Bulletin mars 1999

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La place des Eglises

de l'Europe nouvelle

Thomas Jansen - Conseiller à la Cellule de prospective de la Commission Européenne Résumé de la conférence donnée lors de l'assemblée générale d'E.E.

 

En 1993, sous l'impulsion de Jacques Delors, a été créée une Commission pour le dialogue avec les Eglises. Il s'agit d'une initiative remarquable mais tout le monde n'apprécie pas le fait que la Commission européenne développe une stratégie de collaboration avec le monde religieux. Pourtant, cela répond à une nécessité car beaucoup de représentants des Eglises ici à Bruxelles cherchent des contacts à établir et, de plus les Eglises sont souvent partenaires de la Commission dans les projets de développement. Les différentes réalisations entreprises à ce jour:

1. Nous avons commencé par des réunions régulières avec les représentants religieux pour les informer de ce qui se passe à la Commission et leur permettre également de dialoguer entre eux.

2. Ensuite. en collaboration avec la KEK nous avons organisé des séminaires de dialogue d'une journée et demie où se rencontrent, pour discuter d'un thème déterminé, des experts des Eglises chrétiennes et des responsables de la Commission.

3. L'initiative «Une âme pour l'Europe» permet de subventionner certains projets proposés par des partenaires du monde religieux. Cette initiative rencontre beaucoup de succès et nous recevons de plus en plus de propositions pour des projets de qualité.

Les projets doivent se réaliser entre deux pays au moins et avoir les objectifs suivants: promouvoir l'union entre les pays européens, promouvoir la paix, avoir une ouverture interreligieuse, réfléchir à la dimension éthique. Un Screening Committee sélectionne les projets. Il est composé, entre autres, d'évêques, de grands rabbins, de représentants du monde musulman.

L'an passé, tous ceux qui ont réalisé un projet ont été invités ensemble pour échanger leurs expériences.

4. Depuis deux ans nous organisons une réunion d'information pour les Conférences épiscopales des pays qui entreront prochainement dans l'Union Européenne.

Le but est de les informer sur ce qui se fait en Europe et de répondre à leurs interrogations. Le premier pays invité fut la Pologne représentée par les évêques sous la bannière de Mgr Glemp. Toutes les réticences qu'ils nourrissaient à l'égard de l'U.E. se dissipèrent grâce à ce contact.

Les Tchèques vinrent ensuite, à la demande de Mgr Vlk, archevêque de Prague. Tous les évêques furent très intéressés et les contacts se maintiennent régulièrement.

Pour les Slovaques, seul un évêque est venu avec deux prêtres. Ils espèrent que tous les évêques viendront plus tard bien qu'ils soient actuellement réticents à l'ouverture à l'Europe. Bientôt ce sera le tour des Hongrois qui viendront en délégation œcuménique: catholiques, luthériens, calvinistes et juifs.

L'opération «Une âme pour l'Europe» a encore d'autres projets; des projets de rencontres, de recherche, de formation des jeunes, de coopération des femmes dans le domaine social, de développement d'un livre sur l'identité européenne.

Les Eglises peuvent contribuer à ce que l'Union Européenne se construise sans oublier les valeurs stipulées dans les textes de base. L'U.E. n'est pas uniquement technique, elle est avant tout volonté de paix et d'unité. Il faut sans cesse s'en rappeler.

 

A propos de l'Eglise catholique en Sibérie.

Un de nos lecteurs que nous remercions vivement, nous envoie une longue lettre contenant quelques rectifications concernant l'article sur les catholiques en Sibérie paru dans le dernier numéro du Bulletin trimestriel.

Voici les points contestés.

1. l'origine des catholiques en Sibérie: s'ils sont effectivement descendants des Lituaniens et des Polonais, ils ne peuvent descendre des Allemands en écrasante majorité protestants.

· N.d.i.r.: certains documents provenant de Sibérie font pourtant état de catholiques allemands. Il s'agit sans doute d'une infime minorité.

2. l'exil en Sibérie du temps des Tsars, exil imposé aux opposants au pouvoir impérial et aux prisonniers de droit commun, ne peut être comparé à l'enfer des camps de concentration créés par les communistes.

· N.d.l.r. Tout à fait d'accord et tel n'était pas notre propos.

3. Le nombre de catholiques en Sibérie s'élèverait à deux ou trois cent mille plutôt qu'à un ou deux millions.

N.d.l.r. Vous avez sans doute raison; ces chiffres nous viennent de l'évêché de Nowosibirsk.

Serge Model, 69, Rue Nothomb, Bruxelles

 

EN HONGRIE, LE MONDE DES TSIGANES

 

UNE INITIATIVE ORIGINALE

le recueil de chants à l'usage des communautés tsiganes

 

ll y a, en Hongrie, 500.000 Tsiganes dont la plupart sont sans emploi. Le pasteur de l'Eglise réformée, Antal Hadhazy, ami de longue date d'Entraide d'Eglises, a pris l'initiative d'élaborer un recueil de cantiques à leur usage. Pour l'aider dans cette mission, il a fait appel à une jeune étudiante belge, Marie Messiaen, qui nous parle de son travail là-bas.

 

Entraide d'Eglises: Quel est l'objectif précis du pasteur Hadhazy en créant ce recueil ?

Marie Messiaen: Le but premier est de donner un instrument de base aux responsables de communautés pour qu'ils puissent varier et enrichir leur répertoire musical. Ce recueil incite à renouer avec une tradition authentique. Il contribue également à fixer par écrit un répertoire commun plus actuel.

Le recueil manifeste aussi une intention de fraternité. En effet, les chants sont presque tous bilingues: les chants tsiganes ont une version hongroise et vice-versa.

Le but de ce recueil est également œcuménique: on y trouve en effet tant des chants de l'Eglise réformée que de l'Eglise catholique ou gréco-catholique. Comme le dit le pasteur Hadhazy dans l'introduction du recueil, cette volonté œcuménique est accueillie avec un enthousiasme modéré chez les Hongrois: pour certains il y a trop de chants catholiques, pour d'autres, trop de chants protestants.

E.E.: Par quel concours de circonstances avez-vous été amenée à faire ce travail en Hongrie?

M.M. : J'avais terminé mes études secondaires lorsque, par l'intermédiaire d'Entraide d'Eglises, j'ai rencontré le pasteur Hadhazy. Il est musicien, sa famille est musicienne, la mienne également, nous avons tout de suite sympathisé. Le pasteur m'a parlé de son projet et me voilà embarquée pour six mois en Hongrie. J'ai commencé par un séjour de quinze jours dans une école de langues à Budapest. Quinze jours, c'est peu mais cela m'a permis de comprendre la structure de la langue hongroise bien différente de la langue française; le reste n'était plus qu'une question de vocabulaire. Je n'ai pas appris de langue tsigane!

E.E.: Dans quelle région avez-vous travaillé?

M.M. : La famille Hadhazy habite dans la partie orientale de la Hongrie, région dont les frontières ont changé plusieurs fois au cours de ce siècle, région où le nombre de Tsiganes sera bientôt égal au nombre de Hongrois. Le pasteur Hadhazy était autrefois responsable d'une paroisse tsigane; c'est ainsi qu'il a appris à connaître de près ce monde à part. A présent il est pasteur d'une paroisse réformée dans une petite vil/e de 40. 000 habitants, où il a fondé une maison pour jeunes «inadaptés" mais il est en même temps vice-président du Comité Catholique International pour les Tsiganes.

La petite ville de Nyiregyhaza est extrêmement développée au point de vue culturel. On y trouve plusieurs bonnes chorales; des concerts et des expositions y sont régulièrement organisés. Pourtant, beaucoup de gens y sont sans travail et la situation économique est préoccupante.

E.E.: Concrètement, comment avez-vous travaillé pour réaliser ce recueil de cantiques ?

M.M.: Nous avons visité de nombreuses communautés tsiganes pour enregistrer les chants de leur répertoire habituel. 1/ s'agissait ensuite de noter la mélodie et de transcrire les paroles. Comme vous le savez, la langue tsigane, bien que d'origine indo-européenne, est très différente d'un pays à l'autre.

Son écriture n'est pas fixée. On la transcrit donc phonétiquement. Nous avons aussi choisi des chants du répertoire tsigane de différents pays: France, Espagne, Slovaquie,...

Les bibliothèques hongroises, les études sur les chants folkloriques nous ont aussi été très

utiles. Le plus vieux chant du recueil a trois cents ans. Antal Hadhazy avait par ailleurs rassemblé lui-même une collection de chants impressionnante au cours des années.

E.E.: Les Tsiganes appartiennent-ils généralement à une Eglise plutôt qu'à une autre?

M.M.: En fait, ils vont là où ils se sentent bien. Lorsque le pasteur Hadhazy habitait la vil/e de Nyiradiny, ils étaient nombreux à fréquenter sa paroisse réformée. Depuis qu'il a déménagé, ils vont presque tous chez les Pentecôtistes; c'est d'ailleurs un phénomène général actuellement.

Presque tous les Tsiganes sont baptisés indifféremment dans l'Eglise protestante ou l'Eglise catholique.

E.E.: Qu'avez-vous découvert lors de ce séjour en Hongrie?

M.M. : J'ai découvert une autre culture, trop peu mise en valeur. J'ai été frappée par la fierté des Tsiganes et leur regard perçant.

 

La langue tsigane?

Les langues tsiganes.

 

Venus du nord de l'Inde, les Tsiganes ont émigré vers l'Europe par vagues successives du 10e au 14e siècle. Leur langue, d'origine indo-européenne, s'est diversifiée au contact des langues des pays où ils ont séjourné. En Hongrie, les dialectes pratiqués appartiennent au groupe tsigane, dit « danubien ». En pratique, tous les tsiganes parlent le hongrois, mais certains ont en outre gardé leur dialecte primitif, le vlac (tsigane fort influencé par le roumain) ou le roumain actuel

.

Lorsqu'ils chantent, c'est d'une manière très digne, avec de belles voix fortes. Même lors qu’ils interprètent des chansons «occidentales » peu recherchées musicalement, la musique prend un caractère très particulier. Ils dégagent un enthousiasme incroyable. Humainement, j'aurais aimé créer l'une ou l'autre véritable amitié avec des Tsiganes, mais c'était difficile. Parfois j'avais l'impression de faire uniquement un travail technique sans entrer réellement en relation avec les gens.

J'ai eu l'occasion de travailler quelque temps dans une école primaire pour Tsiganes et j'ai été frappée de voir la mentalité qui y règne: apprendre ou ne pas apprendre, tout le monde s'en moque, élèves comme professeurs. Il y a beaucoup de violence entre les élèves et les responsables laissent faire. La semaine précédant mon départ de Hongrie, j'ai rencontré de jeunes Hongrois. Quand je leur ai dit que j'avais travaillé six mois pour les Tsiganes, ils ne comprenaient pas: «ce sont tous des fainéants!... dommage qu'il n'y en ait pas plus qui soient restés dans les camps de concentration »! C'est dur à entendre.

Que va-t-il se passer quand la majorité de la population sera tsigane? J'ai le sentiment que les Tsiganes de Hongrie se trouvent depuis des décennies dans une situation humiliante et dégradante. Malgré cela, on peut reconnaître un Tsigane, à son apparence, à sa peau plus sombre mais le plus souvent à l'imposante dignité qui se dégage de sa personnalité... un masque peut-être pour se protéger des injures subies.

 

LES TSIGANES de plus en plus nombreux,

de plus en plus étrangers

 

Dans plusieurs pays de l'Est de l'Europe, le problème des Tsiganes devient préoccupant. Ils sont de plus en plus nombreux - en Hongrie, un nouveau-né sur trois est un petit Tsigane - et en même temps de plus en plus rejetés, victimes parfois de discriminations racistes, considérés comme des étrangers non-assimilables.

 

Tout allait-il mieux sous le régime communiste?

 

Le régime communiste mena, dans les pays de l'Est une politique d'assimilation forcée des Tsiganes: scolarité obligatoire, travail obligatoire, logement fixe obligatoire. Tout ce qui pouvait faire écho à une culture tsigane propre était systématiquement considéré comme opposition au régime. Or, du point de vue de la scolarité, rares furent les jeunes Tsiganes ayant atteint un niveau d'études supérieures. Souvent les classes étaient surpeuplées, les professeurs sous-qualifiés et non-motivés. Au point de vue du travail, on laissait aux Tsiganes les tâches que personne ne voulait faire, ils étaient souvent obligés d'aller travailler bien loin de leur famille. Quant aux logements, ils étaient plus que rudimentaires et parfois insalubres.

 

Et maintenant?

 

On peut dire que depuis la chute du gouvernement communiste, la situation des Tsiganes s'est terriblement dégradée. Laissés pour compte dans le domaine de l'éducation, ils sont exclus du travail réservé aux «vrais Hongrois» dont le taux de chômage est d'ailleurs élevé.

Ils sont fréquemment l'objet d'attaques racistes, actuellement réprimées davantage par la police alors qu'il y a quelques années, elles restaient souvent impunies ce qui renforçait le sentiment xénophobe de la population. La constitution hongroise affirme pourtant l'égalité de droit de la minorité tsigane, officiellement reconnue.

 

Que fait l'Eglise?

 

L'Eglise qui proclame l'amour du Christ pour les plus petits, ne peut rester insensible à ce problème.

Jusqu'à présent, elle se borne souvent à affirmer la qualité d'enfants de Dieu des Tsiganes ce qui est très louable car ce langage va à l'encontre du langage de la société. Mais il faudrait avoir le courage de tirer les conclusions pratiques de cette affirmation.

Lors de la dernière rencontre du Comité Catholique International pour les Tsiganes (Croatie, mars 1998), les participants se sont livrés à un courageux examen de conscience:

* Les Tsiganes ne sont-ils pas toujours traités non comme des sujets, acteurs de la pastorale mais comme des objets de la sollicitude alors que, de plus en plus, certains seraient en mesure de prendre des responsabilités.

* Les communautés chrétiennes ont-elles le courage de réfléchir avec les Tsiganes, de les écouter, de comprendre ce qu'ils attendent de nous pour briser le préjugé qui en fait des étrangers dans la société civile comme dans l'Eglise?

* Y a-t-il un partage vrai, une relation dans les deux sens? Le Tsigane a-t-il sa place chez moi, mangeons-nous à la même table?

* Beaucoup de communautés chrétiennes ont des écoles: ont-elles suffisamment de cran et de volonté pour ouvrir leurs portes aux enfants Tsiganes?

* Comment promouvoir l'enseignement des enfants tsiganes sans qu'il y ait pour eux perte d'identité et de culture?

* On constate que la proportion de Tsiganes est la plus forte dans les pays les plus pauvres et qu'il y a donc un mouvement migratoire inévitable vers les pays les plus riches où la densité de Tsiganes est la plus faible.

* Comment les pays les plus pauvres peuvent-ils endiguer ces mouvements migratoires, comment les pays d'accueil peuvent-ils être «accueillants» ?

 

. Sources: Human Right Watch Helsinki.

. Compte rendu de la rencontre du C.C.I. T. 1998.

 

La population tsigane en Europe

 

* 60 à 70 % des Tsiganes vivent en Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Pays tchèque.

* 15% en Espagne, Portugal, France

* 10% dans les pays de l’ex-URSS.

* 10% dans le reste de l'Europe.

*· En Belgique, il y a environ 15.000 Tsiganes.

 

 

OPÉRATION VILLAGES ROUMAINS

Dix ans déjà ! Venez à la fête

Agnès Sindic Jones

 

La Roumanie est entrée dans la vie de milliers d'Occidentaux durant la dernière décennie de notre siècle. Elle est entrée dans mes préoccupations par l'Opération Villages Roumains.

 

Le temps que je passe dans ce beau pays, situé à 1.700 km de chez moi, se limite à deux ou trois semaines par an. Je n'ai donc pas la prétention de vous livrer une étude  approfondie de la situation politique, économique et sociale de ce pays qui cherche sa lumière vers l'ouest. Depuis mes premiers pas sur le sol roumain, je me suis laissée imprégner de tout ce qui m'a été offert, alors que souvent j'y ai été pour offrir. Aujourd'hui, pour vous, amis d'Entraide d'Eglises, je voudrais dérouler cette fresque de tout ce qui m'a envahie petit à petit.

 

1999, un anniversaire pour l'Opération Villages Roumains!

 

Rappelons-nous, il y a dix ans que l'Europe s'est mobilisée pour empêcher la destruction de 8.000 villages roumains, prévue par le plan de «systématisation». Il s'agissait de loger tous les villageois dans de nouvelles cités agro-industrielles constituées de blocs uniformes, après avoir rasé les maisons individuelles.

 

Heureusement, grâce à la pression internationale, l'indignation manifestée dans les médias, et le nombreux courrier de soutien aux habitants visés par ce projet fou, cette catastrophe s'est arrêtée. Ceux qui ont eu l'idée de l'Opération Villages Roumains ne pouvaient pas accepter que ce petit domaine familial soit démoli et que ses habitants soient transplantés dans un appartement standard, aux mesures exiguës avec tout le changement de vie que cela comportait. C'est tout autre chose pour la personne humaine de pouvoir indiquer sa maison, en décrivant les arbres, la barrière qui la garnissent, que de dire «j'habite le bloc 3, escalier B, étage 2, appartement 4 ».

 

Les 9, 10 et Il juillet, ce sera la fête.

 

A l'initiative du comité de Waterloo, une rencontre des partenaires belges et roumains se prépare dans un village du centre de la Roumanie: Gornesti, non loin de la ville de TirguMures. Il y aura du folklore, des animations pour enfants et adultes. Le château du Comte Telleki, actuellement transformé en home pour enfants, offrira un très beau cadre pour la partie spectacle. Il y a possibilité de loger à Gornesti et de s'y restaurer pendant ces trois jours. Il y aura surtout, nous l'espérons, beaucoup d'occasions d'échanges, et d'occasions de se dire qu'il faut continuer à vivre dans la grande amitié qui a déjà créé tant de liens solides. Nous pouvons déjà remercier les habitants de Gornesti qui s'apprêtent à recevoir beaucoup de monde.

Cependant les comités belges ne se sont pas levés comme un seul homme -les roumains non plus - pour dire «on y va !». Les relations entre les partenaires occidentaux et roumains se sont parfois effilochées ou sont même devenues difficiles. Il n'y a pas à en analyser ici les raisons.

Les Roumains, que peuvent-ils fêter? L'énorme dévaluation de leur monnaie (il y a 10 ans, 1fb = 2 leu, actuellement 1fb = minimum 300 leu), les difficultés dans la gestion des communes, des écoles, des entreprises, etc par manque de finances, les coupures d'eau et d'électricité, le problème des transports.

 

«Au fait, comment cela va-t-il en Roumanie maintenant» ?

 

Des personnes nous posent souvent cette question et ils ajoutent: «ca va mieux, oui ?» espérant honnêtement, je pense, un grand oui, un oui qui les rassure, un oui qui dit que les Roumains n'ont plus besoin de nous, qu'ils vivent beaucoup mieux. Un oui, qui permet à chacun d'être tranquillisé sur le sort de ces gens ignorés auparavant.

Bien sûr, apparemment la vie a beaucoup changé. Au point de vue des commodités de la civilisation, pas mal de choses rattrapent l'Occident. Passer la frontière est presqu'aussi facile qu'à l'Ouest, avec un visa bien entendu. Vous pouvez même obtenir ce visa au poste frontière même. Cependant, chaque fois qu'il faut franchir cette frontière, reviennent en mémoire les heures d'attente avec les convois des premières années. On garde toujours une petite méfiance pas bien contrôlée jusqu'à ce qu'on ait roulé quelques centaines de mètres hors du regard des douaniers.

Qu'est-ce qui frappe alors notre regard? Il Y a des constructions qui poussent à vue d'œil: les pompes à essence, les églises de toutes sortes et les banques. Les routes sont nettement améliorées, la circulation des voitures devient dense dans les villes, les marchés sont bien fournis. Mais rien n'a encore été fait pour améliorer le sort de cet homme sans jambes, déposé sur une planche au milieu de la foule d'un marché et obligé de mendier pour se nourrir.

Les étalages se garnissent et les marchandises sont présentées avec goût. Terminé le temps des robes pendues comme des loques aux vitrines. Notre regard d'étranger n'a plus à être surpris par les comptoirs vides des boulangeries, des magasins de jouets ou autres, garnis de constructions de rouleaux de papier de toilette, nouvellement réapparu dans le commerce. Les enfants peuvent connaître le goût d'une orange, d'une crème glacée, mais la mère de famille ne peut jamais prévoir le prix du pain pour le lendemain. On peut boire du coca-cola à tous les repas, mais l'eau du robinet (quand il y en a) est douteuse. Mac Donald ouvre ses portes sur les trottoirs où de grand matin s'installe un fleuriste d'occasion essayant de gagner sa journée en vendant des œillets: un ou deux à la fois, dans un joli papier enrubanné.

Qu'importe finalement si l'employé d'une grande banque accroche ensemble les feuilles d'un dossier avec une épingle de couture. Ce qui compte avant tout, c'est le bilan de toutes les forces qui entretiennent des liens privilégiés d'amitié entre les communes occidentales et roumaines. Impossible de compter le nombre les tonnes de vivres, de vêtements, de médicaments, de jouets, de matériel pédagogique ou agricole rassemblées et convoyées en Roumanie. Des milliers de bénévoles se sont mobilisés dans notre pays et ailleurs: actions d'information, création de comités, organisation de repas, de brocantes, d'activités récréatives, d'expositions ont permis de récolter des fonds. Des bâtiments ont été remis à neuf par centaines, sur tout le territoire roumain, grâce à la ténacité d'équipes décidées à donner une vie plus décente aux orphelins, aux écoliers, aux handicapés et aux malades.

Aujourd'hui encore, des centaines de villages roumains se tournent vers nous, désireux de sortir de leur inertie, cherchant le dialogue. Pour établir des contacts, le temps passé en longues conversations avec des gens enfermés si longtemps dans leurs frontières vaut plus que des kilos de café! Petit à petit, la peur s'estompe et la confiance s'installe, permettant de créer des projets dans lesquels les Roumains s'engagent.

Travailler à partir des ressources existantes pour le développement local, telle était la volonté des" Ateliers de la Démocratie», qui ont eu lieu à Timisoara en 1991. La fondation d'un réseau de tourisme rural "Rétea Turistica», avec logement chez l'habitant, est le résultat d'une grande collaboration. Avec ce projet, est née une motivation pour améliorer les infrastructures permettant de jouir d'un environnement villageois naturel, de la richesse du patrimoine, de la tradition de l'accueil, hors du tourisme de masse.

La réussite de ce projet ne doit pas diminuer la valeur de toutes les autres réalisations comme l'accueil des enfants roumains en vacances en Belgique, des animations par les jeunes chez les enfants abandonnés, une opération peinture dans un dispensaire, et ce ne sont qu'un tout petit nombre d'exemples de tout ce que la volonté et les disponibilités peuvent mettre en route.

« Mon » village s'appelle Popesti, dans le Bihor, mais j'ai des amis dispersés en Roumanie; mes pensées vont vers eux. J'aimerais tant qu'ils puissent voyager facilement, délivrés de leurs restrictions financières et administratives. Je pourrais enfin, moi aussi, les attendre à notre frontière, leur dire merci d'être entrés dans ma vie et leur demander de m'aider à mieux comprendre la leur.

" La revedere».

" Au revoir»

 

GUIDE DES MONASTÈRES D'EUROPE

 

Un guide intéressant vient de paraître en édition française (Horay - Paris). Il décrit la plupart des monastères d'Europe (à l'exception de la France, la Belgique et le Luxembourg qui font l'objet d'un guide séparé): histoire, œuvres d'art, artisanat, heures des offices et accueil. Pour chacun des pays, l'histoire de la religion et particulièrement des monastères est retracée dans les grandes lignes. Dans l'introduction générale on trouve un commentaire sur les principaux ordres religieux, un glossaire et les plans habituels des monastères catholiques ou orthodoxes.

 

Les monastères dans les pays du centre et de l'est.

 

Les communautés monastiques des pays de l'Est commencent à revivre. Le guide ne s'intéresse qu'aux monastères qui ont une histoire ou présentent un intérêt artistique ou liturgique. Cette liste ne tient donc pas compte des nouvelles petites communautés qui sont parfois établies, comme chez nous, dans de modestes maisons ou appartements. Cent vingt monastères sont décrits.

 

Ex. Yougoslavie.

Slovénie: 6 monastères catholiques. Croatie: 4 monastères catholiques. Bosnie: 1 monastère catholique. Yougoslavie: 5 monastères catholiques, 7 monastères orthodoxes.

Après la prise du pouvoir par Tito, en 1945, une partie des biens religieux fut confisquée et la religion fut pratiquement interdite mais d'une manière plus souple que dans la plupart des pays de l'Est.

 

Albanie: 1 monastère orthodoxe. 2 monastères catholiques.

En 1967, le régime communiste interdit par décret de pratiquer une religion quelle qu'elle soit. Le dictateur Enver Hoxha, au pouvoir jusqu’à sa mort en 1985, se déchaîna particulièrement contre les chrétiens catholiques et orthodoxes.

 

Bulgarie: 9 monastères orthodoxes, 1 carmel.

 

Roumanie: 12 monastères orthodoxes.

Depuis 1970, presque tous ces monastères ont été inscrits au catalogue mondial de l'Unesco pour la conservation du patrimoine.

 

Hongrie: 7 monastères catholiques.

En 1950, les ordres religieux furent supprimés et leurs biens confisqués par le régime communiste. Lorsqu'il fut renversé dans les années 1980, on rétablit la liberté de culte.

 

République tchèque: 6 monastères catholiques. Slovaquie: 3

Des nombreux monastères que comptait la Tchécoslovaquie, aucun ne fut épargné par la barbarie nazie, pas plus que les synagogues. En 1945, les moines retrouvèrent leurs monastères mais ils en furent chassés cinq ans plus tard par le régime communiste. C'est très récemment que la vie monastique a pu être rétablie.

 

Pologne: 12 monastères catholiques, 1 monastère orthodoxe.

Pendant les années du régime communiste, après la 2e guerre mondiale, l'Eglise catholique joua un grand rôle pour la sauvegarde de la liberté religieuse.

 

Estonie: 1 monastère orthodoxe. Lettonie: 1 monastère orthodoxe, 1 monas­tère catholique.

 

Lituanie: 1 monastère orthodoxe.

 

Ukraine: 15 monastères orthodoxes, 2 carmels récents.

Beaucoup de ces monastères ont eu une histoire tourmentée mais ils n'ont pas tous été fermés durant la période communiste.

 

Russie: 24 monastères orthodoxes.

La plupart des monastères ont été fermés, transformés ou détruits assez vite après la révolution de 1917. Dans les années 1980, grâce à Gorbatchev et sa perestroïka, la vie monastique a pu reprendre lentement.