Bulletin mars 1997

Accès au BLOG BLOG

 

LE PRINTEMPS ou L’AUTOMNE DE L’EGLISE A L’EST

Entretien avec Pierre Delooz, sociologue

et Nicolas Bardos-Féltoronyi, géo politologue.

 

Entraide d'Eglises. Après l'implosion inattendue du communisme en 1989, beaucoup attendaient un nouveau printemps des Eglises.

La persécution était terminée. Le mensonge officiel s'était dissipé. On pouvait espérer que des initiatives à forte teneur spirituelle, qui avaient vu le jour dans les années 1970-1980 et qui avaient été contrariées par le régime en place, s'épanouiraient avec la liberté retrouvée.

Qu'en est-il aujourd'hui?

 

Nicolas Bardos. Il est vrai que les années 1970-1980 ont vu naitre beaucoup d'initiatives religieuses dans l'Europe du Centre et de l'Est. Avec le recul du temps, on aperçoit cependant qu'elles prenaient couramment une allure religieuse parce que la voie franchement politique leur était barrée. Les milliers de communautés de base de Hongrie, par exemple, n'ont pas résisté au retour de la liberté politique.

La fréquentation massive des églises en Pologne et l'afflux des jeunes gens dans les séminaires n'ont guère résisté à l'instauration d'une démocratie politique.

Il convient de souligner que, dans les pays où l'orthodoxie domine, la situation est nettement plus stable.

Il faut ajouter d'ailleurs que la démocratie politique s'est installée, après 1989, dans des Etats où elle n'avait guère prospéré avant la guerre où elle avait été brutalement rejetée par les différents régimes autoritaires. De plus, elle est allée de pair avec la mise en route d'une économie capitaliste qui a provoqué la dislocation des équilibres fragiles de la vie quotidienne au profit des plus entreprenants, créant ainsi des insécurités nouvelles.

 

Entraide d'Eglises. Mais peut-on généraliser ces constatations? Les pays de l'Est sont si différents les uns des autres ?

 

Pierre Delooz. Oui et non. Il est vrai que la Pologne, par exemple, est restée un pays profondément catholique à côté d'une République Tchèque profondément déchristianisée. Néanmoins il y a des analogies entre ces pays qui valent la peine d'être soulignées parce qu'elles rendent compte du désarroi des Eglises face à la démocratie politique.

Ils avaient connu, en effet, pour la plupart, un régime de relations Eglise-Etat assez semblables pendant plus de deux siècles. Cela ne s'oublie pas si rapidement, d'autant que les communistes s'en étaient accommodés et avaient même réussi à en tirer parti. Je veux parler du joséphisme, ce mode de gouvernement autoritaire instauré par l'empereur d'Autriche-Hongrie Joseph Il, qui honorait mais assujettissait les Eglises. Nos ancêtres des Pays- Bas l'ont rejeté au XVIII siècle, mais ses Etats d'Europe centrale ont dû s’y soumettre. L'instauration d'une démocratie politique a mis cette tradition à mal car, en libérant les Eglises, elle les abandonnait aux aléas des opinions publiques et à la désaffection des populations soumises, comme partout en Europe, a une profonde sécularisation. Désormais cette population n'a même plus un ennemi commun -le communisme -pour se stabiliser.

 

Nicolas Bardos. C'est d'autant plus vrai que la pratique du joséphisme par l'Etat, en favorisant l'Eglise dominante, renforçait en fait, le désintérêt de cette Eglise, quand ce n'était pas son hostilité, envers les minorités religieuses chrétiennes ou non.

Les juifs en ont su quelque chose.

 

Entraide d'Eglises. En présentant les choses ainsi, ne risque-t-on pas de laisser entendre que, du point de vue religieux, l'Ancien Régime a duré, en Europe du Centre et de l'Est épargnée par la révolution française, jusqu'à 1989 - deux siècles de trop - et qu'il y a laissé des structures religieuses tellement dépassées que celles-ci sont simplement en train de tomber en ruine aujourd'hui?

 

Nicolas Bardos. Il y a malheureusement du vrai dans cette analyse. Elle ne devrait cependant pas masquer les signes positifs qui apparaissent aussi de nos jours dans ces mêmes pays. Ainsi, on peut sans doute considérer comme positive la prise de conscience par différentes Eglises, jadis dominantes, de leur caractère minoritaire. D'autre part, de jeunes intellectuels, formés par les universités communistes, ont manifesté, dans les années 1980, nous l'avons déjà noté, des aspirations spirituelles qui paraissaient entrer en consonance avec la religion et s'exprimaient dans des groupes qui se sont aujourd'hui évaporés. Cette disparition ne signale pas nécessairement la disparition des valeurs qui les inspiraient mais leur caractère relatif. Et on peut estimer que ce caractère relatif des valeurs est un point positif. La valeur de la personne individuelle capable de solidarité, la valeur du pluralisme, de la liberté démocratique et même la valeur de l'argent - s'il n'est pas seulement moyen d'asservissement - font entrer ces pays dans l'ère du relatif, c'est-à-dire du non totalitaire.

 

Entraide d'Eglises. Que l'Eglise croate ou polonaise ou roumaine se soit considérée comme la conscience de la nation, était-ce un phénomène si négatif ?

Il pouvait se dégrader en nationalisme agressif mais il était aussi porteur d'une identité saine, liée à une tradition respectable.

 

Pierre Delooz. Que le christianisme ait été plus longtemps à l'Est de l'Europe qu'à l'Ouest le « vinculum societatis », le lien social, par excellence n'est pas un mal en soi, mais qu'il ne le soit plus, ou de moins en moins, n'est pas non plus un mal en soi. Cette sécularisation, cette relativisation du lien social est un facteur positif dans la mesure où elle permet notamment à chaque Eglise d'être elle-même sans être obligée de s'opposer aux autres Eglises. Elle est un facteur positif sur la voie de la réconciliation. On en a eu une illustration émouvante, en mai 1996, lorsqu'un évêque orthodoxe roumain, le métropolite Nicolas du Banat (Timisoara) invita au pardon lors de l'installation d'un évêque catholique de rite byzantin en la cathédrale de Lugoj, longtemps occupée par les orthodoxes avec l'appui de l'Etat communiste.

"Les injustices ne doivent plus exister entre nous ", a-t-il déclaré, en posant en outre cette question brûlante: " Comment le Christ peut-il être parmi nous, si nous nous haïssons les uns les autres ?"

 

Nicolas Bardos. On doit également réfléchir au fait que les Eglises orthodoxes ont, en général, mieux survécu sous le régime communiste. Sans doute étaient-elles des Eglises nationales que les gouvernements communistes avaient intérêt à ménager pour asseoir leur légitimité, mais peut-être est-ce aussi justement parce qu'elles avaient déjà le sens du relatif.

Elles ne désiraient pas s'immiscer dans les affaires de l'Etat.

Elles ne considéraient pas comme une atteinte à leur mission d'être confinées à l'intérieur des lieux saints où il leur était possible, au cours de la liturgie célébrée avec le plus grand soin, de faire descendre le ciel sur la terre, comme l'avait dit saint Jean Chrysostome.

 

Pierre Delooz. Il est fréquent que les intellectuels, voire certains ecclésiastiques de chez nous, aient un regard de commisération, voire de mépris, envers la religion populaire confondue sans vergogne avec la superstition.

Les Eglises orthodoxes de l'Est n'ont heureusement pas opéré cette confusion. Elles sont restées très accueillantes à l'égard de la religion populaire, multipliant les bénédictions et encourageant les gestes de piété individuels (allumer des cierges) ou collectifs (célébrer les fêtes patronales). N'était-ce pas sagesse et gage de survie ? Cela n'empêchait pas d'ailleurs le clergé orthodoxe roumain d'être sans doute le mieux formé des clergés orthodoxes.

Mais certains sanctuaires catholiques - l'église des franciscains de Budapest par exemple ou la chapelle construite dans les anciens remparts de Vilnius - ont exercé des fonctions analogues sur une échelle plus réduite.

En Pologne, Czestochowa a drainé et draine encore, sur grande échelle, des foules pieuses plus que partout ailleurs.

 

Entraide d'Eglises. Les quelques allusions faites jusqu'ici aux intellectuels donnent l'impression qu'ils n'occupent plus de place dans les Eglises de l'Est et que les laïcs sont tout juste bons à allumer des cierges. D'ailleurs ceux qui ont persévéré dans la pratique religieuse auraient vu leur nombre se réduire à la plus simple expression.

Est-ce vraiment exact?

 

Nicolas Bardos. Non,... mais il est exact que les pratiquants de la messe dominicale sont de moins en moins nombreux, y compris parmi les catholiques. Lorsqu'un évêque hongrois laisse entendre, par exemple, qu'il y a 60% de catholiques en Hongrie, il devrait savoir qu'il ne reste que 12% de pratiquants. Mais tout n'est pas dit pour autant. Ici aussi il y a des signes positifs. Les évêques commencent notamment à se rendre compte que des laïcs de mieux en mieux formés ne se laisseront plus guider comme un troupeau. Les évêques polonais l'ont appris à leurs dépens - et l'ont reconnu - après avoir soutenu publiquement, avant les élections, des partis politiques soi-disant catholiques dont l'échec fut éloquent. En revanche, les évêques hongrois ont pris la précaution, avant d'écrire une lettre pastorale, remarquable et remarquée, sur les questions économiques, de s'entourer d'un groupe d'une vingtaine d'experts laïcs; le résultat fut que l'audience de cette lettre fut énorme: enfin un document issu d'une conférence épiscopale d'Europe Centrale frappait juste.

 

Entraide d'Eglises. Vous semblez entonner un hymne à la gloire de l'ère du relatif, mais n'est-ce pas une illusion ?

L'ère du relatif, c'est l'ère de l'incertitude, du désarroi, du chacun pour soi !

 

Pierre Delooz. Ce sont là les effets non voulus mais inévitables d'un mouvement positif. En effet, le relatif en question, c'est le pluralisme des valeurs, pluralisme considéré lui-même comme une valeur. Donc, nous l'avons souligné plus haut, le contraire du totalitarisme. Dans des pays qui sortent de l'ère communiste, la sortie du totalitarisme est, par elle-même, un appel à plus de vérité. Le prix à payer est lourd mais est-il possible d'y échapper? Toutefois un autre totalitarisme, plus insidieux, atteint les pays de l'Est par contagion avec l'Occident: le "tout économique" et sa "pensée unique". Ce primat de l'économique nous menace tous et nous avons à nous en libérer tant à l'Est qu'à l'Ouest. Les Eglises doivent y contribuer chacune à leur manière - pluralisme - en fidélité au même Evangile. .

 

Où en est le volontariat dans les pays d’Europe centrale et orientale?

Entretien avec Mr Raph De Sutter,

directeur du Centre Européen du Volontariat

 

La notion de volontariat commence à renaître dans ces pays en même temps que le monde associatif.

Comme tous les régimes totalitaires, le régime communiste a, dès son avènement supprimé toutes les associations qu'elles soient colombophiles, sportives ou philosophiques.

Il était trop dangereux de laisser aux gens la possibilité de se réunir et de se parler. C'est donc tout un tissu qui se remet actuellement en place, lentement mais sûrement comme en témoigne la vitalité manifestée autour du programme ''Phare LIEN "dont est responsable le Centre européen du volontariat.

 

Ces dernières années, deux changements importants ont eu lieu dans les pays d'Europe centrale et orientale. Ils ont permis au monde associatif de prendre un nouvel essor. D'une part, on a assisté à la naissance d'initiatives privées pour créer des associations sans but lucratif (ASBL) ou des organisations non gouvernementales (ONG), et d'autre part, sur le plan politique, les partis démocratiques se sont efforcés de changer la législation nationale dans différents pays afin de faciliter la création des ASBL ou des ONG.

C'était indispensable car la plupart de ces pays n'avaient aucune possibilité légale de créer de telles associations.

Parallèlement à cette évolution, sous la pression du Parlement européen, la Commission européenne a pris, dès 1992, quelques initiatives importantes pour favoriser la démocratie dans ces pays. Il s'agit de la création du programme Phare TACIS, géré par l'Association européenne des Droits de l'homme ainsi que du programme Phare LIEN destiné à soutenir les ONG, dont nous nous occupons spécialement ici, au Centre Européen du Volontariat. Ce sont deux programmes importants.

 

Quel est le but du programme Phare LIEN et quels sont les critères de sélection des projets soutenus?

 

Le but de Phare LIEN est d'aider les ONG qui travaillent dans le domaine social.

Il s'agit obligatoirement d'un partenariat entre une association d'un pays de l'Est et une association d'un pays de l'Union Européenne (UE).

Au début, l'organisation responsable vis-à-vis de la Commission faisait partie nécessairement de UE, actuellement elle peut aussi être issue d'un pays de l'Est.

Les projets sont soutenus pour un maximum de deux ans. Mais il est évident que nous devons avoir la garantie suffisante que ces projets continueront après ces deux années. C'est pourquoi nous insistons pour qu'il y ait une collaboration avec les autorités locales car c'est souvent la seule garantie de continuité d'un projet.

Les projets présentés doivent émaner des pays de l'Est eux-mêmes, ils doivent répondre à un besoin de la population. Nous recevons par exemple, des demandes de Caritas, de Misereor, de la Croix Rouge ou de la Fédération Nationale des Aveugles qui veulent créer des filiales dans les pays de l'Est.

Même si ces projets sont très valables, ils n'entrent pas en ligne de compte dans notre programme.

De même, nous n'entrons pas dans le financement de constructions. Certains pays, notamment ceux qui sont liés à l'Allemagne, pensent surtout à construire.

Pour nous ce n'est pas une priorité.

Un budget est prévu pour l'équipement mais pas pour la construction.

Par contre, de très bons projets sont ceux qui s'orientent vers la formation car c'est la base. Mais même dans le domaine de la formation, il y a un risque. Par exemple, on propose un programme de formation, mais tout est organisé par des experts européens. Finalement tout le bénéfice est pour l'UE et pas pour la population locale.

Si les projets peuvent émaner d'organisations diverses, ils doivent cependant être ouverts à tous. Par exemple, de Pologne, nous recevons parfois des projets destinés uniquement aux juifs ou aux catholiques, ce qui n'est pas accepté. De même si des syndicats proposent des formations pour ouvriers, c'est une bonne chose en soi mais à condition que ce ne soit pas pour former des militants socialistes ou chrétiens.

On ne peut exclure personne. Je suis très strict quant à l'application de cette règle.

 

Qui procède à la sélection des projets ?

 

Nous travaillons ici avec une équipe de huit personnes et une série d'experts. Chaque projet est évalué par deux experts selon une grille de sélection très stricte. S'ils ne sont pas d'accord, un troisième expert sert d'arbitre. On dresse alors une liste par pays et par destination de projet. Cette liste est présentée à un groupe formé de fonctionnaires de plusieurs départements de la Commission qui prennent la décision finale.

Ils essaient de garder un certain équilibre quant aux pays destinataires et aux pays partenaires. Dans UE, les grands ténors sont la France, l'Allemagne et l'Angleterre. Le Portugal est davantage tourné vers l'Afrique, et l'Espagne vers l'Amérique du sud. C'est une question de culture.

 

Pourriez-vous donner un ou deux exemples de projets soutenus? .3

 

Pour rester en Belgique, prenons un exemple au hasard: le "Projet Roms Rakusy" qui établit un partenariat entre la Maison de la Technologie Appropriée (ASBL), à Bruxelles et une association de Kosice, en Slovaquie. Le but du projet est d'apprendre à des personnes représentant le monde tsigane, à fabriquer des briques d'argile et surtout à établir une coopérative pour vendre ces produits. L'objectif principal est d'améliorer l'image du Tsigane dans la société slovaque. Une vingtaine de personnes, Tsiganes et Slovaques seront entraînés à la fabrication de briques et la construction en bois.

Autre exemple: le projet "Diagnostic et méthodes éducationnelles pour personnes autistes". Partenariat entre l'association "Autisme Europe" à Bruxelles et l'Institution "Effeta" en République tchèque.

Le but du projet est d'aider à poser un diagnostic correct, à donner un traitement approprié et à instaurer une collaboration entre le personnel soignant et les parents d'autistes.

 

Constatez-vous une évolution, une augmentation d'associations et de projets au cours de ces dernières années ?

 

En 1995, 900 projets ont été proposés. Cela veut dire 900 organisations actives, sans compter évidemment celles qui ne font aucune demande. C'est presque le double de l'année précédente. Cela bouge donc sérieusement dans le monde associatif.

La Commission européenne (DG 23) a financé une étude sur la situation du volontariat au plan structurel, dans six pays. Pour l'Europe de l'Est, le pays choisi était la Slovaquie. Un congrès national du volontariat a d'ailleurs eu lieu en novembre à Bratislava. On a pu de rendre compte à quel point le volontariat se développait dans ce pays, non seulement dans le domaine social mais aussi écologique ou culturel. Les volontaires ne sont pas seulement des chômeurs (de plus en plus nombreux dans ces pays) ou des retraités, mais il s'agit vraiment d'un échantillon représentatif de la population.

 

Comment les associations sont-elles mises au courant des possibilités d'un soutien financier par la Commission européenne?

 

Nous organisons des réunions d'information dans les pays concernés. Cette année, nous en avons organisé six sur le programme LIEN, en Slovénie, en Slovaquie, en Roumanie, en Bulgarie, en Lituanie et à Budapest. Y assistaient chaque fois une centaine de personnes, représentant chacune une association.

Ces séances d'information comportent toutefois un risque: les gens croient parfois qu'en donnant l'information nous donnons également la possibilité de trouver un partenaire à l'Ouest. Or c'est très difficile. Nous n'avons pas encore de classement d'associations par secteurs et même si nous le possédions, qui pourrait nous dire la valeur de chacune de ces associations et laquelle conseiller comme partenaire ? C'est presqu'impossible.

 

Etes-vous présents également en Russie et dans les pays de l'ex-Union Soviétique?

 

Bien sûr. Nous avons été en Ukraine, en Géorgie, à Moscou et dernièrement je me suis rendu au Kazakhstan. Ils m'ont dit là-bas "jamais personne ne s'était donné la peine de venir chez nous". Alors que nous n'avions reçu aucune demande du Kazakhstan jusqu'à présent, nous avons actuellement, venant de ce pays, dix-sept projets annoncés.

 

Une fois le contrat signé avec la Commission, y a-t-il un suivi du projet ?

 

Quand les deux partenaires ont signé l'accord, il y a rapport d'activité obligatoire pendant deux ans et, de notre part, un monitoring au nom de la Commission, pas seulement pour les contrôler mais pour voir comment aider, comment trouver une solution aux problèmes rencontrés. Au début, il est vrai, il y avait beaucoup de problèmes à résoudre.

 

Qui trouve-t-on généralement à l'initiative des projets qui vous sont soumis? Les chrétiens, laïcs ou non, y jouent-ils un rôle particulièrement actif?

 

Il faut reconnaître que généralement les associations d'origine religieuse sont, c'est étonnant, mieux structurées ou en tout cas plus actives car, dans les projets présentés, une majorité le sont par de telles associations. C’est logique car dans un bon nombre de pays, Caritas international essaie de se structurer sur le plan national et régional. Les associations chrétiennes ont donc d'office un soutien important.

Elles sont également aidées par des associations sœurs d'Europe occidentale. Par exemple, l'Allemagne est très active dans les pays baltes et la Hongrie. Pour la France, c'est plutôt la Roumanie.

Nous connaissons ce même phénomène également dans un certain nombre de pays de UE où les associations d'origine religieuse sont mieux structurées car elles ont une plus longue tradition dans le domaine social. Par contre, ce qui m'a frappé en Slovaquie, c'est que les associations d'origine religieuse étaient vraiment minoritaires. Quoi qu'il en soit, toute cette reprise du mouvement associatif est un gage pour le retour d'une vraie démocratie dans les pays d'Europe centrale et orientale.

Interview: Baga Martens

 

L'HISTOIRE AU PRÉSENT

Adalbert et Jean-Paul Il

Du 25 au 27 avril, l'infatigable Jean-Paul II se rendra en République tchèque à l'occasion du millénaire de la mort de Saint Adalbert. Il doit fêter également cet évènement en Pologne, au mois de juin.

 

- Connaissez-vous Adalbert, ou Woytech en tchèque? Son histoire ressemble à un roman, un roman tragique et émouvant. Adalbert est né en 956 dans une illustre famille de Bohême. A la suite d'une grave maladie dont il avait été miraculeusement guéri, ses parents le consacrèrent au service de l'Eglise.

Le jeune Woytech fut donc envoyé à Magdebourg en Germanie (dont dépendait la Bohême en ce moment), auprès du grand archevêque Adalbert qui l'instruisit de la foi chrétienne. C'est en signe de reconnaissance que Woytech, le jour de sa confirmation, pris le nom d'Adalbert.

- A la mort de l'archevêque, Adalbert retourna en Bohême, chez les siens. Il avait alors vingt cinq ans et son érudition faisait l'admiration de ses contemporains.

Sur ces entrefaites, l'Eglise de Bohême avait acquis son indépendance et la ville de Prague, son propre évêché. Mais le premier évêque, Dithmar, mourut bientôt et Adalbert fut appelé à lui succéder. Profondément impressionné par la mort de ce prélat qui se reprochait sa vie molle et inutile, Adalbert décida de mener une vie d'austérité et de responsabilité. C'est pieds nus qu'il fit son entrée à Prague et le peuple pressentit en lui un saint évêque. Tous les jours, il nourrissait douze pauvres en souvenir des douze apôtres, il couchait sur la terre nue, il prêchait, visitait les malades et les prisonniers mais, dit-on, il ne riait jamais.

- Les Tchèques étaient à peine christianisés à cette époque, beaucoup étaient encore païens et ceux qui s'étaient convertis avaient gardé leurs habitudes païennes. Pendant six années Adalbert essaya de leur prêcher la bonne nouvelle mais n'obtint aucun résultat. On le trouvait trop saint, trop exigeant. Découragé, il finit par aller à Rome demander au pape la permission de se retirer dans un monastère; permission qui lui fut accordée.

- Il y était depuis plusieurs années lorsque l'archevêque de Mayence, désolé de voir le diocèse de Prague dans un complet abandon demanda au pape d'y renvoyer Adalbert. Sans se faire beaucoup d'illusions, celui-ci obéit et retourna à Prague où les habitants l'accueillirent avec joie et firent mille promesses. Mais une fois de plus les choses se gâtèrent et le jeune évêque reprit le chemin de son monastère romain.

- Une seconde fois, l'archevêque de Mayence insista auprès du pape pour rendre à l'Eglise de Prague son pasteur ; une seconde fois, Adalbert obéit. Avant de rentrer au pays, il fit un détour par la France pour aller vénérer, entre autres, les reliques de Saint Martin, à Tours. Mais cette fois les Tchèques refusèrent de le recevoir, ils allèrent jusqu'à s'en prendre à ses parents restés en Bohême, les massacrèrent, pillèrent leurs biens, mirent le feu à leurs châteaux. Il faut dire que tout cela se passait sur fond de rivalités féodales entre grandes familles.

- A ces tristes nouvelles, Adalbert jugea inutile d'aller plus loin, il se réfugia chez son ami Boleslav, le fils du duc de Pologne. Les Tchèques ne voulaient pas de lui, eh bien! il irait porter la bonne nouvelle ailleurs, en Prusse, au nord de la Pologne. Aucun missionnaire n'avait encore pénétré cette région. Adalbert partit avec Gaudence, son frère et le prêtre Benoît. Le duc de Pologne leur avait donné une escorte de trente soldats ainsi qu'une barque pour descendre la Vistule jusqu'à Gdansk, sur la mer Baltique. C'est là qu'Adalbert s'arrêta quelque temps et qu'il eut enfin le bonheur de baptiser un grand nombre de païens.

- Encouragé par ce succès, il prit la mer et débarqua plus loin sur la côte prussienne d'où il renvoya son escorte. Mais les Prussiens le reçurent mal et le maltraitèrent de toutes sortes de façons. Adalbert, Gaudence et Benoît reprenant courageusement la route, arrivèrent alors à Tenkitten qui était un champ sacré des païens. Mais on ne badine pas avec les idoles; nos trois missionnaires furent assaillis par une bande de fanatiques.

Adalbert fut massacré, ses deux compagnons emmenés comme captifs. Heureusement ils réussirent à s'échapper et allèrent raconter au duc de Pologne le meurtre dont ils avaient été les témoins. Cette scène avait eu lieu le 23 avril 997. Adalbert avait à peine quarante et un an.

- Le duc de Pologne fit aussitôt racheter le corps de son ami et le déposa dans l'église de Gniezno, sa capitale. Bientôt le tombeau devint célèbre et il s'y fit beaucoup de miracles, jusqu'au jour où...en 1039, les Tchèques, pris d'un amour sincère (ou intéressé) pour celui qu'ils avaient rejeté, firent irruption en Pologne, s'emparèrent du corps d'Adalbert et l'emportèrent à Prague...

- A la lecture de ce récit, chacun pourra trouver pour lui-même objet de réflexion, que ce soit sur la façon la plus adéquate de transmettre la bonne nouvelle, sur la violence dont ont été victimes tant de témoins de la foi, hier et aujourd'hui ou sur l'enfantement difficile du christianisme en Europe. Quoi qu'il en soit, Jean-Paul II nous en dira davantage lors de ses prochaines visites en République tchèque et en Pologne.

Baga Martens

 

COURRIER

Bulgarie

 

Cette lettre nous parvient de Bulgarie par l'intermédiaire d'une lectrice. Elle illustre la situation difficile à laquelle est confrontée la population de ce pays.

 

"...L'année 1996 a été dure pour moi, comme pour beaucoup. La situation dans le pays s'est aggravée. La hausse des prix a commencé dès le mois d'avril et a continué chaque mois jusqu'aujourd'hui. Electricité, transports, essence, impôts. Maintenant nous sommes dans l'abîme. Chaque jour les prix augmentent, c'est la sur inflation.

Les émeutes ont commencé, ce sont des manifestations qu'on montre à la télévision dans tous les pays. J'étais touchée jusqu'aux larmes quand j'ai entendu mon amie Inca me téléphonant de France il y a un mois pour me demander si j'avais besoin d'aide. Elle savait déjà ce qui se passe ici.

Chaque instant, la radio annonce la hausse du prix du dollar qui a dépassé actuellement 1.000 levas. Les gens sont inquiets, ils retirent leurs avoirs des banques, achètent surtout de la nourriture qui commence d'ailleurs à manquer.

Les prix sont vertigineux. Aujourd'hui, 29 janvier, il y a une grève générale. Les rues sont bloquées par les manifestants qui réclament le changement de tous ceux qui sont au pouvoir et ont mené le pays à l'abîme. Le nouveau président est aujourd'hui à Bruxelles. Enfin c'est un homme bien, intelligent, mais ses droits sont limités.

Je vous ai donné des détails de ce qui se passe dans notre beau pays. Excusez le griffonnage mais j'ai les nerfs tendus par tout ce qui m'entoure et la peur que la situation tourne mal. En 1995, j'ai vendu un petit appartement que j'avais et j'ai versé l'argent à la Caisse d'épargne nationale. C'est grâce aux intérêts que je touche à présent que j'arrive à payer ma note d'électricité qui est plus importante que ce que je touche comme retraitée. Cet hiver, je reste dans la cuisine où il fait bon (au salon, il y a cinq degrés). Tous ceux qui ont le chauffage central vivent dans une ou deux pièces et détachent les radiateurs pour payer moins. C'est la vie que nous menons aujourd'hui... "

Franca. Sofia, 30/1/1997

 

NOUVELLES BRÈVES

BIELORUSSIE

Intimidation contre le clergé catholique étranger.

 

Les prêtres et religieux catholiques étrangers actifs dans la pastorale en Biélorussie sont victimes de mesures psychologiques d'intimidation, dénonce le cardinal Cazimierz Swiatek, archevêque de Minsk-Mohilev. Décrivant la situation actuelle de son Eglise sur les ondes de radio Vatican, le cardinal affirme que les pressions des autorités visent à obtenir le départ du pays du clergé étranger.

Selon les sources catholiques officielles, la Biélorussie compte environ 200 prêtres catholiques (dont 150 étrangers), en majorité des religieux. Pays de confession orthodoxe, l'actuelle Belarus, avec ses quelque 11 millions d'habitants, doit cependant tenir compte de sa minorité catholique romaine (12% de la population), en partie d'origine polonaise.

L'Eglise orthodoxe locale s'est souvent déclarée hostile à la présence des missionnaires catholiques, accusant des prêtres Polonais de se prêter à une campagne de "polonisation" dans des territoires qui, jusqu'à la deuxième guerre mondiale, étaient rattachés à la Pologne.

CIP 9/1/97

 

POLOGNE

La pratique dominicale atteint 55 %

 

Plus de 55% des Polonais assistent à la messe dominicale, selon un sondage publié le 1er janvier par l'agence de presse catholique KAI. Ce pourcentage reste très largement supérieur à la moyenne européenne. L'enquête menée par l'institut de sociologie de l'université de Varsovie, révèle que 74 % des Polonais se déclarent croyants et que 65 % ont participé l'an dernier à des manifestations de type spirituel, 31 % font régulièrement la prière en famille et 35 % lisent régulièrement la bible. Ce qui, relève KAI, n'empêche pas plus de 50 % des Polonais d'approuver la loi libéralisant l'avortement votée dernièrement par le parlement en dépit de la ferme opposition de l'Eglise hiérarchique.

CIP 9/1/1997

 

RUSSIE

Moscou: 1er congrès missionnaire de l'Eglise russe

 

Renouant avec la pratique des congrès missionnaires du début de ce siècle en Russie, l'Eglise orthodoxe russe a organisé un congrès missionnaire, du 11 au 14 novembre 1996, à Bielgorod (Russie). Dans son discours d'ouverture, l'évêque Jean de Bielgorod a souligné l'ampleur du travail qui attendait l'Eglise russe, non seulement pour évangéliser la société, mais pour changer les mentalités à l'intérieur même du corps ecclésial où trop nombreux sont ceux qui ne se sentent pas concernés par cette vocation missionnaire que porte en soi tout baptisé, a-t-il expliqué. Citant l'exemple d'un télégramme qu'il avait reçu d'un diocèse où l'on pouvait lire 'Ne pouvons envoyer aucun délégué. N'avons pas de responsable pour la mission', il a affirmé qu'une telle réponse équivalait tout simplement à dire que 'dans ce diocèse il n'y a ni évêque, ni prêtres, ni laïcs....

Le père Pipovarov, recteur du séminaire de théologie orthodoxe de Tomsk en Sibérie, a proposé de généraliser un certain nombre de mesures afin de renforcer la formation théologique des fidèles: installation d'une période de catéchuménat avant le baptême d'adultes, organisation dans les paroisses de réunions de catéchèse pour les adultes, avant ou après la liturgie, introduction d'une formation appropriée de catéchètes dans les écoles de théologie.

Le père Oleg Steniaev, prêtre moscovite qui dirige un centre d'accueil pour les victimes des sectes a présenté les différents types d'actions, mises en place pour apporter une aide spirituelle et psychologique aux personnes qui cherchent à sortir de l'emprise des sectes à caractère totalitaire qui se sont développées ces dernières années en Russie.

CIP 2/12/1996

 

Le fossé entre riche et pauvres s'élargit.

 

L'Eglise orthodoxe russe est préoccupée par l'extension de la pauvreté dans le pays. Le fossé entre riches et pauvres atteint un stade critique, constate le synode du patriarcat de Moscou, si bien que beaucoup de russes ne peuvent plus jouir pleinement de leurs libertés.

Aujourd'hui après avoir retrouvé la liberté, l'Eglise peut de nouveau jouer son rôle d'avocate de l'humanité, relève le synode. 'Elle ne peut faire autrement que de s'engager en faveur de ceux que la pauvreté met en marge de la société', dit le communiqué signé par le patriarche Alexis II. Le synode s'inquiète en particulier du sort des personnes âgées contraintes de mendier pour survivre, mais aussi des étudiants, des artistes et des ouvriers. L'Eglise appelle le gouvernement à résoudre au plus vite la question des salaires, des pensions et des bourses non payées.

CIP 2/1/1997

REPUBLIQUE TCHÈQUE

Deux auxiliaires pour l'archevêque de Prague:

l'un fut ouvrier, l'autre metteur en scène.

 

Le pape a nommé récemment deux auxiliaires pour l'archevêque de Prague, Mgr Miloslav Vlk. Le Père Vaclav Maly, 46 ans, doyen du vicariat de Prague, et le Père Jiri Padour, 53 ans, provincial des Capucins. Un ancien ouvrier et un ancien cinéaste qui, à l'instar de Mgr Vlk, furent tous deux empêchés par le régime communiste d'exercer le ministère sacerdotal.

CIP 12/1996