Bulletin Mars 1998

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UNE OCCASION MANQUEE ?

 

Récemment, la Commission Justice et Paix a publié une étude de son Equipe théologique intitulée L.:injustice au nom de l'Evangile ? Cette étude développe une idée apparemment toute simple : il conviendrait de prendre au sérieux, à l'intérieur de l'organisation ecclésiastique, la justice que l'on prêche au monde. Elle partait d'un exemple flagrant et attristant: les prêtres mariés, ordonnés clandestinement pour assurer une présence sacerdotale sous le régime communiste en Tchécoslovaquie, demeuraient sans reconnaissance du Vatican depuis 1989. Exclus parce que mariés. Manifestement, le Vatican ne voulait pas avoir l'air d'approuver une exception à la discipline du célibat.

 

Chacun pouvait, hélas, tirer la conclusion: le principe passe avant la justice rendue aux personnes et, dans ce cas-ci, à des personnes qui avaient pris des risques énormes au nom de l'Evangile.

 

Dans ce numéro d'Entraide d'Eglises, vous pourrez lire comment finalement le Vatican s'en est tiré pour sauver le principe sans sacrifier davantage les personnes et vous vous en réjouirez sûrement avec nous.

 

Mais peut-être peut-on aussi se demander pourquoi n'a pas été

saisie avec gratitude l'occasion providentielle de tirer parti d'une expérience aussi précieuse. Dans une Europe qui s'annonce sans prêtres, vu le vieillissement du clergé célibataire et le refus presque général des jeunes de prendre désormais la relève dans ces conditions, n'eût-il pas été raisonnable d'encourager plutôt que de décourager?

 

 

Retour au pays

 

Boursier d'Entraide d'Eglises, à l'Institut d'Etudes Théologiques (Bruxelles) pendant deux ans, Algirdas Dauknys est rentré dans son pays: la Lituanie.

En compagnie du Secrétaire général d'Entraide d'Eglises, Jean-Marie Goffinet, et de Philippe Vandevoorde, envoyé spécial du Groupe Vers l'Avenir, il parcourt les routes de son pays bien-aimé.

Au volant de son minibus bleu, Algirdas chante sur la partition de l'Hymne à la joie, la beauté naturelle de l'élue de son cœur: la Lituanie ... indépendante, au nord de la Pologne, s'ouvrant sur la mer baltique. Ce prêtre de 38 ans, curé d'Antaliepte, organisateur et guide spirituel de camp de jeunes, connaît tout de son pays. Quand il ne sillonne pas les routes dont il sait tous les pièges, quand il ne balade pas un téléphone très bavard entre les murs délabrés de l'ancien kolkhoze devenu son toit, notre curé part à la rencontre de ses frères et soeurs dans les campagnes et les villes.

 

Coups de klaxons et geste de la main ici, solides poignées de mains et conversations plus longues là-bas, un perpétuel sourire dans le regard, compagnon des uns et ami des autres, complice ou héros d'aucuns, Algirdas Dauknys ne laisse personne indifférent. Pas même le ministre des Affaires Etrangères, Algirdas Saudargas ni le président du parlement, Vyautas Landsbergis qui, l'autre samedi à Vilnius, ne paraissaient nullement surpris de le rencontrer dans les coulisses du congrès d'un parti qui a conduit le pays à l'indépendance.

 

«Jamais, nous dit Algirdas, je n'avais pensé devenir prêtre. Même si maman me disait bien qu'elle priait, alors qu'elle était enceinte, pour que je le devienne. Même si ma tante parlait de moi comme du «futur prêtre». Mais ma première communion reste gravée en moi comme un temps fort. J'ai ensuite eu envie d'aller à l'église, me posant la question de l'existence de Dieu. J'ai lu des bouquins pour clarifier les choses. Voyant les enfants de chœur, je n'avais qu'une envie: les rejoindre.»

 

Un livre sur Don Bosco tombe entre les mains d'Algirdas qui le lit avec passion, au point de bouleverser ses idées sur le sacerdoce. L'adolescent découvre «un prêtre avec un élan, qui aimait ce qu'il faisait». De nombreuses questions l'ébranlent alors au point de l'engager dans la clandestinité de la résistance culturelle et religieuse. Il apprend que «vivre avec Jésus sous l'aile de l'Eglise, c'est riche et passionnant».

 

Mais c'est aussi pour le jeune Algirdas, l'heure des premiers interrogatoires, d'abord par des élèves activistes sans doute délégués par des enseignants ou par le KGB : «Pourquoi vas-tu à l'église? Pourquoi enfant de chœur ?» Algirdas réalise bien vite que l'Eglise, «c'est une attitude, pas un vieux truc de musée», qu'il est montré du doigt et que c'est un drame pour l'école alors qu'il a des notes très positives». Un jour d'ailleurs, un professeur dont l'épouse est membre du KGB avertit: «Algirdas, si tu veux entrer au séminaire, tu dois quitter cette ville. Sinon ils vont te ronger». Au moment de quitter la Lituanie pour deux années de service militaire près de Moscou, Algirdas sait que «si l'armée soviétique ne le détruit pas, il entrera sans doute au séminaire à son retour». Et au côté de «jeunes russes déjà vieux à 'intérieur», sa vocation se renforce.

 

A son retour, il pose sa candidature au séminaire de Kaunas ... ce qui donne lieu à une convocation dans une caserne soviétique où le reçoivent deux membres du KGB, «un dur, violent et méchant; un doux et faux». Rien d'inhabituel cependant. Car le communisme mise sur des prêtres s'intégrant parfaitement dans la structure idéologique. Algirdas s'entend donc proposer un marché: «Prêtre à condition de signer la collaboration avec le KGB.» Adoptant un visage de fer, il se réfugie dans la prière, «la force principale face aux mécanismes du KGB», répétant son impossibilité à collaborer «parce que bavard et incapable de mentir, notamment à ses parents auxquels il ne manquerait pas de tout raconter». Quatre heures de lavage de cerveau. En vain, car Algirdas ne cède en rien: «Si je veux entrer au séminaire, je trouverai tous les moyens. Et si cela me plaît, j'y resterai ... »

 

Le KGB ne désarme pas. Et lorsqu'il rencontre à Vilnius, après cinq ans de séminaire, des missionnaires de paix venus de Californie avec lesquels il «échange des choses», Algirdas se sent surveillé. Quatre jours après, tout au long d'un interrogatoire perturbé par l'émoi bruyant de sa mère, le KGB, provocant, l'accuse de ternir l'image soviétique. Un an plus tard alors qu'il est vicaire d'une petite paroisse du centre du pays, il se voit subitement éloigné de tout «parce que collaborant beaucoup avec l'intelligentzia et la jeunesse».

 

Depuis 1988, Algirdas ose, en effet, organiser des camps de jeunes dans des conditions très simples, axés sur la formation, l'approfondissement religieux, culturel et spirituel, le tout mêlant des activités sportives. Pour le KGB il est un cas de non-soumission inguérissable ... Et, de fait, notre prêtre participe à la «révolution chantante» et à la deuxième réunion du Conseil de l'indépendance, fonde même un groupe du mouvement de libération Sajudic, ne se prononçant toutefois que sur les questions religieuses, spirituelles, sociales et culturelles.

 

Après l'indépendance Algirdas ressent le besoin d'approfondir ses connaissances philosophiques à Bruxelles (l.E.T et d'entreprendre une licence en théologie dogmatique. Il achève actuellement son mémoire, ravi: «J'ai pu y approfondir mes connaissances en sciences exégétiques -l'analyse de la Bible et de la rhétorique de St Paul notamment - et relatives aux idéologies qui alimentent la mentalité des sociétés contemporaines. Celles aussi d'affronter et de résoudre les défis posés par le grand tournant en Lituanie ainsi que dans le domaine psycho-religieux.» Beau bilan!

 

En Lituanie, le défi de la nouvelle évangélisation

 

Avant l'indépendance proclamée unilatéralement en 1990 par le Soviet suprême lituanien suivi ensuite par ceux d'Estonie et de Lettonie, «l'Eglise vivait dans le monde mais n'était pas de ce monde», observe Mgr Backis, archevêque de Vilnius et président de la Conférence épiscopale de Lituanie. Et d'ajouter que si depuis la reconnaissance de l'indépendance des pays baltes par Moscou, l'Eglise catholique lituanienne (3 millions de fidèles, soit 80 % de la population) est libre, elle n'est pas encore en état d'accomplir toutes ses missions: «Le défi de l'urgente nouvelle évangélisation à travers la catéchèse et la formation des prêtres mais aussi des laïcs est en train d'être relevé. Je suis confiant même si c'est dur dans un pays où reste une base de tradition religieuse vivante.»

 

Le choc des générations

 

Il est vrai que pendant 50 ans, l'Eglise catholique lituanienne a vécu dans la persécution sans être brisée. «Laminée, marginalisée, véritablement asphyxiée parce que limitée dans son apostolat et dans son travail social, ajoute Mgr Backis, l'Eglise a été réduite au culte et aux sacrements par de courageux engagés dans la résistance pour la liberté religieuse et la résistance nationale. Forteresse assiégée et gardienne de la foi et des valeurs nationales, gagnant l'estime de la population, l'Eglise, dont il faut admirer le travail, défendait ses principes et ses traditions.»

 

«Aussi, infléchir le cours des choses dans le sens de la liturgie de Vatican Il ne fut pas toujours compris ... parce que l'on changeait une tradition légitimée par des décennies de pratiques», précise encore Mgr Backis qui ajoute qu'au lendemain de l'indépendance "la pastorale n'a pu répondre à l'attente des fidèles et notamment des jeunes à la recherche de guides spirituels, les prêtres plus âgés et meurtris ayant perdu tout contact avec la jeunesse». Dans la jeune république balte indépendante, l'Eglise s'est vue d'emblée confrontée à une vieille génération réticente à toute réforme et à toute évolution et une jeune génération n'y trouvant finalement pas sa place parce que rejetant toute forme désuète, figée et traditionnelle.

 

L’essentielle approche de la jeunesse

 

Lorsque venant des Pays-Bas où il était Nonce apostolique, Mgr Backis arrive à Vilnius en mars 1992, il saisit immédiatement les besoins fondamentaux de l'Eglise lituanienne. Par la catéchèse d'abord, il entend christianiser les chrétiens privés pendant un demi-siècle de réflexion spirituelle. L'effort en direction des plus jeunes est énorme, d'autant plus que le gouvernement rétablit le choix entre une heure/semaine de cours de religion ou de morale dans les écoles lituaniennes. «II est essentiel d'approcher la jeunesse, poursuit l'archevêque. On manque de catéchistes, mais on va de l'avant. La traduction du catéchisme italien d'abord, du nôtre ensuite, l'édition de plusieurs livres de qualité pour les jeunes, diverses initiatives au niveau de la formation des prêtres et des laïcs dont les bourses d'ENTRAIDE d'EGLISES à Bruxelles, et l'enseignement dispensé par l'université d'Etat de Vilnius aux professeurs de religion favorisent notre bonne entrée dans les écoles. N'oublions pas que les enseignants furent, avec les prêtres, parmi les plus étroitement surveillés par le régime communiste, se devant d'être au service de l'idéologie. Ne demandons donc pas à ceux qui ont été contraints d'apprendre l'athéisme durant des cours de sciences d'enseigner désormais la religion. A part certaines vraies conversions ...»

 

Priorité à l'élan apostolique et spirituel

 

Si la catéchèse est très importante, la formation des prêtres l'est tout autant, aux yeux de Mgr Backis qui ouvre rapidement son séminaire (dont il reçoit les clés du dernier officier russe en partance) à l'enseignement de Vatican II. Priorité est ainsi donnée à l'élan apostolique et spirituel, c'est-à-dire la préparation des prêtres à la pastorale des sacrements et à la formation de ces guides spirituels dont les jeunes manquent tant.

L'archevêque de Vilnius reste toutefois lucide: «Témoigner de sa foi, c'est difficile. On ne demande pas à quelqu'un d'être directeur spirituel sans le former à l'accompagnement des jeunes. En outre, il faut du temps pour la formation de formateurs. J'envoie mes meilleurs séminaristes à l'étranger ... »

 

On s'en doute: la récupération des biens de l'Eglise ne se fait pas toujours sans mal. Quand les bâtiments restitués ne nécessitent pas des travaux de plusieurs dizaines de millions de dollars, évidemment impossibles à réunir. Entre-temps, les activités sociales et caritatives de l'Eglise, interdites au temps du communisme, préoccupent également Mgr Backis: «L'Eglise doit se soucier de la population dont les inévitables mirages issus de l'Occident sont en train de décanter et qui vit de plus en plus mal. Elle doit être présente parce qu'elle a pitié comme Jésus de la foule, qu'elle voit ses souffrances et est prête a lui venir en aide. Mais comment en appeler au volontariat? Qui travaillerait pour rien quand il a à peine de quoi vivre ?»

 

Philippe Vandevoorde

 

Cet article a paru dans le journal Vers l'Avenir, le 5 novembre 1997.

 

Courrier de Prague

 

Lettre de Vaclav Ventura, sous le régime communiste, prêtre clandestin et travailleur en hôpital. Actuellement, professeur de théologie à la Faculté de médecine de l'Université Charles IV à Prague et professeur de patrologie au Centre œcuménique d'Olomouc. Marié et père de deux enfants.

 

Chers amis,

 

Les jours des grandes fêtes approchent et nous voulons vous adresser nos vœux cordiaux accompagnés de nos prières. Que No­tre Seigneur vous donne de goûter sa tendresse et la connaissance toujours plus grande du mystère de l'Incarnation qui divinise toute chose.

 

Tous, ici, nous continuons notre vie dans le cadre du possible. Ça va. Moi à la Faculté de médecine et à Olomouc, la patrologie. C'est un peu fatigant de faire chaque semaine presque 600 km, mais j'ai l'occasion d'étudier dans le train intensivement. Au mois de juin, j'ai défendu ma thèse de doctorat en théologie.

 

Je voudrais vous informer, mais je sais que vous êtes déjà au courant: nous, les 18 prêtres clandestins, nous avons été incardinés dans l'exarchat catholique dans notre république. C'est la reconnaissance officielle et nous sommes très heureux ...

 

Mon épouse, Marie, travaille toujours à la bibliothèque qui est un peu comme son enfant. Alexandra continue ses études et fréquente une école spéciale pour approfondir l'allemand, quant à Radim, il travaille à l'aéroport. La politique chez nous, vous êtes au courant n'est-ce pas? Je suis satisfait que le libéralisme féroce soit fini, du moins je l'espère. Notre président l'a critiqué sévèrement et le premier ministre, le partisan de ce libéralisme a démissionné. La situation économique est très mauvaise après sept années de cette idéologie. Surtout les enseignants, les médecins et la soi-disant classe moyenne souffre économiquement. Les responsables de notre Faculté nous ont dit de chercher des sponsors pour nos activités. C'est vraiment la dégradation de notre métier. Mais je sais, il y a des pays, surtout dans le Tiers-Monde, où la situation est bien pire et en comparaison, nous vivons ici comme au paradis.

 

Chers amis, il y aurait beaucoup de choses à dire. Nous vous souhaitons de vivre les jours de Noël dans la joie et la paix et vous restons unis dans l'amitié et la communion spirituelle.

 

Prague. Décembre 97.

 

Vaclav Ventura.

 

Reconnaissance officielle d’hommes mariés, prêtres clandestins

Une longue patience

Noël Choux(1)

 

Dix-huit Tchèques viennent d'être incardinés dans l'Exarchat gréco-catholique(2) de Prague. Ordonnés clandestinement prêtres, après leur mariage, durant la période communiste, ils attendaient depuis 1989 le règlement officiel de leur situation.

 

Après la prise de pouvoir par le parti communiste en 1948 dans l'ex-Tchécoslovaquie, les Eglises chrétiennes et en particulier l'Eglise catholique eurent à subir de violentes persécutions: suppression de la presse religieuse, des associations catholiques, de la faculté de théologie, création d'un unique séminaire aux mains du pouvoir, emprisonnement, tortures, condamnation, envoi dans les mines d'uranium pour les prêtres et les religieux qui contestaient le contrôle totalitaire imposé par l'Etat.

 

La résistance

 

Clandestine par sécurité, la résistance prit de multiples visages en fonction des événements et des gens qui s'y impliquèrent. Pour l'Eglise catholique, les prêtres et les religieux, s'ils ne furent les seuls à s'y engager, furent aux avant-postes de cette lutte pour la liberté. C'est en prison que s'organisa la première résistance: soutien des plus affaiblis, célébrations clandestines et même des ordinations quand il y avait la présence d'un évêque. Dans le même temps, des séminaristes refusant d'entrer dans le séminaire contrôlé par le pouvoir, furent ordonnés secrètement par des évêques tchèques. Des petites équipes se constituèrent, se réunissant discrètement dans des appartements. Le Printemps de Prague en 1968 fit naître un grand espoir. Des contacts se prirent avec l'étranger, notamment avec des prêtres français au travail.

 

Mais avec les chars du Pacte de Varsovie, la répression reprit de plus belle et fit redoubler de prudence et d'imagination. Des réseaux se mirent en place pour appeler et former de futurs prêtres, qui allaient se faire ordonner à l'étranger (Pologne, Allemagne de l'Est, Autriche, Hollande). Parmi les prêtres formés dans le séminaire officiel, certains prononçaient clandestinement des vœux religieux, d'autres entraient directement en conflit avec le gouvernement en s'exprimant librement et en s'engageant dans la défense des Droits de l'homme. Après s'être vu retirer l'autorisation d'exercer leur ministère, ils ont dû prendre un travail et sont entrés à leur tour dans la clandestinité.

 

Pour mieux déjouer les pièges de la police politique, cette résistance s'exprima aussi par l'ordination d'hommes mariés, dans le rite gréco-catholique. Il y eut également des ordinations épiscopales pour assurer la survie de l'Eglise en cas de persécutions massives. C'est donc de multiples visages que prit la résistance clandestine dans l'Eglise catholique tchèque.

 

Vers la reconnaissance

 

Après 1989, l'Eglise catholique, comme les autres Eglises et la société toute entière, fut prise dans l'accélération subite de l'histoire. Tout était à reconstituer: les ordres religieux, les séminaires, les évêchés et tout le tissu ecclésial: la vie des paroisses, les mouvements, la catéchèse, la manière de vivre et de célébrer ainsi que le lien de chaque croyant à l'ensemble de l'Eglise au sein de la société.

 

L'une de ces tâches et non des moindres fut de rassembler les prêtres qui avaient vécu des situations si différentes. Dans un premier temps, il fut demandé aux prêtres ordonnés clandestinement ou à l'étranger de se faire connaître et que soit vérifiée la validité de leur ordination. Si pour les autres cas, les situations personnelles furent réglées assez rapidement, l'attente s'est prolongée jusqu'à l'automne dernier pour les hommes mariés.

 

La création de l'Exarchat gréco-catholique, en mars 1996, ouvrit la voie au règlement juridique de leur situation. Ceux qui en firent la demande, viennent d'y être incardinés. D'autres, minoritaires, refusent d'y entrer. On peut regretter toutes ces années d'attente, pendant lesquelles la patience et la dignité de ces hommes furent mis à rude épreuve. Mais on peut se réjouir aujourd'hui avec eux de la reconnaissance officielle par l'Eglise de ce qu'ils ont vécu. La date figurant sur leur attestation officielle est celle de leur ordination clandestine. La plupart de ceux qui sont encore en âge de travailler seront envoyés en mission dans leurs milieux professionnels. Après avoir été acteurs pour le combat pour la liberté, il leur faut maintenant être signes d'ouverture et d'espérance au sein de l'Eglise qui doit réinventer sa place dans une société en pleine mutation.

 

(1) Noël CHOUX, prêtre de la Mission de France et collaborateur d'Entraide d'Eglises vient de passer six années comme conseiller de l'Eglise catholique tchèque pour les médias.

(2) L'exarchat est, pour les catholiques de rite oriental, l'équivalent du diocèse, pour les catholiques de rite latin. L’Eglise gréco-catholique est une des Eglises orientales, en communion avec Rome, où s'est maintenue la possibilité d'ordonner prêtres des hommes mariés.

 

 

 

 

Des livres et des hommes

 

Pierre Delooz

 

Du temps du communisme, Françoise Le Cocq avait demandé à l'archevêque de Cracovie ce que pouvait faire ENTR'AIDE d'EGLISE, comme on écrivait alors, pour les Eglises malmenées et isolées par le parti au pouvoir dans les pays de l'Est.

Le futur Jean-Paul II avait répondu: «Envoyez-nous des livres».

 

Bien que les temps aient heureusement changé, nous croyons que cet envoi de livres répond toujours à un besoin réel et ce qui nous porte à le croire est le fait qu'ils nous sont toujours demandés. Il est arrivé même plus d'une fois que l'offre et la demande se soient providentiellement rencontrées. Cela vaut peut-être la peine d'en dire un mot à nos lecteurs. Ce sont des histoires vraies.

 

Ainsi, il Y a quelques mois, le bibliothécaire du grand séminaire de Byalistock en Pologne nous explique qu'il a dû céder au grand séminaire de Vilnius en Lituanie un grand nombre d'ouvrages dont sa bibliothèque pouvait disposer depuis longtemps. Il nous demandait notamment si nous n'avions pas une collection de la Documentation Catholique depuis son premier numéro paru en 1919. Par la même occasion, il nous demandait si nous ne disposions pas de la Nouvelle Revue Théologique depuis le premier numéro paru en 1869 ....

 

Au moment de la demande, nous n'avions rien de pareil dans nos cartons. Toutefois, à quelques semaines de là, le collège de la Compagnie de Jésus à Verviers devait déménager sa bibliothèque, datant de la fondation du collège au XIXe siècle, dans des locaux moins spacieux. Un jésuite demande à un de nos collaborateurs: "Cela vous intéresserait-il? Nous avons ici une collection complète de la Documentation Catholique et de la Nouvelle Revue Théologique». Qu'auriez-vous répondu?

 

Mais il arrive aussi que l'offre précède la demande. Récemment l'abbé Van Ruyskenvelden nous propose de nombreux ouvrages lui ayant appartenu ou ayant appartenu à l'association Copernic qui cessait ses activités. Peu de temps après, le Père Athanase Oros de l'abbaye de Chevetogne, rencontré à la bibliothèque du Centre d'information et de recherche religieuses de Namur auquel nous confions parfois des ouvrages non demandés pour leur offrir une seconde chance, nous fait savoir que son évêque voudrait constituer une bibliothèque pour le nouveau séminaire gréco-catholique qui vient d'être fondé dans l'Est de la Hongrie, à Könyvtarfejlesztés pour être précis. Et voilà les douze volumes du Lexicon für Theologie und Kirche, l'Histoire de l'Eglise de Fliche et Martin, etc.etc. sur la route d'un nouvel avenir.

 

Il y a quelques années, nous avions déjà signalé à nos lecteurs, qu'une offre faite par le Père Misonne de l'abbaye de Maredsous, de la collection complète de la Revue Bénédictine avait trouvé preneur en Pologne, dans un centre d'études bénédictines qui venait justement de s'y fonder. On pourrait relever aussi, par exemple, que l'abbé Watteyne, ancien curé de La Hulpe, avait pris la peine de faire relier ses livres de théologie, ce dont profitent aujourd'hui les étudiants du grand séminaire d’Iasi en Roumanie.

Sans doute, avons-nous ainsi relevé des coïncidences providentielles qui ne se produisent pas tous les jours, mais parmi les tonnes de livres et de revues qui ont transité par ENTRAIDE D'EGLISES, qui saura jamais où auront abouti tels exemplaires ou simplement telles pages, telle ligne, dont la lecture aura été providentielle pour tel lecteur inconnu?

 

RUSSIE

 

Honorer la mémoire des victimes du stalinisme

 

Une chapelle orthodoxe a été consacrée, le 27 octobre dernier, à Sandormoch, au nord de la Carélie, au-dessus d'une fosse commune d'où ont été récemment exhumés les restes de plus d'un millier de victimes des répressions staliniennes dont trois évêques orthodoxes ainsi que des membres du clergé d'autres confessions. La cérémonie à la mémoire des victimes était présidée par l'évêque Manuel de Petrozavodsk en présence de représentants des autorités civiles de Carélie et des communautés religieuses de la région.

 

Les restes de plus d'un millier de corps ont été découverts à Sandormoch, à plus de 105 km au nord de Saint-Pétersbourg, sur une surface boisée d'un hectare. La plupart des victimes qui avaient été envoyées du camp des îles Solovski, sur la mer Blanche, pour travailler à la construction du canal reliant le lac Onega à la mer Blanche, ont été tuées d'une balle dans la nuque par les membres du NKVD, la police secrète de Staline, entre le 27 octobre et le 4 novembre 1937.

 

Les archives de l'ancienne police secrète ont permis d'identifier les noms de plusieurs victimes, parmi lesquelles figurent de nombreux clercs orthodoxes, dont l'archevêque de Koursk, l'archevêque de Samara et l'évêque auxiliaire de Voronège, ainsi qu'un évêque catholique géorgien, un pasteur baptiste et des imams d'Asie centrale.

 

Le père Vsevolod Tchapline, responsable des médias au département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, a déclaré au correspondant du bulletin œcuménique ENI à Moscou que «découvrir les tombes des victimes de la répression totalitaire» était «une source de grande souffrance et de consolation. De telles découvertes rappellent le témoignage et le rayonnement de l'Eglise du Christ qui a donné tant de martyrs durant ce siècle d'oppression».

 

La fosse commune de Sandormoch est l'une des nombreuses fosses découvertes depuis la chute du régime communiste. Une autre, contenant les restes de quelque quinze mille victimes, a été découverte, le 30 octobre, dans la région de Volhynie (Ukraine). L'Eglise orthodoxe russe accorde une grande importance à la recherche de ces lieux où reposent ses martyrs du 20e siècle afin de leur donner une sépulture décente, devait encore indiquer le père Tchapline.

 

SOP Déc.97

 

 

RUSSIE/MOSCOU

 

Le patriarche Alexis veut reprendre les choses en main.

 

Les membres du clergé des paroisses du diocèse de Moscou ont tenu leur assemblée annuelle, le 16 décembre dernier, sous la présidence du patriarche Alexis Il, évêque du diocèse. Comme les années précédentes, la réunion a été dominée par un très long rapport du patriarche qui a passé en revue une série de questions d'ordre liturgique, pastoral, administratif et social qui se posent aujourd'hui aux paroisses et au clergé de la capitale russe ainsi que, d'une manière plus générale, à l'Eglise russe toute entière. L'année 1997 a été marquée par la poursuite du renouveau de l'Eglise tant du point de vue du nombre des lieux de culte que du développement des services dans les domaines de la formation théologique, de la catéchèse, de l'action sociale et caritative, a souligné Alexis II. Rappelant ensuite les prêtres à leurs devoirs pastoraux et à une obligation d'obéissance qu'il souhaite absolue à l'égard de la hiérarchie ecclésiale, il a annoncé une reprise en main du clergé.

 

Ne pas s'endormir

 

Appelant le clergé à rester vigilant et à ne pas s'endormir sur le «renouveau apparent de l'Eglise», le patriarche a lancé une mise en garde sévère à l'égard des «forces qui s'opposent aujourd'hui à l'Eglise, en essayant de l'affaiblir et de la briser, de semer la discorde et la méfiance parmi ses membres, de ternir son prestige aux yeux du peuple». Les libertés civiles obtenues après la chute du régime communiste permettent à l'Eglise d'accomplir sa mission au sein de la société mais elles favorisent aussi les adversaires de l'Eglise.

 

Sanctions

 

Le patriarche a dénoncé un certain nombre de dysfonctionnements dans la vie des paroisses et dans la conduite des membres du clergé. Il a à nouveau exhorté les prêtres à améliorer l'accueil des fidèles, à éviter tout mode de vie non-conforme aux normes ecclésiales et à faire preuve de plus de zèle dans leur travail pastoral. Dénonçant le «manque d'énergie de certains « qui ne s'investissent pas assez dans la vie de leur paroisse et ne sont pas attentifs aux besoins des fidèles, il a déclaré :» Nous avons suffisamment prévenu: dans le cas de nouvelles plaintes de ce genre, nous prendrons des sanctions». Il est indispensable d'accorder une plus grande attention aux questions de discipline ecclésiastique», a-t-il redit plus tard, avant de fustiger ceux qui, sur un autre plan, «osent s'opposer à la hiérarchie et à la conciliarité exprimée par la majorité du clergé» et de les menacer de «sanctions sévères».

Alexis Il a, à ce propos, directement mis en cause, sans toutefois les nommer, les quelques prêtres qui ont publiquement critiqué la nouvelle législation civile en matière religieuse adoptée en octobre 1997, alors que le saint-synode avait officiellement fait savoir qu'il approuvait ce projet de loi. Il a également pris à partie la radio œcuménique russe «Kristianskii tserkovno-obchtchestvennyï kanal» que dirige le père Jean Sviridov, prêtre orthodoxe moscovite, l'accusant de vouloir diffuser des «opinions extrémistes» parmi les fidèles et de faire passer pour orthodoxes des doctrines qui ne le sont pas.

 

Célébrations liturgiques en slavon ou en russe ?

 

Le patriarche a également abordé de manière implicite deux sujets qui avait suscité un vif débat parmi le clergé de la capitale au cours de ces dernières années: la possibilité d'introduire la langue russe au lieu du slavon d'Eglise dans les célébrations liturgiques et la création de communautés ouvertes vers le monde, où l'accent est porté sur la catéchèse et la mission. Sur ce deuxième point, le patriarche a qualifié d'«exemple malheureux» l'approche «erronée» de la formation religieuse telle qu'elle était pratiquée dans la paroisse du père Georges Kotchekov qui a été suspendu a divinis en septembre 1996.

 

Invitant le clergé à développer la catéchèse, il a préconisé la création de centres diocésains ou inter-paroissiaux de catéchèse pour adultes afin de «couper l'herbe sous le pied des prêtres du courant rénovationniste», non sans allusions aux structures paroissiales et missionnaires mises en place notamment par le père Georges Kotchekov. Abordant la question de la langue liturgique, le patriarche s'est prononcé pour le maintien du slavon, en affirmant que tout texte en slavon lu lentement est certainement compréhensible à tout un chacun sans qu'aucune traduction en russe ne soit nécessaire.

 

SOP Fév.98

 

BULGARIE

 

Cours de religion à nouveau autorisés dans les écoles.

 

Après cinquante ans d'interdiction, des cours de religion orthodoxe sont à nouveau autorisés dans les écoles de Bulgarie, un pays qui compte plus de 85 % d'orthodoxes. Sous le régime communiste, de 1944 à 1989, l'Etat bulgare avait interdit les cours de religion dans les écoles. Depuis la rentrée scolaire de septembre dernier, ils figurent à nouveau dans les programmes de l'enseignement public. Dispensés avec l'accord des parents en tant que matière facultative, ils sont destinés pour le moment aux enfants de 8 à 10 ans, a précisé le 15 septembre dernier à Sofia, le ministre de l'éducation nationale. La matière enseignée comprendra un cours d'Ancien et Nouveau Testament ainsi qu'un cours portant sur la tradition religieuse du pays. Le ministère de l'éducation prévoit d'étendre les cours d'instruction religieuse aux élèves plus âgés dès l'an prochain.

 

SOP Déc.97