Bulletin mars 1995

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Editorial

Il n'est pas difficile d'Imaginer la scène. Elle a neuf ans. Elle pleure. Ils ont tué son père, là, devant elle.

Qui est-ce «Ils» ? Des Serbes? des Croates? des Tutsis? des Hutus? des Irlandais? des Anglais , des Palestiniens, des Israéliens ?

Hélas, cette liste pourrait s'allonger presqu'indéfiniment si l'on remontait le cours de l'histoire.

Comment va-t-elle réagir? Comment parlera-t elle de cet effroyable souvenir à ses enfants?

Tout dépend d'elle. Si elle ne pardonne pas, elle va semer la haine et appeler la vengeance. Et tout sera à recommencer.

Une génération plus tard, une autre fillette de neuf ans se retrouvera en pleurs. Ils ont tué son père, là, devant elle. Qui est-ce «ils»? Les mêmes. Cela n'arrêtera jamais.

Il faut pardonner. C'est la seule attitude digne de l'homme. C'est la seule attitude intelligente. Celle, en tout cas que le chrétien devrait adopter, lui qui demande si souvent à Dieu de lui pardonner comme lui-même pardonne à ceux qui l'ont offensé.

Le pardon est la seule attitude Intelligente pour qui veut sortir de la spirale infernale - le mot n'est pas choisi au hasard - de la violence. Mais, pour l'adopter, Il faut essayer de comprendre l'autre. Non pas de l'approuver, mais de le comprendre. Réduire l'autre au mal qu'II m'a fait, ou qu'il a fait aux miens, c'est m'enfermer dans une bêtise potentiellement mortifère.

 

Nos lecteurs savent assez que, depuis toujours, nous avons aidé l'Eglise qui est en Croatie et que nous continuons à le faire. Si nous avons donné la parole à un théologien orthodoxe, Olivier Clément, dans notre dernier numéro, c'est que nous estimons qu'il est indispensable de comprendre, d'essayer de comprendre, la position des Serbes.

Sans doute cet article a des faiblesses. Les Croates admettent, notamment, les violences dont Ils sont les auteurs. Ils sont convaincus cependant que le chiffre cité de 700.000 victimes est non seulement exagéré mais tout à fait invraisemblable, et que le «peut-être» n'arrange rien.

Au demeurant, l'essentiel n'est pas de se mettre d'accord sur le nombre des victimes. Il est de trouver un accord pour qu'il n'y ait plus de victimes.

N'en resterait-il plus qu'une que cela serait encore trop. Et la seule voie pour y arriver est le pardon. Et pour arriver au pardon, il faut s'ouvrir à la compréhension de l'autre, Il faut faire des efforts positifs pour comprendre l'autre.

Bien sûr, ce pardon que nous souhaitons tant voir accordé par d'autres, il est bon que nous nous y exercions d'abord nous-mêmes !

 

Coup d'œil sur la Géorgie

Baga MARTENS

 

Un paradis terrestre.

 

«Lorsque Dieu créa le monde, il rassembla les plus beaux éléments: le ciel d'un bleu éclatant, l'air cristallin, les montagnes aux flancs escarpés et les mers aux baies profondes, la végétation d'un vert inaltérable. Il fit de ces trésors, un paquet qu'il serra contre son cœur pour l'emporter sur le chemin du retour. Mais il trébucha sur le grand Caucase et les trésors tombèrent à terre. C'est là que naquit la Géorgie.»

 

C'est du moins ce que raconte une légende locale de ce pays dont les merveilles de la nature n'ont d'égales que la gentillesse et l'extraordinaire hospitalité de ses habitants.

 

Ancien carrefour de civilisations.

 

Les Géorgiens qui parlent une langue originale (groupe ibéro-caucasien) sont fiers d'une culture ancienne, brillante et singulière. La création de l'alphabet et le développement de l'écriture leur donnèrent dès le Se siècle les moyens de traduire la bible dans leur langue. Mais c'est dès le début du 4e siècle que le christianisme, importé par des moines arméniens, est devenu religion d'Etat.

 

Au moyen-âge, la Géorgie ne fut pas seulement un carrefour de routes commerciales, elle fut aussi un centre important d'échanges culturels et littéraires dont les monastères furent les foyers actifs. Ce petit empire qui étendait sa suzeraineté bien au-delà de ses frontières linguistiques, connut son apogée sous le règne de la reine Thamar (1184-1213). «Reine des reines, fierté du pays et de la foi,» les chansons et les légendes en font une chrétienne exemplaire et l'honorent au titre de « N.D. de Géorgie». Elle avait une conscience élevée de sa mission, elle voulait mettre politiciens et ecclésiastiques au service des lois et de la vérité.

 

Mongols, Perses, Turcs... et Rome.

 

A la suite des invasions mongoles, au début du 13e siècle, la Géorgie entra dans un long déclin qu'accéléra la chute de Byzance, bouclier de l'Orient chrétien. Bien que soumise aux invasions arabe, persane et ottomane, elle resta toutefois chrétienne orthodoxe sans subir véritablement l'influence de ces civilisations. Seules quelques populations longuement soumises à l'empire ottoman s'islamisèrent.

 

Au 17e siècle, Rome développa une intense activité missionnaire en Géorgie, pour essayer de gagner l'Eglise géorgienne à "union avec Rome. La noblesse s'ouvrit à la civilisation occidentale dans l'espoir d'une aide militaire et financière de la France et de l'Italie. En 1629, le Vatican publia le premier dictionnaire géorgien.

 

Dix-neuvième siècle, les Russes s'imposent.

 

En 1801 la Géorgie fut annexée à l'empire des Tsars et devint bientôt un des pivots de la politique caucasienne de la Russie. Au cours des «guerres du Caucase» (1ge siècle), les Géorgiens furent nombreux à combattre, aux côtés des Russes, les musulmans du Caucase du Nord.

 

La Géorgie était considérée comme une colonie russe et l'Eglise fut la première à en pâtir: elle fut dirigée par des évêques russes, le slavon remplaça le géorgien comme langue liturgique, les livres et usages liturgiques russes prirent la place des géorgiens. Bien des églises, quand elles ne furent pas détruites, virent leurs fresques recouvertes de peintures russes. Enfin, les biens immobiliers de l'Eglise furent confisqués.

 

Le 26 mai 1918, l'indépendance du pays fut enfin proclamée. Le nouveau gouvernement géorgien tenta d'accrocher la Géorgie à l'Europe mais cette tentative originale fut rapidement brisée.

 

Une intervention bolchevique chassa le gouvernement légal en février 1921, achevant ainsi la reconquête de la Transcaucasie par les Russes.

 

Les Géorgiens tentèrent de résister aux bolcheviques et le 28 août 1924, la Géorgie occidentale se souleva. L'insurrection fut écrasée violemment en moins d'une semaine. Le Géorgien Staline eut raison de son peuple. La République socialiste soviétique de Géorgie entra dans l'Union soviétique.., et en fit partie jusqu'en 1991.

Les chrétiens persécutés sous le régime communiste.

Les premières mesures du pouvoir soviétique en Géorgie, portèrent sur la nationalisation de l'industrie et l'appropriation de la terre. La lutte contre la vie religieuse fut particulièrement vigoureuse. Les chrétiens pratiquants furent poursuivis, les religieux envoyés dans les camps disciplinaires, les églises et les monastères, fermés, transformés en dépôts ou démolis.

Toutefois, en raison de l'hostilité croissante de la population face à ces mesures, et conscient du rôle que l'Eglise pouvait jouer, Staline desserra peu à peu sa pression et approuva la réconciliation de l'Eglise russe et de l'Eglise géorgienne dont l'autocéphalie fut reconnue en 1943.

Sous Kroutchev cependant (1959-1963), une nouvelle vague de persécutions s'abattit sur les Eglises en U.R.S.S.

 

Qu'en est-il des catholiques?

 

En faveur des catholiques, le Saint Siège avait créé, en 1921, pour les 40.000 fidèles disséminés dans le pays, une administration apostolique. Celle-ci n'eut qu'une brève existence. Elle revit pourtant aujourd'hui. Un nonce apostolique est installé à Tbilissi pour les milliers (10.000 ?) de catholiques de Géorgie. Les églises catholiques sont ré ouvertes au culte.

 

Une situation économique proche du chaos.

 

La Géorgie, considérée longtemps comme une des républiques les plus prospères de l'Union Soviétique, se débat aujourd'hui dans une situation des plus précaires. Elle est soumise à l'action centrifuge des différentes minorités nationales: Ossétie du Sud annonçant sa réunification à l'Ossétie du Nord, et l'Abkhazie dont les volontés séparatistes furent, on s'en souvient, à l'origine d'une véritable guerre.

La Russie vint au secours de la Géorgie... en échange du retour de celle-ci dans le giron de la CEI et de l'obtention de bases militaires. Actuellement, 200.000 réfugiés, géorgiens de souche, ne sont toujours pas rentrés chez eux, en Abkhazie.

 

Le retour dans son pays de "ancien ministre des Affaires étrangères de Mikhaïl Gorbatchev, Edouard Chevardnadze avait pourtant représenté un espoir pour beaucoup de Géorgiens. En effet, celui qui avait établi des relations privilégiées avec les Grands devait être capable de désenclaver son pays et de lui faire obtenir la manne de l'aide occidentale. Illusion. La Russie qui demeure le premier partenaire commercial d'une Géorgie toujours membre de la zone du rouble, reste l'élément dominant, la puissance sans laquelle rien de durable ne peut être construit. Jardin fleuri dénotant dans la grisaille environnante, la Géorgie essaie aujourd'hui de survivre, dans une situation proche du chaos.

 

Entraide d'Eglises et la Géorgie.

 

Depuis plusieurs années déjà, Entraide d'Eglises est en contact avec le père Martin, un prêtre catholique de Tbilissi, extrêmement dynamique. Touché par le problème de beaucoup de femmes de Géorgie dont le seul moyen de limiter les naissances est l'avortement, le père Martin voudrait mettre sur pied une campagne d'information sur la limitation des naissances par les nouvelles méthodes naturelles de contraception.

Avec l'aide financière d'Entraide d'Eglises, le père Martin étudie actuellement, en Géorgie, la possibilité de préparer de futurs formateurs à cette méthode ainsi que la possibilité de diffuser un petit manuel extrêmement pratique, utilisé en Belgique, et qui serait traduit en géorgien.

 

GEORGIE

 

Nature de l'Etat: ancienne république soviétique devenue république indépendante le 9.4.1991. Démocratie parlementaire.

Chef de l'Etat: Edouard Chevardnadze , Président (11.10.1992).

Capitale: Tbilissi.

Superficie: 69.700 Km (Belgique, 30.527 Km)

Langues: géorgien (officielle), russe, abkhaze, ossète, arménien, turc.

Population : 5,4 millions.

Géorgiens: 3.8 millions (chrétiens orthodoxes)

Arméniens: 437.000 (chrétiens grégoriens)

Russes: 341.000 (chrétiens orthodoxes)

Azéris: 307.000 (musulmans)

Ossètes: 164.000 (musulmans et chrétiens)

Abkhazes : 95.000 (musulmans et chrétiens)

Juifs: 24.000

Densité: 78,9 hab. par km (Belgique, 328)

Population urbaine: 56% (Belgique, 97%)

Croissance annuelle: 0,9 % (Belgique, 0,0)

Indice de fécondité: 2,14 (Belgique, 1,7). C.à.d. nombre d'enfants par femmes de 15 à 49 ans.

Avortements légaux: 1,47 pour cent femmes en âge d'avoir des enfants.

Mortalité Infantile: 1975, 32,7%; 1991, 13,9% (Belgique, 8,0)

Médecins: 5,92 pour mille habitants (Belgique, 3,6). Mais la notion de médecin en Géorgie est beaucoup plus large qu'en Belgique.

 

PARMI LES NOUVEAUX CARDINAUX,

L'ARCHEVEQUE DE PRAGUE, MGR VLK.

Portrait d'un héros de la foi

Desmond O'GRADY *

(*) Correspondant à Rome de la revue The Tablet. 12 novembre 1994

 

 

Le partage de la vie de prison ou du travail forcé les a marqués.

 

Un ancien laveur de vitres et deux anciens prisonniers figurent parmi les nouveaux cardinaux récemment nommés par le pape, confirmant ainsi sa politique qui consiste à honorer ceux qui furent persécutés sous le régime communiste.

Un des nouveaux cardinaux, Casimir Swiatek, né en Estonie et actuellement archevêque de Minsk en Biélorussie, a passé dix années dans les prisons soviétiques (1954-64). Le prêtre albanais Mikel Koliqi a été emprisonné durant 25 ans. Quant à Miroslav Vlk, archevêque de Prague, il fut, pendant huit ans, laveur de vitres. Vlk, « le bûcheur » est actuellement président du Conseil de la Conférence épiscopale européenne. Il est un exemple type de ces héros de la foi qui, peu à peu, occupent des positions clés dans l'Eglise catholique. L'expérience leur ayant appris que tout est possible si l'Eglise garde son unité, ils veulent avant tout préserver le dogme et la discipline. Ceci ne les rend peut-être pas enclins à ouvrir les fenêtres comme le fit Jean XXIII.

 

D'autre part, cette même expérience leur a également montré qu'il y a moyen d'agir sans beaucoup de structures ecclésiales et donc, dans un certain sens, ils sont d'une liberté surprenante. Ils ont réalisé que le christianisme engendre un grand dynamisme à condition d'être libre. Parce qu'ils ont été forcés de prendre un travail séculier ou de partager des cellules de prisons, ils sont plus proches du commun des mortels et ils ont appris à faire confiance aux laïcs. Ils voient une étroite relation entre les droits religieux et les Droits de l'Homme.

 

Parlant de ceux qui, sous le régime communiste, ont été réconfortés par leur foi religieuse, le président tchèque Vaclav Havel disait: «  Le christianisme les a rattachés au meilleur de leur passé et il a ouvert pour eux, la route du futur; je ne parle pas du christianisme compris comme un rituel et partiellement toléré par le communisme, mais du christianisme vécu comme un appel à suivre la vérité, à chercher la vérité et, par-dessus tout, à agir et à vivre dans la vérité. »

 

A la ferme paternelle.

 

Vlk naquit en 1932, dans un village de Bohême. Quand il eut six ans, sa mère épousa son père qui était fermier. Tout en allant à l'école, Miroslav ou Mila, comme on l'appelle encore maintenant, gardait souvent les vaches et, à douze ans, il labourait toutes les cultures de son père malade. Il désirait devenir pilote mais il entra au (petit) séminaire pour recevoir les bases de l'éducation, puis il décida d'être prêtre, un loup (Vlk signifie loup) en habit de prêtre.

Comme il terminait ses études secondaires, le gouvernement communiste ferma le séminaire, conformément à sa campagne de lutte contre l'Eglise qui comprenait l'abolition de tous les ordres religieux, ainsi que l'emprisonnement ou la surveillance de tous les évêques et qui faisait dépendre toute activité pastorale d'une autorisation de l'Etat.  Durant ses études secondaires, Mila avait écrit et publié un travail réfutant l'idée de Staline selon laquelle l'Esperanto aliénait le peuple en le coupant de son pays d'origine. En linguiste doué, Vlk est un adepte de l'Esperanto dans lequel il voit un moyen de créer un lien entre les peuples.

 

Exclu de l'université

 

Exclu de l'université parce qu'il n'était pas membre des Jeunesses Communistes, Mila travailla plusieurs mois dans une usine avant d'entreprendre les deux années de service militaire obligatoire. Le caporal Vlk obtint de si bonnes cotes qu'il put s'arranger pour être engagé à la faculté de philosophie de l’Université de Prague, comme archiviste. A l'université, il participait régulièrement à des groupes de prière ou d'études avec d'autres chrétiens qui, en raison de l'hostilité communiste, avaient pris une conscience nouvelle de la présence de Dieu dans leur vie. « Cela ressemblait à des réunions de partisans derrière les lignes ennemies », dit Vlk.

 

Se marier ou devenir prêtre?

 

Vlk avait une amie et, comme il lui paraissait impossible de terminer ses études pour devenir prêtre, il songeait à se marier. Par la suite pourtant, sa vocation de prêtre lui parut évidente et il en fit part à son amie. Entre-temps, il faisait carrière comme archiviste et publiait des articles sur l'histoire médiévale.

Profitant de l'atmosphère légèrement plus tolérante de 1963, il put entrer au séminaire de Litomerice mais, très vite, il se rendit compte que le séminaire était rempli d'informateurs communistes, y compris le recteur. Le manque de confiance régnant au séminaire incita Mila à mettre sa confiance totale dans le Christ. Il eut envie d'émigrer à l’Ouest mais il fit la rencontre d'un groupe de médecins des Focolari (mouvement laïc fondé en Italie) qui consacraient leur vie au travail en Europe centrale et orientale. Il assista à plusieurs rencontres de ce mouvement, en Allemagne de l'Est, où on insistait sur l'importance de la communauté et sur le fait d'accepter les tracasseries et les souffrances comme des preuves de l'amour de Dieu. Vlk souscrivait totalement à cette idée et le mouvement des Focolari l'influença beaucoup plus que le séminaire.

 

Petites communautés clandestines.

 

En 1968, alors que Dubcek tentait d'instaurer le « Socialisme à visage humain », Vlk fut ordonné, il devint secrétaire d'un évêque et il établit beaucoup de petites communautés clandestines de chrétiens consacrés qui priaient et étudiaient ensemble. L'éphémère Printemps de Prague tut suivi d'une nouvelle offensive contre l'Eglise, notamment par le biais de la création de l'organisation pro-gouvernementale des Prêtres pour la Paix, Pacem in Terris.

Vlk, le zélé, qui attirait les jeunes par des initiatives telles que des messes accompagnées à la guitare, fut transféré dans un village de montagne et surveillé par l'Etat.  Après seize mois, les autorités communistes ordonnèrent son transfert vers un autre village, où il se présenta lui-même comme un loup (Vlk), ajoutant qu'il ne mordait pas.

 

Laveur de vitres pendant huit ans

 

Six ans plus tard, en septembre 1978, son « permis de prêtre » lui fut retiré parce qu'il avait commis le crime d'enseigner le catéchisme aux enfants. Après avoir travaillé quelques mois dans une fabrique de clous, il partit pour Prague où il partagea ensuite, l'appartement de trois jeunes slovaques qui y avaient établi une petite communauté de Focolari.

Vlk était alors laveur de vitres. Son travail était fréquemment interrompu par des interrogatoires à la police de la Sécurité, interrogatoires qu'il relatait en détail, en bon archiviste qu'il était. Ces interrogatoires ne l'empêchaient pas de continuer clandestinement son travail pastoral, mais en 1987, suite à des ennuis cardiaques, il fut obligé de réduire ses activités. Au début de l'année 1989, alors que le communisme tombait en miettes, il fut autorisé à reprendre son travail pastoral dans un village perdu où il n'y avait même pas un téléphone.

 

Et puis, de façon inattendue...

 

Soudain l'Histoire s'accéléra, après des années de dissidence et de travail clandestin, Vlk fut catapulté au devant de la scène. En février 1990, il fut nommé évêque du diocèse de Budweis avec ses 850.000 habitants et l'année suivante, il fut désigné comme successeur du Cardinal Frantisek Tomasek, archevêque de Prague et primat de Bohême. Des appartements restreints où il avait toujours vécu, il déménagea dans la résidence historique décorée de Gobelins où avait été tourné le film Amadeus.

En 1993, il fut nommé président du Conseil Episcopal Européen et, en 1994, Cardinal.

 

 

Lettre du Cardinal Vlk, archevêque de Prague,

adressée à Mgr Jean-Marie Delor, Président d'Entraide d'Eglises

 

Prague, le 30 décembre 1994.

Père,

A nouveau cette année, je viens vous dire toute ma reconnaissance pour les actions de solidarité qu'Entraide d'Eglises réalise avec les Eglises d'Europe Centrale et de l'Est et en particulier pour l'aide apportée au travail de l'Institut de la Communication de Prague.

Transmettez mes remerciements les plus sincères aux membres de votre Conseil d'administration, à l'équipe qui se dévoue sans compter autour de votre Secrétaire Général Jean-Marie Goffinet et à tous vos donateurs pour leur soutien matériel et spirituel.

Grâce à vous, nous pouvons développer nos projets de formation qui nous permettront de rattraper le retard accumulé pendant quarante ans et d'être présents professionnellement dans le monde des médias.

Vos actions favorisent aussi une meilleure connaissance réciproque entre l'Est et l'Ouest de l'Europe par les échanges qu'elles créent et contribuent à restaurer le dialogue qui fut longtemps impossible. C'est un enjeu culturel, politique et religieux très important.

Je sais que votre solidarité s'enracine dans la prière.

Soyez assurés également de la mienne.

Vous renouvelant toute ma gratitude, je vous prie de croire, cher Père,

à mes sentiments fraternels ainsi qu'à mon union dans le Christ.

 

Cardinal Miroslav Vlk

Archevêque de Prague

 

NOUVELLES BREVES

 

LUXEMBOURG

 

Les scouts à Echternach: une réunion vraiment européenne.

En novembre 1994, s'est tenue à l'Ancienne Abbaye d'Echternach (Grand-duché de Luxembourg) une réunion de la Conférence Internationale Catholique du Scoutisme, région Europe-Méditerranée. Nous vous en parlons brièvement parce qu'elle était vraiment européenne en ce sens que tous les pays d'Europe y étaient représentés, les pays de l’Est y compris , sauf la Lituanie. Elle regroupait les chefs et les aumôniers nationaux de tous ces pays, auxquels s'étaient joints ceux du Proche-Orient. Le scoutisme avait été interdit dans les pays communistes. C'était donc une rencontre émouvante pour beaucoup qui refaisaient surface après plusieurs décennies. Entraide d'Eglises s'y est associée de deux manières, en contribuant d'une part aux frais de voyages des responsables venant de l'Est et, d'autre part, en jouant un rôle actif en la personne de notre collaborateur Pierre Delooz auquel avait été demandé un exposé sur la comparaison des valeurs (c'est à dire de ce que les gens considèrent comme important dans leur vie) entre les pays européens de l'Est et de l'Ouest. Un évêque auxiliaire de Prague, Mgr Lobkowiz était également présent et avait été invité à prendre la parole sur «La foi chrétienne et la communauté ».

 

France

 

PARIS: plus de 100.000 jeunes (dont 60.000 venant de l'Europe de l'Est) pour la rencontre européenne avec Taizé.

 

Après Londres (1986), Rome, Paris, Prague, Budapest, Wroclaw, Vienne et Munich (1993), la rencontre européenne de Taizé a rassemblé plus de 100.000 jeunes à Paris du 28 décembre au 1er janvier. Trois jours de rencontres et d'échanges rythmés par la prière communautaire : le matin dans les paroisses d'accueil, à midi et le soir sur les lieux-mêmes du rendez-vous, le Palais des Expositions de la Porte de Versailles.

 

... Pour cette première rencontre européenne à Paris depuis la chute du mur de Berlin, tous les pays d'Europe de l'Est étaient représentés.  Des catholiques de l'Est et de l'Ouest côtoyaient des orthodoxes venus de Russie ou de Roumanie, des protestants aussi, accourus de Berlin ou d'ailleurs. Six ans après le précédent rassemblement européen dans la capitale française où les jeunes n'étaient guère plus de 30.000, le nombre de participants a plus que triplé, grâce à un apport d'au moins 60.000 jeunes de l'Europe de l'Est. Les Polonais étaient de loin les plus nombreux (48.000), devant les Français (10.000), les Allemands (8.000), les Baltes (6.200), les Italiens (6.000), les Croates (3.100), les Slovaques (2.200), les Roumains (2.000) et les Tchèques (1.500), les Russes (500), les Ukrainiens (500)...

 

...Chaque soir, au cours de la prière traduite en 19 langues, Frère Roger, le fondateur de la Communauté de Taizé, âgé aujourd'hui de 79 ans, a exhorté les jeunes à la simplicité, à la confiance, au désir de Dieu, en demandant aussi de prier «pour tous ceux qui connaissent des épreuves à travers le monde.» Comme à chaque rassemblement, il a publié une lettre, traduite en 51 langues, proposée aux jeunes pour l'année qui vient. Il les invite à se mettre à l'écoute du Ressuscité et conclut par ces mots : «Tout pauvres que nous soyons, n'éteignons pas le feu, n'éteignons pas l'Esprit. En eux s'allume l'étonnement d'un amour. Et la toute humble confiance de la foi se transmet comme le feu, de proche en proche.»

 

RUSSIE

 

MOSCOU: L'Eglise orthodoxe refuse l'isolement.  Elle veut rester au sein du mouvement œcuménique.

 

Près de 150 responsables de l'Eglise orthodoxe russe, parmi lesquels 120 évêques, ont rejeté les appels les exhortant à se retirer des organisations œcuméniques internationales. Pour les évêques il est hors de question d'envisager une telle démarche dans un proche avenir.

 

Des membres de la commission théologique du Synode de l'Eglise orthodoxe avaient recommandé que l'Eglise réduise son engagement au sein du Conseil œcuménique des Eglises pour protester contre les activités missionnaires d'Eglises non-orthodoxes dans l'ex-Union soviétique. Les responsables d'Eglises ne les ont pas suivis, comme ils ont résisté aux pressions réclamant le renforcement des mesures disciplinaires à l'encontre des prêtres dissidents faites par des éléments conservateurs du Mouvement de la Fraternité orthodoxe.

CIP 15/12/94

 

MOSCOU: rencontre de responsables de l'ACER (Action chrétienne des étudiants russes) et de chrétiens orthodoxes russes.

 

Une rencontre informelle regroupant des membres de l'ACER, mouvement de jeunesse orthodoxe fondé dans l'émigration russe et dont le centre est Paris et des chrétiens orthodoxes engagés sous des formes diverses dans la vie de l'Eglise en Russie, s'est tenue à Moscou, les 10 et 11 novembre 1994.

Cette réunion a été l'occasion pour les deux parties de faire connaissance, d'échanger leurs expériences et de réfléchir aux perspectives futures de coopération.

La réunion a consisté, d'une part, en un échange de vues sur les activités et la destinée de l'ACER en France comme en Russie où son action est connue par l'intermédiaire de sa revue Vestnik (Le Messager) et des initiatives de son service d'aide aux croyants.

 

D'autre part, les échanges ont porté sur une analyse qui se voulait lucide, de la situation des chrétiens orthodoxes en Russie après quelques années de liberté religieuse. Cette première rencontre devrait, dans l'esprit des participants, être suivie par d'autres afin de poursuivre le dialogue amorcé...

 

La délégation française était composée d'une quinzaine de personnes...Parmi les responsables russes on notait entre autres la présence...d'Alexandre Borissov et Georges Kotchekov, prêtres de paroisse à Moscou, ainsi que de laïcs connus pour leur engagement dans le témoignage orthodoxe.

Service Orthodoxe de Presse, Déc.1994

 

MOSCOU: « Comment faire en sorte que, sortis du temple de l'église où nous sommes si bien, nous fassions nôtres les soucis du monde et que ce monde soit ecclésialisé ? » Un congrès orthodoxe sur le sens de la paroisse.

 

Une vingtaine d'intervenants, prêtres, théologiens, catéchètes, ont pris part à un congrès organisé à l'initiative du père Georges Kotchekov, prêtre orthodoxe moscovite, qui s'est tenu à Moscou du 11 au 13 octobre, sur le thème « La paroisse dans l'Eglise orthodoxe ». Au total, plus de 150 personnes ont assisté à ces trois journées de réflexion. Conférences et débats ont montré l'espoir partagé par de nombreux orthodoxes russes, baptisés de longue date ou récemment convertis, de voir ressurgir une orthodoxie créatrice capable de répondre aux défis de notre temps.

 

Au cœur des débats a surgi le problème de l'ouverture de l'Eglise sur le monde. Plusieurs témoignages ont posé cette question en des termes brûlants. Une jeune femme convertie il y a cinq ans a demandé: « Comment faire en sorte que, sortis du «temple » de l'Eglise, où nous sommes si bien, nous fassions nôtres les soucis du monde et que ce monde soit ecclésialisé ? ».

Le père Lev BOLCHAKOV, prêtre du diocèse d'Olonets, au nord de Saint-Pétersbourg, a fait part des difficultés de son travail pastoral dans une région transformée en véritable « vide spirituel ».

 

Plusieurs prêtres ont soulevé la question de la préparation au baptême. La plupart des adultes, aujourd'hui en Russie, reçoivent le baptême sans aucune catéchèse, en raison du manque de temps et de formation des prêtres. Un jeune prêtre de 24 ans, le père Jean PRIVALOV, a raconté comment il avait baptisé au cours de l'été 200 personnes près d'Arkhangelsk. « J'ai eu l'impression de commettre un crime: aucun, vous m'entendez, aucun de ces deux cents-là n'est revenu à l'église depuis », a-t-il constaté avec amertume.

 

La question de la langue liturgique a déclenché un large débat contradictoire. Tant les adversaires que les partisans de l'introduction de la langue russe moderne dans les célébrations liturgiques ont unanimement reconnu que le problème de la langue liturgique dépassait les arguments d'ordre philologique, historique ou culturel, mais qu'il était intimement lié à la recherche d'une vie spirituelle authentique. Là encore, l'expérience de la France où certaines paroisses célèbrent encore en grec ou en slavon tandis que d'autres utilisent le français a été particulièrement appréciée.

 

« Loin de vouloir tout bouleverser, loin de rompre avec la hiérarchie, ces prêtres et ces laïques engagés souhaitent ardemment que leur Eglise se mette plus à l'écoute des simples fidèles, des nouveaux convertis ainsi que des futurs catéchumènes.., devait indiquer l'un des participants ».

 

Les intervenants venaient de 15 diocèses de l'Eglise orthodoxe russe et de 9 pays différents. Le colloque avait reçu la bénédiction du patriarche ALEXIS Il de Moscou.

Service Orthodoxe de Presse - Nov. 1994

 

CROATI E

 

ZAGREB: le ministre des Affaires étrangères accuse les Croates de prosélytisme religieux.

 

C'est le ministre des Affaires étrangères de la République fédérale de Yougoslavie à Belgrade, Vladislav Jovanovic, qui a accusé la Croatie de violer gravement les droits civils et politiques de la minorité orthodoxe serbe de Croatie et de son clergé.

 

Dans une lettre adressée au Secrétaire général de l'O.N.U, Boutros Ghali, le ministre reproche au gouvernement croate actuel de poursuivre les pratiques du régime fasciste d'Ante Pavelic, d'expulser les Serbes de Croatie et de faire du prosélytisme catholique, rapporte l'agence de presse Tanjug à Belgrade.

 

Des enfants baptisés à nouveau

 

Le ministre condamne en particulier la pratique dans les écoles et les jardins d'enfants. Selon lui, les enfants orthodoxes qui ne fréquentent pas le catéchisme catholique sont maltraités. Les parents orthodoxes, pour protéger leurs enfants, demandent à l'Eglise orthodoxe des certificats de baptême. Ils les donnent aux prêtres catholiques qui rebaptisent tout de même les enfants serbes et les font participer au cours de catéchisme à l'école.

 

Jovanovic affirme que des informations faisant état du baptême de 10.000 enfants serbes ont été présentées au parlement croate à Zagreb. Un député qui a présenté ces données, aurait été attaqué physiquement par un représentant du H.D.Z., le parti au pouvoir.

 

Aux affirmations catholiques selon lesquelles l'Eglise serbe est incapable d'organiser sa catéchèse, le ministre serbe oppose le fait que les églises orthodoxes ont été détruites, que les prêtres ont été arrêtés et torturés dans les prisons.  Jovanovic ajoute qu'un grand nombre de prêtres, ainsi que cinq évêques ont été expulsés de Croatie et que tout retour leur est interdit. Ils ne peuvent de toute façon pas rentrer parce que leurs églises sont détruites.

 

Mise au point catholique

 

Mgr Marko Culej, porte-parole de la conférence épiscopale croate, s'est dit surpris de ces accusations. L'Eglise catholique se préoccupe sérieusement de la présence d'enfants orthodoxes dans les classes de catéchisme catholique, a-t-il affirmé. Leur nombre est relativement réduit et les enseignants ont reçu des consignes claires pour se garder de tout prosélytisme et de mettre au premier plan les valeurs communes aux deux confessions. Les prêtres catholiques ne donnent pas un nouveau baptême aux enfants d'autant plus que l'Eglise catholique reconnaît la validité du baptême orthodoxe, tient-on à préciser du côté de l'Eglise catholique de Zagreb.

 

Des prêtres qui s'autoriseraient de telles pratiques seraient en rupture avec l'Eglise et passibles de condamnations canoniques, souligne-t-on. Le chiffre de 10.000 baptêmes lancé au parlement croate par des députés serbes, ne repose sur aucune base solide. De même, affirmer que les prêtres et les évêques serbes ont été expulsés de Croatie et ne peuvent y revenir est faux, ajoute-t-il.

 

Ainsi, note Mgr Culej, le métropolite Jovan Popovic, qui n'hésite pas à attaquer publiquement le gouvernement croate, dispose de papiers en règle et a notamment célébré la messe lors de la fête de la Saint Nicolas, dans une église de Zagreb. S'il est vrai que des églises orthodoxes, catholiques et des mosquées ont été détruites pendant la guerre, c'est le cas aussi de nombreux autres monuments culturels.

Si les prêtres orthodoxes veulent revenir, ils devront, comme les catholiques, se contenter de constructions provisoires. Concernant le catéchisme, les écoles croates sont ouvertes à tous sans condition.

CIP12/1/95