Bulletin décembre 1995

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LITUANIE

Où en est l'Eglise aujourd'hui?

Algirdas Dauknis

 

Algirdas Dauknis est prêtre, il a 36 ans. Actuellement boursier à l'Institut Théologique de Bruxelles, Il parle avec ferveur de son pays, la Lituanie où il s'occupait activement des jeunes.

 

La Lituanie vient de célébrer le cinquième anniversaire de son indépendance. Pour la première fois, il ya cinq ans, le pays dont la majorité de la population est catholique, a pu exprimer ses convictions en public. Le président Vytautas Landsbergis a proclamé «la restitution des droits de l'Eglise». Ces droits étaient, en effet, tout-à-fait réduits : on pouvait aller en prison si on enseignait la religion, différentes sortes de sanctions étaient prévues pour les prêtres qui célébraient la messe dans une autre paroisse que la leur sans autorisation gouvernementale. Les propriétés de l'Eglise étaient confisquées, les monastères fermés, les structures ecclésiales abolies.

 

Actuellement, on peut remarquer un changement dans la mentalité de la population. Les gens apprennent à être libres et indépendants. Il y a davantage d'initiatives personnelles ou communautaires. Mais en même temps, on constate un certain découragement : il n'y a pas de programme social, pas de politique agricole. Une restructuration douloureuse change le visage du pays. La société libérale développe sa dynamique, avec ses défis et ses dangers.

L'Eglise est entraînée dans ce mouvement, avec ses propres blessures, mais aussi avec sa vitalité.

 

Le renouveau de l'Eglise

 

L'Eglise catholique, les évêques, les prêtres ont joué un rôle très important dans l'histoire de notre peuple, surtout pendant les périodes les plus difficiles. Pendant la «révolution chantante» (1) qui a commencé lors de l'Année Mariale (1988) et après, il a fallu tout refaire. Un moment très important pour nous fut la visite du pape, en 1993. Ce fut la petite révolution de la réconciliation. Les gens de convictions différentes furent touchés par sa simplicité, son intelligence, son respect pour notre culture. Ses discours ont encouragé la population. Nous n'étions plus seuls avec notre histoire et notre souffrance.

 

Les organisations catholiques de l'entre-deux guerres, telles que les jeunes «Futur» (mouvement à but culturel, social et national), les scouts, la Caritas ont repris vie, ainsi que les Focolari créés il y a 15 ans. Les franciscains, très actifs parmi les jeunes, ont de nombreux novices qui sont envoyés faire leur noviciat aux Etats-Unis.

Les jésuites ont rouvert leurs collèges à Vilnius, à Kaunas et Šiauliai. Ils ont réussi à faire revenir d'Italie l'Académie Catholique des Sciences de Lituanie. Depuis un an, l'Eglise dispose d'une imprimerie qui lui est propre. Une communauté charismatique « Gyvieji» (les pierres vivantes), grâce à l'aide morale et matérielle des Américains, a pu fonder un centre d'évangélisation à Kaunas. D'abord méfiante vis-à-vis de cette communauté, la hiérarchie entretient actuellement un dialogue positif avec celle-ci qui, avec l'université franciscaine de Steubenville, a créé des groupes de prière dans toute la Lituanie. C'est l'opération « Fire » qui connaît un grand succès.

 

D'autres groupes se sont implantés chez nous: le Néo catéchuménat (Italie), l'Opus Dei, I’ Association Kolping (Allemagne), l'Ordre de Malte, la Communauté Patria, la Société de St Vincent de Paul. Les groupes de Taizé font un excellent travail auprès des jeunes. Les sœurs de Bethléem sont installées dans le diocèse de Kaišiadorys. Les sœurs de l'Assomption, dont la supérieure vient de Belgique, ont fondé une maison dans un faubourg de Vilnius. Le Carmel est également établi à Vilnius avec une supérieure belge. A Visaginas, des prêtres lituaniens et polonais œuvrent pour une réconciliation entre les différentes nationalités et pour une lutte contre la misère, basée sur les principes évangéliques et ce notamment avec un groupe de jeunes du Centre Catholique du Nord-est.

 

De nombreuses initiatives ecclésiales vont dans ce sens et contribuent au rayonnement spirituel d'une Eglise bien vivante.

 

Quelques témoignages

 

Les Frères de Tibériade, de Lavaux-Sainte-Anne, sont en train de s'installer en Lituanie. Ils y sont d'ailleurs venus dès 1990. Il y a quelques jours, les frères Damien et Joseph sont rentrés d'une tournée de six semaines dans notre pays où ils ont organisé des week-ends de jeunes. «Pendant la semaine, nous visitions les familles et les écoles, dit Frère Joseph. Il faut dire que la situation dans les écoles a fort changé. Si, avant, les discussions portaient sur la prière, la foi, l'Eglise, la vocation, maintenant les questions tournent autour de Satan, les sectes, la violence, le sexe. Il y a cependant un certain intérêt pour la vie monastique. Le problème de l'alcoolisme m'a fort touché. Malgré ce malheur vraiment grave, j'ai senti dans les familles l'espérance, la confiance dans la prière. J'ai vu aussi les efforts des familles unies pour aider les couples désunis ou divorcés. Certains se sont même engagés dans les paroisses, dans ce but. »

 

Jean-Marie Schwartz a accompagné six fois les frères de Tibériade pour l'organisation des camps de prière. Il dit son admiration devant la foi des gens qu'il a rencontrés et qui, longtemps malmenés par un régime autoritaire et bestial, ont mis toute leur espérance en Dieu, risquant la torture physique ou psychologique, ou tout simplement leur vie. Aujourd'hui, le peuple est libre mais déstructuré et sans références. Les familles et les jeunes rencontrés ne veulent pas aller trop vite dans le changement. Ils veulent prendre le temps de se ressourcer pour prendre les décisions justes sur le plan personnel, familial ou municipal. Depuis un an, un vingtaine de jeunes se réunissent une fois par mois dans un petit village pour passer le week-end dans la prière et l'approfondissement de leur foi.

Joseph Bastin, rentre d'un séjour de trois mois en Lituanie. On lui a demandé de parler aux jeunes dans les écoles et dans les universités. Il a pris part à des débats à la radio et la télévision. Mais le moment le plus fort qu'il ait vécu est la rencontre des jeunes qui eut lieu le 9 novembre dernier près de la célèbre Colline des croix. C'était le deuxième anniversaire du voyage du pape en Lituanie. Vingt mille jeunes se sont réunis pour fêter l'espérance, «apprendre à bâtir des ponts de dialogue et de communion». Un pont télévisuel a été établi entre les villes de Paris, Lorette, St Jacques de Compostelle, Dresde, Belfast, Sarajevo, la Colline des croix.

 

La Colline des croix (2)

 

Vous connaissez sans doute la Colline des Croix. C'est un lieu de pèlerinage unique au monde. Il est lié avec l'histoire et la culture du peuple lituanien. Pour lui, il est symbole de souffrance et d'espérance. Lourdes, Fatima et d'autres lieux saints sont des endroits où Dieu est venu vers l'homme, mais la Colline des croix c'est l'endroit où l'homme va vers Dieu. Elle est un symbole éloquent de l'Eglise derrière le «rideau de fer... On peut se poser une question à propos de la Colline des croix: va-t-elle garder son caractère religieux de souffrance et de joie ou bien va-t-elle devenir un lieu de tourisme?

 

La tâche de l'Eglise pour les années à venir.

 

En 1989, lors de la rencontre des jeunes chrétiens de l'Est et de l'Ouest, à Czestochowa, on a parlé de la respiration de l'Eglise à deux poumons. Est-ce que la rencontre des Eglises de l'Est et de l'Ouest aura vraiment lieu et où? Est-ce que chaque partie a un vrai désir d'échanger ses expériences avec l'autre?

Tout ce dont nous avons parlé dans cet article montre que cet échange a déjà commencé. A petits pas, le travail de remise en route des deux poumons s'effectue grâce à nos efforts à tous.

 

Quelle est la tâche actuelle de l'Eglise en Lituanie? Elle doit s'atteler à mettre en place des organisations d'aide sociale, la formation des laïques, la réforme des monastères, le développement des facultés théologiques, la formation des prêtres pour faire face aux nouvelles situations auxquelles ils sont confrontés, ce qui passera nécessairement par l'élaboration d'un programme de réconciliation. La force spirituelle pour ce travail sera à puiser aux sources de la grâce. «Trente ans de prison et de déportation m'ont appris à être chrétien ...et à pardonner » a dit le curé de la cathédrale de Vilnius. Mûrie par la persécution, l'Eglise de Lituanie cherche et trouve petit-à-petit sa place quotidienne dans la société moderne.

 

(1) C'est le nom que les Lituaniens donnent au mouvement révolutionnaire de la fin des années 80 qui finit par les libérer de l'emprise soviétique, le 10 mars 1990. La Russie imposa alors un embargo sur les livraisons d'énergie. La tension fut intense entre Vilnius et Moscou. En janvier 1991, les Russes prirent d'assaut plusieurs bâtiments officiels de Vilnius, tuant quatorze personnes. Cependant, devant la détermination de la population, cette dernière tentative de reprise échoua.

 

(2) La Colline des croix est haute de 8 à 10 mètres. La première mention de croix sur cette colline date de 1850. En 1920, elle était connue comme un endroit sacré où les gens venaient prier, dans la solitude, y déposant croix ou statuettes. Durant l'occupation soviétique, ce symbole de la croyance religieuse devint intolérable pour les autorités. Ils essayèrent par tous les moyens de le réduire à rien, allant même jusqu'à y faire passer les bulldozers en 1961. Mais les croix revinrent toujours plus nombreuses. Il y en a plus de deux mille.

 

 

LITUANIE

La Lituanie est la plus méridionale des trois républiques baltes, la plus grande et la plus peuplée. A la différence des deux autres républiques baltes qui ne sont apparues comme Etat qu'en 1920, la Lituanie avait constitué un puissant royaume au Moyen Age.

Les lituaniens d'aujourd'hui en sont fiers. Depuis la dislocation de l'empire soviétique, elle n'a plus de frontières qu'avec la Pologne, la Biélorussie et la Lettonie. Contrairement aux deux autres états baltes, sa population est assez homogène.

 

Capitale: Vilnius

Superficie: 65.000 Km

Population: 3,7 millions. Lituaniens, 80 % - Russes, 9% - Polonais, 7%.

Religion: essentiellement catholique.

Nature de l'Etat: ancienne république soviétique devenue indépendante le 11.3.1990

Nature du Régime: démocratie parlementaire. Chef de l'Etat: Algirdas Brazauskas depuis 1993.

Langue: lituanien (langue balte indo-européenne, comme le letton), russe, polonais.

Agriculteurs: 18,2 %

 

 

VOYAGE EN ALBANIE.

Jean-Marie Goffinet, Secrétaire général d'Entraide d'Eglises

 

Pour la deuxième fois, J.-M. Goffinet, s'est rendu en Albanie, du 26 septembre au 3 octobre, notamment pour visiter le Centre franciscain de Bajze, projet soutenu par Entraide d'Eglises. Son premier voyage avait eu lieu en 1993. En deux années, les changements sont surprenants. Nous vous donnons Ici des extraits de son rapport de voyage. Il ne s'agit pas d'une analyse générale de la situation mais de quelques images d'un pays qui se reconstruit jour après jour.

 

...26 septembre. Dès notre arrivée à Tirana, nous sommes pris en charge par le père Pllumi qui, malgré de nombreuses années passées dans les camps de travail communistes, a gardé un dynamisme étonnant. A 17h30, nous assistons à la célébration du jour. L'église est pleine et l'assemblée participe activement par le chant. Les célébrations sont suivies par des catholiques mais aussi par des musulmans. «C'est un fait courant dans cette partie centrale de l'Albanie où les musulmans sont majoritaires (75%). Notre mentalité est ainsi et nous souhaitons que cela continue», nous dit le père Pllumi.

 

...27 septembre. Après-midi, visite à la Caritas de Tirana. Elle est installée impeccablement et ici, tout est neuf. Les conditions matérielles de travail sont excellentes. Les trois axes de travail sont la santé, la formation et l'agriculture. Les Albanais sont assistés par deux spécialistes (une Allemande, un Anglais).

 

...28 septembre. Le matin, nous nous rendons à l'ambassade d'Italie pour régler le départ de quatre jeunes : deux catholiques, deux musulmans pour qui le père Pllumi a trouvé des bourses d'études en Italie. La politique du père Pllumi est la suivante: la majorité religieuse du pays est musulmane. Aucun signe ne laisse présager de changement possible dans l'avenir. Dès lors, favorisons l'émergence d'une élite musulmane. Dans quelques années, lorsqu'elle occupera les postes de commande, elle se souviendra que c'est grâce aux catholiques qu'elle a obtenu sa promotion et que c'est avec eux qu'elle a étudié dans les universités italiennes. Cette façon de faire nourrit la convivialité interethnique et doit permettre à la paix d'être un facteur de progrès pour le pays.

 

...L'après-midi, nous partons vers le nord et vers le village de Bajze où nous attend la petite communauté franciscaine soutenue par Entraide d'Eglises et par le doyenné d'Auvelais.

Sur la route, nous remarquons qu'il n'y a pas qu'à Tirana que le parc automobile s'est développé (il s'est multiplié par 20 en 2 ans: beaucoup de véhicules proviennent de trafics en tous genres !).  La cohue est grande sur ces routes étroites et en mauvais état. Les voitures, les autobus et les camions caracolent le plus vite possible malgré la présence toujours aussi nombreuse de charrettes à chevaux, de cyclistes et de piétons. Le code de la route est particulièrement «balkanique» et nos repères occidentaux sont bafoués! Sur les bas-côtés de la chaussée, fleurissent ça et là de belles...tombes. «Passant, souviens-toi que tu es mortel».

Notre première halte nous conduit à Lac et à la montagne. La nouvelle route arrachée à coup de bulldozer au flanc de la montagne rocheuse nous conduit à l'ancien ermitage qu'aurait occupé Saint-Antoine. Des dizaines d'ouvriers se hâtent de terminer les centaines de marches en béton qui mènent au sanctuaire nouvellement reconstruit, car le 3 octobre a lieu le grand pèlerinage annuel qui voit déferler ici et sur les monts avoisinants une foule de 300.000 personnes, toutes confessions confondues. Le bâtiment est très beau et la vue sur Lac et la mer est splendide.

 

Le Père Pllumi, responsable des lieux, s'active auprès des travailleurs. Tout doit être prêt car cette année aura lieu un évènement exceptionnel. Les reliques du saint vont revenir d'Italie pour quelques heures. Les pèlerins devront encore être plus généreux que d'habitude car les frais de transport seront élevés: avion d'air Italia et hélicoptère loué à l'armée permettront à Saint-Antoine de retrouver rapidement son ancienne résidence mais cela coûte cher. En redescendant, nous croisons des pèlerins qui grimpent péniblement, avec leur baluchon sur le dos. Ils passeront la nuit à la belle étoile car ils viennent de loin. De toute façon, il n'y a pas d'hôtel et même s'il y en avait, leur bourse ne leur permettrait pas de régler les frais!

 

Le soir tombe lorsque nous arriverons à Bajze. Nous visitons la maison franciscaine qui n'était qu'une ruine en 1993. Tout est restauré. C'est simple et beau. Le rez-de-chaussée se compose de salles (catéchèse, bibliothèque, rangements, atelier) et l'étage a été aménagé, à droite, pour la communauté des Pères (Livio, Italien - Angelo, Croate de Bosnie - Zénon, le supérieur, Polonais de Szczecin) et, à gauche, pour la chapelle et l'accueil (deux chambres de trois lits et une salle de bain).

 

A Bajze, les sœurs sont trois dont Sœur Anna qui vient d'Auvelais. Seize jeunes filles habitent également dans le petit bâtiment. Ces adolescentes viennent de la région montagneuse entourant la localité. Elles ne retournent chez elles que deux ou trois fois par an. L'une d'entre elles vient de Stare et a été instruite dans l'école-cabane. Combien deviendront religieuses ? Peu certainement. Les sœurs en sont bien conscientes. Leur mission est de type éducatif. Apprendre le savoir vivre, une cuisine plus saine (plus de légumes), l'hygiène, la dactylographie, la couture, la vie en communauté, apprendre à prier, à lire la Bible, voilà quelques objectifs clairs. Par la suite, le noviciat pour celles qui le choisiront.

 

... Vendredi 29, 9.30 h, nous accompagnons le Père Livio qui se rend dans un village de la montagne pour y célébrer la messe de la semaine. Après quelques kilomètres dans la plaine nous prenons rapidement de l'altitude en gravissant une petite route sinueuse. A chaque lacet, la plaine de Bajze et le lac de Shkodër qui forme la frontière avec le Monténégro se font plus beaux.

Lorsque l'asphalte se termine nous avons parcouru 15 km et il est 10 H. Nous sommes arrivés à Stare. Nous découvrons quelques habitations disséminées dans les cailloux et la garrigue. Ici les chèvres et les chevaux sont rois. La célébration aura lieu dans l'ancienne église en ruine. C'est un des rares lieux de culte à n'avoir pas été rasé mais il est dans un triste état. Le toit a déserté depuis de nombreux hivers. Les quatre fenêtres et la porte ont, elles aussi, disparu. A l'intérieur un sol de terre battue débarrassé de débris divers. Trois coups de klaxon de la jeep remplacent la cloche. Qui va pouvoir entendre ce faible appel dans cette immensité?

 

En attendant les fidèles, le père Livio va nous montrer une cabane en bois à 100 m, en contrebas. Est-ce une bergerie pour trois ou quatre moutons? Une réserve pour l'outillage? Rien de tout cela, c'est l'école primaire! Depuis des années les enfants sont instruits dans cet abri aux planches disjointes et sans fenêtres! En hiver, il doit y faire glacial. Le matériel est rudimentaire. Pour la craie de l'instituteur, point de tableau noir mais les planches intérieures de la cabane.  Aucune trace de banc mais, ici comme à l'Eglise, chacun apporte un caillou! Le tout est de bien le choisir!

 

Alors que les gens commencent à arriver, nous sommes appelés dans deux familles. Elles souhaitent une bénédiction pour leurs maisons. Sans regarder sa montre, Livio suit les demandeurs.  L'intérieur est simple mais net.  Beaucoup d'étoffes, aux couleurs vives et aux motifs religieux de type naïf, pendent aux murs. Une forte odeur de fumée et de suie plane dans les pièces malgré les cheminées. Après les remerciements réciproques nous repartons vers l'église.

 

Il est 11 H. et plus de 40 personnes sont présentes. Il y a beaucoup de jeunes enfants. Lorsque l'office commence, l'église est pleine à craquer. Les chants qui s'élèvent de ces ruines vers le ciel bleu où flottent quelques nuages blancs ont quelque chose de surréaliste.

 

Retour à Bajze. Des trois Pères franciscains habitant le couvent, seul Livio connaît la région et ses habitants. Il est l'homme de la parole mais aussi celui qui retrousse ses manches. Au cours de ses pérégrinations, il récolte les objets anciens qu'il découvre (même dans la boue ou le fumier) et explique aux gens qu'un musée de la vie régionale est important. Il souhaite que, de cette façon, les gens se réapproprient leur passé.

 

L'après-midi, nous allons à Shkodër, au siège provincial franciscain. Ce que nous avons vu en 1993, est méconnaissable. Les rénovations et les reconstructions ont été et continuent à être menées sans relâche. Dans la cour, cinq conteneurs venus des USA ont été vidés de tonnes de vêtements, de matériel scolaire et de produits alimentaires. Dorénavant, ils servent de débarras et d'entrepôts. Leur retour à l'envoyeur aurait coûté trop cher. Lorsque les jeunes arrivent au noviciat, ils n'ont pas de bagage et donc pas de linge de rechange. La lingerie et la procure leur fournissent l'indispensable et même un dessert par jour. Le tout « from USA ».

Nous faisons connaissance avec la doctoresse franciscaine. Le dispensaire est relativement bien équipé, grâce à l'aide internationale (médicaments « périmés »). Cette religieuse dynamique et sympathique, nous explique, tout en recousant le cuir chevelu d'une dame âgée, qu'elle travaille ici et à Bajze. La clientèle est fort nombreuse. Au moment de la quitter elle nous demande de lui trouver de l'alcool pour la désinfection des plaies. Elle a besoin d'une grande quantité de ce produit courant et elle en manque continuellement.

 

... Samedi 30. Ce matin nous retournons à Shkodër pour y rencontrer le Père Provincial. Accueil chaleureux et dialogue ouvert caractérise ce nouveau responsable. Il nous expose la suite des travaux et notamment l'achèvement de l'église. Celle-ci avait été transformée en salle de spectacle durant les vingt dernières années. Le chantier est gigantesque car le bâtiment est très grand et fort abîmé. Lorsque tout sera terminé, dans un an environ, ce monument aura retrouvé son lustre d'antan. Un seul changement est autorisé: la tour et son clocher seront plus élevés qu'à l'origine car la croix les surmontant doit dépasser le croissant installé sur le minaret de la nouvelle et merveilleuse mosquée de la ville!

 

A propos de l'action menée à Bajze, le Père n'a que des louanges à faire et espère que nous continuerons à soutenir ce projet. Le P. Livio qui nous accompagne en profite pour exposer lui aussi son projet de développement agricole autour du petit couvent de Bajze: les franciscains ayant pu récupérer leurs terrains saisis par les communistes, souhaiteraient pouvoir les clôturer afin de mettre leurs futures plantations fruitières, légumières et florales à l'abri du bétail. Ainsi les gens de la région verront des arbres, des légumes et des fleurs pousser sans être dévorés par les chèvres et à un prix plus bas qu'en ville.

 

Ici comme ailleurs, les paysans croient plus aux faits qu'aux paroles. Le P. Livio souhaite un petit coup de pouce de notre part. Il aimerait également investir quelques milliers de francs pour construire une nouvelle école primaire à Stare.

 

Rentrant de cette semaine passée en Albanie, je suis plus convaincu que jamais de l'importance de tels contacts et ce, pour trois raisons.

C'est la seule façon de se rendre vraiment compte de ce que vivent les habitants et, grâce aux liens d'amitié qui se créent d'avoir un début de véritable dialogue avec eux.

Ensuite, c'est pour nous le moyen de savoir si nous pouvons avoir une entière confiance dans la façon dont sont gérés les projets que nous soutenons.

Enfin, pour ceux qui nous reçoivent, il y a une légitime fierté de pouvoir nous montrer ce qu'ils réalisent. L'admiration qu'ils suscitent est une joie pour eux et pour nous. Il ne s'agit plus d'aide mais d'échange.

 

Visite en Belgique de nos hôtes de Cracovie.

 

Semaine bien remplie pour nos deux hôtes polonais venus de Cracovie à l'occasion de la Campagne de solidarité d'Entraide d'Eglises, du 4 au 12 novembre.

 

Il faut dire qu'il ne s'agissait pas des premiers venus: Thérèse Wilkanowicz est l'épouse de Stefan Wilkanowicz, rédacteur en chef de la revue Znak (Esprit) sous le régime communiste, médiateur du gouvernement polonais dans l'affaire du carmel d'Auschwitz, président du Centre de dialogue d'Auschwitz...et de bien d'autres choses encore. Thérèse est traductrice. On peut dire qu'elle partage depuis toujours les responsabilités de son mari.

 

Grzegorz Chrzanowski est un jeune dominicain. Aumônier des jeunes à Cracovie, il est également coordinateur d'un projet d'édition entre Le Cerf, Znak en Pologne et Kairos en Ukraine.

 

Pendant une semaine, ils ont sillonné la « Belgique profonde ».

 

Participant à dix homélies, seize rencontres-débats et deux conférences, ils ont parcouru le pays, d'Arlon à Bruxelles et de Malmédy à Rochefort en passant par Vance, Etalle, Ansart, Houmont, Wavreille, Rendeux, Dinant, Namur, Chevetogne, Louvain-la-Neuve et Jemelle, sans compter quelques apparitions à Beauraing où ils logeaient au calme.

 

Thérèse et Grégoire ont charmé leurs auditoires tout au long de ces huit jours. Si les questions portant sur l'Eglise de Pologne ont été nombreuses, ils ont aussi répondu très franchement aux autres questions et aux interpellations concernant les jeunes, la place de la femme, la situation économique et les élections en cours dans leur pays.

 

La qualité de leurs interventions a suscité un engouement tel qu'il a fallu, à plusieurs reprises rappeler l'horaire. Leur attention à leurs interlocuteurs n'a eu d'égale que l'appétit de découvrir la région francophone de notre pays sous ses différentes facettes (tous deux s'étaient déjà rendus en pays flamand précédemment). Le Centre de Développement Rural d'Ansart, les foyers communautaires de Houmont, les responsables régionales de l'Action Catholique des Femmes Rurales réunies à Rendeux, les enfants de l'école fondamentale de Falmignoul, le Centre de formation Cardijn, l'école secondaire Jean XXIII à Rochefort et Jemelle, le Père Abbé et l'Abbaye de Chevetogne, les Editions De Boeck et leur sympathique directeur ainsi que la Mission Polonaise ont suscité chez eux beaucoup d'intérêt.

 

Quelques moments de pure détente ont agrémenté leur séjour: la rencontre à Rochefort et à Bruxelles de Polonais(es) installés chez nous depuis des dizaines d'années, l'exposition sur l'Art Nouveau en Pologne (Malmédy), préparée et présentée avec brio par Marek (boursier d'Entraide d'Eglise à L-L-N), la visite de Bruxelles et même un souper avec les joueuses de volley et leurs amis à Beauraing.

 

La rencontre organisée au siège de notre association où ils ont pu exposer leur travail mais aussi entendre et questionner des partenaires roumains invités par le Centre de Pastorale de la Région de Charleroi fut un moment important pour tous. Des adresses se sont échangées entre Roumains et Polonais.

 

Que dire de plus sinon la joie d'avoir pu organiser une telle semaine de rencontre et de constater l'intérêt qu'elle a suscité chez tous ceux qui y ont pris part.

 

Il nous reste à évaluer cette expérience pour en tirer des enseignements afin de la renouveler en Novembre 1996.

 

Jean-Marie GOFFINET

Secrétaire Général

 

RUSSIE

Moscou

 

La construction de la plus grande église de Russie avance à pas de géant, malgré la controverse.

 

Le samedi 19 août, Alexis Il, patriarche de l'Eglise orthodoxe russe, a célébré la fête orthodoxe de la Transfiguration dans un austère sous-sol en béton de l'Eglise de la Transfiguration, qui fait partie de l'immense Cathédrale du Christ-Sauveur, en cours de construction. La célébration, diffusée dans tout le pays par la télévision russe, marque une étape supplémentaire dans l'un des projets de construction les plus ambitieux et les plus controversés de la Russie.

 

La nouvelle cathédrale, qui sera la plus grande église de Russie, se construit à l'emplacement de la première Eglise du Christ-Sauveur. Inaugurée en 1883 pour commémorer la victoire des Russes sur Napoléon en 1812, cette église qui pouvait contenir 10.000 fidèles, était le symbole de la Russie tsariste. C'est pourquoi Staline l'avait fait détruire à la dynamite dans les années 30 pour laisser construire à sa place une piscine géante...

 

En janvier dernier, lorsque l'Eglise orthodoxe célébra Noël, la première pierre de la nouvelle cathédrale fut posée au fond de la piscine vide. En avril, la télévision russe diffusa les vêpres de Pâques depuis le sol de la cathédrale, au milieu d'une forêt de piliers de béton et de tiges de métal.

 

La construction grise a maintenant atteint la hauteur d'un bâtiment de huit étages s'élevant au-dessus d'un énorme sous-sol qui abritera, outre l'Eglise de la Transfiguration, deux salles destinées aux conseils religieux, la résidence du Patriarche, un musée et une bibliothèque orthodoxes et divers équipements techniques. Le mois dernier, le plan d'un pont pour piétons reliant la cathédrale à l'autre rive de la Moskova a été approuvé par la municipalité. Le maire de Moscou, Yru Luzhkov, fut l'un des premiers à apporter son soutien au projet de construction de la cathédrale...

 

.. .Jour et nuit, des milliers de gens travaillent à la construction de la cathédrale. Les Moscovites peuvent suivre presque au jour le jour la métamorphose de la structure, qui ne cesse de s'élever.

 

Bien que la cathédrale jouisse d'une immense popularité, les médias et le parlement russe continuent à déclarer que le projet est financé par le budget fédéral ou municipal, au détriment de l'économie nationale et de l'assistance sociale. Luzhkov a répondu que le projet de 250 millions de dollars était entièrement financé par des dons. Reste qu'une déclaration récente du conseiller économique principal du président Eltsine ait jeté le doute sur ces dires...

 

...Le président de l'une des grandes banques moscovites, Stolichny, a remis dernièrement au patriarche Alexis, le premier des 50 lingots d'or d'un kilo, d'une valeur d'un demi-million de dollars, pour dorer les dômes bulbeux de la cathédrale.

 

Des critiques ont aussi été émises sur la manière dont les fonds ont été récoltés, entre autres par l'archimandrite Pyotrolyakov, directeur de la fondation pour la cathédrale, qui a béni un concert de rock dans un stade de Moscou où l'on pouvait voir l'un des groupes de hard rock les plus connus du pays, Alisa...

 

... Le 26 octobre dernier, le violoncelliste Miroslav Rostropovitch a joué dans la grande salle du Conservatoire de Moscou devant un public qui avait payé jusqu'à 500 dollars pour obtenir un billet d'entrée. Ce concert a permis de réunir 220.000 dollars pour la construction de la cathédrale.  De plus, Rostropovitch et un orchestre symphonique de jeunes musiciens russes se sont produits, gratuitement, sur le chantier de la cathédrale devant 700 ouvriers.

CIP.

 

BULGARIE

 

Le gouvernement bulgare reste sourd à la requête du clergé orthodoxe de pouvoir donner régulièrement un cours de religion dans les Institutions d'enseignement

 

Pour Martin Zarbanov, responsable du département de l'éducation au patriarcat orthodoxe, il est devenu évident, après un dialogue infructueux, que le ministre de l'éducation, Dimitrov, membre du parti socialiste bulgare, ne permettra pas qu'une instruction religieuse soit donnée dans l'enseignement primaire et secondaire.  Le ministre a suggéré de rendre le cours de religion facultatif dans les écoles publiques, dans le cadre du cours d'histoire. « Ridicule », estime le responsable orthodoxe. « L'histoire de la philosophie est toujours enseignée par des philosophes. Il doit en être de même pour la religion, surtout quand les théologiens et les professeurs de religion sont formés dans les universités d'Etat », a-t-il déclaré.

 

Alors que, selon un sondage effectué en octobre 1994, 80% des parents bulgares sont favorables à l'introduction de l'éducation religieuse à l'école, un projet de loi présenté à la même époque n'a pas été approuvé par le Parlement...

 

...Selon le responsable orthodoxe, les mêmes restrictions et obstacles freinent les catholiques et les protestants ainsi que la minorité musulmane (10% de la population bulgare)…  L'Eglise orthodoxe de Bulgarie (87 % de la population) est, depuis 1992, divisée en deux synodes rivaux.

 

Un mouvement dissident conduit par le métropolite Pimen de Nekropolis, accuse le patriarche Maxime, à la tête de l'Eglise depuis 24 ans, d'avoir collaboré avec l'ancien régime.

CIP. 21/9/95.

 

BALKANS

 

Un projet européen contre l'Intolérance religieuse dans trois « pays-cibles» des Balkans.

 

Un projet européen visant à éliminer toute forme d'intolérance et de discrimination à l'égard des minorités religieuses en Bulgarie, en Roumanie el en Albanie vient de recevoir le feu vert du programme « Phare » pour la démocratie, financé par la Communauté Européenne.

 

Ce projet, présenté conjointement par l'association « Droit de l'homme sans Frontières » (Bruxelles) et le « Bulgarian Helsinki Committee », a été approuvé par un groupe consultatif du Parlement Européen et du Conseil de l'Europe.

Les promoteurs de ce projet souhaitent mettre fin à toute forme d'intolérance et de discrimination religieuse à l'encontre des membres de confessions minoritaires et aider les autorités politiques des pays-cibles à harmoniser leur législations religieuses avec la Convention Européenne.

Le programme des activités prévoit un service de presse hebdomadaire, qui sera diffusé par fax à l'intention des agences de presse internationales et nationales des pays-cibles, des médias religieux et non religieux.

 

Tous les deux mois paraîtra une revue de douze pages en anglais, en bulgare, en roumain et en albanais qui traitera des cas concrets d'intolérance et de discriminations religieuses dans ces trois pays et se fera l'écho de mesures positives prises dans d'autres pays sur des problèmes similaires.

Des séminaires sont en outre programmés pour février 1996 à Sofia, Bucarest et Tirana, qui viseront à créer les conditions nécessaires à de vastes échanges d'idées entre les différents acteurs des pays-cibles. A cet effet, ils seront ouverts à des représentants des minorités religieuses et aux autorités politiques des trois pays concernés, à des avocats étrangers ayant plaidé dans des affaires religieuses à la Cour Européenne des droits de l'homme, à des experts des relations Eglises-Etat.

 

A l'issue du projet qui doit durer douze mois, un rapport en cinq langues sera publié sur l'évolution de la situation dans les trois pays.

 

La structure mise en place à Sofia et à Bruxelles par « Droit de l'homme sans frontière » et le « Bulgarian Helsinki Committee » est destinée à promouvoir les contacts avec les différentes minorités religieuses et à encourager un dialogue constructif avec les autorités politiques compétentes.

 

Conscient que la promotion d'une société démocratique pluraliste passe aussi par le respect des opinions religieuses dans toute leur diversité et que la tolérance religieuse est un gage de cohésion et de stabilité sociale et de paix civile, les promoteurs du projet se sont également fixé comme but, de servir de relais entre les institutions européennes et les autorités des pays-cibles.

CIP 24/8/95.

 

LITUANIE

 

Les jésuites rouvrent leur collège de Vilnius.

 

Vilnius, 28 septembre 1995, le collège des jésuites de Vilnius a rouvert ses portes. Inauguré par Mgr Audrys Juozas Backis, archevêque de la capitale lituanienne, le collège qui reçoit une aide financière de la ville, accueille 330 élèves, mais beaucoup d'inscriptions ont été refusées faute de place.

 

Le premier collège jésuite de Vilnius a été fondé en 1570 et est resté ouvert jusqu'à la suppression de la Compagnie de Jésus en 1773;  il avait rouvert ses portes en 1921 et fonctionné jusqu'à l'occupation de l'Armée rouge en 1940.

 

Depuis 1991, un autre collège jésuite est ouvert à Kaunas, importante ville portuaire où le gouvernement de la Lituanie indépendante avait fixé son siège durant l'occupation polonaise de Vilnius (1919-1940).

CIP 5/10/95.