Bulletin décembre 1998

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De Sibérie, un message de Noël

 

La fête de Noël est une fête ancienne toujours jeune, toujours neuve. Il y a deux mille ans que Dieu a assumé la nature humaine mais le lien entre le ciel et la terre est aujourd'hui encore, une réalité. Si l'homme veut aller son chemin sans attention pour Dieu, sans attention pour son prochain, il court à la catastrophe: «C'est l'enfer!", disons-nous souvent. Par contre, là où il vit en relation avec les autres, il se prépare un sol fertile pour un avenir meilleur. Mais cette relation avec les autres ne tombe pas du ciel, elle doit se construire et la fête de Noël nous donne une impulsion à cet égard. Les gens sont plus cordiaux, plus ouverts, c'est la fête de la rencontre, spécialement dans le cercle familial.

 

Le lien de Dieu avec les hommes peut se refléter à trois niveaux:

 

· Au niveau spirituel: Le «meilleur" doit faire le premier pas. C'est Dieu qui a fait le premier

pas vers l'humanité, alors nous n'avons pas le choix. Nous aussi, si nous sommes fermes dans la foi, si nous allons bien, nous avons à faire le premier pas vers ceux qui font du tort aux autres, qui sont incapables de vivre en paix avec les autres ou simplement qui sont tièdes dans la foi.

 

· Au niveau culturel et scientifique: Lien signifie communauté et donc partage. Ce que j'ai pu acquérir par l'enseignement, l'éducation, je dois le partager, le transmettre. Beaucoup de mes idées, les conclusions de mes recherches, je n'en suis pas le créateur. Je les ai reçues donc je dois à mon tour les partager.

 

· Au niveau « inculturation» : Jean-Paul Il a dit un jour: «L'inculturation signifie que nous apportons quelque chose de bon mais sans détruire la culture existante". Ceci est valable en tout temps, dans toutes les régions et dans tous les domaines de notre vie. Nous ne pouvons pas aller vers l'autre en lui disant avec condescendance: « Je sais ce qui est bon pour toi". C'est humiliant pour lui et cela ne changera rien à son avenir. La voie vers un avenir meilleur passe par un apprentissage mutuel de l'un par l'autre.

 

Père Joseph Werth(*) administrateur apostolique à Nowosibirsk.

 

(*) Joseph Werth est né en 1952 au Kazakhstan (ex U. R.S. S), dans une famille catholique de onze enfants. En 1975, il entre clandestinement dans la Compagnie de Jésus. En 1979, il entre au séminaire de Kaunas en Lituanie où il est ordonné prêtre en 1984. Curé au Kazakhstan puis dans la région de la Volga, il est enfin nommé par Jean-Paul Il Administrateur apostolique de Sibérie, en 1991.

 

L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN SIBÉRIE

 

Un document intéressant nous est parvenu de l'Administration apostolique de Nowosibirsk, à l'occasion de la consécration de la nouvelle cathédrale de ce centre épiscopal restauré en 1991 après une éclipse de 60 ans. Il relate les nouvelles de l'année écoulée, donne une brève histoire de l'Eglise catholique en Sibérie et décrit la situation actuelle des 18 communautés catholiques disséminées dans les 5 régions de Sibérie.

 

D'où viennent ces catholiques vivant en milieu orthodoxe?

 

L'histoire de l'Eglise catholique en Sibérie commence au début du 17e siècle lorsque la Russie commença la colonisation planifiée de cet immense territoire (12,8 millions de km2), à lui seul plus étendu que le continent européen (10 millions de km2). Parmi les hommes d'affaire, les ingénieurs, les employés, beaucoup étaient d'origine polonaise, allemande ou lituanienne. De religion catholique, ils gardèrent jalousement cette foi de leurs ancêtres.

 

A la fin du 19e siècle, lorsque fut construit le transsibérien, des ouvriers et ingénieurs polonais décidèrent de rester dans ces régions. Des Allemands également, établis précédemment en Ukraine ou sur la Volga, furent attirés par les promesses de recevoir, en Sibérie, de grandes terres à exploiter.

 

Mais la Sibérie fut surtout, depuis les Tsars, la terre d'exil par excellence. Opposants au pouvoir et prisonniers de Droit commun étaient envoyés dans les camps de travail, ce qui équivalait la plupart du temps à une condamnation à mort. Le régime soviétique continua cette tradition à grande échelle et avec la barbarie que l'on connaît. Des milliers d'opposants polonais, plus de 400.000 lituaniens (catholiques pour la plupart) vinrent grossir les rangs des résistants ou simplement des prêtres ukrainiens, russes et autres, dans l'enfer des bagnes de Sibérie.

 

Comment s'organisa l'Eglise catholique en Sibérie?

 

Longtemps il fut interdit aux petits groupes de catholiques de s'organiser en communautés paroissiales.

En 1921, un premier diocèse est érigé à Vladivostok (extrémité orientale, sur la mer du Japon).

En 1933, l'évêque de Vladivostok meurt et les autorités refusent de le remplacer, la cathédrale est fermée. Comme partout dans la Russie soviétique, la religion, qu'elle soit catholique ou orthodoxe, doit être éradiquée. Les martyrs de la foi se comptent par millions.

De petits groupes cependant continuent à se réunir secrètement dans les cimetières ou les maisons pour prier ensemble.

Dès les années soixante, quelques prêtres isolés, notamment des jésuites de Lituanie, viennent passer un petit temps dans quelques communautés.

En 1982, un prêtre venant d'Ukraine, Joseph Swidniski s'installe de façon permanente en Sibérie. Il prend contact avec beaucoup de catholiques clandestins de Sibérie occidentale et il envisage la construction d'une petite église à Nowosibirsk. Il paie cette initiative de deux ans et demi de prison.

En 1990, les choses commencent à changer. Il redevient possible d'être ouvertement croyant et de se rassembler sans angoisse pour prier ensemble.

En 1991, un diocèse catholique est érigé en Sibérie. Nowosibirsk est choisi pour en devenir le Siège épiscopal et Joseph Werth S.J. est nommé évêque. Pour ce territoire immense, il n'y a alors que trois prêtres. L'église Sainte-Marie d'abord, puis une petite chapelle en bois servent de cathédrale.

Aujourd'hui, le diocèse de Sibérie a une dimension universelle. Les prêtres qui y circu­lent se rendent comptent qu'il y reste beaucoup de catholiques et que certains attendent la venue d'un prêtre depuis 70 ans.

Le 10 août 1997, la nouvelle cathédrale est consacrée. Elle a la forme de trois tentes pour rappeler la transfiguration du Christ, fête importante également et peut-être surtout chez les orthodoxes.

 

Panorama de l'Administration apostolique de Nowosibirsk / Sibérie en 1997

 

Etendue: 12,8 millions de Km.2

Nombre d'habitants: 30 millions.

Nombre de catholiques: on suppose de 1 à 2 millions.

Division administrative en cinq régions (11 diocèses orthodoxes).

Institutions diocésaines:

 

· Caritas.

La Caritas diocésaine a été créée en 1991 à Nowosibirsk. Elle s'est installée à présent dans onze villes du pays. Elle vient en aide à un grand nombre de nécessiteux.

· Le Journal de l'Eglise

Fondé en 1995 par Mgr Werth, le «Journal catholique de Sibérie» paraît chaque mois. Il sert de trait d'union entre l'évêque et les fidèles disséminés sur cet immense territoire. Il les informe au sujet de tout ce qui est et ce qui fut important pour les catholiques de Sibérie. Histoire de l'Eglise, prières, courrier de lecteurs etc...

Le journal est distribué gratuitement à 5.000 exemplaires.

· L'inigo, Centre pour l'éducation spirituelle.

Ce centre a été fondé par les jésuites en 1994. Il s'adresse aux prêtres et aux laïcs. Son activité est pluridisciplinaire: science et culture, liturgie, éducation spirituelle, liturgique, biblique. Création d'une bibliothèque théologique.

Chaque année ont lieu des rencontres pour les minorités nationales. Certains pères enseignent au pré séminaire et apportent ainsi une contribution importante à l'avenir de l'Eglise catholique en Sibérie.

· TV «KANA» (Télé studio catholique sibérien)

Fondée en 1996. Vidéo journaux sur la vie catholique en Sibérie et dans le monde. Préparations de films pour la catéchèse. Envoi de films religieux étrangers dans les paroisses etc...

 

Prêtres et religieuses:

 

· Prêtres diocésains de Nowosibirsk: 6

· Prêtres diocésains d'autres diocèses: 24 (à savoir: 6 prêtres d'Allemagne, 6 de Pologne, 4 de Slovaquie, 2 de Corée du Sud, 1 d'Ukraine, 4 des USA).

· Religieux: 34 (à savoir. Communauté des prêtres de St Charles Borromé: 3, Jésuites: 6, Association de la Résurrection (Liban): 1, Clarétins:8, Franciscains:4, Néocatécuménat: 3, Rédemptoristes: 4, Salésiens de Don Bosco: 6, Salvatoriens: 1).

. Religieuses: 69 (à savoir: Dominicaines: 2, Dames anglaises: 2, Sœurs de Béthanie: 2, Franciscaines: 1, Sœurs de Mère Térésa: 11. Les autres religieuses viennent de congrégations peu connues chez nous).

· Frères d'Ordres religieux: 3 (à savoir 2 Jésuites et 1 Clarétin).

 

Quelques réflexions pastorales d'Entraide d'Eglises

 

Ce document détaillé sur la Sibérie est malheureusement trop long pour être repris ici dans son intégralité mais il nous suggère quelques réflexions pastorales que nous estimons fondamentales.

Très sobre, il laisse percevoir la douloureuse existence de ces communautés longtemps persécutées et laissées à la solitude mais aussi la persévérance et le témoignage de foi de leurs pasteurs et de tant de laïcs abandonnés à eux-mêmes. Témoignage à recueillir et qui peut nourrir notre foi.

Mais il suscite aussi en nous une certaine inquiétude pastorale.

Coupées pendant près de 70 ans de la respiration de l'Eglise universelle, frustrée du courant de renouveau de Vatican Il, comment ces communautés éviteront-elles le risque psychologique de crispation sur cette Eglise d'autrefois pour laquelle elles ont tant souffert?

 

Privées d'informations et de possibilités de formation, comment les aider à s'ouvrir aujourd'hui et à évoluer dans ce courant né de Vatican Il qui leur révèle un Eglise renouvelée mais difficile à reconnaître? Comment les aider à renouer les liens, à se greffer sur ce circuit de vie qui traverse l'Eglise? Comment vivre ensemble un respect mutuel dans une approche qui restera longtemps délicate et difficile, sans condescendance et à travers une pastorale adéquate qui évite de susciter ou d'entretenir des réflexes d'auto-défense ou de fermeture?

 

Il est évident que ces communautés ont droit aujourd'hui à notre sollicitude: c'est notre devoir. Mais quelle forme de «mission», quelle «nouvelle évangélisation»? L'extension de l'apostolat de notre Eglise catholique dans ces régions sera-t-elle assez soucieuse de la réaction de l'Eglise orthodoxe anxieuse de cette approche, fragilisée qu'elle est elle-même par les mêmes séquelles de la persécution? Comment, dans cette situation bien concrète, vivre l'esprit de l'œcuménisme? Comment même interpréter l'envoi du Christ: «Allez, baptisez toutes les nations ?..»

 

Spoliées de leurs lieux de culte, on peut bien comprendre le souci de ces communautés de les reconstruire. Mais comment éviter que la mobilisation des énergies pour ce faire n'oblitère un peu le souci de construire «l'Eglise des pierres vivantes» ? Comment éviter que ces constructions ne soient une des facettes de ce besoin d'en revenir à l'Eglise d'autrefois, mais, au contraire, en faire une initiative qui mette en route une créativité pastorale nouvelle ?

 

Courageux et fidèles, mais privés de toute formation, comment appeler ces laïcs à un engagement éclairé, comment éviter le risque d'un nouveau cléricalisme? Comment leur donner voix et favoriser leur apprentissage d'un rôle responsable dans l'Eglise, en liens avec leurs pasteurs d'aujourd'hui?

 

Entraide d'Eglises se doit, pour sa part, de se laisser interpeller par ces questions qui doivent déterminer ses choix pastoraux. Renouer les contacts, échanger les richesses, les expériences et les savoirs pour s'ouvrir ensemble à l'Esprit.

 

D'après les documents reçus de Sibérie, traduits de l'Allemand par Fr. Le Cocq et résumés par B. Martens.

 

 

UNE BÉATIFICATION CONTESTÉE

Pierre Delooz

 

Nous nous simplifierions la vie si nous passions sous silence la béatification, au titre de martyr, d'Aloïs cardinal Stepinac, archevêque de Zagreb, à laquelle a procédé Jean-Paul Il, le samedi 3 octobre 1998 au sanctuaire croate de Marija Bistrica. En effet, c'est, au dire même de journaux catholiques comme La Croix (Paris, 2 octobre) ou The Tablet (Londres, 10 octobre), une béatification contestée.

 

Contestée par qui? Principalement par des orthodoxes serbes et des juifs qui estiment que, pendant la guerre, sous le gouvernement fasciste Ante Pavelic, Mgr Stepinac fut le complice, au moins indirect, des persécutions dont furent victimes d'innombrables juifs et orthodoxes serbes.

 

Ces critiques donneraient ainsi raison, au moins partiellement, au tribunal communiste qui, en 1946, condamna l'archevêque à seize ans de travaux forcés pour «crimes contre le peuple et contre l'Etat».

 

Aloïs Stepinac est né dans une famille de paysans aisés, installés dans une Croatie qui faisait partie, à l'époque de l'empire austro-hongrois. Il fut d'abord officier pendant la guerre de 1914-1918, puis, renonçant à des fiançailles que lui avaient ménagées son père, il partit pour Rome étudier la théologie. Il en revint prêtre et accéda bientôt à l'épiscopat -il fut le plus jeune évêque catholique de son temps- et à 39 ans, il devint archevêque de Zagreb. Il allait devoir affronter ainsi, en responsable majeur, l'accession à l'indépendance en 1941.

 

Cette indépendance, il la salua avec joie et avec appréhension car elle était due à l'Allemagne hitlérienne. Bientôt, en effet, le gouvernement croate allait appliquer les lois nazies contre les juifs et se venger brutalement, aux dépens des Serbes vivants en Croatie, des exactions subies sous la dictature royale de la Yougoslavie dominée par les Serbes.

 

Le gouvernement allait, entre autres mesures, tenter de séparer les couples mariés dont un des membres était serbe et demander aux Serbes qui voulaient être épargnés par l'état croate de se convertir au catholicisme. L'archevêque se refusa à avaliser cette politique qui allait à l'encontre d'une élémentaire liberté de conscience et le fit savoir publiquement, comme il fit connaître publiquement sa réprobation à l'égard des discriminations raciales dont étaient victimes non seulement les juifs, mais les tsiganes. Menacé d'emprisonnement, il dut sa liberté à la victoire des partisans conduits par Tito.

 

Mais, les communistes au pouvoir n'allaient pas le ménager. Ils se mirent à persécuter son Eglise comme ils le firent partout en Europe centrale et orientale. Ils tentèrent pourtant de lui faire miroiter un avenir plus favorable s'il se détachait de Rome, mais en vain. L'ayant compris intraitable, ils l'arrêtèrent et le firent juger par un « tribunal du peuple» qui le fit passer pour un collaborateur du gouvernement Pavelic et un responsable de ses pires excès. Cette désinformation scandaleuse n'a malheureusement pas fini de sortir ses effets.

 

Emprisonné d'abord à Lepoglava, en 1946, il fut ensuite relégué dans son village de Krasic où il mourut - empoisonné?- en 1960.

Elevé au Cardinalat en 1953 pendant sa relégation, il avait refusé de se rendre à Rome de peur de ne pouvoir rentrer dans sa patrie.

 

NOUVELLES DE ROUMANIE

 

UNE BONNE NOUVELLE POUR L’ŒCUMENISME

BUCAREST. La rencontre internationale

«Hommes et religions pour la paix».

 

Organisée par la communauté Sant’ Egidio, un mouvement de laïcs catholiques italiens, avec la collaboration d'une Eglise orthodoxe, celle du patriarcat de Roumanie, la 12e rencontre internationale «Hommes et religions pour la paix» s'est déroulée du 22 août au 2 septembre, à Bucarest, sur le thème «La paix est le nom de Dieu». Plusieurs centaines de délégués venus de trente-quatre pays et représentant dix confession religieuses ont pris part à cette manifestation au cours de laquelle devait être relancée l'opération «M 2000» qui vise à obtenir la suspension de toutes les exécutions de condamnés à mort dans le monde, d'ici l'an 2.000. Cette rencontre qui se tenait pour la première fois dans un pays de tradition orthodoxe a été marquée par une forte présence des Eglises orthodoxes, puisque huit d'entre elles étaient représentées par leurs primats en personne...

 

...En organisant sa rencontre à Budapest, la communauté Sant’ Egidio répondait à l'invitation du président roumain, Emil Constantinescu qui avait participé l'an dernier à la rencontre de Padoue (Italie) et avait alors invité Sant’ Egidio à venir en Roumanie. Le président Constantinescu était à nouveau présent, cette année, lors de l'inauguration de la rencontre, le «30 août, aux côtés du patriarche Theoctiste, primat de l'Eglise orthodoxe roumaine. Il devait, à cette occasion, souligner l'importance que son gouvernement accordait à la prochaine venue du pape en Roumanie et souhaiter voir rapidement surmontées les difficultés existant dans ce pays entre l'Eglise orthodoxe et l'Eglise catholique de rite byzantin. La veille et le jour même, plusieurs gestes furent faits en cette direction. Le 29 août, la présence du patriarche Théoctiste, lors de la messe du soir dans l'église catholique de rite latin de Bucarest, fut ressentie comme un événement exceptionnel qui suscita un tonnerre d'applaudissements de la part des fidèles. Le lendemain, dans la même église, deux autres évêques orthodoxes, le métropolite Nestor d'Olténie et l'évêque Théophane, responsable du département des relations extérieures du patriarcat, étaient également présents lors de la liturgie célébrée par tous les évêques grecs catholiques de Roumanie.

Plus tard dans la matinée, les primats et dé. légués des différentes Eglises orthodoxes locales représentées à cette 12e rencontre devaient célébrer une liturgie eucharistique en plein air devant la cathédrale patriarcale, en présence de sept cardinaux romains et de dizaine d'évêques catholiques, y compris ceux de Roumanie, grecs-catholiques et latins. «Nous vivons un moment unique, un moment historique», déclara ensuite dans son allocution le patriarche Theoctiste qui, soulignant que les «égarements» du temps du régime communiste étaient révolus, affirma, de la part de son Eglise, sa volonté «d'ouverture au renouveau, à l'unité et à la paix».

L'évêque Emmanuel (Adamakis), responsable de la représentation du patriarcat œcuménique auprès de l'Union Européenne à

Bruxelles, donna lecture d'un message du patriarche œcuménique Bartholomée 1er qui soulignait l'engagement des religions en faveur de la paix, rappelant que «Dieu est un Dieu de paix et seule la guerre qu'il autorise est la guerre que nous menons contre le mal qui est en nous et qui est à la source de toutes les guerres où le sang des hommes est versé». Plus tard l'archevêque Anastase de Tirana a développé cette même idée, affirmant que «chaque guerre au nom de la religion est une offense à la religion». Dénonçant le terrible dialogue» qui s'est engagé«entre les bombes des terroristes et les missiles des puissants de ce monde», il a déclaré que «la seule manière de vivre en paix (...) et de prévenir les conflits interreligieux» consistait à «accepter les droits des autres hommes et à favoriser un dialogue de vie véritablement pacifique». «II ne s'agit pas simplement de tolérance religieuse mais de quelque chose de beaucoup plus positif: d'un respect mutuel conscient, de compréhension et de solidarité entre les peuples».

 

Service Orthodoxe de Presse. Sept.Oct.1988

 

TEMOIGNAGE

 

NOEL EN LITUANIE:

DE LA NUIT A LA LUMIERE

Zydre Bakutyte - Etudiante à l'I.E.T à Bruxelles.

 

Quand je pense à Noël, je pense surtout au passage de la nuit à la lumière, de l'état de rejet et d'exil à l'état de bonheur. Cette intuition du bonheur, nous la portons tous, depuis toujours, au plus profond de notre cœur. «Sois toi-même», comme disait Socrate, car en étant soi-même, on peut être heureux.

Pour moi, fêter Noël, c'est laisser Jésus naître en nous et se laisser renaître avec lui. Notre personne tout entière, notre identité propre en est touchée beaucoup plus profondément qu'on ne pourrait l'imaginer.

 

Ces mots, je peux les écrire aujourd'hui, mais en Lituanie, à l'époque soviétique, on ne pouvait pas célébrer la fête religieuse de Noël. La «sagesse» du K.G.B. l'avait transformée en fête familiale mais on ne pouvait surtout pas y parler de Dieu. Pendant les cinquante années d'occupation soviétique, il était strictement interdit d'être croyant, donc en quelque sorte d'être soi-même. L'idéologie soviétique a essayé de détruire notre identité personnelle comme celle de notre pays.

 

Sur les quelques trois millions d'habitants que comptait la Lituanie, un tiers s'est trouvé en situation de danger: certains ont émigré, beaucoup ont été déportés en Sibérie. Les Soviétiques voulaient tout contrôler et tuer la foi de l'intérieur. Seuls les communistes avaient accès aux postes de responsabilité mais un communiste ne pouvait aller à l'église. Si quelqu'un faisait baptiser son enfant, le lendemain on lui proposait gentiment de quitter son travail.

 

En 1940, 86% des Lituaniens étaient catholiques, et pourtant beaucoup d'églises furent fermées, transformées en entrepôts, en sal. les de sport, en musée ou simplement laissées à l'abandon. Un seul séminaire fut maintenu, à Kaunas, mais là aussi le K.G.B. s'est infiltré parmi les professeurs et les séminaristes.

 

Les communautés monastiques furent dispersées, les anciens moines ou religieux pourchassés et souvent assignés en procès à cause de leurs «opinions antisoviétiques». Plus de catéchisme aux enfants, ni à l'école ni dans les églises.

 

Les gens étaient profondément habités par la peur et par le doute. Pour la majorité des jeunes, Dieu n'était plus le Père du ciel mais une relique du Moyen Age. Les rares églises ouvertes se vidèrent de plus en plus, fréquentées seulement par les vieux qui n'avaient plus rien à perdre. Les fidèles essayaient de garder leur cœur tourné vers le Seigneur par la prière personnelle mais ils n'osaient pas parler de leur foi, même à leurs amis. Ils hésitaient à parler de leur Ami le plus proche, de Jésus qui par sa naissance apporte le Mystère de la gratuité, du don. Le soir de Noël, si on se réunissait pour prier, c'était portes fermées par crainte des voisins. La fête c'était pour le jour de l'an.

 

Aujourd'hui, Noël peut se fêter librement, toutes portes ouvertes. Mais à travers toutes les traditions qui nous viennent actuellement de l'étranger, il nous faut retrouver notre identité dans la fête, ce qui nous appartient en propre et ce qui peut enrichir notre culture.

Au-delà de toutes ces manifestations extérieures, le Mystère de Noël, si nous le vivons au plus profond de notre cœur, est une possibilité de faire un pas de plus dans la foi pour accueillir le don gratuit et pour renaître en communion avec ceux qui souffrent.

 

ROUMANIE: L'ECOLE «CHRISTIANA»

Sauvetage de 300 jeunes en abandon scolaire

Une belle réalisation œcuménique

 

Lors de sa dernière mission en Roumanie, le Secrétaire Général d'Entraide d'Eglises, Jean-Marie Goffinet s'est arrêté à Cluj, chez les Religieuses de la Doctrine Chrétienne qui, installées depuis deux ans dans cette ville, participent à un projet concret pour une meilleure entente entre les différentes Eglises de Roumanie. Convaincues que l'unité des chrétiens peut se faire à petits pas par la réalisation pratique d'un objectif commun(1), elles ont parlé avec enthousiasme de l'école «Christiana» fondée par un prêtre orthodoxe qui a demandé leur aide.

 

J-M.Goffinet. En quoi cette école est-elle particulière?

Sr Marie-Anne. C'est une triste réalité qui a motivé l'ouverture de cette institution: l'analphabétisme juvénile. Avec l'effondrement du niveau de vie, beaucoup de parents sont effectivement obligés de renoncer à envoyer leurs enfants à l'école.

 

Il y a trois ans, prenant conscience de ce grave problème, le père Vlaicu(2), prêtre orthodoxe et professeur à la Faculté de Cluj, a décidé de lancer cette école comme réponse partielle à ce fléau. Dès le départ, il a reçu l'appui de son archevêché qui a immédiatement accordé une rétribution au coordinateur du projet, le Père Popovici(3) avec lequel nous sommes en contact tous les jours.

 

J-M.G. Où est située cette école?

 

Sr M-A. Elle est située à Floresti, à l'entrée de Cluj, sur la route d'Oradea (depuis 1990, beaucoup d'Européens de l'Ouest ont traversé cette localité connue pour ses radars et sa police très active!).

 

J-M.G. Pouvez-vous nous décrire la population de l'école « Christiana» ?

 

Sr M-A. L'école «Christiana» est entrée dans sa troisième année d'activité. Plus de 300 enfants la fréquentent. Ces jeunes viennent d'un milieu défavorisé, caractérisé par le manque de moyens financiers et matériels (situation d'indigence parfois inimaginable!) et les problèmes familiaux tels que l'alcool et la prison.

 

Les enfants ressentent tout cela au quotidien. Quand ils arrivent en classe le matin, certains sont fort nerveux, abattus, agressifs... Souvent ils n'ont aucune structure scolaire, la discipline durant les cours est difficile. Les choses les plus élémentaires ne sont pas connues parce qu'elles n'ont pas été entretenues. Sous des apparences désinvoltes, les jeunes sont hypersensibles. Ils ont besoin de se sentir estimés et valorisés. Les retards scolaires sont très importants. Pourtant ces jeunes sont «normaux» du point de vue intelligence. Ce sont les bases essentielles qui manquent.

 

J-M.G. Comment l'école fonctionne-t-elle ? Est-elle reconnue officiellement par le ministère?

 

Sr M-A. L'activité de l'école commence le 1 er octobre et se termine le 1 er juillet. Chaque matin, les élèves sont transportés à l'école par un bus de location. Le programme éducatif préparant aux examens qui donne accès au certificat d'études reconnu par le ministère se déroule deux jours par semaine. Les trois autres jours, les élèves participent à un programme d'orientation professionnelle dans les ateliers (mécanique, menuiserie, boulangerie, coiffure, couture).

 

Périodiquement, les parents mais aussi les frères et sœurs des élèves se rencontrent dans le cadre d'un programme appelé «l'école des parents». Nous menons également dans d'autres écoles des actions de prévention de l'abandon scolaire

.

J-M.G. De qui se compose l'équipe éducative?

 

Sr M-A. Pour encadrer ces 300 jeunes, nous avons une équipe composée d'un coordinateur, le Père Popovici, 2 assistants sociaux, 11 professeurs volontaires, un psychologue volontaire, une pédagogue, Melle Cécile Goffaux, originaire de Beauraing et moi-même (NDLA : Sr M-A. était, jusqu'il ya peu, directrice d'une grande école au Gd Duché de Luxembourg).

Nous essayons de travailler avec chaque jeune selon ses capacités et ses dispositions mais les activités de groupes sont aussi très importantes. Cette année, le psychologue a remis aux groupes la responsabilité des charges de la maison (nettoyage, début exact des cours...). Chaque groupe est responsable pour quinze jours. Jusqu'à présent une seule défection a été constatée. C'est encourageant.

 

J-M.G. Si je comprends bien, une partie du personnel travaille bénévolement dans l'école?

 

Sr M-A. Oui, et ce n'est pas normal. Nous souhaitons que les membres de notre personnel soient rémunérés correctement mais nous n'en avons pas les moyens financiers. Ils sont donc obligés de trouver à l'extérieur de quoi subvenir à leurs besoins.

 

Petru, le psychologue fait un travail de grande qualité avec ces jeunes. Il travaille individuellement avec eux, à l'aide de tests et surtout d'entretiens. Il est très important pour les adolescents d'avoir un adulte en qui ils peuvent avoir confiance, à qui ils peuvent parler sans craindre les indiscrétions, les moqueries ou les reproches.

 

J-M.G. De quelles aides financières l'école dispose-t-elle jusqu'à présent?

 

Sr M-A. Outre la contribution de l'archevêché orthodoxe de Cluj, l'école reçoit une aide pour payer le salaire de deux assistants sociaux, pour donner deux repas par jour aux élèves et pour entretenir le bâtiment. Des dons reçus de personnes privées permettent de maîtriser les dépenses courantes. Pour des occidentaux, cela peut paraître incroyable de vivre ainsi au jour le jour, depuis trois ans et de continuer le projet avec la même foi en l'avenir. Et pourtant c'est ainsi. Nous avons déjà eu des résultats positifs: dix de nos élèves ont été engagés sous contrat. Cela nous motive et nourrit notre espérance.

 

J-M.G. En quoi Entraide d'Eglises pourrait-elle vous aider?

 

Sr M-A. Je dois vous dire que nous, les enseignants, nous nous sentirions vraiment encouragés si vous pouviez prendre en charge le salaire de Petru, notre psychologue. Il pourrait consacrer plus de temps à son travail auprès des jeunes, travail remarquable et tellement fructueux. Un salaire chez nous représente environ 50.000 FB par an.

 

(1) Le père Pire ne disait pas autre chose dans son livre "Bâtir la paix» (1967).

(2) Le Père Vlaicu est prêtre de l'Eglise orthodoxe, professeur de droit canon à la Faculté de Théologie de Cluj. Ayant reçu une bourse d'une institution catholique, il vient de passer une année à Paris et deux mois dans une abbaye en Bretagne. 1/ y a appris à connaître l'Eglise catholique sous un angle nouveau et il est devenu un fervent partisan de l'œcuménisme. Dans ses cours, il essaie de donner à ses étudiants une vision plus juste de l'Eglise-Sœur.

(3) Le Père Popovici est prêtre de l'Eglise orthodoxe. A 31 ans, il est marié et père d'une petite fille d'un an et demi.