Bulletin mars 1986

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A L'EST, LES VOIES DIVERGENTES

 

Peut-être vous souviendrez-vous, Amis, de ce que nous écrivions dans notre Lettre de mars 1985: «A propos d'une controverse - Les Chrétiens de l'Est, comment les aider?».

 

Nous avions essayé de souligner les différentes facettes d'aide à l'Eglise qui vit à l'Est. Et nous découvrions que, compte tenu du contexte d'assujettissement, de manipulation, il était possible de s'engager en des voies parallèles et différentes. L'ambiguïté de la situation hic et nunc nous menait à craindre que ces voies parallèles ne puissent se rejoindre. Encore fallait-il qu'elles se respectent les unes les autres.

 

Nous avons reçu un document qui permet de mieux saisir cette problématique du contexte et les fruits de l'équivoque entretenue par le pouvoir. De mieux saisir aussi la subtilité des options qui s'offrent et, par le fait même, les formes diverses d'engagement qui, elles aussi, demeureront parallèles sinon antagonistes. Il s'agit cette fois de l'engagement des chrétiens, hic et nunc.

 

Ce texte, nous l'expliciterons pour vous permettre d'en saisir les nuances. Nous nous refusons à le juger. Il est très signifiant.

 

Il s'agit d'un discours fait au Parlement (la Diète) polonais, le 27.11.1985. Pour bien en saisir la portée, il faut savoir que:

 

- La Diète issue des élections d'octobre 1985 en Pologne n'avait pas admis la représentation (pourtant traditionnelle) d'un Cercle catholique, de la mouvance de Znak («Le Signe»).

 

- Que la radiation du Cercle original de Znak datait déjà de mars 1976 quand un désaccord touchant notamment au vote de la Nouvelle Constitution, le Cercle Znak avait été désintégré. Le pouvoir jouant alors sur la fissure pour promouvoir un nouveau groupe de représentants, sous le même nom de Znak malgré l'opposition des tenants du titre. Equivoque voulue et entretenue!

 

- Que Mr Ryszard Bender avait été à l'époque l'un des cinq membres de ce «néo-Znak», siégeant à la Diète, au côté notamment de Mr Janusz Zablocki, ultérieurement leader de ce Cercle.

 

- Partout, à l'Est, se distinguent deux voies d'engagement, au niveau de l'Eglise. Ou bien, un engagement rectiligne, totalement dévoué, décidé à renoncer à entrer dans n'importe quel jeu du pouvoir qui cherche à utiliser toute ambiguïté à son propre profit. Au nom de la compromission, ces personnes - clercs ou laïcs - se refuseront donc à toute forme de contact avec le pouvoir qui pourrait risquer de se prêter, directement ou indirectement, à ses visées.

 

- Ou bien, un engagement très subtil, qui espère pouvoir se maintenir en équilibre acceptable sur la ligne de crête. Préférant l'expression au silence, ces personnes acceptent souvent de tenter l'expérience d'un «dialogue» ad intra, assumant - et parfois frôlant le risque ou y succombant- le danger d'être, même sans le vouloir, utilisés par le pouvoir à fin de sa propre propagande. (Par exemple, tout en étant aliénés dans leur efficacité, ils pourraient néanmoins apparaître comme poudre aux yeux pour renforcer l'illusion de la tolérance du régime).

 

Seuls ceux qui vivent ces problèmes ont droit à la parole sur le sujet. Mais nous devons essayer de comprendre. C'est aussi une forme de communion.

 

L'intelligence des problèmes posés aux chrétiens, dans ces pays, nous gardera aussi de la naïveté, du manichéisme et des jugements péremptoires.

 

Voilà pourquoi, Amis, nous vous partageons ce document. Il incite à une communion plus profonde.

 

3ème session de la Diète de la IXe législature - 27.XI.1985

Parlementaire: Ryszard BENDER

 

Monsieur le Président! Haute Assemblée!

 

Veuillez m'excuser pour ce moment de silence. Depuis plus de 5 ans, je n'étais pas à cette tribune (1). Je voulais prendre la parole au cours de la dernière session quand Monsieur le Premier Ministre présentait son exposé, mais malheureusement la Convention des Sages (2) a décidé que ne parleraient que les présidents des Clubs et Cercles parlementaires (3). Je ne possède pas cet honneur, donc je me suis résigné. Je ne pense pas que cela était bon que six orateurs seulement aient pris la parole. C'était pourtant l'occasion d'une discussion plus large, comme cela se passe partout dans le monde. C'est pourquoi, aujourd'hui je ne parlerai pas seulement des problè mes financiers et économiques (4). Ces derniers sont liés avec la situation globale dans le pays.

 

Je promène mes regards avec une vive curiosité, je n'étais pas présent ici pendant 5 ans. De gauche à droite, il y a des visages nouveaux, d'autres personnes en majorité, dans les bancs du Conseil d'Etat et dans les bancs du gouvernement. Je ne vois pas des personnages orgueilleux qui savent tout, ceux qui voulaient construire la «deuxième» Pologne (5). Personne ne construira une deuxième Pologne, parce qu'il en existe une depuis 1000 ans, une unique République polonaise, mise au tombeau par les envahisseurs, ressuscitée après 123 ans de non-existence, comme le phénix de ses cendres, elle s'est relevée le 11 novembre 1918. Et malgré les tourmentes historiques qui survinrent plus tard, elle dure et existera éternellement, parce que telle est la volonté de la nation.

 

Je suis persuadé, Monsieur le Premier Ministre, que comme ne l'a fait non plus le gouvernement précédant, votre gouvernement ne fera pas usage de cette terminologie bizarre. Mais je songe - et peut-être je ne suis pas seul dans cette Haute Assemblée et dans le pays-que le 11 novembre que nous avons fêté ce mois-ci dans les cœurs et les églises, sera de nouveau fêté comme la fête nationale qui unifie tous les Polonais (6). Ce serait un pas vers une réelle réconciliation nationale. Je sens, pourvu que je ne me trompe pas, qu'il y a là un moment privilégié. Une nouvelle Diète, un nouveau Conseil d'Etat, un nouveau gouvernement, regardons avec plus d'audace vers le passé et vers l'avenir. Le 11 novembre, cette date ne divisera pas la société. Elle rassemblera la nation.

 

Haute Assemblée! J'ai prononcé le mot nation. Un grand mot. Il embrasse la multitude des attitudes des citoyens, des conceptions philosophiques, sociales, intellectuelles. Ici dans cette Assemblée, depuis les élections de 1957 s'est affermie une tradition: il y avait un cercle de parlementaires catholiques (7) proche de la hiérarchie ecclésiale, groupe restreint, symbole, comptant traditionnellement cinq personnes. Les parlementaires rassemblés dans ce cercle travaillaient en leur propre nom, sous leur propre responsabilité, mais en étroite liaison avec l'Episcopat polonais. Jusqu'à la dernière Diète, c'était un phénomène stable. D'abord existait le Cercle des Parlementaires ZNAK (8), depuis 1981, le Cercle Parlementaire PZKS (9), depuis la moitié de 1984, quand PZKS a perdu comme organisation la liaison avec l'Eglise, s'est constitué le Cercle Parlementaire socio catholique. Les participants étaient Waclaw Auleytner, Rudolf Buchala, Janusz Zablocki. Je regrette qu'ils n'aient pas eu la possibilité de se présenter comme candidats aux élections pour la Diète actuelle (10). Janusz Zablocki, le président du Cercle, pendant plusieurs années, (11) jouissait de beaucoup d'estime dans la Haute Assemblée, dans les nombreux milieux catholiques, spécialement dans ODISS, lequel est patronné par l'initiateur de la pensée sociale de l'Eglise en Pologne (12), le dernier survivant du Conseil Social fondé avant la guerre par le Primat de la Pologne, le cardinal August Hlond (13).

 

Je ne cacherai pas que je n'estime pas positif le fait qu'il n'y ait pas de Cercle Parlementaire Socio-Catholique dans la présente Diète. La question se pose de savoir si un ou deux parlementaires du cercle ou proche de l'orientation socio-catholique devraient former un Cercle. Il faut y réfléchir.

 

Haute Assemblée! Je soulève ce problème parce qu'il s'agit des affaires de la nation, du bien de l'Etat, dirigé par un nouveau gouvernement et face à lui, comme il ressort de l'exposé du Premier Ministre, de tout l'éventail des affaires internationales, nationales, économiques, sociales. De ces dernières, économico-financières, présentées par le gouvernement, nous débattons aujourd'hui. C'est un fait très rare dans le monde que le gouvernement soit socialiste, et la plupart des citoyens - catholiques, avec conscience de leur propre éthique, non seulement individuelle, mais aussi sociale. Cette dernière concrétisée dans les documents sociaux, en commençant par l'encyclique «Rerum Novarum» du Pape Léon XIII en 1891, jusqu'à«Laborem exercens» de Jean-Paul Il, en 1981.

 

Il faut donc accepter comme évidentes les paroles du Primat de Pologne, le cardinal Jozef Glemp, prononcées à Jasna Góra le 26 août 1985. Il a affirmé alors: «Le phénomène religieux est en Pologne tellement universel qu'il faut inclure aussi les croyants dans la vie publique du pays».

 

On pourrait dire - c'est un problème imaginaire. Les catholiques sont partout, ils travaillent dans les champs, dans les usines, dans les bureaux. Je réponds, ce n'est pas un problème imaginaire. Une certaine loi non écrite est en vigueur dans notre vie publique. Elle fait en sorte que, dans leurs activités professionnelles et sociales, il est très rare que les catholiques puissent expliciter la motivation qui découle de leur conception de vie. Il y a trop d'anonymat. C'est l'effet du pragmatisme. Beaucoup d'exemples montrent qu'une autre motivation, celle de cette soi-disant vision scientifique de la vie, élimine les croyants de la participation active dans la vie publique, en tous cas des postes de responsabilité. Je vais entendre la réponse qu'il y avait des vice-premiers ministres catholiques, le représentant de Pax (14) est le Vice-président du Conseil d'Etat. C'est au sommet. Mais à la base? Indiquez-moi, s'il vous plaît, des économistes, des juristes, des instituteurs qui remplissent leurs fonctions de responsables de manière non anonyme, mais qui soulignent leur attitude chrétienne. Malheureusement, ils doivent préserver leur anonymat pour ne pas scandaliser le milieu, comme je l'ai entendu un jour. Je suis convaincu que s'il y avait plus de possibilités pour manifester les motivations provenant des principes de l'éthique catholique, alors les effets du travail des croyants pour le pays, qui sont déjà grands, seraient encore plus grands. Quand cela arrivera-t-il?

 

Je pense, Haute Assemblée, que cela arrivera quand les citoyens sentiront que l'Etat dans toutes ses structures, centrales et plus encore locales, est neutre du point de vue de la conception de vie, qu'il ne favorise pas de son bras puissant une vision choisie sur la vie, même si celle-ci se prétend scientifique. Le droit des citoyens à leur identité, qui découle de leur conception du monde, doit être évident dans la vie publique. Ceci accélérera cette entente nationale, tellement nécessaire (15).

 

Haute Assemblée! Les événements d'août 1980 ont apporté beaucoup de précieuses valeurs à notre vie sociale (16). Tout d'abord, pour les citoyens, le sentiment qu'ils sont des sujets (17). Dans une déclaration à la presse pendant la période préélectorale, j'ai remarqué qu'il est nécessaire que tous les actifs nés d'août 1980, qui sont profitables pour le développement social et pour celui de l'Etat, trouvent - malgré le 13 décembre 1981 - une résonnance dans la vie publique du pays. J'ai exprimé alors et j'exprime encore aujourd'hui l'espoir que la Diète de la IXe législature, apprécie la signification de ces valeurs apportées par SOLIDARNOSC et fasse en sorte qu'elles soient introduites dans la pratique sociale dans le cadre des possibilités actuelles.

 

Je ne dois pas prouver quelle énergie SOLIDARNOSC a mis à jour dans la société. Je ne dois pas non plus prouver que ces idées sont toujours proches d'une grande partie de la société, Ce sont des réalités et il faut les voir. Nous pouvons ne pas parler de cela, bien sûr, mais qu'est-ce que cela donnerait? Il ne faut pas répéter les fautes commises par les équipes précédentes au pouvoir vis-à-vis du problème de l'Armée du Pays (18). Les soldats et les officiers A.K. étaient poussés en marge de la vie sociale, en anéantissant leur énergie pour le pays et leur patriotisme. Dans les dernières années, il y avait une amélioration, c'est vrai. Pourquoi alors pas plus tôt, pourquoi pas à temps?

 

Déjà le cabinet précédent montrait une grande détermination qui, lorsque c'était possible, allait vers la diminution des douleurs consécutives au 13 décembre 1981. Je veux croire, Monsieur le Premier Ministre, que l'actuel cabinet, présidé par vous, suivra le même chemin (19).

 

Haute Assemblée! Nous visons l'entente et la réconciliation nationale. D'autant plus, devons-nous parler de manière directe et ouvertement. Dans cette matière, il faut requérir un consensus omnium. Tout de suite après le 22 juillet 1944, malgré les différentes politiques très accentuées et des luttes sanguinaires, s'établit petit à petit l'obligation de la défense biologique de la nation, de ne pas permettre que coulât le sang polonais. Presque tout le monde comprit cela, pas seulement les adeptes de la gauche.

 

Aujourd'hui, après 40 ans, nous devons être aussi prudents. L'Etat qui est sorti de l'esclavage il y a 67 ans, recréé après les efforts des Polonais dans le pays et sur les fronts de la IIe guerre mondiale ne peut plus s'ébranler, c'est trop dangereux pour la Pologne, pour l'Europe, pour nos voisins aussi. Une Pologne forte à l'intérieur, fournie économiquement, moderne - c'est la paix en Europe et dans le monde.

 

Apparaît donc l'ordre d'un souci commun pour l'Etat, pour une vie digne de la nation. Nous devons rattraper notre retard technologique que nous percevons tous, et particulièrement les jeunes. Nous ne pouvons pas perdre la position qui nous est due parmi les nations de l'Europe.

 

J'ai perçu dans votre exposé, Monsieur le Ministre, un souci pour tout l'éventail des affaires importantes pour l'Etat, surtout quand il s'agit des problèmes d'organisation pour gouverner. Notre débat d'aujourd'hui le confirme. J'estime que la réduction du nombre des ministères est un pas important, je dirais des ministères non industriels. J'espère que le nombre des autres sera aussi réduit.

 

Il y avait un temps en Pologne Populaire où il existait un ministère de l'industrie et du commerce. S'impose à moi, par contre, un doute quand à la nécessité d'un ministère pour la jeunesse. Les jeunes, de par leur nature, n'aiment pas qu'on canalise leurs problèmes dans un seul, même le plus habile courant. Peut-être ai-je tort mais cette nouveauté ne tiendra pas l'épreuve du temps. Que Dieu vous aide, toutefois, Monsieur le Ministre Kwasniewski. Je veux croire que vous soulèverez les problèmes de la jeunesse d'une manière non habituelle, autrement qu'on ne le fit jusqu'à présent, les problèmes essentiels de la jeunesse qui est pluraliste de point de vue de la conception du monde, dans sa majorité croyante, très souvent profondément croyante.

 

Le souci pour l'Etat doit englober tous les groupes sociaux, ceux qui gouvernent et ceux qui se déterminent comme l'opposition. Le gouvernement doit être le premier dans toutes les initiatives qui vont dans ce sens, parce que vous êtes, Monsieur le Premier Ministre, juge et partie. Et l'opposition doit toujours bien réfléchir sur le point de savoir si chaque initiative du gouvernement est digne d'un «non». De la manière dont nous résoudrons les problèmes intérieurs des Polonais dépendra l'avenir de la Pologne et en elle, celui de la jeune génération. Elle critique aujourd'hui les comportements des adultes, c'est bien, mais parfois elle ne voit pas le sens des phénomènes sociaux qui l'entourent. Il faut rechercher comment y remédier, comment toucher sa raison et son cœur. Nous devons tous y penser.

 

A ces problèmes s'ajoutent ceux de la santé des Polonais (20). Il faut tout faire Monsieur le Ministre Jastrzebski pour que nous n'ayons pas de catastrophe écologique qui déjà frappe aux portes. Et le problème de la réforme économique? Je ne vous cacherai pas, Monsieur le Premier Ministre, vous en avez certainement des échos, qu'une partie de la société se fait des soucis quant à son sort. Le fait que n'existe plus l'Office à la tête duquel se trouvait le Ministre Baka, soulève dans l'opinion publique différentes suppositions. Il y a des voix, des allusions aussi dans la presse, que la réforme puisse être freinée (21). Nous ne trouverons aucune autre alternative pour notre économie, sauf le retour aux exemples du passé dont nous connaissons les effets. Pour beaucoup de Polonais, la réforme économique suscite encore un espoir pour la Pologne de sortir de la crise économique pour une vie meilleure dans l'avenir, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Qu'elle ne se brise pas; qu'elle soutienne la réalisation du Plan central annuel, qui est modeste parce que nous subissons les conséquences du chaos économique hérité des précédentes équipes qui étaient au pouvoir. Disons clairement, ce n'est pas un plan à la mesure de nos rêves. Comment pourrait mobiliser le fait que le revenu national prévu dans le Plan Central Annuel augmenterait dans les années à venir d'environ 3,5 %, ou bien que l'on prévoie qu'en 1990 la consommation par personne sera moindre de quelques pour-cent qu'en 1978? Il nous faut un Plan réel mais aussi courageux, tel qu'il mobilise de grandes actions.

 

Haute Assemblée. Dans son travail pour faire sortir le pays de la crise sociale et économique, le gouvernement doit obtenir l'appui de groupes divers de la société et le rechercher. Il y a dans le pays des groupes de gens, restreints ou plus larges, qui ont une grande signification sociale, lesquels par le fait même de la participation au processus de décision, pourraient trouver plus de foi, de dignité et d'efficacité - aussi dans le domaine de l'économie. Il faut voir ces milieux que l'on appelle parfois «le centre» et les conquérir au moins pour certains buts communs. On peut faire beaucoup de choses avec les Polonais, mais il faut le vouloir et s'entendre avec eux.

 

Une organisation sociale, même mise en relief comme l'est le PRON (22) ne peut venir à bout de tout. Je n'ai pas entendu que PRON soit un facteur qui permette, par exemple, l'expression du point de vue chrétien de l'activité des croyants dans la vie économique, culturelle et dans l'éducation, surtout en province. Peut-être ai-je tort. Certainement, je ne sais pas tout. Je n'étais jamais et je ne suis pas membre du PRON. Je lisais par contre, il y a un mois, dans Zycie Warsawy (23) que les opinions de PRON ne parviennent pas toujours jusqu'au pouvoir et sont trop peu entendues publiquement.

 

Haute Assemblée! Pourquoi je parle de cela? Parce que j'ai peur d'une institutionnalisation de l'opinion publique. Dans le passé, nous en étions témoins. Nous entendions des propos du FJN (24) sur... l'unité de la société. Le mois d'août 1980 est arrivé et il a révélé dans un miroir cette unité. Aujourd'hui revient aussi parfois un optimisme bon marché.

 

Il bat surtout tous les records dans les prestations du porte-parole du gouvernement, le Ministre Jerzy Urban. Dieu avec lui (25), peut-être ne sait-il pas faire autrement. J'estime très nuisible le fait que le Ministre Urban donne des leçons à l'Eglise catholique en Pologne, à propos des formes appropriées du travail pastoral, quand il ironise, comme par exemple le 5 novembre 1985, sur le fait que l'Eglise «compatisse avec les prisonniers quand ils sont punis». Mais quand alors doit-elle le faire? Depuis l'Empire Romain, l'Eglise apportait aide-et consolation aux prisonniers. C'est son devoir évangélique et celui de tous les chrétiens.

 

J'ai en main la copie de la lettre du Secrétariat de l'Episcopat polonais datée du 30 octobre 1985, adressée à nous les parlementaires, à la Diète. Nous pouvons y lire: «Haute Assemblée! Les mots à propos du dialogue et de l'entente perdent leur signification en présence des personnes retenues aux arrêts et dans les prisons pour des actions non criminelles. En pensant à la paix sociale, l'Episcopat polonais demande à la Diète de la République Populaire de Pologne de prendre des initiatives en vue de leur libération».

 

Nous savons par la presse, la radio et la télévision que les autorités ont fait des premiers pas dans ce sens. C'est très bien. Que d'autres suivent. Que la libération des gens aux arrêts et en prison touche aussi les 5 étudiants de mon université, l'Université catholique de Lublin. Je n'ai pas entendu que l'un d'entre eux soit libéré. Je fais appel à vous, Monsieur le Ministre de la Justice, et à vous Monsieur le Procureur général (26).

 

La paix sociale c'est aujourd'hui la chose la plus importante pour la nation. Depuis longtemps l'Eglise en Pologne souligne cela. Permettez-moi de terminer avec les mots du grand polonais, le cardinal Stefan Wyszynski. En 1974, il disait: «L'Eglise a un mérite spécial, elle n'a jamais délaissé la Nation Polonaise et n'a jamais cessé d'agir, même dans les situations les plus difficiles. Restons conscients de cela, quand nous parlons de rétablissement de relations appropriées entre la Nation et l'Eglise».

 

(1) RYSZARD BENDER est Doyen de la Faculté des Sciences humaines à l'Université catholique de Lublin. C'est un laïc, professeur d'histoire à la KUL.

Depuis l'état de guerre en Pologne, Ryszard Bender n'était plus parlementaire. Jusque là, et depuis les élections du 21 mars 1976, il siégeait à la Diète, au sein du cercle catholique -Znak-. Il faudrait se souvenir ici que ce Cercle, issu des élections de mars 1976, consommait la rupture avec l'authentique Cercle ZNAK, dont il avait alors indûment repris le nom, malgré l'opposition des membres représentatifs du Mouvement Znak (qui comportait bien d'autres activités que la seule représentation parlementaire).

Si Ryszard Bender se retrouve aujourd'hui à la Diète, c'est dans une situation singulière. En octobre 1985 ont eu lieu de nouvelles élections en Pologne. Deux candidatures étaient prévues par poste, mais de toute manière le quota de chaque groupe parlementaire était arrêté d'avance. De cette manière, il y avait manipulation des élections. Il y avait aussi deux types de candidats: ceux dont le nom figurait sur une «liste centrale»- et qui, de toutes façons, seraient parlementaires, et d'autres dont le mandat était en jeu. Il n'était plus question d'un quelconque Cercle -Znak- (ou -Néo-Znak-, selon l'appellation en usage dans les rangs catholiques pour réduire l'ambigüité), mais d'élire un catholique comme «indépendant». Des propositions furent faires par le pouvoir, qui furent repoussées, vu le caractère de ces élections. Sollicité, Ryszard Bender accepta. Son acceptation fut très mal reçue par de nombreux milieux catholiques, qui y voyaient une compromission. A l'Université catholique de Lublin, une pétition circula, signée de professeurs et d'étudiants, contre le Doyen et pour son éviction.

Dès lors, quoi qu'il puisse exprimer à la tribune, il n'en est pas moins suspect aux yeux de ces milieux, du seul fait de sa présence à la Diète issue de ces élections manipulées.

 

(2) Plus précisément, en polonais: «la convention des Seniors».

 

(3) R. Bender n'appartient donc à aucun groupe, ni Club, ni Cercle.

 

(4) La session était consacrée à ces problémes, Par ce biais, il s'adjuge le droit de parole qui lui était précédemment refusé.

 

(5) Allusion à Gierek et son équipe, qui parlaient toujours de la « deuxiéme Pologne» qu'ils fonderaient.

 

(6) La République Populaire de Pologne a proposé depuis sa fondation une autre date de fête nationale: le 22 juillet, date du «Manifeste de Juillet» qui fondait les principes fondamentaux du pouvoir populaire. (Fête du Renouveau de la Pologne).

 

(7) R. Bender fait allusion ici à la représentation traditionnelle de «Znak» à la Diète.

 

(8) Ambigüité du propos: Znak et néo-Znak sont assimilés.

 

(9) Le groupe néo-Znak, sous la présidence de J, Zablocki (Responsable du Centre de documentation et de recherches sociales, ODIS5) a été enregistré en 1981 sous le nom de PZKS: Association polonaise socio-catholique. C'est sous ce nom qu'il siège dés lors à la Diète.

 

(10) MM. Auleytner et Zablocki étaient membre du Cercle du Néo-Znak auparavant. Mais la Diète ne fait plus place à un Cercle du genre.

 

(11) A l'époque, les membres du néo-Znak entretenaient l'ambigüité à l'Ouest en se présentant comme membres du Znak. Ceux-ci étaient par contre privés de la possibilité d'expliciter ouvertement la situation. L'estime accordée à M. Zablocki n'étaient pas exempte d'équivoque avant qu'il ne soit lui-même rejeté en 1983, suite à un conflit interne dans le groupe.

 

(12) A savoir, M, Strzeszewski, Professeur de Doctrine sociale à l'Université catholique de Lublin.

 

(13) La caution du cardinal Hlond, de Cracovie est signifiante, car la valeur de celui-ci est reconnue. Mais peut-il, post-mortem cautionner d'anciens collaborateurs?

 

(14) Pax est un mouvement qui se présente comme catholique, mais il est favorisé par le pouvoir et ne bénéficie pas du soutien de la hiérarchie catholique.

 

(15) R. BENDER s'engage ici dans une analyse critique de la situation en Pologne.

 

(16) Il s'agit de l'émergence de Solidarnosc.

 

(17) Solidarnosc rend aux citoyens la conviction qu'ils sont sujet de leur propre histoire, et non objets dans la main d'un pouvoir absolu.

 

(18) Evocation de l'AK: les soldats polonais qui, durant la lié guerre mondiale, luttaient sur le sol même de la Pologne, sous la direction du gouvernement polonais qui était à Londres. Cette armée de l'intérieur fut victime de procès, de tortures à l'entrée de l'armée rouge en Pologne. Dans l'euphorie d'octobre 1956 - émergence de Gomulka et pouvoir de Kroutchev en U.R.S.S. - ces soldats furent réhabilités.

 

(19) Langage politique.

 

(20) La tragédie écologique et la pollution de zones industrielles qui contamine la population, et notamment la jeune génération, est aujourd'hui officiellement reconnue en Pologne.

 

(21) On se rappellera ce que disait Lech Walesa de cette «réforme économique»: il n'en reste que la hausse des prix!

 

(22) PRON: Mouvement Patriotique du Renouveau National, organisation créé par le Parti, qui, sous couleur d'être un rassembleur des forces vives de la nation, n'est en fait qu'un atout pour les manipulations du Parti au pouvoir.

 

(23) Quotidien du Parti, à Varsovie.

 

(24) FJN - Front de l'Unité de la Nation, organisation remplacée ultérieurement par le PRON.

 

(25) Expression typiquement polonaise, intraduisible.

 

(26) Le Doyen de la Faculté en appelle aux autorités pour requérir la libération de deux de ses étudiants emprisonnés. Même ce fait ne le rachète pas aux yeux de ses opposants qui lui reprochent avant tout le fait d'accéder à cette tribune à la Diète.

 

Ce discours intéressant de R. Bender n'a été reproduit nulle part en Pologne. Même le Tygodnik Powszechny, l'hebdomadaire catholique de Cracovie a refusé de le publier.

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