Bulletin mars 1994 

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Prague. L'institut de la communication

Projet soutenu par Entraide d'Eglises.

Une interview de Noël Choux, directeur.

 

Le père Noël Choux est Français, originaire de Bourgogne. Après avoir étudié le marketing, il travailla dans différentes associations dont le Club Méditerranée tout en commençant ses études afin de devenir prêtre. Ordonné prêtre à l'âge de 28 ans, il continua à travailler dans le domaine des média, comme prêtre de la Mission de France (ce qui est plus ou moins l'équivalent des prêtres ouvriers).  C'était il y a une vingtaine d'années. A cette époque, dans les pays de l'Est et particulièrement en Tchécoslovaquie, beaucoup de prêtres avaient été mis de force au travail et ne pouvaient exercer leur ministère. Dans la clandestinité, plusieurs rencontres eurent lieu entre prêtres «travailleurs- d'ici et de là-bas. Grace à cet échange d'expériences et de soutien moral, de nombreuses amitiés se sont créées durant cette période. C'est ainsi, notamment, que le père Choux rencontra Mgr Vlk (prononcer Veulk) qui fut laveur de vitres pendant douze années avant d'être appelé en 1991 à succéder au Cardinal Tomasek en tant qu'archevêque de Prague et responsable des média catholiques. Connaissant la compétence du père Choux dans le domaine des média, Mgr Vlk lui a demandé de venir l'aider provisoirement dans sa toute nouvelle tache. Et c'est ainsi que… tous les chemins mènent à Prague !

 

Entraide d'Eglises. En Tchécoslovaquie, la vie des prêtres était extrêmement difficile sous le régime communiste, est-ce un sujet dont on parle encore actuellement?

 

Noel Choux. On n'en parle pratiquement pas. Pourtant des centaines de prêtres et de religieuses sont morts en prison ou dans les camps de travail. D'autres ont été réduits au rang de simples manœuvres et c'est au péril de leur vie qu'ils exprimèrent leur foi. Mais les gens ont la mémoire courte, la page est tournée, trop vite, à mon avis.

 

E.E. Venons-en à votre travail actuel auprès de la presse écrite, la radio et la télévision. Pendant quarante ans, les chrétiens en ont été totalement exclus, en Tchécoslovaquie. Je suppose qu'actuellement tout est à faire dans ce domaine?

 

N.C. Oui, c'est un travail immense qui peut vous prendre nuit et jour. Il faut tout concevoir, créer, imaginer, essayer de grouper les gens qui ont envie de travailler dans ce domaine, chercher des collaborateurs, des collaborateurs jeunes qui ne sont pas sclérosés par des habitudes désuètes de travail; il faut ménager les susceptibilités, comprendre ceux qui ont souffert et qui ont peur de l'inconnu, peur aussi de 1' « Occident athée». C'est un travail qui demande un esprit d'initiative mais aussi d'écoute et de modestie.

 

E.E. En trois années, avez-vous déjà pu réaliser quelque chose de concret dans le domaine des média ?

 

N.C. Mgr Vlk a créé l'Institut de la Communication, à Prague. Il est de dimension modeste, quatre chambres pour le moment, mais on y travaille intensément. J'en assume actuellement la direction mais Pavel Fischer, jeune universitaire tchèque de 28 ans se prépare à prendre la relève.

L'Institut a un Conseil formé de jeunes journalistes appartenant aux média catholiques: presse écrite, maisons d'édition, radio et télévision. Au cours de nos rencontres, nous travaillons à la fois les techniques de communication, les grands textes de l'Eglise, du Concile ou des encycliques sur les média. Nous apprenons également à travailler ensemble pour regrouper nos initiatives et faire, ce qu'on appelle du multimédia, c'est-à-dire, faire coïncider les reportages dans les différents média. La priorité est mise sur la formation des journalistes. Celle-ci se fait en partie à l'Institut ou bien dans différents lieux de Prague selon les besoins de chacun : langues étrangères, marketing, management, informatique etc. Certains vont aussi se former à l'étranger dans des écoles spécialisées en communication grâce aux bourses offertes et au soutien des Eglises de l'Ouest. Nous favorisons également le travail en commun des maisons d'édition religieuse qui se sont regroupées en association et ont édité pour la Noël 1993, un catalogue commun de leurs livres. Nous espérons aussi mettre en place une synergie des outils informatiques.

 

E.E. Y a-t-il une rubrique religieuse dans les journaux?

 

N.C.Oui, dans la plupart des journaux. Nous sommes d'ailleurs en contact avec les journalistes chargés de cette rubrique, pour répondre à leurs questions et leur donner les informations qu'ils souhaitent sur les sujets qu'ils ont à traiter et qui sont tout à fait nouveaux pour eux : fonctionnement de l'Eglise par exemple, ou restitution des biens de l'Eglise confisqués sous le régime communiste...sujet qui est loin d'être épuisé en République tchèque!

 

E.E. Y a-t-il des émissions religieuses à la radio et à la télévision et, si oui, sont-elles ouvertes à toutes les confessions? (1)

(1) En 1989, dans l'ex- Tchécoslovaquie, on estimait le nombre de catholiques à 65,6%, les protestants à 10%, les gréco-catholiques à 100.000, les orthodoxes à 50.000. En 1990, 39,7% de la population déclare appartenir à une religion en République tchèque et 71,8 % en Slovaquie.

 

N.C. En ce qui concerne la radio, il y a plusieurs émissions sur la radio d'Etat dont une émission de 30 minutes, le samedi matin, qui est très écoutée. En télévision, il y a une émission de 50 minutes chaque dimanche. Heureusement, les rédactions religieuses tant à la radio qu'à la télévision, sont œcuméniques. Cet esprit d'œcuménisme est d'ailleurs voulu par Mgr Vlk comme orientation dans notre travail. Ensemble nous participons à un travail de réflexion sur la place de l'Eglise dans les média, en République tchèque où, comme vous le savez, il n'y a toujours pas de séparation entre l'Eglise et l'Etat.

 

E.E. Mis à part l'Institut de la Communication, avez-vous pu réaliser d'autres projets ?

 

N.C.Nous avons créé une Maison de production audiovisuelle dont le nom est «Imago»et qui devrait nous permettre de financer l'Institut de la Communication dans quelques années. Nous travaillons avec les Studios Trnka(2) pour la réalisation d'un film d'animation qui sera terminé en 1995. Il s'agit d'un film pour la télévision, en douze épisodes de sept minutes. C'est un film tout public, destiné principalement aux enfants et qui, au départ d'un conte tchèque bien connu, enseigne les valeurs évangéliques, le pardon, le partage. Un pasteur protestant collabore à ce travail. Nous pensons traduire ce film en dix langues pour d'autres pays de l'Est; il pourra donc être diffusé à la télévision lituanienne, estonienne, roumaine etc. Nous créons depuis peu un second film d'animation, un conte de Noël qui met en scène le voyage d'un petit berger en route vers la crèche.

Enfin, un troisième film est en chantier. Il s'agit d'un film documentaire de 30 minutes qui racontera l'histoire religieuse de la Tchécoslovaquie depuis le 15e siècle avec le réformateur Jan Hus jusqu'aujourd'hui. Ce sujet n'a jamais été traité en film; il nécessite toute une réflexion sur l'évolution de l'Eglise catholique dans ce pays et sur la façon de la présenter au public. Nous espérons que ce film sera diffusé également sur d'autres chaînes européennes.

(2) Le marionnettiste Jiri Trnka (1910-1970) s'est fait une réputation mondiale avec ses films de poupées animées. Sous son impulsion, les Tchèques firent merveille dans le domaine des films d'animation.

 

E.E. Père Choux, vous avez passé trois années déjà en République tchèque et vous pensez y rester encore dix-huit mois, quelles sont, jusqu'à présent, les impressions que vous retirez de cette expérience ?

 

N.C. Je dois vous dire tout d'abord que l'accueil des Tchèques est pour moi un objet constant d'admiration; tant de délicatesse et de raffinement dans les attentions à mon égard me touchent profondément.

Quand je retournerai chez moi dans un an et demi, je ne serai plus le même, c'est certain. Je crois que je retiendrai principalement trois impressions de ce passage en pays tchèque. Premièrement, simplement sur le plan matériel, cela m'a fait du bien de quitter mon cher pays la France et de pouvoir comparer le niveau de vie dont j'y jouissais presque sans m'en rendre compte avec le niveau de vie des gens d'ici, leur difficulté à trouver une nourriture saine ou un logement convenable, le taux de pollution incroyable de l'air, certains jours, ce qui donne des maux de tête et oblige les enfants à rester à l'intérieur.

Ensuite, ici, j'ai le statut de travailleur immigré; je suis confronté avec la paperasserie, les tracasseries de l'administration. Je suis un étranger, je n'ai pas d'histoire dans ce pays...Je ne comprends pas toujours les blagues et je ne sais pas en rire avec les autres. Cela me fait penser aux travailleurs immigrés de chez nous. Qu'est-ce que j'ai fait pour leur tendre la main dans les bureaux de l'administration? pour les aider à comprendre les blagues?

Un très beau proverbe tchèque dit ceci « Host do domu, Buh do domu», ce qui veut dire

« Un étranger dans ta maison, c'est Dieu dans ta maison». Nous pourrions tous adopter ce proverbe.

Ma dernière réflexion concerne la foi. Durant quarante années, la foi fut obligatoirement pour les Tchèques une affaire privée, ils pouvaient prier, aller à l'église, c'est tout. La foi est devenue très intérieure. Pour nous aussi, la foi est intérieure mais elle a pu s'extérioriser, se nourrir par les contacts, se manifester dans le domaine pastoral et social. L'Est et l'Ouest ont créé leur chemin de foi dans des directions différentes...Mais si nous pouvions arriver à nous comprendre! Si j'acceptais de m'ouvrir, de dire qu'il n'y a pas que ce que je fais ou pense qui est bien ! L'unité, ce n'est pas marcher tous de la même façon mais réussir à faire ensemble quelque chose de fort

Pour pouvoir communiquer, j'ai bien sûr appris la langue tchèque, langue bien difficile.1I m'a fallu un mois pour apprendre le texte du Notre Père par cœur. Maintenant chaque matin, lorsque je me réveille dans ma cité ouvrière au nord de Prague, je prie ce texte au nom de tous mes voisins qui ne savent pas qu'ils ont un Père et cette prière missionnaire me porte pendant toute la journée car on ne peut pas dire Notre Père si on ne dit pas à chaque homme Mon frère.

 

Hongrie

Budapest. Banlieue ouvrière de Kaposztasmegyer

Projet soutenu par Entraide d'Eglises

 

De son voyage en Hongrie, en décembre 1993, notre Secrétaire Général est revenu, les bras chargés de dossiers, de demandes d'aide pour des projets passionnants, preuve du dynamisme et de la vitalité de certaines communautés chrétiennes de ce pays. Nous vous présentons ici un de ces projets particulièrement attachant et qui pourrait stimuler l'imagination de communautés de chez nous.

 

La communauté de base de Kaposztasmegyer, présentée par Anna, membre de la communauté.

 

Kaposztasmegyer, c'est le nom d'un grand ensemble construit en éléments préfabriqués dans une banlieue de Budapest. C'est une ville dans une ville, avec ses 40.000 habitants d'origines culturelles diverses mais ayant en commun une grande misère matérielle, spirituelle et intellectuelle. Les bâtiments de 4 à 10 étages sont typiques de l'époque communiste. Pas d'église dans cette «ville", pas de cinéma, de théâtre, d'établissement sportif ou culturel. C'est dans ce contexte que nous avons commencé à construire notre église. Lors de notre première messe, en septembre 1989, nous étions 130 dans la grande salle ayant appartenu aux communistes. Aujourd'hui, nous sommes à peu près 700, chaque dimanche.

Nous avons maintenant deux prêtres qui vivent dans un simple appartement que nous appelons «notre paroisse ». Leur «grande salle » a beaucoup de fonctions: c'est le lieu où l'on célèbre la messe en semaine, le bureau de la paroisse, le lieu de rencontre des différents groupes, la salle à manger des prêtres. Chaque prêtre dispose d'une petite chambre où se déroulent les échanges spirituels et les confessions.

 

La vie de la Communauté

La vie spirituelle.

 

Il existe une dizaine de groupes «spirituels» dont les membres (10 à 15 personnes par groupes) se rencontrent une fois par mois ou chaque quinzaine, pour prier ensemble ou discuter de leurs problèmes et de leur vie.

Les prêtres s'occupent beaucoup de la formation des adultes. Nous avons un cours de catéchisme et de questions religieuses.

 

La vie sociale, apostolique.

En dehors de l'aspect spirituel, il y a un autre aspect très important de notre vie communautaire, c'est le travail et l'engagement apostolique. Nous avons 7 groupes de travail apostolique auquel tout le monde participe, enfants, jeunes ou adultes, chacun selon ses possibilités. A travers ce travail apostolique, nous rencontrons non seulement les membres de notre communauté mais aussi les habitants du grand ensemble.

 

1. Le groupe d'évangélisation.

 

Ce groupe est responsable de l'accueil chaleureux de tous ceux qui arrivent chez nous. Il maintient et établit les contacts entre la communauté et ceux qui s'intéressent à la foi. Il accueille les gens qui viennent pour la première fois à la messe. Il visite les familles qui envoient leurs enfants à la messe mais n'y viennent pas elles-mêmes.

 

2. Le groupe de «maîtres de religion».

 

Il est composé de nos deux prêtres et de 15 laïcs (pères et mères de famille) qui donnent les cours de religion aux enfants (environ 600 enfants actuellement). Les cours ont lieu l'après-midi dans les locaux des lycées de la ville.

 

3. Le groupe d'animation et de liturgie.

 

Il essaie de rendre nos messes plus familières et plus belles. Il organise la représentation d'un Drame pastoral à Noël et d'un Mystère de la Passion à Pâques.

 

4. Le groupe culturel.

 

Il organise divers programmes pour la Communauté ou pour tout le grand ensemble: plusieurs fêtes chaque année, avec chants, danses, gaieté... Une excursion chaque mois pour les familles (100 à 150 participants)...des cours de langue gratuits...En été, des colonies de vacances, des sorties récréatives pour enfants et adultes.

 

5. Le groupe «Caritas»

 

L'un des plus importants. Les membres de ce groupe aident les handicapés, de toutes les manières possibles (cours de gymnastique, relations personnelles etc..). Ils organisent des foires de nourriture ou de vêtement à des prix modestes. Ce sont eux qui savent toujours qui a besoin d'un réfrigérateur, d'une machine à laver ou simplement d'un nouveau manteau...et ce sont eux qui trouvent toujours ce dont quelqu'un a besoin. Ils organisent des rencontres pour personnes âgées et font tout ce qu'on peut faire pour aider les autres.

 

6 & 7. Groupes construction et financement de l'église.

 

Selon les plans, ce sera un Centre ecclésial et pas seulement une église avec une paroisse. Cet essai est unique en Hongrie, actuellement Dans ce nouveau Centre, nous aurons une grande salle pour toutes les activités de la communauté et une chapelle séparée de cette salle, pour l'Eucharistie. La grande salle sera ouverte aux autres Eglises chrétiennes pour y célébrer leurs propres fêtes. Il y aura aussi une bibliothèque, une classe pour les cours de religion, une salle «Caritas », un bureau, de petits logements pour les prêtres etc.

 

Pour tout cela, nous devrons nous appuyer sur l'aide des pays de l'Ouest car les familles de la paroisse et les familles hongroises en général sont très pauvres. Dans notre communauté, actuellement, chaque famille donne 5% de ses revenus pour le logement de ses prêtres et le soutien d'une permanente (mère de famille) du groupe «évangélisation ». Jusqu'ici, nous avons pu élever les murs et le toit de la paroisse... Mais nous ne sommes pas vraiment inquiets. Nous sommes sûrs que l'église spirituelle qui se forme parmi les membres de notre communauté est beaucoup plus importante que l'église de pierre...et c'est celle-là que nous voulons construire de toutes nos forces.

 

Un réveil religieux à l’Est

Pierre Delooz.

 

Un pays n'est pas l'autre.

 

Il est clair que la chute du communisme a transformé, dans les pays de l'Est, les conditions d'exercice de la religion dans le sens d'une libération. Toutefois, il est sûrement trop tôt pour tracer un tableau d'ensemble de ces transformations.

 

L'Enquête européenne sur les valeurs, dont nous avons donné un aperçu dans nos deux derniers numéros, montre, en tout cas, que chaque pays a réagi différemment. Une part de ces différences s'explique par l'histoire.

 

Deux pays voisins comme les républiques polonaise et tchèque en sont des témoins exemplaires. La Pologne catholique est restée, dirait-on, d'autant plus catholique que son catholicisme constituait le lien social de la nation lui permettant de résister et de s'opposer aux influences de ses pays de l'Est à elle, à dominante russe et orthodoxe.

 

La République tchèque - c'est ainsi que les Tchèques appellent leur pays aujourd'hui, et donc ils ne l'appellent pas «Tchéquie» - est désormais fortement déchristianisée, mais cela n'est pas nouveau. L'anticléricalisme, en tout cas, y est séculaire. Le pays semble ne s'être jamais remis de la condamnation au bûcher qui entraîna la mort de son héros national Jan Hus, au début du XVe siècle, et de la défaite de ses partisans qui a consacré la domination des Habsbourg catholiques.

 

L'Eglise catholique y fut non seulement protégée par l'Etat, mais elle devint un des instruments officiels du pouvoir. Chose qui paraît curieuse, vue de chez nous, cet état de fait a persisté sous le communisme et encore aujourd’hui où la séparation Eglise/Etat n'est toujours pas établie même si elle est discutée ouvertement.

 

En Russie, des conversions en masse.

 

Une proximité Eglise/Etat assez analogue s'est développée en Russie. A partir de cette situation, on comprend mieux ce qui s'y passe à l'heure actuelle et dans certains pays détachés de l'ex-URSS, notamment dans les pays baltes dont nous avons également parlé dans notre dernier numéro.

 

Une enquête récente, menée auprès de trois mille personnes par le Centre national d'opinion publique a fait apparaître que la moitié des répondants disent croire en un Dieu qui s'intéresse à chaque être humain personnellement, mais que trois quarts des mêmes répondants expriment leur grande confiance en l'Eglise orthodoxe.

 

Une grande confiance à l'égard de l'Eglise est donc plus largement répandue que la croyance en Dieu, ce qui n'est certainement pas le cas dans les pays occidentaux.

D'autre part, parmi les mois de 25 ans, 22% disent qu'ils ont été athées mais que désormais ils croient en Dieu. Un quart de ceux qui ont entre 25 et 34 ans disent aussi qu'ils sont des convertis de l'athéisme. Ceci permet au père Andrew Greeley, célèbre sociologue et romancier américain, de se demander si, «depuis les conversions en masse du Moyen Age, un changement aussi vaste et aussi rapide s'est jamais produit en matière de religion» (1).

(1) Religion Watch (North Bellmore, N. Y), janvier 1994, p.7.

 

Quel sens accorder à ces conversions?

 

A l'intérieur de l'Eglise orthodoxe, ces nombreuses conversions - «chaque semaine, des centaines de gens se font baptiser, rien qu'à Moscou»(2) posent des problèmes majeurs. L'Eglise en effet se rend bien compte qu'elle n'est pas en mesure de «procéder à une catéchèse vraiment sérieuse».

 

Sans doute, « l'octroi de la pleine liberté d'action à l'Eglise orthodoxe, la retransmission des services religieux à la radio et à la télévision, les interventions des représentants du clergé de tous rangs à toutes les manifestations sociales et politiques, la participation des hauts membres du clergé aux organes de pouvoir local ou d'Etat, ont augmenté notablement l'autorité de l'orthodoxie dans la population».

 

Néanmoins, on peut se demander «dans quelle mesure on peut considérer comme profond le virage vers la religion qui s'observe partout et qui a un caractère de masse». «Que la religion prenne la place de l'idéologie communiste ayant quitté la scène» semble plausible» et «tant pis si les dogmes proprement dits n'y jouent pas un grand rôle».

 

«La situation que l'on connaissait au siècle passé se répète en partie» qui confondait dans un amalgame idéologique, orthodoxie, pouvoir, nationalité. Mais cette idéologie, »en rem plaçant une idole par une autre, risque de rapidement décevoir».

(2) Les textes entre guillemets sont empruntés à l’article de G. V. Egorov, collaborateur laïc de l'Eglise orthodoxe russe de Moscou, «L'orthodoxie et l’’Etat multinational russes» publié par Objectif Europe, revue de l’Office catholique d'Information et d'Initiative pour l'Europe (OCIPE), Bruxelles-Strasbourg, n_ 27, 1993, pp.25-34.

 

La religion, sauvegarde de la nation, instrument du pouvoir.

 

C'est que «le souvenir de son ancienne culture ethno-confessionnelle est encore vivant dans la mémoire historique populaire». Du point de vue de cette culture, la religion est l'élément qui assure avant tout, «la sauvegarde de l'originalité nationale, ou même de la nation en tant que telle». «Les dogmes de l'Eglise, dont le sens profond est souvent perdu», comptent moins que les «signes extérieurs», dont se servent, sans trop de scrupules, tous ceux qui pensent utile à leur politique «une propagande à caractère historique, la diffusion d'idées de revanche ethnique et, parfois des revendications territoriales ».

 

Malheureusement, ces politiciens ont une idée de l'Etat selon laquelle «importe peu ce qui se passe» dans la conscience du nouveau converti. « L'essentiel est qu'il reconnaisse l'autorité de l'organisation religieuse, de l'Etat ou du parti avec lequel il est lié et qu'il observe au besoin les rituels fixés, paye régulièrement ses taxes et ne s'oppose pas à l'injustice sociale ».

 

L'orthodoxie, une des principales forces favorisant

la restauration de l'empire russe?

 

D'autre part, dans les anciennes républiques fédérées comme l'Estonie ou la Lettonie, le rôle de l'Eglise est en passe de changer notablement dans la mesure où elle est appelée à s'occuper de la «protection des opprimés». En effet, «les gouvernements...privent consciemment de leur soutien la population russophone, la jetant ainsi dans les bras de l'orthodoxie unificatrice». «II est certain que, grâce à cela, le rôle social et politique de l'Eglise orthodoxe augmente»...

 

Lorsque, dans les mois qui viennent, nos lecteurs entendront parler d'une possible reconstitution de l'URSS sous la bannière russe, ils se rappelleront cette remarque de G.V.Egorov: «L'orthodoxie devient de toute évidence une des principales forces favorisant la restauration de l'empire russe dans ses frontières d'autrefois» ».ce qui «correspond d'ailleurs aux conceptions habituelles de toute la population russe».

 

Il ne nous appartient pas de juger.

 

Lorsque Jésus nous a dit qu'il convenait de rendre à César ce qui était à César et de rendre à Dieu ce qui était à Dieu (Mth 22,21), il nous a laissés devant nos responsabilités. Il y a plusieurs manières de faire la distinction indispensable entre l'Eglise et l'Etat. Sur ce point, la tradition orthodoxe n'est pas la nôtre: elle cherche la «symphonie» plutôt que la séparation. Le réveil religieux actuel, inscrit dans une longue histoire, en éclaire à la fois les promesses positives et les ambiguïtés.

 

Cet aperçu, aussi sommaire soit-il, devrait au moins nous garder de jugements catégoriques et, ouvrant à la diversité, nourrir notre sympathie. Nos frères et nos sœurs n'ont pas besoin de nos jugements (Mth 7,1) mais de nos encouragements à découvrir cet au-delà de l'idéologie, cet au-delà de l'homme que, tous ensemble, par des voies différentes, nous cherchons à approcher.

 

Courrier

d'Albanie.

 

Sœur Anna Luigia nous envole une lettre de son village de Bajze où le Secrétaire

Général d'Entraide d'Eglises, J.M. Goffinet et le Père Iachini du doyenné d'Auvelais ont passé une semaine l'an passé.

 

«... Le Centre Pastoral est presque terminé(1) et on attend les volontaires de Ortone(2) pour finir les travaux: la lumière, l'eau, le pavement. Nous pensons à l'inauguration pour le printemps. La situation en Albanie est toujours la même, on fait des petits pas.

 

Nous avons 8 jeunes filles en communauté qui désirent devenir sœurs. Elles nous aident pour le catéchisme. Notre œuvre pastorale couvre un réseau très vaste : Pjetroshan Hot, Bajze et Rapsh.

 

Au mois d'avril aura lieu la confirmation de 150 jeunes. Nous faisons aussi le catéchisme pour préparer les enfants et les adultes au baptême et à la première communion.

 

Le minibus que vous nous avez donné est très utile car il me permet de me déplacer d'un point à l'autre du pays et de prendre les enfants.

 

Pour ce qu'il en est des cours(3), comme vous le savez, nous aiderons dans la mesure de nos possibilités car, dans nos activités, la pastorale a la priorité, suivie par les visites aux familles et un premier secours aux blessés, aux brûlés, aux mordus etc.

 

Maintenant, un jour par semaine, nous avons une sœur médecin qui vient travailler chez nous.

 

Avec le curé, nous projetons de construire l'église à Bajze, Pjetroshan, Rapsh(4). Nous aurons besoin de la générosité de nos bienfaiteurs pour réaliser ces projets.

 

...Au nom de ma communauté, je vous remercie pour tout ce que vous faites et ferez encore pour la population de Bajze...Je vous souhaite une année 1994 pleine de grâces pour votre famille et toutes les personnes qui se dédient à faire du bien, en espérant vous revoir cette année.»

Sœur Anna Luigia. Bajze, 7-1-94.

 

(1)La main d'œuvre et l’enthousiasme ne manquent pas, là-bas !

Au mois de mars 1993, de la maison (25m sur 12m), il ne restait que 4 murs en ruine.

(2) Village d'Italie qui a promis d'envoyer à Bajze, un groupe de Compagnons bâtisseurs.

(3) Cours de dactylo et de couture.

(4) Comme presque partout en Albanie, ces églises ont été dynamitées jusqu'à la base, par les communistes, sous les yeux de la population obligée d'assister au «spectacle».

 

de République tchèque

 

Lettre de Vaclav Ventura, actuellement professeur de religion à l'Université Charles IV à Prague. Sous le régime communiste, Il fût prêtre clandestin et travailleur en hôpital.

 

«... Chers amis, je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance pour le livre sur la prière comme aussi pour le souvenir en chocolat.

 

Le livre est venu à point car je prépare des cours sur la prière dans les différentes traditions, et il m'aide beaucoup. Vous savez, sans l'aide de la littérature française, je ne pourrais pas faire mon travail et sans votre aide, je n'aurais pas de livres.

 

Mille fois merci. La situation économique dans notre pays n'est pas favorable aux maîtres et aux théologiens et nous sommes toujours réduits à l'aide et à l'amour de nos amis. L'idée que j'ai des amis me donne de la force. Merci pour votre amitié...»

Vaclav Ventura. Prague, 2-2-94

 

de Sibérie

 

Le père Pravda travaille avec une petite équipe dans la ville d'Aldan.

 

«... Chers amis, vos lettres de Noël nous ont fait un grand plaisir. Que le seigneur qui répand son amour dans les cœurs des hommes soit béni.

 

Merci pour les aides financières offertes. Nous espérons les recevoir de vos propres mains cet été. Nous passons un hiver excessivement cruel. Les températures sont restées un mois autour de – 50° c. La santé va bien. Priez, priez beaucoup pour la conversion des Sibiriaques ! Dans le seigneur.

Joseph Pravda. Aldan, 20-1-94