Bulletin mars 1996

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Avant tout,

 

Dans ce bulletin de Pâques, vous trouverez, comme chaque fois, des témoignages sur la réalité vécue par les chrétiens de ce qui était autrefois «l'autre Europe». Nous verrons comment, en Pologne, les laïcs essaient de prendre leurs responsabilités : nous prendrons part aux joies mais aussi aux lassitudes des communautés féminines renaissant en Hongrie: les «  Nouvelles brèves »  et le Courrier nous donnerons quelques aperçus de l'actualité dans d'autres pays.

 

Vous le constatez comme nous, plus nous sommes Informés, plus nous nous rendons compte de la complexité des situations et à quel point il est délicat de porter des jugements sur les gens et sur les choses. Parler de « l'Eglise en Pologne», par exemple, est aussi vain que de parler de «l'Eglise en Belgique». Il y a, en Pologne, comme en Hongrie, comme en Roumanie, comme en Belgique, des chrétiens de tous bords qui, chacun comme ils le peuvent, cherchent un chemin vers ce qu'Ils pensent être bon et vrai.

Les «Nouvelles brèves», en provenance de différents pays, font souvent mention de conflits à l'intérieur des Eglises ou entre Eglises de différentes confessions. Cette difficulté à vivre l'œcuménisme peut nous paraitre d'un autre Age et parfois même, nous irriter. Mais, nous catholiques, dans un pays catholique, que savons-nous de l'œcuménisme? Nous pouvons pourtant tester notre esprit de tolérance à l'intérieur même de notre Eglise. Il y a ceux qui signent la « Lettre du peuple de Dieu» et ceux qui ne la signent pas, ceux qui sont pour tel évêque et ceux qui sont contre, ceux qui ne jurent que par les mouvements charismatiques et ceux qui ne peuvent les supporter...Quel regard portons-nous les uns sur les autres?

Le patriarche œcuménique, évêque de Constantinople, Bartholomée 1er, en visite à Marseille, le 6 novembre dernier disait, en parlant de la division des Eglises chrétiennes: « Le problème de la division, c'est le problème de ceux qui ne sont les amis du Christ que de nom. Ce sont ceux qui, à cause des passions, manquent de fidélité envers l'Amour et ses commandements. C'est ainsi qu'Ils s'éloignent du Seigneur pour s'éloigner entre eux par la suite... «Rien ne peut diviser l'Eglise autant que l'amour du pouvoir», disait St Jean Chrysostome. Ceux qui ont divisé l'Eglise étaient toujours des hommes de nature ardente et imposante mais aussi hardis, bien qu'ignorants, dépourvus de raison et effrontés dans leur incompétence... Ce qui divise porte principalement sur le fait d'imposer son point de vue comme critère de vérité.»

 

LES LAICS EN POLOGNE.

Espoirs et difficultés.

Stefan Wilkanowicz

 

Stefan Wilkanowicz  était rédacteur en chef du mensuel catholique Znak, sous le régime communiste. Il a été médiateur du gouvernement polonais dans l'affaire du carmel d'Auschwitz. Il est actuellement président du Centre de Dialogue à Auschwitz et membre du Conseil Pontifical pour les laïcs, à Rome.

 

Organisation des mouvements catholiques. Beaucoup de petits groupes, souvent éphémères, cherchent leur voie.

 

Nous assistons, ces dernières années, à un développement rapide de diverses organisations de laïcs. Selon les plus récentes estimations, il y aurait plus de trois cents associations et mouvements (dont certains se sont fédérés) tels que des organisations de jeunesse, des mouvements pour la défense de la vie, des associations sportives, familiales, socioprofessionnelles et des clubs d'intellectuels catholiques qui, ensemble, regroupent des milliers de membres.

 

A première vue, il pourrait donc sembler que l'engagement des laïcs ait fait un grand bond en avant Mais en y regardant de plus près, on constate qu'il s'agit surtout de petits groupes locaux dont l'existence est souvent éphémère et qui commencent à peine à chercher leur voie. Leur existence est, en général, peu ressentie dans la vie publique, à l'exception des mouvements axés sur la défense de la vie, qui réagissent contre le projet de loi sur l'avortement. Mais l'efficacité de ceux-ci est difficile à évaluer, leurs méthodes sont expéditives et parfois contestables. Le travail d'éducation global dans les domaines du mariage, de la famille et de la transmission de la vie, laissent à désirer.

 

L’Action Catholique reprend vie. Quelle orientation lui donner ?

 

Il ya deux ans, l'épiscopat a décidé de réactiver l'Action Catholique qui avait connu jusqu’'en 1939 un développement constant avant d'être dissoute par le pouvoir communiste. Cette décision a très vite soulevé une série de questions: quelle forme lui donner? Fallait-il revenir à son état initial selon le classique modèle italien ou rechercher des formes mieux adaptées à notre époque ? Plusieurs tendances se manifestèrent privilégiant soit la centralisation soit, au contraire, le développement des initiatives locales.  Fallait-il donner à l’AC un caractère sociopolitique ou tourné davantage vers la formation et l'évangélisation? Un caractère plus clérical ou plus laïc?

 

Après force discussions, l'accord s'est fait sur une restructuration de l'AC à partir de la base et à partir des expériences acquises dont on dégagera les principes d'action. L'AC se constituera d'abord dans les diocèses et se dotera de statuts à l'échelon local. Il s'agit là d'un travail de longue haleine et ce, pour diverses raisons. D'abord - n'ayons pas honte de le reconnaître - chez certains prêtres âgés, la crainte d'être chargés d'un travail supplémentaire dont ils ignorent les méthodes, chez les prêtres plus jeunes, le scepticisme quant à l'efficacité de cette formule auprès des jeunes de 15 à 25 ans qui sont en quête d'activités spontanées et moins rigoureuses. De plus, certains clercs ne font pas confiance aux laïcs et bien des laïcs pris par le train-train quotidien, n'ont ni le temps ni le désir de s'engager dans l'apostolat.

 

La situation Inédite, causée par la chute du système communiste, exige de l’Eglise un changement en profondeur des comportements et des priorités.

 

Les discussions menées autour de l'AC ont incontestablement permis de saisir les problèmes fondamentaux auxquels l'Eglise est confrontée dans notre pays. La chute du système communiste a créé une situation nouvelle, exigeant une réorientation de la pastorale, un changement en profondeur des comportements et des priorités. Les rapports entre l'Eglise et l'Etat sont à redéfinir ; il faut prendre en compte la mentalité fluctuante de la jeunesse et les nouveaux besoins de la société.

 

Les méthodes d'éducation religieuse sont à repenser en fonction du monde pluraliste traversé par de multiples courants dont le New Age. Il faut aussi redéfinir les rapports internes au sein de l'Eglise, modifier en particulier le « look » de la paroisse qui doit devenir la communauté des communautés. Cette nouvelle situation demande un renversement des priorités, ce qui ne peut se faire rapidement.  Rien d'étonnant, par conséquent, si tout un éventail d'opinions et de comportements s'est créé, qui va du nationalisme et de l'intégrisme au libéralisme sélectif sans identité évidente. Si la société polonaise est en majorité croyante, le niveau de son instruction religieuse et surtout sa cohérence interne laissent beaucoup à désirer.  Dans les questions éthiques, par exemple, les Polonais sont souvent pragmatiques et peu soucieux de faire coïncider la vie quotidienne avec idéal et principes. Face aux dangers et dans les situations limites, ils font preuve d'intuition morale et de détermination; en d'autres circonstances, par contre, ils se font remarquer par leur Indifférence et leur relativisme pratique.

 

Dans une société qui se dirige vers l’économie de marché, l’Eglise n’a pas encore réfléchi aux problèmes sociaux inéluctables, à la lumière de l’enseignement social conciliaire.  L’actualité exige cependant qu’elle s’engage de façon rapide et concrète.

 

Comme d'autres pays postcommunistes, la Pologne se trouve dans une situation culturelle inédite. Le communisme a laissé son empreinte dans l'état d'esprit général de la population : vision dichotomique du monde, méfiance, agressivité, besoin irrésistible de se créer des ennemis...et d'autre part individualisme et nationalisme. En même temps, l'influence de certains courants de la culture pluraliste occidentale commence à se faire sentir: priorité donnée à l'économie, narcissisme et relativisme. Tous ces éléments ne sont pas contrebalancés par une culture sociale et par une solidarité s'exprimant dans la coresponsabilité et le travail en commun.

 

Les gens sont persuadés de la nécessité de recréer l'économie de marché mais en même temps ils sont inquiets quant à ses conséquences. Ils fuient vers des solutions extrêmes, facteurs de conflits et de tensions. Ces mêmes conflits et tensions se retrouvent dans la vie de l'Eglise.

 

Le courant conciliaire est relativement faible dans le catholicisme polonais. Il y a un manque de réflexion sur les problèmes sociaux actuels à la lumière de l'enseignement catholique. Bien des groupes et des partis catholiques se réclament de cet enseignement, sincèrement peut-être, mais sans en tirer les conséquences dans la mise en œuvre de leur programme d'action. Par ailleurs, dans la société, se profile une polarisation de plus en plus tranchée entre gauche et droite. Il existe également deux tendances opposées : soit pour une influence directe de l'Eglise catholique sur la vie politique soit pour son élimination totale de la vie publique.

Pendant ce temps, des problèmes d'une brûlante actualité tels que la misère, le chômage, la drogue et la délinquance croissante, réclament un engagement décidé de la part de l'Eglise. Un engagement décidé et concret qui passe par l'éducation et l'aide matérielle et spirituelle, ceci en collaboration avec d'autres milieux, croyants ou non.

 

A quand une pastorale des détenteurs du pouvoir ?

 

L’édification d’une société libre et démocratique nécessiterait une pastorale adéquate, adaptée en particulier aux détenteurs du pouvoir, depuis les députés jusqu'aux autorités administratives ou à celles des collectivités locales. Jusqu'à présent, cette pastorale plutôt symbolique s'est limitée aux dévotions de circonstances, aux pèlerinages de parlementaires et à la formation spirituelle de quelques groupes professionnels dont les juristes. Par contre les partis politiques auraient tendance à s'immiscer dans cette pastorale. Pouvoir distinguer la politique au sens large (en tant que souci, du bien commun) d'une activité directe des partis, constitue une démarche mentale difficile pour des gens qui n'ont pas réellement de culture religieuse ou politique. En pratique, nous assistons souvent à l'irruption des luttes politiques dans la pastorale, au grand détriment de l'Eglise et de la vie politique elle-même.

 

Le Conseil National des Laïcs (CNCL).

Dynamisme et freins.

 

Le CNCL s'est mis en place progressivement. Il a élaboré ses statuts et son programme d'action, reconnus par la Conférence Episcopale en août 1994.

Pendant sa première année, le Conseil, composé dans une première étape de trente membres, a porté son effort de réflexion sur certaines questions essentielles pour l'apostolat des laïcs et sur des problèmes plus larges concernant l'Eglise. Il a fait connaître son opinion sur quelques projets de documents ecclésiaux et sa position dans des problèmes d'actualité, entre autres le niveau éthique de la récente campagne électorale. Il a également élaboré une enquête à réaliser auprès des curés, des conseils paroissiaux, des bibliothèques paroissiales et des équipes synodales locales. Cette enquête devait permettre de réunir la somme des expériences acquises en matière d'évangélisation, en vue d'une large diffusion. Malheureusement, ce projet n'a pas abouti car la majorité des évêques ne l'ont pas proposé aux paroisses.

Les membres du CNCL assurent diverses tâches, soit à titre individuels, soit en équipe.

Ainsi, une équipe est chargée d'analyser les actes du parlement. D'autres projets d'enquête sont en cours, de même qu'un programme culturel radiophonique, un film TV sur la réception de l'enseignement conciliaire chez les jeunes adultes.

 

Projets de collaboration Internationale.

 

Le CNCL prépare, en collaboration avec le Forum Européen du Laïcat, un symposium international qui se tiendra en Pologne en 1996 et sera consacré à la participation des chrétiens de "Est et de l'Ouest dans l'édification des sociétés démocratiques.

En ce qui concerne les pays d'Europe orientale, l'Eglise de Pologne leur porte un intérêt tout naturel. Au cours des siècles, par suite des bannissements et des déportations, un grand nombre de Polonais se sont établis dans ces pays, Sibérie et Kazakhstan inclus. Ils étaient accompagnés de leurs pasteurs et sont restés fidèles à leurs traditions. Quant aux Polonais de "intérieur, ils comprennent sans peine la mentalité de leurs voisins car ils ont subi le même système totalitaire.

 

Un des membres du CNCL dirige en Pologne une pédagogie préparatoire à l'évangélisation pour les laïcs désireux de partir en mission dans ces pays voisins. Un autre donne des cours en Slovaquie, un troisième en Biélorussie et en Ukraine. Une «Fondation Znak pour la culture chrétienne » s'est constituée à Cracovie, avec une filiale à Kiev, placée sous la responsabilité des dominicains. Ceux-ci assurent également le fonctionnement d'un «collège théologique » et d'une maison d'édition. Ces derniers comptent à leur actif plusieurs livres et quatre périodiques dont un bulletin d'information à l'usage des évêques catholiques et orthodoxes ukrainiens. Ce bulletin vise, à long terme, à devenir un organe de réflexion diffusé par réseau « Internet », en russe et en anglais, sur la vie religieuse en Russie, en Biélorussie et en Ukraine. D'autre part se profile un axe de coopération entre les maisons catholiques d'édition de Paris, Cracovie et Kiev.

 

Ces initiatives et d'autres encore visent la coopération dans l'évangélisation. Elles ne représentent néanmoins qu'une modeste réponse face aux immenses besoins, aux immenses possibilités que recèlent les Eglises de l'Europe orientale et de l'Asie centrale, Eglises encore si peu connues dans l'Europe occidentale et dans le reste du monde.

A mon avis, le Jubilé de l'an 2000 exige de nous une réflexion particulière et des initiatives d'envergure sur le plan œcuménique et la coopération interreligieuse. Celle-ci a son importance pour l'évangélisation et pour la civilisation contemporaine tout en promouvant ses deux dimensions, horizontale et verticale.

 

TEMOIGNAGES :

HONGRIE : le renouveau des communautés féminines.

Tenir le coup malgré les tâches écrasantes

Sr Priscilla Coell.

 

Nous avons souvent fait mention dans notre bulletin, de l'Amicale des religieuses de Hongrie et du travail admirable réalisé par notre compatriote Sœur Priscilla, véritable lien entre les 64 communautés existant actuellement en Hongrie. Aujourd'hui, après six années, elle fait le point sur la situation de ces religieuses qui ont devant elles une tâche parfois démesurée. (Passerelles, déc.1995).

 

Depuis fin 1989, six ans ont passé. En Hongrie, tant bien que mal, la vie religieuse a repris. Il a fallu tout réorganiser: reconstituer les congrégations, les faire agréer juridiquement, réclamer les droits au dédommagement, Jouer, restaurer, bâtir afin d'offrir un toit aux religieuses toujours dispersées. Il a fallu réorganiser une vie communautaire, recruter et former de nouveaux membres, mettre en route un service à la population, une rééducation tant morale que chrétienne... bref un véritable branlebas mais une tâche souvent trop lourde pour les responsables investies brusquement d'un mandat de fondatrice. Elles ont accompli leur service avec courage, persévérance et une foi inébranlable en la Providence. Mais aujourd'hui, chez certaines, la fatigue se fait sentir. Pourrait-il en être autrement?

 

Devoir prendre, souvent seules, des décisions graves; vouloir s'ouvrir à des formes plus importantes de pauvreté mais buter contre des contraintes d'ordre administratif ou l'inertie, voire l'opposition de certains membres de la communauté qui se barricadent (en toute bonne foi) derrière des principes dépassés ; vivre douloureusement le départ d'une ou d'un groupe de jeunes postulantes ou novices après un temps de probation prometteur parce qu'on découvre que la vie religieuse « c'est quelque chose de sérieux qui engage toute une vie » ou parce qu'on pérégrine peut-être d'une congrégation à une autre pour y trouver un peu d'écoute ou de sécurité; se retrouver seule, à deux ou à trois devant un tâche de plus en plus écrasante et espérer vainement que d'ailleurs on puisse venir donner un coup de main, ne fût-ce que pour un temps limité (ménage, couture, présence priante…la langue hongroise ne constituant guère- dans ce cas - un obstacle majeur !) afin de se sentir soutenues encadrées et vivre un embryon de vie communautaire: tenter de résoudre les conflits entre les générations ou aider, autant que faire se peut, celles qu'une vie de réclusion ou de persécution a si fortement ébranlées; se battre contre la lourdeur, voire l'hostilité de l'administration pour obtenir ce à quoi on a droit; être constamment sur la brèche, veiller à tout et sur toutes... On pourrait allonger la liste.

L'hiver est là, froid, rude et rocailleux. Qu'il serait bon de pouvoir s'asseoir auprès d'un feu grésillant, se reposer, tout oublier. Mais le Seigneur est là qui appelle toujours plus avant. Etre fondatrices, c'est aussi vouloir durer. Alors, après avoir repris les forces nécessaires on poursuit la route. Nos sœurs de Hongrie ont besoin de notre écoute, de notre amitié, de notre prière. Non, elles ne seront pas seules sur le chemin.

 

BULGARIE

Un pays attachant mais pauvre

Sr Marie-Pierre Jacobson

 

Sr Marie-Pierre Jacobson fait partie de la communauté des Sœurs de N.D. de Sion, qui œuvrent principalement pour le rapprochement entre le christianisme el le judaïsme. Elle travaille actuellement à l'O.C.l.P.E. (Office catholique International d'Information et d'initiative pour l'Europe), à Bruxelles. En 1994, elle fait un séjour en Bulgarie dans le but de rencontrer les anciennes élèves de l'école des Sœurs de Sion. Elle a gardé le contact avec plusieurs d'entre elles.

 

On parle peu de la Bulgarie. Le pays est pourtant très attachant, fier de son long passé et, paradoxalement, extrêmement jeune. Dès le 7e siècle, I’Empire byzantin reconnaît officiellement son existence. Deux royaumes s'y succèdent alors, jusqu'à l'arrivée des Ottomans dont l'empire dominera le pays durant 500 ans (1396-1878). C'est à la fin du 9e siècle que la Bulgarie devient chrétienne sous l'impulsion des deux missionnaires grecs Cyrille et Méthode. Ceux-ci mettent au point l'écriture cyrillique qui sera étendue par la suite à la Russie.  La Bulgarie accède, dès ce moment, à la culture.

Mais venons-en à l'actualité. Chacun jouit de la liberté retrouvée, en particulier de la liberté religieuse, au moins partielle. Plus question de prison ou de travaux forcés comme ce fut le cas pendant 10 ans pour les deux évêques qui viennent de terminer leur fonction et pour un grand nombre d'autres personnes. Sur 8 millions et demi d'habitants, 88% sont orthodoxes. L'Eglise catholique est donc très minoritaire : 700.000 catholiques environ, de rite latin ou gréco-catholique. Une revue, Istina-Veritas, est commune aux catholiques des deux rites. Les relations œcuméniques semblent moins difficiles que dans d'autres pays de la région, malgré les divisions actuelles de l'Eglise orthodoxe.

 

Deux nouveaux évêques viennent d'être nommés par le pape pour succéder à ceux qui sont arrivés à l'âge de la retraite. L'évêque latin du diocèse de Sofia-Plovdid, le plus important du pays, vient de rouvrir le séminaire. La Caritas de Bulgarie, jusqu'à présent membre correspondant, est devenue membre de la Caritas internationale. Mais la pauvreté est très grande. Une lettre arrivée de Sofia en décembre dernier nous dit combien la situation devient difficile, surtout pour les personnes âgées : «Chez nous, la vie a beaucoup changé. Avec l'inflation qui augmente tous les jours, une grande partie des gens ne peut acheter le strict nécessaire, la nourriture. Pour bien se comprendre, il faudrait se voir, se parler, tout cela est impossible à décrire... Les prix des timbres-poste et des cartes ont tellement augmenté que les personnes âgées ne peuvent plus se permettre d'écrire, surtout à l'étranger... On ne peut plus se permettre de téléphoner de temps en temps à des amis hors du pays. En septembre dernier, l'Amicale des anciens élèves des collèges français (*) en Bulgarie a fêté le 115e anniversaire du collège de jeunes filles, St Joseph et le 110e anniversaire du collège de garçons, Sts Cyrille et Méthode à Sofia. Une réunion solennelle et une exposition au musée national d'histoire ont été suivies de rencontres amicales. Près de 50 ans après la suppression des collèges en 1948, d'anciens élèves étaient venus de toute la Bulgarie et aussi de Turquie, d'Israël, de Grèce... Il y eut un diner dans un restaurant. Malheureusement, à part quelques invités, très peu de collégiens et collégiennes, très peu de retraités ont pu y assister, ne pouvant se payer ce luxe...La vie que nous menons est très difficile, très tendue... »

 

On parle peu de la Bulgarie.  C'est un pays attachant par ses habitants, par leur histoire empreinte de souffrance et de fidélité, par leur culture et la beauté de leur écriture, par l'intériorité de leurs icônes, par la variété des paysages. Comment traduire concrètement notre solidarité?

(*) Avant la prise du pouvoir par les communistes en 1948, il y avait entre la Bulgarie, la Belgique et la France, des liens culturels et économiques. Plusieurs collèges y ont exercé une grande influence. Ils accueillaient des élèves catholiques, juifs, orthodoxes.


 

NOUVELLES BREVES

Russie

Un rapport dénonce l’ampleur des persécutions religieuses dans l’ex-URSS

 

Un rapport dénonçant l'ampleur des persécutions religieuses dans l'ex-Union Soviétique a été publié le 27 novembre 1995, à Moscou. Il a été établi par la commission présidentielle sur la réhabilitation des victimes de la répression politique.

 

Selon Alexandre Yakovlev qui préside cette commission, un décret du président Eltsine visant à réhabiliter les personnes mortes ou emprisonnées pour leurs croyances religieuses pourrait suivre cette publication. Le décret confirmerait également la restitution de toutes les églises à leurs dénominations respectives et pourrait obliger les autorités locales à apporter leur soutien aux projets de rénovation.

 

Même si les informations sur les brutalités du régime soviétique avaient déjà transpiré ces dernières années, c'est la première fois qu'une enquête officielle et détaillée est publiée à ce sujet Les observateurs font un lien entre la publication de ce rapport et la préoccupation actuelle du gouvernement russe devant la montée du parti d'opposition communiste dans la période qui précède les élections parlementaires prévues en décembre.

 

Le rapport décrit la répression exercée à l'encontre de l'orthodoxie, religion dominante du pays, ainsi que du judaïsme et de l'islam. -Un grand nombre d'ecclésiastiques, de moines et de religieuses ont été brutalement martyrisés par les bolcheviks- lors d'une campagne de répression qui a commencé dès le printemps 1918, dans la foulée de la révolution de 1917, affirme-t-il. En 1922 avait commencé la campagne de confiscation des biens d'Eglises dans le but de briser la base même de l'Eglise.

 

Dans un message secret adressé au politburo, Lénine recommandait d'abattre les membres les plus représentatifs du clergé réactionnaire. «C'est maintenant, écrivait-il, que nous devons leur donner une leçon, afin que, pour plusieurs décennies, ils ne songent même plus à résister.»

 

La répression était également appliquée aux autres religions. Elle a été la plus féroce à la fin des années 30. En 1937, 136.900 ecclésiastiques orthodoxes ont été arrêtés et 85.300 tués. 28.300 ont été arrêtés et 21.500 tués en 1938. En 1939, sur 1.500 personnes arrêtées, 900 ont été tuées. Même durant la deuxième guerre mondiale, quand Staline autorisa la réhabilitation partielle de l'Eglise, chaque année plus de cent prêtres orthodoxes ont été exécutés, ajoute le rapport, selon lequel la persécution n'a vraiment cessé qu'à l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev.

 

Aujourd'hui, l'Eglise orthodoxe russe a déjà canonisé certains de ces martyrs. Dans tous les services religieux célébrés à leur mémoire, une prière est prononcée pour les centaines de milliers de croyants «dont les noms sont connus de Dieu seul ».

Cip 7/12/95

 

Deux fois plus de prêtres et d'évêques en sept ans.

 

L'Eglise orthodoxe russe a connu ces huit dernières années une croissance fulgurante. Bien que la situation soit en pleine évolution, les statistiques du Patriarcat de Moscou indiquent qu'en 1988, l'Eglise russe avait 74 évêques contre 141 aujourd'hui; tandis que dans le même laps de temps, le nombre de prêtres est passé de 6.674 à 12.841, celui des diacres, de 723 à 1402 ; le nombre de diocèses est passé de 6.893 à 15.985. Les écoles théologiques ont décuplé, passant de 5 à 51 et celui des monastères de 21 à 347.

Cip 14/12/95

 

Moscou: Alexis II dénonce l'«expansion catholique »

 

S'adressant le 21 décembre à l'assemblée du clergé de Moscou, le patriarche Alexis Il a dénoncé la poursuite de l' -expansion catholique - sur le « territoire canonique » de l'Eglise orthodoxe russe, citant comme exemple l'association caritative catholique « la Maison de Marie», Qui a récemment ouvert une filiale à Iaroslav, et l'action de 106 prêtres missionnaires polonais installés en Biélorussie.

 

Alexis Il a reproché aux catholiques d'approcher les enfants sous couvert d'aide humanitaire, puis leurs parents, pour ensuite les catéchiser. « C'est ainsi qu'on convertit la Russie profonde au catholicisme», a-t-il déclaré, avant d'adresser une mise en garde au département du patriarcat de Moscou pour la formation religieuse et la catéchèse, qui accueille la «propagande pro-catholique». Le patriarche a invité les responsables à y mettre «bon ordre» sans retard.

Cip 5/1/96

 

SERBIE

Grave fronde dans l’Eglise orthodoxe :

onze évêques exigent le départ du patriarche Pavie.

 

Une grave fronde secoue l'Eglise serbe orthodoxe, profondément divisée à la suite des accords de Dayton sur la paix en Bosnie. Onze des évêques serbes, réunis à Belgrade le 21 décembre en assemblée extraordinaire, ont pris leur distance à l'égard du patriarche Pavie, le chef de l'Eglise orthodoxe serbe, l'accusant d'avoir livré le sort des Serbes de Bosnie «  au potentat athée » Milosevic, qui les a trahis.

 

Les onze évêques signataires de la lettre au patriarche Pavie viennent de Bosnie, d'Herzégovine et de Croatie. Certains d'entre eux ont perdu une partie du territoire de leur diocèse pendant la guerre. Ils pourraient recevoir le soutien d'évêques serbes orthodoxes originaires de Bosnie et de Croatie, mais qui vivent dans d'autres pays européens ou en Amérique.

 

Durant la guerre en ex-Yougoslavie, le patriarche Pavie a toujours tenté de modérer l'aile ultranationaliste de son Eglise. Du côté des milieux d'Eglise à Belgrade, personne n'a encore pris position officiellement sur cette grave crise interne.

Cip 12/12/95

 

CROATIE

Le cardinal Kuharic condamne les actes de vengeance

des Croates contre les Serbes

 

Le cardinal Franjo Kuharic, primat de Croatie, a une nouvelle fois sévèrement condamné les actes de vengeance criminelle perpétrés par les éléments croates contre les Serbes lors de l' «opération Oluja» de reconquête des territoires croates. Dans une interview à l'hebdomadaire catholique «Glas concilia», relayée par l'agence de presse catholique  «Ika» à Zagreb, Mgr Kuharic met en garde contre le danger d' « idolâtrer la nation ethnique, l'Etat ou le Parti».

 

L'Archevêque de Zagreb relève que le journal des évêques «Glas concilia», déjà attaqué à l'époque communiste, n'a pas cessé de l'être avec l'arrivée de la démocratie. Des articles et des prises de position du journal et des évêques de Croatie ayant dénoncé les crimes commis dans les territoires récemment libérés par l'armée croate ont valu à l'un et aux autres d'être la cible de certains politiciens et journalistes. Les médias croates ont le plus souvent passé sous silence les mises en garde de l'Eglise catholique et ses dénonciations d'actes de vengeance contre les Serbes.

 

« Vraiment à la lecture des rapports actuels, nous nous demandons d'où viennent de tels crimes, explique le Cardinal Kuharic. Comment quelqu'un peut-il torturer et humilier les gens de cette manière ? S'introduire dans l'appartement d'autrui, en jeter les locataires dans la rue, prendre leurs biens, c'est contraire à toute loi... c'est un crime. Nous sommes contre tous les crimes, quels qu'en soient les auteurs ! »

 

L'archevêque de Zagreb déplore encore que les médias croates présentent souvent l'Eglise uniquement comme un décor et qu'on cherche à manipuler celle-ci en tentant de démontrer qu'elle est pour tel ou tel parti ou programme politique.

Cip 11/1/96

 

LETTONIE

Deux nouveaux diocèses et deux nouveaux évêques formés à l’Université de Louvain

 

Jean-Paul Il a créé deux nouveaux diocèses en Lettonie, qui compte désormais quatre circonscriptions ecclésiastiques. Le pape a égaiement nommé dans ce pays trois nouveaux évêques dont deux ont étudié à l'Université de Louvain.

 

Né à Varaklani (archidiocèse de Riga), Mgr Justs est âgé de 64 ans. Sa famille gagne l'Allemagne en 1944 puis les Etats-Unis en 1949. Il étudie à l'Université de Louvain de 1953 à 1958 et y obtient le grade de licencié en philosophie. Après avoir obtenu la licence en théologie à l'Université d'Innsbruck, il est ordonné prêtre, en 1960, à l'abbaye du Mont César à Louvain. Il part ensuite aux Etats-Unis où il reste en étroit contact avec la diaspora lettone et rentre en Lettonie en 1992.

 

Mgr Arvaldis Andrejs Brumanis, 69 ans, nouvel évêque de Liepaja a étudié la philosophie au séminaire de Floreffe (Namur) puis la théologie au grand séminaire de Namur où il fût ordonné en 1954. Il fait ensuite un doctorat en histoire à l'Université de Louvain puis une licence en théologie à l'Université pontificale Grégorienne à Rome. Après avoir été durant sept années vicaire à la paroisse St Nicolas à Namur, il fût, de 1968 à 1992, rédacteur letton à Radio Vatican et enseigne actuellement au grand séminaire de Riga.

D'après Cip 14/12/95

 

REPLUBLIQUE TCHEQUE

21 «Eglises», dont la Scientologie

 

En République tchèque, 21 organisations religieuses dont la Scientologie, viennent d'être reconnues comme Eglises. Il leur suffisait pour cela de réunir 10.000 signatures et de satisfaire à diverses conditions dont la publication des statuts et des comptes. Trop facile pour les sectes, regrette le vice-ministre de la culture, Josef Svoboda, dans une interview au journal diocésain de Bamberg (Allemagne).

 

Il dénonce un manque de volonté politique pour faire modifier la loi et régler correctement les relations Eglises-Etat Dans un pays où la majorité de la population n'appartient pas à une confession chrétienne, dit-il, les prétendus prédicateurs bénéficient d'une ignorance totale. Leurs offres et leurs promesses séduisantes arrivent au bon moment

Cip 18/1/96