Bulletin septembre 2000

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EDITORIAL

 

La formation et l’information dont nous avons parlé dans nos deux numéros précédents parce qu'elles constituent nos priorités, tournent l'une et l'autre autour du savoir et pourraient laisser croire que le savoir est l'essentiel de notre foi chrétienne. A tort. L'essentiel est du côté de l'amour, du souci de l'autre, du partage, de l'interrelation constructive entre des personnes conscientes et libres. Sans doute, dira-t-on, mais comment faire? Comment venir en aide à des Eglise à la fois proches mais lointaines sur ce terrain essentiel? Nous avons cru trouver une voie prometteuse en fixant notre troisième priorité du côté de l'aide aux associations.  

Les communistes avaient bien compris que pour détruire la foi chrétienne et imposer la leur, il fallait absolument détruire toute association, non pas seulement religieuse, mais toute association qui aurait permis l'échange, le partage, le souci de l'autre. A certains égards, ils n'y ont que trop bien réussi au point qu'il est devenu très difficile aujourd'hui de nouer un tissu associatif.  

A distance, nous ne pouvons nous substituer à quiconque pour ce faire mais nous pouvons encourager ceux qui s'engagent à leur manière propre dans cette direction; c'est pourquoi nous soutenons depuis plusieurs années, des organisations expérimentées comme la JOC, la JEC, la Pastorale ouvrière, le comité des Tsiganes, dans leurs efforts pour créer des liens associatifs dans les pays d'Europe centrale et orientale. Et nous pouvons le faire grâce aux apports financiers reçus de nos lecteurs et amis.  

Ces apports se sont heureusement consolidés ces derniers mois, confirmant notre espoir qu'il valait mieux miser sur la promotion que sur le repli. Toutefois, pour ne pas compromettre ce redressement, il a paru raisonnable à notre Conseil d'Administration de limiter à une charge salariale ce que nous pouvions porter à long terme. Dans cette perspective, il a nommé Secrétaire Générale Catherine Berkans dont le travail de promotion s'est montré particulièrement fructueux. Nous n'oublierons pas pour autant ce que Jean-Marie Goffinet a fait pourEntraide d'Eglises pendant huit années. La diversification et l'élargissement des contacts qu'il a noués avec les-Eglises du Centre et de l'Est européens se sont révélés excellents et il a notamment fait preuve d'un heureux discernement dans le choix des' aides à apporter. Il a créé, ici et là-bas, de nombreuses amitiés et nous lui en

sommes très reconnaissants.

QUELQUES MAILLONS Retissés DANS LE TISSU SOCIAL

Rencontre avec François Saucin, président du Conseil Régional de la Région Pastorale de Charleroi

C'est toujours avec enthousiasme que François Saucin nous parle de son aventure en Roumanie.
Celle-ci débute en 1990. Exsangue sous le régime Ceausescu, la Roumanie est confrontée à de graves problèmes sociaux. Durant deux ans, François parcourt la Transylvanie gréco-catholique, fait escale à Bucarest, à Iasi et à Constanta et évalue, lors de cette phase d'observation, l'ampleur des projets à réaliser.
Dans un premier temps, des convois de livres et de matériel informatique, rassemblés par la Région Pastorale de Charleroi et par Entraide d'Eglises, sont acheminés. Les livres permettront la constitution d'une bibliothèque riche de plusieurs centaines de livres, accessible au public, et ce, à Bucarest, une des deux villes qui aura, avec Constanta, un statut privilégié dans l'échange qui s'effectue entre le Conseil Régional de Pastorale, et la Roumanie. Bucarest. l 'Institut Ste THERESE et les ASSISTANTES SOCIALES Paroissiales.
Fondé en 1991 par Mgr Robu, archevêque catholique de Bucarest dont le souci est d'ouvrir l'Eglise catholique aux réalités sociales, l'Institut Ste Thérèse forme des assistants sociaux et dispense une formation en théologie didactique et lettres (roumain et anglais).
Interdite sous le régime Ceausescu, l'assistance sociale est aujourd'hui confrontée à un double défi : réinventer la profession et répondre aux difficultés croissantes de la société roumaine (paupérisation, crise du logement, prostitution, drogue, enfants de la rue, ... ).
Sœur Monica et sœur Francesca (deux religieuses d'un ordre séculier) et des professeurs de l'Institut Ste Thérèse se succéderont à plusieurs reprises à Charleroi, grâce à la collaboration de la Haute Ecole Charleroi Europe (secteur assistance sociale). Des grilles-horaire seront élaborées et des programmes seront adaptés aux exigences de l'école roumaine. Actuellement, 142 étudiants effectuent leurs études à l'Institut, en assistance sociale et théologie.
La formation sociale de quatre ans ouvre pour le moment sur des débouchés restreints. Il y a en effet peu de postes créés. Les stages, essentiels à la formation, sont structurés et encadrés par Anca Martinas. Son travail est immense, peu reconnu et sous-payé. Pour l'aider, un stage de deux mois à Charleroi, dans différents services sociaux de la Région, lui furent proposés.
Certains assistants sociaux peuvent trouver du travail dans les structures roumaines ou dans une O.N.G. Plusieurs paroisses du diocèse de Bucarest ont créé des postes d'assistants paroissiaux. La Région pastorale de Charleroi soutient particulièrement ces paroisses et les assistants sociaux qui y travaillent. Si le salaire moyen en Roumanie est aujourd'hui de 2.200.000 lei par mois (soit 4.500FB), les assistants sociaux de paroisses ont, eux, un salaire qui oscille autour de 1.000.000 lei!
L'aide apportée par Entraide d'Eglises est destinée:
- à offrir un salaire décent à Anca Martinas qui supervise les stages de tous les étudiants,
- à payer un salaire minimum aux assistants paroissiaux,
- à fournir des bourses aux élèves dont les ressources sont insuffisantes,
- à organiser des échanges méthodologiques et des formations sur place ou en Belgique,
- à soutenir la création d'un centre de rencontre pour assistants sociaux à Bucarest.
Par des contacts, des collaborations, des partenariats entre les différents acteurs de la société d'abord, entre cette société et l'Eglise ensuite, entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest enfin, l'Ecole Ste Thérèse tente patiemment de renouer les mailles d'un tissu social. CONSTANTA : L’Inspectorat scolaire En collaboration avec la Haute Ecole Charleroi Europe (section pédagogie), l'Ecole des Parents et des Educateurs et divers mouvements pédagogiques, de très nombreuses formations ont déjà été proposées à plus de 150 enseignants. Ainsi, petit à petit, se retisse un embryon de mouvement pédagogique, ce qui n'est pas rien dans un pays où le lien social est tellement fragilisé.

Catherine Berkans

lN MEMORIAM ANDRZEJ ZUBERBIER

 

 

« Dépêchons-nous d'aimer les gens, ils s'en vont si vite ... » *

Le 27 juin dernier, notre ami Andrzej Zuberbier trouvait la mort dans un tragique accident de voiture. Depuis des années, sa santé relativement fragile posait problème. Vraisemblablement, Andrzej a dû perdre conscience alors qu'il était au volant de sa voiture qui est allée s'écraser contre un arbre.

Né en 1922 à Varsovie, il avait été ordonné prêtre en 1946 dans le diocèse de Kielce. Après quelques années de service pastoral, il allait s'orienter vers des études théologiques. Depuis 1951, il enseignait au diocèse de Kielce la théologie dogmatique, l'œcuménisme et la théologie des sacrements. Depuis 1968, il était également professeur à l'académie théologique de Varsovie. A ce titre,  Entraide d'Eglises avait veillé à enrichir sa bibliothèque. Mais il était ouvert aussi à d'autres horizons: il devint consulteur de la Commission de l'Episcopat pour le dialogue avec le judaïsme et, bientôt, coprésident du conseil judéo-chrétien.
Avec lui disparaissent les échanges d'une amitié profondément vécue pendant quarante ans, celle d'un homme de foi très ouverte - de plus en plus ouverte - très tolérante, enracinée dans le quotidien de l'existence. Des amis nous rapportent qu'aux funérailles à Kielce se pressait une foule de plus de cent prêtres, quatre évêques, trois recteurs d'université. Je pense surtout qu'il devait y avoir là, anonymes peut-être, nombre d'amis auxquels il avait fait du bien par sa bonté, sa délicatesse de cœur, sa générosité, son humanité et sa simplicité fraternelle inestimables. Sa prière eucharistique notamment, que nous avons souvent partagée, était toute empreinte de cet amour pour les plus fragilisés de la vie. Quel plus bel hommage pourrais-je aujourd'hui lui rendre que de dire: chaque rencontre avec lui me donnait envie de devenir meilleure!
 

Françoise le Cocq

* Extrait d’un poème de Jan Twardowski., La maison pleine de proches, traduit par Rufin Goczol, ancien boursier d'Entraide d'Eglises


LES SEMAINES EUROPEENNES de la COMMUNICATION

 

Les Semaines Européennes de la Communication, organisées du 26 juin au 22 juillet 2000 par l'Université Catholique de Lyon, sont l'aboutissement d'un long travail de maturation et de mise en place de plusieurs années.
Monsieur René Valette, alors vice·recteur de l'Université Catholique de Lyon et Madame Nicole Ughetto, chargée des Relations Internationales à cette université, réfléchissaient sur l'opportunité d'une formation sur la"Maison Europe" proposée à nos jeunes professionnels des médias et de la communication originaires des différents pays de l'est, du centre et de l'ouest de l'Europe.
La chute du mur de Berlin a permis de renouer des contacts entre des peuples marqués par la même histoire et la même culture mais séparés depuis des décennies. A l'aube du troisième millénaire qui verra l'élargissement de l'Union Européenne, à l'heure où les liens Est-Ouest sont opposés par certains aux rapports Sud·Nord, il semble important de réfléchir sur les valeurs culturelles et spirituelles qui ont façonné l'Europe ainsi que sur les enjeux politiques et religieux de la construction européenne. Ce désir rejoignait le souci exprimé par plusieurs personnes et organismes travaillant dans les médias et la communication au sein des Eglises chrétiennes de l'Europe. Monseigneur Christian Ponson, alors recteur de l'Université Catholique de Lyon, a encouragé Monsieur René Valette et Madame Nicole Ughetto à continuer leur réflexion. Fin 1997, ils ont sollicité Monsieur Paul Collowald, directeur général honoraire de l'information du Parlement Européen, Monsieur Jean·Yves Riou, journaliste, ancien directeur des études de l'Institut de Journalisme Robert Schuman et moi-même, pour constituer un groupe de travail afin d'étudier la faisabilité et le contenu d'un tel projet de formation.
Les deux années qui suivirent furent consacrées à préparer un programme, à solliciter des intervenants, à mettre en place la logistique, à établir un budget, puis à rechercher des partenaires et des sponsors et enfin à faire connaître le projet par les organisations et les réseaux existants: UNDA, OClC, UCIP, anciens de l'Institut Schuman et anciens boursiers d'Entraide d'Eglises.
Le projet n'aurait pu prendre corps sans le soutien du nouveau recteur, Monseigneur François Tricard et sans le concours de très nombreux organismes et personnes qui en ont mesuré l'enjeu et qui s'y sont impliqués.
Grâce au soutien financier du Parlement européen, de la Région Rhône-Alpes, de la fondation Robert Schuman, de Bayard Presse, de Malesherbes Publications, du Comité français de Radio·Télévision, et de l'Université Catholique de Lyon, la formation a pu être proposée gratuitement aux participants venus des pays de l'Europe de l'Est.
Vingt six jeunes journalistes ou chargés de communication ont donc suivi ces quatre semaines (quelques-uns n'ont pu se libérer de leur travail qu'une ou deux semaines).

La première semaine, à Lyon, a été consacrée à revisiter les "fondations de la Maison Europe" par des apports historiques, philosophiques, religieux, économiques et politiques.

La deuxième semaine, à Strasbourg, a permis la découverte de quelques lieux où se construit l'Europe: le Parlement Européen en session avec le début de la présidence française, le Conseil de l'Europe, la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

La troisième semaine, à Paris, était centrée sur le traitement des enjeux de l'Europe par les médias, avec la visite de Bayard Presse, Malesherbes Publications, la télévision KTO, Sources d'Europe et une rencontre au Presse Club.

La quatrième semaine, à Lyon, a donné la possibilité à chaque participant de réfléchir sur les points clés d'une éthique de l'information et, par un bilan-évaluation, d'envisager les retombées possibles de cette formation dans sa vie professionnelle.

Ces quatre semaines ont été aussi, bien sûr, un lieu de convivialité et de partage qui a permis à ces jeunes femmes et ces jeunes hommes de vivre une riche expérience humaine, intellectuelle et spirituelle. Je souhaite que ces premières Semaines Européennes de la Communication aient une suite pour profiter de tout le travail de recherche effectué, de l'élan qui a été donné et de l'espérance qui est née dans le cœur des participants, nos meilleurs ambassadeurs auprès des candidats futurs.
C'est par ces découvertes réciproques et ces expériences partagées que l'Europe se construit dans la continuité de ses racines historiques, dans le respect de ses différences et pour la mise en place d'un avenir de justice et de paix.

Père Noël Choux

ENTRAIDE D'EGLISES
A PARTICIPE
A LA SEMAINE PARISIENNE DE LA COMMUNICATION

Quand ai-je eu l'intuition qu'une passionnante histoire venait de débuter? Lorsqu'un petit dépliant rouge et blanc -frappé aux " armes" de l'Université Catholique de Lyon-atterrit sur mon bureau? Lorsque le Père Noël Choux m'exposa les thèmes de la session consacrée aux enjeux politiques et religieux de l'Europe et à leur traitement par les médias de groupes de presse français et étrangers? Lorsque Madame Nicole Ughetto, chargée des Relations Internationales de la Faculté de Lyon, me fit parvenir le copieux programme de la semaine de travail? Ou enfin, lorsque je reçus la liste, encore anonyme des participants?

1. Bayard       Presse ou la fidélité et la liberté

Dès
les premières heures de travail, une formidable adéquation d'idées se manifeste entre les responsables de la maison Boyard Presse -qui nous recevra durant une journée et demi· et les membres de notre petit groupe.
L'histoire de Bayard Presse, entreprise plus que centenaire, est celle de son actionnaire unique, les Augustins de l'Assomption, congrégation religieuse internationale. Elle a fait le pari difficile de confronter fidélité et liberté: fidélité aux voies ouvertes par l'Eglise, sons laquelle elle ne pourrait être ce qu'elle est, liberté répondant de manière crédible et efficace à l'ambition du métier. " Nous nous reconnaissons dons une presse catholique, disent les patrons de
Bayar
d Presse, lorsque la clarté de ses lignes éditoriales est telle que le non-catholique s'y sent à l'aise parce qu'il y trouve l'amour de la vie et du monde sans se sentir piégé ni récupéré mais, au contraire, élevé ".
Cette profession de foi trouva une résonance véritable parmi les jeunes membres de notre groupe dont l'âge s'échelonne entre 20 et 40 ans; certains connurent le communisme, d'outres en vivent encore les séquelles. Pour bon nombre d'entre eux, la foi catholique n'est pas un vain mot: sons affirmations tapageuses, ils la vivent, voilà tout!
La question d'une éventuelle implantation de Boyard en Europe du Centre et de l'Est fut envisagée sons détour et donna lieu à de passionnantes discussions sur la constitution de réseaux éditoriaux et sur le moyen de les financer.

2. Malesherbes        ou la liberté et la fidélité

La
journée suivante fut consacrée à Malesherbe
s Publications, outre image de la presse susceptible également de parler ou cœur de nos omis de l'Est.
Citons en guise d'exemple, cor nous pourrions évoquer également L'Actualité des Religions, Croissance, Prier, l'hebdomadaire La
Vie dont les fondateurs ont voulu" être libres pour construire la réconciliation franco-allemande, ouvrir l'Eglise aux temps nouveaux ". En favorisant le débat d'idées dons le but d'apprendre à aimer l'Histoire immédiate comme temps de Dieu, La Vie ne pouvait qu'attirer et être attirée par les témoins de l'Histoire des pays d'Europe centrale et orientale. Ceux-ci interrogèrent longuement les responsables des Editions Malesherbes sur leurs engagements éditoriaux durant la guerre froide.

3. Press Club, KTO, 1V5 et les autres

Signalons encore la passionnante visite à la chaîne KTO-spécialisée dons la technique du numérique et créée par Mgr Lustiger· et aux talentueux journalistes de TV5, ou Press Club et à son célèbre président Emmanuel de la Taille, à la Fondation Schumann.
Enfi
n, nous avons vécu quelques heures à l'abri des Sources d'Europe, cœur d'un relais d'information européenne. Dons cette optique, nous avons encore l'écho des discussions relatives à l'entrée dons la communauté européenne des pays du Centre et de l'Est.
Alternant exposés magistraux, échanges avec des professionnels de la communication, rencontres avec des acteurs de la vie politique, économique, sociale et culturelle européenne, notre petit groupe a pu glaner un nombre important d'informations utiles ou développement de l'action spécifique de chacun de ses membres.

4. Une belle aventure commence

L'aventure aurait pu n'être qu'un simple exercice de style scolaire; elle fut bien plus que cela.
Car une organisation impeccable présida à ces semaines de la Communication: nous ne pouvons que saluer l'intelligence de leur conception, la direction attentive et chaleureuse de René Volette, du Père Noël Choux, de Nicole Ughetto, de Jean-Yves Riouet de notre guide, Alexandra Florentin.
Car restera toujours le souvenir d'échanges humains particulièrement riches et intenses frappés ou coin du respect et de l'amitié.
Nous étions 26 professionnels de la communication; quelques-uns venaient d'Europe occidentale, la gronde majorité, du Centre et de l'Est. Pas un instant, malgré les longues journées de travail, ces jeunes professionnels n'ont oublié leur rôle d'agent de la communication, rédigeant des interviews, en accordant d'outres, faisant parvenir des reportages à leurs médias, dons un esprit de promotion intelligente de leur pays.
Une amitié réelle étoffa rapidement ce respect, amitié faite d'échanges d'expériences, d'espoirs communs ...de fous rires partagés! Grâce à ce merveilleux moyen de communication que constitue Internet, cette amitié continue à tisser des fils solides.
L'action d'Entraide d'Eglises, enfin et surtout, s'en trouve vivifiée et élargie: certains membres du groupe ont en effet proposé d'être nos correspondants, d'informer nos lecteurs avec passion et objectivité de la situa60n dons leur pays.
J'envoie dès lors un grand salut à mes compagnons de voyage:

• pour la délégation hongroise:
Andras Richly, libraire à Budapest, Barbara Fonyo Riederne, journaliste à l'Agence Télégraphique Hongroise (MTII, Agnès Jozsef, traductrice pour le bureau de presse de l'épiscopat catholique, Adrien Szendrei, professeur de français et de littérature hongroise et traductrice pour le mensuel catholique Vigilia, Zita Bodnar, étudiante à l'Université Catholique de Pazmany Peter.

• pour la délégation ukrainienne: Bohdan Dubinskyy, rédacteur du service d'information Radio Résurrection, Zoryana Kurdyna, journaliste à Radio Résurrection.

• pour la délégation lituanienne:
Zydre Bakutite, journaliste, le Père Algirdas
Dauknis, coordinateur de la communication au diocèse de Panevezys.

• pour la délégation roumaine:
Florina Mihaela Barbus, consultante en Relations Publiques à Bucarest, Sorin Martian assistant universitaire à la Faculté de théologie gréco-catholique de Cluj-Napoca, Marian Gelu grandafir, journaliste de télévision à Bucarest, Codruta Sacelean, rédactrice informaticienne aux Presses Universitaires de Clui et directrice de la maison d'édition Ale media Group.

• pour la délégation polonaise:
Anna Mateja, journaliste à la revue Tygodnik Powszechny, Maciei Chlopicki, journaliste à TVP SA Oddzial W Krakowie.

• pour la délégation albanaise:
Mark Marku, enseignant à l'université de Tirana, faculté d'Histoire et de philologie.

• pour la délégation slovaque:
Klara Vomackova, étudiante à l'Ecole catholique du journalisme à Prague, Tomas Straka, réalisateur vidéo à Presov.

• pour la délégation occidentale:
Père Paul Amoussou Amegnikpo, du Togo, collaborateur de la revue Présence Chrétienne à Lomé, Patrizio Coiffa, journaliste romaine au SIR (Service d'Information Religieuse).

Soyez vigilants! peut-être verrez-vous bientôt leur nom dans ces colonnes ...

Catherine Berkans

UN ENTRETIEN AVEC LE PATRIARCHE DE MOSCOU ALEXIS Il

 

A l’occasion du 10e anniversaire de son élection et de son intronisation à la tête de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche de Moscou, âgé aujourd'hui de 71 ans, a accordé une interview au quotidien moscovite Kommersant (édition du 15 juin) dans laquelle il aborde un certain nombre de problèmes d'actualité.
Entraide d'Eglises présente ici quelques extraits significatifs de cette interview, avec l'aimable autorisation du Service Orthodoxe de Presse qui l'a reproduite dans une traduction réalisée par ses soins. 

                        Le 10 juin, on fête le10e anniversaire de votre intronisation. Ces dix années coïncident presqu'entièrement avec la première décennie d'une nouvelle époque pour notre pays, l'époque postcommuniste. Comment jugez-vous les changements qui ont eu lieu durant te laps de temps, dans la société et dans l'Eglise? De quoi êtes-vous le plus satisfait et que regrettez-vous?

                        (... ) Les changements intervenus depuis dix ans dans la vie du pays et de la société sont véritablement impressionnants. Après sept décennies d'errance dans le désert stérile de l'athéisme, nos concitoyens ont obtenu le droit, si longtemps attendu par eux, de vivre et de croire librement, selon leur propre choix. Les valeurs spirituelles et culturelles historiquement liées à la tradition de notre peuple ont été prises comme fondement de la renaissance de la Russie. L'Eglise a enfin pu sortir du ghetto social dans lequel elle était maintenue de force par le pouvoir athée et elle a obtenu la possibilité d'accomplir sa mission qui consiste à témoigner du Christ et à servir les hommes.  

C'est dans cette restitution à l'homme du don divin de la liberté que réside à mes yeux la plus grande conquête de la décennie écoulée. Mais cela va de pair avec la difficulté qu'a l'homme à utiliser de manière sensée, responsable et digne, ce grand don qu'est la liberté. C'est là que réside ce qui constitue probablement le problème le plus épineux pour la société russe actuelle. « Vous avez été appelés à la liberté; seulement, que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair » (GaI5,13). Car cette liberté est appelée à servir l'augmentation de l'amour, du bien et de la charité dans notre monde, mais trop souvent elle est orientée par l'homme contre lui-même et contre son prochain, en engendrant le péché, la haine et la division.

                        Aujourd'hui, la Russie est un Etat laïque démocratique. Toutefois, nombreux sont ceux qui considèrent que l'Eglise orthodoxe russe, quoiqu'officiellement séparée de l'Etat. est maintenant liée au pouvoir par des relations privilégiées et qu'elle n'est pas loin de redevenir une Eglise d'Etat comme elle l'était avant 1917. Les uns s'en réjouissent. d'autres s'en offusquent. Qu'en pensez-vous?

                        C'est là, apparemment un problème qui agite des personnes ayant tendance à réagir de manière plutôt spontanée, émotionnelle et ce, à partir d'une information erronée. (...) Partons du fait qu'en Russie, contrairement à certains pays occidentaux, il n'y a pas de religion d'Etat et il ne peut y en avoir une, conformément à notre Constitution. Ce qui, cela va sans dire, n'efface pas le rôle historique qu'a joué l'orthodoxie dans la formation de l'Etat et de la nation, de la culture et du caractère moral et spirituel du peuple russe.

 De même que cela n'efface pas le fait que 80% de la population de la Russie actuelle est baptisée dans la religion orthodoxe ...Par ailleurs, la Russie est un pays pluriethnique et pluriconfessionnel. Toutes les confessions traditionnelles pour les Russes sont égales devant la loi et bénéficient des mêmes droits.

L'histoire tragique de notre pays au 20e siècle, quand l'orthodoxie russe dans son ensemble a failli subir le même sort que l'empire russe et la dynastie des Romanov, nous conduit aujourd'hui à définir avec clarté la place de l'Eglise dans la vie publique de la nation. L'Eglise orthodoxe russe s’engage par principe à ne pas prendre part à l'action politique de quelque parti ou mouvement que ce soit, tout en soulignant qu'elle est prête à dialoguer  avec toutes les forces saines qui recherchent la renaissance morale et matérielle de la Russie ainsi que le renforcement dans la société des idéaux de paix et de justice, l'amélioration du sort des personnes souffrantes ou dans le besoin. Nous sommes heureux de constater qu'une telle attitude rencontre la compréhension et le soutien des autorités et de la population de sorte que l'Eglise prend une part active au travail constructif mené en commun pour le bien du pays.

                        Quelles sont les perspectives de développement des relations entre !'Eglise orthodoxe russe et les autres confessions et Eglises?

                        Si l'on parle des relations entre notre Eglise et les autres religions traditionnelles en Russie, c'est-à-dire, l'islam, le bouddhisme et le judaïsme, alors je dois constater que le niveau de dialogue et de coopération atteint grâce à nos efforts communs et avec une participation active des orthodoxes est très élevé. (...)  

Pour ce qui est de nos relations avec l'Eglise catholique romaine, nous espérons quele21e siècle permettra de guérir nos divisions. Les difficultés qui existent dans les relations entre nos deux Eglises pourraient être surmontées si le Vatican abandonnait son prosélytisme sur le territoire canonique de notre Eglise. Trois diocèses orthodoxes en Ukraine occidentale ont été pratiquement rayés de la carte du fait de la politique d'expansion uniate et nos rares paroisses dans ces régions se retrouvent le plus souvent à la rue *. Cette blessure est encore ouverte et envenime nos relations avec Rome. Une rencontre personnelle entre le primat de l'Eglise orthodoxe russe et le pape de Rome n'est pas exclue en principe mais elle doit être préalablement très bien préparée afin d'apporter des résultats concrets, signes de notre respect mutuel et d'un accord franc, sons arrière-pensées. Sinon une telle rencontre risque de tourner ou show télévisé à grand spectacle avec, en toile de fond, des problèmes insurmontés..

Comment voyez-vous la place de l'Eglise orthodoxe dans la vie de !a société russe dans les années à venir?

La commémoration nationale du millénaire du baptême de la Russie en 1988, que les autorités soviétiques ont dû accepter à leur corps défendant, a été une démonstration vivante de ce que l'orthodoxie russe représentait une force spirituelle constructive et unificatrice dans la vie du pays.(...) Un autre aspect important dans la vie de l'Eglise après la chute de l'URSS tient ou fait que l'orthodoxie est demeurée l'une des seules structures rassemblant les hommes et les femmes dons l'espace géographie post-soviétique. Je pense que l'Eglise, dans les années à venir continuera à être l'une des institutions qui recueillent le plus de confiance de la port de nos concitoyens et qui dispose d'une autorité incontestable.( ...) En Russie, les patriarches ont, de tout temps, usé du droit d'intervenir auprès des plus hautes autorités de l'Etat pour défendre les intérêts du peuple. Nous n'avons pas l'intention de renoncer aujourd'hui à cette si belle tradition. (...)

Il faut aujourd'hui œuvrer pour que les normes de l'éthique chrétienne soient fermement appliquées dons la vie quotidienne, dons les relations familiales, dons la vie sociale, dons l'entreprise, dons la vie politique ... C'est un travail de longue haleine.

La Russie a bu jusqu'à la lie son calice de souffrances infinies ou cours du 20e siècle. Je crois que le 21e siècle sera pour elle une période de récompense pour ses grands sacrifices et sa grande tempérance. Elle l’a mérité. (...)

SOP 7/8 2000

* Les évènements visés datent de 1596 lorsqu'une partie des fidèles et des évêques ukrainiens préférant la juridiction de Rome à celle de Moscou, se détachèrent de l'Eglise orthodoxe tout en gardant leur foi et leurs traditions orientales. Aux Occidentaux qui s'étonneraient que des évènements si lointains pèsent encore sur le présent, il faudrait rappeler que l'écrasement des Irlandais par les Anglais de Cromwell date de 1649 et n'a pas fini de sortir ses effets. (Note de la rédaction).