Bulletin juin 2002

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Le pape en Bulgarie

 

L'an dernier, à la même époque nous disions ceci: "On sait que le pape voyage beaucoup et ne craint pas d'affronter courageusement des situations délicates". On pourrait redire la même chose aujourd'hui en changeant le nom du pays. Hier, c'était l'Ukraine, aujourd'hui, c'est la Bulgarie, pays très majoritairement orthodoxe lui aussi.

Comme en Ukraine, l'invitation est venue du président et du gouvernement, accusés d'ailleurs de vouloir faire simplement bonne figure face aux pays occidentaux. Le patriarche orthodoxe Maxime, âgé de 87 ans, a finalement accepté, il y a un mois environ, de recevoir le pape et lui offrir « la traditionnelle hospitalité bulgare ».

Une part des difficultés que le pape aura à rencontrer- nous allons en dire un peu plus dans ce numéro- tient à la contestation dont le patriarche a fait l'objet et qui fait encore planer sur l'Eglise bulgare l'ombre du schisme. En tout cas, le pape Jean-Paul II compte bien être présent en Bulgarie pour la grande fête des saint Cyrille et Méthode, ces deux frères grecs qui dotèrent les slaves de leur premier alphabet et qui furent à l'origine de la christianisation de ces peuples.

Le pape procédera aussi, selon son habitude, à la béatification de religieux victimes des communistes bulgares, en 1952; une façon d'honorer la mémoire de milliers de chrétiens (orthodoxes ou catholiques) persécutés pour leur foi sous le régime stalinien.

Quel sera, à plus ou moins longue échéance, l'impact des voyages du pape dans ces pays orthodoxes? Nous pouvons espérer qu'ils finiront par rapprocher les chrétiens dont les divisions constituent vraiment une "contre-évangélisation".

Quoi qu'il en soit, Jean-Paul II est attendu avec impatience par les catholiques (des rites grec et latin), comme on pourra s'en rendre compte, ainsi que de beaucoup d'autres choses encore, dans ce bulletin d'Entraide d'Eglise qui vous emmène pour dix jours en Bulgarie.

Suivez le guide!


BULGARIE

ESPOIRS et DECOURAGEMENTS

TRISTESSE et JOIE de VIVRE

DIX JOURS d'un VOYAGE PASSIONNANT sous l'égide des Sœurs de Sion

Baga Martens

 

La congrégation des sœurs de N.D. de Sion a été fondée à Paris en 1843. A l'origine, vouées à l'enseignement des jeunes, les sœurs ont fondé des écoles là où plusieurs communautés de foi se côtoyaient (notamment en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie, en Afrique du Nord...à Anvers) pour y accueillir des jeunes de religions et de nationalités différentes.

En Bulgarie, elles ont fondé un pensionnat à Roussé en 1897, puis un externat en 1932. Jeunes filles juives et chrétiennes y partageaient la même vie d'étude. Ces deux écoles ont été confisquées par le gouvernement communiste en 1948, et les 52 religieuses (de 11 nationalités différentes) furent chassées du pays.

Manifestement, les sœurs avaient pu créer entre les élèves un sentiment fort de solidarité, un esprit d'ouverture et d'amitié comme en témoignent les nombreuses anciennes qui ont voulu rappeler leur présence à Roussé par l'apposition d'une plaque commémorative à         l'entrée des deux écoles.

C'est donc en leur compagnie que nous avons entrepris ce court voyage organisé par la communauté de Bruxelles, dans un pays cher à leur cœur.

 

VENDREDI 5 AVRIL

 

Balkan Airlines nous dépose à Sofia

 

Nous arrivons vers minuit à Sofia pour loger à l'hôtel Rodina, grand immeuble de 24 étages dans le style communiste bien connu. Nous logerons tous les soirs dans ce genre d'hôtel sinon, paraît-il, nous risquerions des dysfonctionnements de sanitaires. Si certains de ces hôtels sentent encore l'usure due à l'emploi de matériaux trop bon marché, la plupart sont rénovés au moins partiellement. Mais ce qui a changé du tout au tout, c'est la gentillesse du personnel. Le service est empressé et souriant; le client n'est plus l'enquiquineur qui vous fait travailler; non, le client est devenu roi (ou presque!). Tous les repas reçus au cours du voyage étaient présentés avec un grand raffinement esthétique. Ils étaient sains, variés et nous avons pu ainsi apprécier la cuisine bulgare (fromages blancs et yaourts notamment, quel délice!).

 

« Les hôtels sont-ils privatisés?

Oui, mais personne ne connaît exactement les noms des propriétaires ».

 

SAMEDI 6 AVRIL

 

Sofia

 

Nous faisons la connaissance de notre guide Rositsa (rosée) qui nous est déléguée par l'agence Balkantourist. Jeune femme débrouillarde, compétente, érudite, parlant un français impeccable, et de plus... gentille, elle a avec son mari créé une petite entreprise de bus dont elle tient la comptabilité. C'est là son travail principal.

En passant par les vestiges romains puis byzantins (basilique Ste Sophie) de Sofia, Rositsa nous emmène au pôle d'attraction principal de la ville: la cathédrale Alexandre Nevski. De style néo-byzantin, cette cathédrale orthodoxe a été élevée au début du siècle passé par le peuple bulgare pour commémorer les nombreux morts russes et bulgares tombés pendant la Guerre d'Indépendance menée par le tsar de Russie Alexandre Il qui, en 1878, délivra la Bulgarie de cinq siècles d'occupation ottomane (turque). Tout au long de notre voyage nous entendrons parler de ce tournant important pour le pays: "Avant la guerre d'indépendance... après la guerre d'indépendance".

 

L’opinion des gens vis-à-vis des Russes a donc évolué en moins d'un siècle: de véritables libérateurs au 19e siècle, ils ont été progressivement perçus comme dominateurs et oppresseurs durant le régime communiste.

 

La crypte de la cathédrale est devenue le musée d'icônes de la Bulgarie: une collection de chefs-d’œuvre exposés dans un cadre dépouillé incitant à la méditation.

 

Boïana

 

L'après-midi, tout près de Sofia, nous visitons la petite église byzantine de Boïana, une des rares églises non détruite par les Ottomans, dont l'intérieur est décoré de fresques du 13' siècle de toute beauté.

 

Rencontre avec Mgr Christo Proykov, évêque gréco-catholique de Sofia, au siège de l'exarchat

 

La petite église gréco-catholique de Sofia se trouve juste à côté de l'exarchat, belle maison carrée de style bulgare. Le terrain sur lequel elle se trouve avait été confisqué en 1950. Il a été restitué. Une tour a été ajoutée récemment, baptisée tour Jean XXIII en souvenir de ce pape qui, lorsqu'il était encore Mgr Roncalli, fut "visiteur apostolique" en Bulgarie.

 

L'effervescence est grande car on attend la visite du pape, il ne reste plus qu'un mois avant ce grand jour, mais la maison et le jardin sont en chantier. Mgr Proykov, soutane noire et ceinture violette, la quarantaine élégante et sympathique nous reçoit ainsi qu'une dizaine d'anciennes élèves de N.D. de Sion. « Excusez-nous de vous recevoir dans cette petite pièce, mais les autres sont en travaux. Nous sommes tellement contents que le pape vienne chez nous. Pendant cinquante ans nous avons vécu si loin de tout, tellement oubliés! »

 

«  Comment se porte l'œcuménisme en Bulgarie?

 

Vous savez qu'ici, la majorité de la population est orthodoxe or l'Eglise orthodoxe, ces dernières années, passe par une crise. Mais elle en sortira et, de toute crise surmontée, on sort plus fort n'est-ce pas? En tout cas, le 24 mai, jour de fête pour la Bulgarie, le pape sera accueilli par le patriarche Maxime, il l'a enfin annoncé, il y a quelques jours. Demain, dimanche, à la demande du pape, toutes les Eglises prieront pour la paix à Jérusalem et en Terre Sainte. La Bulgarie est un pays de tolérance où cohabitent musulmans, juifs, chrétiens, tsiganes et arméniens.

 

« Qu'avez-vous pu réaliser avec l'argent donné par Entraide d'Eglises ces deux dernières années?

 

Nous avons terminé l'histoire de l'Eglise catholique (grecque et latine) en Bulgarie. C'est un travail de mémoire important pour notre pays. Ce livre a été traduit en italien et sera offert au saint père lors de sa rencontre avec des intellectuels bulgares. Nous avons traduit et réuni en un seul volume les trois encycliques sur l'unité: ce volume sera également offert au pape. Comme nous vous en avions parlé, nous continuons à rassembler tout ce que nous trouvons comme documentation sur l'histoire de l'Eglise gréco-catholique ces 50 dernières années mais il est encore trop tôt pour en faire une publication car nous risquerions de blesser des sensibilités; le sujet est encore trop chaud.

Lors de la venue du saint père, trois religieux seront béatifiés. Ils avaient été fusillés par les communistes en 1952 en même temps que l'évêque latin, déjà béatifié en 1998. Ces trois prêtres martyrs, venus de trois diocèses du pays, représentent les deux rites catholiques (latin et byzantin). Leur béatification commune revêt pour nous une importance particulière »

 

L'évêque adresse encore ses remerciements émus à l'Amicale pour la Bulgarie et à Entraide d'Eglises pour l'aide apportée, précieuse et appréciée. Il nous invite ensuite à la messe du soir célébrée, comme il se doit, en rite oriental avec de puissantes voix d'hommes et de femmes et beaucoup de baisements d'icônes.

 

DIMANCHE 7 AVRIL

 

En route vers Plovdiv. Le monastère de Rila (120km de Sofia)

 

Trois anciennes élèves de N.D. de Sion, bulgares, habitant Sofia nous accompagneront durant les huit jours de voyage. Vesca, Franca et Lilia seront pour nous une compagnie agréable ainsi qu'un atout appréciable pour la connaissance du pays. Nous partons à dix-sept en car.

 

La banlieue de Sofia offre un aspect assez lamentable: immeubles délabrés, terrains vagues, détritus partout. Ces bouteilles et sacs de plastic qui s'envolent au gré du vent, nous les retrouveront malheureusement bien souvent au bord des routes et dans les plus belles campagnes dès qu'on se rapproche un peu des habitations. Dire qu'il y a trois ans, les sacs en plastique étaient encore une denrée rare et recherchée!

 

A présent, la route grimpe par les forêts de sapins et de bouleaux pour arriver au monastère de Rila (1100m d'altitude), fondé au 10' siècle, reconstruit au 19', haut-lieu de la culture bulgare, patrimoine universel de l'Unesco, superbe. Les fresques extérieures (19e) encore très fraîches, car protégées par des galeries couvertes, évoquent avec réalisme le combat du bien et du mal sous toutes ses formes. Il fait un froid humide et glacial. Notre guide nous avait prévenus: « Les moines ne sont pas accueillants, je trouve que ce n'est pas bien pour des moines ». Heureusement, l'expérience négative de Rositsa n'est pas universellement partagée.

 

En route vers Plovdiv, nous devons franchir un col dans la chaîne des Balkans mais plus nous montons, plus la neige devient épaisse et la route glissante. Le camion qui nous précède patine et se bloque. Il n'y a plus qu'une solution: redescendre en marche arrière pendant plusieurs kilomètres, ce que fait le chauffeur lentement mais sûrement tandis que dans l'autocar règne un silence éloquent. Nous arrivons à Plovdiv après un grand détour.

 

LUNDI 8 AVRIL

 

Plovdiv, deuxième ville du pays

 

Ancienne cité thrace, Plovdiv a été construite sur sept collines. Un tremblement de terre l'a secouée la veille de notre arrivée, ce qui n'est pas exceptionnel dans cette région! Récemment, un grand théâtre romain du 2e siècle a été découvert au centre de la cité. Sur une des sept collines, tout un quartier de ville du 19e siècle est soigneusement conservé avec de vastes maisons carrées aux couleurs méridionales. A côté de notre hôtel, dans la rue piétonnière, de beaux magasins s'alignent comme une longue vitrine de produits occidentaux. « Vous voyez, nous dit un homme d'une soixantaine d'années, ils n'osent pas afficher les prix aux étalages et ils ont raison (une belle chemise d'hommes= presque un mois de son salaire).

 

Mais qui peut acheter tout cela?

 

Les anciens communistes bien sûr, et leurs enfants. Ils ont volé le pays, ils ont vidé les caisses de l'Etat

 

Et la justice, que fait-elle?

 

La Justice?... »

 

Le monastère de Bachkovo

 

La plaine de Plovdiv est une région fertile mais beaucoup de terrains semblent laissés en friche. Les terres confisquées par le régime communiste ont pu être récupérées mais qu'est-ce qui appartient à qui? Qui a envie de retravailler la terre, avec quel matériel? Ah! Une usine qui a l'air moderne: c'est la brasserie Kamenitza (belgo-bulgare?).

 

Quoi qu'il en soit, nous arrivons bientôt au monastère de Bachkovo, joyau architectural dans un site naturel de toute beauté. Fondé au 11e siècle, restauré au 17e puis au 20e siècle. Les fresques détaillent avec insistance le sort peu enviable des riches avares dans l'au-delà. Une intéressante fresque du 17e siècle montre cinq philosophes grecs de l'antiquité ayant la même importance que les apôtres car ils ont également participé au développement de l'humanité. Nous reverrons plusieurs fois cette association des philosophes grecs aux apôtres (influence du Mont Athos?).

 

Dans la cour, des agneaux apportés en offrande par des fidèles attendent d'être offerts en sacrifice. La Pâques orthodoxe est toute proche. Un vieux moine se profile et disparaît.

 

Le soir, rencontre avec Mgr Gheoghi Jovcev, évêque catholique latin de Plovdiv-Sofia

 

Mgr Jovcev est jovial et direct. Il nous reçoit dans son bureau et commence à nous parler longuement de tous les problèmes de constructions, de réparations, de récupération des biens de son église.

 

« Monseigneur, nous comprenons votre souci en ce qui concerne les bâtiments, pouvez-vous aussi nous parler de vos autres préoccupations, d'ordre pastoral, par exemple?

 

La priorité pour nous, ce sont les bâtiments car sans bâtiments, il n'y a pas moyen de réunir les gens, on ne peut quand même pas les réunir dans des prairies!

 

Les réunir dans quel but par exemple?

 

D'abord pour l'eucharistie, dans les lieux de culte. N'oubliez pas que nous avons subi 50 ans de communisme. Il faut débarrasser les gens de la peur, leur réapprendre à venir librement au culte. Sous les communistes, oui, les églises étaient ouvertes mais il y avait toujours un espion pour noter qui y entrait. Il faut aussi réapprendre aux gens à être responsables. Ils doivent comprendre qu'il est temps de donner et non plus uniquement de recevoir comme ils y ont été habitués, et que ceux qui ont reçu le plus doivent donner le plus.

 

Y a-t-il une catéchèse pour les enfants?

 

Oui, il y a catéchèse dans l'église et nous essayerons, si la catéchèse est autorisée à l'école, qu'elle reste entre les mains des prêtres.

 

Des laïcs sont-ils formés pour la catéchèse? (la réponse reste vague)

 

Nous commençons, pour les couples, les Equipes Notre-Dame, sur le modèle de Paris. Ici, on ne peut pas se marier, sans préparation. Nous sommes également confrontés au problème des mariages entre orthodoxes et catholiques ce qui conduit à un œcuménisme de fait.

 

Vos relations avec les orthodoxes sont-elles bonnes?

 

Elles sont en voie d'amélioration. Par exemple, pour mon jubilé de 25 ans de prêtrise, c'est le métropolite orthodoxe qui a prononcé l'homélie. Pourtant, on ne peut nier qu'il y ait dans l'Eglise orthodoxe un certain conservatisme ».

 

L'évêque a regardé avec intérêt l'affiche réalisée il y a 2 ans par Entraide d'Eglises avec une photo du grand "Christ dansant" placé devant sa cathédrale. Il s'est montré très intéressé par l'idée que nous puissions l'aider éventuellement par l'octroi d'une bourse d'études à un jeune désirant enseigner la religion.

 

Visite à la Caritas de Plovdiv

 

Installée dans de tout nouveaux bâtiments, à côté de l'évêché et de la cathédrale St Louis-des-Français, la Caritas de Plovdiv fut la première à se mettre en place en Bulgarie, en 1991. Tous les travailleurs y étaient bénévoles jusque l'année dernière où une jeune et pimpante "déléguée administrative" a été nommée, appointée par Caritas International. Trois prêtres ont également été nommés responsables pour remplacer les laïcs en place: "Ils habitent à 50 km d'ici, comment pourraient-ils travailler efficacement "? nous dit avec regret Mr Parapanov, l'ancien président.

 Au début, l'aide offerte par Caritas ne s'adressait qu'aux seuls catholiques et consistait en distribution de vivres et de vêtements. Aujourd'hui, l'aide s'adresse à tous sans distinction de religion mais selon des critères de nécessité plus sévères afin d'éviter les abus. Elle consiste principalement en distribution de médicaments et de soins médicaux. Quotidiennement, une bonne soixantaine de personnes fréquentent le centre médical où travaillent à tour de rôle une dizaine de médecins bénévoles. Une cantine sociale a été montée et des repas chauds sont portés chaque jour chez 38 personnes âgées.

 

« Comment les orthodoxes qui n'ont pas de service équivalent, considèrent-ils cette organisation?

 

Nos rapports sont excellents, nous dit la responsable. Plusieurs bénévoles sont orthodoxes, d'ailleurs l'évêque lui-même vient chercher des médicaments chez nous! »

Partout ce problème de médicaments impayables. Or une loi vient de stipuler que tous les modes d'emploi doivent être écrits en bulgare! L’Amicale d'Entraide pour la Bulgarie a cependant pu déposer les paquets rassemblés en Belgique et en France, ils ont été les bienvenus.

 

Nous quittons cette Caritas vivante et dynamique. Dans deux jours, nous visiterons la Caritas de Roussé qui nous exposera pratiquement les mêmes problèmes auxquels elle apporte à peu près les mêmes solutions.

 

MARDI 9 AVRIL

Veliko Ternovo (190 km).

Croisés, Turcs, Saxe-Cobourg-Gotha

 

Petite ville bâtie à flanc de coteau, capitale moyenâgeuse de ce qui fut la Grande Bulgarie, Veliko Ternovo n'a presque pas été défigurée par les constructions soviétiques. Les croisés sont passés par là et l'on peut voir la tour où Baudouin de Flandre (empereur de Constantinople) serait mort emprisonné. Plus qu'ailleurs peut-être, les exactions commises par les Ottomans ont imprégné la mémoire collective « Ils ont supprimé toute notre élite, c'est pour cela qu'en 1878, quand fut réuni, ici-même, le premier parlement bulgare, nous avons dû faire appel à des princes étrangers [Battenberg, puis Saxe-Cobourg-Gotha) pour monter sur le trône de notre nouvelle principauté. »

 

A l'entrée de la forteresse médiévale, un jeune couple a trouvé une idée géniale pour gagner un peu d'argent: les touristes sont invités à se déguiser en croisé, à grimper sur un cheval fringant (fabrication maison) et à poser pour la postérité sur fond de forteresse authentique. Chaque photo se paie 2 levas (40 BEF). Nous n'avons pas résisté à cette invitation qui nous a procuré un long moment d'hilarité totale. Il suffit parfois d'avoir des idées!

 

MERCREDI 10 AVRIL

 

En route pour Roussé (l00 km), sur le Danube.

 

A quelques kilomètres de Veliko Ternovo, la petite église d'Arbanassi construite au 16e siècle, sans clocher pour ne pas attirer l'attention des Turcs, renferme quatre salles décorées de fresques de toute beauté. Que de merveilles secrètes dans ce pays! Malheureusement les photos sont souvent interdites et les cartes postales presque inexistantes. Pas de livres non plus pour faire valoir ce patrimoine.

 

Le déjeuner de midi se prend dans un ancien palais présidentiel cinq étoiles, construit au temps du communisme, transformé à présent en hôtel-restaurant panoramique, puis nous reprenons la route.

 

Le paysage est légèrement vallonné, animé par de nombreux troupeaux de chèvres ou de moutons.

Peu avant Roussé, nous faisons un détour par une vallée asséchée.

 

Dans les rochers qui la bordent, d'innombrables trous ont été creusés par l'eau. C'est là que vivaient au Moyen-âge des ermites, courageux sans doute. C'est là que nous découvrons, perchée à 35 mètres, une des nombreuses églises rupestres de l'endroit, (Ivanovo) décorée une fois encore de fresques originales (14e s.) aux couleurs douces et chaudes, un bonheur.

 

Nous arrivons enfin à Roussé et descendons à l'Hôtel Riga qui jouit d'une vue panoramique sur le Danube. De ce côté du fleuve, la Bulgarie, sur l'autre rive, la Roumanie. Roussé est le principal port fluvial du pays mais, en trois jours, nous n'avons vu aucun mouvement sur le Danube. Il est vrai qu'en amont, dans la Yougoslavie proche, le pont de Novi Sad, bombardé par les forces de l'Otan il y a plus de trois ans, obstrue toujours paraît-il la circulation des bateaux. Même immobilité sur le fameux Pont de l'amitié, seul passage entre l'Europe du Sud et du Nord-est. Là, nous dit-on, les files sont interminables avant et après le pont car les formalités de passage sont lourdes et les camions passent au compte-gouttes.

Dans certains quartiers de Roussé, la ville a entrepris une campagne de rénovation "Roussé la belle" et on peut imaginer, malgré quelques coups de poings communistes dans le paysage, ce que pourrait redevenir cette ville si elle était bien entretenue.

 

JEUDI 11 AVRIL

 

Roussé: l'Ecole technique de Commerce et d'Economie

 

Journées importantes aujourd'hui et demain. Il s'agit d'inaugurer la plaque commémorative de la présence des sœurs de N.D. de Sion jusqu'en 1948, dans leurs deux écoles.

 

Il est 10 heures, les anciennes élèves arrivent de toute part; ce sont elles qui ont demandé l'apposition de ces plaques. Retrouvailles émues sous le regard amusé des élèves actuels, filles et garçons. Cet établissement fut donc depuis 1932 l’externat Sancta Maria, école primaire et secondaire pour jeunes filles de différentes nationalités et religions. Il a été fermé en 1948 par le gouvernement communiste et transformé immédiatement en gymnase commercial.

 

On y dispense aujourd'hui des cours d'économie et de gestion à 700 étudiants du cycle secondaire (14 à 18 ans). Les locaux de l'école ne pouvant accueillir tous les élèves, ceux-ci sont partagés en deux groupes qui suivent les cours, soit le matin, soit l'après-midi. L’allemand et l'anglais sont les langues obligatoires pour tous. Les études sont gratuites. La directrice nous dit avec fierté que, sur les 120 élèves terminant leurs études chaque année, depuis 7 ans, une moyenne de 110 sont acceptés à l'université.

 

Trouvent-ils du travail après leurs études?

 

Ceux qui arrivent à créer une petite entreprise, oui; pour les autres, il n'y a pratiquement pas de travail."

 

Nous entrons dans la classe d'anglais des élèves de quinze ans; une vingtaine de garçons et filles, enchantés de nous voir se lèvent et nous saluent par de grands sourires. Echanges in English. Le professeur, une femme sympathique, nous dit à quel point elle souhaiterait pouvoir jumeler cette classe avec une autre classe d'Europe occidentale.

 

Mais il est temps de nous quitter car de l'autre côté de la rue, un déjeuner nous attend dans une grande salle de restaurant où sont réunies une cinquantaine d'anciennes élèves de N.D. de Sion. Moments d'émotions et d'échanges sur la vie parfois bien dure menée durant ces cinquante dernières années en Bulgarie.

 

La Bibliothèque régionale Luben Karavelov*

Karavelov: écrivain du 19' siècle, démocrate, féministe et anticlérical.

 

C'est sous la houlette de Madame Kalinova, directrice, que nous faisons la visite des différentes salles de cette institution modestement aidée par Entraide d'Eglises et par l'Amicale pour la Bulgarie. Quarante-cinq personnes y travaillent à raison de 40 heures par semaine. « C'est surtout mon mari qui gagne l'argent de notre couple, nous dit Théodora Stoyanova, la jeune coresponsable du département français, car il a une petite entreprise de faux plafonds ». Justement le plafond de la grande salle des livres d'arts s'est effondré et il attend sa restauration depuis sept ans!

 

Le département des livres en langues étrangères est bien fourni en livres anglais et surtout en livres allemands offerts par la Deutsche Bibliothek. Par contre, les rayons français font figure de parents pauvres car « l'Alliance Française nous soutient mais uniquement moralement ».

 

De grandes salles de lecture offrent livres et revues en consultation grâce à un fichier électronique. C'est là entre autres que viennent s'informer des dernières nouveautés, médecins et hommes de sciences. Pas de département religieux dans cette bibliothèque si ce n'est, peut-être, par le biais des livres d'art.

 

Les deux salles destinées aux enfants sont particulièrement attachantes. Il s'y prépare pour le mois de mai une merveilleuse exposition de peintures réalisées par les enfants des ateliers.

 

Si Entraide d'Eglises soutient depuis plusieurs années cette bibliothèque, c'est parce qu'elle constitue un outil de travail indispensable pour beaucoup d'étudiants ainsi qu'une possibilité de développement intellectuel et de délassement pour une partie de la population. Il faut dire que, même si le prix des livres n'est pas exorbitant, peu de personnes peuvent se permettre d'en acheter.

 

La bibliothèque crée également toute une animation pour les enfants ce qui est précieux car, depuis la fin du communisme, rien n'a remplacé les mouvements de "pionniers" aux petits foulards rouges. Plus rien pour les jeunes. A quand, par qui et comment l'implantation de scouts, de guides et autres? Ici, bien plus que chez nous ce sont les jeunes qui seront capables de donner une orientation nouvelle au pays.

 

VENDREDI 12 AVRIL

 

Roussé. Le gymnase de langues Guéo Milev*

*Guéo Milev (1895-1925): poète, s'efforça de rénover la culture nationale.

 

Beau bâtiment dans un quartier aéré et propre, aux larges avenues plantées de tilleuls et de marronniers relativement jeunes. Vert tendre des jeunes feuilles contrastant avec les troncs très noirs, cerisiers et pruniers en fleurs, premiers rayons de soleil... c'est le printemps. La foule attend devant la porte de ce qui fut le pensionnat de ND de Sion de 1897 à 1948: ce sont des anciennes élèves (de 60 à 90 ans], des filles ou petites filles d'anciennes. Toutes ont appris le français et le parlent encore fort bien malgré le manque de pratique. Comité d'accueil formé de professeurs et d'élèves des classes de français, garçons souriants portant des bouquets de tulipe d'un air un peu gêné.

 

Discours et chants, on dévoile la plaque commémorative sous les flashes des photographes de la télévision et de la presse locale. Nous entrons ensuite à l'intérieur de l'école dont les anciennes venues parfois de très loin (Chicago ou Jérusalem) retrouvent avec émotion les locaux, le magnifique jardin. Les étudiants d'un cours d'anglais nous voient passer dans le corridor et nous invitent à entrer dans leur classe. A 15 ans, ils parlent déjà très bien et sont enthousiastes de leur professeur (une femme effectivement fort sympathique). Nous avons droit ensuite à un spectacle dans une salle du sous-sol (surchauffée évidemment) où six élèves nous interprètent, en français, avec beaucoup d'humour et une mise en scène étudiée, l'histoire du Petit Chaperon Rouge.

 

Les contacts avec les élèves sont simples, chaleureux; ils sont désireux de communiquer mais sans avidité excessive. Plusieurs nous demandent ce que nous pensons de leur pays et sont heureux d'entendre des réflexions positives. La "grand-mère du petit chaperon rouge" partira l'année prochaine étudier l'architecture près de Paris. Reviendra-t-elle au pays après ses études? « Je l'espère, nous dit une des filles. L'an passé, sur les 26 élèves de la classe terminale, 7 ont émigré. C'est dommage pour notre pays! »

 

Accompagnés jusqu'à l'hôtel par plusieurs élèves, nous quittons à regret ces adolescents en pensant combien sont favorisés la plupart des jeunes de chez nous.

 

Chez les catholiques latins de Roussé

 

A 18H30, nous assistons à la messe quotidienne à la cathédrale catholique latine. La cathédrale, une petite église néo-gothique est le siège de l'évêque de Roussé que nous ne rencontrerons pas malgré ce qui avait été prévu. Le père Walter, curé de la paroisse le remplace. Il est italien comme son nom ne l'indique pas et père passionniste assez jeune, souriant, entreprenant. L'église est glaciale, mais l'assistance est fervente. Une jeune sœur, italienne elle aussi, accompagne à la guitare de très belles mélodies. Avant la communion, le père Walter dit aimablement que seuls sont invités à la sainte table les catholiques latins (romskys) qui se sont confessés. L'Ave Maria de Gounod joué à l'orgue nous est offert en guise de méditation finale, après quoi, le père Walter nous invite pour un échange avec lui dans le petit local attenant à l'église et tout aussi glacé que celle-ci. Il n'arrête d'ailleurs pas de tousser car il s'est refroidi en travaillant dehors (toujours la visite du pape!) et l'on voit que les deux femmes qui l'accompagnent s'inquiètent pour sa santé.

 

Le père Walter nous parle des réalisations sociales de la paroisse: repas chauds qui sont quotidiennement distribués à 25 personnes âgées par le chauffeur du petit bus paroissial, l'occasion de leur apporter un petit réconfort matériel et moral (toujours ce problème des pensions misérables!). Il a également mis sur pied un mini-atelier de couture et six machines à coudre toutes neuves permettent aux pensionnées de se retrouver au chaud pour réparer des vêtements usagés et améliorer ainsi leur maigre pension. Il voudrait également faire donner des cours de coutures à des jeunes filles qui pourraient de ce fait sortir du chômage.

 

Le père Walter semble très intéressé par la proposition d'Entraide d'Eglises de l'aider en matière de pastorale, soit pour la formation de catéchistes (par l'octroi de bourses), soit en lui procurant le matériel catéchétique qui fait cruellement défaut. Une catéchèse pour les enfants a lieu le dimanche et pour les adultes, elle se pratique au gré des rencontres et des contacts individuels. Le père Walter va réfléchir à ces propositions et nous envoyer une demande concrète.

 

SAMEDI 13 AVRIL

 

Roussé, visite à l'orphelinat "Dom Nadejda" (Maison de l'espérance)

 

Dans la banlieue de Roussé, au centre d'un quartier fort délabré, peuplé de tsiganes, nous arrivons à l'orphelinat "Dom Nadejda", long bâtiment gris où sont accueillis une cinquantaine d'enfants de 3 à 8 ans. Nous sommes attendus dans la grande salle surchauffée pour un spectacle... et les enfants entrent les uns derrière les autres, bien disciplinés, bien habillés... petites mines pâlottes et inquiètes ou visages pleins de sourires et de bonne humeur. Ils sont tous assis sur leurs mini chaises et le spectacle peut commencer. C'est le ravissement: une dizaine d'enfants en costume national vont chanter, réciter des poèmes, danser au son de l'accordéon des danses bulgares aux rythmes irréguliers, si compliqués pour nous et si naturels pour eux. Les jeunes spectateurs participent en frappant des mains. La musique opère sa magie, tous ou presque ont l'air heureux. Quelques-uns, pensifs, un peu ailleurs, se laissent prendre passivement sur les genoux, d'autres nous tendent les mains et bavardent… Mais déjà l'heure de la rencontre est terminée. Le cœur serré et l'émotion au bord des yeux, nous devons leur dire adieu.

La directrice nous invite alors dans son bureau et répond à nos questions.

 

« D'où viennent ces enfants?

 

Ce sont des enfants abandonnés par leurs parents, soit placés par le juge, soit amenés par la police, des orphelins parfois, des enfants dont les parents sont malades psychiquement ou physiquement. Il y a peu d'enfants de filles-mères car actuellement, le gouvernement aide celles-ci à pouvoir élever leurs enfants.

 

Le personnel?

 

Douze femmes ayant normalement une formation de psychologue, de pédagogue ou de logopède, assistées par quatre étudiants bénévoles (les enfants sont divisés en quatre unités de douze).  Les enfants de sept-huit ans, qui doivent intégrer l'école communale comme tous les enfants de leur âge, sont assistés par trois enseignants bénévoles.

 

Que deviennent ces enfants quand ils ont l'âge de huit ans?

 

Soit ils sont adoptés par une famille occidentale ou par une famille bulgare (50% des adoptions), soit les parents veulent les reprendre et ils reçoivent dans ce but des rudiments d'éducation, soit ils passent dans un second orphelinat pour filles ou pour garçons.

 

Qui assure les frais de fonctionnement de l'orphelinat?

 

L'Etat contrôle toute l'activité et assure le traitement du personnel, les médicaments et un minimum de nourriture. Pour le reste: eau, électricité, assurances, vacances, il faut se débrouiller. Des sponsors étrangers (belges et français notamment) ont heureusement pris en charge jouets, matériel pédagogique, vêtements, machine à laver, télévision, un camp de vacances par an et un supplément nutritionnel bien nécessaire.

 

Nous terminons cette visite émouvante, rassurés par la recommandation proposée en grandes lettres à l'entrée du bâtiment : "Acceptez-nous tels que nous sommes et faites de nous ce que chacun de nous doit être" (un pédagogue géorgien).

 

Gabrovo-Alost. Vive les femmes!

 

En tout cas vive les femmes comme Madame Bacheva! En effet, l'aventure vécue par la petite ville de Gabrovo est en grande partie due à son dynamisme et à son enthousiasme. Voici comment: il y a quelques années, les villes d'Alost et de Gabrovo se sont jumelées car elles ont toutes deux un carnaval célèbre, l'une avant Pâques et l'autre en mai. De là sont nées toutes sortes de rencontres et de relations personnelles ou de groupes, amicales ou professionnelles (échanges entre l'Hôpital d'Alost et celui de Gabrovo entre autres) en lien avec la ville d'Alost et l'Association Marcel Bischoff. Pendant les vacances de Pâques de cette année des professeurs flamands sont venus donner, en anglais, des cours de gestion d'entreprise, à des membres de petites entreprises et des commerçants de Gabrovo, afin de les aider à travailler en import-export. Un exemple à multiplier!

 

DIMANCHE 14 AVRIL

 

Retour vers Sofia

 

Nous repassons la chaîne des Balkans aux sommets toujours couverts de neige, nous visitons au passage un tombeau thrace (IVe siècle avant J.C.) et traversons les champs de roses qui seront bientôt en fleurs. Les troupeaux de chèvres sont toujours aussi bucoliques, la route toujours aussi mauvaise. Nous arrivons vers 17 heures à Sofia, juste à temps pour la messe.

 

Le soir, messe à l'église latine de Sofia

 

L'église est en fait un ancien très grand salon, bien aménagé, pouvant accueillir une centaine de personnes, avec un autel surélevé, une grande statue de N.D. de Lourdes, d'autres statues et images pieuses. Grand Dieu! Comme tout ce qui est importé de l'Occident paraît mièvre et fade en comparaison de la beauté des icônes dans les églises orthodoxes! Mais que faire? Catholique romain n'égale pas orthodoxe!

 

L'ambiance est chaleureuse et même surchauffée par le chauffage central (collectif sans doute). A la fin de la messe, le prêtre rappelle les répétitions de la chorale en préparation de la visite du pape. "II posera peut-être la première pierre de notre nouvelle église!

 

Une nouvelle église? C'est vraiment nécessaire?

 

Mais oui, puisque celle-ci n'est qu'un ancien salon !"

 

LUNDI 15 AVRIL

 

Visite à la synagogue de Sofia

 

Ce sera notre dernière visite en Bulgarie. La synagogue de Sofia est située au centre de la ville, tout près de l'église catholique, de l'église orthodoxe et de la mosquée, "preuve de notre tolérance interreligieuse", nous dit la guide. C'est une des plus grandes synagogues d'Europe. Nous y sommes accueillis par le "chantre", tandis que quelques dames s'affairent à ranger les rideaux brodés recouvrant d'habitude la Torah.

 

"Avant la guerre de quarante, nous explique notre hôte, la communauté juive comptait 50.000 membres. Il en reste environ 5.000 actuellement pour tout le pays. Pendant la guerre, bien que la Bulgarie ait fait alliance avec l'Allemagne nazie, le pays a refusé de livrer les juifs. Cependant, en 1940, des lois antisémites furent promulguées: défenses d'exercer des professions libérales, de faire du commerce, de faire des études, travail obligatoire en été, à la campagne. En 1943, il y eut des velléités de déportations de juifs par train. Le roi Boris III (père de Siméon) protesta énergiquement de même que le nonce, Mgr Roncalli (futur Jean XXIII), et les métropolites de Sofia et de Plovdiv. Ces derniers ont d'ailleurs été reconnus comme "Justes parmi les nations" au monument lad Vashem à Jérusalem. Après la guerre (1947 ou 48), environ 90% des juifs restés en Bulgarie ont émigré en Israël. Durant la période communiste, l'entrée à la synagogue était interdite. Actuellement, les prières ont lieu le vendredi soir et le samedi. Une cinquantaine de personnes de tous âges y participent".

 

En conclusion: "la Bulgarie vers l'Union Européenne,

un effort continu et persévérant". (*)

(*) Selon le titre du livre de François Loncle.

 

C'est vrai sans doute, mais les gens semblent n'avoir plus vraiment le moral. "Quand sortirons-nous du tunnel ? Combien de générations sacrifiées? L'ex roi Siméon, il a fait beaucoup de promesses mais on en entend plus parler et la vie est plus difficile qu'avant surtout pour les personnes âgées, les malades, les handicapés. Evidemment on a la liberté de parler, c'est beaucoup, mais bien des gens l'oublient"!

 

Comment pouvons-nous aider?

 

Sans doute surtout en essayant de - nouer des contacts, jumelages de classes, d'écoles, de centres d'intérêt communs. A ce propos, le jumelage entre Alost et Gabrovo est exemplaire. Le tourisme aussi, peut-être pas en solitaire à cause de la langue, mais pourquoi ne pas former un petit groupe (avec Rositsa comme guide!)?

 

Survol historique de la Bulgarie

 

Le territoire occupé par l'actuelle République de Bulgarie, c'était la Thrace de "Antiquité, devenue un pays grec avec Alexandre le Grand et donc ensuite partie de l'Empire grec de Byzance.

 

Au VI' siècle après Jésus-Christ, surviennent les invasions barbares que l'Empire byzantin combat - un des empereurs sera surnommé le Bulgarochtone (le tueur de Bulgares) - mais dont il dut finalement s'accommoder.

 

C'est à la fin du 9' siècle que la Bulgarie devient chrétienne sous l'impulsion des deux missionnaires grecs Cyrille et Méthode. Ils mettent au point l'écriture cyrillique qui sera étendue par la suite à la Russie. Ils traduisent la Bible en langue slave. La Bulgarie accède dès ce moment à la culture.

 

Après quelques décennies d'indépendance brillante, la domination byzantine se manifestera de nouveau de 1018 à 1186. Puis un second royaume bulgare prendra ses distances jusqu'à l'arrivée des Turcs ottomans qui, eux, resteront au pouvoir pendant            cinq siècles.

 

Les Bulgares furent délivrés des Turcs par les Russes en 1878, ce dont ils leur furent toujours reconnaissants.

 

En 1908, ils proclamèrent leur indépendance et Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha se fit sacrer tsar des Bulgares. La première guerre mondiale les trouva au côté de l'Allemagne.

 

C'est encore au côté de l'Allemagne qu'ils se trouveront pendant la seconde guerre mondiale, mais c'était l'Allemagne nazie (qui, heureusement, n'obtint pas la déportation des juifs). Ils seront libérés une fois encore par les Russes en 1944 et se retrouvèrent ainsi partie d'une République populaire, c'est-à-dire communiste.

 

En 1989, le communisme est entraîné par la chute de l'URSS. En 1996 et 1997, l'Union des Forces démocratiques remporte les élections. La Bulgarie fait des efforts considérables et est candidate à l'adhésion à l'Union Européenne et à l'OTAN. Comme les autres pays candidats à l'élargissement, la Bulgarie reçoit une aide de l'UE pour le cofinancement de projets de modernisation.

 

En juin 2001, les Bulgares élisent comme premier ministre l'ex-tsar Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha. Ses propriétés, confisquées lors de son expulsion du pays en 1946, lui sont rendues.

 

En novembre 2001, Gueorgui Parvanov, ex-communiste, président du parti socialiste, est élu président de la République. Le nouveau gouvernement est entré en fonction en janvier 2002, pour une durée de 5 ans. Un travail immense l'attend pour le redressement économique du pays.

 

 

La crise dans l'Eglise orthodoxe bulgare

 

L'Eglise orthodoxe bulgare compte aujourd'hui environ six millions de fidèles répartis en 12 diocèses et environ 2.600 paroisses desservies par quelque 1500 prêtres. Elle dispose de deux facultés de théologie (Sofia et Veliko Ternovo) qui font partie des universités d'Etat, ainsi que deux séminaires (Sofia et Plovdiv). Les monastères sont au nombre de 120 mais les vocations y sont peu nombreuses.

 

L'Eglise orthodoxe de Bulgarie a tenu, le 17 décembre dernier, un concile général afin d'examiner les graves problèmes qu'elle connaît actuellement. Elle a en effet du mal à sortir de l'ère communiste puisqu'aux difficultés que connaissent le renouveau de la vie pastorale et la formation théologique, s'ajoute un conflit complexe qui, depuis 1992, oppose adversaires et partisans du patriarche Maxime, primat de l'Eglise bulgare, élu en 1971 avec l'aval des autorités communistes. Un autre patriarche avait été élu en 1992 en la personne du métropolite Pimen. Sa mort, en 1999, n'a pas mis fin au schisme pas plus que l'intervention à plusieurs reprises du patriarche œcuménique Bartholomée 1er. Un nouvel espoir de voir résoudre prochainement ce conflit est apparu avec l'arrivée à la tête du gouvernement, en juillet 2001 de l'ex-roi Siméon II qui a clairement apporté son soutien au patriarche Maxime et au saint-synode.

D'après le Service Orthodoxe de Presse. Paris 2/2002

 

Quelques chiffres

 

Superficie:

110.911 km2 (Belgique: 30.513 km2)

 

Population en 2000:

8,1 millions

Diminution sensible de la population depuis quelques années, due à l'émigration et au nombre plus élevé de décès que de naissances.

 

Langues:

bulgare,(écriture cyrillique), turc.

 

Religions:

· Orthodoxes: 7,5 millions

· Musulmans: 1 million (d'origine turque pour la plupart]

· Catholiques latins et byzantins: 70 à 100.000

· Juifs: 5.0000

· Protestants: peu nombreux.

 

Pouvoir d'achat

Standard de Pouvoir d'Achat.

· Belgique: 25.000

· Ensemble des quinze pays de l'U.E.: 22.500

· Roumanie: 5.700

· Bulgarie: 4.700

*Source: Commission européenne. 2000

 

1 leva = 20 BEF ou 1/2 Euros

 

Pension mensuelle d'un retraité :

80 à 90 levas

Salaire mensuel d'une personne active:

160 à 300 levas

Loyer mensuel d'un appartement 2 chambres, centre ville:

40 levas

1 litre d'essence:

1,50 levas

1 Kg pommes de terre:

0,30 levas

1 L de lait:

0,40 levas

1 pain:

0,60 levas