Bulletin décembre 1986

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«La Vérité vous rendra libres» (Je 8,32)

 

Il n'est pas lié à l'Eglise. Depuis sa jeunesse, il a milité dans les rangs des jeunes communistes idéalistes et, de ce fait, il a passé par beaucoup d'épreuves, parce qu'il prétendait parler franc et revendiquer la seule force du droit. Il s'appelle Adam Michnik et est aujourd'hui encore toujours à la pointe de la lutte pour les libertés, en Pologne. Il vient d'être libéré de prison au bénéfice de la récente amnistie. Mais il est prêt à y retourner s'il lui fallait aliéner sa parole.

 

Alors qu'il était encore incarcéré à Barczewo, il adressa une lettre ouverte aux autorités polonaises (dont il fit parvenir un double au quotidien, Le Monde, 1.7.1986). Dans cette lettre, nous retrouvons un accent paulinien lorsque du fond de sa cellule, il écrit:

 

 «Vous ne trouverez pas de haine dans mes paroles. Elles sont nées de mon inquiétude. C'est un homme libre qui vous parle, bien qu'il soit en prison, il vous parle le langage des hommes libres, bien que dépourvu de droits».

 

 

 

«Laissez venir à moi les petits enfants

et ne les empêchez pas »...

 

Noël est par prédilection une fête des enfants. Chacun s'émeut de penser que c'est sous la forme d'un nouveau-né que le Fils de Dieu est apparu sur terre. Nous savons que nos enfants représentent pour nous le bien le plus précieux, nous voulons leur transmettre le meilleur de nous-mêmes.

 

A l'Est, l'enfant est aussi la cible privilégiée du pouvoir. Dès son plus jeune âge, il importe de l'arracher à tout «obscurantisme» religieux, pour construire «l'homme nouveau».

 

Deux parents, autrefois enseignants en Tchécoslovaquie, s'exprimaient confidentiellement sur le rôle de l'école dans cette entreprise de déchristianisation de la jeunesse.

 

Il faut savoir qu'en ce pays l'enseignement religieux ne peut être donné que dans les locaux scolaires, après leurs heures de classe, et seulement par le prêtre agréé par les autorités. L'inscription à l'enseignement religieux est l'objet d'une lutte ouverte ou sournoise entre les enseignants et les enfants et leurs parents:

 

«Pour être concrète, je dois dire que l'instituteur de la classe reçoit un salaire inofficiel de 200 couronnes pour le retrait d'inscription d'un élève à l'enseignement religieux. Le retrait ou la diminution du nombre d'enfants qui fréquentent le cours de religion constitue un but pour l'école. Les enseignants sont investis de cette tâche dans le cadre du plan éducatif, ils possèdent une liste des élèves qui fréquentent l'enseignement religieux, et qu'ils doivent convaincre d'y renoncer.

 

La mise en œuvre de ce plan est très raffinée. On s'efforce d'attirer l'intérêt des enfants sur le programme de l'organisation des Pionniers (éducation communiste de la jeunesse); en outre, les jours où les enfants ont l'instruction religieuse, on s'efforce de les surmener par de l'enseignement supplémentaire l'après-midi, pour les lasser en vue de l'heure de religion qui suit. La présence des enfants à l'enseignement religieux est contrôlée par des certificats spéciaux. On veut ainsi éviter une fréquentation non contrôlée de l'enseignement. Il arrive même que quelques enfants fréquentent l'enseignement religieux sans s'être inscrits. Les professeurs veulent obtenir que tous les enfants qui participent à l'enseignement religieux soient officiellement inscrits, de telle manière que les enfants et les parents soient amenés à subir les tracas liés avec l'éducation religieuse. Mais les enfants sabotent ces certificats, à la place de leur nom, ils en inscrivent un autre. Il est déjà arrivé qu'un certificat soit signé du nom de Wladimir Ilitch Lenin!

 

L'enseignement de l'après-midi suivi de l'heure de religion a pour résultat que, le soir, les enfants n'ont plus le temps de se préparer pour le travail scolaire du lendemain et, ce jour, les institutrices les interpellent expressément, pour pouvoir leur donner une mauvaise note. (...)

 

Le professeur est le maître dans la classe et lorsqu'il traque ainsi des élèves, il peut facilement et sans que l'on s'en aperçoive, réduire le niveau des cotes de deux à trois points, de manière à enlever ainsi à l'enfant le goût d'étudier et à en faire un mauvais élève. Dans beaucoup de nos écoles primaires, il est presque inconcevable - bien sûr, selon le professeur, - qu'un élève qui fréquente l'enseignement religieux puisse recevoir de bonnes notes et soit distingué.

 

Dans l'école où j'enseignais, lors d'une conférence, le directeur a condamné d'une manière sévère une enseignante en disant: «Qu'avez-vous fait jusqu'à présent? Il est en septième classe et avec une excellence? Cela doit changer d'ici la fin de l'année. Comment cela? Il devrait être un modèle et un exemple, alors qu'il fréquente l'église et suit l'enseignement religieux?» Un enfant catholique doit donc, de ce fait, être le dernier des imbéciles dans la classe, de manière à le détacher des autres enfants. Et quand il n'est pas un imbécile, on le fera devenir tel.

 

Nous avons des parents qui n'ont aucune peur et qui défendent même leurs enfants auprès du directeur. Il y en a aussi malheureusement plus d'un qui promettent à l'enseignant de soustraire l'enfant à l'enseignement religieux, dès qu'il aura fait sa première communion. Ils veulent ainsi préserver leurs enfants de handicaps, comme par exemple de la non acceptation dans un degré supérieur de l'école. J'ai constaté que les enfants qui abandonnent l'enseignement religieux sont tout à coup choyés par les professeurs; ils obtiennent des fonctions dans l'organisation des Pionniers, leurs bulletins s'améliorent d'un seul coup par rapport à ce qu'ils étaient du temps qu'ils fréquentaient l'enseignement religieux. Les enfants qui prennent part à l'enseignement religieux sont de ce fait toujours tenus en marge de la classe, de manière à ce qu'ils ne puissent atteindre les études de l'enseignement moyen.

 

Naturellement, tous les enfants ressentent cette situation qui leur est faite comme une grande injustice. Ils sont aussi conscients de leur impuissance. Et quand ils restent dans cette frustration seuls et sans aide, à vue humaine, ils sont littéralement abandonnés. Mais ces petits d'entre les petits, Jésus les prend notoirement lui-même en charge et les conduit sur son chemin insondable.

 

Dans la classe de mon fils, il ya une fillette qui s'appelle Monique. Elle aussi avait fréquenté l'enseignement religieux, mais sous la pression de l'institutrice, elle s'était retirée. Mais quand elle a vu la détermination de mon fils, elle a réfléchi à son attitude. Elle m'a dit personnellement: «Madame M., votre Robert porte la croix pour nous tous». Avec Robert, elle s'est souvent entretenue à ce sujet. Elle lui a dit que nous ne pouvons pas trahir Jésus comme Judas. Quand, en se moquant, l'institutrice a demandé une fois qui fréquentait encore l'enseignement religieux, Monique a levé le doigt. Elle voulait s'inscrire encore pour la seconde partie de l'année, mais ce n'était plus possible. Alors, elle-même est allée trouver le prêtre, elle s'est inscrite auprès de lui et va se confesser. Par ce geste, elle a été un exemple pour deux autres condisciples, qui se sont inscrites avec elle à l’enseignement religieux. Monique sait que l'institutrice exercera des pressions sur elle à cause de cela. Mais elle a dit qu'elle rattraperait vite ce qu'elle a manqué du fait de son inscription.

 

Tout l'appareil scolaire, les écoles aussi, se sont donnés directement pour but de mener la lutte contre la religion et les enfants croyants. Ce but et les directives sont exclusivement internes et sévèrement secrètes. Moi-même, lorsque j'enseignais encore et lorsqu'il était déjà connu que je suis croyante, je ne pouvais pas obtenir la moindre fonction. Le directeur m'a dit que j'étais un élément peu sûr. Il est directement défendu de répandre ou même de parler de ce qui a été dit à la conférence des enseignants. C'est un secret de service.

 

Les enseignants sont maintenus en outre en état de faiblesse, à l'aide de ce que l'on appelle la promesse de fidélité aux idées du marxisme-léninisme. Les enseignants sont convaincus qu'ils pourraient perdre leur situation s'ils venaient à rompre cette promesse. C'est pourquoi, personne ne dit rien et tout se passe secrètement, de telle manière que ces astuces ne sont perceptibles que pour peu de personnes et presque personne ne se défend contre elles. C'est extrêmement important de se défendre publiquement contre ces méthodes et d'en parler à haute voix. Chez nous, actuellement, c'est ce qu'il ya de plus désagréable qui puisse se passer pour les autorités et les écoles.

 

Nombre d'enfants ne sont plus en état de supporter la pression psychique des professeurs et les parents demandent eux-mêmes à soustraire leurs enfants à l'enseignement religieux. Tous les enfants ne sont pas capables de porter la croix de la persécution et de la honte. Cela conduit à des séparations regrettables à la maison. C'est une méthode incroyablement astucieuse de lutte contre les parents croyants, contre l'union de la famille. Tous les parents croyants sincères inscrivent naturellement leurs enfants à l'enseignement religieux. Et quand l'enfant est doué et aime étudier, ils veulent évidemment que leur enfant obtienne de bonnes notes pour lui favoriser la poursuite ultérieure des études.

 

Une famille intacte, qui sait se défendre, est insaisissable pour l'athéisme. Les instances du pouvoir en sont bien conscientes. Comment peut-on dès lors affaiblir les forces de ces familles? Si on leur construit des problèmes. Et là-dessus, on se concentre sur la partie la plus sensible: les enfants. L'une de ces méthodes, nous l'avons déjà dit, c'est l'instigation à devenir de mauvais élèves et l'effort pour briser le caractère des enfants croyants. Vous pouvez maintenant vous représenter la situation d'un tel enfant. A l'école, il est handicapé et sous pression et à la maison, les parents pensent, quand ne leur apparaît pas clairement ce dont il s'agit, que l'enfant ne veut pas étudier, qu'il est paresseux; ils culpabilisent et punissent l'enfant. Ainsi, dans la famille croyante peut se créer une situation où l'enfant est insécurisé à cause de cette injustice et perd la foi.

 

Les parents croyants doivent soutenir l'enfant à travers toutes les circonstances. Alors seulement, l'enfant peut surmonter psychiquement la situation à l'école et alors seulement il n'est pas atteint par les effets de ce traitement. La famille doit tenir ensemble. Les ennemis s'efforcent de détruire la famille par différents côtés; au travail, à l'école, par des problèmes savamment élaborés, par le découragement et une constante détérioration de leur situation dans notre société actuelle.

 

Tout ce que nous avons déjà mentionné produit sur les enfants qui fréquentent l'enseignement religieux, un état de stress permanent, sous la pression duquel beaucoup d'entre eux renoncent, parce qu'ils doivent reconnaître le non-sens de leur résistance. C'est très dangereux. C'est pourquoi les parents doivent tout le temps observer la situation de leurs enfants à l'école. C'est un grand avantage quand la mère n'est pas tenue au travail professionnel. Une femme au travail, surmenée par des soucis fondamentaux, même avec la plus grande intelligence, n'a pas la possibilité d'observer ces méthodes insidieuses de l'école.

 

Concrètement, il m'est arrivé qu'une institutrice - sous prétexte de travail en commun avec la mère de son élève - voulait détruire la relation entre mon fils et moi. Elle m'a rapporté beaucoup de choses fausses à propos de son attitude. Je ne l'ai constaté qu'après un mois et demi et je l'ai contrôlé auprès de ses condisciples. Quand "institutrice l'a appris, elle a marqué son animosité à l'égard de l'écolière qui me l'avait révélé. Ce ne serait pas mal de dire quelques mots de cette institutrice, car il en existe encore d'autres de ce type parmi nous. Elle-même, en 1969, elle avait inscrit ses enfants à l'enseignement religieux. Sous la pression, elle avait pourtant retiré ses enfants et maintenant, du fait d'un lourd complexe ou par haine, elle poursuivait les enfants croyants. Contrairement à la loi, elle les plaçait devant un choix contradictoire: ou bien les études ou bien la foi. Elle retint sans aucune raison notre fils Robert dans l'école, et il devait en plus - pour que sa honte en soit d'autant plus grande - prendre place parmi les élèves de la classe inférieure, et même pas dans les bancs, mais sur une chaise sous la reproduction de Lénine. La titulaire a désigné mon fils Pierre comme le «scandale de la classe», parce que j'avais refusé de l'inscrire dans l'organisation des Pionniers. Je lui ai dit qu'une promesse, n'importe laquelle, n'est pas un jeu dans la vie d'un homme, pour un enfant non plus. Moi-même je devais expier ma conversion et la violation de la promesse de fidélité au marxisme-léninisme par la perte de ma profession. Nous ne voulons pas que nos enfants promettent quelque chose contre leur foi et que, par là, se corrompent leur caractère et leurs convictions.

 

Dans notre école «nouveau modèle», on n'apprend pas aux élèves à devenir des hommes de caractère. Les enfants remarquent très vite ce que les enseignants ont en vue, et qu'ils tolèrent les incartades contre les enfants que l'on doit libérer de «l'obscurantisme spirituel ». En ce sens, on soutient ouvertement le désordre, les accusations injustes, le mensonge et la malhonnêteté, lorsqu'ils causent un dommage à des enfants de familles croyantes. Il ne manque pas non plus d'agressivité et d'humiliations à l'égard de la foi ou de l'Eglise.

 

Le 13 avril, il y avait une émission pour l'anniversaire de V.I. Lenin, dans l'école que fréquentent nos enfants. Pendant cette émission, la titulaire de Robert, absolument sans aucune raison, l'a attaqué et agressé d'une manière vraiment hystérique, parce qu'il était un religieux fanatique et primitif, parce que seuls les primitifs croient en Dieu et en-dehors de ceux-ci, seulement les vieux grand-pères et grand-mères. Elle lui a dit qu'il était donc un vieux grand-père de 80 ans et non pas un élève socialiste. Ensuite, elle lui a affirmé que sans Lenin, il serait un mendiant et qu'il devait lécher les pieds du pape. Et que s'il fréquente une école communiste, il doit se conduire en communiste. Finalement, elle a dit encore qu'il devait aller au Vatican, s'il voulait fréquenter une école catholique. Le Pape, selon elle, ne serait qu'un serviteur de Mammon et il règne sur l'argent du Vatican. C'est pourquoi il est bon que les parents visitent l'école, pour conforter personnellement leurs enfants et se convaincre de la situation.

 

Que faire pour soutenir la foi de nos enfants? La lecture quotidienne en commun de l'Ecriture Sainte est très importante, liée à une courte méditation, ensuite une courte prière commune et pour les enfants un court examen de conscience. La rencontre, des années durant, avec la Bible et la méditation sur son contenu procure à l'enfant les vérités chrétiennes les plus fondamentales et quand il reçoit de ses parents et membres de la famille un bon exemple et qu'il y trouve l'amour, alors, l'enfant surmonte aussi l'âge critique de l'adolescence sans perdre la foi. Nos enfants ont compris que nous ne voulions pas être hypocrites et Pharisiens. Alors eux non plus n'ont pas honte de reconnaître leur foi. Mon plus jeune fils, Pierre, qui a 9 ans actuellement, m'a raconté qu'il avait pensé à moi, quand on lui avait posé la question s'il était croyant: «Tu n'as pas eu honte ni devant le Président, ni devant le Directeur et devant les autres de le reconnaître. Alors, moi aussi devant toute la classe, j'ai reconnu que je croyais à Jésus».

 

Noël! «Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez pas, car c'est à ceux qui leur ressemble que le Royaume des Cieux appartient». (Mt 19,14).

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