Bulletin septembre 1990

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UN MUR EST TOMBE.

LE RAPPROCHEMENT EST DESORMAIS POSSIBLE...

SI NOUS LE VOULONS.

 

A Berlin, un mur est tombé. Explosions de joie. La séparation contre nature, a pris fin. Le rapprochement est désormais possible; seulement possible, si nous le voulons de part et d'autre et si nous acceptons l'autre, différent de nous.

 

Le rapprochement, par lui-même, est ambigu; il peut engendrer le dialogue ou l'hostilité. A se mieux connaître, on peut s'écouter et s'estimer davantage ou se mépriser et se rejeter davantage. Cela est vrai des individus, des régions, des ethnies, des Etats, mais aussi des Eglises.

 

Le rapprochement n'engendre pas, à coup sûr, la solidarité entre les Eglises parce que, lorsqu'un mur est tombé, on en découvre d'autres qu'il importe de détruire, ou de franchir ou, en tout cas, de dépasser.

 

Le mur est une image de nos défenses, de nos protections, qui sont à la fois légitimes et dangereuses. Légitimes parce que nous avons tous besoin de sécurité; dangereuses parce qu'elles nous coupent de la réalité des autres. Chacun risque de rester campé sur son territoire et, bien souvent, sur ses prétendues supériorités.

 

Ainsi, les Eglises d'Europe occidentale sont-elles conscientes de la supériorité que leur conférerait la liberté dont elles jouissent, les ressources qu'elles sont en mesure de mobiliser pour la bonne cause, l'expérience d'une société sécularisée où elles ont, plus ou moins, trouvé à s'acclimater malgré les pertes encourues.

 

Mais, de leur côté, les Eglises de l'Europe centrale sont conscientes des supériorités quasi symétriques que leur conféreraient les épreuves subies et parfois héroïquement surmontées, le courage indéfectible malgré les persécutions, la résistance, contre toute espérance, à une sécularisation forcée.

 

Du haut de ces supériorités, que peut-on espérer de bon? Les Eglises d'Europe occidentale risquent fort de juger défavorablement le conservatisme des autres, leurs crispations sur l'avant-guerre et l'avant concile, leurs théologies de ghettos attardés. De leur côté, les Eglises d'Europe centrale ont parfois du mal à ne pas mépriser les séminaires et les églises vides, les couvents abandonnés, les mœurs relâchées, la piété disparue de l'Europe soi-disant libre, quand ce n'est pas la richesse et les permissivités qu'elle arbore.

 

Il est vrai que le rapprochement désormais possible met en présence d'autres, vraiment autres à certains égards. On pourrait estimer dès lors que des murs ont leur utilité... Mais est-ce là une attitude chrétienne? Le rapprochement n'exige pas de tout approuver chez l'autre, mais de l'entendre et de se faire solidaire de ce qu'il est devenu après une longue séparation. Chacun y gagnera.

PIERRE DELOOZ Sociologue

 

 

ABATTRE LES MURS... S'OUVRIR AU DIALOGUE...

COMMENT Y PARTICIPER?

 

Pourquoi ne nous comprenons-nous pas?

(Udine, Colloque du MIEC, 1988)

 

« L’incompréhension réciproque est un phénomène assez fréquent lors des rencontres entre jeunes Polonais et jeunes Occidentaux. Mais on ne la perçoit pas toujours dans toutes ses dimensions. Le danger réside dans le fait qu'il y a une grande ressemblance entre nos pays, bien qu'elle ne soit en partie qu'apparente, parce que nous appartenons au même type de civilisation.

A cela, on peut réagir de différentes manières. On peut créer une ambiance amicale, en évitant tout ce qui peut prêter à controverses. Mais on peut aussi adopter une attitude plus offensive, en essayant de démolir les arguments de l'autre par nos propres arguments. Mais si nos rencontres ont pour seul résultat de nous confirmer dans nos opinions, est-ce que cela vaut vraiment la peine de s'y mettre? On peut aussi adopter une attitude d'amateur d'exotisme, de collectionneur de curiosités mais. aussi. il y a peu d’avantages - on ne fait pas d'observations en profondeur. Enfin, on peut aussi - et c’est l’attitude la plus difficile à adopter - essayer de fouiller dans les causes de ce manque de compréhension et essayer de s'ouvrir à tout ce qui peut être précieux pour nous dans l'expérience des autres chrétiens.»

 

Les jeunes chrétiens de ['Est nous déconcertent? Essayons de comprendre le présent, par le passé.

(Udine, Colloque du MIEC, 1988)

 

Des jeunes peu engagés dans la vie sociale ?

«Bien que sujets, comme l'ensemble du monde moderne, à un processus de sécularisation, les jeunes en Europe de l'Est ont souvent une attitude différente face à la religion et à l'Eglise. C’est une foi beaucoup plus spirituelle et personnelle que l'on rencontre là-bas, une foi peu enracinée dans la réalité et qui, le plus souvent, ne découle pas sur un quelconque engagement social ou politique. Le terme même «engagement» ne signifie pas grand chose; il signifie beaucoup plus une volonté de «témoignage» et de «fidélité» à un ensemble de valeurs qu'une identification à un quelconque «projet». Le seul «projet» de la société étant de survivre, de durer, de défendre l'autonomie de la vie privée et familiale face à un Etat idéologique omniprésent et répressif.»

 

Des jeunes sans esprit critique ?

«Le poids qu'a joué dans ces pays un discours idéologique globalisant basé sur une vulgarisation du marxisme, rend le dialogue et les tentatives de comparaison très difficiles. Les jeunes de ces pays sont souvent incapables de mener une analyse de leur réalité et du monde en termes concrets et analytiques et se réfugient dans un discours global et simpliste, souvent hermétique et fermé sur lui-même. Le manque d’outils intellectuels appropriés pour aborder la réalité découle assez souvent d'une vision simplifiée et peu critique de la réalité de l'Europe occidentale et une incapacité de comprendre les défis du monde moderne. Toute analyse reste conditionnée par un refus, plus ou moins affirmé, du modèle soviétique de société et de développement.»

 

Peu de laïcs dans l’Eglises ?

«La présence de laïcs dans la vie de l’Eglise est très faible (d’ailleurs, il n'existe pratiquement pas d’organisations du laïcat et même d'une conscience de laïcs). Les problèmes de la vocation et de la mission des laïcs ne se posent pratiquement pas et l'autorité des structures ecclésiales n'est pas remise en question. Le poids d'un Etat de nature totalitaire est tellement important que les problèmes internes de l'Eglise, les débats théologiques, la question de la mission de l'Eglise dans un monde moderne et complexe sont très peu présents. En même temps, les structures de l'Eglise font très peu pour changer celle situation, la tâche principale étant comprise comme la transmission de la foi.»

MARCIN FRYBES

 

Extrait de la lettre pastorale de Mgr Robu, archevêque de Bucarest, suite aux événements tragiques des 13-14-15 juin dernier qui ont mis aux prises de façon extrêmement violente des fractions de la population, les opposants au régime et les forces du pouvoir.

 

« Nos espoirs Communs, nés en décembre dernier, ont été brusquement obscurcis par un déferlement collectif de violence el de haine...»

«..Nous n'avons pas le droit de garder le silence alors que la violence menace d'étrangler le désir de liberté, de justice el de paix de notre peuple...»

« Nous dénonçons l'emploi démagogique de formules el de clichés idéologiques compromis et inactuels, la chasse aux coupables imaginaires, les accusations irresponsables à l'adresse de certains groupes ethniques, accusations qui ne font qu'approfondir l'isolement international de la Roumanie.

Mais ce qui nous inquiète le plus, ce sont l'aggravation de la tension entre les différentes catégories sociales ainsi que l'implication, en paroles et même en actes, de nombreux citoyens dans les violences qui ont ravagé les rues de la capitale le 14 et le 15 juin.

Nous protestons résolument contre la tentative de pogrome qui a été signalée dans certains quartiers de Bucarest habités par des tziganes. Nous ne pouvons tolérer les manifestations racistes et xénophobes, la molestation grave de citoyens roumains et la destruction de leurs biens sur le considérant de leur appartenance à une minorité considérée inférieure ou hostile.

La violence perpétrée contre les consciences est, cependant, plus dangereuse que celle qui est dirigée contre les corps. Les événements du 13-15 juin l'ont prouvé. Nous qui sommes rachetés, dans l'Eglise, par le Sang du Christ, nous ne craignons ni les «hommes sanguinaires», ni ceux qui déroutent les consciences. Réconciliés avec Dieu et avec tous les hommes par le Sacrifice de la Croix, nous avons le devoir d’être réellement «le sel de la terre» en construisant une «civilisation de l'amour». Or, traduit en langage social, le nom actuel de celle vertu chrétienne est la SOLIDARITE. Ce n'est que par la solidarité que nous pourrons vaincre l'injustice, promouvoir la dignité de la personne, défendre la liberté et l'originalité des groupes sociaux, culturels et ethniques...»

 

 «Nous connaissons mieux les occidentaux que nos propres voisins».

(Udine, Colloque de MIEC, 1988)

 

Bien sûr, le système soviétique nous a «unis», mais comme on construit un mur : les pierres qui le composent n'ont pas l'occasion de changer d'air, encore moins de dialoguer. Nos frontières sont pratiquement fermées, il est plus facile pour moi d'aller à l'Ouest que de me rendre en Tchécoslovaquie. Les Tchèques et les Slovaques ont encore plus de problèmes pour venir me voir. Les problèmes de voyage en Union Soviétique - par exemple en Ukraine ou en Lituanie – dépassent les limites du sens commun. Il y a des barbelés non seulement le long des frontières entre l'Est et l'Ouest, mais aussi tout le long des frontières entre les Etats «frères», «unis» de l'Est. Ces Etats n'ont nul besoin d'autoriser leurs citoyens à communiquer entre eux, à se connaitre et à collaborer. Le vieux principe romain «diviser pour régner» est toujours appliqué, ici et maintenant.

Alors, nous sommes isolés, nous, en Europe Centrale et de l'Est. Nous connaissons mieux les Occidentaux que nos propres voisins. Bien sûr, nous pouvons communiquer relativement facilement avec ces derniers parce que nous partageons les mimes conditions socio-économiques, mais, au fond, nous sommes tous tournés vers l'Ouest et n'avons pas vraiment envie de communiquer entre nous.

Robert BOGDANKS. POLOGNE

 

A Budapest (Hongrie), le Fonds de la Réconciliation.

 

« La paix sociale ne peut être que le fruit de la réconciliation active des gens de différentes religions, idéologies, nationalités et races ». C'est dans cette perspective que travaille le Fonds de Réconciliation, fondé en décembre 1989 dans le but de promouvoir l'apaisement entre Chrétiens et Juifs en encourageant toute initiative qui puisse combattre l'antisémitisme.

Le comité fondateur est pluraliste : le grand Rabbin, un évêque luthérien, un évêque calviniste, un évêque catholique, deux économistes, un philosophe, deux écrivains.

Le fonds lance actuellement me série d'études intitulée « Library of Christian-Jewish Dialogue » qui doit permettre aux lecteurs hongrois de s'informer sur ce qui a été réalisé en occident en matière de dialogue interreligieux ces quarante dernières années, afin qu'ils puissent trouver eux-mêmes leur propre voie vers le dialogue.

Aujourd’hui, 80 000 juifs environ vivent en Hongrie et presque tous à Budapest. Il y a parmi eux des vieillards démunis, de petites gens obligés de se débattre avec des problèmes d'argent, mais la majorité d'entre eux appartient à la classe moyenne de la capitale.

Ce sont des descendants des industriels, des banquiers, des grands et petits commerçants du début du siècle (en 1910, 1/5e de la population de Budapest était juive) , les descendants aussi des survivants de la grande extermination décrétée par les nazis en 1944. Ce sont, entre autres les enfants de ceux qui par vengeance ou par souci exagéré d'intégration embrassèrent l'idéal communiste de l'après-guerre.

Après la génération du silence, portant son judaïsme comme une blessure, la jeune génération - celle des 20 ans - recherche aujourd’hui son identité dans une Budapest cosmopolite et européenne qui a parfois tendance à dissimuler qu'elle fut autrefois « Budapest la juive»