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Bulletin décembre 1987

 

Message de Noël

 

Fragile, fragile..., petit et démuni, il a renoncé à tout, ce Dieu qui vient de naître, homme parmi les hommes. Toutes éventualités lui étaient offertes: serait-il de sang royal, puissant, riche et adulé? Non, il a choisi le dénuement, la faiblesse, le silence de la nuit. Cela signifie quelque chose, à n'en pas douter. Une préférence, une prédilection. Une option fondamentale.

 

A une seule chose pourtant, il n'a pas renoncé, à l'amour. Autour de lui, Marie et Joseph, pénétrés d'une ineffable douceur, le cœur large ouvert à l'insondable mystère, la tendresse frémissante. Et puis, surgis des ténèbres, ces simples bergers émerveillés. L’amour baigne la crèche. Même si la nuit reposait sur le site, sur le pays et l'univers, quelques uns t'attendaient, te faisaient fête dans le calme du bonheur profond. Tu as renoncé à tout, Enfant-Dieu, sauf à l'amour. Et cela aussi signifie quelque chose.

 

Celui que l'on donne, celui que l'on reçoit, tu viens nous dire combien cet amour est indissolublement lié à la vie humaine. Nous redire combien l'homme doit se pétrir d'amour pour éclore. Combien le plus fragile doit être le plus enrobé d'amour. Et pour cela, tu viens tout petit et vulnérable, un nouveau-né. Tellement dépendant d'amour pour sa survie. De là viendra sans doute ton affection privilégiée pour les enfants: «Laissez venir à moi les petits enfants», «Si vous ne devenez semblables à l'un de ces petits, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux».

 

Nos enfants ont besoin d'amour pour s'épanouir. Tous les enfants du monde ont besoin d'amour pour pouvoir imaginer l'amour filial. Celui qui a été aimé est entré dans le porche de l'amour. Comment s'étonner que des adultes dédient leur vie à des enfants, pour les enrichir au départ d'un sourire ou d'une caresse, leur découvrant dès lors un horizon infini. Comment s'étonner aussi que les pasteurs attachent une telle importance à la pastorale de l'enfance. Et l'on comprend pourquoi les Etats totalitaires veillent si jalousement autour de la jeunesse.

 

Ils voudraient que s'efface de la mémoire des hommes le nom béni de celui qui vint cette nuit-là: Emmanuel, Dieu-avec-nous. Ils voudraient que la terre qui a resplendi, que les cieux qui ont irradié sa lumière deviennent à jamais amnésiques et muets. Et pourtant le nom de Jésus nous fut confié pour qu'il soit transmis de générations en générations et jusqu'à la fin des temps. Pour que la Bonne Nouvelle troue la nuit des hommes: depuis que le Christ s'est fait chair, le Père nous donne à tous le nom de fils. A tous, et par prédilection à ceux qui sont esseulés, rejetés, humiliés, exploités ou persécutés.

 

Qui le leur dira demain si nous venons à nous taire? Qui dira aux enfants que chacun de leur nom est inscrit sur la paume de la main de Dieu et qu'il leur faut prêter l'oreille à une voix discrète qui leur dévoile d'heureux secrets?

 

Amis, nous vous partageons ci-après deux documents venant de l'Est. Le premier fut publié dans la «Chronique de l'Eglise catholique en Lituanie», datée du 18 mars 1987. Le second vient d'une autre région névralgique: la Tchécoslovaquie. Tous deux sont des requêtes adressées aux responsables civils et manifestent le même souci de la liberté pour l'éducation religieuse de la jeunesse. Les signataires prennent un risque, mais ils savent que l'amour vrai est plus nécessaire que le pain pour ces enfants qui leur sont confiés. A cela, ils ne peuvent renoncer: et certains paient du prix de leur liberté ce devoir qui leur incombe.

 

Noël, fête de famille, fête de l'échange. En Pologne, à la veillée, sera partagée l' «oplatek» (pain sans levain) autour de la table familiale, en signe de réconciliation et d'amour. Un instant de paix et de partage. Au nom de l'Enfant de cette nuit revêtu d'amour, entrons dans la communion et le partage.

 

Que Noël vous comble, Amis!

 

LEURS VOIX

EN LITUANIE

 

A voix haute ou à voix basse, «l'Eglise du silence» parle. Parfois des documents originaux parviennent en Occident, même des régions où la situation est la plus précaire. Nous évoquions récemment ces chrétiens d'Albanie qui témoignaient du fait que leur Eglise était vivante, malgré une persécution qui a pris longtemps des allures très violentes.

 

Plusieurs fois aussi, nous sommes revenus sur la situation en Lituanie, ce petit pays Balte incorporé de force à l'Union Soviétique, au mépris des droits les plus élémentaires. Même si la Constitution stipule la liberté de conscience, les règlementations imposées à l'Eglise visent à la conduire à l'asphyxie. Mais elle ne s'y résigne pas. En voici un témoignage: 107 des 116 prêtres du diocèse de Telšiai et de la Prélature de Klaïpeda signent une pétition adressée aux autorités civiles, particulièrement à Mr Gorbatchev. Le souci de la jeune génération transparaît particulièrement dans cette requête.

 

«La Constitution de l'Union des républiques socialistes soviétiques garantit la liberté de conscience et de pratiquer la foi religieuse. Le paragraphe 52 de la Constitution stipule: «Aux citoyens de l'Union des républiques socialistes soviétiques est garantie la liberté religieuse, soit le droit de professer n'importe quelle religion ou de n'en professer aucune, de pratiquer les cultes religieux ou de faire de la propagande antireligieuse ». Les mêmes droits et les mêmes libertés sont sanctionnés par la Constitution de la République socialiste soviétique de la Lituanie (paragraphe 50). En outre, le gouvernement de l'URSS a apposé sa propre signature sous la Déclaration universelle des droits de l'homme dont le paragraphe 18 établit le droit de chaque citoyen d'exprimer ses propres convictions et de les propager. Les athées dans la République socialiste de Lituanie jouissent pleinement de tous ces droits qui sont établis dans les documents indiqués ci-dessus, tandis que les croyants sont soumis à des restrictions et des limitations.

 

L’enseignement religieux n'est autorisé que dans les églises pendant les offices, au moyen des homélies, ou à des personnes d'un âge avancé. Aux jeunes jusqu'à l'âge de dix-huit ans il est interdit d'enseigner les vérités de la foi et il leur est interdit de les pratiquer, même dans les églises durant les offices (1). Seuls les parents et seulement à la maison peuvent instruire de la religion leurs propres enfants.

 

(1) Telle est la réglementation. Mais elle est très contournée, car les parents croyants ne renoncent pas à leur droit et les prêtres à leur devoir. C'est pourquoi on voit des jeunes et des enfants dans les églises en Lituanie. Les autorités civiles préfèrent encore cela à la clandestinité.

 

 

Cette inégalité flagrante provoque en nous une profonde indignation. Aux athées sont concédées toutes les possibilités de faire de la propagande antireligieuse, en s'appuyant sur les autorités d'Etat et tous les moyens de communication de masse, commençant depuis les lieux d'accueil des plus jeunes enfants jusqu'aux obsèques des défunts. Par contre, toute possibilité est refusée au croyant de se servir de n'importe quel moyen de communication de masse. Les croyants sont contraints de confier aux athées l'éducation de leurs enfants.

 

Les canons de l'Eglise catholique établissent catégoriquement le devoir des prêtres de préparer à la pratique religieuse non seulement les adultes mais aussi les jeunes et les enfants (canons 773-777). Les parents, occupés à de multiples activités, s'adressent aux prêtres pour qu'ils donnent à leurs enfants une instruction religieuse. Mais les prêtres dans l'exercice de cette tâche se trouvent face à de sévères interdictions des autorités étatiques, sont soumis à des répressions et finissent par être impliqués dans des situations conflictuelles. Il n'y a pas longtemps, les prêtres Prosperas Bubnys, Juozapas Zdebskis et Antanas Seskevicius ont été emprisonnés pour avoir enseigné le catéchisme à des enfants. En 1986, pour le même motif, les prêtres Antanas Ivanouskas, Antanas Seskevicius et Vytautas Insoda ont été condamnés à des amendes. Trois prêtres qui se sont particulièrement distingués par leur activité religieuse - Alfonsas Svarinskas, Sigitas Tamkevicius et Jonas Kastytis Matulionis - ont été condamnés à de longues peines de détention qu'ils sont toujours en train de purger.

 

Pour des motifs purement antireligieux ont été confisquées la cathédrale de Vilnius, transformée en galerie d'art antique, et l'église de St Casimir toujours à Vilnius, transformée en musée d'athéisme. A Klaïpeda, l'église de Marie, reine de la paix, construite par les croyants de leurs propres mains et avec leur argent a été confisquée. Désormais depuis de longues années, les croyants de cette cité portuaire de deux cent mille habitants sont contraints de se réunir pour les offices religieux dans une minuscule petite église où manquent l'espace et l'air. Jusqu'à présent, toutes les espérances ont été déçues de retrouver l'église confisquée, adaptée en une salle de concert. Les croyants et les prêtres se sentent douloureusement frappés par les offenses continuelles à leurs sentiments religieux, spécialement dans la presse et à l'école. Une telle attitude offensive à l'égard des croyants est contraire aux règles les plus élémentaires de l'éthique de la propagande athée. Mais cependant, ceci est permis dans notre pays.

 

Les prêtres et les croyants laïques savent bien que dans les autres pays socialistes, comme par exemple dans la République démocratique allemande, en Pologne et en Hongrie, il est permis aux prêtres d'enseigner la religion aux enfants des parents croyants non seulement dans les églises, mais aussi dans des édifices qui leur sont adjacents.

Sachant qu'en ce moment dans le pays surviennent de grands changements, nous nous adressons à vous, citoyen secrétaire général, vous priant instamment que les changements en cours soient appliqués également dans le champ de la liberté religieuse dans notre république; et c'est-à-dire que soit pleinement garantie la liberté de pratiquer sa propre foi. Nous vous demandons que nous soit donnée, à nous les prêtres, la possibilité d'accomplir sans restriction l'un des plus importants devoirs imposés par les canons de l'Eglise, à savoir de donner l'enseignement religieux aux enfants des parents croyants».

 

EN TCHECOSLOVAQUIE

UNE CHARTE DES CROYANTS

 

Fin septembre et durant le mois d'octobre, le Cardinal Tomasek, archevêque de Prague se trouvait à Rome pour y rendre au St Père sa «visite ad limina». Aucun autre évêque ou prélat de son pays ne l'accompagnait. Des motifs de santé, de contrainte ou de convenance personnelle les y avaient retenus. Et c'est donc ce vieil homme, imprégné de foi et de paix, qui représentait la Tchécoslovaquie devant le pape qui lui ouvrait les bras.

 

L’Osservatore Romano du 2 octobre relate cette audience et les propos de Jean-Paul II qui voit dans l'absence des autres évêques «une éloquente indication des conditions dans lesquelles vit l'Eglise dans vos régions.» «Le St Siège, poursuit le pape, a toujours cherché et recherche infatigablement à exploiter toutes les possibilités afin que ce triste état, sans analogie en des pays de tradition chrétienne, puisse prendre fin». Il évoque encore «les innombrables obstacles» frappant ceux qui veulent entrer au séminaire et le manque incompréhensible de monastères et maisons religieuses. Mais l'allocution de Jean-Paul Il se clôt sur une note d'espérance: «particulièrement consolant, en effet, est le désir croissant des jeunes de vivre selon l'Evangile, comme le démontre la participation toujours plus nombreuse aux sacrements et aux pèlerinages». Il est remarquable, de fait, qu'une renaissance religieuse se manifeste sous de multiples formes: petits groupes de jeunes, non-officiels, littérature religieuse clandestine, vocations religieuses et sacerdotales, protestations publiques.

 

Il ya un bon moment, le Cardinal Tomasek a fait parvenir au gouvernement une «Charte des croyants en Tchécoslovaquie », qui synthétisait en 16 points les requêtes les plus urgentes:

«1. Nous exigeons que l'Etat n'intervienne pas dans le choix des étudiants de théologie ni dans celui des professeurs. Nous exigeons que soit construite une seconde faculté de théologie dans la province de Moravie. (1)

 

(1) Deux séminaires, étroitement contrôlés, existent encore en Tchécoslovaquie. L’un à Bratislava, pour le pays slovaque, l'autre à Litomerice, près de Prague, pour les deux régions du pays tchèque, la Bohème et la Moravie.

 

2. Nous exigeons que cessent les intolérables pressions exercées sur les parents qui inscrivent leurs enfants aux cours d'enseignement religieux, et sur les enfants eux-mêmes. Cet enseignement doit pouvoir être assuré en dehors de l'école, particulièrement à l'église.(2)

 

(2) En Tchécoslovaquie, l'enseignement religieux aux enfants - à l'exclusion des jeunes du cycle secondaire et des étudiants universitaires - doit se donner à l'école. Ce qui favorise une discrimination et des pressions multiples sur les écoliers, livrés à l'opposition de leurs maîtres athées.

 

3. Nous exigeons qu'il n'y ait aucune discrimination dans la suite des écoles secondaires et universitaires pour les étudiants qui ont fréquenté les cours d'enseignement religieux.

 

4. Nous exigeons la suppression des «secrétaires religieux» qui peuvent arbitrairement suspendre les prêtres et qui les perturbent, en particulier ceux qui s'occupent de la jeunesse.

 

5. Nous exigeons que dans chaque paroisse puisse être formé un conseil de laïcs pour venir en aide au prêtre.

 

6. Nous exigeons le rétablissement des ordres religieux.(3)

 

(3) Tous les ordres religieux furent supprimés par la violence en 1950. Il n'empêche! Des arrestations et des condamnations ont souvent mis en relief le fait que des vocations religieuses existent, vivantes, bien que secrètes, au milieu des quartiers et des milieux de travail.

 

7. Nous revendiquons le droit de fonder des associations catholiques, des associations pour la jeunesse, et ceci également hors des édifices du culte.

 

8. Nous exigeons de pouvoir communiquer avec les catholiques de l'étranger et de recevoir, sans aucune censure, des livres et des publications catholiques.

 

9. Nous exigeons pour tous le droit de participer à des retraites spirituelles (4).

 

(4) Même les prêtres n'ont pas le droit de se rassembler pour faire retraite ensemble.

 

10. Nous exigeons une authentique presse religieuse et des transmissions catholiques à la radio et la télévision.

 

11. Nous exigeons la réhabilitation des prêtres et religieux arrêtés au cours de leur activité pastorale.

 

12. Nous demandons que soit mis fin à la discrimination à l'égard des croyants qui actuellement ne peuvent accéder à certaines professions, en particulier l'enseignement.

 

13. Nous demandons que soient construites de nouvelles églises.

 

14. Nous exigeons l'ordination de nouveaux évêques et la formation d'une conférence épiscopale. (5)

 

(5) Neuf diocèses sur treize sont dépourvus de titulaire depuis des années, et les quatre qui subsistent ont dépassé la limite d'âge. Le pouvoir civil a toujours cherché à promouvoir la nomination de ses propres candidats et le Vatican a préféré s'abstenir. De nouvelles négociations seraient en cours.

 

15. Nous exigeons la désignation de diacres laïcs.

 

16. Nous demandons la séparation de l'Eglise de l'Etat athée.

 

Unis dans la prière, nous demandons à nos frères et sœurs catholiques de nous aider et d'appuyer notre requête auprès des représentants de la Tchécoslovaquie dans leur pays».

 

Après son temps de visite à Rome, le vieux Cardinal de Prague est reparti vers son pays. Parce que la place du pasteur est parmi les siens. L’incarnation du Christ est bien là pour nous en convaincre.