Bulletin septembre 1995

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COURRIER

 

ROUMANIE

Lettre de Mgr Ioan Robu, Archevêque de Bucarest.

Bucarest, le 20 avril 1995.

Chers amis,

Je vous remercie de votre don généreux, envoyé par François Saucin pour nous aider à financer le salaire des professeurs de notre Ecole Sociale. En effet, nous ne cessons d'implorer la Providence de nous aider à soutenir l'Institut Catholique de Bucarest car, à cause de la situation économique du pays, il est hors de question pour le moment, de faire payer aux étudiants des taxes de scolarité. Ils arrivent à peine à couvrir les dépenses les plus élémentaires pour le logement et la nourriture et nous devons souvent les dépanner. Vous vous êtes donc faits des instruments de la Providence. C'est pourquoi j'implore la bénédiction de Dieu sur vous et sur vos activités.

Ioan Robu

Archevêque de Bucarest

 

HONGRIE

Lettre des deux «sœurs sociales» de Kaposztasmegyer.

Budapest, le 20 avril 1995.

Cher Monsieur,

Nous avons été très émus de la façon avec laquelle vous avez partagé avec nous, votre temps, votre attention, vos ressources matérielles ainsi que vos prières.

A travers votre attention et votre curiosité, nous avons fait l'expérience de l'amour de la Providence et de l'unité de notre Eglise. Cette expérience représente pour nous une source d'énergie très importante car les difficultés dépassent nos forces.

Kaposztasmegyer est un des grands ensembles d’HLM de Budapest, dépourvu d'infrastructure élémentaire, loin du centre de la ville. Les habitants y viennent des quatre coins du pays. Le quartier compte 40.000 habitants, à peu près 8.000 familles. Ils appartiennent à une couche sociale pauvre. Beaucoup de familles nombreuses, des handicapés. Le taux de chômage augmente sans cesse. Une formation professionnelle n'est ouverte qu'à ceux qui ont le baccalauréat or beaucoup ne le possèdent pas. Ils n'ont donc aucune chance de trouver un emploi vu que souvent les gens avec un diplôme supérieur sont à la rue. Ces dernières années, l'allocation de chômage était payée pendant un an mais une décision récente a raccourci cette période, or l'aide sociale qu'on peut toucher ne permet absolument pas de soutenir une famille. La plupart de ceux qui ont déménagé ici ont perdu toutes leurs relations antérieures, ils sont seuls et isolés.

Depuis son origine la communauté paroissiale a considéré comme sa mission, la participation aux soins des problèmes humains du quartier. Nous, les sœurs sociales, avons été appelées à atténuer les difficultés toujours croissantes et nous avons créé dans ce but, le Service d'Hygiène Mentale St Luc. De plus en plus de personnes viennent nous chercher. Beaucoup souffrent de dépression, d'autres se tracassent avant la fin du mois, parce qu'elles ne savent pas si elles pourront payer les frais généraux ou si elles pourront donner à manger à leurs enfants. Elles ressentent leur situation comme sans issue et en arrivent à l'idée du suicide. Leurs fardeaux s'alourdissent et les relations familiales en pâtissent. Les conflits sont nombreux ainsi que les divorces. L'alcoolisme prend une ampleur toujours plus importante, les enfants traînent dans les rues.

Il nous est très important de pouvoir travailler à la paroisse car ainsi les gens nous trouvent à temps. C'est souvent un voisin qui leur conseille de nous contacter. Parfois les gens n'ont plus le courage de faire la démarche eux-mêmes et nous allons alors les visiter. Le moment de crise étant passé, ils sont soutenus par la communauté qui tente de les réintégrer dans la vie active. Actuellement dans notre pays, ce type de service est délaissé. Un esprit capitaliste, libéral, souvent antisocial est monté au pouvoir. La mairie du quartier a refusé ouvertement notre demande de subvention, c'est pourquoi votre aide est si importante pour nous. Elle permet le fonctionnement continu de notre service d'assistance psychologique par lequel nous essayons, en dépit de notre pauvreté et de notre faiblesse humaine, de comprendre, de soutenir, de servir les personnes qui souffrent de la solitude ou de conflits. Grâce à votre aide, des personnes qui se trouvaient dans des situations très difficiles, même désespérées ont pu faire un pas vers le Dieu de la Providence qui aime et qui soigne. Que tous nos bienfaiteurs soient bénis. Nous vous souhaitons une bonne santé et beaucoup de joie dans votre travail.

Veronica Walther, Maria Almasy.

 

SIBERIE

Lettre du père Pravda

Yakoutsk, 8/6/1995

Chers amis,

Une salutation chaleureuse de l'Extrême Nord.

Permettez-moi quelques petites nouvelles. Notre œuvre en Yakoutie s'est élargie l'automne passé par une nouvelle présence à Yakoutsk, capitale de la province. Nous y sommes à présent deux prêtres et un laïc de la famille salésienne.

Nous travaillons dans les écoles de la ville, dans les rues, dans notre mini centre de jeunes et, en plus, nous luttons contre les préjugés de la bureaucratie locale. En bref, nous étudions la situation. Le but de tout cela devrait être l'ouverture d'un Centre pour jeunes en difficultés. Une enseignante m'a dit aujourd'hui que ces jeunes en difficultés représentaient 60% du total. Cela peut paraître exagéré mais, avec l'alcoolisme massif des parents, les problèmes économiques et sociaux, la situation des jeunes est très sérieuse (on trouve des alcooliques de douze ans! ). Les autorités sont très favorables à notre projet mais « c'est dommage que nous soyons catholiques! » (des catholiques, il yen a toujours eu ici. Tous ne sont pas morts en camps de concentration!).

A Aldan, le travail social se développe très bien. La communauté s'agrandit. On voudrait bien se consacrer davantage au travail plus spécifiquement salésien. Il ya tant de vagabonds, de sans-abri... mais cela supposerait de nouveau construire. Nous allons voir ce qu'on peut faire en collaboration avec le nouveau maire. Quatre jeunes viennent nous épauler dans notre travail. Ainsi, le nombre des laïcs participant à cette mission dépasse le nombre de salésiens. « L'éléphant dormant », c'est-à-dire les laïcs de l'Eglise, commence à se réveiller. Priez pour nous et pour la Russie. Bien à vous.

Père Joseph Pravda

 

L'Eglise de Hongrie après le bouleversement

 

Asztrik Varszegi, 0SB, évêque

Abbé primat de la Congrégation des bénédictins hongrois.

Ancien secrétaire de la Conférence épiscopale de Hongrie.

 

On prévoyait avec certitude l'effondrement du communisme. La date, pourtant, était inconnue. En dehors des murs de prison, quelques signes avaient pu annoncer la libération prochaine. Les prisonniers, eux, furent extrêmement surpris.

 

L'Eglise Catholique, y compris la hiérarchie, vit arriver la liberté soudaine avec ébahissement. Les manières de penser et les mécanismes mis en place par l'Etat pour gouverner l'Eglise conditionnèrent l'action, un moment encore. Craintivement, prudemment, l'on se risqua à faire quelques pas par soi-même.

 

Après une pluie longtemps désirée, le désert commence à refleurir. Quelque chose de semblable nous est arrivé. Une diversité extraordinaire de phénomènes spirituels et culturels ont repris vigueur. Une prolifération libre, chaotique, a remplacé un développement ciblé et ordonné.

 

Cela pouvait engendrer peur et insécurité et, de fait, l'Eglise sentit rapidement l'hostilité de l'environnement. Contre la dictature, l'Eglise et l'opposition étaient unis. La liberté déclencha la différenciation. L'unité s'effrita.

 

Au cours d'un processus douloureux, il fallut se rendre compte d'un double danger pour la société. Si l'idéologie de la dictature communiste avait favorisé les tendances à la sécularisation, l'attrait de la consommation exerçait maintenant une action analogue et de plus en plus forte désormais.

 

Comme souvent, la direction de l'Eglise reconnut tardivement les signes des temps. Les réponses furent ambigües, comme si l'Eglise tentait avec l'habit et les moyens des temps révolus de reconquérir son rôle passé. L'adaptation aux nouvelles conditions de vie demande du temps.

 

L'Eglise et la société ne parlent pas le même langage. Leurs concepts sont différents, leurs styles ne sont pas de la même époque. Des malentendus en résultent, des confins, des luttes. Le résultat final est un malaise général dans la société comme dans l'Eglise.

Au moment où la dictature agonisait, la société a beaucoup, peut-être trop, attendu de l'Eglise dans les domaines de la morale et de l'éducation, de l'assistance sociale et caritative et même de l'aide économique. Les attentes, tout comme les réponses, furent irréalistes et ont déçu. L'Eglise fut incapable de réagir rapidement et se rendit impopulaire lorsqu'elle réclama des moyens d'action.

 

Même après la révolution, le financement de l'Eglise, que ce soit par ses propres moyens ou par des aides extérieures, est resté sans solution. L'Etat favorise ses œuvres d'utilité publique. Une subvention est accordée pour les activités ecclésio-religieuses par décision annuelle du Parlement, c'est-à-dire en fonction de la situation politique et économique.

 

Une loi sur la restitution des biens immobiliers qui appartenaient autrefois à l'Eglise reconnaît cette restitution si les biens sont destinés à des fins religieuses, culturelles ou caritatives. Ce qui signifie aussi que les personnes juridiques de l'Eglise (diocèses, paroisses, ordres) sont condamnées à garder leurs anciennes propriétés et leurs activités passées.

 

Mais comme ces bâtiments ont maintenant d'autres utilisateurs, les demandes de restitutions provoquent antipathie et querelles. La remise en état indispensable des bâtiments délabrés engloutit de fortes sommes. On a rarement pris la décision d'organiser la vie selon un nouveau cadre sans se laisser déterminer par le passé pré-communiste.

 

La majorité dans l'Eglise avait à l'esprit l'idéal et la réalité de la période d'avant-guerre, c'est-à-dire une Eglise puissante, forte, influente grâce à ses institutions. C'est ce modèle d'Eglise qu'on a recommencé à construire. Certains y ont vu une menace: ils attendaient une Eglise de la miséricorde, de la réconciliation, de l'amour.

 

Une situation ridicule est née: alors qu'on espérait une Eglise gratuitement et totalement dévouée au service de la société, l'Eglise fut stigmatisée comme avide de posséder. Bien que tous s'en réclament, l'image ecclésiale de Vatican Il n'a pu s'imposer vraiment. Les expériences de petits groupes de chrétiens n'ont pas été exploitées.

 

La diversité des représentations a empêché la formation d'un projet pastoral. Ce sont les contraintes accidentelles et les circonstances qui mènent seules l'action des dirigeants de l'Eglise.

 

Après le bouleversement, on pouvait espérer une Eglise ouverte capable de dialogue. Aujourd'hui ce sont la restauration de l'autorité et du contrôle ainsi que la consolidation de l'institution qui ont la priorité. La crispation est omniprésente. Dans l'imbrication inévitable avec la société, un tel comportement déclenche désarroi et critique. Des voix s'élèvent qui ne sont pas seulement anticléricales mais franchement hostiles à l'Eglise.

 

L'Eglise mène le combat sur plusieurs fronts; elle s'est acquis avec beaucoup de mal une place dans les médias mais elle ne peut l'assumer que peu à peu et grâce à des programmes de qualité. Elle lutte pour les écoles à tous les niveaux. Une université catholique, des jardins d'enfants, des écoles élémentaires, secondaires et supérieures sont nées. Au total cependant ces institutions ne représentent que 3% de l'ensemble.

 

L'Eglise hongroise a peu à peu noué des relations avec l'Eglise occidentale. Elle a reçu une aide substantielle des organisations caritatives des diocèses et des différentes institutions. Cette aide elle l'a accepté de bon gré jusqu'au jour où l'échange des expériences, les difficultés de compréhension, de même que des peurs non fondées ont donné l'impression qu'il fallait se garder d'une' influence spirituelle de « l'Ouest » et d'une théologie occidentale « dangereuse ». Pour les chrétiens de l'Ouest qui veulent aider l'Eglise hongroise, ce sont des expériences douloureuses.

 

A l'époque du bouleversement, les nombreuses initiatives de laïcs se sont heurtées à la méfiance des responsables de l'Eglise. Découragés, beaucoup ont abandonné. Il existe une formation catéchétique et des études de théologie pour les laïcs. Mais la position cléricale prépondérante voue à l'échec l'engagement de ceux qui se sont formés.

 

Il n'existe pas de stratégie de crise face à une diminution rapide du nombre des prêtres qui n'est pas compensée par la légère remontée du nombre des vocations. Or le surmenage est dangereux pour l'homme et pour sa santé. L'engagement des laïcs presse, de même que presse le changement des mentalités et de l'image de l'Eglise afin que chacun puisse participer avec ses compétences propres.

 

L'Eglise s'ouvre de plus en plus à la responsabilité sociale. Elle rencontre beaucoup de succès en ce domaine. En effet, la situation morale et économique du pays nécessite de plus en plus son activité sociale et caritative.

 

Il Y a beaucoup d'efforts méritoires dans l'Eglise de Hongrie mais ils ne peuvent s'affirmer qu'avec difficulté au milieu des contradictions héritées du communisme. Des années de combat et d'efforts marquent le passé de notre Eglise. Dieu nous éduque à travers les défis et les pièges de l'histoire. L'Eglise a commencé par renforcer sa hiérarchie, créer de nouvelles institutions, ranimer la vie des ordres religieux,. Elle lutte pour être présente dans les médias et les instances d'éducation. Elle est consciente que de nombreuses tâches n'ont pas été remplies mais elle espère sans cesse en l'assistance du Seigneur de l'Histoire.

Extrait de Concilium 258. 1995.

Traduit de l'allemand par Marie-Thérèse Guého.