Bulletin mars 1993

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Vers une Europe plus

 

Plusieurs des pays que nous appelons, de notre point de vue, des pays de l'Est faisaient partie, au début du siècle, de l'Empire austro-hongrois démembré, suite à sa défaite militaire, après la guerre de 1914-1918. Ceux qui, sans l'avoir désiré, avalent été regroupés dans des Etats composites comme la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie se sont efforcés, après l'effondrement du communisme, d'affirmer leur Indépendance, ainsi la Slovénie et la Croatie, ainsi aujourd’hui, la République tchèque et la République slovaque.

Malgré les Immenses difficultés à affronter, souhaitons leur tout le bien qu'Ils peuvent espérer de cette Indépendance, respectueuse de l'Indépendance des autres et solidaire d'un bien commun qui n'a pas de frontières. Ainsi pourrait se construire progressivement une Europe plus libre.

 

Les derniers mois de la Tchécoslovaquie ont vu disparaître un Slovaque devenu célèbre, comme Secrétaire général du Parti communiste à l’époque du Printemps de Prague, pour ses tentatives en vue d'accréditer un socialisme à visage humain, Alexandre Dubcek. Que son souvenir Inspire ceux qui croient en l'homme.

Dans le cadre de l'Eglise catholique de ce pays, ces derniers mois ont vu aussi un événement qu'attendaient sans oser l'espérer, ceux qui avalent été peinés et meurtris par l'attitude d'une partie de l'épiscopat et du clergé pendant la période communiste : dans une lettre pastorale, les évêques ont demandé pardon à leurs fidèles pour ceux qui ont commis erreurs, lâchetés et compromissions dans le passé.

 

La fête de Pâques revient une nouvelle fois raviver notre espérance. Le mal ne doit pas avoir le dernier mot si, avec le Christ ressuscité, nous avons raison de croire en l'Impérissable dignité de l'homme qu'II a manifestée et qui nous encourage, envers et contre toutes les abominations du passé et malheureusement du présent, à nous entraider à devenir vraiment humains.

 

 

La Pologne, trois ans après.

Stefan Wylezek (1)

 

(1) Stefan Wylezek est directeur de l'Institut de Culture Slave à Rome. Il est aussi un ami de longue date d'Entraide d'Eglises.

 

Depuis trois ans, à propos des pays de l'Europe du Centre et de l'Est, on parle de pays postcommunistes. Aujourd'hui, le temps du totalitarisme devient petit à petit un souvenir, ce qui ne signifie pas qu'il ait cessé d'être un problème. Il nous reste maintenant à comprendre tout ce que nous avons vécu, à comprendre ce que nous vivons aujourd'hui et surtout à nous comprendre nous-mêmes. Les cinquante années de régime communiste ont laissé des séquelles très profondes. Il ne s'agit pas seulement des conséquences économiques évidentes, mais aussi du comportement des gens, de leur mentalité, de l'organisation de la vie sociale et politique. Il nous faut du temps pour retrouver un équilibre institutionnel et mettre en pratique le fonctionnement normal de la société.

 

Trois facteurs de développement de la société moderne agissent dans la Pologne postcommuniste : nous avons la liberté politique, économique et idéologique. La nation a reconquis le pouvoir de décider de son propre destin. La Pologne est un pays souverain et elle ne se trouve pas dans une situation de menace extérieure. Ceci peut constituer une base solide pour un certain optimisme. S'il y a une menace, elle vient de l'intérieur.

 

La situation dans laquelle nous nous trouvons est inédite. A l'euphorie des premiers mois de liberté a succédé la réflexion et la froide réalité de la situation économique, sociale, politique et religieuse. Depuis quelques mois, nous découvrons des outils d'analyse sociologique et socio-économique qui nous permettent d'essayer de comprendre la complexité de la vie de notre société et de chercher les raisons profondes de nos difficultés de chaque jour.

 

Du point de vue économique, nous sommes libres mais l'héritage reçu est très lourd. La Pologne compte actuellement 2,5 millions de chômeurs, soit 14% de la population active. Le Comecon, Marché Commun des pays de l'Est, n'existe plus. Alors que faire des usines qui ne trouvent plus d'acheteurs pour leurs produits ? L'industrie lourde, enfant chérie du régime communiste est trop coûteuse et inefficace, ses produits ne sont pas compétitifs avec les prix mondiaux. Il faut donc restructurer notre industrie, ce qui ne peut se faire du jour au lendemain. Le marché libre dont on parle sans cesse est considéré par les Polonais comme un mal nécessaire qui ne conduira pas nécessairement vers un avenir intéressant. Nous subissons tous les conséquences de la transformation de notre économie. Inflation (51 % l'an dernier) et récession augmentent l'anomie dans laquelle se trouvait la société après la seconde guerre mondiale. Dans une telle situation, les gens ont besoin d'espoir afin de pouvoir sortir de la crise et créer de nouvelles pistes pour l'avenir. Le taux de chômage est plus grave chez nous que dans les pays occidentaux, ce qui se traduit par une forte émigration. Ces dix dernières années, huit cent mille polonais ont quitté le pays et, selon les sondages, 20% des Polonais aimeraient partir à l'Ouest.

 

Du point de vue politique, l'homme de la rue n'a pas une vision claire des projets de transformations du pays. Il ne voit que les conséquences économiques actuelles.

Après un système totalitaire, nous avons introduit la proportionnalité pure pour les élections législatives. Il y a 29 formations politiques au parlement et le parti de la majorité ne représente que 14% des voix. C'était nécessaire après le monopole du parti unique, et tout le monde voulait exprimer son projet politique pour l'avenir, mais aujourd'hui, nous nous posons la question: comment gouverner dans cette situation ?

 

Dans cette période de transition où la démocratie se cherche, il y a trop de polarisation entre les formations politiques. Le passage d'un Etat malade à la démocratie ne se fait pas sans problèmes. La classe politique elle-même n'est pas capable d'expliquer aux gens quels sont les mécanismes économiques et démocratiques de la transformation de la société.

 

En ce qui concerne le domaine religieux, il y a aussi des changements. On peut distinguer deux éléments différents : d'une part, le rôle de l'Eglise dans la société polonaise d'aujourd'hui, d'autre part le changement è l'Intérieur de la vie ecclésiale même. L'Eglise en Pologne avait une position reconnue en tant qu'Eglise populaire. Cette position était conditionnée par le système totalitaire qui n'admettait pas le pluralisme dans la vie sociale et politique. Par conséquent, l'Eglise était considérée, malgré elle, comme l'une des deux forces sociales pouvant influencer la « société globale».

 

L'Eglise était considérée comme l'opposition au régime en place. Ce n'était pas une opposition politique mais une opposition morale ou, comme disent certains, une opposition sans nom. Une telle fonction disparaît dans une société pluraliste. L'Eglise peut aujourd’hui vivre davantage dans ses fonctions prophétique, liturgique et caritative qui auront un poids décisif pour maintenir et augmenter son autorité religieuse et morale. La religiosité polonaise est avant tout émotive; elle représente la continuité de la foi et du comportement hérité des parents.

La foi qui était professée et vécue comme fidélité à la tradition ou comme opposition au régime totalitaire doit maintenant être approfondie intellectuellement.

 

 Dans la situation actuelle de la société, deux choses apparaissent comme nécessaires. La première est de rendre les gens plus conscients des valeurs fondamentales de la société et de l'Etat. Ces valeurs sont des valeurs chrétiennes : dignité de la personne humaine, justice, solidarité. Sans elles, la société polonaise sera brisée. La seconde chose nécessaire est l'engagement politique des laïcs.

 

A l'intérieur de la vie de l'Eglise, il nous faut changer le modèle pastoral prévalant encore chez nous : pasteur - troupeau. C'est l'Eglise entière qui doit être le sujet et l'objet de la vie pastorale. Selon les sondages d'opinion effectués en Pologne en 1991, le taux de pratique religieuse et le nombre de personnes se déclarant croyantes est aussi élevé actuellement, dans le système de la démocratie naissante qu'il y a dix ans dans le système totalitaire. Mais il résulte aussi des sondages que pour beaucoup, du point de vue psychologique, il était plus facile de résister face à l'état de guerre (1981/82) que de résoudre les conflits qui nous concernent aujourd'hui. Prendre le soin pastoral de personnes qui vivent à l'heure de la frustration, constitue l'importante mission de l'Eglise en Pologne, aujourd'hui.

 

Nous sommes conscients de tous ces problèmes et de beaucoup d'autres encore. Nous les vivons au quotidien. Pour l'homme, une chose est plus importante que la réussite matérielle, c'est le fait d'être libre, d'exister. Exister à ses propres yeux, exister aux yeux des autres. Nous avons la tâche de comprendre tout ce que nous avons vécu et de le transposer au niveau d'un discours intelligible afin de pouvoir transmettre aux générations futures les valeurs que nous avons éprouvées. Et cela, nous ne pourrons le faire autrement qu'en dialoguant avec la pensée occidentale qui a traversé, elle aussi, de profonds changements. Ce contact nous est aussi nécessaire que l'eau pour celui qui traverse le désert. Merci de nous donner cette possibilité.

 

Le moral en Pologne n'est pas très différent du moral dans les autres pays du monde. Peut-être subissons-nous cette crise de manière plus forte parce que, n'étant pas conscients de l'ampleur des problèmes, nous n'avons pas produit les anticorps à temps...

 

Je termine avec les paroles du grand poète contemporain Zbigniew Herbert : «Répète les paroles fondamentales, répète- les avec obstination... tu as peu de temps, il faut donner ton témoignage». C'est toujours l'espérance chrétienne qui domine l'immensité des tâches qui nous attendent.

 

Albanie, un jumelage qui promet !

Jean-Marie Goffinet

 

Petit rappel d'une belle histoire.

 

Dans la revue de décembre nous lancions une proposition de jumelage entre une région, un doyenné de chez nous et la région de SHKODRA située dans le nord de l'Albanie. Les responsables de cette zone montagneuse nous avaient sollicités pour soutenir l'effort de développement entrepris par les chrétiens du diocèse de Shkodra.

 

Pour répondre à cette demande, nous souhaitions renouveler l'expérience entreprise, il y a deux ans par la région de Charleroi et la région de Constanta (port roumain au bord de la mer noire).

 

Cette formule originale de jumelage fut préconisée car nous avons pu constater après deux années de travaux avec la Roumanie, qu'elle avait apporté des projets cohérents et durables qui se précisent au fur et à mesure des rencontres, des séances de travail en commun et des moments festifs organisés ici et là-bas avec nos partenaires.

 

Coïncidence ou ....

 

Alors que la revue est en cours d'impression, nous recevons un coup de téléphone et une lettre du doyen d'Auvelais : après 27 ans de mission en Belgique, une religieuse italienne vient de se voir confier une nouvelle mission... dans le diocèse de Shkodra ! Voilà une coïncidence qui pourrait bien avoir un effet multiplicateur.

En sollicitant la générosité de la Basse-Sambre pour réaliser l'œuvre de promotion sociale et chrétienne à accomplir parmi ce peuple dans le besoin, Sœur Anna ne se doute pas de la portée de son geste. La revue n'est pas encore sortie de presse que déjà le jumelage s'organise.

 

En route pour le partenariat

 

Unir nos forces pour réussir ce partenariat, voilà le défi à relever par le doyenné d'Auvelais, la région de Shkodra et nous-mêmes... Nous-mêmes, c'est-à-dire vous, chers lecteurs et donateurs qui, depuis tant d'années tels de petits ruisseaux, permettez à Entraide d'Eglises d'être la rivière qui alimente tous ces projets soutenus dans l'Europe du Centre et de l'Est.

En lançant ce projet en Albanie, nous formulons un espoir. Comme pour la Roumanie où l'aide a démarré en 1990, par la fourniture de livres, puis par la formation d'enseignants et d'inspecteurs pour aboutir actuellement à l'aide au développement d'une école sociale, nous sommes persuadés qu'en commençant aujourd’hui par une aide relativement modeste, nous déboucherons dans quelques mois, sur un projet plus ambitieux qui servira au développement matériel et humain de nos amis albanais. Lorsque vous aurez lu la lettre de Sœur Anna, vous comprendrez aisément que, face à tant de besoins et de générosité, nous ayons répondu «présents».

 

 

En mars, le Père Nicola Iachimi, aumônier des immigrés de la Basse-Sambre et porteur de ce projet, accompagné d'un responsable d'Entraide d'Eglises rendront visite à Sœur Anna. Ils lui achemineront une première aide et rencontreront des responsables du diocèse à qui ils remettront un véhicule tout terrain ainsi que du matériel d'imprimerie (un des fruits de la Campagne 1992).

 

Lettre d'Albanie,

adressée par Sœur Anna Luigia,

à ses amis de Basse-Sambre

 

...«Je désire maintenant vous informer sur tout ce que j'ai vécu depuis le départ jusqu'aujourd'hui. Je pars d'Assise avec Sœur Maria Félicita. Après une brève halte à Pescara, nous arrivons à Bari à 18 h 30.Nous nous embarquons sur le bateau «Polo Venezia». Sur le navire, nous rencontrons des personnes albanaises, des militaires italiens, des groupes de jeunes italiens voulant apporter leur aide dans certaines zones plus défavorisées de l'Albanie. A 23 h, nous partons de Bari pour Durazzo, nous débarquons à 8h, le lendemain.

 

Les premières impressions ne sont pas réconfortantes: la police, matraque à la main et avec des manières très brutales, accueille les passagers. Une corde tient à distance les personnes qui attendent. Au-delà de la douane, un fil barbelé interdit le passage. Malgré tout cela, notre attention va à la petite ville de Durazzo, aux personnes, au train «dernier modèle» qui refonctionne seulement depuis peu de jours. Notre attention va aussi aux routes, ou mieux, à l'unique route asphaltée que nous avons vite appelée autoroute spéciale parce qu'on y voit passer des chevaux, des ânes, des gens, des vaches, des brebis et des chèvres.

Le paysage que j'aperçois se présente à mes yeux comme une véritable désolation: des maisons délabrées et sans fenêtres. Nous traversons la ville de Scutari et après 25 km, nous arrivons à Bajze où nos sœurs nous accueillent avec joie. C'est ici que depuis quelques jours une de nos fraternités est née dans une modeste maison qui nous permet de partager la situation des gens et d'aller à la rencontre de leurs besoins. Bajze se trouve au nord de l'Albanie et est formé de sept ou huit villages qui s'étendent sur une vaste plaine, entre le lac de Scutari et une chaîne de montagnes faisant frontière avec le Monténégro. Les gens y sont en majorité catholiques. Et c'est précisément pour cette raison qu'ils ont été plus éprouvés par le régime communiste. Mais malgré les souffrances que le régime leur a infligées, ce peuple a gardé sa foi. Vous pouvez imaginer la joie de ces gens d'avoir, parmi eux, un prêtre franciscain et des religieuses.

 

Le peuple de Bajze est assoiffé de Dieu. La situation sociale est très arriérée: les maisons sont modestes, certaines sont misérables, beaucoup de fenêtres sont sans vitres. Il n'y a pas d'eau dans les maisons et chacun doit s'approvisionner aux rares fontaines, avec des moyens très rudimentaires. Il n'y a pas de gaz pour cuisiner et les arbres ont tous été coupés pour faire du bois de chauffage. C'est l'unique ressource pour cuisiner. Les champs sont cultivés avec des moyens primitifs. Excepté ce que nous appelons « autoroute», il n'y a pas d'autres routes asphaltées. L'église a été détruite et nous célébrons la messe dans un cabanon, ayant servi autrefois comme dépôt d'herbes médicinales. Dans ce désastre, ce qui nous préoccupe le plus, ce sont les personnes auxquelles nous devons rendre l'espoir d'un avenir meilleur. Surtout pour les enfants et les jeunes auxquels il faut apporter un message humain et chrétien qui puisse donner un sens à leur vie et apporter la joie de vivre pour un idéal.

 

Par ces quelques indications, vous pouvez comprendre les besoins de ce peuple et l'œuvre de promotion sociale et chrétienne que nous sommes appelés à accomplir. Les gens ont tant de confiance en nous, en l’Eglise, dans l'aide de l'Europe que nous ne pouvons pas les décevoir, eux qui sont déjà tellement déçus. Mais il nous faut leur donner des signes concrets: des instruments de travail qui stimuleront les gens à travailler pour rendre au pays un visage plus humain.

 

L'intervention généreuse que vous m'avez offerte a été, en partie, utilisée pour l'achat d'objets religieux demandés par les habitants parce qu'ils en ont été privés pendant des années. Pour le futur, nous pensons fonder une maison pour jeunes filles. Il faudra des machines à coudre, des tissus, de la laine et du matériel scolaire (cahiers crayons, bics, mallettes). Votre générosité pourrait être orientée vers ce projet de maison pour jeunes filles.

 

Je vous suis proche spirituellement, je porte dans mon cœur la longue expérience humaine de foi et de charité vécue parmi vous. Vingt sept années de mission en Belgique ont marqué ma vie dans mes plus belles années. Je pense que ces années seront d'un grand soutien et de bon conseil pour ma nouvelle mission.»

Bajze, le 6 août 1992.


 

Nouvelles brèves

Pologne

 

Les croyances des catholiques polonais.

 

Selon un sondage d'opinion mené récemment par l'hebdomadaire Politkya, le citoyen polonais se considère comme un bon catholique, mais possède une vision quelque peu ambiguë des enseignements de l'Eglise.

 

Bien que 95% des personnes interrogées se considèrent comme catholiques, plus de la moitié d'entre elles est en désaccord avec les interdictions de l'Eglise concernant l'avortement, la contraception ou les relations préconjugales, et près de la moitié estime que l'Eglise devrait permettre le divorce et abolir l'obligation du célibat pour les prêtres. Seul un tiers estime que l'assistance régulière à la messe est nécessaire pour être un bon catholique.

 

Par contre, d'autres aspects de la doctrine catholique sont encore largement soutenus : deux tiers des personnes interrogées se déclarent contre l'ordination des femmes, et 17% seulement l'approuvent. Près de la moitié estiment qu'il n'existe qu'une seule véritable Eglise, mais cette opinion est répandue principalement dans la campagne et auprès des personnes âgées.

The Tablet, 2/1

 

République tchèque

 

Une longue attente.

 

Pour Jiri Kvapil, prêtre clandestin, marié, dans l'ancienne Tchécoslovaquie, Noël 1989 fut un très beau jour. La Révolution de Velours ayant balayé en douce le Régime communiste, il était plein d'espoir d'être bientôt reconnu publiquement comme prêtre catholique. Mais, trois ans plus tard, il attend toujours la confirmation de son ministère.

 

C'est en 1976 que Kvapil fut ordonné prêtre sous le rite gréco-catholique. Pendant treize années, il travailla secrètement, disant la messe et administrant les sacrements, la nuit. Pour les prêtres clandestins, sous le régime communiste, le mariage était une excellente «couverture », car c'étaient surtout les célibataires qui étaient suspectés et tracassés par la police secrète.

 

Aujourd'hui, le diocèse d'Olomouc demande à Kvapil et à ses collègues d'être patients. «Je n'ai pas perdu espoir et je n'abandonne pas, dit Kvapil, mais j'ai l'impression que l'Eglise n'a pas besoin de mes services ».

 

Kvapil est marié, il a quatre enfants, il travaille comme électricien, le jour et comme prêtre, le soir...comme avant. Cependant, sa communauté d'Olomouc s'est largement dispersée. Le dimanche, il va à la messe avec sa femme et ses enfants et reçoit la communion des mains d'un autre prêtre. Il n'est plus autorisé lui-même à donner la communion mais il dit la messe tous les soirs dans sa propre maison.

 

«L'Eglise a laissé une échappatoire aux prêtres clandestins, dit-il. Certains d'entre eux, qui ont accepté de quitter leur famille et de déménager dans une autre paroisse, ont été reconnus par le Vatican. A moi aussi, on a laissé le choix. Je pense que je n'aurais pas eu de problèmes si je n'avais pas eu de famille. Je pourrais être prêtre si je quittais ma femme. Mais comment pourrais-je faire cela? Ce serait une trahison! Ma femme a souffert en silence pendant toutes ces années, attendant mon retour chaque soir, en priant pour ma sécurité».

 

La dernière fois que Kvapil est allé voir son évêque, l'an dernier, celui-ci lui a dit que tout cela pourrait prendre du temps car «l'Eglise travaille lentement». L'évêque commença à compter les mois et lui dit: « Ce sera résolu pour Noël».

Kvapil se demande toujours de quel Noël il s'agit !

The Tablet, 23/1

 

Russie

 

Le patriarche Alexis dénonce les missionnaires.

 

Le patriarche Alexis Il de Moscou a déclaré que l'Eglise orthodoxe de Russie était en train de se faire miner par les missionnaires d'autres confessions chrétiennes. Pour beaucoup de jeunes Russes, la hiérarchie orthodoxe a été compromise par ses relations avec le régime communiste.

 

Les missionnaires protestants des Etats-Unis ont une audience supplémentaire parce qu'ils offrent en plus de l'instruction religieuse, des cours ayant pour thème: «L'Anglais à travers la Bible ». Or, pour la plupart des jeunes Russes, les langues occidentales et l'anglais en particulier, représentent la clé de la prospérité et la chance de décrocher un job auprès d'une firme étrangère qui leur permettra de gagner davantage

The Tablet, 2/1

 

Albanie

 

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, quatre nouveaux évêques viennent d'être nommés par le Pape en Albanie. Cette nomination d'évêques qui furent tous empêchés de travailler comme prêtres sous le régime communiste, intervient deux ans après la levée d'interdiction des activités religieuses dans ce pays.

 

Avant la guerre, la communauté catholique albanaise comptait environ 300.000 fidèles, 7 évêques, 200 prêtres et religieux. Seule une trentaine de prêtres et de religieuses survécurent au régime communiste.

 

L'Eglise actuelle sera conduite par l'Archevêque de Shkodra, Franco Ilya. Agé de 74 ans, il fut condamné à mort en 1968 pour «espionnage à la solde du Vatican ». Sa peine fut commuée en emprisonnement à vie. Il passa 20 années en camp de travail.

 

Le Pape a annoncé qu'il viendrait lui-même consacrer les évêques en Albanie, dans le courant du mois de mars ou avril. Ce sera la quatrième visite du pape dans un pays de l'Europe du Centre et de l'Est.

The Tab/et, 16/1

 

Géorgie

 

Le président géorgien Edouard Chevardnadze s'est fait baptiser le jour de la Saint Georges, patron de la Géorgie, dans la cathédrale orthodoxe-géorgienne de la capitale, Tbilissi. L'ancien ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique a indiqué que cet évènement est l'issue d'un long processus de réflexion sur lui-même et sur le monde, précisant que son éloignement de l'athéisme avait commencé il y a longtemps déjà.

Apic, 24/11

 

Livres

Pierre Delooz.

A propos de

"Vie et mort de la Yougoslavie" par Paul Garde. Il y a contestation !!!

 

Puisque, dans notre dernier bulletin, nous avons présenté le livre de Paul Garde, Vie et mort de la Yougoslavie, nous devons à nos lecteurs une présentation d'un ouvrage collectif très critique à son égard, intitulé: « De l'imprécision à la falsification », analyse de Vie et mort de la Yougoslavie de Paul Garde, par Pavie Ivic, Nikola Samardzic, Anne Yelen, Pierre Maurer, Slobodan Despot, aux éditions L'âge d'homme/Institut serbe de Lausanne, 1992.

 

Cet ouvrage comporte cinq contributions dont les titres indiqueront le ton général:

1) Inexactitudes et distorsions, un modèle de propagande politique;

2) Un touriste dans les charniers de l'Histoire;

3) Un curieux ami des Serbes;

4) L'imposture du professeur Garde ou les délires d'un slaviste égaré;

5) La désinformation à visage humain.

 

Inutile d'Insister sur le caractère violemment hostile de l'analyse qui s'inscrit ainsi. dans la guerre actuelle, comme une tentative de faire valoir le point de vue serbe et qui manifeste, à sa manière «l'actualité de ces peuples (de Yougoslavie) qui se déchirent de la façon la plus atroce et invraisemblable qui soit» (p.78).

Pour les auteurs, Paul Garde n'est pas impartial. Malgré une apparente objectivité, il dénigre les Serbes et manifeste trop d'indulgence à l'égard des Croates. Il accumule, disent-ils, des imprécisions, des inexactitudes, une «sélection des informations, une à une vraies, mais choisies» dans une intention antiserbe au point qu'il s'agit d'une «anthologie de la subversion» due à un «faussaire ».

 

Bien entendu, il est tout à fait normal que des Serbes expriment leurs critiques et tentent de rétablir la vérité là où elle leur paraît malmenée. Y réussiront-ils par la voie agressive qu'ils ont retenue? Il est vrai qu'il y a des faiblesses dans l'ouvrage de Paul Garde, voire des erreurs sur certains points, qu'il a été écrit peut-être trop rapidement, du point de vue d'un étranger au pays, d'un linguiste et non d'un historien, d'un homme qui ne cache pas qu'il ne croit pas à la pérennité de la Yougoslavie construite par les vainqueurs de la guerre ,1914-1918. Mais s'agit-il pour autant de falsification?

 

Que les Serbes aient des griefs à l'égard des Croates doit être entendu et le livre de Paul Garde les signale sans doute insuffisamment, mais nous aurions préféré, en vue de sauvegarder l'avenir, que leur énumération entre dans les perspectives tracées par le patriarche orthodoxe serbe : «Nous ne pouvons oublier mais nous devons pardonner » (p.39).