Bulletin décembre 1997

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«TA FETE SOIT SANS FIN»

 

La fête est finie, qui nous a réunis pour le quarantième anniversaire d'Entraide d'Eglises. C'est bon les fêtes. On retrouve des amis, on en découvre de nouveaux. On partage ses expériences, les gaies, les douloureuses, on se raconte ses espoirs, ses déceptions dans le travail. Tout le monde est bienveillant. Si l'on a des choses à «mettre au point», on le fait gentiment, on est même prêt à s'écouter mutuellement. On se remercie d'être venus, d'avoir été invités. On peut donner des cadeaux, en recevoir. On peut rire, chanter ensemble, prier ensemble. Oui, c'est vraiment bon la fête !

Le soir venu, quelques moments forts de la journée reviennent en mémoire comme ce cadeau que nous a offert le cardinal Vlk de Prague lorsqu’il a dit: «C'est vrai, durant toutes ces années du communisme, nous avons vécu douloureusement l'expérience du mal mais, pour ma part, j'y ai surtout vécu l'expérience du bien, l'expérience d'un Dieu proche, très proche. C'est ce qui nous a permis de survivre».

Au fond, ne serait-ce pas cela la fête: l'expérience de Dieu très proche, même dans les moments les plus difficiles de l'existence?

Alors, avec le Frère Roger de Taizé, nous pouvons dire à chacun d'entre vous: «Ta fête soit sans fin» !

 

 

LE 40e ANNIVERSAIRE

Le 16 novembre au fil des heures

 

Soigneusement préparée depuis plus d'un an, la journée du quarantième anniversaire d'Entraide d'Eglises s'est déroulée, le 16 novembre, dans une atmosphère de détente

et d'amitié. La qualité des messages transmis par les intervenants a captivé les participants qui semblèrent tous très heureux d'avoir, pour cette occasion, «sacrifié" leur dimanche, jour sacré de liberté.

 

LA TABLE RONDE

 

Il est dix heures. Les choses sérieuses commencent. Sur l'estrade professorale du grand auditoire des Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles, les intervenants de la matinée: M. le Cardinal Miroslav Vlk, Archevêque de Prague, Mgr Danilo Kristic, Evêque orthodoxe serbe de Budapest, M. Jan Kulakowski, Ambassadeur honoraire de Pologne, M. Thomas Jansen, Conseiller à la Cellule de prospective de la Commission Européenne, Madame Fiona Williams-Hulbert du Forum Œcuménique des Femmes Chrétiennes, Frère Gabriel Nissim, Dominicain de l'Association Espace (Spiritualités, cultures et société en Europe).

Après le mot de bienvenue du président d' Entraide d'Eglises, Mgr Jean-Marie Delor, le Père Noël Choux, collaborateur d'Entraide d'Eglises qui a été l'initiateur de l'Institut de la Communication à Prague, prend la présidence de cet important panel et mène la séance en professionnel des médias.

 

LES CADEAUX

 

La séance de la matinée se termine par une remise de cadeaux. Cadeau personnel de Françoise Le Cocq (responsable d'Entraide d'Eglises pendant trente ans) au Cardinal Vlk: une reproduction peinte par elle-même de la «Sainte Face » du peintre français Rouault; cadeau aux principaux invités d'Europe centrale et orientale, un livre sur l'œuvre du céramiste Max van der Linden.

 

LE DEJEUNER

 

Vient ensuite le repas de midi au réfectoire de l'Institut Saint-Louis, fleuri pour la circonstance par des mains amies. Déjeuner aux chandelles par petites tables de six. Délicieux buffet préparé par l'association «Le Pas du Jour » de Wavre, arrosé d'un bon coup de rouge (qui fait particulièrement le bonheur de la table polono-tchèque !).

 

LES CARREFOURS

 

C'est de très bonne humeur que les participants reprennent le chemin de la Faculté Saint-Louis pour participer à l'un des quatre carrefours qui se déroulent l'après-midi. Dans chaque carrefour, un témoin de l'Est, un témoin de l'Ouest, un représentant d'Entraide d'Eglises sont présents pour répondre aux questions mais, cette fois, la parole doit être, avant tout, laissée au public. Les quatre animateurs, André Fossion, Joseph Pirson, François Saucin et Jean van der Rest, font leur travail avec beaucoup de compétence.

 

LA CELEBRATION OECUMENIQUE

 

Il est 16 heures, la journée va se terminer par la célébration œcuménique dans le grand auditoire où l'estrade professorale s'est transformée en autel, grâce à la grande croix de Taizé suspendue au mur, la bible déposée sur un lutrin, les bougies, les fleurs. La célébration, présidée par Mgr Huard, évêque de Tournai, a été préparée soigneusement par l'abbé  Philippe Degand et l'a.s.b.l. Œcuménisme et Paix de l'église Sainte-Marie à Schaerbeek.

Lectures, prières, chants d'assemblée alternent avec les chœurs de la liturgie orthodoxe admirablement interprétés par la chorale de la communauté de Saint-Jean-le-Précurseur.

L'atmosphère de calme et de recueillement nous a permis de replacer toutes les discussions de la journée à leur vraie place et de remettre le travail de chacun, passé, présent et à venir, à la fois immense et dérisoire, entre les mains de Celui qui est l'Amour sans conditions,

Merci à tous ceux qui ont participé à cette journée, merci à tous ceux qui l’ont accompagnée en pensée, merci à tous ceux qui l'ont préparée.

 

Compte rendu de la table ronde

 

Une première interview enregistrée sur vidéo permet de lancer le débat: Monseigneur Cornéanu, métropolite orthodoxe de Timisoara en Roumanie parle de l'impact des évènements de 1989 sur son pays.

 

Les changements concrets sont très visibles: liberté d'enseigner la religion dans les écoles, possibilité d'avoir des aumôniers dans les hôpitaux, possibilité également d'avoir des aumôniers dans l'armée. Mais le plus important c'est l'accès aux médias grâce auxquels tout le monde peut entendre parler du christianisme.

 

Les réactions :

 

Mgr Vlk - La chute du mur de Berlin n'a pas changé les mentalités dans les pays de l'Europe de l'Est. Il faudra au moins une génération pour effacer l'héritage du communisme qui a réussi à faire croire au peuple:

1. que tout doit venir du pouvoir et que, par conséquent, toute initiative du peuple est inutile. La passivité est devenue vertu. Cette passivité a contaminé l'Eglise dans les rapports entre fidèles et pasteurs.

2. que le droit dépend du pouvoir. C'est lui qui décide du permis et du défendu.

3. que tout dépend de l'infrastructure matérielle, le reste étant donc superstructure commandée par la matière.

4. que la haine des classes s'impose. Beaucoup de haine et de jalousie se sont instaurées dans les rapports humains.

 

Mgr Kristic - L'effondrement de la dictature satanique a rétabli le sens de la verticalité. L'égalité proclamée par les communistes était fausse. La seule égalité réelle est celle de Dieu qui aime de la même manière le génie et l'idiot, le riche et le pauvre, les jolies filles et les laides.

 

Deuxième interview enregistrée: le Pasteur Milos Rejcht de Prague nous dit comment les pays d'Europe centrale et orientale voient la société dans les pays de l'Union Européenne.

 

Nous avons la liberté, mais nous ne nous y sentons pas tellement à l'aise. La fameuse transformation économique officiellement aboutie depuis deux ans n'apporte pas la prospérité. Les problèmes sociaux s'aggravent. Déception plus grande encore: il ne suffit pas d'ouvrir les frontières pour redevenir citoyens de l'Europe. Dans le domaine chrétien par exemple, nous n'avons pas l'habitude du débat ouvert. Nous avons l'impression que l'Occident ne respecte pas l'autorité, d'où une certaine suspicion à son égard. Nous aimerions un retour vers les certitudes du passé pré-communiste. L'Europe est autre que ce que nous pensions mais, bon gré, mal gré, il faudra que nous en fassions partie

 

Les réactions:

 

Fr. Gabriel Nissim -

1. L'impact de 1989 a atteint aussi l'Ouest qui a perdu un adversaire par rapport auquel il lui était commode de se définir. L'Occident est tenu désormais de définir tout seul sa présence au monde.

2. L'Est a fait l'expérience d'un monde marqué par le Mal inéluctable. «Nous ne pouvions rien faire pour nous opposer au gâchis, sauf résister intérieurement».

3. L'Occident a découvert les limites d'un modèle dit socialiste mais découvre du même coup les limites de tout autre modèle, y compris du sien par rapport auquel les jeunes notamment ont tendance à se révolter. « Je refuse d'être réduit à un diplôme» peut-on entendre dire.

 

Mgr Vlk - Je voudrais apporter une rectification à ce qui vient d'être dit. Oui, j'ai fait l'expérience d'un monde marqué par le Mal, mais j'y ai découvert aussi le Bien, l'expérience d'un Dieu proche, très proche.

 

Troisième interview enregistrée:

M. Paul Collowald, ancien Directeur Général de l'information au Parlement Européen.

 

Le 9 mai 1950, lors de sa Déclaration, Robert Schuman s'était adressé autant aux pays d'Europe centrale et orientale qu'aux pays occidentaux, les invitant à entrer dans l'Union Européenne. Certains pays comme l'Angleterre et le Danemark pouvaient y entrer mais ne le voulaient pas, d'autres pays comme ceux d'Europe centrale voulaient y entrer mais ne le pouvaient pas. Aujourd'hui également mais pour d'autres raisons. Après l'euphorie des retrouvailles, c'est la déception. Nous devons voir comment, par l'information et la formation, nous pouvons rattraper le temps perdu pour construire l'Europe ensemble.

 

Les réactions:

 

M. J. Kulakowski - Pour les Polonais, l'Europe est porteuse de valeurs chrétiennes: la réconciliation, le respect de l'homme, la subsidiarité, la solidarité. L'opinion publique est en faveur d'une intégration à l'Union Européenne, mais elle redoute une Europe trop bureaucratique, trop matérialiste. La récente visite des évêques polonais à Bruxelles a permis de mieux définir de part et d'autre les enjeux mais de voir aussi le cardinal Glemp devenir un ambassadeur de l'Union Européenne.

 

M. Th. Jansen - L'éthique de base et les valeurs des fondateurs de l'Europe, Adenauer, Schuman, de Gasperi, s'est révélée difficile à traduire dans l'histoire. Avec le succès économique, cette éthique a été oubliée. On s'est trop attaché aux aspects matériels. Sans doute, un projet politique ne peut pleinement satisfaire un projet spirituel mais il devrait pouvoir créer en sa faveur des conditions favorables lui permettant d'être porté, non seulement par les dirigeants, mais par toute la population.

 

Mme F. Williams-Hulbert - Le Forum Œcuménique des Femmes Chrétiennes a été lancé, en 1982, comme un projet de formation des femmes à la manière des O.N.G.. Il ne s'agissait pas de dire aux femmes ce qu'elles avaient à faire mais de leur ménager l'occasion de faire quelque chose qui venait d'elles. L'énergie des femmes des pays de l'Est nous a appris combien nous étions gâtées à l'Ouest. Elles craignent de perdre l'aide que l'Europe de l'Ouest peut leur offrir.

 

Fr. Gabriel Nissim. - L'Europe ne se fera pas sans une conscience historique commune, or, jusqu'ici l'Est et l'Ouest ne voient pas la même chose lorsqu'ils évoquent l'Europe. Il faut écouter l'autre pour s'en rendre compte. A l'Est notamment, on estime souvent avoir été purement et simplement lâché par l'Ouest. D'autre part, l'Ouest doit découvrir le christianisme orthodoxe, une autre manière d'être chrétien, une vision du monde dont il a besoin.

 

M. Jan Kulakowski. - L'Europe a été divisée à Yalta par les grandes puissances sans l'accord des intéressés. Les pays du Centre et de l'Est ne l'ont jamais accepté. Ils étaient prêts à entrer dans un projet européen. En refusant pour elle et pour eux l'aide du Plan Marshall, l'U.R.S.S. et elle seule en a décidé autrement.

 

Dernière interview sur vidéo:

Monsieur Jérôme Vignon, de la Commission européenne, nous parle du rôle des Eglises dans la construction européenne.

 

L'Europe a été fondée sur des valeurs éthiques très proches des valeurs chrétiennes. Aujourd'hui, elle essaie de se former par fidélité à son passé et pour se forger un avenir dans un tout nouveau contexte. Il faut donner une âme à l'Europe. Les chrétiens doivent veiller à ce que les réalités correspondent biens à ce qui fut l'idéal de base. Ils doivent rappeler aux individus leurs devoirs de citoyens responsables.

 

Les réactions:

 

Mgr Vlk - Les Eglises de l'Est se sont, par la force des choses, enfermées dans les sacristies. Vous devez nous aider à en sortir. Mais les Eglises de l'Ouest se sont trop largement ouvertes à la société. Nous devons ensemble retourner à l'intériorité qui nous a sauvés, à l'Est. L'Europe ne peut être construite sans âme, sans dimension spirituelle. Aujourd'hui on n'évangélise plus par des prêches, le monde n'accepte plus les paroles, il attend la vie, un nouveau style de vie chrétienne. L'Eglise doit changer et apporter à l'Europe l'expérience de son propre changement.

 

M. Kulakowski – A l’origine,les non-croyants craignaient une Europe vaticane. Il est significatif que tout à l'heure on n'ait pas cité le nom de Monnet parmi les fondateurs. Heureusement l'Europe est devenue plurielle et tolérante. Les Eglises de l'Est doivent, elles aussi, faire l'apprentissage du pluralisme et de la tolérance. Je signale au passage que le premier ministre actuel, en Pologne, est un chrétien protestant. Chrétiens de confession différentes et non chrétiens ont les uns et les autres a apporter leurs valeurs.

 

Mgr Krlstic - On ne peut construire l'Europe sans l'apport de l'orthodoxie. Le christianisme c'est aussi Constantinople et Moscou. Le texte évangélique nous a été transmis en grec. La laïcisation de l'Ouest est allée trop loin. La Résurrection est notre perspective commune qui réchauffe le cœur. Nous n'avons pas à envier l'Ouest. Nous avons des richesses intérieures. Nous voudrions revenir à la chrétienté indivise.

 

M. Jansen - La contribution la plus importante des Eglises à la construction de l'Europe est l'exemple qu'elles peuvent donner de la coopération comme on a heureusement pu le voir récemment à Graz. C'est ainsi qu'on peut donner une âme à l'Europe. A noter que la Commission Européenne a mis sur pied un projet opérationnel appelé «Ethique et spiritualité » en vue de la réconciliation des Européens.

 

Fr. Nissim - Il est vrai que l'expérience des Eglises est capitale qui pourrait contribuer à résoudre la tension entre la diversité et l'unité, mais il faut reconnaître que la capacité des Eglises dans ce domaine n'est pas assurée: elles ont souvent favorisé le local plutôt que l'universel. Elles auraient, en tout cas, à favoriser l'expérience heureuse de la fraternité et de la sororité, par des jumelages, des visites, des rencontres, etc.

 

Mme Williams-Hulbert - Les politiciens et les hommes d'Eglises ont fortement déçu les femmes, au point qu'elles ne se font plus trop d'illusions sur leur compte et qu'elles n'attendent plus leur permission pour prendre des initiatives et partager des traditions très différentes. Il faut parcourir un long chemin ensemble pour en arriver là, mais les femmes n'ont plus le temps d'attendre que les Eglises se disent prêtes à se rassembler.

 

M. Jan Kulakowski - Au cours de ce débat, une dimension a été négligée. N'oublions pas que l'Europe doit s'ouvrir sur le Monde, qu'elle doit s'ouvrir sur le Tiers-Monde, tant à l'Est qu'à l'Ouest.

 

Mgr Vlk - Nous reconnaissons dans la Trinité un Dieu, un et divers. N'ayons donc pas peur de la diversité et de la pluralité.

 

COURRIER

 

POLOGNE

 

Lettre de l'Archevêque Métropolite de Lublin

Lublin, 29.10.1997

 

Chers amis,

 

Le jubilé des 40 ans d'existence d'Entraide d'Eglises me donne l'occasion d'exprimer chaleureusement ma reconnaissance envers tous ceux qui sont accourus au secours de l'Europe Centrale et Orientale pendant les années difficiles de la domination du régime communiste. Je me souviens avec beaucoup de gratitude de mes rencontres personnelles avec Melle Françoise Le Cocq, et de son dévouement en la matière. Dans mes rencontres, en tant que prêtre comme en tant qu'évêque, j'ai souvent parlé du cercle de Belges de bonne volonté qui, remplis de dévouement et d'idéalisme, ont offert leur temps, leurs efforts et leurs économies pour que, derrière le "rideau de fer" puisse se développer un système de pensée indépendant.

 

Aujourd'hui je rends grâce à Dieu pour cette générosité qui témoigne de la sensibilité des cœurs. Je prie à /'intention de tous ceux qui, avec dévouement, se sont efforcés de créer une unité spirituelle en Europe, alors même que celle-ci était encore divisée par le mur de Berlin. Je vous prie de transmettre ma profonde reconnaissance à tous ceux qui continuent d'œuvrer avec vous, afin d'éliminer par de nouvelles formes d'aide, les douloureuses séquelles des structures pathologiques du passé, et de bâtir ainsi de nouveaux ponts entre les pays d'une Europe autrefois divisée.

 

Avec l'expression de ma cordiale union dans le Christ,

 

Jozef ZYCINSKI.

 

Lettre de l'Archevêque de Katowice  

Katowice, 30.10. 1997

 

C'est avec la plus grande joie que j'ai appris que vous fêtez le 40e anniversaire de votre présence, activité et service pour les pays de l'Europe Centrale et Orientale et aussi pour les communautés chrétiennes de ces pays. A l'époque où l'air froid marquait les relations officielles entre les deux parties de l'Europe divisée par le rideau de fer, vous avez cherché et trouvé différentes façons pour aider et encourager l'homme en détresse. La Pologne et l'Eglise polonaise ont profité à plusieurs reprises de votre solidarité: grâce à vous, nos prêtres ont pu suivre des études à l'étranger; grâce à vous aussi, nous avons eu des contacts ininterrompus avec la littérature théologique européenne par les livres et les revues que vous nous avez envoyés. Le séminaire de l'Archidiocèse s'en sert constamment. Tous ces gestes prouvent que votre solidarité a porté et porte toujours des signes d'espérance.

 

Je me joins de tout mon cœur à votre grande fête du 40e anniversaire. Je vous remercie pour chaque geste de solidarité envers l'Eglise en Pologne et l'Eglise de notre archidiocèse, pour chaque aide matérielle et spirituelle. Je vous souhaite beaucoup d'espoir chrétien dans la mise en œuvre de vos projets d'avenir. Que Dieu vous garde dans sa paix et vous permette de continuer cette bonne œuvre.

 

Veuillez agréer mes sentiments les plus distingués et cordiaux. Solidaire dans l'espérance

 

Damian ZIMON. Archevêque de Katowice.

 

ALBANIE

 

Des nouvelles de Sr Anna Luigia et de la communauté de Bajzé.

 

...Au mois de mars, j'ai quitté l'Albanie parce qu'il y avait une sorte de guerre civile. La situation était dangereuse et la Mère Générale nous a laissées libres de décider de partir ou de rester. Une autre sœur et moi-même sommes rentrées en Italie et les autres sont restées. Oui, l'Albanie a passé de mauvais moments et les élections n'ont pas résolu la situation. En un premier temps, c'est-à-dire les premières années après la chute du Régime, on avait commencé à reconstruire le pays, mais après la grande escroquerie des intérêts bancaires, les Albanais se sont révoltés, ils se sont emparés des armes de l'armée et ont fait une grande confusion. Beaucoup d'entre eux ont fuit vers l'Italie ou d'autres nations étrangères. Surtout au sud de l'Albanie la vie s'est faite difficile, mais même au nord on ne trouvait plus de pain.

Je suis retournée en Albanie à la mi-avril et la situation était pitoyable, même si dans notre zone il n'y a pas eu de grands combats. Mais toutes les nuits on entendait des coups de feu.

Des bandes de jeunes, armés, volent tout ce qu'ils peuvent, surtout les voitures. Espérons que le nouveau gouvernement puisse rapidement mettre un peu d'ordre et donner du travail à ces jeunes qui restent dans la rue sans rien faire ou qui volent. Espérons aussi que la Communauté Européenne vienne au secours de ce pays et l'aide à améliorer les routes, l'assistance sanitaire et à distribuer l'eau et la lumière dans les villages. Aujourd'hui encore les gens, pour avoir de l'eau, doivent faire beaucoup de chemin dans des conditions inhumaines.

Dans cette situation nous n'avons pas pu donner suite au projet dont nous avions parlé. Cependant cette année (96-97) nous avons eu environ 60 jeunes filles qui sont venues pour apprendre l'italien. Le cours s'est tenu en un premier temps dans le Centre Pastoral et ensuite chez nous, sous un toit que nous avons fait ériger dans notre jardin pour accueillir les enfants pour jouer et pour le catéchisme. Maintenant, en ces mois de juillet-août je m'occupe d'un groupe de vingt jeunes filles qui viennent l'après-midi pour apprendre à broder; nous restons ensemble environ deux heures.

Durant l'année, nous avons un groupe de jeunes filles qui vivent avec nous. Quelques-unes n'ont pas fini l'école supérieure et fréquentent l'école d'Etat qui est toute proche de notre maison, les autres l'ont terminée et cherchent à comprendre avec l'aide du Seigneur ce qu'elles veulent faire de leur vie. Nous cherchons donc à faire du bien à ces jeunes gens de Bajzé. Sœur Laure donne le catéchisme pour les adultes. Cette année nous avons eu 200 personnes pour la confirmation et 185 enfants pour la première communion. Dès que la situation se normalisera, nous nous organiserons pour pouvoir faire davantage et mieux travailler avec les jeunes et les enfants.

De tout cœur, nos fraternelles salutations.

 

Sr Anna Luigia.

Bajzé, 20.8.97

 

Belgique

 

«Vous avez oublié quelque chose d'important» !

 

Dans le dernier numéro d'Entraide d'Eglises, présentant l'histoire des quarante ans de l'Association, nous avons lu avec bonheur l'historique de cette dernière.

Pouvons-nous toutefois dire que nous avons été surpris de ne trouver aucune allusion aux Chantiers Missionnaires qui furent organisés par l'Entraide dès 1957 et ce, pendant presque dix ans. Ces chantiers étaient un des premiers cadeaux de l'Eglise de l'Est à celle de l'Ouest, en ce sens qu'ils étaient le prolongement de cet effort de présence fraternelle auprès des chrétiens de l'Allemagne de l'Est réfugiés dans les camps.

Dans ces chantiers, des équipes de jeunes, accueillies par des paroisses en France, allaient construire des locaux dont ces communautés avaient besoin et surtout allaient partager durant deux mois de vacances la vie et les espoirs de ceux qui les recevaient.

Si ces chantiers n'étaient pas orientés vers l'Est, puisque leur terrain était la France, ils ne faisaient pas moins partie du cœur de l'Entraide. Ils constituaient déjà à cette époque ce qui sera symbolisé bien plus tard quand il fut décidé d'ajouter « S » à Eglise. Dans ces chantiers, des dizaines et des dizaines de jeunes ont pu faire leur expérience d'ouverture à l'Evangile dans un esprit qui était profondément celui de l'Entraide. Nous pouvons témoigner, pour avoir participé à sept ou huit chantiers, que cette expérience a marqué notre vie entière. Notre regret de ne pas voir citer cette phase de l'existence de l'Entraide n'est pas un regret nostalgique d'ancien combattant, mais celui de voir oubliée dans l'histoire de l'Association une étape capitale qui l'a marquée et qui fait que l'Entraide est aujourd'hui ce qu'elle est.

Permettez-nous de donner quelques facettes de cette originalité qui est celle de l'Entraide, qu'elle soit en contact avec l'Est ou avec l'Ouest. Tout d'abord, si les Eglises de l'Est étaient bien la préoccupation première d'Entraide et sa raison d'être, l'existence des Chantiers Missionnaires disaient qu'à l'Ouest aussi des Eglises étaient en état de pauvreté et de difficultés. Cette approche concrète des problèmes des Eglises de France enlevait heureusement à l'Est ce caractère d'exception qui aurait pu conduire l'Entraide à se muer en «Aide à l'Eglise de l'Est en difficulté », tout comme la perception des injustices et des pauvretés chez nous peut être le gage d'une plus grande authenticité de la Charité envers nos frères du Tiers Monde.

Bien plus encore - et tous ceux qui ont participé aux Chantiers le diront- le contact particulièrement vrai avec des communautés pauvres et vivantes de l'Eglise de France ont appris que ceux vers qui nous allions pouvaient donner beaucoup plus encore que ce que nous pouvions apporter. N'est-ce pas une des caractéristiques de l'Entraide que cette conscience que les Eglises en difficulté ont peut-être plus à donner qu'à recevoir?

Les chantiers ont certainement participé à cette prise de conscience sans laquelle aucun partage n'est possible.

Bien des choses pourraient encore être dites concernant la découverte de l'autre dans toute sa richesse, l'expérience de la révision de vie au regard de l'Evangile...

C'est seulement pour cela que nous aimerions simplement voir rectifier l'oubli de citer cette expérience qui a fait grandir l'Entraide et l'a aidée à être ce qu'elle est.

 

Jacques et Ghislaine Monnaie-Dejaiffe. .

Novembre 1997.

 

BULGARIE

 

Joie et beauté. Misère et dignité. Rencontre du 9 au 16 mai 1997.

 

Comme nous vous l'avions annoncé dans nos bulletins précédents, un voyage d'une semaine en Bulgarie a été organisé au mois de mai, pour fêter, en la ville de Roussé. le centenaire de l'école des Sœurs de Sion où, jusqu’'en 1948, ont étudié ensemble des élèves orthodoxes, catholiques et juives. Les lecteurs d'Entraide d'Eglises y étaient invités et quelques-uns y ont participé dont Sœur Marie Pierre qui a organisé ce voyage avec tout le dynamisme et l'enthousiasme de ses 76 ans.

 

«Impossible de dire en quelques lignes, toutes les richesses de ce voyage. Huit jours de contacts et de partage, huit jours de paroles vraies, dites dans la confiance très vite accordée. Huit jours passés ensemble: 28 «étrangères » et plus de 130 amies bulgares dans un pays magnifique, habité par l'Histoire.

 

Ce qui domine c'est la joie, la joie profonde de la rencontre: rencontre des amies bulgares entre elles (certaines ne s'étaient plus vues depuis 1948 !) - nos rencontres avec elles- rencontre dans la prière portée par la beauté des chants  - rencontre avec la fête ( des poèmes de Prévert magnifiquement interprétés par les jeunes Bulgares !) - rencontre avec la bibliothèque régionale Luben Karavelov dont la section française et la section des arts sont particulièrement impressionnantes: merci à tous ceux qui ont partagé leurs livres. En même temps, rencontre avec la pauvreté, une pauvreté pleine de dignité, mais aussi de lassitude et parfois de révolte devant les difficultés de la vie quotidienne.

 

Personnes âgées aux pensions insuffisantes: elles ont faim, en hiver, elles ont froid. Jeunes couples qui n'osent pas avoir d'enfants: Comment les nourrir, comment les habiller? Soins de santé insuffisants par manque de médicaments, même dans les hôpitaux. Le malade, s'il y trouve une place, doit souvent apporter lui-même ses remèdes et sa nourriture. L'insécurité augmente car l'inflation modifie constamment les taux de change et les prix, mais guère les salaires et les pensions. Pourtant un peu d'espoir renait depuis que le nouveau gouvernement a redonné confiance aux gens et que l'aide extérieure commence à arriver. Mais la pente sera longue à remonter !

 

Depuis notre retour nous cherchons avec nos amies bulgares le moyen de mettre sur pied des mini-projets durables: restaurant social, jumelages, parrainages, envois de médicaments (en réponse aux demandes accompagnées d'ordonnances) ou mieux, une pharmacie sociale, des ateliers de broderie dont nous voudrions vendre ici les produits, cercle de lecture en français pour réunir les isolés, aide à l'édition de livres pour la formation religieuse. Tout cela avec l'aide de petits groupes actifs et engagés, ici et là-bas, en lien avec les organismes déjà agissants.

 

Mais au-delà de cette action de solidarité, la joie des rencontres, les amitiés nouées ou renouées à l'occasion de ce voyage en Bulgarie, sont déjà une action importante. Ces souvenirs nous permettront d'affronter les difficultés. "Nous voudrions que l'amitié créée pendant ces quelques jours passés ensemble puisse s'épanouir», dit une lettre reçue récemment de Roussé.

 

N'est-ce pas déjà un pont entre l'Est et L'Ouest? Merci à tous ceux qui ont aidé déjà! Merci à tous ceux qui aideront encore! Merci à Entraide d'Eglises pour ses encouragements et sa participation financière au voyage des Bulgares sans laquelle cette rencontre n'eut pu avoir lieu. Merci, ce mot lui-même est un lien puisque depuis longtemps il est passé dans la langue bulgare. Merci, donc, en Français et en Bulgare.

 

Sr Marie-Pierre Jacobson.