Bulletin juin 1991

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Dans son dernier livre «Le nouveau continent»., Jacques Rupnik, journaliste d'origine tchèque, écrit ceci:«Un an après la chute du Mur et du système communiste, une atmosphère de lendemain de fêtes prévaut déjà dans l'ancien Empire soviétique.(...)En quelques mois, nous sommes passés, à l'Ouest, de l'euphorie devant la victoire de la démocratie à l'Inquiétude face aux Incertitudes de l'avenir. Au point que l'on ne mesure plus l'Incroyable chemin parcouru. On n'en est pas encore à la nostalgie du passé, et pourtant...

Aujourd'hui, à l'Ouest, la mode est de nouveau à l'europessimisme...pour l'Est. On s'est réjoui des retrouvailles de la famille européenne. Mais, vus de près, les cousins de l'Est suscitent moins d'enthousiasme. Ils déparent avec leurs allures de parents pauvres et nous mettent mal à l'aise par l'Image de l'Europe qu'Ils nous renvoient, bien différente de celle du club prospère et tranquille à laquelle nous étions accoutumés.

Certes Il y a des raisons légitimes à ce désenchantement: l'effondrement économique, les aléas de la transition démocratique, les risques de désintégration devant la montée des nationalismes, la résurgence de l'antisémitisme et de la xénophobie. (...)

A la déception des Européens de l'Ouest commence à répondre l'amertume de ceux qui, à l'Est, se sentent déjà tenus à distance, sinon abandonnés. Il faut éviter que le germe de l'amertume ne se propage. Vu de l'Est, l'Occident apparaît Inconstant et égoïste. En projetant sur l'Est des scénarios pessimistes, ne cherche-t-on pas, à l'Ouest, à Justifier par avance le refus de s'engager et le réflexe auto protecteur? (...) »

 

Ce numéro d'Entraide d'Eglises voudrait, très modestement, répondre à l'une de nos craintes d'occidentaux: le réveil des nationalités à l'Est. S'agit-iI d'un retour des vieux démons du passé ou du chemin légitime vers une reconnaissance des Identités nationales si longtemps brimées?

Par la même occasion, nous voudrions remercier tous ceux qui continuent à nous soutenir de tant de manières: par leurs mots d'encouragement, leur aide dans beaucoup de domaines... Cette aide est précieuse au moment où l'engouement suscité par les évènements de fin 89 doit faire place à une action plus raisonnée envers nos frères de l'Est. Puisse ce numéro nous y aider.      C.K..

* Le nouveau continent.  Plaidoyer pour une Europe renaissante.

Jacques Rupnik et Dominique Moïsi (éd.Calmann-Levy).

 

Nations ou nationalisme ?

 

L'uniformité n'était qu'apparente.

 

Nous avons été habitués à considérer les pays de l'Est européen comme un bloc, soudé par l'idéologie communiste et soumis à la contrainte d'un parti et d'une police armés de tous les pouvoirs.

 

Sans doute y a-t-il eu des alertes, en 1953 en Allemagne de l'Est en 1956 en Hongrie, en 1968 en Tchécoslovaquie, mais la répression brutale nous a confirmés dans l'idée que l'uniformité communiste l'emporterait peut-être indéfiniment. Puis l'inattendu est arrivé. En 1985, l'URSS parle de restructuration, de perestroïka. C'est que le délabrement économique ne peut plus être caché. Pour un parti communiste qui fonde tout, par principe, sur l'économique, l'effondrement économique met tout en question. C'est l'échec majeur. Bien plus grave qu'une défaite militaire qui pourrait toujours être attribuée à d'autres.

 

L'URSS avertit ses satellites européens qu'ils auront à tirer les conséquences de cet échec qui est aussi le leur. Ils ne doivent plus compter sur elle. En quelques mois, presqu'en même temps, tous les régimes communistes, imposés par la force à la suite de la Seconde guerre mondiale, perdent pied. L'Allemagne de l'Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et même la Yougoslavie se débarrassent de la domination des partis communistes. L'Albanie finira par les rejoindre.

 

Cette décomposition par l'intérieur du communisme permet aux populations, vouées au silence, de prendre la parole. En URSS même, le parti, contraint d'abandonner son monopole, doit composer avec diverses oppositions.

 

Il devient évident pour tous que l'uniformité de l'Est européen n'était qu'une façade illusoire et que l'homme nouveau, internationaliste, l'homme communiste n'existait pas. Que voyait-on apparaître en effet partout? D'abord et avant tout des nations qui discutaient de la soi-disant Union qu'on leur avait imposée, qui discutaient du socialisme dont elles voulaient pour le moins redéfinir les termes et qui récusaient l'hypocrisie de l'adjectif soviétique. L'Arménie, la Géorgie, le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan, l'Ouzbékistan relevaient la tête. Plus près de nous, en Europe, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Moldavie voulaient se séparer de l'Union. Plus grave, voire mortel pour l'Union, l'Ukraine et la Russie elle-même s'affirmaient et réclamaient la reconnaissance de leur identité.

 

La catastrophe économique, le discrédit de l'idéologie communiste, la débâcle des partis communistes laissaient la place aux nations, aux nationalismes. Il est probable que la mise en branle de la perestroïka en 1985 avait prévu d'énormes difficultés sauf une: le surgissement des nations.

 

Forts de leur idéologie marxiste, les partis communistes s'étaient persuadés que l'Etat dont ils disposaient en maître, que l'éducation dont ils commandaient tous les leviers, que la planification économique qui créait des interdépendances à tous les niveaux auraient raison des particularités nationales et que le patriotisme «soviétique», cultivé de mille manières, l'emporterait sur les attachements locaux. Erreur complète. Derrière les apparences entretenues par le pouvoir, la légitimité historique des nations persistait. Elle persistait d'autant plus qu'elle fournissait le seul espace de liberté, le seul espoir d'échapper à l’aliénation collective pour des populations vouées à la production organisée, décrétée idéal de vie pour l'homme producteur.

 

Cette définition réductrice de l'humanité à sa fonction de production - inscrite dans le marxisme et imposée par les régimes dits socialistes - excluait la composante nationale. L'expérience l'a montré, dès que la vérité de leur humanité n'a plus été écrasée par la force, les hommes et les femmes ont fait la preuve qu'ils avaient gardés à travers tout leurs aspirations nationales, cette part d'eux-mêmes, héritées des ancêtres, qui les rattache à une communauté historique où l'on est impliqué par la naissance, où personne n'est interchangeable comme dans l'organisation de la production. Merveilleuse revanche de l'humanité vivante, concrète, contre la brutalité imbécile de l'abstraction totalitaire.

 

Etat, pays, nation, patriotisme, nationalisme... Essayons d'y voir clair.

 

Pour comprendre la situation actuelle et à venir à l'Est de l'Europe, pour comprendre les nouvelles répandues par la presse, la radio et la télévision, il est indispensable de savoir ce que certains mots veulent dire. Etat, pays, nation, peuple, ethnie d'une part, nationalisme, patriotisme, populisme, tribalisme d'autre part, ne sont pas des synonymes.

 

Quand on dit, par exemple, que la Pologne est un pays, on emploie un terme tout à fait général qui doit être précisé par le contexte; car on peut parler de pays pour le pays de Herve ou le pays de Waes... Un pays, c'est un territoire déterminé.

 

Quand on dit que la Pologne est un Etat on veut dire tout autre chose: c'est un ensemble de personnes, appelées citoyens, régies par des normes politiques émanant d'une autorité publique. Ces personnes n'appartiennent pas nécessairement à la nation polonaise, même si, de nos jours la grande majorité des citoyens polonais lui appartient. En effet, une nation est un ensemble de personnes qui estiment appartenir à une même communauté remontant à des ancêtres communs. Ainsi l'Etat polonais renferme dans ses frontières des citoyens qui estiment appartenir à la nation allemande, ou ukrainienne, ou lituanienne. En revanche, d'innombrables citoyens américains estiment appartenir à la nation polonaise. Un Etat peut renfermer plusieurs nations et une même nation peut relever de plusieurs Etats.

 

Aucun pays de l'Est européen ne constitue un Etat qui coïnciderait avec une seule nation. Quand un Etat renferme plusieurs nations importantes, il prend d'ordinaire la forme fédérale, comme l'URSS, ou la Tchécoslovaquie, ou la Yougoslavie. L'autorité politique reconnue à certaines nations ne signifie pas que tous les nationaux en question soient nécessairement regroupés. Ainsi, les six républiques qui forment la Yougoslavie - l'Etat yougoslave - sont peuplées en majorité de nationaux soit Slovènes, soit Croates, soit Serbes, etc., mais aussi de minorités nationales; par exemple, il y a des Serbes en Croatie et des Croates en Serbie, mais aussi des Hongrois, des Albanais, etc. qui ont la citoyenneté yougoslave et n'ont pas la citoyenneté hongroise ou albanaise, encore qu'ils estiment relever de la nation hongroise ou albanaise.

 

Pour compliquer les choses, on appelle aussi la citoyenneté, dans le langage courant, la nationalité. Ainsi, on dira qu'un citoyen de l'Etat polonais a la nationalité polonaise même s'il appartient à la nation allemande au sens défini ci-dessus.

 

Le langage courant parle aussi de peuples. C'est également un mot vague qui renvoie à des personnes dotées d'une caractéristique commune. Dans le contexte où nous sommes, le mot peuple est souvent synonyme de nation. On parle ainsi du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. On parlera aussi d'ethnies pour signifier un ensemble de personnes appartenant à une même culture. Il s'agit souvent d'une nation, mais cela pourrait être plus large. On peut parler d'une ethnie germanique plus large que la nation allemande puisqu'elle s'étendrait à la Suisse et à l'Autriche. Mais l'ethnie pourrait être moindre qu'une nation, par exemple, dans le cas des Tziganes, nombreux à l'Est de l'Europe.

 

Quand on parle d'ethnie, on parle assez souvent des luttes interethniques, donc de deux ou plusieurs ethnies en conflit, mais si l'on veut être désobligeant, on parlera de luttes tribales. Ce n'est guère différent! Toutes les notions évoquées ci-dessus ont un trait commun: il s'agit d'un ensemble de personnes.

 

Parler de nationalisme est tout différent. Il s'agit d'une idéologie c'est-à-dire d'un système de représentations - donc d'un imaginaire collectif - qui permet à un ensemble de personnes de faire leur unité, de s'approprier une identité nationale, de souligner leur différence à l'égard d'autres nations. Comme toute idéologie, le nationalisme ne sert pas seulement de lien entre les personnes, mais il légitime ce lien, le justifie et tend ainsi à justifier l'affirmation collective de la nation. Bien entendu, les détenteurs du pouvoir politique, quels qu'ils soient, profitent de cette fonction de légitimation et essaient d'en jouer en leur faveur. Le nationalisme, comme toute idéologie, tend à mettre tellement en lumière la nation qu'il en occulte les autres, les dissimule, les disqualifie.

 

Un coup d'œil sur la Pologne est édifiant. On y voit clairement une idéologie nationaliste assurer l'unité, l'intégration sociale des «vrais» Polonais sous l'égide de «vrais» Polonais au dépens de quiconque n'est pas «vrai» Polonais. Les juifs, les quelques survivants juifs, en savent quelque chose.

Mais le nationalisme est dynamique. Qui est le «vrai» Polonais aujourd'hui? Vilnius est la capitale actuelle de la Lituanie depuis que l'URSS l'a détachée de la Pologne à la faveur de la guerre (pour se l'approprier évidemment). Un certain nationalisme polonais pourrait ne pas en prendre son parti. Wroclaw a été pendant des siècles une ville allemande, Breslau; un certain nationalisme allemand pourrait ne pas prendre son parti de son retour à la Pologne. Exemples entre beaucoup d'autres.

 

A propos de la Pologne et de la Russie, on parle aussi de populisme. Il s'agit d'une pratique politique qui tend à privilégier le peuple aux dépens de «élites». On voit qu'ici le mot peuple a un autre sens que celui de nation. Il s'agit de l'ensemble flou, sentimentalement marqué, des non-privilégiés. Les privilégiés en Pologne et en Russie seraient les intellectuels et les cadres. On attribue à Lech Walesa et à Boris Eltsine des préférences populistes.

 

Le patriotisme n'est pas l'équivalent du nationalisme. Il est une vertu, c'est-à-dire une bonne habitude qui étend à la patrie -ce peut être la nation ou l'Etat - l'amour légitime de soi et des siens. Le patriotisme mobilise donc l'affectivité au service de la patrie, sorte de grande famille très élargie héritée de pères (et de mères) dont le souvenir reste vivant. Bien entendu, la frontière entre le patriotisme et le nationalisme est poreuse. On peut être à la fois patriote et nationaliste à l'égard d'un Etat comme la Pologne, mais Mikhaïl Gorbatchev souhaiterait que le nationalisme russe ne détruise pas le patriotisme à l'égard de l'URSS... Notions délicates, on le voit!  Réalités délicates surtout.

 

Les Eglises ferments d'union ou de discorde entre les nations?

 

La religion, lien social.

 

La réalité est bien plus complexe qu'il n'a été dit, ne fût-ce qu'en considérant le rôle que jouent les religions et les Eglises sur le théâtre des nations et des Etats. Prenons encore une fois l'exemple de la Pologne. Prise en tenaille entre la Prusse protestante et la Russie orthodoxe, la Pologne a eu tout intérêt à être et à demeurer catholique pour affirmer son identité. C'est que la religion - toute religion - sans être seulement une idéologie - loin de là - se prête aisément aux fonctions de l'idéologie. Religio societatis vinculum - la religion est le lien social - disaient déjà les Anciens, c'est-à-dire qu'elle cimente l'unité entre les hommes, légitime le pouvoir et occulte tout ce qui pourrait contredire cette unité.

 

Comment ne pas profiter de ces potentialités quand on veut affirmer une identité menacée? Les Polonais l'ont compris, mais ils ne sont évidemment pas les seuls. Occupés pendant des siècles par les Turcs ottomans - musulmans -, les Serbes, les Roumains, les Bulgares ont trouvé dans leur Eglise orthodoxe un appui pour la sauvegarde de leur identité et dans la religion orthodoxe le ciment de leur nation menacée.

 

Une communion difficile

 

Puisque nous essayons de clarifier des notions, il ne faut pas confondre la religion et l'Eglise. La religion dont nous parlons ici, donc dans certaines limites qui n'épuisent pas tout ce qu'est une religion, est de l'ordre idéologique, donc de l'imaginaire collectif dont le propre est d'unir ses adeptes. L'Eglise, dans ce contexte, est une organisation, un ensemble de personnes hiérarchisé.

 

Toute religion ne s'exprime pas nécessairement en prenant la forme d'une Eglise, ainsi l'islam sunnite. Le christianisme par contre se développe habituellement dans le cadre d'une Eglise organisée. Sans doute, en principe, la vocation de cette Eglise devrait-elle être «catholique» c'est-à-dire universelle, mais, en pratique, chaque nation tend à donner naissance à une Eglise nationale. Si tout allait bien, ces Eglises nationales devraient être en communion les unes avec les autres et répondre ainsi à leur vocation universelle. Si les nations étaient en paix les unes avec les autres, cette communion, sans être acquise automatiquement, serait plus aisée. Les vicissitudes de l'histoire des nations et des Etats montrent que cette communion est difficile et reste plutôt un horizon vers lequel il faudrait tendre. La marche progressive vers cet horizon relève de l'œcuménisme.

 

 Dans les pays occidentaux, où la religion est devenue plutôt une affaire privée et  où les Eglises sont peu menaçantes, l'œcuménisme paraît souhaitable à beaucoup. A l'Est de l'Europe, il n'en va pas de même parce que les Eglises exercent (encore?) une fonction d'intégration sociale, d'unité nationale, manifeste. L'Eglise orthodoxe serbe, par exemple, a sauvegardé l'existence d'une nation serbe sous la domination musulmane, mais aussi vis-à-vis des Croates catholiques. L'œcuménisme, dans ce contexte, est chargé d'une autre signification... Il faut se pardonner mutuellement d'innombrables morts.

 

Il faut ajouter que le pouvoir politique, conscient de la fonction intégratrice de la religion, l'a couramment utilisée à son profit. La Pologne, aux heures de gloire, a essayé de «catholiciser» les Ukrainiens et l'Empire austro-hongrois de «catholiciser» les Roumains. Ce sont des exemples qui laissent des traces après plusieurs siècles. Tous les pays de j'Est européen connaissent des minorités religieuses plus ou moins importantes, souvenirs anciens ou récents de la volonté politique intégratrice des puissants de ce monde et de la contestation de cette volonté.

P. DELOOZ.

 

 

(1) Un grand Etat unitaire

 

Pour les bolcheviks, la fédéralisation de l'Etat révolutionnaire n'est qu'une concession tactique nécessaire dans la voie de l'édification d'un grand Etat unitaire: en 1913, Lénine affirme que « les marxistes sont, bien entendu, hostiles à la fédération et à la décentralisation pour cette simple raison que le développement du capitalisme exige que les états soient les plus grands et les plus centralisés possibles», que « le prolétariat conscient sera toujours partisan d'un état plus grand », qu'il « verra toujours d'un œil favorable se renforcer la cohésion économique de vastes territoires » et qu'enfin « un morcellement moyenâgeux nuirait à la future unité socialiste du monde entier »

 

(1) Le Parti instrument privilégié de l'unité du système.

 

« Chez nous, écrit Lénine en 1913, au Caucase, Géorgiens + Tatars + Arméniens + Russes ont travaillé ensemble dans une seule organisation social-démocrate depuis plus de 10 ans. Ce n'est pas une phrase, c'est la solution prolétarienne de la question nationale. La seule solution ».

 

Pour Staline, le développement des cultures nationales ou leur « épanouissement » selon la terminologie officielle, n'est qu'une étape nécessaire dans la voie de leur « fusion en une seule et commune culture socialiste, avec une seule langue commune, quand le prolétariat aura vaincu dans le monde entier et que le socialisme sera entré dans les mœurs ».

 

(1) « Homogénéité croissante de la société soviétique »...

 

Brejnev (1964-1982) prétendait d'ores et déjà réalisée l'unité des peuples d'URSS en une seule communauté politique: « La formation d'une communauté sociale et internationale sans précédent, c'est-à-dire le peuple soviétique, est devenue une caractéristique importante du socialisme développé dans notre pays, un signe de l'homogénéité croissante de la société soviétique » (...).

 

(1) D'astucieuses frontières.

            .

La reconnaissance de l'autonomie territoriale à des entités administratives ethniquement mixtes a permis au pouvoir central de contrecarrer l'aspiration des peuples de l'Union à l'autonomie nationale: lors du tracé des frontières intérieures de l'Union soviétique, les autorités se sont en effet ingéniées à multiplier les unités territoriales autonomes pour faire pièce aux ambitions hégémoniques de la nation dominante à l'échelle locale et ont toujours veillé à ce que les divisions territoriales ne recouvrent pas les frontières ethniques ou nationales.

 

(1) Dans notre numéro de mars, nous vous avons recommandé le dossier pédagogique édité par le GRIP en 1989: "L'URSS de Lénine à Gorbatchev».Nous en reproduisons ici certains extraits avec nos vifs remerciements à leurs auteurs, Roland Lomme et Geneviève Delaunoy.

 

 

 

Les principales revendications nationales en URSS.

Tableau réalisé par G. DELAUNOY

 

Républiques et Revendications

Caucase

 

Arménie (Erevan) 3,4 millions d'habitants (88,6% d'Arméniens). Chrétienne orthodoxe.

Azerbaïdjan (Bakou) 6,8 millions d’habitants (78% d'Azerbaidjanais). Musulmane.

Ces deux républiques revendiquent l'une et l'autre le Nagomy-Karabakh (république autonome à majorité arménienne), enclavé depuis 1923 dans la république azerbaidjanaise.

 

Géorgie (Tbilissi) 5,3 millions d’habitants (68.8% de Géorgiens). Chrétienne.

Aspiration à l'autonomie. . Refus de l'ethnie russe dominante. .

Refus de voir revenir les Meskhs d'Ouzbékistan.

Protestation du -grand nationalisme- géorgien face aux velléités d'indépendance de la « petite Abkhazie »

 

Abkhazie (Soukhoumi) 536.000 habitants (17% d'Abkhazes et 44% de Géorgiens). République autonome appartenant à la Géorgie..

Menacés d'assimilation, les Abkhazes exigent un lien direct avec Moscou, au même titre que les 14 autres républiques non russes.

 

Pays baltes

 

Estonie (Tallin)

1,6 millions d'habitants (65 millions d'Estoniens).

 

 

Lettonie (Riga)

2,7 millions d'habitants (50% de Lettons).

 

Lituanie (Vilnius)

3,7 millions d'habitants (50% de Lituaniens). Catholique à 80%.

 

Ces trois pays baltes ont exigé de Moscou la publication du protocole secret aux termes duquel les pays baltes ont été cédés à Staline par Hitler.

Dénonciation de l'histoire officielle selon laquelle ces trois pays baltes auraient rejoint l'URSS de leur plein gré.

Combat pour une indépendance économique, prélude à l'indépendance politique.

Les non baltes s’organisent pour faire face aux restrictions dont ils sont l'objet.

 

Ukraine (Kiev)

51 millions d'habitants (73,6% d'Ukrainiens).

Eglise catholique dite « uniate »: elle reste unie à Rome mais pratique le rite byzantin.

Les Ukrainiens de Kiev réclament une accélération de la perestroïka.

Les Ukrainiens de Lvov protestent contre leur soviétisation forcée et réclament leur indépendance vis-à-vis de Moscou, de même que la légalisation de leur Eglise catholique uniate absorbée par l'Eglise orthodoxe sur ordre de Staline.

Que la langue nationale retrouve droit de cité dans le système éducatif et dans la vie quotidienne.

 

Moldavie (Kichinev) 4,2 millions d'habitants (63,9% de Moldaves).

Retour à l'alphabet latin. Volonté d'être reconnus comme Roumains de Bessarabie.

Reconnaissance du moldave comme langue d'Etat

Redéfinir les relations avec Moscou sur base de la réparation des injustices historiques. . Demande l'annulation du protocole secret de J'accord Molotov-Ribbentrop d'août 1939. . Restitution par l'Ukraine des six provinces de la Bukovine (région de Tchernobyl).

 

Asie centrale

 

Kazakhstan (Alma-Ata)

16,2 millions d'habitants (36% de Kazakhs et 40% de Russes).

Musulmane.

Rejet de la dominante russe par la population autochtone.

Haines interethniques (entre Géorgiens et Kazakhs) pour des raisons économiques et sociales: le taux de chômage parmi la population kazakh est très élevé.

 

Ouzbékistan (Tachkent) 19 millions d'habitants (36% d'Ouzbeks). Ouzbeks  Sunnites. Meshks chiites.

Les Meskhs (population déportée par Staline) demandent à retourner dans leur patrie, ce qui est mal accueilli par les Géorgiens déjà sur place et pratiquant une autre religion.

 

Des causes multiples.

 

Chaque république en ébullition a une carte d'identité et une histoire particulières, un cahier de revendications spécifiques et des relations plus ou moins tendues avec Moscou. C'est pourquoi le cheminement et l'évolution des revendications nationales se différencient d'une république à l'autre.

Mais pratiquement, aucune d'entre elles n'échappe à la contagion. Tantôt les convulsions nationales dressent deux ethnies différentes l'une contre l'autre (Kazakhs et Géorgiens), tantôt elles opposent deux confessions religieuses (Arméniens et Azerbaïdjanais), tantôt les haines sont carrément interconfessionnelles (Ouzbeks sunnites et Meskhs chiites).

(...)En toile de fond, la crise économique et sociale, la montée de l'Islam, l'exigence de l'authenticité culturelle, la consternation face aux désastres écologiques. le rappel et le rejet des injustices de l'Histoire.

G. DELAUNOY

 

Le malaise russe.

 

Quant aux Russes eux-mêmes, ils affrontent une grave crise d'identité due à l'effondrement des valeurs marxistes léninistes. Ils se considèrent comme les «incompris et les mal aimés»: il est vrai que leur présence, dans certaines républiques, est de plus en plus mal ressentie par la population autochtone.

Inquiets devant la tournure que prennent les évènements, ils resserrent les rangs et écoutent volontiers les conservateurs qui s'opposent à l'affirmation nationale des quatorze autres républiques et qui défendent le socialisme, c'est-à-dire le statu quo, tant idéologique que politique. Refusant de se voir bientôt considérés comme des «immigrés» dans les autres républiques, les Russes s'accrochent à l'impérialisme russe de même qu'à la russification des républiques constituant l'URSS.

G. DELAUNOY

 

Le réveil des nations. Catastrophe ou espérance?

 

A l'Est ou à l'ouest, aucun Etat n'est à l'abri.

 

Les évènements «nationalistes» ou «nationaux» qui se déroulent dans l'ancien bloc de l'Est sont souvent perçus à l'Ouest comme une décomposition. Ce qui permet d'oublier ce qui se passe dans le monde occidental et ailleurs.

Dans l'Europe des douze, des problèmes «nationaux » se posent aussi; que l'on songe, à titre d'exemple, à l'évolution de la Belgique, au problème corse, breton, basque en France, aux problèmes catalan et basque en Espagne, au Tyrol et au Val d'Aoste en Italie, sans parler de la Sicile et de la Sardaigne, au conflit gréco-turc à Chypre, au débat sur la Frise aux Pays-Bas ,à la tragédie en Irlande du Nord, à l'Ecosse et au Pays de Galles en Grande Bretagne.

Les cartes mondiales des mouvements nationaux montrent l'ampleur de ce phénomène qu'un jugement sommaire appelle parfois de manière méprisante, tribalisme quand il s'agit de l’Afrique.

A vrai dire, aucun Etat n'est à l'abri.

 

Des tensions inscrites dans la mémoire collective.

 

Le propos de notre réflexion est limité à ce qui se passe aujourd'hui dans les pays d'Europe centrale, orientale et balkanique autrefois «communistes». Une description sommaire de l'histoire de ces pays a été tentée dans notre numéro précédent. On en gardera le souvenir de nations au passé enchevêtré et d'innombrables minorités dispersées sur toute leur étendue. Les évènements récents en Yougoslavie montrent assez qu'il s'agit de tensions profondément inscrites dans la mémoire collective.

 

L'effondrement d'un pouvoir autoritaire qui les niait n'a fait que ramener à la surface de l'Histoire ce qui ne l'avait jamais quitté. Chaque nation a des morts à pardonner et à se faire pardonner. La reconnaissance de l'autre passe par là.

L'exemple de l'URSS est particulièrement éclairant. Après septante ans d'une volonté politique implacable de nier les nations, elles redressent la tête, chacune à leur tour. On sait suffisamment que des mouvements puissants d'autonomie, voir d'indépendance traversent les trois pays baltes, mais des nations aussi importante que l'Ukraine et la Russie elle-même y aspirent elles aussi.

On fera une place à part, dans les pays de l'Est, au statut des tziganes et des juifs, encore que cette question ne soit pas très différente de celle que pose en Occident la reconnaissance de cultures et de modes de vie différents à l'intérieur d'une même structure étatique.

L'interculturel est-il possible? Tous les nationalismes en quête d'une identité qui exclut y sont opposés et prônent le rejet pur et simple de ceux qui sont «autres».

 

Quelles solutions?

 

La disparition des régimes totalitaires fait place aux aspirations des peuples qui s'expriment plus librement et qui rejettent le centralisme structuré par les pouvoirs étatiques. La démocratie est le seul chemin qui permettra de dégager des solutions qui tiennent compte à la fois des réalités culturelles et religieuses, économiques et politiques.

La vision de l'Etat qui s'est imposée à travers la Révolution française et la Révolution soviétique a été marquée par deux concepts discutables: celui de la souveraineté quasi absolue de chaque Etat-nation centralisé. C'est ce qu'on a coutume d'appeler le jacobinisme.

D'autres chemins s'ouvrent à l'Europe en transformation: dans le cadre de la C.S.C.E. (Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe, dite d'Helsinki), la souveraineté étatique pourrait être limitée par des règles précises et contrôlables de protection des minorités, fédéralisme ou confédéralisme, attribuant tout ce qui peut être attribué à l'échelon du pouvoir le plus proche possible de la population.

 

Le rôle des religions

 

La revendication nationale est légitime si elle demeure ouverte sur l'universel. Elle est inacceptable quand elle s'inscrit dans une logique d'exclusion et plus encore quand elle aboutit à des expressions de type racial. La nation elle-même doit rester ouverte à un pluralisme interne, elle est le fruit d'une histoire complexe bien plus que d'une appartenance ethnique ou religieuse.

 

Dans ce débat de fond, les religions ont joué, de manière ambigüe, un rôle de ferment d'unité nationale. Elles l'ont réalisé parfois dans un refus de l'autre, appuyé sur leur conviction d'être l'unique voix de salut. La rencontre des religions et des confessions chrétiennes est indispensables. Elles doivent continuer à apprendre du Dieu unique et, pour les chrétiens, du Dieu de Jésus-Christ que le salut et la libération des hommes passent par des chemins qui débordent de toute part les structures religieuses nées de l'histoire.

T. DHANIS.

 

 

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