Bulletin décembre 1996

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HONGRIE

Noël chez les Tsiganes

 

Le pasteur Antal Hadhazy vit depuis longtemps parmi les Tsiganes, à l'est de la Hongrie.

Lors de son passage en Belgique, nous lui avons demandé comment la fête de Noël serait fêtée dans sa paroisse.

 

«On peut dire que les Tsiganes de chez nous vivent avec un décalage d'un cinquantaine d'années sur leur entourage. A peu de choses près, la Noël chez les Tsiganes ressemble à la Noël chez les Hongrois il y a 50 ans.

Par exemple, à l'occasion des fêtes de Pâques et de Noël, on remettait à neuf la maison dont on chaulait l'intérieur et l'extérieur (à Pâques). Les Tsiganes, qui sont tous sédentarisés chez nous, ont adopté cette pratique.

En Hongrie, les Tsiganes sont chrétiens et même s'ils appartiennent comme chez moi par exemple, à l'Eglise réformée, ils sont en fait catholiques. Pour eux, la Vierge Marie a beaucoup d'importance. Jésus, c'est un petit enfant. Dieu existe mais la Trinité...vraiment, ils ne comprennent pas (qui peut dire qu'il comprend d'ailleurs ?). Satan est aussi très présent.

A Noël, comme chez les Hongrois il y a 50 ans, tout un cortège traverse le village. Deux hommes portent la «crèche» représentée par une église en papier dans laquelle est couché le petit Jésus. Des bergers, jeunes et vieux, les accompagnent ainsi que des anges, jeunes garçons en chemise blanche.

Il y a aussi la marche à l'étoile. On fabrique un cylindre en métal entouré de papier et décoré de peintures. On va de porte en porte en faisant tourner ce cylindre et en chantant des chansons de Noël. Ces traditions étaient hongroises, elles sont à présent devenues tsiganes. Quand j'étais enfant, après le culte de minuit, tous les paroissiens allaient devant le presbytère et chantaient des chants religieux, ensuite on allait chanter de maison en maison. C'est cette coutume que les Tsiganes reprennent actuellement, mais un peu différemment. J'ai appris un de leurs chants. En voici les paroles. Elles sont révélatrices de leur mentalité.

 

«La Sainte Vierge Marie

            est partie sur le chemin.

Deux petits juifs marchent

            derrière elle.

Ils ont frappé sa tête

            avec une canne,

Ils ont craché

            sur son sang rouge.

 

Ne crache pas

            sur mon sang rouge.

Il vaut mieux

            frapper ma tête,

Je peux mieux

            l'accepter.

Le petit Jésus

            est né.»

 

La mélodie est empruntée à l'Eglise gréco catholique voisine. Le texte aussi a une origine chrétienne mais il est formé d'un amalgame de phrases sans aucune logique. Les Tsiganes ne s'intéressent pas à la logique. Ils chantent ce texte sans y réfléchir.

Depuis quelques années, si possible, on place un sapin de Noël dans la maison. Cette coutume, répandue dans la bourgeoisie hongroise d'autrefois, est relativement neuve pour le peuple hongrois en général. Les parents offrent un petit cadeau. Il n'y a pas de repas typique pour la Noël si ce n'est le gâteau aux noix et aux pavots.

Même si tous les Tsiganes n'assistent pas au culte (ou à la messe), Noël est pour eux une vraie fête, un moment de joie dans leur vie assombrie par le chômage et le mépris général de la population (même chrétienne) envers eux.

 

INTERVIEW

Le père Noël Choux, après avoir passé cinq années au service de l'Eglise tchèque comme conseiller pour les médias, est revenu cet été en France, son pays d'origine.

Cette année, avec l'accord de son diocèse, la Mission de France, il travaillera à mi-temps avec l'équipe d'Entraide d'Eglises.

 

Pourquoi avez-vous quitté la France pour vous mettre au service de l'Eglise tchèque?

 

En 1990, après la «Révolution de velours» et la nomination de Vaclav Havel comme Président de la République, l'Eglise a retrouvé la liberté ainsi que la possibilité de s'organiser et de s'exprimer librement dans les médias. C'était un chantier immense où tout était à faire et à créer. De plus, les chrétiens ayant été exclus des médias pendant la période précédente, il y avait peu de gens formés pour toutes les tâches qui étaient à remplir. Monseigneur Vlk qui venait d'être nommé comme responsable des médias, cherchait quelqu’un qui puisse conseiller et s'impliquer dans cette grande entreprise. Travaillant dans les médias et ayant connu l'Eglise tchèque par mes contacts dans les réseaux clandestins de soutien à l'Eglise persécutée sous le régime communiste, il m'a semblé que je devais répondre à cet appel et consacrer une partie de ma vie à cette tâche.

 

C'était un saut dans l'inconnu?

 

Oui et non. Oui, car il me fallait quitter mon pays et m'expatrier, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant. J'ai dû quitter mon emploi c'est-à-dire un salaire avec tous les avantages qui y sont liés: sécurité sociale, retraite...J'ai quitté mes amis, une vie d'équipe au sein de la Mission de France et j'ai dû me mettre à apprendre une nouvelle langue, ce qui n'est guère facile à 45 ans. J'arrivais dans un pays où la situation est très différente de celle de la France.

Par contre, je retrouvais là-bas des amis sur qui je savais pouvoir compter, qui prendraient soin de moi et m'entoureraient de leur affection.

Dans les premières années de la Mission de France, après la deuxième guerre mondiale, on a composé un très beau chant: «Partir de Ur en Chaldée». Les prêtres qui l'ont écrit ont vu dans le départ d'Abraham le symbole de ce qu'ils avaient à vivre dans leur mission. J'ai vécu mon départ en République tchèque comme un appel à vivre, moi aussi, le «coup d'Abraham».

 

Pouvez-vous nous dire en quoi a consisté votre travail à Prague?

 

Au début j'ai surtout regardé et écouté. Cela n'a pas été très facile. Il m'est arrivé plusieurs fois de guetter le courrier dans ma boîte aux lettres espérant une lettre de France qui me redonnerait un peu de courage... Mais heureusement l'espérance ne m'a jamais manqué. Monseigneur Vlk qui avait été nommé archevêque de Prague, a décidé de mettre la priorité sur la formation pour compenser les compétences professionnelles qui faisaient cruellement défaut. Il a fondé pour cela l'Institut de la Communication et m'en a nommé directeur, entouré d'un Conseil formé de 9 membres issus des différents médias catholiques: presse écrite, radio et télévision.

Au cours de nos rencontres, nous travaillons à la fois les techniques de communication, les grands textes de l'Eglise, du Concile ou des encycliques. Nous apprenons également à travailler ensemble et à regrouper nos initiatives pour faire ce qu'on appelle du multimédia, c'est-à-dire faire coïncider les reportages dans les différents médias. La priorité est mise sur la formation des journalistes. Celle-ci se fait en partie à l'Institut ou bien dans différents lieux de Prague selon les besoins de chacun: langues étrangères, marketing, management, informatique... Certains vont aussi se former à l'étranger dans des écoles spécialisées en communication grâce aux bourses offertes et au soutien des Eglises de l'Ouest.

 

Mis à part l'Institut de la Communication, avez-vous pu réaliser d'autres projets?

 

En plus de la rédaction religieuse à la télévision publique, nous avons créé une maison de production audiovisuelle, Imago s.r.p. Cela pour nous permettre d'avoir nos propres productions, en particulier des films pour enfants et des cassettes de formation ou d'animation catéchétique. Cette société doit aussi permettre à moyen terme de financer les activités de l'Institut par ses propres revenus et de se soustraire petit à petit à l'aide apportée par les Eglises de l'Ouest. Nous avons dès le départ visé l'autofinancement. C'est dans ce contexte qu'a été établie la collaboration avec Entraide d'Eglises, qui a soutenu au départ cet effort de l'Eglise. J'avais espéré alors que l'aide apportée pourrait diminuer au bout de trois ans et disparaître au bout de cinq. Imago a été créé en 1993. Cette année en 1996, des bénéfices vont être dégagés. Je pense donc que tout se passera comme prévu et que l'aide apportée par Entraide d'Eglises va pouvoir décroître pour cesser en 1998-1999.

 

Qu'avez-vous déjà produit dans cette maison de production audiovisuelle, Imago?

 

Le public visé en premier lieu a été celui des enfants. Avec le Studio Trnka (1) nous avons produit deux films d'animation. «Lucas et Lucie»(2) et «Toinou le petit berger», qui sont en vente en cassettes dans la version française. Une suite de «Lucas et Lucie» est en cours de réalisation ainsi qu'une adaptation du conte d'Oscar Wilde «Le Géant Egoïste». Puis nous avons fait des documentaires pour la télévision sur différents aspects de l'histoire de l'Eglise tchèque, dont un film sur la vie des prêtres en clandestinité pendant la période communiste. Plusieurs de ces films ont été diffusés par des télévisions étrangères.

 

Et aujourd'hui, comment fonctionnent l'institut de la Communication et Imago?

 

Dès le départ ma mission consistait à former des Tchèques pour qu'ils puissent prendre les responsabilités et assurer seuls le fonctionnement. Depuis le 1 er avril 1996, c'est un Tchèque de 34 ans qui est devenu le gérant d’Imago. Le Cardinal Miloslav Vlk a tenu à ce que je reste pour un temps directeur de l'Institut, qui possède Imago et que je revienne 15 jours chaque trimestre pendant un an ou deux pour suivre le déroulement de la transition. Cela va me donner la joie de revoir ce pays que j'ai appris à aimer et les amis qui me sont devenus très chers.

 

Il est sans doute trop tôt pour faire un bilan, mais pouvez-vous nous dire ce que vous avez découvert au cours de ce long séjour en pays tchèque et peut-être ce qu'II a modifié en vous?

 

On ne.vit pas cinq années comme celles-ci sans répercussions sur soi-même. C'est dans cette optique que je suis parti. Je n'étais pas l'expert qui allait déverser son savoir, mais j'allais «faire route avec», en me laissant interroger et parfois bousculer par nos différences. Les quarante années vécues dans des contextes différents à l'Est et à l'Ouest ont forgé des habitudes, des comportements, des réflexions, des expressions qui divergent dans tous les domaines de la vie et donc aussi dans la manière de croire et de vivre la foi. Durant quarante années la foi fut obligatoirement, pour les Tchèques, une affaire privée. Ils pouvaient prier, aller à l'église mais c'est tout. La foi est donc devenue très intérieure car c'est son seul lieu d'expression. Pour nous aussi, la foi a une dimension intérieure mais elle a pu s'extérioriser, se nourrir par les contacts, se manifester dans le domaine pastoral et social. L’Est et l'Ouest ont créé leur chemin de foi dans des directions différentes... Mais si nous arrivions à nous comprendre! L’unité, ce n'est pas marcher tous de la même façon mais réussir à faire ensemble quelque chose de fort. Cela me paraît être un enjeu très important pour les années à venir. J'ai décidé de commencer mes journées en récitant le Notre Père en Tchèque, au nom de tous les habitants de ma cité qui ne reconnaissaient pas encore Dieu comme leur Père. Au début c'était plutôt un balbutiement: Petit à petit cette prière, non seulement pour et avec les Tchèques mais aussi en leur nom, a modifié ma manière de vivre la mission, dans un grand respect des personnes et des consciences et en avançant dans la découverte de ce rôle de médiateur vers ce grand amour que Dieu porte à chaque homme et à chaque femme.

 

En quoi consistera votre travail à Entraide d'Eglises?

 

Dans la collaboration avec Entraide d'Eglises durant ces années j'ai pu apprécier deux attitudes en particulier:

- D'abord le lien à l'Eglise locale. Aucune action n'est entreprise en ayant été uniquement pensée à l'Ouest puis parachutée à l'Est sans concertation.

L’aide apportée répond à des besoins clairement exprimés par les responsables des Eglises locales.

- Ensuite, l'aide n'est pas à sens unique.

Il y a bien une aide matérielle apportée par l'Ouest à l'Est, mais toujours avec un souci de réciprocité, de dialogue et d'enrichissement mutuel par le partage des découvertes.

Il s'agit bien d'une entraide d'Eglises. C'est cela qui m'a fait répondre positivement à l'appel des responsables de l'association. Cela rejoint l'enjeu dont je parlais tout à l'heure. Je vais essayer de répercuter au sein de l'équipe, les découvertes que j'ai faites, avec un rôle que l'on définirait aujourd'hui comme interface. Concrètement je vais aider à préparer le 40ème anniversaire d'Entraide d'Eglises: 40 ans d'entraide et de partage réciproque des solidarités et des richesses entre Eglises vivant dans des contextes différents.

 

 (1) Trnka: cinéaste tchèque (1912-1966), grand poète de l'image, devenu le maître d'une technique éblouissante, il rénova le film d'animation en Europe en créant de toutes pièces le film de marionnettes.

 

NOUVELLES BRÈVES

ROUMANIE.

Une pétition, en faveur de l'enseignement religieux obligatoire dans les écoles, recueille un million de signatures.

 

Lancée à l'initiative de l'Eglise orthodoxe roumaine, une pétition a réuni un million de signatures en faveur de l'introduction de l'enseignement religieux à l'école.

Depuis la chute du communisme en Roumanie, en 1990, des cours d'instruction religieuse sont organisés dans les écoles publiques à raison d'une heure par semaine en tant que matière optionnelle suivant le choix confessionnel des parents. Les enseignants sont des prêtres ou des catéchètes formés à cet effet, les salaires sont versés par l'Etat.

Une pétition diffusée à travers le pays au cours de ces derniers mois, exige du gouvernement un amendement de l'article 9 de la législation relative à l'éducation nationale afin de permettre l'introduction de l'instruction religieuse comme matière obligatoire dans le primaire, le secondaire, et le supérieur. Tous les diocèses orthodoxes de Roumanie ont participé à la collecte de signatures.

Selon le père Nicolas Octavian, un responsable du secteur de l'éducation au patriarcat de Roumanie, cité par le bulletin d'information œcuménique roumain en langue anglaise «Religious life», un million de signatures ont été rassemblées en ce sens, alors que la constitution roumaine stipule qu'un amendement législatif peut être débattu soit sur proposition d'un groupe parlementaire soit à la demande d'au moins 250.000 citoyens.

L'Eglise orthodoxe roumaine a fait savoir qu'elle présenterait une demande en ce sens auprès du nouveau parlement. Avec 19.800.000 fidèles sur 22.700.000 habitants, d'après le dernier recensement officiel effectué en 1992, l'Eglise orthodoxe est très largement majoritaire en Roumanie.

Service Orthodoxe de Presse Nov.1996

 

RUSSIE

Moscou. Icônes et fresques: pas n'importe qui, ni n'importe quoi.

 

L'institut de théologie orthodoxe Saint-Tikhon à Moscou a organisé récemment un colloque sur les problèmes actuels de l'art de l'icône. La réouverture de nombreux lieux de culte en Russie après la chute du communisme, souvent rendus dans un état de détérioration totale, pose le problème de la décoration des églises après leur restauration, qu'il s'agisse de fresques ou d'icônes. Dans ce domaine, comme dans celui de la théologie et de la pastorale, la tradition vivante de l'Eglise a été interrompue par 75 ans de persécution. L'Eglise russe a besoin de renouer avec les techniques traditionnelles de l'icône, mais aussi avec le sens de celle-ci, devaient souligner les organisateurs de ce colloque.

Il existe aujourd'hui très peu de centres de formation de peintres d'icônes en Russie: à Moscou, par exemple, une école est ouverte, depuis le début des années 1980, à l'académie de théologie, à Sergiev Posad, une autre fonctionne auprès d'une paroisse...L'institut Saint-Tikhon dispose également de sa propre faculté d'art sacré.

Mais il existe aussi beaucoup d'ateliers d'artistes indépendants apparus récemment pour répondre à la forte demande du marché. Souvent, dans leurs compositions, ils ne tiennent que très peu compte du sens théologique et esthétique de l'icône. «Pourtant l'icône a une signification et un fondement dogmatiques. Autrement dit, elle peut influencer notre façon de croire.  C'est pourquoi, il faut mettre un peu d'ordre dans l'enseignement et dans la pratique de l'art de l'icône», ont affirmé les organisateurs du colloque. Plusieurs communications ont permis de poser la question de la canonicité de l'art et de présenter le renouveau de l'art de l'icône dans l'émigration russe à Paris qui renoue avec la tradition russe ancienne représentée notamment par André Roublev. Eugène Maksimov, professeur de peinture à l'école Sourikov de Moscou a raconté comment ses élèves avaient récemment réalisé les fresques d'une église orthodoxe sur l'île de Chypre et de l'une des églises du monastère d'Optino en Russie.

Le problème de la conservation des icônes dans les musées a été également évoqué. L'icône, «objet sacré», doit avoir le statut «d'objet de culte» pour mettre un terme à son exploitation par les musées qui trop souvent ne montrent pas les icônes qui sont déposées dans leurs fonds.

Il n'y a ni catalogue ni inventaire accessible au public. Il convient donc de revoir la loi sur les musées afin que les icônes obtiennent le statut «d'objet de culte» et d'indiquer dans la loi que de nombreuses icônes confisquées de force à l'Eglise doivent lui être restituées, quel que soit le musée où elles se trouvent.

Service orthodoxe de Presse. Nov.1996

 

La formation déficiente de nombreux prêtres nuit au climat œcuménique.

 

C'est ce qu'a déploré le Père Sviridov directeur de deux stations de radio orthodoxes à Moscou, lors du congrès international de l'AED (Aide à l'église en détresse),en octobre 1996.

Le Père Sviridov a mis en cause les milieux conservateurs de son Eglise, des minorités «chauvines et anti-œcuméniques, nostalgiques de la «monarchie orthodoxe d'avant la Révolution». Leurs attaques incessantes contre les missionnaires occidentaux accusés de prosélytisme nuit à l'image de l'Eglise russe et aux relations interconfessionnelles, a-t-il déploré.

De nombreux prêtres catholiques ont tellement peur d'être accusés de détourner les fidèles orthodoxes de leur Eglise qu'ils cherchent à tout prix à éviter le contact avec eux même si ce sont ceux-ci qui le recherchent. Le Père Sviridov qui a été lui-même, à plusieurs reprises la cible des milieux conservateurs de son Eglise, souhaite que l'orthodoxie russe se libère de son intolérance face aux autres traditions, pour ne pas tomber dans l'isolement.

Son problème principal, dit-il, est de se renouveler spirituellement. De nombreux fidèles ainsi qu'une partie du clergé ne peuvent aller au-delà d'une piété populaire traditionnelle. Il manque, estime le Père Sviridov, un approfondissement de la foi et un renouveau de la vie chrétienne. Rien ne sert de construire des églises s'il n'y a pas assez de prêtres bien formés et ouverts au monde.

CIP 10/10/1996

 

Moscou: «On nous dit, vous pouvez prêcher et servir mais il nous faut encore apprendre à prêcher et servir».

 

La 6ème conférence internationale à la mémoire du père Alexandre Men, prêtre orthodoxe moscovite assassiné en 1990 dans des circonstances qui n'ont jamais été véritablement éclaircies, s'est tenue le 10 et le 11 septembre dernier, à Moscou, dans les locaux de la Bibliothèque de littérature étrangère.

Le thème choisi cette année était tiré des Béatitudes: «Bienheureux les pauvres en esprit». Trois thèmes devaient être abordés dans les sections de la conférence: «l'héritage du père Alexandre Men», «La bienfaisance et le service social de l'Eglise», «l'enfance malheureuse».

Evoquant dans son discours d'ouverture les problèmes liés à la diaconie de l'Eglise dans le monde, le métropolite Juvenal a rejeté les reproches de passivité et de manque d'intérêt pour ces problèmes, qui sont souvent exprimés à l'adresse du clergé orthodoxe russe, en soulignant que bien des prêtres, empêchés de prendre toute initiative en ce domaine durant des décennies, n'avaient «même pas idée» des formes d'engagement social de l'Eglise telles qu'on les pratique en Occident.

Et le fait de recevoir maintenant la permission de l'Etat n'y changera rien, a-t-il poursuivi. On nous dit «vous pouvez prêcher et servir, mais il nous faut encore apprendre à prêcher et à servir».

CIP Octobre 1996

 

BALKANS

Catholiques et orthodoxes vont réécrire l'histoire.

 

Des responsables de l'Eglise catholique de Croatie et de l'Eglise orthodoxe serbe vont participer à la création d'une version commune de l'histoire des Balkans. Historiens et théologiens travailleront dans le cadre d'une commission spéciale réunie à l'initiative de la fondation catholique autrichienne «Pro Oriente». Cette commission comprendra douze membres venant d'Allemagne, d'Autriche, de Bulgarie, de Croatie, de Grèce et de Serbie. Un groupe de travail sera chargé d'éclairer le rôle de la propagande et des «images hostiles de l'adversaire» véhiculées lors des récents conflits.

«Pro oriente» espère favoriser la compréhension entre catholiques et orthodoxes de l'ex Yougoslavie grâce à une relecture commune de l'histoire. Le cardinal-archevêque de Zagreb, Mgr Kuharic, et le patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe Pavie ont tous deux personnellement approuvé le projet.

CIP.10/10/1996

 

HONGRIE

Visite éclair du pape à une société en proie au doute.

 

Le pape a passé deux jours en Hongrie (6 et 7 septembre) à l'occasion du millénaire de l'abbaye bénédictine de Pannonhalma.

Le pays est en plein marasme économique. Les évêques viennent d'y consacrer une lettre pastorale de 70 pages dénonçant une situation «d'après guerre»: un taux de suicide le plus élevé d'Europe, 10 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, une inflation qui frise 25 % , des retraites qui ont diminué de 23 % en quelques années, 12 % de chômeurs et un programme économique très rigoureux, imposé par le Fond Monétaire International en mars 1995.

Le pape a exhorté les Hongrois à persévérer dans le redressement de leur pays afin que «la Hongrie redevienne prospère et heureuse pour remplir avec sérénité la mission qui l'attend dans le concert des nations. A une condition: Que ce soient les valeurs spirituelles qui animent en permanence tout projet personnel ou communautaire». En accueillant le pape, le président Arpad Goncz reconnaît « les grands sacrifices requis par l'économie moderne de marché qui a provoqué des problèmes moraux déstabilisateurs sans qu'une nouvelle échelle de valeurs stables ne se soit encore affirmée».

CIP 12/9/1996

 

 

ROUMANIE

Séminaire d'été pour assistants sociaux des pays balkaniques

du 29 septembre au 10 octobre 1996.

 

Cette initiative sans précédent a été menée par l'Ecole sociale Ste Thérèse de Bucarest et l'école sociale «Haute Ecole Charleroi-Europe», avec le soutien d'Entraide d'Eglises.

 

- Les participants, au nombre de cent vingt, étaient des directeurs de faculté, des professeurs et des élèves délégués d'écoles sociales des pays suivants: l'Albanie, la Turquie, la Grèce, la Bulgarie, la Macédoine et la Roumanie dont cinq universités étaient représentées. Orthodoxes, catholiques, protestants, musulmans ou non-croyants se sont retrouvés ensemble autour des mêmes thèmes de discussion.

- L'endroit choisi pour la rencontre était Sinaïa,(alt.1400m) endroit de rêve dans les Carpates, à l'ombre d'un magnifique monastère orthodoxe. Le séminaire avait lieu dans le grand hôtel de l'endroit et les langues officielles étaient le français puis l'anglais.

- L'Ecole sociale «Haute Ecole Charleroi Europe» était en quelque sorte la cheville ouvrière de la rencontre, avec son directeur Mr Lorsignol, le coordonnateur M. Zanoni, les professeurs Lefebvre, Foucart et Frohimont ainsi que cinq élèves délégués, sans oublier François Saucin, président de la Région Pastorale de Charleroi. J.M. Goffinet, secrétaire général d'Entraide d'Eglises assistait aussi à la rencontre.

- Une dizaine de personnalités de Roumanie et d'Europe occidentale, concernées par le travail social ont également pris part à la session. Parmi elles, citons Mgr Ioan Robu, archevêque catholique latin de Bucarest et le Prof. Dr. Isidor Martinca, recteur de la Faculté de Bucarest.

 

Les problèmes rencontrés par les assistants sociaux.

 

Ils ont presque toujours les mêmes causes:

- Une mauvaise alimentation des populations qui entraîne une dégradation de la santé.

N.B. Le sida n'est pas encore reconnu comme un véritable problème et les Etats ne s'en préoccupent pas.

- L'éducation insuffisante. Les salaires sont si réduits qu'ils ne permettent généralement que la survie.

- La drogue et son cortège de délinquance et de violence.

- La maltraitance des enfants souvent victimes d'abus sexuels et de brutalité. La prostitution enfantine est de plus en plus fréquente. Les enfants dans la rue deviennent de plus en plus nombreux.

- Les frustrations engendrées par les médias (notamment les films en provenance des U.S.A) qui peuvent mener à la violence et au vol...pour devenir comme les héros des films.

- La pauvreté économique. Avant 1990, les gens vivaient pauvrement mais décemment. Maintenant, beaucoup vivent de plus en plus mal. Pour les vieux, la situation est tragique. Les maigres économies que les gens avaient pu faire sont pratiquement épuisées.

- Le chômage dont l'indemnisation est accordée pour une très courte période seulement. Les femmes sont les premières à être touchées et retombent ainsi sous la dépendance de leur mari.

- Les problèmes psychologiques liés au chômage. L'exclu ressent souvent un choc profond qui peut le conduire au désespoir ou au suicide, à la délinquance, à l'abandon d'enfants. A ce moment, s'il ne rencontre pas la personne qui peut lui redonner espoir, il est perdu.

 

Comment les travailleurs sociaux sont-ils considérés?

 

L'Etat ne prend pas assez au sérieux le travail des assistants sociaux. Les subventions sont dérisoires car leur travail est un peu considéré comme du volontariat.

L'Etat a peur du changement, les travailleurs sociaux apprennent en effet aux gens à réagir, à se remettre debout, à exiger qu'on les prenne en considération.

Soumis aux pressions extérieures (FMI), l'Etat se désintéresse de plus en plus des domaines médicaux, sociaux et éducationnels qui ne sont plus considérés comme des priorités.

Les assistants sociaux sont en première ligne pour recevoir l'expression des attentes souvent très lourdes des gens. Souvent bien formés mais ne disposant pas de moyens financiers, ils ne peuvent répondre que très partiellement à ces attentes ce qui provoque insultes, menaces physiques et pressions (en Macédoine, plusieurs assistantes sociales ont été assassinées).

 

Quelques nouvelles encourageantes... Quelques réflexions.

 

Malgré tout, les assistants sociaux restent motivés. Leur idéal les soutient: désir d'aider les gens, de changer la société, d'interpeller les responsables politiques.

En Albanie:

- les femmes ont une conscience civique plus grande qui les poussent à chercher à jouer un rôle plus actif dans tous les domaines;

- plusieurs villages ont été créés pour enfants abandonnés. Ils y trouvent maison, vie familiale, éducation et formation.

En Roumanie:

-création de plusieurs centres de thérapie familiale. Le problème des enfants abandonnés dans des homes commence à être pris à la racine, c'est-à-dire l'assistance et l'éducation des parents.

En Turquie:

Pour résoudre le problème des enfants qui vivent de plus en plus nombreux dans la rue, il ne manque pas d'argent mais de projets bien mûris par des gens connaissant bien le sujet. Des centres de jour commencent à se créer.

En Bulgarie:

«Nous ne demandons pas l'aumône, mais des partenariats grâce auxquels nous pourrions faire valoir nos possibilités créatrices».

 

Conclusions

 

Le travail d'assistance sociale redémarre lentement dans les pays ex-communistes. Les premiers diplômés sont sortis il y a un an. Le travail à faire est immense. Il devrait y avoir plus de coordination entre les services. Les rencontres telles qu'elles ont été vécues cette semaine sont vraiment importantes et devraient avoir lieu chaque année si possible. Si l'économique et le politique sont malades de leur passé, les populations restent étonnamment saines et endurantes. Il faut donc aider les acteurs de changements tournés vers l'avenir.

 

COURRIER

HONGRIE

Des nouvelles du Centre d'hygiène mentale St Luc Kaposztasmegyer

(Banlieue de Budapest).

 

Chers amis,

Nous voudrions vous remercier une fois encore de l'aide que vous nous donnez (et à travers nous à de nombreuses personnes éprouvées par la vie), en venant en Hongrie, en nous envoyant des lettres et en nous appuyant financièrement.

Vos visites nous rendent toujours heureux et, comme le renard dans Le petit prince de Saint-Exupéry, nous préparons notre cœur à la rencontre pour qu'elle se passe vraiment en Dieu.

Nous vous avons déjà parlé plusieurs fois de notre travail ici mais la voie n'est pas tracée une fois pour toutes; nous cherchons et trouvons sans cesse de nouveaux chemins.

A l'aide d'un ordinateur, nous gardons un relevé très précis de tout ce que nous faisons (comme vous pouvez le voir dans les documents annexes).

Des gens viennent nous voir pour les problèmes les plus divers. Nous essayons de les aider d'une façon individuelle ou collective ou, s'il s'agit de problèmes plus graves, des deux manières. Nous avons par exemple un groupe «Relation et Communication» où nous essayons d'enseigner aux participants comment recevoir l'amour de Dieu et l'amour des autres.

La plupart des gens imaginent Dieu comme un père sévère et redoutable. Ils ont peur de Dieu, ils ont peur de l'Homme et sont incapables de créer de bonnes relations humaines. Il faut dire qu'en Hongrie, on a une «culture de la communication» qui n'aide pas à créer des relations humaines normales. Les émotions, même positives, mettent les gens dans l'embarras et ils les rejettent. Changer ce comportement ne va pas sans souffrance.

Il faut que nous soyons à leur côté pendant un certain temps. Mais cela en vaut la peine car nous voyons souvent ces personnes passer de la solitude complète à des relations d'une grande intimité.

Nous rencontrons de plus en plus souvent des gens dans un grave état psychique. Cette situation est souvent la suite d'expériences occultes, magiques. Ce n'est pas sans raison qu'ils recourent à ces expériences : ils sont bien souvent solitaires, pleins d'angoisse, cherchant un but sans pouvoir le trouver. Mais après ces expériences occultes, leur situation est pire qu'avant. Nous les aidons par des entretiens psychologiques et nous organisons aussi, toutes les six semaines, des journées de prière pour eux, individuelles ou collectives. Dans la plupart des cas, une ou deux de ces journées suffisent à libérer les gens de leur maladie mais nous continuons ensuite des conversations avec eux. Beaucoup se joignent à la vie de la paroisse.

A l'aide de l'art (musique, danse, peinture, jeu) nous organisons des rencontres pour les mères avec leurs enfants à l'âge de l'école maternelle, afin de développer les relations familiales. Plusieurs familles ont adopté des enfants en plus des leurs. Nous les aidons dans les problèmes qu'ils peuvent rencontrer.

On commence à connaître notre nom dans le quartier ce qui fait que nous avons de plus en plus de travail. Comme vous pouvez le voir sur nos tableaux, nous avons totalisé pour l'an passé 3.496 «interventions» et cette année, jusqu'en octobre nous sommes déjà à 5.367. Mais c'est un bonheur de travailler à créer un avenir plus heureux.

C'est grâce à votre aide que notre service peut exister. Nous rendons grâce à Dieu pour vous et lui demandons qu'il bénisse vos familles et vos communautés.

Maria Almasy, Veronica Wachtler collaboratrice du Service St Luc.

 

BULGARIE

Un centenaire, une fête tournée vers l'avenir.

 

1897: Roustchouk (actuellement Roussé): à la demande de l'évêque, un groupe de sœurs de N.D. de Sion (dont la vocation est de travailler au rapprochement entre juifs et chrétiens) arrive pour animer et diriger un pensionnat et une école où se retrouvent enfants et jeunes filles orthodoxes, catholiques, protestantes et juives.

1948: le rideau de fer est érigé. Les sœurs, bulgares ou non, doivent toutes quitter le pays. L'école est reprise par l'Etat qui garde la section primaire et secondaire et y ajoute une section langues.

1994: avec beaucoup d'émotion, les contacts sont renoués avec la France et la Belgique.

1997: les anciennes élèves et leurs amis préparent avec enthousiasme la célébration du centenaire de l'école qui aura lieu avec la collaboration des élèves de l'école actuelle.

Cette fête du centenaire ne doit pas être une étincelle qui brille et puis s'éteint, mais le début d'un feu qui réchauffe et réjouit sous le signe de l'amitié et de l'échange. On parle peu de la Bulgarie, c'est un pays très beau, très attachant par ses habitants, par leur histoire empreinte de souffrance et de fidélité. C'est aussi un des pays de l'Europe de l'Est qui est le plus touché par la crise économique. La pauvreté y est vraiment dramatique.

Marie-Pierre Jacobson, sœur de N.D. de Sion.