Bulletin décembre 1984

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NOEL

DANS LA NUIT, BRILLE LA LUMIERE.

 

LITUANIE

 

Le 24 novembre 1976, se fondait à Vilnius un «Groupe lituanien pour la Défense des Accords d'Helsinki». Il sera très vite l'objet de la violence du pouvoir.

 

Le 24 novembre 1981, le dernier des membres du Groupe à être en liberté, l'abbé Bronius LAURINAVICIUS, est délibérément poussé sous un camion, à un carrefour. Il est tué sur le coup.

 

Le 13 novembre 1978, cinq prêtres annoncent dans une déclaration la fondation d'un «Comité chrétien pour la défense des droits des croyants en URSS» (1). Parmi eux, les PP. SVARINSKAS et TAMKEVICIUS.

(1) La Lituanie a été annexée arbitrairement par l'URSS après la dernière guerre.

 

Le 26 janvier 1983, arrestation du Père Alfonsas SVARINSKAS; sa condamnation, le 6 mai à 7 ans de prison et 3 ans d'exil.

 

Ce même 6 mai, au moment de sa déposition, arrestation du Père Sigitas TAMKEVICIUS.

En décembre 1983, il est condamné à 6 ans de prison et 4 ans d'exil.

* *

De son camp de travail forcé, en exil, le 29 septembre 1981, l'un des membres du «Groupe lituanien pour la Défense des Accords d'Helsinki», écrivait aux siens:

 

«On pourrait même remercier les athées de leurs persécutions, car elles ne font que renforcer la foi.

 

On accentue les persécutions, on les rend plus dures, et la foi, elle, se renforce et l'on s'y accroche davantage».

 

Aux portes du prétoire, une foule de catholiques sont arrêtés par la milice en armes et livrés à des vexations avant d'être relâchés.

 

Les croyants s'engagent pour défendre leurs prêtres: le procès du Père TAMKEVICIUS suscite un grand élan de protestations: 55.000 signatures seront recueillies...

 

A Kaunas, début juillet 1983, le frère du P. Tamkevicius est interrogé par la police du KGB. On voudrait l'amener à reconnaître les «activités subversives» de son frère. Il refuse d'y souscrire: «son frère a appris depuis l'enfance le sens des responsabilités, il ne calomnie personne, mais accomplit consciencieusement son devoir de prêtre».

 

Qui parle d'une «Eglise du Silence»?

 

TCHECOSLOVAQUIE.

 

Tout est mis en œuvre pour paralyser l'éducation religieuse de la jeunesse. Ce sont les responsables officiels du «Ministère des Cultes» qui régissent minutieusement les choses. L'enseignement n'est autorisé qu'à l'école, en-dehors des cours, un nombre d'heures très limité et suivant le nombre d'enfants inscrits (on arrive parfois à 1 h par mois!) avec interdiction de regrouper ceux-ci.

*             *

Récemment dans cette paroisse urbaine, dans une église caractéristique du pays, au style baroque, quinze familles, regroupées, présentent leurs enfants à la Première Communion. Des enfants, au regard émerveillé, reçoivent le Corps du Christ et boivent au calice.

 

Les parents connaissent le risque qu'ils assument.

 

POLOGNE.

 

Le vendredi 19 octobre 1984, le Père Jerzy POPIELUSZKO prononce une homélie dans la paroisse de Bydgoszcz (+/-250 km au nord de Varsovie). Il est venu là en voiture. Aumônier des aciéries de Varsovie et de la Faculté des Sciences de l'Université, il est un pôle de référence aussi bien pour les ouvriers que pour les jeunes, et... le peuple entier. Lui n'a pas cherché la renommée. C'est un homme jeune, très humble, équilibré, mais tenacement attaché à ce qu'il estime son devoir.

 

Ce soir-là, après la messe, il prend une collation au presbytère, refuse la protection qu'on lui propose, et repart vers Varsovie, en voiture. Son chauffeur conduit. Derrière eux, démarre une voiture qui stationnait, feux allumés, moteur en marche... On est très habitué à ce que les déplacements du Père soit suivis... On ne s'inquiète pas trop.

 

Passé la ville de Torun, un endroit désert.

Sur la route, un policier en uniforme: contrôle routinier? Pour procéder, soi-disant, à une expérience d'alcootest, le chauffeur est emmené à l'intérieur de la voiture suiveuse, dont deux hommes sont descendus. Immédiatement ceinturé, le chauffeur se retrouve menottes aux poings.

 

Il dira n'entendre rien d'autre, (lui-même est aveuglé d'un bandeau) que le bruit sourd de «quelque chose» que l'on jette dans le coffre. La voiture repart, lui-même toujours au côté du conducteur, les deux autres policiers, assis à l'arrière.

 

On traverse une localité, la voiture ralentit: 60-80 km/h? Du coude, le chauffeur du Père (qui est pompier de profession) parvient à ouvrir la portière et à rouler sur le sol. Les menottes éclatent sous le choc, mais, curieusement, la voiture ravisseuse ne s'arrête pas... Libéré de ses entraves, le chauffeur donne l'alerte: téléphone à Bydgoszcz, avertit la police.

 

Celle-ci survient, emmène le rescapé vers un hôpital de police de la ville, où il est «entouré»...

 

Le samedi le chauffeur est longuement interrogé.

 

Son fils, le médecin du Père Popieluszko et un avocat obtiennent de lui rendre visite. Mais il ne sera autorisé à s'exprimer qu'en présence de policiers. Il n'est pas autorisé à repartir avec ses visiteurs sur le champ, mais retenu encore quelques heures.

 

Le samedi soir seulement, la radio et la TV polonaises annoncent le rapt... Des heures déjà, vraisemblablement, que les vieux parents, humbles travailleurs, ont perdu un fils, les ouvriers et les jeunes, un frère, et le peuple entier derrière Solidarnosc, un témoin.

«Si le grain ne meurt...»

*           *

«A plusieurs reprises, le Christ a rappelé à ses disciples: «N'ayez pas peur de ceux qui tuent le corps mais ne peuvent rien faire de plus»... Prendre gratuitement sur soi la souffrance d'un autre homme, c'est plus que seulement souffrir. Seuls ceux qui sont intérieurement libres peuvent prendre une telle décision. Parmi tous ceux qui sont rassemblés ici aujourd'hui, il y a aussi bien des intellectuels que de simples ouvriers qui étaient prêts à prendre la place de pères ou de mères de famille dans un camp d'internement. Ils voulaient porter la croix de leurs frères, libérer de la souffrance au moins quelques familles. Hélas, on ne leur a pas permis d'accomplir ce sacrifice pour leurs frères».

(Père J. Popieluszko, octobre 1982)

 

Deux anciens dirigeants de Solidarnosc dans la clandestinité sont libérés de prison le mercredi 31 octobre, après deux mois de détention pour «tentative de troubler l'ordre public». Dans un communiqué tous deux estiment que cet assassinat et d'autres encore, moins connus, «prouvent la nécessité d'un contrôle social sur ceux qui sont chargés de faire appliquer la loi et qui la violent systématiquement». Ce même jour, l'ancien porte-parole de Solidarnosc annonce que des commissions de défense des droits de l'homme sont à l'étude, qui contrôleront les activités des autorités et de la police. Vingt quatre intellectuels et ouvriers de Wroclaw se sont déjà portés candidats pour créer cette commission à Wroclaw.

 

Le 6 novembre, réunion du Bureau politique du Parti. Le communiqué publié à l'issue de la réunion affirme que «se manifestent des tendances à la reprise d'activités antiétatiques et à l'agitation»... «II arrive que ces tentatives soient le fait de certains ecclésiastiques (qui) exploitent à cette fin les rassemblements sur les lieux de culte».

 

C'est une telle accusation qui a incité le crime commis contre le Père Popieluszko.

 

«Voici la leçon que je tire de cet assassinat: il ne faut pas se taire face à des campagnes de haine. Je ne me tairai plus... La prison ne m'a pas convaincu qu'il faille se taire face aux assassins. J'ai au contraire compris qu'il n'y avait que la parole qui pouvait sauver la vie des uns, ouvrir les cellules des autres... C'est ce que je tenterai de faire».

(Adam Michnik, animateur du KOR (Comité de défense des ouvriers), proche de Solidarnosc et également dissous. Le Monde, 13. 11. 84)

 

«Solidarnosc vit, parce que tu as offert ta vie pour lui. Jamais nous ne nous soumettrons à la terreur... Nous jurons sur le cercueil du Père Jerzy que nous n'oublierons jamais son sacrifice».

(Lech Walesa, à l'issue de la messe de funérailles)

 

«Une rivière de larmes a déferlé, qui a irrigué l'arbre de Solidarnosc».

(P. Jerzy Popieluszko, aux funérailles de G. Przemyk, jeune lycéen battu à mort par la police, en mai 83.)

 

Aujourd'hui, les deux tombes s'alignent côte à côte.

 

Et Solidarnosc?

 

C'est la lutte pour la dignité de l'homme, de tous les hommes, pour la justice, au prix de sacrifices. Solidarnosc nous concerne, ici, dans notre vie personnelle et sociale.

 

HONGRIE.

 

L'éducation religieuse de la Jeunesse et son éducation elle-même posent problème. Là comme ailleurs les jeunes sont à la recherche de leur identité. Les conditions d'environnement ne favorisent pas la maturité harmonieuse des teenagers.

 

En Hongrie, des éléments sociologiques interviennent qui reportent assez tardivement la recherche et la prise de conscience d'une identité propre. Cette quête n'apparaît que vers la fin de l’adolescence. Mais alors se pose, comme partout, la question du sens de la vie.

 

«La société propose deux modèles; la conception religieuse chrétienne ou marxiste. Les écoles, les mass medias et autres supports de culture sociale s'efforcent activement de réfuter et de désavouer la conception religieuse. Ils ne sont cependant pas en mesure de concrétiser et de rendre attractive la conception marxiste pour les individus. Mais la force d'attraction de la religion et de la religiosité est faible également. (12 à 15% de la population assument la pratique dominicale, moins de 10% des élèves participent à l'enseignement religieux à l'école ou à l'église. 7% environ des jeunes entre 14-20 ans participent à la messe le dimanche, mais moins de 2% participent à un enseignement religieux ou à la vie de la communauté paroissiale). Les adultes élevés dans une religion populaire ne peuvent garantir effectivement une socialisation religieuse dans la famille.

 

Les Eglises, hors de leur espace ecclésial propre, ne disposent pas des moyens aptes à assurer la diffusion de la religiosité. Et finalement la quête du sens de la vie de la jeunesse demeure sans résultat..»

(« Jugend im Ungarn», du sociologue M. TOMKA dans Europaische Rundschau, 83/4 - Automne)

 

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