Bulletin septembre 1989

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L'Europe bouge et donne le vertige. On pressent que des enjeux importants s'y jouent, du moins dans cette partie de notre vieux continent que l'évènement nous force à re-connaître après 50 années d'oubli: l'Est européen que certains nomment à nouveau Europe centrale avec la volonté de faire revivre cette autre Europe que l'histoire, la çonné autrement.

 

L'Europe bouge à l'Est. Des espoirs, impensables il ya peu, surgissent. La Hongrie, la Pologne se démocratisent. Les pays baltes sortent convulsivement de l'oubli dans lequel nous les avons laissés, et cela sous l'œil attentif de l'URSS, elle-même en pleine interrogation. Ça et là, des minorités ethniques et culturelles reprennent conscience de leur spécificité par delà des décennies d'une civilisation de l'homo sovieticus.

 

Des zones obscures persistent cependant: l'Albanie où le glacis stalinien se maintient; la Roumanie si proche de notre culture, figée dans sa torpeur dictatoriale; l'Allemagne de l'Est, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie qui se retranchent dans la rigidité.

 

Au moment où l'Europe se construit sans la participation de cette autre Europe, n'avons-nous pas à nous rappeler que nous avons kidnappé jusqu'au terme même d'Europe pour l'appliquer à notre seule Europe occidentale. N'est-il pas important de reprendre conscience du fossé profond qu'ont crée les barbelés depuis plus de 40 ans.

 

Cette autre Europe est différente de la nôtre, tout en étant de l'Europe. Nous avons à la redécouvrir si nous voulons mieux connaître cette autre Eglise pour nous étrange parfois, quand ce n'est pas étrangère, parce que, à certains égards, 50 ans d'isolement forcé l'ont sclérosée, empêché de progresser. (L'affaire du carmel d'Auschwitz en est, semble-t-il, un exemple douloureux).

 

Nous sommes sensibles à l'urgence d'une inculturation des églises africaines. N'avons-nous pas à redécouvrir cette autre Europe dans sa culture, ses valeurs, son mode de vie, pour mieux saisir qu'il s'y cache une autre Église, sans vouloir la jauger selon nos critères et nos propres valeurs.

 

L'EST S'EXPRIME

AUTRE EUROPE …

. . . AUTRE EGLISE

Je voudrais montrer que dans les pays englobés par l'Empire de l'Est la vie cache bien des mystères.

Czeslaw Milosz

 

L'EUROPE N'EST PAS CELLE DE 1929

 

... L'Europe occidentale à proprement parler a, depuis le Moyen âge, été caractérisée par une séparation croissante de la société et de l'Etat, et par une dissolution parallèle des communautés villageoises pour former de nouvelles communautés citadines au sein desquelles le comportement de l'individu était de moins en moins réglé par la tradition (...) Il en est découlé une liberté de l'individu et de la société, seulement limitée par la liberté des autres individus et par un pouvoir central, l'Etat moderne, qu'aucun groupe social ne contrôle seul et qui est pleinement responsable devant la société.

 

En Europe orientale, aucun signe d'un développement de cette nature n'apparaît. Les couches profondes de la société sont composées de communautés traditionnelles marquées par un grand immobilisme, qu'un pouvoir central organise d'en haut, sans être contrôlé par personne. (…)

 

Les sociétés de l'Europe du Centre-Est ont réussi elles à obtenir une autonomie limitée. Elles ne sont donc jamais devenues des sociétés-Etats de type russe, sans pour autant être capable de concevoir un pouvoir politique délégué. Le type ouest européen d'individualisme bourgeois existe ici mais sans la conscience démocratique propre au citoyen.

Mihaly Vajda, philosophe hongrois.

 

Le concept de l'Europe divisée en trois parties, occidentale, orientale et centrale, fut créé par le chancelier Metternich. Après le congrès de Vienne en 1814, on délimite les principales zones du pouvoir européen: le tsar russe eut la haute main sur l'Orient, les Etats occidentaux réglèrent les intérêts dans leur zone et la monarchie autrichienne s'empara du reste, c'est à-dire de l'Europe centrale. La politique restauratrice de Metternich s'efforça d'assurer la paix. On coinça cette Europe centrale compliquée entre l'Occident et l'Orient, pour qu'elle protège l'Europe d'une possible confrontation. (H') L'Europe centrale est un baromètre sûr des pressions politiques en Europe.

Josef K (Prague).

 

L'EUROPE CENTRALE CHERCHE SA PLACE

 

Et pourtant, elle existe cette Europe centrale, avec ses habitants: au moins politiquement, d'après les dispositions du plan Rapacki et géographiquement, là où les axes Est-Ouest et Nord-Sud se recoupent, et donc quelques part entre le Rhin et le Bug et entre deux mers, celle du Nord et celle du Sud des Balkans. Pour ce qui est de la culture, l'Europe centrale est l'endroit où la Renaissance, la Réforme et la philosophie des Lumières ont laissé des traces évidentes. Il est vrai que cette Europe a des contours vagues, qu'elle est difficilement définissable. Mais elle existe malgré le partage linéaire Est-Ouest, malgré les oppositions entre socialisme réel et capitalisme, entre COMECOM et Marché commun, entre le Pacte de Varsovie et l'OTAN.

Adam Krezeminski à l'hebdomadaire officiel Politika. (Varsovie).

 

Je pars du principe qu'il existe quelque chose comme l'Europe centrale, bien que de nombreuses personnes nient sont existence, depuis les politiciens et les journalistes qui persistent à l'appeler «Europe de l'Est ».

Czeslaw Milosz, prix Nobel de littérature. Polonais en exil.

 

Malgré le rideau de fer ...

L'Europe toute entière n'est peut-être plus qu'un sujet de conversation pour romantiques d'un certain âge. Mais en quoi est-ce du romantisme que de considérer les miradors à nos frontières comme des édifices parfaitement provisoires? Serais-je plus réaliste si je tenais le mur de Berlin pour une construction réaliste - à savoir raisonnable? Je ne m'identifie pas au pessimisme tragique ou sarcastique pour qui l'abîme qui sépare l'Europe est une chose nécessaire. Au contraire, le statu quo de l'Europe actuelle me paraît artificiel, provisoire, déstabilisant et pernicieux. Ce n'est pas une réalité sociale, mais une réalité militaire.

György Konrad, sociologue, écrivain hongrois.

 

... si réel soit-il

La notion d'Europe de l'Est me paraît être actuellement la plus adéquate. Elle est une notion géopolitique qui renvoie directement aux conditions d'ancrage à l'Est apparues en 1945. Il n'est pas utile ici de développer les caractéristiques militaires de la zone, ni l'unité paysagistique produite par la socialisation: collectivisation agraire, urbanisation dans un habitat collectif; loisir sur lopin de jardin avec bungalow... Je ne crois pas forcer la réalité en rappelant que tout citoyen de cette zone se sent «sujet» de cette zone; ni de Russie, ni d'Occident, il se dit de l'Est, il ne se dit pas socialiste. Aucune institution ne s'y trompe, les évêques pas plus que les partis communistes; actuellement il n'y a pas d'Europe du Centre, mais une Europe  intermédiaire que l'Est retient encore (... ou qui a rebasculé à l'Est).

Violette Rey, géographe française.

 

Entériné par l'ouest

Il y a bien longtemps que le terme d'Europe a cessé d'être entendu au sens purement géographique, pour désigner un système particulier de valeurs, et aussi peut-être un mode de pensée spécifique. Ces dernières décennies, le mot a été utilisé comme une entité politique, dont sont exclues les nations qui n'ont pu instituer ce qu'il est convenu d'appeler un «cadre démocratique» de gouvernement. L'Europe occidentale semble reconnaître de plus en plus qu'Europe et <<non-Europe»sont en fait séparées par des barrières de fil de fer barbelé dressées par des pays et des peuples qui s'excluent eux-mêmes ou qui acceptent d'être exclus de l'Europe en vertu du statu quo hérité de la Seconde Guerre mondiale.

Mihaly Vajda, philosophe hongrois.

 

Qui a créé un éloignement

Bucarest est l'une des premières capitales européennes où l'on commenta Proust (comme le fit le jeune Eugène Ionesco), Kafka et Joyce - avant même la consolidation de leur renommée. L'isolement actuel, l'interruption forcée du circuit, n'en paraissent que plus déplorables, plus contre nature... Dans une autre configuration, imaginaire bien que plus naturelle, elle pourrait être pourtant si proche des métropoles européennes, des capitales (et provinces) de «l'autre Europe» ...

Lucian Raicu, critique littéraire roumain. (En exil à Paris).

 

Une méconnaissance mutuelle

Notre rapport vis-à-vis de l'Ouest est chargé de nombreux préjugés découlant logiquement d'une différence de civilisation et de culture, qui va toujours s'approfondissant. Les critères par lesquels nous aurions pu mettre en relation notre vie, celle de la société dans laquelle nous vivons avec la vie de la deuxième moitié de l'Europe se perdent. Il n'est pas totalement exclu que d'ici peu s'instaure une ère où nous serons semblables à ce soldat soviétique qui, arrivé chez nous à bord de son tank en 1968, éprouvait supériorité et dédain à l'égard des Tchèques parce que ceux-ci ne connaissaient pas le peigne à poux.

Josef Hradec, éditorialiste d'un «Samizdat» (Prague).

 

Une incompréhension

« Pour moi, un socialisme démocratique est pratiquement inimaginable; je ne comprends même pas le terme «socialisme». (...) Cela n'implique nullement une démarche d’exclusion à l'égard de ceux qui réfléchissent en termes de « socialisme démocratique». Il y a en Hongrie des gens qui ont peur ne serait- ce que de venir aux réunions: c'est ça le socialisme? Ce qu'il faut surtout voir, c'est qu'il a eu ici un régime totalitaire de type soviétique, un régime qui ne peut être comparé, toutes proportions gardées et en faisant les distinctions qui s'imposent, qu'au fascisme. Aujourd'hui, on dévoile en Union soviétique tous les abus commis sous ce régime. Quand le monde civilisé regardera-t-il en face le fait que le Goulag peut dignement figurer à côté d'Auschwitz?»

Csaba Kiss, leader du Forum démocratique hongrois.

 

(...) ici en Pologne, nous conservons toujours une répulsion spontanée à l'égard de ce terme, car nous assimilons le socialisme à «notre socialisme », aux seuls aspects négatifs que nous connaissons bien pour les avoir vécus. Chez nous, le «socialisme» s'est identifié à ce qu'on appelle le« real-socialisme », c'est-à-dire à un pouvoir qui échappe à tout contrôle, un pouvoir totalitaire du parti communiste. Ce mouvement instinctif de rejet qu'on a vis-à-vis du terme de socialisme englobe la notion de socialisme démocratique dans son ensemble et les idéaux qui lui sont rattachés.

Tadeusz Mazowiecki, intellectuel catholique, premier ministre polonais.

 

CETTE AUTRE EUROPE

A CONSCIENCE D'AVOIR MURI CERTAINES VALEURS:

 

La liberté

N'oublions pas une chose: en dépit des désastres énumérés, en dépit de toutes les oppressions qui pèsent sur la culture, l'élite intellectuelle de l'Est, les milieux littéraires et artistiques gardent vivante la conscience des valeurs (estompée à l'Ouest pour de multiples raisons) et perpétuent le culte - quelque peu démodé - des grands «phares» spirituels, qui conditionnent là-bas la possibilité même de survie de l'homme.

 

L'Occident intellectuel devrait apprécier plus qu'il ne le fait la contribution de l'Est à la préservation de ce culte des valeurs, «flamme sacrée» toujours menacée par l'environnement hostile, mais jamais éteinte tout à fait. Pour l'instant...

 

«L'Idée européenne» tant discutée ici, pourrait recevoir de là- bas, de l'autre Europe, une sorte de réconfort constamment stimulant, vif et présent comme une source réelle d'inspiration. Aujourd'hui l'idée de «culture européenne» serait d'ailleurs inconcevable à l'exclusion des cultures de l'Est et d'Europe centrale.

 

Là-bas, les concepts de liberté de l'homme et de liberté de pensée sont loin d'être usés - à la différence de ce qu'il me semble parfois observer ici, où ils sont justement devenus naturels, trop naturels.

Lucian Raicu (en exil).

 

J'ai peur de l'écrire, mais il existe des Etats civilisés, des Etats Providence, où la liberté est devenue un article de grande consommation. Une marchandise accessible comme une baignoire de marbre, un téléviseur couleur ou un ordinateur emmagasinant les souvenirs utiles. Dans nos pays, hélas, il faut encore faire la queue pour la liberté, comme en Pologne pour les pommes de terre.

Sandor Csoori, écrivain hongrois.

 

La rigueur morale

Dans la forêt embroussaillée des interprétations quotidiennes du monde, il est bon de savoir que la réalité vraie de l'existence aujourd'hui est la réalité propre de l'homme. Celle qui l'a contraint non seulement à la survie mais également à la rigueur morale.

 

Le sens de l'absolu

Nous, depuis quarante ans, nous sentons continuellement sur notre peau la double condition de la vie: il faut survivre non seulement par le corps, mais par l'esprit. Et cela est impossible sans la métaphysique, la culture traditionnelle de l'homme.

Sandor Csoori.

 

(…) nous vivons dans la première civilisation athée de l'histoire humaine. Les gens ont cessé d'éprouver du respect à l'égard de tout ce qu'on appelle les hautes valeurs métaphysiques -l'Absolu, quelque chose de supérieur à eux-mêmes, quelque chose de mystérieux. Je ne parle pas ici nécessairement de Dieu. Je me réfère à tout ce qui est absolu, transcendant, supra humain. Ces considérations fondamentales représentaient autrefois un soutien, un horizon pour les gens, que nous avons maintenant perdus. Et le paradoxe est que se faisant, nous avons perdu prise sur la civilisation, qui est en train d'échapper à notre contrôle. Dès que l'humanité s'autoproclame le dirigeant suprême de l'univers, le monde commence du même coup à perdre ses dimensions humaines.

Vaclav Havel, dramaturge, théoricien de la Charte 77. (Prague)

 

Un sens aigu de la vérité

Dans les diverses dictatures du Tiers Monde, un petit groupe dirigeant domine par la violence et tyrannise la société. En comparaison avec ces dictatures, notre système totalitaire est moins ouvertement ou directement fondé sur la violence. (...)

 

Ce que vous rencontrerez, en revanche, est ce que George Orwell a vu, et qui est plus dangereux à certains égards. Du matin au soir, le système s'ingère d'une manière ou d'une autre dans toute chose que peut faire tout citoyen ordinaire. (…) Il semble que si le système totalitaire s'est efforcé ici de créer son propre «peuple totalitarisé» - un peuple qui n'a jamais eu l'opportunité de comparer deux points de vue différents ou plus et qui a donc été progressivement conditionné et manipulé pour se conformer ou s'adapter à la propre interprétation officielle de la réalité imposée par le gouvernement. Cette interprétation finit en conséquence par se confondre avec la réalité elle-même. Le mensonge, général et universel, commence à l'emporter, et les gens à s'y adapter, chacun se compromettant avec le mensonge ou coexistant avec lui, à un moment ou à un autre de la vie. Dans ces conditions, affirmer la vérité, se comporter authentiquement, en passant à travers le mensonge généralisé - en dépit de tout, y compris du risque de se retrouver seul contre le monde entier - est un acte d'une extraordinaire importance politique. C'est seulement pour ceux qui n'ont pas l'expérience d'une telle situation que l'exaltation de la vérité, ou du fait d'être vrai vis-à-vis de soi-même, peut apparaître comme une sorte d'étrange sermon démodé.

Vaclav Havel.

 

Une conception plus large des Droits de l'Homme

Ce pour quoi nous luttons ressort des droits fondamentaux de l'homme. Il est aujourd'hui important que, dans l'espace de ces vingt dernières années, la signification de l'idée des droits de l'homme ait connu un juste retour dans l'opinion publique mondiale. Cependant, on continue de comprendre davantage sous cette acception une opposition aux actes extrêmes de violence commis envers les individus. Nous serions les derniers à ne pas l'apprécier. Toutefois, tout ce qui concourt à la participation libre et authentique de l'homme dans la vie sociale, tout ce qui constitue le droit, pour lui, d'exprimer ses propres convictions, de même que le droit d'association, tout ceci fait également partie des droits de l'homme.

 

Nous espérons que notre lutte sera soutenue par l'opinion publique européenne et mondiale, précisément par cette même interprétation des droits de l'homme: droits des travailleurs, droits sociaux, droits des peuples. L'Europe ne sera pas l'Europe si elle ne revendique pas une telle conception des droits de l'homme, si elle n'y satisfait pas par un programme de revendications voyant vraiment loin et exprimant les valeurs de notre culture commune.

Tadeusz Mazowiecki. Un autre visage de l'Europe,

ed. Noir sur Blanc. Suisse.

 

AVEC UN RETOUR

 

Au libéralisme

En 1945, il n'existait pas en Europe du Centre-Est d'alternative libérale au communisme. Il n'est pas aisé de pratiquer le « libéralisme» dans un paysage en ruine: l'Etat paraissait le mieux équipé pour entreprendre la tâche de la reconstruction. (...)

 

Comment expliquer le renouveau du libéralisme en Europe du Centre-Est depuis une décennie? Principalement par deux sources: la redécouverte par la dissidence de la notion de «société civile» d'une part, et la redécouverte parallèle du marché et du libéralisme pour faire face à la crise et au processus de décomposition de l'économie socialiste, d'autre part. (...)

Après quarante années de «tout à l'Etat» pratiqué au nom d'une idéologie socialiste, la redécouverte de la société civile explique l'actualité nouvelle du libéralisme.

Jacques Rupnik, Pierre Kende. L'autre Europe.

 

Et à la Chrétienté ...

Pourtant, alors que dans le cas de l'opposition polonaise d'avant août 1980, l'intérêt pour les problèmes des pays voisins provenait de la similitude des formes d'oppression, c'est-à-dire plus généralement du manque de libertés démocratiques et de la dépendance envers Moscou, il n'en va plus de même depuis le début des années quatre-vingt: l'idée d'Europe centrale a soudain pris un éclat nouveau, inconnu jusqu'alors, celui des significations culturelles et historiques de la tradition européenne de la «Christianitas» dont on redécouvrit les richesses. Les calculs politiques nés de l'identité des situations et du sentiment de partager une même oppression (jamais auparavant l'ennemi n'avait été le même pour tous), qui activaient jusqu'alors les expressions indépendantes de la vie sociale, furent remplacés par la vision sentimentale d'une Europe centrale trahie à plusieurs reprises par l'Occident, mais plus fidèle à la culture antique et judéo-chrétienne que l'Occident lui-même. (...) Il est très probable que l'un des éléments qui ont provoqué l'émergence de ce ressentiment spécifique fut la défaite de Solidarité.

Rafal Grupinski, historien de la culture (Pologne).

 

L'intérêt suscité, ces dernières années, par« l'Europe centrale» n'est pas tant la conséquence de la prise de conscience que toute une culture était restée dans l'ombre, que de la découverte par l'Occident qu'à la suite d'un partage manichéen Est-Ouest, toute une partie de l'Europe avait disparu comme dans le brouillard.

Au réveil de sa longue hibernation idéologique, l'Occident européen a découvert qu'une partie de son propre héritage culturel lui avait échappé et qu'il se trouvait ainsi lui-même appauvri. »

Kis Danilo, écrivain slovène.

 

Les textes dont l'origine n'est pas mentionnée sont extraits de plusieurs numéros des revues La Nouvelle alternative et l'Autre Europe.

 

EN HOMMAGE RECONNAISSANT

 

Vous êtes, de très longue date peut-être, un «ami de l'Entraide d'Eglise». Peut-être lisez-vous périodiquement la «Lettre aux amis»? Cette lettre vous a apporté pendant des années des nouvelles des communautés chrétiennes vivant dans les Républiques socialistes de l'Europe de l'Est et vous a invité à entrer en communion avec eux; elle ne vous a pourtant jamais livré le nom de celle qui la préparait et la rédigeait d'un bout à l'autre. C'est au moment où elle quitte l'Entraide d'Eglise que je veux, à son insu, rendre du fond du cœur un hommage à Mademoiselle Françoise Le Cocq de Pletincks.

Depuis 1957, (cela fait 32 ans !), Françoise a porté notre œuvre à bout de bras. Elle était là déjà au moment où est née l'Entraide d'Eglise, quand les Responsables de nos diocèses francophones, les évêques et leurs délégués, ont suscité l'Entraide pour rejoindre nos frères de l'Est, connaître leurs besoins et chercher à y répondre. Dès l'origine elle conduisit l'action de l'Entraide d'Eglise, elle poursuivit avec une fidélité remarquable le double objectif qu'elle rappelait aux responsables des communautés paroissiales en octobre 83 : « Nous sommes avant tout soucieux de deux choses: être un pont pour la voix des frères de l'Est qui, dans leurs épreuves spécifiques, ont aussi quelque chose à partager; soutenir leurs efforts, sans nous imposer, mais en épaulant tous ceux qui, dans ces pays, travaillent à faire surgir de l'épreuve une Eglise plus évangélique, plus ouverte, mieux intégrée dans la respiration de l'après-Concile, de l'Eglise universelle».

Le moment est venu pour elle de quitter l'Entraide d'Eglise. Elle le fait la mort dans l'âme, les épreuves physiques étant venues à bout de sa capacité de résistance. Pendant les cinq dernières années elle a tenu bon, opiniâtrement, faisant sans cesse reculer les limites des capacités humaines. Une flamme intérieure la soutenait, alimentée au don total qu'elle avait fait de sa personne à ses frères de l'Est.

Pendant plus de 30 ans elle a été l'âme de l'Entraide d'Eglise et elle en a orienté la marche à travers les événements de l'Eglise et du monde. Elle s'appuyait, bien sûr, sur un Comité formé de prêtres délégués par chacun des diocèses mais son influence a été prépondérante.

Ayant eu l'occasion, avec des chrétiens de chez nous, de rencontrer dans des camps des personnes «néo-réfugiées» de jeunes parents fuyant la zone de l'Est d'Allemagne pour sauver la foi de leurs enfants, elle suscita les «Chantiers missionnaires », regroupant des jeunes pour aider à la construction d'églises, de salles de catéchisme..., pour les communautés de réfugiés catholiques en terre protestante de l'Allemagne de l'Ouest. Ces chantiers s'orientèrent bientôt vers le Nord de la France pour répondre à des appels urgents de communautés paroissiales très pauvres.

Mais c'est surtout vers les pays de l'Europe de l'Est que l'Entraide d'Eglise développa son action. Celle-ci se fit sous le signe d'une lente compénétration. Françoise excellait à créer des liens. Initiée aux langues germaniques et slaves, elle rencontra de nombreux chrétiens de l'Est, parfois chez eux, le plus souvent chez elle où des hommes, des femmes ayant pu franchir leurs frontières se présentaient, parfois sans s'annoncer. Ils lui disaient leur vie, leurs épreuves, leurs découvertes, leurs besoins. Ils se sentaient de connivence avec elle. L'un d' entre eux m'a un jour confié: «De tous les occidentaux que je connais, Françoise Le Cocq est celle qui a le mieux perçu notre esprit, qui rejoint le mieux ce que nous ressentons le plus profondément. Et Françoise m'a parfois fait la confidence: «Je me sens davantage de l'Est que de notre civilisation matérialiste qui parfois me déprime».

A l'écoute de leurs besoins, elle s'efforçait d'y répondre, en faisant aussi appel aux chrétiens de chez nous à travers la Lettre aux Amis, le Message de Noël, la collecte annuelle dans les communautés paroissiales. C'était alors l'envoi de livres, de revues, de matériel didactique, le soutien d'éditions religieuses dans les pays de l'Est, l'aide apportée à un organisme national de catéchèse. Elle voulait permettre à ces communautés chrétiennes d'entrer dans l'esprit du Concile dont elles se sont trouvées fort éloignées. Son souci était aussi grand de nous faire partager les richesses spirituelles vécues au delà du Rideau de fer, de faire bénéficier nos Eglises des dons que le Seigneur répand quand ses enfants persécutés lui restent fidèles et grandissent dans l'épreuve.

Au moment où Mademoiselle Françoise Le Cocq de Pletincks nous quitte, remercions le Seigneur de l'avoir donnée toute entière à l'Entraide d'Eglise. Demandons-lui de bénir l'action de ceux et celles qui poursuivront les contacts, le soutien et les échanges avec nos frères de l'Est.

J.-M. Delor, V.G. Tournai

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