Bulletin mars 1992

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Aider les Eglises, à émocratie?

 

Cette question mérite réflexion de notre part car elle concerne directement l'objectif de notre action. Elle nous a été posée récemment par des amis, à l'Est. Il fut un temps d'oppression, disent-lis, où aider l'Eglise était, sans hésitation, aider ceux qui luttaient pour la démocratie. Ce n'est plus nécessairement vrai aujourd'hui. L'Eglise ou, en tout cas, certains fragments influents dans les Eglises de l'Est, semblent avoir peu de sympathie pour la construction démocratique de leur pays. En les aidant, ne risque-t-on pas de freiner le développement, déjà si difficile, d'un Etat de droit où chacun serait reconnu comme un citoyen ou une citoyenne à part entière? Et d'ajouter que certaines traditions politico-religieuses à l'Est s'accommodaient fort bien d'un pouvoir fort dont elles partageaient les privilèges. Il conviendrait donc d'aider plutôt les forces laïques que les Eglises...

 

Notre réponse, aussi nuancée voudrait-elle être, doit être claire. Nous avons fait le choix d'aider, donc d'acheminer les moyens que nos amis nous confient, vers ceux qui on fait eux-mêmes des choix démocratiques, en fidélité avec l'Evangile et l'Eglise de Vatican II. Il est possible qu'il y ait, dans les anciens pays communistes, des chrétiens qui n'aient rien appris et rien oublié, et qui espèrent restaurer un ancien régime à leur avantage. A la vérité, ce n'est pas ceux-là que nous avons rencontrés, ni ceux-là qui se sont adressés à nous pour obtenir un appui. En parcourant nos bulletins, on peut se rendre compte des priorités pastorales que nous avons tenté de maintenir.

 

Il est parfaitement normal et souhaitable que les chrétiens de l'Est aient des projets politiques que nous espérons, pour notre part, démocratiques, mais nous n'avons pas à leur donner de bon conseils en la matière comme s'II n'y avait qu'une seule forme de démocratie acceptable ni à être les juges de nos frères et de nos sœurs dans une définition et une approche particulière de la démocratie.

 

ALBANIE...Privé de liberté pendant  quarante-cinq ans.

 

Après quarante-cinq ans d'Internement et de travaux forcés, Lek Pervizi a décidé de soustraire les siens à « l'enfer albanais». Il a emmené sa famille à Bruxelles, et c'est là que nous l'avons interrogé sur ces années d'oppression. Comment ont-elles été vécues par lui-même, par sa femme et par ses enfants? Nous relatons Ici, la première partie de cet entretien.

 

Entraide d'Eglises. Pendant 45 années, vous avez été privé de liberté. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et comment tout cela a commencé ?

 

Mr Pervizi. Dès que les communistes prirent le pouvoir en Albanie, le 29 novembre 1944, les familles catholiques, intellectuelles ou anticommunistes ont été l'objet d'une terrible persécution. Ma famille fut spécialement touchée, du fait que mon père était général et commandant en chef de la défense nationale et qu'il avait joué un rôle politique important (c'est une tradition dans notre famille qui durant des siècles a lutté contre les Turcs). Sur les 16 hommes de ma génération, 13 ont été tués, ont disparu ou sont morts en prison. Ma grand'mère fut internée, elle mourut en 1949, dans le camp de Tépelen, elle avait 94 ans. Ma mère est morte dans le camp de Plug, en 1977, elle avait 74 ans. Mon frère Gene fut interné jusqu'à sa mort, en 1989. Mon frère Valentin, emprisonné jusqu'en 1990, fut séparé de sa femme pendant 44 ans ! Moi-même, j'ai d'abord vécu caché à Tirana pendant 5 années, chez un ami de mon père, puis j'ai été pris. C'était en 1950, j'avais 21 ans. J'ai été privé de liberté pendant 45 ans. Pouvez-vous imaginer cela ?

 

E.E. Vous nous avez dit qu'il y avait eu plusieurs phases dans le système d'internement, en Albanie ; pourriez-vous nous les décrire?

 

Mr Pervizi. Il y eut effectivement trois phases différentes: la première de 1945 à 1948, la seconde, de 1948 à 1953 et la troisième de 1953 à 1990. Oui, 1990, c'est à peine croyable! La première phase fut la phase d'isolation. Les prisonniers furent regroupés dans la ville de Berat. Ils n'avaient rien pu emmener avec eux. Ils n'avaient droit ni au logement ni au travail, et devaient se débrouiller pour survivre avec une ration de pain sec. Dans ma région, dix mille personnes au moins, ont été prises ainsi, hommes femmes ou enfants. Il suffisait qu'un membre de la famille soit parti à l'étranger ou ait rejoint la résistance dans la montagne. Si les communistes réussissaient à tuer le résistant, la famille était alors libérée.

 

La rupture avec la Yougoslavie marqua le début d'une seconde phase d'internement, de 1948 à 1953. Ce fut une période de terreur, beaucoup de personnes voulaient fuir par la Yougoslavie.

Les grands camps d'internement furent alors créés, au Sud du pays, dans une région montagneuse, froide et rocheuse, la région de Tepelena. Un millier de familles furent internées et cela faisait beaucoup de monde car il y avait parfois une vingtaine de personnes de la même famille (les Albanais vivaient en familles patriarcales). D'anciennes casernes italiennes, datant de la guerre 40, nous servaient de logement. Nous dormions à même le sol, sur le béton. Il n'y avait presque pas d'eau, nous recevions uniquement du pain de mais et une sorte de soupe. Il n'y avait pas de médecin. C'est alors que commença la grande dysenterie. Les enfants furent les premières victimes, puis les vieux et les moins valides.

 

Mme Pervizi. Je me souviens de ces enfants qui mouraient, de l'atmosphère de mort qui régnait dans ce camp. Je n'avais que 4 ans, mais je m'en souviens. On m'a dit que j'étais un des seuls enfants rescapés du camp, c'est probablement parce que jusqu'à cet âge, j'ai été nourrie uniquement au lait maternel.

 

E.E. Pour quelles raisons, Madame, étiez-vous dans ce camp?

 

Mme Pervizi. En 1948, lors de la rupture avec la Yougoslavie, mon père, menacé de mort, s'enfuit au Monténégro. Ma famille fut immédiatement arrêtée; ma mère fut internée avec moi Je n'avais que 40 jours), ma sœur qui avait 2 ans, fut cachée par une amie du village.

 

E.E. Quelle fut la réaction du gouvernement face à cette grande épidémie de dysenterie du camp de Tepelena?

 

Mr Pervizi. Le gouvernement pris peur et nous transféra dans un autre camp militaire, plus près de Tépelen. Il était mieux organisé, nous avions de l'eau et des lits en bois à deux étages. Le travail forcé à commencé, pour les hommes et pour les femmes. Nous devions transporter du bois sur notre dos, dans la montagne. C'était dur, chaque jour l'un ou l'autre mourait. Le camp était entouré de barbelés, qui tentait d'en sortir était tué. Les enfants allaient chaque jour à l’école à Tépelen car une nouvelle loi venait de paraître, instaurant l'instruction obligatoire de 6 à 14 ans.

 

E.E. Les enfants pouvaient donc parler, à l'école, de ce qu'ils vivaient au camp?

 

Mr Pervizi. Bien sûr! Toute l'Albanie connaissait l'existence de ce camp. Cela faisait peur aux gens. Je vous parle maintenant du camp de Tepelena, mais il y en avait des dizaines d'autres plus ou moins importants.

 

E.E. Pourriez-vous nous parler maintenant de la troisième phase d'internement?

 

Mr Pervizi. Elle dura de 1953 à 1990. En 1953, suite à la pression de l'O.N.U., l'U.R.S.S. demanda à l'Albanie de supprimer les camps. On regroupa alors, toutes les personnes capables de travailler, dans des centres de travail, surtout pour la construction de bâtiments (dans une ville, on devait construire une prison, dans une autre un commissariat de police, par exemple!).Ma future femme et moi, nous avons été transportés dans la plaine, dans une grande entreprise agricole. Ma femme a commencé à travailler à l'âge de 15 ans (pendant 26 ans!).Nous devions creuser, à la pelle, un canal d'irrigation. Chacun, qu'il soit homme ou femme, devait enlever, par jour, 12 mètres cubes de terre. Par la suite, nous avons dû effectuer le travail normal des champs, 8 heures en hiver, 14 heures en été. Jamais de congé, même le dimanche.

 

E.E. Aviez-vous une certaine liberté de circuler où vous vouliez?

 

Mr Pervizi. Les enfants, oui, mais nous, certainement pas. Dans l'entreprise agricole où nous étions, il y avait 10 secteurs, chacun ayant la dimension d'un petit village et éloignés les uns des autres, de 10 km environ. Nous ne pouvions pas aller d'un secteur à l'autre sans permission. Les champs où nous allions travailler étaient parfois à 8 ou 9 km. Nous devions faire ce trajet à pied, matin et soir, toujours en groupe et surveillés.

 

E.E. Ces dernières années, combien de personnes étaient aux travaux forcés en Albanie ?

 

Mr Pervizi. Dans le secteur où nous étions, il y avait encore en 1990, 300 familles. On estime que durant les 46 années que sévit le régime communiste, en Albanie, un million de personnes environ ont été touchées par la répression, directement ou indirectement.

 

E.E. Saviez-vous pour combien de temps vous étiez condamnés à ces travaux forcés?

 

Mr Pervizi. Tous les cinq ans, on recevait une nouvelle peine de cinq ans « pour raison de sécurité de l'Etat». La dernière peine de cinq ans m'a été infligée en mars 1989. Mais en 1990, Mr Perez de Cuellar le Secrétaire Général de l'O.N.U. est venu en Albanie, et notre cauchemar a pris fin.

 

E.E. Au cours de ces 46 années de répression, avez-vous parfois eu le sentiment d'être isolés ou abandonnés?

 

Mr Pervizi. Oui, c'est vrai, nous avons souvent pensé que personne ne s'intéressait aux Albanais, ni comme catholiques, ni comme hommes, ni comme région. Nous avons été abandonnés au destin. Evidemment, tout était fermé, mais nous pensions toujours: pourquoi ne fait-on rien pour nous?

 

Mme Pervizi. Maintenant nous sommes en Belgique. Nous sommes contents d'avoir pu sauver nos trois enfants de l'Albanie, et d'être ici, dans un pays libre, dans un pays où la foi peut s'exprimer librement...

 

 

L'échange de dons, signe de communion.

Un appel du synode spécial des évêques européens (Rome, nov.1991).

Paul Van den Berghe, évêque d'Anvers.

 

 Nous avons tous été les témoins surpris et presque incroyants des bouleversements historiques survenus en Europe centrale et orientale. Peu de nous les avaient prévus mais, de fait, ils ont changé la face de l'Europe de façon décisive. Non que la chute du communisme ait résolu tous les problèmes, loin de là, mais les cartes du jeu sont distribuées bien autrement.

 

De même, les problèmes se posent aussi bien différemment pour les Eglises particulières de ces pays. Venues d'une oppression et d'une persécution plus ou moins dure, elles connaissent maintenant une nouvelle liberté. Elles avaient appris à résister à la pression d'un régime totalitaire adversaire de la religion, elles sont confrontées à présent à une nouvelle société démocratique, dont la force sécularisante pourrait être, à la longue, aussi dangereuse.

 

Dans certaines régions, la déchristianisation semble être radicale: plus de structures d'Eglise, ou presque plus, la grande majorité de la population, non baptisée et totalement ignorante de la religion et de la foi. D'une part, les Eglises manquent de moyens financiers, mais surtout de prêtres et laïcs bien formés, et d'autre part, on signale une soif religieuse et une demande d'information sur l'évangile et la foi; prêtres et laïcs se sentent plus proches les uns des autres et, un peu partout, on rêve de communautés de foi bien vivantes. « II se peut que nous n'ayons pas assez fait pour nos frères et sœurs en Europe centrale et orientale, du temps qu'ils furent persécutés. Aujourd'hui, en tout cas, il y a moyen de reprendre la vieille tradition chrétienne de l'échange des dons» (Mgr. J.Vilnet, Lille, au Synode).

 

Il ne faut pas sous-estimer la signification de cet échange de dons: non seulement il peut constituer une aide efficace, mais de plus il a une valeur symbolique presque sacramentelle, il peut être le signe de la communion spirituelle qui constitue le cœur de l'Eglise. Une vraie communion exige une sorte d'échange de dons, qui est aussi le signe de la vraie liberté: être libre pour partager ce qu'on a et être libre pour recevoir.

 

Pour la reconstruction de leur économie, les peuples de l'Est attendent de nous une aide efficace et généreuse et nous n'avons pas le droit de leur refuser celle aide économique. Plusieurs témoins nous avertissent: si on veut que les jeunes démocraties survivent, il faut les aider à vaincre le chaos économique et la pauvreté, sinon on verra de graves révoltes sociales et de nouvelles dictatures.

Mais à part cela, on attend aussi de nous, une aide sur le plan pastoral, surtout là où, à la suite d'une longue et dure persécution, les structures matérielles et pastorales ont fortement souffert ou ont pratiquement disparu. Dans ces Eglises, on a besoin de tout: de livres liturgiques et de bibles, d'ouvrages catéchétiques simples et orthodoxes, de matériaux de construction et d'argent pour bâtir ou restaurer une église, un home pour orphelins etc... Dans certaines Eglises, on manque de professeurs de théologie, de directeurs spirituels ou de recteurs pour des séminaires ou pour l'accompagnement spirituel des religieuses, de catéchistes bien formés.

 

Nous pouvons offrir notre expérience en matière d'organes de concertation dans l'Eglise (conseils pastoraux, presbytéraux, paroissiaux) , mais aussi notre expérience avec les mouvements sociaux et culturels catholiques. Nous pouvons offrir des bourses d'études ou des stages dans nos instituts pastoraux ou nos institutions. Nous pouvons promouvoir des jumelages entre paroisses, homes pour enfants handicapés, etc.

 

Mais le plus Important est peut-être de leur offrir notre amitié, témoigner de l'intérêt pour leurs problèmes et leurs recherches, leur faire sentir qu'eux aussi, ils font partie de l'Europe. Ils sont tous très sensibles à cela. Comme disait un évêque de Bulgarie, Mgr. Stratiev: « Notre peuple s'est montré digne d'appartenir à l'Europe». Ils attendent toutefois que nous évitions toute sorte de sentiment de supériorité envers eux. Ils protestent quand nous les traitons simplement comme des «gens arriérés» et ils sont convaincus d'avoir, eux aussi quelque chose à nous offrir.

 

Quant à nous, Il semble que nous pouvons apprendre d'eux des choses très importantes: la conviction que Dieu et sa Parole sont plus puissants que tout pouvoir terrestre, la conviction qu'un croyant ne doit pas se plier nécessairement à ce que les idéologies nomment «le cours inévitable de l'Histoire», l'expérience d'une liberté intérieure que personne ne peut enlever, qui s'enracine dans l'adoration de Dieu, et de Dieu seul, l'expérience que la foi a été sauvée uniquement dans «les bonnes familles et parmi les classe sociales non privilégiées». Enfin, leur témoignage combien décisif, fut le lien avec Rome.

 

Quelqu'un, au Synode posait celle question: «Vous, en Europe occidentale, vous avez vos grands instituts pastoraux, vos organisations, vos mouvements. Nous, au temps de la persécution, nous n'avions comme moyens pastoraux que celui du contact personnel d'homme à homme et celui de petits groupes. Est-ce que nous devons changer maintenant»? A ce moment, je me suis dit: « Probablement non, car c'est là, peut-être ce dont nous avons tous besoin.»

 

Budapest: 75.000 jeunes réunis par Taizé, en début de cette année.

 

Rien de tel que les contacts personnels pour créer la solidarité... Il y a 2 ans, en Pologne, l'an passé, à Prague, cette année, à Budapest, Taizé a réuni pour sa rencontre annuelle, 75.000 jeunes venus de presque tous les pays d'Europe. Catholiques, protestants, orthodoxes ou « rien de tout cela», chrétiens sans Eglises ou ne sachant plus très bien s'ils sont chrétiens, ils se sont retrouvés pour le « Pèlerinage de la confiance sur terre».

 

La rencontre avait lieu à Budapest dont les ponts sur le Danube peuvent symboliser le lien entre Orient et Occident, l'espoir d'une Europe plus large que l'Europe économique. La présence de jeunes participants serbes et croates donnaient une dimension toute particulière au thème de cette rencontre : Vie intérieure et solidarité humaine.

 

Les journées se déroulaient comme suit: le matin, rencontres avec les jeunes hongrois, dans leur quartier ; l'après-midi, groupes internationaux de discussions et de réflexions ; midi et soir, la prière commune. Présidée, chaque soir par le frère Roger, prieur de Taizé, cette prière mettait l'accent sur «une des urgences des années à venir : mettre la réconciliation, là où il y a la blessure et la haine». Le pape, le patriarche de Constantinople, l'archevêque de Cantorbéry ont envoyé un message aux jeunes, montrant ainsi l'intérêt qu'ils portent à leur démarche.

 

 

En Croatie, une guerre de religion ?

Un entretien téléphonique avec Zagreb.

 

Il n'arrive pas tous les jours - heureusement- qu'on entende le canon en décrochant le téléphone. C'est pourtant ce qui nous est arrivé récemment en appelant Zagreb, pour obtenir des nouvelles de nos amis du Centre catéchétique Symbolon. Depuis 1979, Entraide d'Eglises contribue au développement de ce Centre, en lien avec l'Institut catéchétique de la Faculté de théologie catholique de Zagreb, où nombre de jeunes viennent se former au rôle - nouveau dans un ancien pays communiste - de professeur de religion dans les écoles. Vous, lecteurs, grâce auxquels ce Centre a pu poursuivre ses activités, vous aimerez savoir qu'il n'a pas lâché prise pendant ces dernières semaines difficiles et que les vitres brisées par l'explosion des missiles n'ont pas fait changer sa détermination d'apporter un témoignage œcuménique, au milieu de ce que certains appellent une guerre de religion. Mais en est-ce une vraiment ?

 

Nous l'avons demandé au père Josip Baricevic qui dirige le Centre. « Non, répond-il sans hésiter, ce n'est pas une guerre de religion. Les Serbes, auteurs de l'actuelle agression contre la Croatie catholique ne sont pas des chrétiens orthodoxes, mais des communistes et des extrémistes nationalistes qui utilisent éventuellement la religion quand elle peut conforter leurs visées impérialistes». Même son de cloche lorsque nous lisons Mgr Marin Brakic, évêque auxiliaire de Djakovo en Slavonie, c'est-à dire dans la partie de la Croatie la plus proche de la Serbie, où se trouvent les villes de Vukovar et Osijek. « Il y a des Serbes qui n'approuvent en aucune manière ces crimes effroyables. Un tiers des défenseurs de Vukovar étaient des Serbes. Non, ce n'est pas une guerre de religion».  Mgr Brakic sait de quoi il parle puisque son diocèse de Djakovo se trouve en pleine zone de combats. Sur 500.000 catholiques, 200.000 ont été contraints de prendre la fuite; 64 des 180 paroisses, 50 églises, 27 presbytères et 12 couvents ont été gravement endommagés, pillés ou pratiquement détruits (CIP,26.XII.1991).

 

Dans ces conditions, nous avons demandé au père Baricevic quelles possibilités il y avait encore pour un œcuménisme véritable. « Nous ne deviendrons pas un pays démocratique, a-t-il répondu, sans respect de l'autre. Il faudra pardonner et créer des conditions favorables à la réconciliation au delà du conflit des civilisations Occident - Orient dont nous sommes les témoins et les victimes une fois de plus. L'œcuménisme est et sera donc indispensable. Cet espoir ne nous quitte pas, il se vit à la base plus facilement qu'aux sommets. Ainsi, nos programmes et nos manuels catéchétiques ont-ils été adoptés par les écoles officielles. Beaucoup de professeurs de religion s'en inspirent et sont prêts à collaborer avec des collègues catholiques et musulmans. Il y a même des étudiants protestants, orthodoxes et musulmans qui s'intéressent à la possibilité de suivre nos cours de catéchèses. Malgré l'horreur de la guerre, il faut continuer l'évangélisation et l'éducation religieuse authentique. Nous ne sommes pas au bout de nos efforts ni de nos peines. Nous comptons toujours sur vous aussi».