Bulletin juin 1996

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Des immigrés pas comme

 

Si l'on s'en tient à ce que nous entendons ou lisons le plus souvent sur l'ex-Yougoslavie, nous avons peu de chance d'apprendre que, depuis de nombreuses années, le centre catéchétique Symbolon à Zagreb - catholique et croate - s'efforce de proposer une approche œcuménique de l'enseignement religieux. Ce n'est pas le genre d'information diffusée par les médias même si elle constitue un gage réel de réconciliation dans une région du monde qui en a bien besoin. Une organisation comme Symbolon, appuyée sur une faculté de théologie est sans doute l'œuvre d'une équipe et le prolongement d'un passé aux ramifications nombreuses. Elle est aussi et surtout inspirée et portée à bout de bras aujourd'hui par un religieux franciscain, Josip Baricevic, dont les qualités personnelles ont été nourries par une formation appropriée reçue à l'Institut international de catéchèse Lumen Vitae à Bruxelles.

Rien d'étonnant à cela. Des centaines de jeunes et de moins jeunes ont suivi ce même chemin. Ils se retrouvent, à l'heure actuelle, dans toutes les parties du monde où ils témoignent d'une ouverture bénéfique sur des manières d'être Eglise à la mesure d'un monde en voie d'unification.

Sortir de son pays, rencontrer des étudiants et des étudiantes venus d'ailleurs, des enseignants venus d'horizons variés ne peut qu'enrichir des personnalités dont les ailes ne demandent qu'à s'ouvrir. C'est ce qu'a bien compris l'Union européenne en mettant au point - et en finançant - un vaste programme d'échange d'étudiants à travers l'Europe, le programme Erasmus.

A l'égard des pays d'Europe centrale et orientale, le programme Erasmus n'existe pas (encore ?). Ce sont d'autres initiatives qui doivent s'exercer. Entraide d'Eglises s'en est préoccupée depuis de longues années et a pu fournir, grâce à ses généreux donateurs, des bourses d'études à plusieurs étudiants dont le père Baricevic, nommé ci-dessus, mais aussi à d'autres venant de différents pays, notamment de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, de Lituanie.

Il Y a deux formules possibles: la première consiste à faire venir en Europe occidentale des étudiants de l'autre Europe, la seconde à aider des étudiants de l'autre Europe à se former dans un pays différent du leur en restant cependant à l'Est. Cette seconde formule a deux sortes d'avantages: elle est moins coûteuse et elle amortit le choc d'un déplacement parfois culturellement lourd à porter. C'est ainsi que nous finançons le séjour à l'Université catholique de Lublin, en Pologne, d'étudiants venus de l'ancienne URSS.

Aujourd'hui, nous sommes en présence de nombreuses demandes de bourses pour la Belgique. La bonne réputation de notre enseignement théologique et catéchétique y est certainement pour quelque chose. Mais ces bourses sont onéreuses (280.000 FB) et notre budget est limité. C'est pourquoi nous vous en faisons part car l'enjeu est d'importance.

Si les motivations des candidats sont un élément capital de sa réussite, l'accueil en Belgique joue également un grand rôle. Faire venir chez nous quelqu'un qui va demeurer isolé, sans pouvoir parler, échanger des impressions, poser des questions, n'est pas faire œuvre utile. C'est pourquoi nous cherchons des points d'accueil pour nos boursiers.

Ainsi par exemple, le père Marek Spyra, prêtre polonais qui vient de terminer son doctorat en théologie à Louvain-la-Neuve, a-t-il été intégré comme vicaire dominical à la paroisse de Malmédy. Un avantage de cette insertion est qu'elle est (modestement) rémunérée et que le boursier n'est pas seulement celui qui reçoit mais aussi celui qui donne. L'accueil d'une famille est égaiement fort prisé puisqu'il se crée des liens affectifs dont chacun bénéficie.

Peut-on être absolument sûr qu'un étudiant répondra comme nous le souhaitons aux attentes qui pèsent sur ses épaules?  Evidemment les hommes et les femmes ne sont pas des automates. Tout ce qu'on peut faire - mais il faut le faire - est de prendre des garanties raisonnables. En l'occurrence, nous demandons aux étudiants que leur candidature ait l'aval de leur évêque ou de leurs supérieurs religieux. Les anciens boursiers peuvent aussi recommander utilement les nouveaux. L'essentiel reste cependant une question de maturité du candidat, de motivations et d'accueil chez nous.

Certains lecteurs pourraient se demander si notre déjà longue expérience a toujours été positive. Il n'est pas toujours facile de savoir si une expérience s'est avérée positive et si elle l'est restée par la suite. Dire qu'un de nos boursiers est devenu évêque, est rassurant, mais d'autres exemples peuvent être plus complexes. Ainsi, un autre boursier, malgré tous ses efforts, n'a pas décroché le diplôme souhaité. Il n'en est pas moins devenu un enseignant et un conseiller fort estimé dans son diocèse. Qui sommes nous pour qualifier d'échec des évolutions inattendues qui peuvent être, elles aussi, providentielles ?

Au total, nous pouvons estimer que le bilan est largement positif. Lorsqu'on offre à une personne la possibilité de se former c'est toute une communauté qui en est bénéficiaire (les deux derniers évêques nommés dans les Pays baltes ont été formés en Belgique!).

C'est pourquoi nous estimons que l'octroi de bourses est une des formules les plus efficaces et les plus recommandables pour rebâtir l'espérance.

 

Balkans, Europe centrale, Pays baltes, ex-URSS,

pays et Eglises oubliés?

Tony Dhanis

 

1989, chute du mur de Berlin et décomposition de l'empire soviétique. Dans la mentalité collective pourtant, on continue à parler des pays de l'Est et de l'ex-URSS, comme si la situation était inchangée. Ces pays avaient une image claire même si elle était peu nuancée: ils étaient des adversaires potentiels pour l'Occident, une menace permanente. Les Eglises étaient souvent rangées dans la catégorie facile des Eglises du silence, alors que certaines d'entre elles n'ont jamais cessé de parler.

Plus de 70 ans de régime communiste en URSS, près de 50 ans dans les pays dits satellites ont modifié et faussé notre géographie mentale. Prague et Budapest étaient et sont encore parfois perçues comme plus loin géographiquement que Séville ou Naples. Aujourd'hui encore, rares sont ceux et celles qui peuvent énumérer correctement les capitales de ces pays dits de l'Est, pire encore pour ce qui concerne les anciennes républiques de l'URSS. Les informations données dans les médias sont relativement peu nombreuses sauf quand surgissent des conflits tels que celui de l'ex-Yougoslavie. Les autres guerres sont à peine évoquées et très vite passées sous silence: voir la situation dans l'ensemble du Caucase, au Tadjikistan etc.

Quant aux Eglises, comme elles ne sont plus persécutées, elles n'intéressent guère et ce qui s'en dit est souvent simpliste: Eglises catholiques peu conciliaires et conservatrices, Eglises orthodoxes ou baptistes quasi inconnues, toutes plus ou moins engagées dans des affrontements de type nationalistes.

Pourtant les changements intervenus depuis 1989 placent l'ensemble de l'Europe devant des défis fort similaires: le triomphe de l'économie de marché organisé dans la foulée de l'idéologie libérale fait des victimes à l'Est, à l'Ouest et au Sud. Les exclusions fonctionnent partout à des degrés divers. Comment structurer l'économie, la vie politique et l'action culturelle pour que cesse la marginalisation croissante d'une partie importante de la population de l'Europe et du monde ?  Les échanges entre les pays sont indispensables sur ce plan.

Quel rôle peuvent jouer les Eglises, si possible ensemble quelles que soient les divisions confessionnelles, pour que grandisse la justice? Jadis séparées par le rideau de fer, les Eglises, aujourd'hui confrontées aux enjeux de la modernité, ont intérêt à échanger leurs expériences, leurs réflexions, leurs théologies. Elles ont intérêt à créer un vrai partenariat dans lequel les uns et les autres peuvent s'apporter beaucoup. Des préjugés et des simplifications tomberont grâce à ces rencontres: Eglises de l'Est conservatrices, Eglises de l'Ouest sécularisées, est-ce si vrai que cela?  Eglises peu conciliaires à l'Est et l'inverse à l'Ouest, Eglises chrétiennes en dialogue à l'Ouest, en opposition à l'Est?  C'est vite dit!

Les rapports entre l'ancienne Europe de l'Est (vocabulaire dépassé) et l'Europe dite occidentale ont été souvent mis en opposition avec les rapports Nord-Sud. C'est vrai à la fois dans l'Eglise et dans la société. Particulièrement quand il s'agit d'argent, il est clair qu'on ne peut pas tout faire en même temps et qu'il faut dégager des priorités.

Certes l'attention aux pays d'Europe ne peut handicaper les efforts vers le Sud. Peut-être doit on se réinterroger sur l’ensemble des rapports internationaux. De plus en plus ils doivent devenir des porteurs de chances pour un auto-développement des peuples. Ceci implique des partenariats véritables qui ne se traduisent pas exclusivement par des dons mais qui nourrissent des échanges profitables aux uns et aux autres.

Les mécanismes qui créent aujourd'hui la pauvreté et la misère sont de plus en plus mondiaux dans leur impact et exigent une action dans tous les pays, à la fois très locale et très universelle. Il est donc important que se nouent, peut-être par nous, des rapports Nord-Sud qui impliquent les anciens pays communistes.

Quant aux Eglises d'Europe, davantage en lien aujourd'hui à travers de nombreuses structures européennes, n'ont-elles pas de nombreuses possibilités d'interpeller l'ensemble des habitants de notre continent sur des enjeux aussi importants que les marginalisations, la politique de l'immigration, les nationalismes fermés etc. Ne peuvent-elles pas renoncer plus clairement à toute forme de prosélytisme et encourager le dialogue et le travail commun entre tous les chrétiens et entre tous les hommes ?

Tout repli par rapport à quelque partie du monde que ce soit est dangereux pour la conception même de ce qu'est l'humanité et met en cause la vision de l'universalité de l'Eglise. Le partenariat à vivre avec les Balkans, le centre et l'est de l'Europe, la Russie etc. se situe nécessairement dans un vision mondiale des rapports entre les peuples et du service que les Eglises peuvent et doivent rendre à l'humanité.

 

Bourses d'études

"Lorsqu'on offre à une personne la possibilité de se former c'est toute une communauté qui en est bénéficiaire".

Interview de Didel Stroe, prêtre orthodoxe roumain, marié, père d'un fils de 11 ans, boursier d'Entraide d'Eglises...qui termine sa première année d'études à Lumen Vitae, à Bruxelles.

 

Avant de venir en Belgique, quelles étaient vos fonctions, en Roumanie?

 

Je suis prêtre de paroisse dans un village situé à 17 km au sud de Bucarest. Le nom du village est, curieusement, "Le 30 décembre». Avant 1947, il s'appelait "Le roi Ferdinand». Lorsque les communistes forcèrent le roi Michel à abdiquer, le 30 décembre 1947, ils supprimèrent en même temps toute réminiscence monarchique et changèrent donc le nom de notre village.

Le village était autrefois purement agricole mais depuis quelques décennies beaucoup de gens vont également travailler dans les usines de la banlieue de Bucarest. Après avoir terminé mes études de théologie, en 1983, j'ai posé ma candidature pour être prêtre dans ce village et, après avoir réussi le concours imposé, j'ai obtenu la charge de cette paroisse en 1984.

 

Par quel concours de circonstances êtes. vous arrivé à faire des études en Belgique?

 

C'est une belle histoire. Avant la révolution de 1989, quelques personnes de Perwez (Hainaut) s'étaient aventurées chez nous, notamment une dame dirigeant un groupe de danses folkloriques qui avait envie de découvrir notre tradition dans ce domaine. C'était l'époque où les communistes détruisaient les maisons particulières pour construire d'affreux buildings impersonnels et mal équipés. Très tôt, notre village a été jumelé avec Perwez grâce à l'opération « Villages roumains ». Après la révolution de décembre 1989, les gens de Perwez sont arrivés très vite, en janvier, avec un camion rempli de produits de première nécessité. Comme je parlais le français, je les ai accompagnés et une grande amitié est née entre nous, amitié nourrie par de nombreux échanges entre les deux communautés belges et roumaines, au cours de ces dernières années. C'est ainsi que j'ai connu la Belgique.

 

Quel était votre souhait en venant faire des études en Belgique?

 

Je voulais changer la vie chez nous. Or si on veut changer quelque chose, il faut d'abord se changer soi-même. Je pense que chez nous, le discours de l'Eglise est trop souvent dépassé même si je ne conteste pas toutes les bonnes choses réalisées - j'ai pu constater, par exemple, que les études que j'ai faites en Roumanie étaient excellentes - mais ce que je veux trouver, c'est un langage plus actuel, surtout pour les jeunes. Ce sont eux qui peuvent changer les choses car ils sont plus souples. Connaitre l'expérience des autres est toujours une chose très positive.

 

«Parfois, on veut changer les choses mais on ne sait pas comment faire. Maintenant, j'ai des références, des points de repère»...

 

Cette première année à Lumen Vitae a-t-elle rencontré vos souhaits?

 

En grande partie, oui. J'ai trouvé la plupart des cours fort enrichissants surtout dans le domaine pratique de la catéchèse pastorale. J'ai découvert une autre manière d'aborder les textes et de les transcrire dans une réalité qui peut conduire à un changement de mentalité dans le sens d'une plus grande tolérance, de l'ouverture, de l'acceptation de l'autre. Mais, cette année, j'ai eu l'impression de courir sans jamais arriver au but. D'abord, en raison de lenteurs administratives dans mon pays, j'ai commencé les cours avec un retard de plus d'un mois. Ensuite il m'a fallu plusieurs semaines pour assimiler le vocabulaire théologique en français. Ce retard, je le traîne encore maintenant. C'est pourquoi j'ai demandé de pouvoir faire une deuxième année d'études afin d'approfondir les sujets qui me seront particulièrement utiles et de profiter à fond de cette formation que j'ai reçue.

 

Vos supérieurs, en Roumanie, ont.ils émis des objections face au fait que vous partiez faire des études dans un institut catholique?

 

S'il y avait des objections de leur part, elles n'ont pas été exprimées. Le patriarche ne m'a pas encouragé ni découragé, il m'a accordé la permission. Il faut dire qu'entre les années 1960 et 1980, la plupart des professeurs de théologie faisaient leur doctorat dans une université catholique, à Rome, ou à Paris ou dans une université anglicane, à Cambridge. Après 1980 ce fut interdit.

 

Le fait d'être immergé en pays catholique vous a-t-il fait apprécier davantage les valeurs positives de l'orthodoxie?

 

Certainement. Je suis conforté dans l'opinion que j'avais précédemment que nous avons tous des valeurs à mettre en commun. Les catholiques ont sans doute sacrifié un peu au niveau du rite, nos liturgies orthodoxes invitent peut-être plus à la prière. Par contre, ce qui manque chez nous, c'est une doctrine sociale. On s'enferme dans la dimension culturelle de la société. Bien sûr, l'Eglise doit donner un sens à la vie mais elle doit aussi se préoccuper de ce qui se passe dans la société. Il y a bien eu, chez nous, le document sur l'apostolat social, du patriarche Justinien (vers 1950), mais il n'a pas été compris. Le communisme évidemment n'a pas amélioré la situation. Certes, des prêtres ont agi dans le domaine social mais ils l'ont fait individuellement et toujours discrètement. L'Eglise comme communauté, ne s'est pas engagée officiellement durant ces cinquante dernières années.

 

A Pâques et à Noël, vous êtes retourné dans votre paroisse. Que pensent les gens du fait que vous fassiez des études en milieu occidental et catholique?

 

Ils m'accueillent à bras ouverts mais je ne sais pas s'ils comprennent vraiment. Je leur ai expliqué « je fais cela pour vos enfants ». Mais qu'est ce que ça veut dire pour eux? A Pâques, j'ai vécu une expérience formidable: une classe d'enfants de 13 ans m'a invité à venir discuter avec eux. Nous avons eu un dialogue vrai, passionnant et chaleureux. Le fait que je sois dans un institut catholique ne dérange pas mes paroissiens. Dans mes cours de religion, je leur parlais toujours de « chrétiens ». Des adventistes et deux catholiques assistaient d'ailleurs aux cours.

Quand je rentre en Roumanie, j'ai évidemment du mal à accepter que rien n'ait changé, mais maintenant j'ai des points de repère, je sais par où il faut aller. Et puis, je peux compter sur une petite équipe qui me soutient vraiment. Nous avons réalisé avec tous les paroissiens un travail gigantesque de restauration de notre église, qui date du début du 19ème siècle. Tout le monde s'y est mis et le gros œuvre est terminé. Je dois encore trouver un peintre pour refaire les fresques mais les peintres sont très chers.

 

Avez-vous des contacts avec la population belge et que pensez-vous des Belges?

 

J'ai malheureusement très peu de contacts, sauf avec mes amis de Perwez. Les études nous prennent tout notre temps. Mais tous les gens que j'ai rencontrés ici sont ouverts et respectent l'autre, les valeurs de l'autre. Les Belges sont très accueillants (plus que d'autres pays voisins) mais différemment des Roumains. Les Roumains accueillent tout le monde mais peut-être plus superficiellement. Ici, si vous avez pu prouver qui vous êtes, les contacts sont profonds et durables. Mais il faut d'abord enlever l'image colportée par les medias: Roumain = Tsigane = misérable = handicapé = Dracula. La culture roumaine est peu connue chez vous.

J'ai aussi été frappé de voir combien les jeunes sont découragés ici. Ils ont peur de ne pas trouver de travail, leur avenir leur semble bouché. Je dois dire que le même phénomène commence à se faire sentir chez nous. Les jeunes accusent le libéralisme qui ne s'occupe pas d'eux.

 

Qu'est-ce qui a été le plus dur et aussi le plus intéressant pour vous durant cette année d'études?

 

D'abord, je dois vous parler de ma famille. Au début c'était très dur d'être séparé de ma femme et de mon fils. Pour eux aussi, particulièrement pour mon fils de 11 ans, ce n'était pas facile. Maintenant cela va mieux, on s'est habitué. Ce qui reste très dur, c'est le rythme de travail. Nous avons beaucoup de travaux à rédiger et, expliquer des nuances théologiques dans une langue étrangère, me demande deux fois plus de temps que si c'était dans ma propre langue. Mais une expérience comme celle-ci est vraiment très intéressante pour un prêtre. Parfois, on veut changer les choses, mais on ne sait pas comment faire. Maintenant j'ai des références, des points de repère. Il ne faut pas inventer la théologie, elle est assez vaste, ce qu'il faut c'est l'adapter à la réalité. Ce sont les pistes que j'ai apprises ici. C'est pourquoi j'ai demandé qu'un autre prêtre orthodoxe puisse également venir à Lumen Vitae, l'an prochain. Il s'appelle Dimitru Mirsolea, il est très ouvert. Lui aussi cherche une nouvelle approche dans le domaine de la pastorale. Cette année pourrait l'aider énormément.

Interview: Baga Martens

 

Nouvelles brèves

REPUBLIQUE TCHEQUE

Le réformateur Jan Hus enfin réhabilité?

 

Le cardinal Vlk attend du Vatican «une parole plus claire » sur la personne et l'œuvre du réformateur tchèque (1369-1415), exécuté sur le bûcher comme hérétique alors qu'il était venu plaider sa cause au Concile de Constance. Le cardinal estime que le cas de Jan Hus n'est pas seulement une affaire tchèque, raison pour laquelle il attend une parole de l'Eglise universelle...

Dans une interview accordée au quotidien «Lidove Noviny » à Prague, le cardinal relève qu'il existe beaucoup d'indices selon lesquels, même dans les conditions de l'époque, le jugement du Concile de Constance n'était pas légal. Mgr Vlk se fonde notamment sur une Commission d'étude instituée en 1993 par la Conférence des évêques. Il va, d'ici peu, informer Jean-Paul II de l'état des travaux de cette «Commission Hus », laquelle ne devrait pas achever ses travaux avant l'an 2.000. L'archevêque pense cependant qu'il pourrait y avoir une déclaration pour le 6 juillet, jour anniversaire de la mort du réformateur et fête de Jan Hus en République tchèque. Il a cependant écarté l'éventualité d'une béatification du réformateur.

CIP 28/3/96

 

ROUMANIE

Bucarest. Le Patriarcat de Roumanie relance son bulletin d'information.

 

Le département des relations extérieures du patriarcat de Roumanie vient de publier le premier numéro d'un bulletin en langue anglaise, «News bulletin- The Romanian Patriarchate », qui proposera des informations générales sur l'Eglise orthodoxe en Roumanie et publiera les principaux documents officiels du patriarcat.

Le nouveau bulletin devra assurer la diffusion de l'information qui s'est trouvée «momentanément interrompue pour des raisons essentiellement d'ordre matériel » entre 1991 et 1995. Durant cette période, l'activité du patriarcat de Roumanie et de ses diocèses a été néanmoins présentée à l'opinion publique sous ses différents aspects, notamment grâce aux télécopies adressées à diverses revues religieuses d'Europe.

Le premier numéro du bulletin contient le message de Noël du Patriarche Theoctiste, plusieurs communiqués sur des événements récents: rencontre d'une délégation de la Fédération réformée de Hongrie avec les responsables du patriarcat de Roumanie, réintroduction des aumôniers militaires dans l'armée, différentes opérations d'assistance aux déshérités, organisées durant l'hiver par de nombreuses paroisses du pays.

Particulièrement intéressants sont les chiffres qui dressent l'état actuel de l'Eglise orthodoxe en Roumanie. Au 1 er janvier 1996, le nombre total des lieux de culte était de 12.325, dont 8.941 églises paroissiales. Durant l'année écoulée, 49 nouvelles églises ont été ouvertes au culte et l'on a entrepris la fondation de 119 édifices cultuels, tandis que les travaux de construction se poursuivaient dans 563 autres. Le clergé est composé de 35 évêques diocésains et auxiliaires et d'environ 7.500 prêtres. Il existe 380 monastères et ermitages, dont quinze ont été fondés en 1995, avec 2.175 moniales. La formation pastorale et théologique est assurée dans 14 facultés de théologie qui comptent 5.632 étudiants et dans 33 séminaires qui en comptent 5.885. Dispensée par les prêtres et par 3.400 catéchètes laïcs, l'instruction religieuse est assurée dans 11.358 écoles publiques.

L'Eglise, qu'il s'agisse de diocèses, de monastères ou d'écoles de théologie, édite 33 revues de théologie et de spiritualité. Un effort particulier est fait dans les domaines de l'action sociale et de la bienfaisance qui sont coordonnés par le département de la diaconie ouvert par le patriarcat en avril 1993. Il existe une chapelle orthodoxe dans 27 prisons et 31 aumôniers permanents travaillent avec les détenus. 51 prêtres sont employés à plein temps dans 53 hôpitaux à travers le pays, 61 prêtres exercent leur ministère dans des orphelinats et 42 prêtres dans des maisons de retraite dont deux sont totalement à charge de l'Eglise.

SOP mars 1996

 

POLOGNE

L'Eglise sera plus prudente

 

Echaudée par la défaite aux dernières élections présidentielles de «son » candidat Lech Walesa, qu'elle avait pourtant soutenu à bout de bras, l'Eglise catholique polonaise annonce qu'elle fera preuve désormais d'une plus grande réserve dans ses interventions politiques. «L'Eglise doit se tenir quelque peu à l'écart des affaires qui relèvent du domaine des hommes politiques » a déclaré le secrétaire général de la Conférence des évêques polonais. L'évêque auxiliaire de Sosnowiec a reconnu que l'engagement politique de l'Eglise polonaise avait « vraisemblablement été trop net » dans le passé. L'Eglise polonaise continuera cependant à donner, d'un point de vue moral, des avis sur la situation politique.

CIP

 

COURRIER

ALBANIE

Bajzë. Père Livio Sorsli. 22/3/96

 

Aux amis d'Entraide d'Eglises.

Un grand merci pour votre soutien moral et financier sur lequel je compte beaucoup. Le camion est arrivé avec votre aide. Tout est déjà distribué. Je ne peux pas remercier individuellement chaque personne mais je demande à votre association de le faire en mon nom. J'espère que vous continuerez à vous souvenir de nous car nous en avons un extrême besoin. Grâce à votre aide nous pourrons réaliser quelques bonnes choses pour les pauvres d'ici qui sont très nombreux.

 

N.B. A Stare, j'ai entendu dire que d'autres personnes peuvent aider à construire l'école. Aussi je vous proposerais de m'aider à réaliser l'école de Brojë, petit centre de montagne très pauvre. Je connais bien la population de ce village et ils méritent vraiment d'être aidés. Monsieur Camille Lambert m'a remis de votre part la somme de 50.000FB. Je vous remercie infiniment et que Dieu vous bénisse tous.

P. Livio Sorsli

 

Retour d'une randonnée pédestre en Albanie.

Camille Lambert, lecteur d'Entraide d'Eglises

Mai 1996

 

Il Y a des gens qui gagnent à être connus, certains pays aussi. C'est le cas de l'Albanie, ce petit coin d'Europe à la fois si proche et si lointain, à propos duquel circulent des clichés généralement défavorables et non fondés, comme l'a révélé mon tout récent voyage-découverte au « Pays de l'aigle».

Randonneur pédestre, par goût, je cherche beaucoup moins à visiter les sites qu'à découvrir une société dans son vécu quotidien. J'ai donc fait un long périple du sud au nord de l'Albanie jusqu'à Bajzë, gros village proche de la haute montagne. Un long parcours émaillé de nombreux contacts positifs, superficiels certes mais pleins de confiance et révélateurs de bonnes intentions. Les regards, les gestes, les mots étaient autant de signes d'ouverture, ce qui est de bon augure.

A Bajzë donc, m'ont accueilli dans la simplicité et la sobriété deux communautés franciscaines, l'une composée de trois pères (italien, croate et polonais) et l'autre formée des sœurs et animée par la sœur Anna Luigia qui a vécu à Gilly et à Auvelais pendant 27 ans. Les pères font de l'apostolat et du développement, les sœurs forment des adolescentes qui sont 16 pour le moment. Mon premier devoir a été de remettre aux pères la somme de 50.000FB qui m'avait été confiés par Entraide d'Eglises pour la restauration en cours de l'école de Stare à une vingtaine de km au nord de Bajzë.

Le lendemain, je suis parti seul pour Brojzë, autre village de montagne encore plus au nord et dont le père Livio m'avait conseillé la visite. Là aussi, des villageois pauvres matériellement mais très affables. Ils souhaiteraient aussi une aide financière pour pouvoir améliorer leur petite école en planches. Brojzë compte 200 habitants et l'école est fréquentée par 20 enfants. L'instituteur m'a montré le registre des présences tenu à jour...

Aujourd'hui, avec quelques jours de recul, je repense à l'Albanie, aux Albanais. C'est vrai, les institutions, les infrastructures, l'économie, presque tout est à recomposer dans ce pays en phase critique de transition. Cependant, en priorité, c'est l'homme qui est à sensibiliser pour en faire un protagoniste valable du redressement du pays. Il sort à peine d'un système oppressant et déshumanisant. De grandes valeurs sont à restaurer. C'est pourquoi, sur le chemin de sa croissance morale, matérielle et spirituelle, la population a besoin d'être accompagnée et soutenue par des partenaires fidèles et désintéressés. A l'exemple des communautés religieuses ou associatives rencontrées en maints endroits et qui se vouent au service du peuple, base et enjeu d'une transformation encore à ses débuts.

Camille Lambert

 

POLOGNE

Université catholique de Lublin. 22/3/96

Ks. Boczna Krupa, Directeur

 

Nous vous remercions chaleureusement d'avoir accordé quatre bourses d'études pour des étudiants à la K.U.L. (Université catholique de Lublin). Durant votre passage à Lublin, vous avez eu l'occasion de les rencontrer mais je voudrais en quelques mots vous parler d'eux.

 

Arthur Lillernum est originaire d'Estonie. Il a étudié l'histoire à St Petersburg où il s'est fait baptiser en 1993. En mars 1993, il est arrivé à Lublin. Il y a d'abord appris le polonais puis il a commencé son doctorat en histoire médiévale. Le thème en est « Les couvents et les abbayes en Estonie et en Lituanie au Moyen-âge ».

 

Kyriel Voytsel étudie la théologie. Il est principalement intéressé par la christologie et l'œcuménisme. Né à Novossibirsk (Sibérie), il a découvert la religion chrétienne en cherchant un sens à la vie et s'est fait baptiser.

 

Sacha Ludik (Biélorussie) et Alcha Verdice (Géorgie) sont également étudiants en 3e année de théologie. Tous deux sont issus de familles catholiques qui ont beaucoup souffert sous le régime communiste.

 

Tous ces étudiants boursiers désirent retourner dans leur pays après leurs études et travailler à y construire une société basée sur les valeurs chrétiennes. Il est certain que les bourses qu'ils ont reçues leur permettront de terminer leurs études, et d'approfondir leur foi. En leur nom, je vous remercie encore cordialement pour toute l'aide que vous leur avez octroyée.

 

Ks. Boczna Krupa.

 

CROATIE

Des nouvelles du Centre catéchétique « SYMBOLON » de Zagreb.

 

Notre inquiétude grandissait.  Depuis des mois, nous étions sans aucune nouvelle de nos amis de l'équipe « Symbolon», de Zagreb. Dans ces régions si bouleversées et douloureuses de l'ancienne Yougoslavie, sait-on jamais ce qui pourrait advenir?

Mais nous voici rassurés.

 

De là-bas, le Père Josip Baricevic vient de nous téléphoner. En fait, c'est une énorme surcharge de travail qui l'avait empêché de donner signe de vie. L'équipe et lui-même n'ont rien perdu de leur créativité, de leur souci de maintenir des relations œcuméniques, de leur pugnacité au travail qui parfois les conduit au bord du surmenage.

 

Quels sont actuellement leurs principaux soucis et champs d'activité?

 

La restructuration de la Faculté de .théologie et de l'Institut catéchétique de Zagreb.

 

Il faut tout repenser, mettre en place de nouveaux programmes, de nouvelles structures et obtenir pour tous ces changements l'approbation des responsables ecclésiastiques, du St Siège et de l'université.

 

Il faut en même temps veiller à l'accueil, à l'enseignement et à la formation des centaines d'étudiants, - nombre toujours en progression qui sont inscrits à la Faculté et à l'Institut. « Nous passons des journées en examens!», nous dit le père Josip.

 

La restructuration du système scolaire en Croatie.

 

D'une part, on y intègre depuis cinq ans l'enseignement religieux confessionnel comme option libre et d'autre part, on est en train d'y introduire l'éthique, comme alternative à l'enseignement religieux.

En outre, l'équipe Symbolon a toujours milité pour que l'enseignement soit ouvert aussi à une dimension culturelle qui n'exclue pas une information sur la culture religieuse. Il ne s'agit pas là d'un enseignement de la foi, mais bien d'une approche du phénomène religieux et de la civilisation chrétienne qui a modelé notre histoire et nos sociétés. En Croatie, le Ministère est ouvert à cette perspective.

L'équipe "Symbolon» a publié, il y a quelques mois, un ouvrage sur le sujet, qui a été très bien reçu par les spécialistes. Des enseignants ont également manifesté leur approbation et leur engagement en ce sens. Mais il est, bien sûr, une opposition émanant des « forces anciennes», qui refusent cette introduction de la culture religieuse dans l'instruction publique. Le dialogue ne peut s'établir qu'avec beaucoup de patience.

Notons que chez nous, il est frappant de constater cette lacune dans la culture de nos populations. Cela transparaît d'une manière flagrante, lors de jeux télévisés qui mettent aux prises des candidats par ailleurs fort cultivés en d'autres domaines. Zagreb a beaucoup à nous apprendre. (*)

 

Les contacts avec la Bosnie-Herzégovine.

 

L'équipe de Symbolon a gardé des contacts avec la Bosnie-Herzégovine. L'évêque de Banja-Luka qui est resté sur place au plus fort de la guerre - il est d'ailleurs proposé pour le Prix Nobel de la Paix - souhaiterait pouvoir obtenir pour un de ses prêtres, une bourse d'un an à l'étranger.

Ces bourses à l'étranger sont importantes tant pour la formation de l’étudiant que pour les liens qui se tissent à cette occasion. Si nos Eglises occidentales veulent vivre la dimension vraiment ecclésiale, il est indispensable qu'elles soient à l'écoute des Eglises d'Europe centrale et occidentale.

 

Les contacts avec les Musulmans de Croatie.

 

« Les contacts avec les Musulmans de Croatie sont très bons», nous dit encore Josip Baricevic. Et nous revoyons en pensée les excellents livres de catéchèse publiés par cette équipe, qui proposaient aux jeunes une approche ouverte et positive de l'Orthodoxie et du monde musulman. Malgré les blessures de cette guerre fratricide dont, en Occident, nous mesurons mal la souffrance, l'équipe Symbolon veut demeurer sensible à cette nécessité de reconstruire des ponts entre les communautés.

Mais ceci ne voile pas les problèmes pour autant. « Nous voulons espérer, malgré les difficultés, dans la stabilisation de la Fédération Croato-Musulmane. Mais pour beaucoup de Musulmans, la Fédération est une étape provisoire vers l'établissement d'un Etat musulman. Ce qui poserait bien des problèmes pour les Croates et pour les Serbes. Il y a des extrémistes partout, chez les Croates aussi, parce qu'ils ont peur. Tout le monde a peur. C'est pour cela qu'il faut beaucoup de patience, de créativité politique et de force spirituelle».

 

Quelques signes d'espoir parmi d'autres.

 

La Faculté de Théologie et le petit séminaire de Sarajevo qui avaient dû se réfugier à Zagreb durant les hostilités, vont retourner à Sarajevo. « A notre initiative, le Ministère de la culture et de l'enseignement a proposé un dialogue en Croatie avec des responsables orthodoxes. Trois d'entre eux ont répondu à l'invitation. Ce sont de petits signes dans le sens d'une amélioration». Invité à faire un exposé à Londres, dans le cadre d'une rencontre catéchétique européenne, le Père Josip Baricevic passera prochainement par Bruxelles pour nous parler plus longuement des multiples facettes de Symbolon, de ses projets, de ses réalisations. Il compte plus que jamais sur le soutien d'Entraide d'Eglises pour l'aider à poursuivre son travail. Travail qui nous est commun depuis...plus de vingt ans!

F. Le Cocq

(*) N.d.l.r. En France, de nombreuses personnalités du monde enseignant se sont émus de cette situation. Un mouvement se dessine et des initiatives sont prises au sein des écoles pour combler le déficit culturel religieux des jeunes, que parents et enseignants sont unanimes à déplorer.