Bulletin décembre 1993

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Que Noël nous apporte

 

...la paix qui fit le bonheur du Patriarche Athënagoras dont nous vous offrons, à vous amis d'Entraide d'Eglises, le beau texte intitulé «Se désarmer». Cette, paix réalisée en nous-mêmes, gagnera sans doute les nôtres et, de proche en proche, atteindra peut-être les réglons où les hommes s'entredéchirent. Qui sait ?... Il n'est pas interdit de rêver!

 

Se désarmer

 

Il faut mener la guerre la plus dure

la guerre contre soi-même.

Il faut arriver à se désarmer.

J'ai mené cette guerre pendant des années,

elle a été difficile.

Mais maintenant, je suis désarmé...et heureux.

 

Je suis désarmé de la volonté d'avoir raison à tout prix,

de me justifier à tout prix jusqu'à disqualifier les autres.

Je ne cherche plus à imposer mes idées, mes projets.

J'accueille et je partage.

J'écoute et je témoigne humblement de ce qui m'habite.

 

Voilà pourquoi je n'ai plus peur.

Quand on se désarme comme cela on n'a plus peur...

on a confiance.

Confiance en celui qui fait et veut toutes choses nouvelles.

 

Quand on se désarme comme cela,

on découvre à quel point on est aimé

et à quel point cet amour nous rend forts

pour ce temps toujours renouvelé qu'est la vie.

 

(*) D'origine grecque, le Patriarche Athënagoras (1886-1972) a joué un rôle déterminant dans l’évolution contemporaine de l'Eglise orthodoxe et du mouvement œcuménique.

Patriarche de Constantinople, il rencontra le Pape Paul VI, à Jérusalem, en 1964 et établit les bases d'un véritable dialogue de fond entre catholiques et orthodoxes.

Homme de paix dans toutes les situations de conflits (notamment le conflit entre Chypre et la Grèce), il fut l’apôtre de l’unité de l’Eglise orthodoxe en luttant inlassablement contre ses tendances nationalistes.

 

COURRIER DE L’EST

SIBERIE (Yakoutie)

 

Nous vous avons déjà parlé à plusieurs reprises de Josef Pravda, père salésien d'origine slovaque, parti avec une petite équipe dans ce pays lointain et glacé qu'est la Yakoutie, pour venir en aide à une population particulièrement délaissée.

 

Leur travail actuel: l'enseignement secondaire, la lutte contre l'alcoolisme, les visites aux habitants de la Taïga, le soutien à la communauté catholique, le travail à l’orphelinat de la ville d'Aldan.

 

«...Nous avons bien terminé notre première année scolaire. C'était notre premier contact avec la jeunesse locale. Cela n'a pas été facile pour nous. Comme toujours ce sont les plus vulnérables qui pâtissent le plus des maux de la société. Les jeunes souffrent beaucoup au niveau affectif, comme si la rudesse du climat avait une Influence sur la famille et sur les rapports Interpersonnels. Une famille normale est rare. La plupart des gens sont des anciens prisonniers ou leurs descendants, c'est-à-dIre des gens blessés.

 

L'alcoolisme, qui atteignait déjà 60% de la population, a augmenté après la libération du marché de l’alcool. La population autochtone souffre spécialement de ce mal car le corps n'a pas de mécanisme de défense. C'est pourquoi nous nous efforçons de fonder une association de lutte antialcoolique qui travaillerait d'une façon spéciale en faveur de cette population autochtone.

 

Nous espérons avoir notre maison avant la fin de cette année. Nous voudrions y commencer notre vrai travail salésien. Dieu nous a ouvert les contacts avec les Evenks et les Yakoutes. Ils attendent notre aide matérielle et spirituelle. Ces gens de la Taïga sont très pauvres. Les soins de santé sont faibles. La plupart des «hôpitaux» n'ont pas de médicaments (et les Chamans sont morts). Presque tous les villageois sont des chasseurs. Eux qui chassent le sobol dont la fourrure est la plus chère du monde, Ils ne peuvent acheter que quelques kilos de farine par manque d'argent. L’argent qu'ils reçoivent pour les fourrures est tellement dérisoire qu'on peut carrément parier de vol de la part du gouvernement, le seul acheteur.

 

Le travail dans la Taïga est vraiment très coûteux pour nous. Les distances sont énormes et il faut toujours prendre l’avion ou l'hélicoptère. Avec les prix actuels et nos modestes moyens de subsistance, c'est difficile. A Yakoutsk, la capitale, la première communauté catholique se consolide. Il nous faudrait trouver un grand appartement où elle pourrait se rencontrer. Nous la visitons régulièrement.

 

Dans cette ville travaillent avec acharnement toutes les sectes possibles. Les Moonistes sont très bien introduits dans l'enseignement. Nous pensons déjà au Centre de jeunes mais quand nous imaginons le prix de la construction, nous avons le vertige. La ville est construite sur une terre éternellement gelée et subit, pendant trois mois, des températures en dessous de 40 degrés. C'est la raison pour laquelle la construction est si chère. Mais Il me semble que les personnes le sont bien plus !

 

A fa fin des vacances nous attendons un renfort de « personnel » et nous nous en réjouissons profondément, Avec votre aide dans la prière, nous espérons arriver à faire quelque chose pour le salut Intégral des gens d'Ici. »

Votre Joseph Pravda.

 

POLOGNE

 

Anna Swiderkowna est professeur à l'Université de Varsovie. Malgré son âge, elle possède un dynamisme et une ouverture d'esprit remarquable. Entraide d 'Eglises est en contact avec elle depuis 1976.

 

A partir de mon humble expérience personnelle, je voudrais pouvoir remercier Entraide d'Eglises pour tout ce qu'elle m’a apporté depuis si longtemps. Je suis Polonaise, professeur à l'Université de Varsovie, historienne du monde antique parlant grec.

 

De confession catholique, je me suis Intéressée depuis toujours à la Bible, Pendant des années, je n'ai pu parler que du monde antique et publier des livres uniquement sur ce sujet. J'ai toujours pensé qu'iI fallait faire mieux connaitre la Bible à mes compatriotes croyants ou incroyants mais je n'en n'avais pas la possibilité et cela, indépendamment de la situation politique.

 

Pour parler de la Bible, on ne peut en effet se baser uniquement sur la littérature d'avant Vatican Il et celui qui désire faire ce qu'on appelle (assez mal) en français, de la «vulgarisation» doit être au courant des découvertes les plus récentes. Sa responsabilité est d'autant plus grande qu'il s'adresse à des lecteurs ou auditeurs qui ne savent que très peu de choses sur le sujet.

 

Mais comment faire pour m'informer? C'est en 1976, pendant un court séjour en Belgique, que je fus heureusement mise en contact avec Entraide d'Eglises et Françoise Le Cocq.

Depuis ce jour, inlassablement Françoise m'a fait parvenir les livres et publications les plus récentes sur la Bible, tout ce qui lui paraissait le plus intéressant pour mon travail. C'est ce qui m'a permis d'être au courant de la littérature biblique contemporaine. Les résultats de cet effort ont largement dépassé toutes mes espérances. En effet, depuis dix ans, je donne des cours sur la Bible à l'Université de Varsovie ainsi que dans quelques paroisses de cette ville et d'autres villes de Pologne.

 

J'al également publié une série d'articles dans un mensuel polonais de vulgarisation historique et je termine actuellement mon premier livre sur la Bible (en anglais, « Talks on the Bible»). Je prépare pour un éditeur polonais une nouvelle traduction de la Bible en polonais.

 

Il faut le dire, dans cette Pologne catholique, nous manquons vraiment de culture biblique. Un jour, je prends un taxi pour aller à l'Université. Le chauffeur entame une discussion sur la Bible et, très vite, je me rends compte que j'ai affaire à un témoin de Jéhovah. Arrivée à l'Université, je le paie et me prépare à descendre mais il me retient: «Madame, puis- je vous poser une question personnelle?» - «Je vous en prie !» - « Mais vous n'êtes pas catholique»? Il n'avait jamais rencontré de catholique connaissant la Bible. Pourtant la situation s'améliore lentement. Il ya de plus en plus de cours et de cercles bibliques, Il y a de plus en plus de bons animateurs, de gens passionnés de la Bible. Mais beaucoup de travail reste à faire.

 

Tout cela serait impossible sans Entraide d'Eglises et vous comprenez pourquoi je tiens absolument à vous remercier: par mon Intermédiaire, c'est une partie de votre travail qui se réalise en Pologne. Et je sais que je ne suis pas la seule à bénéficier de votre aide !».

 

Que pensent-ils ici, que pensent-ils là-bas?

UNE ENQUETE EUROPEENNE SUR LES VALEURS

Pierre Delooz, sociologue.

 

Dans notre bulletin précédent, nous vous avons donné une idée des réponses reçues à quelques questions portant sur la foi chrétienne, questions posées dans quatre pays de l'Est en les comparant à la moyenne des pays de l'Ouest européen, ceci dans le cadre de la grande Enquête européenne sur les valeurs réalisée en 1990.

 

Nous avions insisté sur la différence entre ces quatre pays, c'est-à-dire entre les Républiques polonaise, tchèque, slovaque et hongroise. Il en ressortait que la Pologne et la Slovaquie se ressemblaient assez fort dans leur fidélité traditionnelle au catholicisme. La République tchèque en revanche apparaissait comme un des pays les plus déchristianisés d'Europe.

 

L'Enquête européenne sur les valeurs a été également menée en Bulgarie et dans les trois pays baltes : l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Toutes les questions de l'Enquête n'y ont pas été posées mais, parmi celles qui furent posées, plusieurs devraient nous intéresser et les réponses peuvent nous confirmer dans l'idée que les pays de l'Est sont fort différents les uns des autres.

 

Les pays baltes

 

De plus, dans les pays baltes, une différence notable apparaît entre les réponses des autochtones et celle des personnes d'origine russe.

En Lettonie, par exemple, 64% de la population déclarent n’appartenir à aucune religion, soit 54% des personnes d'origine lettonne et 73% des personnes d'origine russe. Parmi la population d'origine lettonne, 24% se disent catholiques et 18% luthériens. Parmi la population d’origine russe, 6% se disent catholiques et 18% orthodoxes.

Interrogés sur le fait d'avoir reçu dans leur enfance une éducation religieuse, 71 % des Lettons répondent par la négative, mais seulement 34% de Lituaniens; par contre, la plupart des Estoniens - 82% - disent n'avoir reçu aucune éducation de ce genre.

 

Des pays fort éprouvés par le communisme

 

Bien qu'à des degrés divers, cinq pays semblent avoir été religieusement fort éprouvés par le régime communiste: les trois pays baltes, la République tchèque et, nous allons le voir, la Bulgarie. Dans aucun de ces pays, les Eglises n'ont résisté à la manière de la Pologne. Toutefois, même en Pologne, l'Enquête a fait apparaître que, interrogés sur leur confiance à l'égard de l'Eglise, on ne trouvait guère qu'une moitié des Polonais à lui accorder une grande confiance, soit moins qu'en Europe occidentale, en moyenne.

Ces résultats mettent cependant en relief, compte tenu des persécutions subies, combien sont dignes de respect les minorités qui ont tenu bon.

 

Croire en Dieu n'est pas synonyme d'appartenance à une confession religieuse

 

On peut s'estimer n'appartenir à aucune confession religieuse et s’affirmer pourtant une personne ouverte à la religion et souhaiter une cérémonie religieuse pour marquer d'un rite de passage certains grands moments de la vie. On verra dans le tableau 1, une fois de plus, que les pays ne se ressemblent pas malgré un passé communiste d'une longueur analogue.

 

Nombreuses sont les remarques dignes d'intérêt que ce tableau inspire. Apparaît en tout cas la situation particulièrement préoccupante de la Bulgarie au point de vue de la foi chrétienne. Bien qu'en grande majorité orthodoxe, elle se rapproche des résultats négatifs de la République tchèque. On peut estimer que deux tiers de la population au moins semble s'être écartés de la tradition religieuse de leurs ancêtres.

 

Les pays baltes

 

A vrai dire, la situation semble être au moins aussi négative dans les républiques baltes. En Estonie, par exemple, 88% des personnes interrogées, qu'elles soient d'origine estonienne ou russe, déclarent n'appartenir à aucune confession religieuse. Les autres 12% sont luthériens ou orthodoxes selon qu'ils sont d'origine estonienne ou russe. Moins de 10% disent croire en Dieu.

En Lituanie, 56% des personnes d’origine russe et 65% des personnes d'origine lituanienne disent n'appartenir à aucune religion. Seuls 20% des Lithuaniens disent croire en Dieu.

 

Importance des rites de passage

 

Il n'y a pas de doute, les gens souhaitent plus souvent une cérémonie religieuse pour marquer les grands moments de la vie qu'ils ne se disent eux-mêmes religieux. On peut interpréter cette apparente contradiction de différentes manières.

 

Tableau 1 - Croyances diverses

et confiance dans l'Eglise

(en pour cent de réponses positives)

Europe

occid.

Bulga-rie

Polo-gne

Ré-publ.

Tchè-que

Ré-publ.

Slova-que

Hon-grie

Croient en Dieu

73

36

95

30

64

58

Croient en une vie dans l'au-delà

44

15

62

17

41

23

Croient au ciel

44

13

66

18

39

24

Croient en un Dieu personnel

42

la

78

9

33

39

Ont confiance en leur Eglise

51

29

45

26

21

34

 

 

Tableau Il - Religiosité et désir

de cérémonies religieuses

(en pour cent de réponses positives)

Europe

occid.

Bulga-rie

Polo-gne

Ré-publ.

Tchè-que

Ré-publ.

Slova-que

Hongrie

Litua-nie

Letto-nie

Esto-nie

Se considèrent comme une personne religieuse

63

32

90

37

69

54

47

35

19

TrolNent Importante une cérémonie religieuse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à l'occasion d'un baptême

71

70

94

41

77

77

80

62

58

d'un mariage

73

73

95

40

74

74

76

57

54

d'un enterrement

77

79

93

50

79

84

82

65

64

Tableau III

(en pour cent de réponses positives)

Europe

occid.

Bulga-rie

Polo-gne

Ré-publ.

Tchè-que

Ré-publ.

Slova-que

Hongrie

Litua-nie

Letto-nie

Esto-nie

Approuvez-vous l'avortement

dans le cas d'un couple marié

qui ne veut plus d'enfant?

28

75

24

64

51

67

44

66

62

 

En Europe occidentale, on souligne parfois que, pour ces grandes occasions, la société ne dispose pas d’autres cérémonies que de cérémonies religieuses au titre de rite de passage et que les gens, même s'ils se déclarent non religieux, sont bien obligés de se soumettre à ce qui existe. C'est d'ailleurs pour cette raison que, dans les pays de l'Est, l'Etat avait institué des rites de passages «socialistes».

 

Mais ceux qui, appartenant aux pays de l'Est, ont répondu aux questions ci-dessus, ont connu ces rites socialistes et, malgré tout, semblent, en forte majorité (à l'exception de la République. tchèque), souhaiter une cérémonie religieuse.

 

Religion et morale.

La question de l'avortement.

 

Qu'il y ait généralement un lien entre le domaine religieux et le domaine éthique peut apparaître comme une évidence, encore faut-il en rendre compte.

Nous pouvons nous y essayer en comparant les réponses obtenues à une question sur l'acceptabilité de l'avortement, à condition de ne pas mettre tous les avortements sur le même pied. Lorsqu'on interroge nos contemporains sur la licéité de l'avortement en cas de danger pour la vie ou la santé de la mère, les réponses sont très généralement - presqu'unanimement - positives, à l'Est comme à l'Ouest. En revanche, si l'on envisage le cas de l'avortement sur demande, ou, plus précisément, au cas où un couple marié ne voudrait plus d'enfant, les réponses sont nettement plus différenciées.

 

Les pays d'Europe occidentale apparaissent nettement moins favorables à l'avortement à la demande des parents que les pays de l'Est, à l'exception de la Pologne. A l'Est, les pays à majorité catholique sont d'ailleurs plus réservés que les autres comme en témoigne le niveau d’approbation moins élevé en Slovaquie et en Lituanie. Cependant, de manière générale, force est de constater que l'avortement s'est tellement banalisé en Europe de l'Est, faute le plus souvent de contraception adéquate, qu'il est désormais largement admis, et d'autant plus largement admis que la population se déclare peu religieuse.

 

Pourquoi le retour des communistes en Pologne?

Compte rendu de l'article d'Alexander Smolar (*)

« Prises de vue d'une bataille - Les dernières élections en Pologne »

(Esprit, nov. 1993).

 

(*) Chercheur au CNRS, ancien conseiller des Premiers ministres Tadeusz Mazowiecki et Hanna Suchocka.

 

En Pologne, l'euphorie de 1989 a été brève, comme partout... Les élections législatives du 19 septembre 1993 ont vu le succès de deux partis, le parti social-démocrate et le parti paysan, qui sont, dans une large mesure, les héritiers du passé communiste, ne laissant qu'une troisième place à l'Union démocratique de Tadeusz Mazowiecki et de Hanna Suchocka, deux anciens Premiers ministres, qui avaient géré démocratiquement l'après-communisme.

 

La revue française ESPRIT, dans son numéro de novembre 1993, s'est intéressée à cette grave question, dans un article d'Alexander Smolnar. Nous croyons que nos lecteurs nous saurons gré d'y faire ici écho.

 

Le succès des anciens communistes a étonné, voire scandalisé maints Occidentaux. Les tentatives d'explications d'Alexander Smolnar n'en sont que plus intéressantes, même si elles ne prétendent pas donner une réponse péremptoire à nos interrogations et sont celles d'un proche collaborateur de l'Union démocratique, parti centriste, donc d'un adversaire politique des anciens communistes et de la droite.

 

Le pays le plus récalcitrant au communisme?

 

Ce succès est d'autant plus paradoxal, souligne-t-il, et demande donc une explication que «la Pologne passait pour être le pays le plus récalcitrant au communisme.

Elle fut le seul pays où furent sauvegardés les liens qui font qu'une nation est en même temps une communauté, grâce à l'Eglise catholique et à l'opposition sans cesse plus puissante» et le pays «où le communisme s’était - du moins le pensait-on - le plus déconsidéré par son économie dégénérée, sa gestion incompétente et. Pour finir, par sa substitution de l'armée au parti».

 

La droite peu crédible.

 

Selon Smolnar, si la droite qui a obtenu, aux élections de 1993, malgré tout plus de 30% des suffrages mais pas un seul siège au Parlement vu ses luttes intestines, avait constitué une alternative crédible, une plus grande partie des citoyens qui entendaient protester contre la politique des derniers gouvernements l'aurait soutenue plutôt que de voter à gauche.

 

D'autre part, «les Polonais avaient dès 1956 commencé à s'affranchir du communisme. Les gouvernants eux-mêmes avaient évolué et s'étaient démarqués de l'orthodoxie communiste. Dans ' ensemble... le régime était plutôt libéral. Une dé communisation radicale ne pouvait donc être qu'impopulaire».

 

Comme l'a suggéré naguère Jean-Paul Il lui-même, à côté d'une idéologie perverse, le communisme a ouvert et permis des perspectives sociales dont le souvenir reste positif. Le libéralisme à l'occidentale, même démocratique, ne lui a pas fourni un contrepoids suffisant, incapable qu'il s'est montré de toucher après 1989 «l'épaisseur de la souffrance de la population» et de lui expliquer « en quoi elle avait un sens ni en quoi elle était inévitable».

 

L'influence de certains responsables de l'Eglise.

 

Malheureusement, pense l'auteur, certains responsables dans l'Eglise, hantés par «le spectre de la sécularisation qu'a connue l'Occident» et se considérant sans doute toujours comme les dépositaires «des valeurs nationales», voire de «l'autorité publique suprême», s'opposèrent à ceux, croyants ou non-croyants, qui avaient, à la manière européenne de l'Ouest, «le désir de trouver à l'Eglise une place démocratique qui ne menacerait pas la démocratie et donnerait en même temps à l'Eglise toutes les chances de se développer».

Le résultat de cette attitude - néfaste, pense l'auteur - devait être pour le moins paradoxal: un pays «où la pratique religieuse était restée fervente» allait voter en majorité pour la gauche «issue du communisme».

 

Le désintérêt du politique

 

«II existe une dernière ...raison du renforcement de la gauche postcommuniste, pense Alexander Smolnar, l'affaiblissement de l'importance du politique dans la vie des gens». Le communisme a mené, contre ses propres principes, à «une juxtaposition d'individualismes, chacun n'ayant confiance qu'en soi» et désormais règne «l'angoisse, la peur du changement».

 

La Pologne a beau être «cette année l'unique pays européen qui enregistre une importante progression économique», «les gens ne veulent rien en savoir». «II y a deux ans, les gens avaient fui à droite. Ils fuient à gauche à présent », comme si les anciens communistes étaient devenus «les défenseurs et les garants des libertés!» Il reste à espérer que cette peur du changement n'ait pas comme conséquence d' «enfoncer le pays dans un mixte indéfini de communisme et de capitalisme qui réunira les pires tares de l'un et de l'autre».

Pierre Delooz.

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Nouvelles brèves... ou moins brèves

 

RUSSIE

Les enfants paient les pots cassés de la transition.

Après l'euphorie qui a saisi l'Europe avec la fin du communisme, le réveil est dur à l'Est. En Russie, il a suffi d'un an de libéralisation des prix pour que le niveau de vie recule de 20 ans. Les enfants sont les premiers touchés: malnutrition, manque de médicaments, système scolaire délabré, progression de la mortalité infantile...

 

Plus de 100.000 enfants-bébés délaissés dès leur naissance par des mères alcooliques, mineures, non mariées, vivant dans le dénuement, jeunes enfants de parents privés de leurs droits parentaux et placés en internat, véritables orphelins, sont recueillis dans des établissements d'Etat. Même dans la période d’après-guerre, les orphelinats étaient moins chargés qu'actuellement...La majorité de ces centres occupent des bâtiments insalubres et l'ambiance est celle de la pire des casernes; près de la moitié des pupilles en sortent affectés par de graves troubles du comportement... Une dizaine de milliers d’enfants fuient chaque année les orphelinats.

(CIP, Juin 1993)

 

POLOGNE

Cent seize nouveaux missionnaires en 1992.

 

Cent seize missionnaires, hommes et femmes, ont quitté la Pologne en 1992 pour se mettre au service des jeunes Eglises, ce qui place ce pays en première place pour la contribution annuelle en personnel missionnaire. Ils se répartissent en 77 prêtres, 5 frères, 33 religieuses et un laïc. 64 travailleront en Afrique, 37 en Amérique Latine, 13 en Asie et 2 en Océanie. Au total, 1.690 missionnaires polonais sont à l'œuvre dans le monde.

(CIP, Juin 1993)

 

Congrès des religieuses de l'ex-Union Soviétique.

 

Des responsables d’ordres religieux féminins venant des régions de l'ancien bloc soviétique ont tenu, à Varsovie, un congrès à huis clos pour discuter des priorités à donner à leurs activités. La réunion qui s'est tenue dans la maison-mère des Ursulines, était présidée par le cardinal Somaio, préfet de la Congrégation du Vatican pour les vies consacrées. C'était le premier congrès réunissant des religieuses d'Europe orientale où, on le sait, les ordres religieux furent interdits durant la période communiste.

(The Tablet, juin 93)

 

REPUBLIQUE TCHEQUE

Rencontre des provinciaux dominicains à Prague.

 

L'évangélisation de la jeunesse était au cœur d'une rencontre des provinciaux dominicains de 20 pays d'Europe qui s'est tenue en avril dernier à Prague.

 

Actuellement, 18 novices et 31 étudiants dominicains en théologie étudient à la Faculté de théologie d'Olomouc et 21 Pères sont en activité en République tchèque. Si les entrées se poursuivent à ce rythme, il devrait être possible d'envoyer du renfort en Ukraine, en Roumanie et en Bulgarie. La Province tchèque songe à participer à la fondation d'une nouvelle Implantation dominicaine à Mukacevo, en Ukraine subcarpathique.

 

HONGRIE

L'Etat restitue progressivement les biens des Eglises.

 

Selon le quotidien «Magyar Memszef», treize communautés religieuses ont établi une liste de 6.200 «biens» appartenant aux Eglises, dont elles exigent la restitution pure et simple. L'an dernier, 478 restitutions ont été effectuées et 227lors de la première moitié de 1993. Pour certains immeubles, les Eglises ont été indemnisées en argent...Près de la moitié des biens revendiqués appartiennent à l'Eglise catholique, l'autre moitié aux Eglises réformées et luthériennes.

(CIP 16-9-93)

 

EX-YOUGOSLAVIE

Le Cardinal Danneels en mission de paix à Belgrade.

 

Au retour d'une mission de paix à Belgrade, en Serbie, le Cardinal Danneels a donné le 1er septembre une conférence de presse en compagnie de deux membres de Pax Christi International, le mouvement catholique qu'il préside et au nom duquel il effectuait cette mission.

 

Avant tout, écouter.

 

... «L’objectif de la mission, a déclaré le Cardinal Danneels, était de développer des contacts et des collaborations avec l'Eglise orthodoxe serbe et de poursuivre également des relations avec l'Eglise catholique croate...

Nous ne nous sommes pas rendus à Belgrade pour transmettre un message. L’essentiel du long entretien que nous avons eu avec nos interlocuteurs serbes a consisté à les écouter. Nous nous sommes contentés de préciser, çà et là, sur quels points nous ne pouvions pas les suivre. Le plus important pour nous était de les écouter et pour eux, d'exposer clairement leur point de vue. Le dialogue s'est déroulé dans un excellent climat et dans un esprit de franche collaboration. Les responsables de l’Eglise orthodoxe serbe nous ont d'abord fait comprendre combien ils étaient déçus de voir diffuser sur leur Eglise une information peu correcte. Ils nous ont donc brossé un portrait de la situation de l’Eglise orthodoxe serbe, y compris de ses rapports avec l'Eglise catholique».

 

Ne pas chercher à faire pression sur l'autre.

 

...« A Belgrade, a précisé le Cardinal Danneels, les contacts n'ont pas permis d'aborder la situation politique comme telle. Devant la complexité de la situation, le patriarche a surtout insisté sur rapproche spirituelle des problèmes. Le conflit ne s'apaisera pas sans transformation des mentalités. Il faut faire œuvre de réconciliation. Cela suppose une disposition de chacun à se convertir, à reconnaitre ses torts et à faire œuvre de paix en s'y ouvrant par la foi et la prière».

 

« Il ne faut pas chercher à faire pression sur l'autre, mais d'abord à se transformer soi-même, a commenté pour sa part Thomas Bremer (Pax Christi, Allemagne). Les relations entre orthodoxes et catholiques peuvent amener des progrès sensibles. Mais le reproche de prosélytisme missionnaire demeure à l'égard de l'Eglise catholique, vu entre autres les nominations d'évêques catholiques dans les territoires où l'Eglise orthodoxe est nettement majoritaire. Même si la délégation a pu faire valoir le point de vue catholique de confier la responsabilité d'une communauté réelle à des évêques, les responsables orthodoxes serbes restent méfiants, au vu notamment des rapports tendus entre catholiques et orthodoxes en Ukraine et en Roumanie ».

 

Contribuer à une information correcte.

 

...Sur le plan de la collaboration générale, plusieurs domaines ont été envisagés. Il conviendrait en premier lieu de contribuer à une information correcte et objective...

La délégation de Pax Christi est, en tout cas revenue de Belgrade avec l'impression que l'Eglise orthodoxe serbe se sent extrêmement isolée. «II ne fait pas de doute, remarque le Cardinal Danneels, que les responsables orthodoxes que nous avons rencontrés se sentent tous Serbes.

 

Il y a, de fait, des liens étroits entre l'Eglise orthodoxe serbe et la nation serbe. Mais il m’apparaît tout aussi clairement que l'on ne peut pas, sans plus, confondre la nation serbe avec le gouvernement serbe ni même avec les autorités». A quoi Thomas Bremer ajoute: «L'Occident se fait volontiers de l'Eglise orthodoxe serbe l'image d'une puissante Eglise d'Etat. En réalité, jusque dans un passé récent, cette Eglise a beaucoup souffert sous le Régime communiste. Aujourd'hui, dans certains quartiers de Belgrade, elle ne dispose même plus de lieux de culte. Quant à l'influence de cette Eglise sur la nation serbe, même si elle semble s'accroître, elle est loin d'avoir l'extension qu'on lui prête: la Serbie connait aussi l'athéisme ».

 

Les responsables de l'Eglise orthodoxe serbe se sont aussi plaint des conséquences de l'embargo pour la population. Bien que l'embargo ne porte pas, en principe, sur les médicaments et la nourriture, l'approvisionnement reste difficile et les médicaments sont rares et hors de prix. Aussi les évêques serbes s'interrogent-ils sur la moralité d'un tel embargo, qui frappe d'abord la population «innocente», selon eux.

 

Les contacts sont à poursuivre, sans oublier les musulmans.

 

Les problèmes du Kosovo et de la majorité albanaise ont également été abordés. Au total, le dialogue doit désormais se poursuivre par un renforcement des contacts. A cette fin, la délégation de Pax Christi a invité les responsables de l'Eglise orthodoxe serbe en Belgique.. .Parallèlement, des contacts seront pris avec l'Eglise catholique croate... Mais la concertation parallèle entre l'Eglise serbe et l'Eglise croate ne sera pas facile.

 

D'une part il existe des clivages entre les deux communautés, d'autre part...« Il faut à tout prix éviter que les contacts entre chrétiens donnent l'impression de dresser un front contre l'Islam, a souligné le Cardinal Danneels. Non seulement cela aurait des répercussions néfastes à l'étranger, mais le rapprochement entre orthodoxes serbes et catholiques croates ne peut conduire à une marginalisation des musulmans ».

(CIP 9-9-93)