les réponses de toutes les Églises orthodoxes locales sur la question. La position unanime* des Églises orthodoxes a été prise en sérieuse considération par les autorités de l’Église Catholique.

Les deux parties ont convenu qu’il fallait constituer un groupe de travail composé de représentants des deux Églises pour examiner de telles questions et formuler des propositions en vue de leur solution.

*Position unanimement négative.

(NDLR)

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D’après Cathobel,

service quotidien. 23 /2/04

www.cathobel.be