Bulletin décembre 2002

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Un horizon : l'égalité entre les hommes et les femmes

 

Consacrer une partie de ce numéro de notre Bulletin aux problèmes qui se posent aux femmes dans les pays du centre et de l'est de l'Europe devrait paraître superflu.

En effet, ces pays ne faisaient-ils pas partie des pays communistes où l'égalité des sexes était considérée comme acquise en vertu des principes les plus affirmés du marxisme-léninisme? Et d'ailleurs, les Eglises chrétiennes ne sont-elles pas elles-mêmes porteuses d'un message d'égalité puisque, comme le dit l'Ecriture, " seul compte le Christ qui est tout en tous" (Co1.3.11) ? Et donc, la politique communiste n'aurait-elle pas dû, sur ce point-là au moins, constituer un appui offert aux Eglises ?

 

Ce ne serait pas prendre en compte le gouffre qui se creuse souvent, hélas, entre l'idéal proclamé et la réalité. Entre l'idéal et la liberté recouvrée après 1989. On ne remplace pas des décennies voire des siècles de sujétion par des décrets ni par le biais d'un marché libéral. La preuve en est sans doute fournie par nos propres Etats et nos propres Eglises où l'égalité hommes-femmes reste un horizon, pour le moment, hors de portée. Mais un horizon vers lequel on marche est plus qu'un espoir s'il inspire la volonté de l'atteindre. Puissions-nous y contribuer!

 

TREIZE ANS APRES LA CHUTE DU REGIME COMMUNISTE, UNE GRANDE PARTIE

DE L’EDITION LETTONNE SE DECLINE AU FEMININ

 

C’est au mois de mai 2002, dans un bureau du grand séminaire de Riga, que Monseigneur Justs, Evêque de Jelgava, amuse, stupéfie et réjouit les jeunes éditrices lettonnes réunies à la demande d'Entraide d'Eglises. " L'édition est une vocation, dira-t-il et c'est la première fois que les responsables de l'édition lettonne sont réunies au cours de ce millénaire. Vous et le clergé letton devez travailler ensemble.

Nous avons besoin de votre analyse. Vous êtes la relève !"

 

LA VOCATION D'EDITEUR

 

L'isolement spirituel et intellectuel qui caractérisait les pays d'Europe centrale et orientale durant le régime communiste a suscité dans la nouvelle intelligentsia lettonne de véritables vocations. C'est très jeunes que les Lettons et les Lettonnes, prêtres et laïques, se sentent appelés à restaurer ces fleurons majeurs d'une société démocratique que sont la maîtrise d'une information objective et la réalité d'une culture nourrie par les grands maîtres de la spiritualité et les auteurs postconciliaires.

 

Outre la Commission des publications théologiques catholiques de Riga et les éditions de l'Archevêché, quatre revues ou maisons d'édition chrétiennes importantes coexistent aujourd'hui sur le sol letton. Soutenues par le clergé ou indépendantes, elles sont dirigées par des femmes d'idéal, de caractère et de ferme volonté, qualités indispensables face aux défis qu'elles sont tenues de relever.

 

REBÂTIR, PIERRE PAR PIERRE

 

Le manque de crédits d'investissement est l'un des problèmes majeurs de l'édition chrétienne lettonne: le personnel est réduit, chacun est donc chargé d'un nombre impressionnant de tâches, les différentes étapes de la chaîne éditoriale, comme celle de la distribution, sont réduites à leur plus simple expression.

 

En effet, le circuit éditorial s'arrête, pour ainsi dire, à la production: dans certains cas, les livres sont purement et simplement donnés, et leur diffusion fonctionne grâce au bouche-à-oreille; dans d'autres cas, les ouvrages sont lentement acheminés vers une "Base" de l'Etat qui les dépose en librairie et dans certains magasins.

 

Non seulement le livre coûte cher en Lettonie et le Letton moyen se le procure difficilement mais, même en cas de réussite commerciale, non garantie par l'usage réduit des techniques de publicité, le retour financier à la maison d'édition est aléatoire par manque de personnel formé à ces techniques.

 

En cause enfin : l'absence d'imprimeries spécifiques: seules fonctionnent les imprimeries d'Etat, qui entretiennent des rapports distants avec le monde chrétien.

 

SOLIDAIRES DANS L’ESPERANCE

 

Les éditrices lettonnes souhaitent produire un maximum de livres et lancent pour cela en Europe de l'Ouest des "avis de recherche" d'ouvrages de spiritualité, de réflexion sur la foi, des livres de prières, des vies de saints, en français et en anglais, qu'elles pourront traduire et adapter.

 

De plus, elles sont prêtes à effectuer des études universitaires ou des stages de formation chez des éditeurs occidentaux et à répercuter ces acquis dans leur pays. Enfin, elles sont ouvertes à toute proposition de collaboration avec ces mêmes éditeurs (échanges de livres, de droits d'auteurs...).

 

Rendez-vous dans treize autres années...

Catherine Berkans

 

LA BEVUE EJIET UN MACIET

(Anita Paskevica)

 

Emanation du Grand Séminaire de Riga, la revue "Ejiet un maciet" produit 3 numéros par an. Son lectorat habituel est composé de prêtres et d'étudiants en théologie, et plus largement, d'un public désireux d'approfondir ses connaissances .théologiques et sa vie spirituelle.

 

Son approche de l'Eglise lettonne s'effectue sous quatre angles: présentation des documents et manifestations d'Eglises, accès à la vie spirituelle, vie du chrétien dans la société actuelle, articles de théologie spécialisés et recension des publications récentes.

 

EDITIONS KALA RAKSTI

(Aija Balode)

 

Leur revue mensuelle "Mieram Tuvu" (littéralement "Près de la Paix"), tirée à 3300 exemplaires, présente au lecteur les textes bibliques correspondant à la liturgie de chaque jour ainsi que des prières et des méditations; "ouvrage est accessible également aux autres confessions chrétiennes. L'art n'est pas oublié: la couverture du mensuel reproduit l'œuvre d'un artiste letton, qui se trouve ainsi propulsé sur le devant de la scène culturelle et religieuse.

 

Kala Raksti met également l'accent sur l'aspect moderne de l'évangélisation: ainsi, elle a traduit et édité un livre de Christian Bobin, qui allie science religieuse et poésie.

 

Leur choix s'est également porté sur le livre "Fraîcheur d'une source" de Frère Roger et de Mère Theresa.

 

EDITIONS MAGNIFICAT

(Maija Jakobsone et Astra Feldmane)

 

Magnificat est née le 8 mai 2001. Maison d'édition privée, elle est proche de l'Eglise catholique lettonne - qui lui demande parfois de publier des livres de catéchèse ou d'information sur le Concile Vatican Il - tout en étant ouverte à tous les Chrétiens.

 

Son objectif est de proposer des réponses aux divers problèmes vécus par la société lettonne après la chute du système communiste et d'apporter une contribution à sa formation intellectuelle et morale.

 

Les écrivains Conrad De Meester, le Père Daniel-Ange et Chantal van der Plancke ont retenu l'attention des deux jeunes éditrices de cette nouvelle maison.

 

EDITIONS VARDS

(Anita Kalnina)

 

Délibérément œcuméniques, les productions des Editions Vards ont une spécificité éthique et morale. L'on retiendra l'édition de certains livres pour enfants et diverses publications relatives à la vie de l'Eglise et au Concile Vatican II.

 

Leur directrice assume seule - il faut souligner le fait- la gestion des affaires et occupe depuis peu un poste important dans la vie politique du pays. Le dernier-né de la maison Vards est une revue à thèmes philosophiques, théologiques, culturels et politiques destinée à l'intelligentsia lettonne. " Nous visons la clarté de la pensée et la pureté des intentions, nous dira la rédactrice en chef, et nous mettrons tout en œuvre pour que notre revue soit lisible par le plus grand nombre "

 

 

COURAGEUSES, LES FEMMES !

 

 «Depuis la chute du mur de Berlin, il ya eu tellement de changements en Russie qu'il faudra plus d'une génération pour pouvoir s'en tirer. Une époque entière s'en est allée. Tout ce qui reste du socialisme et qui pourrait être positif, tout cela est mêlé à une liberté encore inconnue. Notre vie est difficile, il est vrai, mais elle pourrait devenir merveilleuse".

Olga Liposwskaia du « Centre pour la problématique des sexes » à St Petersburg.

 

Cette réflexion n'est pas valable uniquement pour la Russie mais pour tout ce qu'on appelait jadis le «Bloc de l'Est » où l'euphorie des débuts a fait place à une méditation désabusée sur la liberté et sur les difficultés de la vie plus importantes que prévues.

Les gens de ces pays, les femmes surtout, sont confrontés à d'immenses changements.

 

RETOURNE A TON FOYER

 

« Retourne à ton foyer. La vie familiale est la responsabilité des femmes. Consacre ta vie à ton mari et à tes enfants ». Ces injonctions que l'on retrouve dans certains discours politiques, même si elles apparaissent comme ringardes à nos yeux, sont à prendre au sérieux. Parfois ces idées ne sont pas exprimées aussi directement, mais la réalité est là : les femmes sont les premières victimes de la mutation économique en cours dans les sociétés communistes. Elles sont victimes de la réduction drastique du niveau de la vie, du chômage massif, du déficit croissant de l'état de santé des populations et des perspectives limitées pour elles-mêmes et pour leurs enfants.

 

Le système socialiste avait proclamé l'égalité des sexes et soumis les femmes à un programme d'émancipation, sans doute réel mais fortement surveillé et régenté par l'Etat. Cette émancipation apparente signifiait le plus souvent une double charge : travail à l'extérieur, travail à la maison. Les femmes étaient liées à la vie de travail, dans toutes les couches sociales et à tous les niveaux professionnels bien que peu d'entre elles aient accédé aux postes de direction.

 

Actuellement, la fin de l'économie planifiée et les bouleversements économiques qui en découlent, surtout dans l'industrie lourde et l'agriculture, affectent principalement les femmes car elles travaillaient traditionnellement dans ces domaines ainsi que dans les secteurs de la santé et du social qui se sont complètement écroulés.

 

Face au chômage, les femmes ont manifestement moins de chance que les hommes de retrouver du travail. En matière de scolarité et de formation, elles sont également défavorisées. Par contre, si c'est l'homme qui est sans travail, la femme doit être à la fois la ménagère, la mère et le plus souvent la «nourricière » (sous-payée) de toute la famille. Il n'est pas rare qu'elle ait trois ou quatre jobs en plus de celui d'aider sa famille à surnager. Ces changements de rôles auxquels s'ajoutent les problèmes que les hommes eux-mêmes ont à affronter, créent des tensions familiales. Les femmes se sentent souvent seules et complètement surmenées.

 

Si l'on prend le cas de la Pologne, par exemple, le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté s'élevait à 16% en 1989. Il s'élève actuellement à 54% dont une grande majorité de femmes. D'aucuns les encouragent en soulignant que, grâce à la liberté d'entreprendre, désormais acquise, elles peuvent fonder leurs « propres affaires ». C'est faire preuve de cynisme car quel est le pourcentage de femmes qui pourraient y songer? Deux ou trois pour cent, peut-être?

 

LA PROSTITUTION, NOUVEAU FLEAU

 

Comme dans beaucoup de pays de la planète, les femmes des pays de l'Est sont souvent objets de la violence. Celle-ci s'exerce particulièrement dans le domaine de la prostitution qui, depuis la chute du communisme, est devenue un fléau à grande échelle. On estime à quelque 200.000 au moins le nombre de femmes et de jeunes filles « exportées » annuellement jusqu'à nos villes d'Europe occidentale, notamment au port d'Anvers, par les maffias russo-turco-albanaises. Les pays les plus touchés par ce fléau sont l'Ukraine, la Bulgarie, la République moldave, l'Albanie, la Bosnie et la Macédoine.

 

Evidemment ce sont toujours les hommes qui les séduisent ou les achètent, puis les transportent, les revendent, les « consomment ». Ces femmes transitent souvent par Belgrade ou Budapest où on les rode au travail. Elles sont livrées sur place aux soldats de l'Otan (en Yougoslavie) ou, la plupart du temps, expédiées directement en Europe de l'Ouest.

 

Femmes blessées dans leur corps, blessées dans leur dignité d'êtres humains. Esclavage au XXIe siècle.

 

Des ONG s'occupent de la traite des femmes et tentent de s'organiser tant sur les lieux de l'exportation que dans les pays consommateurs. Elles mettent à la disposition des femmes concernées des lignes téléphoniques en relation avec des centres qui travaillent jour et nuit. Elles installent des lieux d'accueil et d'hébergement pour aider celles qui réussissent à échapper à leurs maquereaux ou à leurs bandes organisées.

 

Mais le problème se pose à nouveau quand ces femmes reviennent dans leur région d'origine où, ne pouvant s'appuyer sur aucune organisation locale, elles retombent dans le cercle infernal de la misère. La vraie difficulté qu'elles affrontent, c'est l'indifférence, ici et là-bas, des autorités et de la société civile.

 

ET L’EGLISE DANS TOUT CELA ?

 

Toutes proportions gardées, la situation des femmes est-elle fondamentalement différente à l'Est et à l'Ouest? Pas vraiment. Il ne s'agit pas de reconnaître tel ou tel droit de la femme mais bien de repenser, réévaluer, restructurer les rôles de la famille et de la profession.

 

L'Eglise est-elle suffisamment présente dans ce domaine ? Mises à part quelques exceptions, visibles dans le monde protestant surtout, l'immobilisme semble être redevenu la règle. Le passage de la hiérarchie masculine au « peuple féminin de Dieu » se pose d'une manière analogue à l'Est et à l'Ouest.

 

DES SIGNES D'ESPOIR POURTANT.

 

Même dans les situations difficiles, les femmes mobilisent leurs forces et leurs énergies. Elles développent une créativité qui invente des solutions inhabituelles. Mais surtout, elles croient en leur avenir.

Par son travail, Entraide d'Eglises rencontre beaucoup de ces femmes qui maintiennent courageusement les valeurs humaines et spirituelles, en nourrissent leur entourage et parfois les concrétisent en projets dynamiques que nous avons la chance de pouvoir soutenir.

 

Par exemple: en Bulgarie, le département Jeunesse de la bibliothèque régionale de Roussé - en Lettonie, les éditions Magnificat, Kala Raksti, Magnificat et la revue Christianos - en Lituanie, les Centres catéchétiques de Vilnius et de Panévézis - en Roumanie, l'école de l'association orthodoxe Christiana et la formation permanente des religieuses de Transylvanie.

Sources: Frauen Gestalten in Osteuropa dans la revue Renovabis-Themenheft, février 2002 et Frauen in Mittel-und Osteuropa dans la revue Ost-West Europaïsche Perspektiven n°2, 2002.

 

Mission de femme. Que fallait-il faire?

 

Quelque douze ans après, nous avons presque oublié que le régime communiste en Tchécoslovaquie autorisait seulement quelques prêtres agréés à exercer le ministère et l'interdisait aux autres, réduits par conséquent à la clandestinité. Il interdisait aussi aux religieuses toute activité en tant que religieuses et en avait d'ailleurs emprisonné un grand nombre qui ne pouvaient recevoir que des visites féminines.

 

C'est dans ce contexte que des laïques mariés ont été ordonnés prêtres secrètement, le mariage écartant plus facilement les soupçons de la police communiste.

 

Mais c'est aussi dans ce contexte, pour assurer un ministère sacerdotal auprès des religieuses, que fut ordonnée la sœur Ludmilla Javorova. Fallait-il laisser ces femmes à l'abandon ou leur envoyer l'une des leurs? Et pourquoi pas prêtre? Personne n'a jamais trouvé une raison théologique pour écarter les femmes du sacerdoce. L'argument « cela ne s'est jamais fait » résiste-t-il à des raisons d'urgences pastorales? Ne seraient-elles pas providentielles ?

 

En tout cas, l'expérience qui s'est révélée positive n'a pas été renouvelée.

Pierre Delooz

 

La biographie de Ludmila Javorova a paru sous le titre Out of the Depths - the story of Ludmila Javorova ordained Roman Catholic priest (Crossroad 2007).

Cf The Tablet, 6/10/2001

 

 

Unité des chrétiens

Bientôt la semaine de prière pour l'unité des chrétiens mais...

 

A quand donc, cette unité? Méfiance, envie de garder ou d'étendre son pouvoir, certitude d'être seul à «  posséder » la vérité, manque d'écoute réelle, maladresse... mais aussi pardons demandés, pardons accordés, fraternité et bonne volonté. Frayer un chemin vers l'unité est une entreprise humaine qui s'avère bien laborieuse.

 

ALBANIE

 

Séminaire sur la jeunesse orthodoxe et le service de l'Eglise aujourd'hui

 

Organisé à Durrës, au mois d'août dernier, par la fédération mondiale de la jeunesse orthodoxe, ce séminaire a débattu de problèmes intéressants: le thème des relations Eglises - Etat, gage du maintien de l'unité de l'Eglise et ciment de la nation mais aussi dans certains cas outil politique ou idéologique nationaliste. - Pourquoi, parmi les chrétiens, les orthodoxes sont-ils les moins missionnaires? - La nécessité d'une formation véritablement théologique à tous les niveaux et spécialement chez les catéchistes.

 

Les participants ont constaté la difficulté de se comprendre entre jeunes venant de l'Est et de l'Ouest, étant donné leurs héritages politiques, historiques et socioculturels différents.

D'après Service Orthodoxe de Presse 11/2002

 

BULGARIE

 

Réactions contrastées à la visite du pape

 

Le voyage de Jean-Paul Il en Bulgarie, du 23 au 26 mai dernier, a suscité des réactions contrastées. Si le pape a été naturellement fort bien accueilli par les catholiques (de rite latin ou oriental) qui attendaient sa visite depuis bien longtemps, l'accueil orthodoxe a été plutôt mitigé.

 

Sofia. Palais patriarcal

 

Le saint-synode dont sept membres sur quinze étaient présents aux côtés du patriarche Maxime, a insisté sur le fait que le pape était reçu « en tant que chef de l'Etat du Vatican », à l'invitation des autorités bulgares et des communautés catholiques.

 

Le patriarche Maxime a remercié le pape pour sa « visite de courtoisie ». Il a également exprimé sa reconnaissance pour la possibilité donnée aux envoyés de la nation bulgare de se rendre chaque année en pèlerinage à Rome près de la tombe où repose le corps de saint Cyrille, « homme illuminé par Dieu, égal aux apôtres, évangélisateur des Slaves bulgares ».

 

Il a par ailleurs ajouté ... « Nous ne pouvons passer sous silence le triste événement survenu au milieu du 11e siècle, quand l'Occident s'est détaché de l'Orient. Malgré cela, nous sommes convaincus que l'amour sacrificiel du Christ est puissant et longanime et qu'il attend que tous, nous accédions à la connaissance de la vérité gardée et prêchée par la sainte Eglise orthodoxe » ....

 

Monastère de Rila

 

Le pape y a été chaleureusement accueilli par l'évêque Jan de Dragovitsa, higoumène du monastère. Lors de son discours de bienvenue, celui-ci a notamment déclaré: « Cela fait déjà dix siècles que l'Eglise orthodoxe et l'Eglise catholique romaine sont séparées. Mais, que sont dix siècles quand David le psalmiste nous dit qu'aux yeux de Dieu « mille ans sont comme le jour d'hier qui n'est plus, comme une veille de la nuit » (Ps 89,4)? Le concile Vatican Il a initié un dialogue bénéfique. Maintenant, nous pouvons nous regarder franchement dans les yeux et discuter de questions théologiques, de questions concernant la paix dans le monde, de problèmes sociaux et chercher à réaliser la volonté de notre grand Pasteur : « Que tous soient un »... Votre visite laissera pour toujours un souvenir inoubliable dans les annales du saint monastère de Rila. ».

 

Plovdiv

 

Le métropolite Arsène a assisté à la messe présidée par Jean-Paul Il, au cours de laquelle ont été béatifiés trois prêtres assomptionnistes exécutés par les communistes en 1952.

 

Parmi les commentaires de la presse, alors que les observateurs bulgares notaient que la présence de l'Eglise catholique en Bulgarie dès le début des années 1860 était une action missionnaire menée parmi les orthodoxes, le journal La Croix, (Paris) expliquait la présence des Assomptionnistes en Bulgarie, en 1863, par le fait que « très tôt, ils s'étaient orientés vers l'œcuménisme ».

D'après le Service Orthodoxe de Presse 8/2002

 

RUSSIE

 

Mémorandum sur le prosélytisme catholique. Le patriarcat de Moscou estime que l'attitude de Rome condamne le dialogue à l'échec.

 

Dans une première partie, ce document insiste sur l'illégitimité de la présence catholique sur le «territoire canonique » de l'Eglise orthodoxe russe. Il souligne que la création de diocèses catholiques en Russie, en février dernier, est un acte évident de prosélytisme. Dans une deuxième partie basée sur la presse catholique et les informations des diocèses orthodoxes de Russie, le mémorandum énumère les congrégations et les ordres religieux masculins et féminins qui œuvrent depuis une douzaine d'années en Russie pour souligner que, sous couvert de pastorale, il s'agit tout simplement d'arracher des fidèles à l'Eglise orthodoxe.

 

Les relations entre le Vatican et l'Eglise orthodoxe en Russie se sont nettement tendues depuis février dernier, après l'ouverture de quatre nouveaux diocèses en Russie. Ces relations se sont encore envenimées avec l'annonce de la création, le 13 juillet, de deux nouveaux diocèses catholiques en Ukraine. Le saint-synode du patriarcat de Moscou a publié un communiqué affirmant que cette ouverture de diocèses en Ukraine, « là où il n'y en a jamais eu et où le nombre des fidèles catholiques est insignifiant », constitue un acte de « la volonté du Vatican de poursuivre sa ligne d'expansion missionnaire inacceptable aux yeux de l'orthodoxie ».

 

Tout en reconnaissant le bien-fondé de l'Eglise catholique à s'occuper des populations installées sur le territoire russe et traditionnellement catholiques (Polonais, Baltes, Allemands), le mémorandum de l'Eglise russe lui dénie le droit d'agir auprès des populations de Russie traditionnellement orthodoxes... Les accusations se concentrent sur l'activité sociale des catholiques en Russie: « Sous prétexte de prendre soin des orphelins et des sans-logis, les catholiques (en particulier les congrégations monastiques féminines) font croître de nouvelles générations qui remplaceront les orthodoxes ».....

 

Le mémorandum dresse ensuite une liste détaillée des activités catholiques et des congrégations qui les exercent....

 

« Les reproches du patriarcat de Moscou sont le fruit d'un malentendu »... a répondu le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens... « Si un orthodoxe ou un non-croyant veut devenir catholique, nous ne pouvons pas le repousser, il en va de la liberté religieuse ».

 

L'Eglise orthodoxe russe a rejeté les lettres adressées par le cardinal Kasper en déclarant notamment que « l'attitude de Rome non seulement complique le dialogue mais le condamne à l'échec ».

D'après le Service Orthodoxe de Presse 9/2002

 

ROUMANIE

 

Deux coups de force en sens opposés constituent-ils un droit?

 

Nous avons évoqué plus d'une fois la situation pénible des gréco-catholiques de Transylvanie. Malheureusement, la paix œcuménique n'est pas encore revenue partout dans cette partie occidentale de la Roumanie actuelle.

 

Le 1 er juin 2002, le pape recevait un nouvel ambassadeur de Roumanie au Vatican. Il profitait de l'occasion pour rappeler que la restitution des biens ecclésiastiques confisqués par les communistes en 1948 n'était encore que partielle.

 

Le contexte de cette demande mérite d'être précisé. En effet, le 2 mai 2002 s'était réuni à Sibiu, le synode des évêques orthodoxes de Transylvanie. Il invitait les frères gréco-catholiques à la sagesse. Ils ont déjà récupéré, affirmait-il, quelque cent cinquante églises reprises aux orthodoxes et en ont construit deux cent nouvelles. Proportionnellement au nombre actuel de ses fidèles, l'Eglise gréco catholique a d'ores et déjà retrouvé sa situation d'avant 1948. De plus, beaucoup de gréco catholiques, après quarante ans, sont aujourd'hui redevenus véritablement orthodoxes. Ne faut-il pas en tenir compte? (SOP, juillet-août 2002)

Ce mot redevenus renvoie aux événements de 1700 quand le pouvoir politique (les Habsbourg) obtint du pape la catholicisation plus ou moins forcée de la Transylvanie rattachée à la juridiction de Rome, tout en conservant le rite oriental. Les orthodoxes ont toujours considéré cette mesure comme une injustice, qui aurait enfin été redressée en 1948 grâce au pouvoir politique du moment (les communistes).

 

En fin de compte, deux coups de force en sens opposé constituent-ils un droit ? Et le coup de force le plus récent doit-il faire oublier l'ancien? La question reste ouverte.

Pierre Delooz