Bulletin juin 1997

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Trois fois quarante ans

 

Cela ne va pas de soi une fidélité de quarante ans. Demandez à un couple marié. Chacun des deux vous dira avec fierté qu'il a tenu bon malgré les aléas de la vie commune, malgré le changement et ses surprises, ses désillusions, ses échecs. Qu'il a tenu bon parce que - au delà des déconvenues - chacun a continué à croire en l'autre, que les bons souvenirs l'ont emporté et qu'ils ont été perçus comme des promesses.

Ce qui a été parfois malaisé de vivre à deux ne l'a pas moins été quand il a fallu s'accommoder de la parenté et surtout quand les enfants sont arrivés - des étrangers dans la maison - qui ont, eux aussi, bousculé les attentes et provoqué des changements.

L'Europe unie a quarante ans et sans doute, mutatis mutandis, peut-on dire d'elle tout ce que nous venons de dire. Cela n'a pas été sans peine de tenir bon mais l'avenir pré-voulu a soutenu l'effort même si la multiplication des partenaires a entraîné, ici aussi, un surcroît de difficultés associées à l'espoir élargi.

Ce rapprochement entre un couple et l'Europe, bien que fondamentalement sensé, doit être pris avec humour et un sens délié de l'analogie.

Que dire alors du rapprochement entre les quarante ans mouvementés de l'Union Européenne et les quarante ans d'une petite association, « Entraide d'Eglises », que nous fêtons aujourd'hui? Pourtant il peut se défendre dans la mesure où il est exemplaire, à modeste échelle, de ce qui nous attend, si nous le voulons, à l'échelle européenne. En quarante ans tous les partenaires ont profondément changé à l'Ouest comme à l'Est et, les sociétés changeant, les Eglises ont changé aussi.

Mais, non sans fierté, nous pensons que nous avons bien fait de tenir bon et de rester solidaires dans les changements. Nous y avons gagné les uns et les autres et nous sommes ainsi plus disposés à resserrer aujourd'hui des liens qui, loin d'être rompus, se sont au contraire patiemment renforcés. Nous pouvons donc, grâce aux échanges qui se sont noués de part et d'autre au fil des ans, contribuer à cette construction d'une Europe nouvelle où des Eglises réconciliées ont un rôle important à jouer.

C'est dans ce sens que nous comptons marquer notre quarantième anniversaire, le 16 novembre de cette année. Souvenir d'heures sombres sans doute mais surtout témoignage d'une amitié continuée, toute entière tournée vers l'avenir. .

 

DANS LES COULISSES DE GRAZ

Un baromètre de l'œcuménisme en Europe centrale et orientale.

Interview du Père Thaddée Barnas (*), du monastère bénédictin de Chevetogne.

 

A l'heure où vous parviendra ce bulletin, les journées de Graz battront son plein ou seront terminées.

Ces journées sont importantes pour la crédibilité du message chrétien.

Nous avons voulu savoir comment elles se préparaient chez nos voisins de l'Est qui vivent parfois au quotidien les déchirements entre chrétiens.

 

(*) Le père Thaddée est moine de Chevetogne. D'origine polonaise, il manie avec autant d'aisance le français que le néerlandais. C'est une des raisons pour lesquelles il a été choisi comme président national (mais aussi président de l'aile francophone) du Groupe de Travail pour le Processus Œcuménique. Il est également délégué catholique pour le Rassemblement de Graz et membre du Comité de rédaction qui sera proposé lors de ces journées.

 

E.E. Quelles ont été les étapes de la préparation de ce rassemblement de Graz?

 

P. Thaddée. En fait, ceux qui ont préparé Graz, se sont basés sur l'expérience du premier grand rassemblement de Bâle, en 1989.  A Bâle, un document solide, longuement préparé, avait été proposé. Le rassemblement s'appuyait entièrement sur ce document a été lu phrase par phrase aux participants et une forte pression s'est exercée pour qu'il soit voté à l'unanimité.

Les gens qui ont préparé Graz se sont dit : «Finalement, ce beau document de Bâle n'a pas servi à grand-chose. N'est-il pas déjà oublié? A Graz, mettons donc l'accent sur la célébration; le document, on n'y croit pas trop».

Une brochure sans prétention a donc été lancée en 1995 mais elle n'a convaincu personne. Les organisateurs ont alors réalisé un document plus sérieux qui a paru en octobre 1996 et qui a été envoyé à la KEK(1), au CCEE(2) et à d'autres organisations, en leur demandant de réagir. Près de 600 réactions ont été recueillies dont certaines d'une réelle profondeur théologique et d'une ouverture œcuménique touchante.

Une dernière version du document a alors été réalisée tenant compte de ces réactions. On a fait des efforts pour que ce document interpelle tout le monde, qu'il ne soit pas uniquement discours sur la foi (sinon, il ne passera pas dans nos pays occidentaux!), mais pas non plus uniquement discours sur l'engagement social, politique ou écologique (sinon pourquoi se réunir entre chrétiens?).

La réconciliation est le cœur du message chrétien. Si on oublie le cœur pour ne parler que des applications, est-ce que ça vaut la peine de se déplacer?

 

E.E. Avez-vous constaté de la part des pays de l'Est des idées nouvelles, des réactions originales à ce document préparatoire?

 

P. Thaddée. Non, en fait, il y a eu très peu de réactions: une bonne réaction du métropolite orthodoxe de Prague, quasi rien de la Russie sauf deux pages du côté catholique, rien de l'Ukraine ni de la Roumanie; du côté croate, une réaction détaillée contestant l'interprétation de certains faits historiques, de Pologne une bonne réaction œcuménique catholique, de Hongrie, une réaction protestante. Le monde orthodoxe est resté pratiquement hors du coup.

Finalement, les réactions sont venues principalement des pays du nord et de l'ouest de l'Europe. Le Sud et l'Est se sont peu engagés.

 

E.E. Comment expliquez-vous ce manque de réactions des pays de l'Est vis-à-vis de l'engagement œcuménique?

 

P. Thaddée. Les raisons invoquées par les ecclésiastiques de ces pays sont de deux ordres. D'abord, ils n'étaient pas dans le coup lors du premier rassemblement à Bâle. De fait, en 1989 c'était vraiment le début des grands bouleversements à l'Est; pourtant chaque pays communiste, à l'exception de l'Albanie, avait sa délégation. Ensuite, tant de choses ont changé en sept ans, ils souhaitent consolider leur position avant de s'engager dans un grand processus œcuménique à l'échelle européenne. Mais à mon avis, il y a plus que cela: Bâle et Graz, la façon dont nous autres, Européens de l'Ouest, concevons un rassemblement œcuménique, suscite à l'Est une certaine méfiance.

Pour nous, Occidentaux (mais je ne suis pas d'accord avec cette vision des choses), cela doit être une grande foire où on se rencontre, on prie, on célèbre ensemble sans trop s'encombrer de formules théologiques (« Les gens ne s'intéressent plus à ces choses »). Il y a en Occident une sécularisation galopante de la pensée chrétienne.

Un prêtre d'un pays de l'Est m'a dit que tous les délégués de son pays étaient revenus de Bâle avec une énorme déception car on n'avait pas touché au fond des questions mais uniquement au spectacle. Un évêque letton m'a dit: « Pendant 50 ans, on nous a interdit de parler de Dieu, maintenant nous en avons la possibilité et ce sont nos frères chrétiens qui nous en empêchent ». Un orthodoxe à qui j'ai demandé ce qu'il attendait de Graz m'a dit: « Pas grand-chose, on y va pour ne pas bouder! » Pour la préparation du document, on a essayé de faire participer autant de monde de l'Est que de l'Ouest, mais ce n'est pas facile de trouver des gens au courant des choses œcuméniques, qui peuvent trouver quinze jours libres et qui, de surcroît, se débrouillent en allemand. Il faut dire aussi qu'on s'y est pris trop tard !

 

E.E. Tous les pays ont-Ils envoyé des représentants? Y a-t-il eu des refus?

 

P. Thaddée. Il n'y a pas eu de refus, à ma connaissance. L'Albanie, absente à Bâle, enverra cette fois, plusieurs bus. Cependant l'Eglise serbe reste un vrai problème, je ne sais pas si elle sera représentée. Pourtant, en février 1996, la KEK(1) a organisé à Belgrade un excellent symposium sur la réconciliation. Toutes les confessions étaient invitées mais étrangement les catholiques ont mis un certain frein. Cela prouve en tout cas que l'Eglise orthodoxe n'était pas fermée au processus de réconciliation, mais cela va être dur.

 

E.E. Comment les pays de l'Est ont ils concrètement préparé ce rassemblement œcuménique?

 

P. Thaddée. Il y a évidemment des différences de pays à pays. Dans l'ensemble, les Eglises orientales n'ont pas la même tournure d'esprit que nos Eglises occidentales où l'on est habitué à se réunir, entre confessions différentes, pour discuter d'un thème. Les chrétiens orthodoxes mettent moins l'accent sur des groupes d'étude que sur la liturgie où ils célèbrent la plénitude de la foi et où l'Eglise se réalise comme avant-goût sur terre du Royaume à venir.

A l'époque du communisme, d'ailleurs, les Eglises, selon les pays, n'avaient que peu ou pas l'occasion de s'engager dans l'étude d'un thème, sauf quand il s'agissait de thèmes faciles à récupérer par l'idéologie officielle du régime. Cela vaut non seulement pour les orthodoxes mais aussi pour les catholiques et les protestants. Cependant, concernant la préparation de Graz, il y a quand même eu de bons symposiums, notamment en Hongrie, en Slovaquie, en Pologne.

Dans les pays où la répression de la religion a été très forte, les grandes Eglises ont peur. Il faut dire que tous les responsables étaient déjà en place sous l'ancien régime. Ils ont fait les compromis qui s'imposaient pour que leurs Eglises survivent (tout cela est noté dans les archives). Ils ont peur de se risquer, peur de se montrer originaux, peur d'être désavoués par leurs collègues. Nous devons avoir beaucoup de compassion pour ce fait. Il faudra sans doute attendre une nouvelle génération pour que cela soit dépassé.

En Roumanie, il s'est produit deux événements significatifs: d'une part, le Métropolite de Moldavie et de Bucovine, Daniel Ciobotea, un des meilleurs responsables d'Eglise, a veillé à ce que le document préparatoire soit traduit en roumain et largement diffusé. D'autre part, le patriarche orthodoxe Téoctiste a fait une déclaration publique demandant la réconciliation avec l'Eglise gréco-catholique, en termes encourageants. Il a proposé des discussions sur la restitution des églises aux gréco-catholiques, ce qui reste toujours La pomme de discorde entre les deux confessions. Le patriarche a dit: Nous ne pouvons pas aller à Graz sans entamer ce processus de réconciliation.

 

E.E. Y aura-t-Il un engagement demandé aux participants à la fin de ce rassemblement de Graz?

 

P. Thaddée. Nous avons plaidé pour que le document final ne vise pas une unanimité. Nous ne voudrions pas qu'une pression soit exercée sur les consciences. N'est-il pas préférable de lancer un débat, d'avoir un dialogue plutôt que de vouloir l'unanimité à tout prix?

On votera un texte de base qui est une formulation théologique très simple. Il y aura aussi des recommandations concrètes sur chacun des sous-thèmes traités. Chaque délégation les soumettra aux Eglises et Conférences Episcopales respectives de son pays. En Belgique, nous essaierons de constituer un groupe qui veille à ce que ces recommandations soient prises au sérieux.

 

E.E. Quels sont pour vous les côtés réellement positifs de ce grand Rassemblement de Graz?

 

P. Thaddée. Il y en a beaucoup. Ne serait ce que le fait d'avoir travaillé ensemble, ici, en Belgique, toutes confessions confondues, même si je sens plus de soutien de la part de l'Eglise protestante que de l'Eglise catholique. Parfois nous nous demandions: «Est-ce que nos Eglises sont vraiment divisées» ? Je suis moine de Chevetogne, ce n'est donc pas la première fois que je fais cette expérience de communion mais je suis vraiment heureux de ce qui s'est passé au niveau belge et je crois que dans beaucoup de pays c'est la même chose.

La réconciliation, c'est un thème à traiter comme quelque chose de fondamental qui ne doit jamais être oublié. La réconciliation englobe tout. Il y a eu déjà des retombées concrètes de Graz: regardez ce que je vous citais de la Roumanie!

Quant au côté happening ou grande foire, je n'y croyais pas beaucoup, mais de vieux renards de l'œcuménisme sont revenus de Bâle en 1989, vraiment émus par les célébrations. Cela peut donc bouleverser les gens et faire avancer les choses. Mais ce serait vraiment dommage si le dialogue théologique était gommé sinon, pourquoi être chrétien?

Puissions-nous arriver un jour, entre chrétiens, à cette «diversité réconciliée» que nous souhaitons ardemment!

 

Interview: Baga Martens.

 

(1) La KEK, Konferenz Europäischer Kirchen (Conférence des Eglises Européennes) est basée à Genève et réunit 118 Eglises de tous les pays européens: orthodoxes, anglicans, luthériens, réformés, vieux catholiques, méthodistes, baptistes, orthodoxes apostoliques arméniens, etc.

(2) La CCEE, Conseil des Conférences Episcopales Européennes, également basée en Suisse, à St-Gall, regroupe 33 Conférences Episcopales Catholiques Romaines d'Europe, nationales et régionales.

 

 

 

ROUMANIE

Une semaine riche en expériences

 

L'abbé Alphonse Arnould, doyen principal de Beauraing, s'est rendu en Roumanie, du 24 avril au 4 mai dernier.  Il accompagnait d'autres Beaurinois du comité Opération Villages Roumains, dont Jean-Marie Goffinet, Secrétaire Général d'Entraide d'Eglises.

 

E.E. Monsieur le doyen, c'est la première fois que vous vous rendez en Europe de l'Est depuis les évènements de 1989 qu'est-ce qui vous a particulièrement frappé?

 

Abbé Arnould. La première fois, c'était il y a plus de vingt-cinq ans, en Russie, où j'accompagnais un groupe de médecins, à Leningrad et à Moscou. Le dépaysement était assuré mais les contacts avec les habitants pratiquement nuls. Cette fois, c'était tout différent. Nous avons été principalement reçus dans le village de Nadaselu, village adopté par Beauraing, dans le cadre de l'opération Villages Roumains...il y a sept ans déjà. Les Beaurinois ne sont donc pas des inconnus là-bas, les contacts et les échanges ont été nombreux déjà. C'est dire que l'accueil qui nous a été réservé dans ce petit village de montagne fut des plus chaleureux. J'ai eu vraiment l'impression qu'on nous attendait comme des amis.

L'apprivoisement mutuel fut donc aisé dans ma famille d'accueil, la famille Moldovan où j'ai été reçu avec beaucoup de générosité. Que ce soit à table ou dans la chambre d'hôte, des trésors d'hospitalité étaient déployés. De plus, c'était le moment de la Pâque orthodoxe; nous avons donc eu l'occasion de découvrir la somptueuse richesse des traditions populaires de ce coin de terre. Le sens de l'accueil, le sens de la fête est si vivant là-bas qu'on en arriverait presque à oublier la situation de pauvreté dans laquelle vivent les gens. En une semaine, on ne peut évidemment pas se rendre compte de tout. Mais la vie est de plus en plus chère. Les salaires de ceux qui travaillent à Cluj, la grande ville voisine, sont très modestes. Pour que le pays soit accueilli au sein de l'Union Européenne, le gouvernement impose un régime d'austérité drastique. Dans le village de Nadaselu, les habitants ont reçu quelques lopins de terre, mais le cheptel est peu nombreux et les techniques agricoles assez rudimentaires. Un comité de jeunes s'est créé pour tenter d'améliorer les pratiques agricoles et d'introduire de nouvelles races bovines. Il faut espérer que ces projets puissent aboutir dans un proche avenir. L'aide financière de Beauraing y contribuera certainement, mais les jeunes devront surmonter de nombreuses difficultés car l'esprit d'initiative de la population a été mis à mal par les cinquante années de régime communiste.

 

E.E. Le prêtre orthodoxe du village vous a invité à célébrer avec lui la liturgie pascale. Comment avez-vous vécu cette célébration? Qu'y avez vous découvert ?

 

Abbé Arnould. Le prêtre orthodoxe du village a effectivement eu cette délicate attention de m'inviter à assister à la liturgie de la nuit pascale et à l'eucharistie du dimanche de Pâques. J'étais placé derrière l'iconostase(1), donc tout près de l'autel et, à la fin de la cérémonie, j'ai également été invité à dire quelques mots aux paroissiens. J'en ai été très heureux et le prêtre a été visiblement touché par le fait que je communie à l'eucharistie. Cela me semblait tout normal car c'est tellement important de croire à ce que l'autre fait. Le rapprochement œcuménique ne semble pas poser beaucoup de problèmes au niveau des relations personnelles, des amitiés, des échanges. Les blocages viennent sans doute davantage au niveau institutionnel.

La tradition orthodoxe peut être source d'enrichissement pour nous, catholiques. Dans la liturgie, par exemple, les orthodoxes n'ont pas peur de prendre le temps qu'il faut. Tout est imprégné du sens du sacré, du sens du mystère. Les églises toutes décorées de fresques et d'icônes rappellent avec opportunité que le christianisme est, pour une grande part, une religion de visages. L'orthodoxie me semble présenter une religion moins doloriste que la nôtre, une religion éclairée par le visage du Christ glorifié.

Après la cérémonie religieuse du jour de Pâques, le prêtre m'a invité à partager avec lui le repas de midi. En plus de la qualité et de la simplicité des échanges, ce fut pour moi l'occasion de me rendre compte de son mode de vie de prêtre marié, avec deux grands enfants. Ses mains calleuses montrent que, comme pour les autres habitants de ce village, l'essentiel de sa subsistance provient du jardin potager, de quelques champs cultivés et des animaux de la petite ferme.

 

E.E. Vous avez eu également l'occasion exceptionnelle de rencontrer pendant près de deux heures le Métropolite du Banat (2), Mgr Cornéanu, quelle Impression gardez vous de cette rencontre ?

 

Abbé Arnould. C'est le souvenir marquant du voyage. Mgr Cornéanu me semble être un homme extraordinaire, d'une grande intelligence, d'une rare ouverture, un homme de Dieu. Evêque depuis 35 ans, il est bien placé pour parler de l'évolution de la situation religieuse de son pays. C'est ce qu'il a fait pour nous, avec une grande disponibilité. Il nous a dit sa joie de voir que les prêtres, jusque là empêchés de proposer la foi religieuse en dehors des églises, pouvaient à présent se rendre dans les écoles, les prisons, les hôpitaux, les casernes militaires. L'information peut aussi se répandre par la presse et les autres médias. Lui-même, à l'occasion de la fête de Pâques a été interviewé par différentes chaînes de radio et de télévision! Il a évoqué les rapports, meilleurs quoique pas toujours désintéressés, entretenus avec le nouveau pouvoir politique. Il se réjouit qu'après une longue période de sevrage et malgré le pouvoir exercé par les sectes, la jeune génération reprenne le chemin des églises et manifeste son intérêt pour la foi. Les vocations sont nombreuses. Mais tant de choses devraient encore être faites dans le domaine de la formation, nous a-t-il dit.

 

E.E. La formation semble être en effet le souci de beaucoup de responsables religieux dans les pays de l'Est.

 

Abbé Arnould. Il est évident que c'est la base et qu'il faut rattraper le temps perdu. C'est pourquoi, lors de notre passage à Cluj, le responsable d'Entraide d'Eglises a pu remettre une aide financière destinée à la formation permanente des religieuses en Roumanie. Nous avons en effet été accueillis très chaleureusement dans cette ville par deux communautés religieuses: les Sœurs Basiliennes (gréco-catholiques) et les Sœurs de la Doctrine chrétienne. Les premières travaillent auprès des familles gitanes très pauvres, les secondes ont créé un dispensaire où sont soignés gratuitement les malades les plus démunis. Les deux communautés sont également engagées auprès des paroisses, notamment pour la catéchèse.

Nul doute que leur présence va rayonner au delà des clivages religieux et peut-être encourager de nombreux jeunes. C'est pourquoi, favoriser leur formation permanente, dans le pays et à l'étranger, mettre à leur disposition un matériel de formation, sont des choses importantes.

 

E.E. Après cette semaine riche en expériences, qu'aimeriez-vous communiquer à vos paroissiens ou aux prêtres de votre doyenné ?

 

Abbé Arnould. Tout d'abord, que cela vaut la peine de faire l'effort de s'ouvrir à un autre pays, une autre religion, d'autres traditions populaires que les nôtres. Il y a là une source incomparable d'enrichissement.

De plus, si l'on connaît mieux les personnes, si on a appris à les apprécier, il est possible de mieux les aider, de répondre plus précisément à leurs besoins, de développer un véritable partenariat.

Enfin, après avoir ressenti la ferveur des paroissiens du village de Nadaselu lors des fêtes de Pâques, j'ai envie de dire, avec la philosophe Chantal Delsol (3): «finalement, ce n'est pas la révolution communiste, mais le monde occidental qui a réussi le pari lancé par l'idéologie de progrès: «éteindre les religions». La formule reste sans doute à discuter mais le diagnostic me paraît bien posé.

 

(1) Iconostase: grand écran à trois portes derrière lequel officie le prêtre pendant la consécration eucharistique et qui est ainsi nommé parce qu'il est recouvert d'icônes.

(2) Banat, région du sud-ouest de la Roumanie,

(3) Souci contemporain. 1996. p.207

 

Un métropolite orthodoxe, champion de la réconciliation

 

Agé de 74 ans, le métropolite, Nicolae Cornéanu du Banat est l'un des plus anciens évêques au sein de la hiérarchie orthodoxe de Roumanie. Il a, durant de longues années exercé différents postes de responsabilité. Après la chute de Ceausescu, il a reconnu avec humilité ses « erreurs » commises sous la dictature communiste, notamment à l'égard de l'Eglise catholique roumaine de rite byzantin (gréco-catholique) supprimée en 1948, et depuis, il ne cesse de prôner la réconciliation entre orthodoxes et gréco-catholiques, n'hésitant pas à effectuer avec courage des gestes forts en ce sens. C'est ainsi qu'il a rendu spontanément la cathédrale de Lugoj aux gréco-catholiques, dès que les libertés religieuses ont été rétablies en Roumanie.