Bulletin juin 2000

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L'INFORMATION, terrain égié d’entraide

L'information n'est pas le savoir, encore moins la sagesse et, sans elle, l'obscurité et l'ignorance ne promettent rien de bon. C'est pourquoi, avec la formation, nous en avons fait une des priorités d'Entraide d'Eglises. Ces priorités ne sont pas le fruit d'un choix arbitraire. Elles nous ont été dictées par nos partenaires de l'Est après la chute du régime communiste: «Informez-nous de ce qui se pense hors de nos frontières de ce qui s'est passé chez vous et même chez nous pendant toutes ces années où la langue était de bois; aidez-nous à nous exprimer librement»!

En Occident, où, au contraire, nous sommes inondés d'informations dont, bien souvent, nous n'avons pas le temps de mesurer la pertinence, nous avons beaucoup de mal à imaginer ce que signifie en avoir soif. Nous avons encore plus de mal à imaginer ce que signifie créer un réseau d'information en partant du néant, sans même le souvenir d'une expérience passée ni de l'expérience d'un proche.

L'article de Noël Choux sur la fondation de l'Institut de la Communication à Prague (voir page 6) peut nous ouvrir les yeux sur les difficultés rencontrées, aujourd'hui encore: formation des journalistes à l'expression d'une pensée libre, apprentissage d'une gestion financière ... L'article de Janos Boor sur la revue Merleg en Hongrie, les réflexions du Père Vrecko (voir pages 3 & 5) sur les futurs médias catholiques en Slovaquie nous disent les difficultés rencontrées au sein de l'Eglise catholique elle-même, peu habituée à être remise en question. La revue Christianos pourrait, hélas, en dire autant par rapport à l'Eglise orthodoxe.

Notre but n'est pas de remplacer une vérité par une autre mais de contribuer à ouvrir une voie par laquelle des chercheurs de vérité pourront s'avancer. L'impulsion d'Alexander Men (1) auquel il est souvent fait mention dans ce Bulletin nous paraît aller dans ce sens, c'est pourquoi, avec l'aide de nos amis lecteurs, nous essayons de l'épauler de plusieurs façons. Comme le dit Noël Choux: «S'il y a un secteur où nous avons à nous entraider entre Européens de l'Est et de l'Ouest, c'est bien celui de l'information».

 

(l) Prêtre orthodoxe russe qui paya de sa vie sa liberté d'expression, en 1990.

 

L'INFORMATION L'ENVOI DE LIVRES
en BELGIQUE ET DE REVUES

 

LE BULLETIN TRIMESTRIEL d'ENTRAIDE d'EGLISES

L'information dont nous disposons en Belgique sur les pays d'Europe centrale et orientale, notamment sur leurs Eglises, reste fragmentaire, voire contradictoire. C'est pourquoi nous demandons régulièrement à nos partenaires de l'Est une information détaillée sur le développement de leurs projets, sur la situation dans leur pays, sur les sujets qu'ils estiment intéressants pour nous, toutes données que nous vous livrons so\Js forme d'articles de fond ou de nouvelles brèves.

De même, par un contact permanent avec nos partenaires de l'Europe du Centre et de l'Est, nous souhaitons améliorer leur connaissance de ce qui se passe et ce qui se pense chez nous.

Ce Bulletin, vous l'aurez compris, constitue un projet à part entière d'Entraide d'Eglises et traduit une de nos spécificités: l'information dans un esprit d'échange et de réciprocité. 66% de nos lecteurs appartiennent à des communautés, des abbayes, ou sont des prêtres et des religieuses; 33% rassemblent des particuliers; 1% réunit diverses organisations et entreprises. Le budget engagé dans cette aventure, en 1999-2000 est de 300.000 BEF. la moitié est consacrée aux frais de graphisme et d'impression, l'autre moitié aux frais de poste. De plus en plus de «commandes» d'horizons divers nous parviennent. On nous demande cinq exemplaires supplémentaires d'un numéro, puis vingt, puis cent parfois! l'intérêt des amis de l'Entraide est manifeste. Faire parvenir un exemplaire gratuitement à chacun reste l'une de nos priorités: voilà pourquoi toute aide financière à la fabrication et à l'expédition de ce Bulletin est la bienvenue.

Catherine Berkans

 

Si nous voulons donner une priorité à l'aide sous forme d'information, nous devons naturellement fournir aux Eglises de l'Est des revues et des livres. Nous le faisons depuis plus de quarante ans, d'une part en abonnant directement un grand nombre de personnes et d'organisations à des périodiques demandés par elles, d'autre part, en envoyant des livres et des revues que nous recevons de nos lecteurs et de nos amis. Les revues souhaitées sont notamment: Actualité des religions, Irenikon, Concilium, Revue théologique de Louvain, Revue bénédictine, Fêtes et saisons, Lumière et vie, Lumen vitae, Nouvelle revue théologique, Istina etc... En pratique, nous demandons aux éditeurs d'envoyer directement ces revues dans les pays concernés et nous leur payons l'abonnement depuis la Belgique. l'an passé, 35 abonnements différents ont été envoyés, pour un total de 250.000 BEF. Pour les livres, quand il y a des demandes précises d'ouvrages récents, nous les achetons et les envoyons, ce qui est très coûteux mais souvent très utile. Plus généralement, nous recevons des livres de nos lecteurs et amis et nous les expédions lorsqu'un transport s'avère possible. A titre d'exemple, vers la Hongrie, nous avons bénéficié des camions affrétés par la Soeur Celi, pour la Roumanie, des camions utilisés par le Dr Heymans, pour la République tchèque des camions d'une firme de fabrication de meubles en Moravie, pour la Pologne, des camionnettes de la Mission Polonaise. Ainsi récemment, un professeur des Facultés universitaires de Saint-Louis à Bruxelles, prenant sa retraite, nous a proposé de nombreux ouvrages d'une collection philosophique et théologique à laquelle il collaborait; ouvrages auxquels il a joint les dix volumes du Lexicon für Theologie und Kirche. Cet ensemble a pris aussitôt le chemin de Prague à l'adresse de notre ami Vaclav Ventura, professeur de théologie (voir courrier page 7). Est-ce à dire que tous les livres que nous recevons sont acheminés vers l'est ? Il serait bien invraisemblable qu'ils soient tous adaptés aux besoins et désirs de nos correspondants; aussi un triage est-il effectué dans nos locaux et les ouvrages qui ne se prêtent pas à l'envoi sont confiés au Centre de documentation et de recherches religieuses des Jésuites à Namur où ils trouvent une seconde chance d'aiguillage approprié.

Pierre Delooz

 

SOUTIEN A L'EDITION de LIVRES et de REVUES DANS LES
PAYS D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE

 

CROATIE

Zagreb. La revue MIROTVORNI IZAVOV(Défi pour la paix), émanation de la section croate de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix.

Soutien accordé par Entraide d'Eglises depuis 1999

Entretien avec Mladen Karadjole, Secrétaire Général

La revue, d'une trentaine de pages, en est à sa huitième année. Elle est tirée à 800 exemplaires et vendue dans les kiosques à journaux. Le numéro de juin 2000 est entièrement consacré au symposium qui eut lieu les 20 et 21 septembre 1999 à la Faculté de théologie du Grand Séminaire de Zagreb ainsi qu'au Centre islamique de Zagreb.

Il était organisé par notre équipe de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix et revêtait une grande importance pour les relations des différentes communautés en Croatie comme en Bosnie-Herzégovine. Ici, la paix interreligieuse est un véritable défi tant pour les chrétiens que pour les musulmans car les séquelles de la guerre sont encore trop fraîches.

Lors de ce symposium, nous avons donc réuni:

                        des représentants de l'Eglise catholique en Croatie,

                        des luthériens et des baptistes (peu nombreux en Croatie),

                        pour l'Eglise orthodoxe serbe: le métropolite lovan de Zagreb, responsable des Serbes de Croatie, d'Italie et de Slovénie, le métropolite Nicolai de Sarajevo qui nous a contacté par téléphone et deux professeurs de la faculté de théologie orthodoxe de Belgrade.

                        pour les musulmans: le Mufti de la communauté musulmane de Croatie a invité les imams qui sont venus en nombre. Le président du parlement musulman de Bosnie-Herzégovine était présent égaIement. Le Vatican nous a envoyé son conseiller pour l'Islam.

Dans la perspective de notre entrée future dans l'Union Européenne, nous avons invité le ministre croate de l'intégration et l'ambassadeur de l'U.E. à Zagreb. En effet, si nous voulons entrer dans l'U.E. nous devons construire nos relations sur des bases éthiques. En ce qui concerne les relations avec les musulmans, il n'y a pas de problèmes en Croatie mais en Bosnie, c'est autre chose car ils y ont été malmenés et par les Serbes et par les Croates. En ce qui concerne les orthodoxes serbes, en Bosnie, ils souhaitent un rapprochement avec nous; mais à Belgrade, un petit nombre seulement le souhaite. En plus de la publication de la revue, chaque année, le 10 décembre, journée des Droits de l'Homme, nous organisons à Zagreb une soirée de prière interconfessionnelle avec les chorales des différentes confessions religieuses. La radio et la télévision demandent souvent l'intervention de l'un ou l'autre de nos membres actifs (nous sommes une quarantaine environ). Inutile de vous dire que, chez nous, collaborer à construire la paix est un devoir impérieux pour les Eglises et faire connaître nos efforts au grand public par le moyen de notre revue pourra certainement y aider.

Entretien réalisé par Baga Martens

HONGRIE

   La revue MERLEG(Bilan)

Par Janos Boor, rédacteur en chef

Grand merci aux amis d'Entraide d'Eglises pour leur soutien depuis 1966 1

En 1965, dans l'euphorie du Concile Vatican Il, quelques étudiants catholiques hongrois qui avaient quitté leur pays après la révolution de 1956 fondent, à Munich, la revue Merleg (Bilan). Leur but est d'informer la Hongrie du renouveau de l'Eglise et de la culture occidentale. Plus de 200 revues catholiques allemandes, anglo-saxonnes, italiennes, françaises et belges (Etudes, Lumen vitae, Nouvelle Revue Théologique, Revue de Questions scientifiques etc .. ) nous servent d'information. Dès la première année, Françoise Lecocq, la fondatrice d'Entraide d'Eglises, a soutenu notre projet et ce soutien n'a jamais cessé. Nous avons également reçu des intentions de messe pour nos lecteurs prêtres. Pour ces 35 années de soutien fidèle, je voudrais dire un très grand merci à mes frères et soeurs de Belgique.

Les effets de l'isolement sont encore perceptibles aujourd'hui

Nous avons, en fait, essayé d'ouvrir une brêche dans l'isolement spirituel et intellectuel qui caractérisait les pays de l'Est ayant subi quarante ans de régime communiste jusqu'au tournant de 1989. Cet isolement a laissé des traces encore perceptibles aujourd'hui. L'Eglise locale traditionaliste, les intellectuels formés par le marxisme athéiste ont besoin de se renouveler. Une sorte de vide spirituel a pris la place de l'idéologie disparue. Des philosophes du relativisme, du sécularisme, du scientisme et du positivisme, des tendances religieuses sectaires et fondamentalistes, des partis politiques d'extrême droite essaient de remplir ce vide. C'est un défi aux chrétiens qui ne savent déjà que penser de la démocratisation, de la modernisation, de la globalisation économique. Pour eux, c'est une aide sans pareil que de pouvoir connaître les réflexions des auteurs occidentaux déjà confrontés à ces problèmes.

L'image d'une Eglise post-conciliaire, vivante et fraternelle est encore mal perçue tant par la hiérarchie que par les fidèles

Depuis 1990, nous pouvons rédiger et imprimer la revue Merleg en Hongrie, ce qui est bien plus économique. La revue est tirée à 3.400 exemplaires. Il y a 2.100 abonnés (intellectuels croyants ou non croyants, prêtres ou religieux). Nous envoyons gratuitement 800 exemplaires aux lecteurs de Roumanie, de Serbie ou d'Ukraine qui n'ont pas les moyens de s'abonner. Un petit nombre d'exemplaires se vend en librairie. Même si le tirage est relativement élevé par rapport aux revues culturelles, cela ne suffit pas à couvrir les frais de publication. L'Eglise locale, justement à cause de son traditionalisme, ne soutient que son administration hiérarchique ou le travail pastoral direct. La fédération des journalistes catholiques hongrois dont j'ai été le président pendant 6 ans n'a pu obtenir malgré de nombreuses demandes que la Conférence épiscopale réalise une Fondation de soutien de la presse. Les laïcs n'ont, d'autre part, aucun forum (les simples curés non plus!) où ils pourraient avoir leur mot à dire en ce qui concerne les affaires de l'Eglise. Les auteurs occidentaux de notre revue présentent une autre Eglise, participante, vivant en communion fraternelle. La réception de cette « nouvelle théologie » est mal perçue dans nos pays; elle rencontre une résistance qui n'est pas négligeable. La division économique et spirituelle de l'Europe et de son catholicisme persiste malheureusement encore. Notre revue qui s'est fixé pour tâche de vaincre cette division, continue à avoir besoin de votre soutien tant moral que matériel.

LETTONIE

 

 

La revue orthodoxe CHRISTIANOS

Soutien accordé par Entraide d'Eglises depuis 1996

Théologien et missionnaire orthodoxe russe, le Père Alexander Men (1) fut mystérieusement assassiné en septembre 1990. Depuis, la Fondation P.Alexander Men fondée à Riga (Lettonie) en 1990 perpétue son esprit: elle oeuvre depuis dix ans pour le rapprochement des chrétiens, pour l'évangélisation des pays de l'ex-URSS, pour l'éducation des enfants dans l'esprit de l'évangile. La Fondation a créé une « école du dimanche »  (catéchèse des enfants scolarisés) et une bibliothèque religieuse; elle organise diverses conférences oecuméniques consacrées à étudier l'héritage du P.Alexander Men; elle publie des recueils de littérature chrétienne dont la revue Christianos, fondée par Madame Bolchakova, et La Maison du Père, magazine pour enfants, ainsi que des livres jusqu'ici inédits du P. Men. Attentive aux problèmes pastoraux et liturgiques de l'Eglise en Russie, la revue Christianos, éditée en russe, est fidèle à la tradition orthodoxe tout en étant ouverte à l'Eglise catholique et au judaïsme; elle est en outre en dialogue permanent avec la pensée athée. Ainsi, le numéro 7 (1998) était particulièrement dédié à la mémoire de quelques figures spirituelles du siècle: SrJoanna Reitlinger, le Père Tavrion Batovsky, les fondateurs du Foyer oriental Irène Posnova,le père Anton etc...;il comprenait en outre des textes spirituels inédits du métropolite Antoine Bloom. La plus grande partie du volume 8 (1999) fut consacrée à l'Eglise des martyrs du XXe siècle victimes de l'idéologie nazie. On y trouve des témoignages, des documents et des articles sur le Père Klépinine et la Mère Marie Skobtsova, deux Russes orthodoxes émigrés à Paris, arrêtés ensemble et morts en camp de concentration pour avoir aidé les juifs sous l'occupation. Sont publiés pour la première fois en russe, des extraits des Mémoires d'Edith Stein et quelques pages caractéristiques de sa « Theologia Crucis ». On y trouve également une longue interview de l'archevêque orthodoxe Serge, de Paris, sur les problèmes de l'Eglise russe aujourd'hui. Le neuvième numéro de la revue paraîtra cet été. Il contiendra une histoire de la fondation de l'abbaye de Chevetogne, un récit du destin du prêtre polonais Popielouchko, assassiné en Pologne par le KGB, il y a quinze ans, ainsi qu'une biographie du Padre Pio et des articles contemporains de spirituels russes sur l'unité de l'Eglise. Tous les chrétiens de langue russe, qu'ils soient orthodoxes ou catholiques, trouveront dans Christianos des textes originaux, profonds, empreints de respect et d'ouverture tant vis-à-vis du judaïsme que des traditions chrétiennes orientales et occidentales.

Catherine Berkans

(1)   Le Père Alexander Men, référence diversement appréciée dans le monde orthodoxe

 

RUSSIE

 

Moscou. la revue ISTINA IZHIZN (Vérité et Vie)
(un mensuel qui présente les choses de façon positive)

Soutien accordé par Entraide d'Eglises depuis 1999

Un parcours mouvementé qui conduit à la création d'une revue oecuménique.

Alexander Khmelnitsky naît en 1942 d'une famille d'intellectuels soviétiques juifs non pratiquants. Lui-même se dira longtemps athée. Spécialiste des langues de l'Inde, il supervise les traductions de Marx et Lénine en dialecte indien aux éditions du Progrès, à Moscou. L'année 19791e voit tourmenté par une crise intérieure. Il aide par ailleurs, à cette époque, un groupe de croyants orthodoxes et catholiques, disciples du Père Alexander Men, à traduire un catéchisme américain en russe. Bientôt journaliste responsable des programmes pour l'Inde à radio-Moscou et enseignant à l'Institut du Mouvement Ouvrier International, il s'intéresse à des 'ouvrages de spiritualité émanant du Foyer oriental de Bruxelles. En 1980, convaincu d'avoir trouvé réponse à ses interrogations, il reçoit, dans la clandestinité, le sacrement du baptême de l'Eglise catholique. En 1985, il est admis comme collaborateur laïque au séminaire de Riga. Ily traduit des livres de théologie, de philosophie et de spiritualité du polonais vers le russe...et réalise de la sorte ses études de futur prêtre. En 1988, il effectue son noviciat à Poznam, chez les dominicains polonais. A 47 ans, Alexander Khmelnitsky devient prêtre. A la fin des années 1990, celui qu'on nomme désormais le Père Khmelnitsky crée la revue Istina Izhizn (Vérité et Vie). Simple bulletin de formation religieuse au départ, elle devient rapidement un mensuel tiré, à Moscou, à 2.500 exemplaires; une centaine de bibliothèques locales y sont abonnées à travers toute la Russie. D'abord conçue comme une publication exclusivement catholique, elle prend une orientation chrétienne au sens large du terme et acquiert une influence de plus en plus importante; aujourd'hui, plusieurs collaborateurs d'Istina sont orthodoxes. Très attrayante et bien illustrée, la revue aborde les thèmes de la vie intellectuelle, de la méditation de l'Ecriture, des grandes figures de l'Eglise (y compris des Occidentaux entretenant des relations avec la Russie), de la poésie russe, de l'illustration de la foi dans l'ancienne Russie. Quelques principes de base de son fondateur : «Ne jamais entamer de polémiques avec des personnes ni avec les autres confessions chrétiennes, ni entre catholiques ni même avec les sectes religieuses qui prolifèrent en Russie. Ne présenter que des choses positives».

Catherine Berkans

UKRAINE

Kiev. Les éditions KAIROS

Soutien accordé par Entraide d'Eglises depuis 1996

Leaders de l'édition religieuse catholique en Ukraine, les éditions Kairos ont été fondées par les dominicains en 1993. Elles travaillent actuellement en lien étroit avec l'édition gréco-catholique  quatre revues en langues ukrainienne et polonaise ainsi que des ouvrages pour jeunes et pour adultes en ukrainien, en russe et en polonais. En 1996, une collection intitulée «Zywa Wiara» a vu le jour en Pologne. Trois maisons d'édition sont à l'origine de cette série: Kairos de Kiev, Le Cerf de Paris et Znak de Cracovie.
«Zywa Wiara» présente, en polonais, une traduction de la série de poche «Foi vivante» publiée à Paris par Le Cerf. Une dizaine de titres paraissent chaque année: des œuvres d'Yves Congar, St Augustin, Ste Thérèse de Lisieux voisinent avec Un temps pour Dieu de Michel Quoist ...
Le bénéfice de la vente de ces livres en Pologne est réinvesti par Kairos dans la publication de livres religieux en ukrainien ou en russe.

 

BIENTÔT DES MÉDIAS CATHOLIQUES EN SLOVAQUIE


Entretien avec le père salésien Augustin Vrecko, initiateur du projet.

Deux bourses d'études offertes par Entraide d'Eglises pour l'année à venir

Nous voudrions transmettre une religion du bonheur:

«Si tu veux être heureux, tu aimes».

 «Notre objectif est de transmettre par l'intermédiaire des médias un visage du Christ plus proche de a réalité vécue au quotidien, faire passer la parole de Dieu de façon à toucher, à enchanter le coeur des gens. Pour le moment, en Slovaquie, on enseigne surtout une religion du devoir: «tu dois faire ceci ou cela, tu dois aimer...».Il n'est pas étonnant que la religion ne soit pas aimée. Ce n'est pas Dieu qu'il faut défendre, il est assez grand pour le faire tout seul mais c'est l'homme qu'il faut défendre, il faut le sacraliser car il est enfant de Dieu quelle que soit son appartenance ethnique ou religieuse, quelle que soit sa couleur. Comment pouvons-nous aider concrètement les gens « Quel doit être le rôle de l'Eglise aujourd'hui dans la construction de l'Europe, du monde » Il serait bon de se poser la question. Evidemment cette façon de voir risque de mettre nos pasteurs en question; on touchera à l'Eglise, c'est grave! Il faudra être très délicat, très malin pour ne pas blesser car en blessant on ne fait rien de bon. Il est vrai que, parmi ce qu'on appelle les fidèles, ceux qui sont restés croyants ne sont pas prêts à changer leur regard sur la foi et on peut les comprendre car ils ont beaucoup souffert à cause d'elle. Malheureusement leur foi est plutôt dure, moralisante, peu enthousiasmante pour les jeunes. En ce qui concerne la hiérarchie, on ne peut pas dire qu'elle soit très unie. La politique est malheureusement cause de divisions. S'il y a des problèmes à la base, les évêques n'arrivent pas à les résoudre. Notre premier objectif est donc de faire aimer le Christ.

Notre second objectif: faire tomber les préjugés entre Slovaques et Occidentaux.

Mais nous avons un second objectif qui serait de faire connaître la Slovaquie aux pays occidentaux et les pays occidentaux aux Slovaques car de part et d'autres les préjugés sont grands. Or, qu'on le veuille ou non, la Slovaquie devra tôt ou tard faire partie de l'Europe et l'Europe ne pourra survivre qu'unie. Chez nous, les images de l'Occident sont négatives. Les gens regrettent le communisme où il y avait du travail pour tout le monde même s'il ne servait à rien. Un ingénieur, par exemple, touche l'équivalent de sept à huit mille francs belges par mois alors que la vie est pratiquement aussi chère qu'en Belgique. Par ailleurs, l'Occident connaît mollo Slovaquie, en Belgique, par exemple, on ne la connaît que depuis qu'on y renvoie massivement les Tsiganes fuyant «un pays qui les opprime». En pratique, dans un premier temps, deux étudiants viendront en Belgique pour une année au moins afin de se former en sciences de la communication à Louvain-la-Neuve.

MAREK POLACEK, 23 ans, termine ses études en sciences économiques et communications sociales à l'Université Coménius à Bratislava. Marek connaît l'allemand, l'anglais, l'espagnol et se perfectionne actuellement en français. Il a déjà beaucoup voyagé ce qui lui a permis d'élargir sa vision sur le monde, chose difficile à l'université de Bratislava où la plupart des professeurs sont trop âgés et n'ont pas changé depuis la chute du régime communiste.

MARIA KLOBUSICKA a 43 ans; elle a fait ses études de théologie mais elle travaille à l'hôpital de Nitra comme spécialiste des analyses sanguines tout en suivant, à Bratislava, des cours de communication donnés chaque semaine par des professeurs de l'université de Lublin.

La deuxième étape sera consacrée à la mise en place de médias catholiques indépendants, en Slovaquie. Actuellement, nous essayons de former sur place un groupe qui sera sensibilisé à la question».

Entretien réalisé par Baga Martens

L'INSTITUT DE LA COMMUNICATION
Les
fruit
s d'un travail intelligent et patient
Par Noël Choux (1)
Soutien accordé par Entraide d'Eglises de 1993 à 1999

L'Institut de la Communication a été fondé au début de l'année 1993 par le Cardinal Miroslav Vlk, archevêque de Prague. Au début, l'Institut a surtout travaillé à la formation de journalistes chrétiens car, sous le régime communiste, les chrétiens n'avaient évidemment aucune place dans les médias. De plus, ila fallu créer les médias dont l'Eglise catholique avait besoin, ce qui veut dire opérer tout un travail de réflexion, de choix pastoraux, de mise en place d'équipes capables de faire tourner ces médias.
Afin de s'assurer une assise financière, quelques mois après sa fondation, l'Institut de la Communication a créé une maison de production audiovisuelle, appelée Imago. Pendant six années, Entraide d'Eglises a apporté son soutien à l'action de l'Institut pour lui permettre de démarrer. Aujourd'hui, c'est Imago qui, par ses propres ressources, subvient aux besoins de l'Institut et autofinance son action.
Toute cette aventure n'a pas été sans difficultés. Le choix des personnes a été difficile. La bonne volonté ne suffit pas dans le métier de l'information; il faut une qualité professionnelle, il faut donc accepter de se former.
L'aspect économique tient aussi une grande place: un média qui n'est pas rentable ne survit pas. Ila donc fallu mettre en place toute une formation à la gestion.
Une
des grandes difficultés fut aussi l'apprentissage par les journalistes de la liberté d'expression. Liberté inexistante auparavant: chacun attendait qu'on lui donne la ligne ou, pire, que la censure s'exerce. C'est tout un travail d'accompagnement qui a été entrepris et qui dure encore pour responsabiliser les journalistes et faire émerger une déontologie de leur profession.
Tout cela peut paraître bien naturel en Europe occidentale bien que nous aurions, nous aussi, des choses à dire sur le sujet mais c'est certainement un des points sur lesquels nous sentons que les sociétés de l'Est de l'Europe sont les plus marquées par les décennies précédentes.
Aujourd'hui, après un démarrage économique rapide, la société tchèque dans son ensemble marque le pas. Un peu comme les Hébreux qui, dans le désert, après le passage de la mer rouge, regrettaient «les petits oignons d'Egypte», certains -surtout ceux qui ne bénéficient pas du mieux-être économique (les retraités entre autres) ou ceux qui n'ont pas une âme d'entrepreneur -se souviennent avec nostalgie du temps où tous avaient à peu près le même salaire même si la liberté d'expression laissait à désirer.


 

Dans les médias, c'est tout cela qu'il faut reprendre sans se laisser aller à la critique systématique et démoralisante mais, au contraire, en analysant les causes et en cherchant les solutions. Il faut naviguer entre la nostalgie démobilisante et l'espérance béate.
En ce qui concerne la maison de production audiovisuelle Imago, elle a créé des films pour enfants, traduits et distribués dans la plupart des pays européens; ils ont été bâtis sur des valeurs telles que la solidarité, le partage, 'amitié, le pardon, la famille. Des films documentaires ont également été coproduits avec la télévision tchèque; ils ont montré un nouveau visage de l'Eglise. Je pense particulièrement au film de 52 minutes sur les Cisterciens quia battu des records d'audience sur la chaîne publique ou au film sur les Petites Sœurs du Père de Foucauld dont la rediffusion est toujours demandée.
Je pense que, s'il y a un secteur où nous avons à nous épauler entre Européens de l'Est et de l'Ouest, c'est bien celui de l'information. Nos frères de l'Est attendent de nous, non pas des modèles mais un partage de nos expériences avec nos réussites et nos échecs. Quant à nous, nous pouvons nous nourrir de leurs découvertes récentes et du regard neuf qu'ils portent sur les choses. C'est un défi mais l'avenir de l'Europe est à ce prix et l'Eglise qui lui a fourni ses racines culturelles, doit trouver sa place comme un des ferments de cette construction européenne.

(1) Noël Choux, prêtre de la Mission de France, professionnel des médias, a véritablement porté l'Institut de la Communication et la société Imago depuis leur naissance. Aujourd'hui encore, il leur est d'une aide précieuse en cas de difficultés

Si vous partez en vacances, vous rencontrerez sans doute

LE PATRON DES PONTS


Peut-être avez-vous remarqué sur de nombreux ponts d'Europe, particulièrement en République tchèque mais aussi en Autriche, en Allemagne et même à Bruges, une statue de saint devant laquelle défilent les passants. Il y en a une, célèbre entre ' toutes, sur le pont Charles, à Prague, le pont qui franchit la Moldau ·la Vltava -au pied du château royal. C'est la statue de saint Jean Népomucène, ou Jan de Pomuk, un chanoine tchèque mort en martyr en 1393.Une très vieille histoire évidemment mais qu'il vaut sans doute la peine de raconter brièvement pour ceux qui s'intéressent à cette partie du monde et à son passé chrétien.
Ce Jean Népomucène fut, dit-on, aumônier à la cour du roi Wenceslas  à Prague, un roi dont on disait beaucoup de mal (2)  et qui soupçonnait sa pieuse épouse d'infidélité. Pour en avoir le cœur net, l'idée vint au roi de demander à Jean de lui révéler ce qu'il avait appris en confessant sa jeune femme. Celui-ci refusa. Mal lui en prit car le roi ordonna à ses gendarmes de précipiter le récalcitrant dans les eaux de la Moldau où il se noya.
Malheureusement, ce récit édifiant n'a pas résisté aux investigations des historiens. Il aurait été inventé de toutes pièces par les artisans de la Contre-réforme qui pensaient, dans leur zèle de recatholisation de la Bohème, avoir besoin d'un saint martyr authentiquement tchèque pour l'opposer au héros national Jean Huss considéré comme hérétique. Ils réussirent à le faire canoniser par Benoît XIII en 1729.
De nos jours on reconnaît qu'un chanoine, Jan de Pomuk, a bel et bien été malmené à mort par le roi Wenceslas qui voulait ainsi intimider l'archevêque de Prague trop indépendant à ses yeux. Mais on réévalue aussi le personnage de Jean Huss dont l'exécution sur le bûcher est considérée comme un véritable attentat aux droits de l'homme. Parti au Concile de Constance pour y défendre ses idées, avec un sauf-conduit de l'empereur garantissant la sécurité de sa personne, il y fut néanmoins arrêté, torturé et brûlé comme hérétique le 6 juillet 1415.

(2) il s'agit de Wenceslas IV et non de Wenceslas 1er, le saint, qui fonda la cathédrale de Prague où son corps repose

COURRIER

KIEV
Chers amis
...Avant tout il faut que vous sachiez que Wojtek et moi, nous sommes profondément reconnaissants pour l'aide qu'Entraide d'Eglises apporte aux éditions Kairos, à Cracovie et à Kiev.
Dans notre rencontre et notre connaissance mutuelle, ce n'est pas uniquement l'aspect argent qui compte; c'est aussi la fraternité entre Eglises de nos pays et la fraternité entre vous et nous. Bien que cette relation soit dominée plutôt par une collaboration «professionnelle», cet aspect de fraternité est très important pour nous.
Votre travail est pour nous un témoignage d'engagement chrétien. Vous n'êtes pas obligés de le faire mais vous le faites.

Fr. Grzegorz Responsable des éditions Kairos

ROUMANIE
...Comme je vous disais pratiquement dans toutes les lettres envoyées dans les dernières années, la situation économique et sociale de la Roumanie est toujours pire, elle s'approche du désespoir. De plus en plus de gens sont jetés dans la pauvreté. Ils doivent garder tout leur argent pour la nourriture or il y a beaucoup d'autres besoins, comme le chauffage en hiver, par exemple. Dans ma paroisse, il y a aussi des familles très pauvres parmi la majorité qui sont déjà pauvres. Personnellement, je me trouve dans une situation difficile avec cinq enfants, il faut faire beaucoup de sacrifices.
Merci encore pour tout ce qu'Entraide d'Eglises a fait pour moi, à Bruxelles et pour ma paroisse pendant les cinq dernières années.
Je vous assure de mon profond respect et vous souhaite la bénédiction de Dieu sur tous vos projets et sur votre famille,

Père Marius Paroisse gréco-catholique des Maramures

PRAGUE

Il y a quelques jours, je suis revenu d'Olomouc où j'enseigne et avec grande surprise et grande joie, j'ai trouvé le précieux cadeau venant de chez vous: les livres théologiques.

Je ne sais pas comment vous exprimer ma reconnaissance. Pour moi, c'est vraiment une aide très importante, je peux ainsi améliorer mes cours et nourrir ma vie spirituelle. Merci pour ce signe d'amitié et de solidarité. C'est vrai que nous en sommes toujours réduits à l'amour des amis et à leur solidarité car, ni la situation économique du pays, ni ma situation personnelle ne sont agréables. Merci pour tout.

Je continue mes activités à la faculté de médecine (cours d'éthique médicale) et à la faculté de théologie (la patrologie et la spiritualité des liturgies orientales). Je suis reconnaissant pour tout ce qui peut m'aider dans ces domaines.

Chers amis, je vous souhaite de bons jours de carême, pleins d'approfondissement de la vie spirituelle. Je reste uni à vous dans la prière et la grande reconnaissance. Que Dieu vous garde et vous bénisse!

Votre Vaclav Ventura (Professeur à l'Université Charles IV) Prague, le 9 mars 2000.

LA BOSNIE-HERZEGOVINE
DEJA OUBLIEE
Nous pouvons rendre espoir à ses populations

Quelques conclusions de la conférence donnée par Monsieur l'Abbé Henri Hamus, vicaire épiscopal de Luxembourg, lors de l'Assemblée Générale d'Entraide d'Eglises, le 29 février 2000.

Un pays meurtri par une guerre fratricide (1992-1996), violente et brutale à l'extrême, un pays politiquement éclaté, économiquement ruiné et sans perspective d'avenir, c'est ce qui reste de la Bosnie aujourd'hui. Au nord, dans le diocèse de Banja Luka, sur 110.000 catholiques, il n'en reste que 30.000. Maisons détruites, églises dynamitées, presbytères et couvents incendiés, la plupart des prêtres ont suivi leurs ouailles en exil. A l'emplacement de la mosquée centrale de Banja Luka, il y a maintenant un parking. Plus grave encore que la destruction des bâtiments, il y a la destruction des valeurs fondamentales pour la vie conviviale entre ethnies et religions différentes; il n'y a plus de confiance mutuelle.

L'évêque de Banja Luka a toujours prêché la non-violence et le pardon. Aujourd'hui, avec quelques intrépides de sa trempe, il cherche à créer des signes d'espoir -la Caritas en est un, qui continue à nourrir des milliers de personnes sans ressources - et il met sans cesse les instances internationales devant des responsabilités qu'elles paraissent oublier.

Et nous, que pouvons-nous faire ?

Il faut encourager sans relâche ceux qui luttent pour redonner espoir aux populations, en aidant à reconstruire les maisons, les églises, en publiant des informations provenant de cette partie de l'Europe oubliée, en interpellant nos politiciens ...ou tout simplement en nous rendant jusque chez eux par sympathie.

Le lexie Intégral de l'intervention de Monsieur l'abbé Henri Hamus, que nous ne pouvons malheureusement reproduire ici est à votre disposition. Nous vous l'enverrons sur simple demande de votre part.