Bulletin mars 2001

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Eglise et Jeunesse, un équi se creuse.

 

Si nous voulons rester solidaires avec l'Est, nous ne pouvons ignorer l'assemblée plénière de l'épiscopat de l'Eglise orthodoxe russe qui s'est tenue à Moscou l'été dernier. La presse en a parlé pour dire qu'elle avait procédé à la canonisation du dernier Tsar, mais l'importance de cette réunion de cent quarante quatre évêques est évidemment beaucoup plus large: une véritable entrée dans le XXIe siècle. Les relations Eglise-Etat-Société ont été explicitement évoquées, à la fois au plan des principes mais aussi au plan pratique. Sans doute les évêques ont-ils réaffirmé que l'Eglise orthodoxe est une, sainte, catholique et apostolique - une formulation qui est également celle de notre credo puisqu'elle remonte au temps de l'Eglise indivise - mais aussi que les autres Eglises n'étaient pas pour autant privées de la grâce divine. Un document d'une centaine de pages dont nous donnerons plus loin un aperçu plus précis.

On y trouvera, en tout cas, des affirmations et des souhaits avec lesquels tout chrétien se sent en consonance. Sans doute peut-on craindre qu'entre les prises de position des évêques et les réalités de la vie contemporaine, se révèle un écart tel qu'elles aient du mal à atteindre la jeunesse, mais cet écart ne se creuse pas seulement en Russie; toutes les Eglises, y compris la nôtre, le connaissent.

Un témoignage, dans ce numéro, sur la Bosnie éclaire de manière précise ce que peut être la vie contemporaine dans un pays de l'Est où l'Eglise doit, malgré tout s'insérer concrètement.

 

La Bosnie-Herzégovine oubliée

Témoignage de Monsieur l'abbé Henri Hamus, vicaire épiscopal à Luxembourg lors de la dernière Assemblée générale d'Entraide d'Eglises

 

" Ce que je vais partager avec vous n'est ni un cours d'histoire ni une analyse politique de la situation en Bosnie-Herzégovine aujourd'hui. C'est plutôt un récit assez subjectif des événements récents tels qu'ils ont été vécus et subis par un ami.

 

Mes premiers contacts avec ce pays des Balkans datent d'il y a près de trente ans: durant mes études de théologie à l'université d'Innsbruck, j'ai en effet rencontré les étudiants de la Yougoslavie qui formaient avec les Luxembourgeois une "Landsmannschaft" (groupe d'étudiants) au sein du séminaire « Canisianum »: Parmi ces étudiants, une personnalité s'imposait tant par sa voix admirable que par son charme naturel: Franjo Komarica qui préparait son doctorat en théologie et était l'un des animateurs les plus fameux de notre groupe.

 

Je dois admettre qu'en ces temps-là, il ne nous était pas facile de distinguer les différentes parties de cette Yougoslavie aux nations et aux nationalités, religions et confessions chrétiennes, cultures et langues différentes. Le communisme nous apparaissait comme ciment unificateur de tous ces peuples qui n'avaient guère plus en commun qu'une même opposition au régime et une égale diversité.

 

Après les années d'études, nous sommes rentrés chacun dans notre diocèse. Et ce n'est qu'en 1987 que j'ai revu Franjo Komarica à Milan lors d'une réunion de préparation au synode des évêques sur les laïcs. Il était alors évêque auxiliaire de son diocèse d'origine: Banja Luka. Depuis, les rencontres se sont multipliées (...)

 

Dès le début des guerres en Yougoslavie, après la chute du communisme, les contacts se sont intensifiés; l'amitié qui avait grandi au cours des années pouvait maintenant montrer sa solidité et son engagement.(...) Un premier convoi humanitaire fut organisé par Entraide d'Eglises Luxembourg, en décembre 1991. Les articles, les interviews, les prises de position de Mgr Komarica se suivaient dans le plus grand quotidien luxembourgeois; les dons en nombre et importance en étaient la conséquence, les convois se succédaient durant la guerre de Bosnie, les visites aussi. L'aide humanitaire fournie par Entraide d'Eglises Luxembourg dépassa nettement les dix millions! (...) La situation de Mgr Komarica devint de plus en plus dangereuse, il vécut près de six mois sous consignation à la maison. Les accords de Dayton, en 1996, ont quelque peu normalisé la situation et établi un équilibre précaire (...)

 

Diversités et pluralités en Bosnie-Herzégovine

 

On ne comprend rien à la situation en Bosnie-Herzégovine d'aujourd'hui si on n'essaie pas de voir clair dans l'histoire fort complexe des Balkans.

 

La ligne de démarcation des empires romains d'Occident et d'Orient passe, dès le 4e siècle, à travers la Yougoslavie actuelle. Depuis ce temps-là, à l'ouest, le catholicisme romain, à l'est l'orthodoxie; ici une culture occidentale, là, la culture byzantine et l'alphabet cyrillique. Les Turc musulmans ont occupé la Bosnie durant des siècles et y ont créé une culture faite d'éléments occidentaux, orientaux et musulmans. La Bosnie elle-même, est devenue pour ainsi dire l'image ou le modèle de ce que sera plus tard la Yougoslavie: un pays aux peuples, aux langues, aux religions, aux cultures, aux histoires, aux nations multiples. Sous la monarchie des Habsbourg de même que sous le régime communiste, un pouvoir central fort a réussi à unifier cette diversité énorme, du moins pour un certain temps. Mais les différentes tendances nationalistes ont toujours ressurgi et les forces centrifuges ont profité des faiblesses du pouvoir central.

 

La Bosnie-Herzégovine est ainsi comme une réplique de cette Yougoslavie moderne qui unit en son sein ce qu'il y a de plus divers; en sa partie bosniaque, elle est composée de Serbes, de Musulmans et de Croates sans compter les autres dénominations fortement minoritaires. Tous étaient yougoslaves mais depuis la constitution de 1971, sous Tito, la Yougoslavie était faite de trois grandes nationalités: les Serbes, les Croates et les Musulmans. L'Herzégovine était en majorité peuplée de Croates et de Musulmans avec une forte minorité serbe; la Bosnie, à parts égales, par les Serbes et les Musulmans avec une forte minorité croate (10%).

 

Pour compliquer les choses, il faut ajouter que la deuxième guerre mondiale et la libération par les partisans ont laissé des traces profondes et douloureuses: pour beaucoup, serbe est synonyme de partisan, communiste et naturellement orthodoxe; croate est synonyme de fasciste et catholique. Pour renforcer la présence et le pouvoir communiste, le régime a procédé à d'importants mouvements de population: un peu partout, la part des Serbes a augmenté entre 1945 et 1990. Les postes clés étaient, en principe occupés par des fonctionnaires communistes et serbes.

 

L'Eglise catholique a survécu, en Bosnie-Herzégovine, durant l'occupation turque de 400 ans, grâce à la présence ininterrompue des franciscains. Ce n'est qu'après le départ des Turcs qu'une hiérarchie ordinaire a pu s'installer. D'où, aujourd'hui, une forte présence des franciscains et, ici et là, des frictions entre l'ordre des frères mineurs et la hiérarchie locale (voir Medjugorje ! *).

 

Voilà, en quelques touches très générales une présentation de la Bosnie-Herzégovine avant la chute du communisme et la guerre de 1992 à 1996. "

NDLR. Les apparitions de Medjugorje qui se prolongent depuis de nombreuses années ont été parrainées imperturbablement par les frères mineurs en opposition à l'évêque du lieu qui s'est toujours refusé à les reconnaître.

 

La Guerre et la résistance pacifique des catholiques

 

(NDLR : Nous résumons le chapitre sur la guerre, les médias y ayant fait largement écho)

 

Dès les premiers jours de la guerre, l'évêque de Banja Luka a appelé à la non violence. Il a invité les catholiques à faire preuve de leur foi et à s'opposer aux attaquants avec les seules armes de l'amour et du pardon. Il a réussi en partie à garantir une résistance non violente mais il n'a pas pu empêcher les horreurs de cette guerre ni l'exode massif des catholiques de son diocèse. Sur 110.000 catholiques il n'en reste actuellement que 30.000.

La Bosnie-Herzégovine est aujourd'hui un Etat éclaté: politiquement, elle est divisée entre la Republika srpska (serbe) et la confédération croato-musulmane (ce qui est un non-sens évident!), économiquement, elle est ruinée et sans perspective d'avenir, humainement, elle est profondément blessée, encore sous le choc d'une guerre violente et brutale à l'extrême.

 

A la recherche d'une ardeur sous la cendre

 

« Ma dernière visite à Banja Luka date de novembre 1999.(...)

La vie y a repris: trafic, marché en plein air, magasins et supermarché, mais assez peu de clients. A l'emplacement de la mosquée centrale, il y a maintenant un parking. Les panneaux de signalisation, les réclames et les enseignes des magasins sont écrits en cyrillique. La Republika srpska s'affiche partout.

 

Devant la cathédrale catholique, des hommes et des femmes attendent patiemment devant l'infirmerie: les soins y sont dispensés gratuitement. Les gens sont pauvres, ils n'ont ni travail ni revenu, ni assistance. La Caritas les approvisionne toujours. Ils sont des milliers ainsi à Banja Luka et dans les environs; beaucoup n'ont pu rentrer dans leur maison occupée par les Serbes. Les procédures administratives sont lentes et difficiles. Les autorités serbes font traîner les dossiers; les autorités installées par l'ONU et l'Union européenne font de même. Est-ce qu'il ya complicité ou incapacité, jobs bien payés ou attente que les faits aient raison des décisions politiques?

 

Nous prenons la voiture pour faire le tour des paroisses du diocèse. Ici, à la campagne, les traces de la guerre sont encore plus visibles: églises et mosquées détruites, maisons explosées, traces d'obus sur les murs. Dans un village, 90 maisons ont été détruites à la dynamite... après les accords de Dayton ! Souvent on reconstruit à côté des ruines. Apparemment, cela ne dérange pas les nouveaux occupants.

 

Nous prions dans les ruines des églises: ici, il ne reste que le clocher avec la croix, là le chœur avec une grande croix, ailleurs quelques piliers de béton qui se dressent dans le ciel brumeux. Les presbytères ont été refaits, on y a aménagé des chapelles de fortune. Les prêtres sont revenus, les quelques catholiques qui sont restés, en majorité des vieux, viennent à la messe. Le prêtre fait le catéchisme aux enfants. Et puis on attend les autorisations: pour construire les chapelles provisoires, reconstruire des églises, des maisons, pour la rentrée des réfugiés etc.

 

Et partout, le même commentaire amer: ici, il n'y a pas de droit égal pour tout le monde - la communauté internationale se désintéresse de plus en plus- les engagements pris ne sont pas tenus - l'économie ne reprend pas - il n'y a pas de travail.

 

Les quelques réfugiés autorisés à rentrer ont trouvé leurs maisons complètement vidées. Plus de poignées, plus de robinets, ils doivent parfois payer les taxes communales non réglées par les occupants. Quelques jeunes se rencontrent dans les locaux de l'évêché. Ils chantent et discutent, l'évêque est comme leur père. Il chante avec eux, il leur communique son espoir et sa foi inébranlable en la dignité et les droits de l'homme. Il clame partout et à tout moment sa conviction profonde. Mais les fidèles sont peu nombreux et pauvres. Quelques intellectuels sont restés, mais pour la plupart sans travail, ils partiront tôt ou tard.

 

L'évêque tente de créer des signes d'espoir: une menuiserie à la Caritas, une petite coopérative de production et de vente de champignons ou d'agrumes. Il prend parfois des allures de chef d'entreprise ou de politicien. Il est bien obligé puisqu'il n'y a personne d'autre.

 

Le peuple n'a jamais connu ni démocratie ni initiative privée, ni économie de marché, ni responsabilité, ni engagement. Il a toujours été mené par quelques dirigeants et par une classe politique quasi étrangère; ce fut le cas sous les Turcs, sous les Habsbourg, sous les communistes. Maintenant encore, il attend d'autres ce qu'il devrait réaliser lui-même. On en appelle aux Européens, aux Nations Unies, on reproche aux catholiques d'Europe de l'ouest de se désintéresser du sort de la Bosnie... Sur place, on a l'impression que les gens sont paralysés par la peur et par les expériences des dernières années.

 

J'ai rencontré quelques intellectuels après la messe du dimanche. Je leur ai proposé une aide substantielle pour la création d'un parti politique: aide pour la formation politique et sociale etc. J'avais l'impression qu'on ne me comprenait pas. Aussi l'initiative en est-elle restée là.

 

 

Alors, quel espoir pour la Bosnie-Herzégovine ?

 

Les citoyens de ce pays détruit et meurtri n'en savent pas grand-chose; ils essaient de survivre sans faire de plans pour l'avenir. Les responsables politique (serbes, dans la partie bosniaque de la Republika srpska) en sont toujours à leurs rêves de Grande Serbie et ils reviendront à la charge, ce n'est qu'une question de temps! La communauté internationale a pour ainsi dire démissionné et s'est engagée sur d'autres champs d'action, Kosovo, Tchétchénie et autres régions catastrophes. Les médias ne parlent plus de la Bosnie et font croire que tout se normalise. L'évêque de Banja Luka et quelques intrépides qui sont avec lui sont comme un dard dans la chair de la communauté internationale. L'évêque exige des garanties pour la dignité et le droit de tous, le retour de ceux qui veulent rentrer chez eux, les droits politiques et démocratiques pour tous, la punition des coupables et le remplacement des anciens dirigeants qui ont collaboré avec les criminels de guerre, des élections démocratiques, un plan de reconstruction, une aide internationale importante, tant financière que politique, le respect des accords de Dayton... "

 

Et nous, que pouvons-nous faire ?

 

Il faut encourager sans relâche ceux qui luttent pour redonner espoir aux populations, en aidant à reconstruire les maisons, les églises, en publiant des informations concernant cette partie oubliée de l'Europe, en interpellant les politiciens... ou tout simplement en nous rendant là-bas, par sympathie.

 

Nouvelles brèves et moins brèves

 

CROATIE

RELATIONS PLUS Difficiles ENTRE L'EGLISE ET L'ETAT

 

Pendant tout le conflit en Ex-Yougoslavie, les Eglises chrétiennes sont restées impliquées dans la politique de leurs pays respectifs. En Serbie, l'Eglise orthodoxe, dans sa majorité, a assez rapidement pris ses distances vis-à-vis du régime Milosevic et elle a finalement soutenu son renversement. En Croatie, par contre, pendant tout le régime du président Tudjman, l'Eglise catholique, bien que parfois critique à son égard, eut quelque peine à s'en dégager.

 

De fait, elle a bénéficié d'un large soutien du régime tandis qu'elle-même soutenait le patriotisme parfois excessif de celui-ci. Vaille que vaille, elle a néanmoins gardé une certaine hauteur par rapport à Tudjman tout en se développant hardiment tant en terme de pratique religieuse que du point de vue des vocations. La Croatie a reçu deux fois la visite de Jean-Paul Il et elle a pu conclure de nombreuses conventions avec le Vatican. Aujourd'hui encore, seuls les mariages conclus à l'Eglise catholique sont reconnus par l'Etat.

 

Ceci explique dans une large mesure le fait qu'avec le changement de régime au début de l'an 2000, l'Eglise catholique croate se trouve dans une position délicate par rapport au processus de démocratisation que connaît actuellement le pays.

 

Le nouveau gouvernement démocratique souhaite manifestement mettre davantage de distance entre l'Eglise et l'Etat et traiter de façon plus équitable toutes les religions établies dans le pays.

 

La réaction de l'Eglise catholique ne s'est pas fait attendre. Dans l'hebdomadaire de la Conférence épiscopale, on met en évidence l'œuvre magistrale du président Tudjman et les liens indéfectibles entre la nation et l'Eglise croate. On glorifie la "guerre de libération" des années 1990, sans mentionner les graves atteintes contre l'humanité en Bosnie-Herzégovine et en Croatie même, sans faire état de l'expulsion brutale de quelque 200.000 Serbes du pays en 1995. On condamne la volonté actuelle de la Cour internationale de la Haye de punir les responsables serbes mais aussi croates.

 

A la fin de l'année dernière, Radio Vatican, dans ses émissions croates, a qualifié de désastreuse la situation économique présente, et elle en attribue la responsabilité au président et au gouvernement croate au pouvoir depuis douze mois.

D'après Neue Zürcher Zeitung et

Financial Times

 

RUSSIE MOSCOU

 

L’EGLISE RUSSE DÉFINIT SA DOCTRINE SOCIALE.

 

Une première significative dans le monde orthodoxe:

 

Réunie à Moscou, l'assemblée plénière de l'épiscopat orthodoxe russe a adopté, le 16 août dernier, un document de cent pages développant ses conceptions sociales. Alors que l'Eglise catholique romaine a formulé sa doctrine sociale, en 1891, dans l'encyclique Rerum Novarum, les Eglises orthodoxes n'avaient pas, jusqu'à présent publié de document officiel de ce genre. l'Eglise russe est la première d'entre elles à adopter un texte de référence sur ce sujet... le document lance également une mise en garde contre le processus de mondialisation des rapports économiques, sociaux et culturels tout en dénonçant les dérives de la sécularisation sur le modèle occidental qui frappent aujourd'hui de plein fouet les pays d'Europe orientale.

 

Les relations entre l'Eglise et l'Etat occupent toute la première partie du document. les évêques se prononcent résolument pour une stricte séparation entre l'Eglise et l'Etat en raison de la nature et des objectifs différents des deux institutions. Tout en soulignant le respect de l'Eglise et de ses fidèles à l'égard des pouvoirs en place, les évêques russes, pour la première fois dans l'Histoire, affirment avec fermeté le droit à la désobéissance civile en cas de conflit entre l'Eglise et l'Etat.

 

Le principe de la liberté de conscience est reconnu comme un mal nécessaire: d'un part, il témoigne de la perte des valeurs religieuses de la société mais d'autre part il permet à "Eglise d'être reconnue légalement dans un monde sécularisé.

 

L’Eglise appelle les chrétiens à un engagement actif dans la vie politique du pays mais réitère son refus d'une participation directe des clercs comme candidats aux élections.

L’Eglise préconise un partage équitable du produit du travail tout en reconnaissant le bien-fondé de la propriété privée. Ceux qui ont un travail sont tenus d'aider les catégories défavorisées, pauvres, réfugiés, malades.

 

L’assemblée prend également position sur la peine de mort, sujet controversé en Russie où, sans être supprimée, cette peine n'est plus appliquée depuis 1994. Les évêques réaffirment que "la suppression de la peine de mort donne plus de possibilités pour mener un travail pastoral avec les criminels et les conduire au repentir... Aujourd'hui, de nombreux Etats ont supprimé la peine de mort. Sachant que la miséricorde envers l'homme qui est tombé est toujours préférable à la vengeance, l'Eglise se félicite de la décision de ces Etats."

 

Dans les domaines de la famille et de la morale sexuelle, les évêques rappellent l'importance du mariage dont les liens ne peuvent être rompus qu'à certaines conditions: infidélité, absence prolongée, troubles mentaux pathologiques, apostasie, conditions auxquelles les évêques ajoutent ceci: la contamination du conjoint par le sida, l'alcoolisme chronique et la dépendance des narcotiques.

 

L’Eglise orthodoxe s'oppose à l'avortement. Elle accepte les méthodes contraceptives à l'exception de toute méthode abortive. Elle qualifie l’homosexualité "d'altération pécheresse de la nature humaine" mais préconise un soutien spirituel aux homosexuels.

 

Enfin, l'assemblée épiscopale se déclare opposée à la procréation médicalement assistée, aux manipulations génétiques, à l'euthanasie, au clonage d'êtres humains. Elle accepte le clonage de cellules ou de tissus humains dans un but thérapeutique.

D'après Service Orthodoxe de Presse. Sept-Oct 2000

 

CROATIE

OU LE BRUISSEMENT D'UNE PAGE D'HISTOIRE

Projet soutenu par Entraide d'Eglises

 

La guerre en Croatie et en Bosnie-Herzégovine s'est conclue sur les Accords de Dayton, censés mettre une fin durable aux hostilités. Si le conflit a cessé, la guerre a laissé de graves séquelles psychologiques et sociales dans les populations, et la paix n'est pas encore inscrite dans les mentalités.

 

La section croate de la "Conférence Mondiale des Religions pour la Paix" créée en 1990/91, et dont le Secrétariat international se trouve à New York, veut aider, par le dialogue interreligieux, l'instauration d'une vraie paix en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

Ses objectifs sont la paix et l'équilibre entre les citoyens, sans discrimination religieuse, et la collaboration des différentes confessions en faveur de la paix, de la justice et de la vérité.

 

L'Histoire en marche

 

Dans sa démarche de réconciliation, et aussi pour répondre à l'appel au dialogue entre le catholicisme et les grandes religions, lancé par le pape Jean-Paul Il à la veille de l'an 2000, la Conférence organise en septembre 1999 à Zagreb, en collaboration avec la Faculté catholique de Théologie et le Centre islamique, un symposium sur le thème "Dialogue interreligieux en Europe - les défis pour les chrétiens et les musulmans en Croatie et en Bosnie-Herzégovine".

 

Le symposium est un succès: l'on y retrouve de nombreux chefs religieux et politiques venant de Zagreb, Sarajevo, Belgrade...Rome! La presse et le monde audio-visuel des ex Républiques yougoslaves font écho à l'initiative.

 

Une page d'Histoire

 

Les Actes du Symposium capturent cet esprit et l'enchâssent dans les pages du premier tome d'une collection: ZBORNIK. Chaque colloque fera désormais l'objet d'un livre semblable.

 

La première partie de Zbornik 1 est un exposé historique et scientifique. Il s'adresse aux peuples croate, bosniaque, serbe, croato-musulmann.la deuxième partie élargit le propos et jette les bases d'une réflexion éthique et spirituelle dans un esprit d'ouverture à la Communauté européenne (programme "une âme pour l'Europe").

 

"Nous pensons, affirme, Mladen Karadjole, Secrétaire Général de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix (Croatie) que les religions, quand elles s'accordent sur les Droits de l'Homme et des peuples, peuvent construire avec succès une paix vraie et durable (…). Il faut une tolérance religieuse, sociale et politique. Il faut que l'ordre économique s'inscrive dans un cadre démocratique, libéral, juste et solidaire (…). Nous avons tourné une page d'Histoire et nous poursuivrons le dialogue interreligieux en vue d'une Europe juste et prospère pour tous".:

M. Karadjole

C. Berkans

 

ROUMANIE

 

COURRIER

 

A propos du reportage "Le Cardinal", réalisé par Anca Berlogea et consacré au cardinal roumain gréco catholique Alexander Todea et aux douze évêques persécutés par le régime communiste après 1948 et dont sept sont morts en prison.

 Projet soutenu par Entraide d'Eglises

 

Je vous remercie pour l'honneur et la confiance que vous m'avez accordés en me donnant l'occasion d'apporter mon avis personnel sur le documentaire concernant Monseigneur le Cardinal Alexandru Todea.

 

J'ai visionné la cassette plusieurs fois avec beaucoup d'attention.

 

Je vais tâcher de donner quelques points de vue et d'essayer d'expliquer certains agissements qui peuvent interpeller les personnes qui ne connaissent pas de près l'histoire de l'Eglise gréco-catholique roumaine.

 

Je trouve que nous sommes en présence d'un exemple très parlant d'une personne et d'un groupe de personne qui ont fait preuve d'un sacrifice allant jusqu'à la privation de leur liberté pour garder intacts leurs principes, leurs convictions religieuses et la défense des valeurs occidentales.

 

Cet exemple a une valeur éducative non négligeable pour les générations qui ont suivi et qui suivent.

 

J'ai été interpellé par le témoignage de fidélité à Rome et aux valeurs du monde occidental qu'il dégage par la manière simple de comportement d'une personne qui n'a jamais renié ses origines et par la force conférée par sa foi en Dieu.

 

Le film, par la manière très docte dont il est documenté, constitue un document historique unique qui présente l'évolution de l'Eglise gréco-catholique dans une période de clandestinité, tout en traçant la vie et l'activité du seul cardinal roumain nommé jusqu’à présent.

 

Pour mieux comprendre cette Eglise, il faut savoir qu'à l'arrivée du pouvoir communiste en Roumanie, cette religion a été interdite, étant considérée comme trop pro-occidentale. Le clergé a dû donner son accord écrit de passage à la religion orthodoxe. Les lieux de culte ont dû également passer dans le cadre de l'Eglise orthodoxe. Les monastères ont été fermés, les religieuses et les moines se sont retrouvés à la rue. Une partie du clergé et des fidèles ont donné leur accord et ils n'ont pas été touchés par les communistes. Une partie de ceux qui ne se sont pas soumis ont été emprisonnés.

 

Tout cela a été décidé et mis en pratique par les autorités communistes sans l'accord de l'Eglise orthodoxe qui fut elle-même seulement tolérée. Elle n'a toutefois pas marqué son opposition.

 

C'était la période des colloques "d'athéisme scientifique" obligatoire et des mesures destinées à empêcher les jeunes de se rendre à l'Eglise par tous les moyens et cela était valable pour toutes les Eglises.

 

L’obligation de célébrer dans la clandestinité, de même que le martyre de ses évêques emprisonnés pour leurs convictions ont fortement marqué l'Eglise gréco-catholique. Ce qui explique pourquoi, même à présent, elle se focalise autant sur le passé et elle est moins ouverte à l'œcuménisme. Par rapport à cela, l'âge des personnes interrogées dans le film est également très parlant.

 

Le message de pardon aux tortionnaires est une des richesses de ce documentaire.

 

Le regard surtout rétrospectif et le fait que le problème actuel de la rétrocession des églises par l'Eglise orthodoxe n'est pas abordée, me donne la conviction que le risque d'éveiller des antagonismes est minime.

 

Le prix Colombe d'Argent remporté par ce documentaire récompense à juste titre un travail historique et éducatif remarquable qui mérite d'être soutenu, même s'il ne présente pas une ouverture vers les autres Eglises pour des raisons qu'on peut comprendre.

 

Suivant les informations que je possède, la jeune génération de prêtres qui vient d'être ordonnée ainsi que les échanges d'étudiants avec lumen Vitae et avec Rome commencent à porter leurs fruits dans un souffle de renouveau, de dynamisme et d'ouverture de l'Eglise gréco-catholique roumaine.

 

Heureux d'avoir eu l'occasion de partager tout cela avec vous.

Robescu Tiberiu

(membre de la Commission Est-Ouest de Pax Christi)

 

SERBIE

 

RENOVABIS* POUR LA RÉCONCILIATION EN EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE

*Association, basée à Freising, exprimant en actes la solidarité des catholiques allemands avec l'Europe centrale et orientale.

 

La révolution pacifique en Serbie fut une surprise car le chemin vers la démocratie a été pénible. Le pays est fatigué par les guerres, les sanctions, l'afflux de réfugiés. La situation des réfugiés serbes et des Tsiganes en provenance du Kosovo est très pénible. L’action de solidarité de Renovabis ne concerne pas uniquement les catholiques qui sont d'ailleurs une petite minorité mais aussi l'Eglise orthodoxe. La coopération des différentes confessions est la base d'un véritable travail de réconciliation. Par exemple, Renovabis soutient, dans la ville serbe de Nis, non seulement le Centre de la communauté catholique mais aussi le séminaire pour les prêtres orthodoxes. Immédiatement après la "révolution", un premier entretien a d'ailleurs eu lieu, dans cette ville, entre les politiciens locaux et les représentants des Eglises.

 

Dans les semaines qui viennent, Renovabis, en collaboration avec le service des réfugiés des jésuites, va intensifier son aide envers les réfugiés serbes et tsiganes. Comme réfugiés " intérieurs à la Serbie ", ceux-ci ne reçoivent pas l'aide internationale et vivent, pour la plupart, dans des conditions indignes d'êtres humains.

D'après Renovabis Info