Bulletin mars 2002 

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L'Europe du Centre, à l'époque du Congres de Berlin (1885-1887)  L'Europe Centrale aujourd'hui

 

 

LIGNE DE PARTAGE IMAGINAIRE

OU ZONE DE DIVERSITE ET DE RICHESSES RELIGIEUSES?

 

Au centre de l'Europe, autrement dit entre la Russie et l'Union Européenne, y aurait-il, comme certains le pensent, une ligne de partage allant du nord-est au sud-ouest et séparant l'Eglise d'Orient de l'Eglise d'Occident? Ne conviendrait-il pas d'y voir plutôt une zone composée des confins séculaires et fort mouvants des différents empires qui y ont laissé leur trace?

 

LES RELIGIONS AU CENTRE DE L'EUROPE TEMPS ET ESPACE

 

Pour certains, une grande ligne de fracture nord-sud suivrait l'ancienne limite entre les empires romain et byzantin de l'Antiquité. Pourtant, ces empires n'ont guère dépassé les bords du Danube, ce qui rend inacceptable l'idée de cette fracture millénaire. De plus, cette ligne imaginaire (voire manipulatrice) ne tient pas compte du fait que l'Eglise d'Orient est, dans les pays du nord, dominée par Moscou alors que le reste de l'orthodoxie se reconnaît traditionnellement plus proche du patriarcat œcuménique de Constantinople (Istanbul). C'est ainsi par exemple que la Roumanie s'est progressivement détachée de l'emprise moscovite comme de l'emprise grecque. Quant à l'Eglise grecque, elle est, depuis plusieurs années en conflit avec Constantinople. Si donc, le caractère homogène de l'orthodoxie européenne est réel en ce qui concerne la foi, il est par contre moins affirmé qu'il n'y paraît de prime abord, au niveau culturel et ecclésiastique.

 

La Hongrie, comme la Croatie et l'Herzégovine actuelles, doivent énormément à l'empire byzantin et à l'orthodoxie. Ces pays ne sont d'ailleurs sous la juridiction de Rome que par les hasards de l'Histoire. Il en est de même des tendances à la latinisation culturelle dans quelques pays de langue slave ainsi qu'en Roumanie.

 

L'usage de l'alphabet cyrillique, combien propre aujourd'hui à la dominante russe, a maintes fois été abandonné en faveur du latin au centre de l'Europe septentrionale.

 

L'Histoire est jalonnée de tentatives, réussies ou non, pour déplacer les limites des implantations géographiques des diverses Eglises afin d'élargir, de consolider ou de défendre leurs implantations géographiques: la Contre-réforme catholique dès le XVIIe siècle, l'offensive orthodoxe contre les gréco-catholiques avec l'appui des autorités tsaristes ou communistes aux XIXe et XXe ou même les projets récents de "seconde évangélisation" de certains mouvements catholiques romains, malgré les directives de Rome contre le prosélytisme.

 

UN XXe SIÈCLE FORT MOUVEMENTÉ

 

Le XXe siècle a vu des guerres et des traités de paix qui ont déclenché le déplacement massif, la déportation et l’assassinat de nombreuses populations. Les frontières tracées après la guerre 1939-1945 n'ont plus rien à voir avec la réalité confessionnelle. Imaginer une ligne de démarcation entre les Eglises d'Europe orientale et occidentale serait ne pas tenir compte des nombreuses interpénétrations territoriales parmi les implantations traditionnelles des Eglises. Ce serait aussi négliger l'apparition massive au XXe siècle de nouvelles Eglises dites néo-protestantes. Ces Eglises, la plupart du temps d'origine extra-européenne, semblent être présentes partout. De plus, ce sont celles dont la progression est la plus spectaculaire.

 

Certes, Foucher (Foucher Michel, Fragments d'Europe, Fayard, Paris 1993) a raison de mettre en évidence le fait que, quelque part entre l'UE et la Russie, entre la Baltique et la Méditerranée, le centre de l'Europe apparaît historiquement « comme la zone composée des confins des quatre empires allemand, autrichien, russe et ottoman ». Ces quatre empires prônaient chacun une idéologie religieuse tranchée qu'ils entendaient servir pour étayer leurs intérêts d'Etat: protestantisme prussien, catholicisme autrichien, orthodoxie russe, islam ottoman. S'y ajoute bien entendu l'orthodoxie de Constantinople de jadis, l'Istanbul d'aujourd’hui.

 

Toutefois, l'examen plus détaillé de la géographie religieuse, exprimée par la répartition des archevêchés et des patriarcats, souligne l’interpénétration des ensembles religieux. Celle-ci est forte autour de l'ancienne Galice, en Belarus et dans les Pays baltes autant qu'en Roumanie, en Bosnie ou en Hongrie.

 

Tels qu'ils se présentent aujourd'hui, des pays comme la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, les territoires de l'ex-Yougoslavie, la Pologne, l'Ukraine, la Belarus ou la Roumanie, se trouvaient, au tournant du premier millénaire, à la lisière des empires d'Occident et d'Orient. Des circonstances spécifiques et particulières ont fait que les uns sont devenus membres de l'Eglise d'Orient, et les autres de l'Eglise d'Occident.

 

Les conflits dus aux hésitations, aux rejets ou aux doubles attirances ont duré des siècles. Ces situations historiques aussi bien que les mouvements migratoires expliquent, dans cet espace du milieu de l'Europe, la continuité et la persistance des liturgies catholiques pratiquées en rite byzantin de même que la poussée du type contre-réformiste du gréco-catholicisme à partir du XVIe siècle jusqu'à ce jour.

 

Pour des raisons historiques différentes et étant donné la modestie du phénomène de l'union à Rome, les Eglises locales de rite latin aussi bien que les Eglises orthodoxes ont pratiquement toujours combattu ces Eglises gréco catholiques sauf en Bulgarie, en Hongrie et en Yougoslavie. L'exemple de l'Eglise gréco-catholique en Hongrie est intéressant car, non seulement elle se trouve depuis toujours intégrée sans problème dans la Conférence épiscopale du pays, mais elle envisage même, aujourd'hui, la création d'un premier monastère gréco-catholique, avec l’appui de la Belgique.

 

Devons-nous ajouter que les régimes soviétiques ou néostaliniens depuis 1917 ou les régimes fascisants et nazis ainsi que les nombreux changements de frontières au cours du XXe siècle n'ont fait qu'embrouiller la carte géographique des religions? Il paraît donc raisonnable d'admettre l'existence composée des confins des empires plutôt que d'une Europe traversée par une "ligne de fracture" du nord au sud.

 

Ajoutons qu'en Europe, aussi bien à l'ouest qu'à l'est, le danger de sectarisation est grand, tant à l'intérieur des Eglises historiquement établies qu'en raison de l'invasion des mouvements néo-protestants. La simplification outrancière et opportuniste, le risque d'intolérance et de fermeture sur soi, le fondamentalisme et l'intégrisme nous guette tous. Ces menaces ne peuvent être enrayées que par la formation et le dialogue, la réconciliation et la coopération fraternelle entre les « gens de bonne volonté ». Les pays du centre de l'Europe sont éminemment bien placés pour être le lieu de ces pratiques.

 

EN DEçA C'EST BON, Au-delà, C'EST MAUVAIS ?

 

Si tout ce que nous avons dit précédemment apparaît comme exact, on peut évidemment se poser la question de savoir d'où vient, dans l'imaginaire occidental, l'idée d'une ligne en deçà de laquelle "tout le monde est beau, tout le monde est gentil" alors qu'au delà de cette ligne, il existerait une situation troublée, peu civilisée, en un mot, un peu russe, pas mal byzantine et très balkanique? S'agit-il d'un résidu séculaire de la Contre-réforme, de la méfiance vis-à-vis des tsars autocrates ou des traces de la récente guerre froide, dans nos mentalités? Serait-ce le résultat d'un ensemble de facteurs cumulés? On se souvient entre autres des propos tenus en mai 1999 par le ministre autrichien des finances, Johan Farnleitner: "L'Europe se termine là où commence l'orthodoxie".

 

Quelle que soit la réponse à ces questions, toute exclusion nous paraît désormais inacceptable et peu conforme à l'évangile. Le travail de coopération et d'information que poursuit l'Entraide d'Eglises envisage le centre de l'Europe comme une vaste zone de diversité et donc de richesses extraordinairement variées en termes à la fois historiques, géographiques et religieux. Catholiques des deux rites, orthodoxes, protestants (surtout calvinistes et luthériens) et même musulmans (sunnites, halévites, baktéchies...) y cohabitent, parfois en conflit mais le plus souvent en paix. Les religions s'y interpénètrent et s'y enrichissent mutuellement par des pratiques quasi généralisées de bon voisinage et de mariages mixtes.

 

Il faut se garder de détruire ces "terres d'Abraham" au centre de l'Europe, ces lieux de rencontre entre religions. En réalité, elles méritent un soutien actif de notre part!

RP Simon Noël, bénédictin du Monastère de la Sainte Croix ci Chevetogne.

Nicolas Bárdos-Féltoronyi, professeur émérite de l'UCL

 

 

UNE NOUVELLE FORME DE VIE RELIGIEUSE

A PROPOS DE SANT'EGIDIO ET DU KOSOVO

 

Après mai 68, après le Concile de Vatican Il, l'Eglise catholique a connu une sorte de tremblement de terre: par milliers, par dizaines de milliers, des prêtres et des religieuses ont quitté l'exercice du sacerdoce, ont quitté leurs couvents, au point qu'on pouvait se demander si la vie religieuse traditionnelle n'allait pas disparaître. Soyons précis: entre 1970 et 1978, 67.412 religieuses de vie active ont quitté la vie religieuse, 4.645 moniales, 16.039 religieux. Le mouvement a continué. Plus de cent mille religieux et religieuses sont retournées à la vie laïque. Quelque trente ans après, il est devenu évident que les vides ne seront pas comblés et qu'il faut trouver autre chose.

 

PAR LA DIPLOMATIE, METTRE LES PAUVRES À L'ABRI DES CONFLITS

 

C'est dans ce contexte qu'a pris le départ, à Rome, en 1968, la Comunità di Sant’ Egidio(*) qui, de fait, a cherché et a trouvé tout autre chose sans rien abandonner de la visée essentielle de la vie religieuse: prendre l'Evangile au sérieux, suivre le Christ dans toutes ses exigences, dans la prière et dans l'attention aux plus pauvres. Mais leur originalité vient d'une analyse de la société montrant à l'évidence que, si l'on veut aider les pauvres, il faut, autant que faire se peut, les mettre à l'abri des conflits qui traversent la société et dont ils sont généralement, sans y être pour rien et sans rien pouvoir y faire, les premières victimes. D'où leur compétence acquise - beaucoup sont des universitaires - dans la médiation des conflits y compris des conflits au plan international. La Communauté compte donc des diplomates indépendants qui sont appelés ou qui se proposent en cas de conflit.

Sans doute leur champ d'action le plus connu est-il l'Afrique, mais l'exemple du Kosovo est particulièrement révélateur et intéressant pour les lecteurs d'Entraide d'Eglises.

 

(*) Ce nom lui vient, non pas d'une dévotion particulière pour saint Egide (saint Gilles en français), mais de la Piazza Sant’ Egidio à Rome, où ils ont installé leur quartier général, dans un couvent de Carmélites abandonné. L'église de ce couvent les rassemblait chaque soir pour la prière. Aujourd'hui, cette église est devenue trop petite. Les membres de la Communauté se réunissent à la basilique Santa Maria in Transtevere. La majorité sont des laïques mariés.

 

 

En 1996, les Serbes et les Albanais (trois-quarts de la population) vivaient dans une tension potentiellement meurtrière. Les Albanais, après avoir proclamé leur indépendance - comme les Slovènes ou les Croates - refusée aussitôt par les Serbes, se virent retirer tous les éléments d'autonomie qui leur avaient été reconnus par Tito en 1974. Ils étaient notamment exclus de tous les services publics y compris les écoles et les universités. L'enseignement en albanais se donnait illégalement dans des lieux de fortune, des hangars, des garages, des appartements privés, sans qu'aucun diplôme ne vînt sanctionner ces études en fin de parcours.

 

TRAVAILLER SUR LES POINTS D’ENTENTE POSSIBLES

 

Or la Communauté de Sant’ Egidio était présente en Albanie depuis 1990, première association occidentale non gouvernementale à prendre pied de manière stable dans ce pays au soir de l'ère nationale-communiste de Enver Hoxha.

De ces relations étaient née sa connaissance de l'impasse où s'enfonçaient les relations entre Milosevic et la population du Kosovo mais aussi sa perception, en 1996, d'une disponibilité au compromis de part et d'autre dans la recherche d'une normalisation. Entamer des pourparlers en vue de l'indépendance politique était toutefois hors de question. La méthode de Sant’ Egidio, se refusant au tout ou rien, l'amena à découvrir un point, apparemment de détail, sur lequel les adversaires étaient prêts à parler en présence d'une organisation non gouvernementale neutre, s'offrant en tiers non-étatique. La proposition de Sant’ Egidio à Milosevic et à Rugova, le leader albanais le plus en vue, consistait à régler un à un, les divers problèmes qui accablaient la société civile, à commencer par le problème scolaire à tous les niveaux, de l'enseignement primaire à l'université.

 

Un accord fut signé entre Milosevic et Rugova, le 1er septembre 1996. Le texte de l'accord était bref: il rappelait la nécessité d'une normalisation du système scolaire au Kosovo qui respecterait les deux réalités éducatives serbe et albanaise. Formellement, l'accord était insolite parce que signé par le président d'un Etat et un simple citoyen comme l'était Rugova à cette époque.

 

L'accord fut accueilli avec enthousiasme par les Albanais parce qu'il menait à la réouverture de leurs écoles. Les Serbes du Kosovo, en revanche, firent de l'opposition. Pour en sortir, Sant’ Egidio proposa la création d'une commission mixte composée de trois Serbes et

de trois Albanais, présidée par un membre de la Communauté. Il en résulta finalement une application de l'accord comportant une restitution progressive des bâtiments à vocation éducative. La restitution des bâtiments de l'université de Pristina fut orageuse. Les étudiants serbes se sont opposés à cette restitution et il fallut que la police serbe les en délogeât. Hélas, la détérioration précipitée de la situation politique et la menace de guerre imminente a complètement bloqué la commission. Ce fut malgré tout un exemple modeste mais réel de la possibilité d'un dialogue entre Serbes et Albanais.

 

REFUSER LA POLITIQUE DU « TOUT OU RIEN».

TROUVER COMMENT AMÉLIORER UNE SITUATION SANS ATTENDRE.

 

Une fois la guerre déclenchée, la Communauté s'engagea dans l'aide humanitaire aux victimes des violences. Sur ce point, nous aimerions également signaler un point apparemment de détail mais qui montre bien la méthode de la Communauté, son refus du tout ou rien, sa recherche de zones sensibles où l'on peut améliorer une situation sans attendre.

 

Au début de 1998, les réfugiés du Kosovo commencèrent à affluer dans le nord de l'Albanie, particulièrement dans la petite ville de Kukës qui passa sans transition de quelque 25.000 habitants à plus de 100.000 dont la plupart étaient entassés dans des camps. Sant’ Egidio choisit de renforcer les structures sanitaires existantes, particulièrement l'unique dispensaire au service des mères et des enfants en bas âges qui put accueillir ainsi des milliers de réfugiés. Mais plus originale et plus caractéristique fut son initiative appelée Ecole de la Paix. D'innombrables enfants traînaient dans les camps. Pour eux, Sant’ Egidio monta dix grandes tentes qui furent converties en classes pour les huit années de l'enseignement primaire. Des maîtres furent engagés qui, eux aussi, traînaient dans les camps et du matériel scolaire fut importé d'urgence. La réponse des maîtres, des enfants et de leurs parents fut enthousiaste: les locaux furent vite trop petits et il fallut organiser des cours pour les uns le matin, pour les autres l'après-midi. Plus de 1.400 enfants furent ainsi scolarisés. L'exemple de Kukës fut imité dans le district de Lezha où 3.000 enfants et des centaines de maîtres bénéficièrent de l'initiative qui cette fois se déroula, vu l'approche des vacances, dans les écoles existantes avec l'accord des autorités et des maîtres locaux.

 

Un autre problème fut pris en compte par Sant’ Egidio: on imagine que la propreté publique fut rapidement débordée et que la saleté, les immondices, les excréments submergeaient tout. La Communauté alla trouver la municipalité et lui offrit de faire venir un matériel adéquat mais aussi de mobiliser des hommes désœuvrés pour rétablir la propreté. L'accord de tous fut acquis et la réponse fut également enthousiaste. Il suffisait d'y penser et de retrousser ses manches.

 

Sant 'Egidio compte actuellement quelque 40.000 membres, dans 60 pays du monde. La Communauté encourage la prière, l'aide aux pauvres, les rencontres œcuméniques, le dialogue. Actuellement, son effort porte principalement sur le dialogue entre chrétiens, juifs et musulmans ainsi que sur la lutte contre le sida en Afrique.

Pierre Delooz

Site web: www.santegidio.org


 

« L’ART PEUT EXPRIMER l’Inexprimable »

 

Marina Bekavac a 27 ans: venue de sa lointaine Croatie, elle effectue une deuxième année de maîtrise en arts sacrés à l'Institut Catholique de Paris. Conversation à bâtons rompus dans un petit café de Saint Germain des Prés avec une jeune intellectuelle pleine d'humour et bien de son temps...

 

Entraide d'Eglises: Pourquoi une jeune théologienne croate vient-elle étudier l'art sacré à Paris?

 

Marina Bekavac: Ce sujet m'intéresse depuis que j'ai commencé à étudier la théologie à Zagreb. La spécialisation en arts sacrés existe depuis quatre ou cinq ans à Paris.

Nombreux sont ceux qui ont étudié l'art et l'architecture dans mon pays, mais sans y ajouter la dimension du sacré, du spirituel, sans regarder l'art par les yeux de la théologie.

 

EE: Vous parlez extrêmement bien notre langue......

 

MB: C'est nécessaire pour pouvoir étudier ici! Et je me rends compte que plus j'apprends, plus j'ai à apprendre! C'est extrêmement frustrant! Il faut travailler et lire beaucoup. Si je parviens à lire autant de livres en français que j'en lis en Croate, j'y arriverai peut-être!

 

EE: Avez-vous un domaine de prédilection?

 

MB: Ce qui m'intéresse surtout, c'est le rôle de l'art dans l'Eglise. Nous autres, croyants d'aujourd'hui, très souvent nous pensons savoir ce que c'est que la foi; nous savons tout, nous avons tout vu, alors que nous ne savons rien. Plus j'étudie la théologie, plus je réalise que les frontières du savoir reculent.

Que dire de ceux qui n'ont pas la possibilité d'étudier?

Il faut donc inventer un langage qui puisse parler à tout le monde.

 

EE: Un langage universel?

 

MB: Tout à fait. A mon avis, l'art, d'une certaine manière, peut remplir ce rôle. En outre, ici je suis une étrangère; même au milieu de Paris, il m'arrive de me sentir dans un désert. Etudier l'art dans un désert est une bonne chose! C'est un bon moyen de se rapprocher des gens.

Car je pense que les Occidentaux ont aussi à apprendre de l'Europe de l'Est. Il y a une âme tout à fait remarquable à l'Est. Un véritable échange culturel est nécessaire.

 

EE: Un mélange de vitalité et de mélancolie… Une aptitude à franchir plus facilement les barrières que nous, Occidentaux....

 

MB: Oui! D'ailleurs, puisque vous parlez de mélancolie, je puis vous dire que nous, les Croates, nous nous mettons facilement à pleurer en lisant de la poésie!

 

EE: Parlez-nous de l'art sacré croate!

 

MB: Je dirais d'abord que chaque siècle du monde nous parle par le biais de son art. L'art exprime les pensées des hommes. Regardez les cathédrales du Moyen Age par exemple! Regardez également l'architecture moderne, peu de personnes savent l'interpréter: peut-être faute d'avoir intégré la pensée qui a fait jaillir ces monuments.

 

Ensuite, beaucoup de personnes refusent de lier l'art à la religion. Par contre, elles sont immédiatement d'accord si on relie l'art à la notion de "spiritualité". Cela dépend évidemment des personnes et des milieux.

 

D'autre part, quand je dis à mes amis de Paris que j'étudie l'art sacré, ils sont très étonnés. Une femme, étudier la théologie, l'art sacré? Ils pensent que c'est une discipline réservée aux prêtres. En Croatie, les gens s'étonnent moins car la religion est plus inscrite dans la société, me semble-t-il.

 

En Croatie, l'optique est plutôt à la préservation du patrimoine sacré. Nous avons de véritables richesses et certains de nos biens sont protégés par l'Unesco. Mais il en reste d'autres, à reconstruire et à préserver.

 

EE: Quelle est l'essentiel de cette nouvelle formation? Quel est selon vous le lien le plus important entre l'art sacré et la théologie?

 

MB: Ma maîtrise est plutôt basée sur l'aspect théologique que sur le point de vue technique. On nous conseille de rencontrer des artistes, mais ce que nous essayons de découvrir dans leur travail, c'est l'œuvre éternelle.

 

Il y a dans la théologie quelque chose d'inexprimable, d'indicible que peut rendre l'art, une énergie que l'art peut transmettre sans mots. Pourquoi peut-on être si émus devant certains tableaux? Chacun de nous y voit par lui-même le monde, la vie et ses phénomènes. On perçoit là une puissance réelle.

 

C'est un peu comme pour la foi: lorsqu’'on rencontre des gens très croyants, on voit la face de Dieu.

 

EE: A l'inverse, pensez-vous que des incroyants puissent vraiment apprécier l'art?

 

MB: Certainement. Pour eux aussi, l'art peut exprimer l'inexprimable. C'est un pont entre Dieu et eux.

 

Mon professeur de dogmatique à Zagreb disait -et je ne l'ai jamais oublié- que le communisme avait tué le sens religieux chez beaucoup de gens, sauf chez les artistes. Il s'agit d'un constat: beaucoup d'artistes ont gardé ce sens religieux.

 

EE: Quelle est la situation politique et économique actuelle en Croatie?

 

MB: La situation politique et économique est difficile; la guerre a  laissé des traces. D'une part, il n'est pas facile d'avoir confiance dans le Gouvernement, les choses n'avancent pas aussi vite que nous le désirons; d'autre part il faut se demander ce que nous pouvons faire pour que la situation s'améliore, sans trop attendre et sans tabler uniquement sur la responsabilité des autres. Néanmoins, je crois que les choses peuvent aller de mieux en mieux.

 

La Croatie est un pays magnifique (il y a 1000 îles!): elle pourrait vivre du tourisme par exemple mais son potentiel n'est pas suffisamment exploité!

 

EE: En matière religieuse, qu'est-ce qui vous frappe le plus en Croatie?

 

MB: les gens sont assez attentifs à l'enseignement de l'Eglise. Il n'est pas rare de rencontrer des groupes d'étudiants qui discutent de la foi, de la raison qui les pousse à aller à l'église, de ce que demande le Pape. Ils essaient de comprendre d'abord tout en faisant leur possible pour rester membres de l'Eglise.

 

EE: Comment vit-on l'œcuménisme dans votre pays?

 

MB: la Croatie est en majorité catholique (80%). Les musulmans forment une très petite communauté: il n'y a plus qu'une seule mosquée à Zagreb. C'est surtout en Bosnie qu'il faut intensifier les échanges avec eux, car les confessions religieuses en présence, après la guerre, ont eu le réflexe de se rigidifier et de se replier sur elles-mêmes...

 

Enfin, il y a peu d'orthodoxes.

 

La question œcuménique est très importante, et délicate à traiter au regard du passé récent. Chaque année, un événement est organisé à Zagreb, qui constitue un petit signe de désir d'échange entre diverses confessions. Il s'agit d'un concert qui unit les chœurs de l'Eglise catholique, les protestants, les musulmans, les orthodoxes et les juifs. Il s'y trouve toujours des représentants officiels et des membres de chaque religion.

 

EE: Avez-vous des contacts avec d'autres groupes croates à Paris?

 

MB: Oui, avec l'Ambassade, et avec une association d'anciens étudiants de Zagreb: sa directrice m'invite parfois à l'occasion d'événements; la communauté croate est assez active ici. L’intéressant est de créer des ponts entre Zagreb et Paris: l'échange intellectuel est nécessaire, que ce soit entre les communautés ou entre les personnes.

Interview réalisée par Catherine Berkans

 

Un nouveau Centre Horeb en Lettonie

 

Du nom de la montagne qui, dans l'Ancien Testament, voit Dieu se manifester à Elie et à son peuple, le nouveau Centre Horeb des Oblates Apostoliques du Mouvement "Pro Sanctitate" naîtra bientôt en terre balte.

 

Entraide d'Eglises a rencontré Mme Liliane Bertrand, l'une des deux responsables du Mouvement pour la Lettonie.

 

UN CHARISME

 

Fondé par Monseigneur Giaquinta, Italien né en Sicile et évêque de Tivoli, le Mouvement "Pro Sanctitate"(Pour la Sainteté") postule, comme son nom l'indique, que toute femme et tout homme est appelé à la sainteté. "Si tu es saint, dit Mgr Giaquinta, tu seras un artisan de paix". Un long travail de formation s'avère nécessaire pour y prétendre: retraites, récollections, sessions dans les paroisses, cours de formation dans les Centres Horeb, tout concourt à la poursuite de ce but.

 

LE "VIRUS BALTE"

 

C'est parce qu'un jour trois jeunes lettonnes atterrirent en Belgique pour apprendre le français, que le "virus balte" -ainsi le nomme Liliane en riant- s'infiltra dans le Centre Horeb de l'avenue Hamoir, à Bruxelles.

 

De longs partages de points de vue et d'expérience ainsi que des échanges passionnés sur les Eglises respectives eurent lieu.

 

L’intérêt de l'Eglise lettonne pour ce Mouvement de transmission de la foi fut manifeste. La Lettonie, en effet, dispose d'un seul Institut de Catéchèse pour tout le pays, d'où l'effort des évêques pour créer des "antennes" de cet Institut dans leur diocèse. Les équipes itinérantes de "Pro Sanctitate" seraient les bienvenues dans le pays.

 

Le déclic se produisit lorsque la responsable générale du Mouvement découvrit dans sa maison de Rome une homélie de Mgr Giaquinta; datée de 1972, celle-ci y prédisait, bien avant l'heure, la chute du mur de Berlin, et le prélat s'interrogeait : "Qui aura le courage de porter une parole de sainteté aux peuples que l'on découvrira derrière le mur?"

 

Au début des années 90, quelques jeunes femmes de l'avenue Hamoir prirent donc la route vers les Pays baltes.

 

PREMIERS VOYAGES

 

Elles participèrent au pèlerinage d'Aglona et purent mesurer l'intensité de la foi qui unissait les plus jeunes et les plus âgés dans cette longue marche vers le sanctuaire marial.

 

Les Oblates donnèrent également des cours de catéchèse dans les écoles et purent fournir des outils qui furent exploités par celles-ci lors de l'année du Jubilé, en l'an 2000.

 

LE GRAND DEPART

 

Aujourd'hui, la belge Liliane Bertrand et la maltaise Rita Refalo attendent avec impatience le 19 mars, date à laquelle elles vont prendre le grand départ pour la Lettonie. Leurs expéditions précédentes les ayant informées des réalités apostoliques et communautaires du pays, elles ont maintenant pour mission de découvrir la maison idéale et de lancer le nouveau Centre de formation.

 

Diverses propositions ont déjà été faites par des particuliers, mais aussi par Mgr Justs, évêque de Jelgava.

 

« L’important est de vivre en Eglise, explique Liliane. Nous désirons contribuer à une action de formation. Si les personnes rencontrées désirent ensuite accomplir un chemin spécifique dans notre Mouvement, c'est autre chose. Nous pensons que les évêques lettons l'ont bien compris ».

 

A terme, les deux jeunes filles espèrent être rejointes par deux lettones en formation dans le Centre Horeb de l'avenue Hamoir.

 

Diverses tâches attendent le nouveau Centre Horeb letton : témoigner dans les écoles, proposer des formations à la vie spirituelle, créer des week-ends de réflexion, élaborer des retraites en paroisse...

 

A suivre, très certainement...

Catherine Berkans

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