Bulletin octobre 1981

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POLOGNE

UN DOCUMENT REVELATEUR

 

1. Notes prises aux réunions du KC PZPR (Comité central du Parti Ouvrier Unifié Polonais = Parti communiste polonais) en novembre et décembre 1980.

2. Informations de l'Institut des Sciences sociales du KC PZPR, informations du KW (Comité de Voïvodine = circonscription administrative), du PZPR de WARSZAWA (Varsovie), LODZ, POZNAN, KRAKOW (Cracovie), KATOWICE.

3. Informations provenant d'enseignants aux militants du PC PZPR et du KW de Warszawa.

4. Informations provenant d'anciens militants du CRZZ (syndicat unique et officiel avant le mois d'août 1980), de certains militants des syndicats pro-gouvernementaux, de fonctionnaires: MSW (Ministère de !'Intérieur), MO(Police), Tribunaux, Parquet.

5. Informations provenant du milieu de personnalités limogées (du PZPR, CRZZ, et du gouvernement).

 

EGLISE – EPISCOPAT

 

a) Faciliter les choses de peu d'importance; par ex: permettre la construction d'églises, rendre parfois des immeubles confisqués autrefois (couvents, etc.) et utilisés par l'Administration.

 

b) souligner l'attitude positive de l'épiscopat à l'égard du PZPR, possibilité d'étroite collaboration; utiliser dans cette optique des interventions du Pape et des évêques dans la presse et à la TV, permettre la publication et les distributions de livres (films, etc.) qui parlent de l'activité du Pape en vue de la paix et démontrer discrètement la concordance sur ce point entre le Pape et l'URSS.

 

c) Utiliser l'Eglise pour apaiser la population; on peut ici compter sur l'appui d'un bon nombre d'évêques et de prêtres proches du socialisme.

 

d) utiliser largement Pax, l'Association chrétienne - du député Morawski, le KIK et même Zablocki (1).

Donner une marche de liberté aux députés catholiques du Parlement, favoriser les interventions de Ozdowski (2); que l’on peut utiliser dans un contexte adéquat pour le bien du PZPR.

Réactiver la commission mixte (épiscopat-gouvernement), mais l'orienter vers les problèmes sociaux: famille, enfants, alcoolisme, aide sociale, etc.

 

(1) Un ancien membre du groupe catholique ZNAK, qui avait frauduleusement accaparé ce nom, en avait doté une représentation nouvelle au Parlement, en 1976, contre l'expression de la majorité du mouvement. Depuis les accords de Gdansk, suite aux grèves d'août 1980, le faux «néo-ZNAK» a pris le nom d’Union Polonaise Catholique Sociale.

(2) Catholique, membre de ce dernier groupe, actuellement l'un des Vice Premiers Ministres, chargé du domaine familial notamment.

 

NE PAS AUTORISER

 

a) l'élargissement de la catéchèse, le retour des ordres religieux dans les écoles, les classes maternelles, les hôpitaux, l'assistance sociale. Dans une situation sans issue, faire traîner les choses, dans des cas isolés, donner des permissions sans transiger sur les principes.

 

b) Ne pas augmenter le tirage de la presse catholique (Tygodnik Powszechny, Za i Przeciw, Pax) (3). N'être d'accord que dans des situations insolubles.

 

(3) Seul ici, l'hebdomadaire Tygodnik Powszechny peut être considéré comme catholique, non inféodé au pouvoir.

 

 

c) rendre plus difficile la publication des éditions ecclésiales par des difficultés techniques (imprimerie, le papier, etc.), ne pas autoriser l'importation par l'Eglise de machines de petite polycopie.

 

d) Ne pas être d'accord pour l'élargissement de l'accès de l'Eglise à la radio et à la TV. Dans cette perspective, il faut liquider la messe dominicale à la radio- vers la moitié de 1981.

 

e) ne pas être d'accord pour la collaboration (et coopération) entre l'Eglise et Solidarité(4)

(4) On le sait: SOLIDARNOSC = Solidarité, le nouveau Syndicat officiellement reconnu.

 

 

«SOLIDARNOSC» (SOLIDARITE)

 

Désidérata du département administratif du KC du PZPR, du Ministère du Travail, du Comité de Planification économique, des conseillers auprès de la municipalité.

 

accepter:

 

a) l'existence formelle de «Solidarité»

 

b) insister sur le fait que toutes les difficultés pour la réalisation de l'accord proviennent de l'attitude négative de «Solidarité»

 

d) dénoncer le rôle négatif des intellectuels dans «Solidarité», commencer par le KOR (5) et étendre ensuite aux conseillers et aux intellectuels.

(5) KOR : Comité de Défense des ouvriers de Pologne, né de la répression après les émeutes de Ursus et Radom, le 23 septembre 1976.

 

d) isoler «Solidarité», ne pas l'inviter à la collaboration, souligner le rôle des syndicats des branches (6).

(6) Ce qui demeure de l’ancien syndicat officiel et unique

 

 

ne pas accepter:

 

a) de véritables discussions avec «Solidarité» et ses experts, si elles sont nécessaires: compliquer les choses, traîner.

 

b) la parution du quotidien «Solidarité», empêcher la publication d'autres périodiques, traiter les bulletins comme illégaux (bulletins polycopiés)

 

c) (illisible dans le texte ...)

 

d) l'existence de «Solidarité» rurale, laquelle serait une catastrophe pour notre politique agraire. On peut ici compter sur Gucwa (7); c'est notre homme (Klonica) (8)

(7) GUCWA: président de la Diète (Parlement) et ancien président du ZSL (Parti paysan unifié, inféodé au Parti)

(8) KLONICA: ancien ministre de l'Agriculture

 

e) l'unification des divers mouvements de «Solidarité» dans une seule organisation.

 

KOR ET AUTRE GROUPE D'OPPOSITION

 

Département de l'Administration; Département des Affaires étrangères, Département de la Propagande du KC PZPR - entreprendre une action d'information dans le but de convaincre la population qu'il s'agit d'agences «de l'impérialisme occidental», souligner leur lien avec les revendicateurs de la RFA (République Fédérale allemande). Liquider les possibilités d'imprimer leurs publications, empêcher une proche collaboration avec l'Eglise et «Solidarité», tirer profit de personnes bienveillantes envers le socialisme pour transmettre à l'Episcopat des informations selon lesquelles l'Eglise perd beaucoup dans ces contacts avec le KOR et les autres groupes du même ordre. Entraver les contacts avec l'Occident (proposition est faite de liquider les liaisons téléphoniques automatiques avec l'Occident pour cause de difficultés techniques).

 

LES SYNDICATS DES BRANCHES

 

Appuyer leur développement, placer les «gens méritoires de CRZZ», même aux postes secondaires (Département administratif). Ne pas autoriser une proche collaboration avec «Solidarité».

 

Les abus des anciens militants responsables

 

a) apaiser l'opinion publique, ne pas permettre de «règlement de comptes du pouvoir local, fixer «qui doit être le bouc émissaire», freiner les poursuites menées par le pouvoir industriel (On propose de garder la documentation pendant deux ans au lieu de cinq ans, afin de rendre plus difficiles les poursuites financières). Diriger l'action contre l'initiative privée. (9).

(9) Il s'agit de petits producteurs privés, artisans.

 

b) une opinion du KW (Comité de Voïvodine du PZPR) est fortement négative à l'encontre de n'importe quelle ingérence du pouvoir financier en vue de vérifier la fortune de responsables de l'économie, du PZPR et des syndicats. Dans le cas extrême, mettre à la retraite et donner ensuite une place dans des «organisations sociales».

 

c) maintenir pour ces personnes l'approvisionnement spécial, s'opposer à l'Eglise et à «Solidarité», etc. qui exigent la disparition de cet approvisionnement.

 

Méthodes d'action

 

Directives du Département administratif du KC du PZPR, du Procureur Général, du Ministère de la Justice, de l'Intérieur, de la Police.

 

a) chercher toutes les preuves qui pourront être utilisées plus tard contre les militants catholiques, du KOR, de «Solidarité», ainsi que des sympathisants intellectuels, écrivains, etc.

 

b) offrir par certaines gens aux prêtres, aux sympathisants de l'Eglise, du KOR, de «Solidarité» et à d'autres groupes la possibilité avantageuse d'acheter des devises étrangères (noter les numéros des billets vendus, enregistrer des conversations, en cas de besoin entreprendre des poursuites judiciaires, suspendre la procédure judiciaire au cas où ils renonceraient à leur activité).

 

c) dans les mêmes conditions, proposer des matériaux de construction, des parcelles, des voitures, etc., faire cela spécialement en province, et dans les grandes agglomérations, proposer en plus des appartements en-dehors de la liste. (10) Proposer un appui pour les enfants qui veulent étudier à l'Université (11).

10) L'obtention d'un habitat, même payé d'avance, peut durer effectivement plus de 5,6 ans, jusqu'à 10 ans.

11) Il y a des concours d'entrée à l'Université. Il est facile de privilégier les candidats à admettre

 

d) entraîner des militants de «Solidarité» et ceux des autres groupes dans des beuveries et ensuite, dans une discussion politique ou querelle. Profiter ensuite de ces matériaux pour les disqualifier. Polycopier et distribuer de manière anonyme de soi-disant «tracts illégaux» contre l'Eglise, KOR, Solidarité.

 

e) propager des informations concernant des malversions commises par des militants de «Solidarité», de KOR, du clergé; faire circuler des nouvelles affirmant que «Solidarité» est seule responsable du manque d'approvisionnement, des queues devant les magasins, etc.

 

f) Susciter des difficultés d'approvisionnement, ne pas jeter sur la marché une quantité suffisante d'articles, même s'ils s'abîment dans les dépôts. Faire souffrir la population et jeter la responsabilité sur «Solidarité».

 

g) provoquer diverses déclarations de «Solidarité», mal préparées et peu populaires dans la population.

 

h) faire entrer nos agents (police) dans «Solidarité» pour détruire l'organisation de l’intérieur, créer des conflits, au cours des élections, empêcher l'élection d'ouvriers et de techniciens comme dirigeants de «Solidarité».

 

i) Préférer des personnes plus âgées, des sympathisants des militants, des anciens syndicats. Faire de même à propos des organisations rurales, estudiantines, etc.

 

j) retarder la promulgation des nouvelles lois, susciter des difficultés au plan juridique; dans des cas de procédure juridique à l'encontre de militants de l'opposition, suspendre l'exécution du verdict et leur faire craindre aussi la réouverture, à tout moment, de la procédure pénale.

 

k) créer un état d'insécurité (police, Ministère de l'Intérieur, Département administratif auprès du KC du PZPR: tolérer des actes de vandalisme (hooligans) commis surtout sous l'influence de l'alcool, tolérer la démolition de vitrines de magasins, de réseaux de communication, détruire une partie du courrier, contrôler le courrier une fois par semaine (tirer au hasard), provoquer un mauvais fonctionnement du réseau téléphonique et faire croire à la responsabilité de «Solidarité» dans ces incidents.

 

l) au niveau local, empêcher la collaboration entre le clergé et «Solidarité»; dans ce but, utiliser le contrôle de la circulation routière (retirer des permis de conduire, détruire des voitures de prêtres, encourager la consommation d'alcool, tolérer des cambriolages de presbytères, etc.).

 

...... et, face à ce GOLIATH, un fragile DAVID généreux: LECH WALESA

 

Informations probables mais non vérifiées entièrement

 

1. Dans l'armée, beaucoup de fonctions (armements, carburants, magasins) seront confiés à des «Polonais d'affectation», envoyés d'URSS, qui connaissent la langue polonaise.

 

2. La Police a reçu des uniformes militaires (Warszawa, Gdansk, Poznań, Lodz) et l'équipement nécessaire pour disperser des manifestants.

 

3. On envoie en Pologne des stocks d'URSS (uniformes, armes, munitions, carburant).

 

4. Le nombre de conseillers russes dans les chemins de fer sera augmenté.

 

5. Le Service de Sécurité a reçu des sommes d'argent supplémentaires pour organiser des provocations - c'est un mauvais moyen, mais indispensable pour lutter contre la diversion de «Solidarité».

 

6. Beaucoup de prostituées ont reçu une offre de collaboration permanente avec la Police; on a proposé la même chose à un certain nombre de récidivistes.

 

7. On prépare une «purge» dans la Police, les Tribunaux, le Parquet, pour écarter des éléments douteux.

 

8. Au Ministère de la consommation, on débat sur les moyens de limiter l'offre de produits pour le marché, en vue d'affamer ces butors. Sont utilisés pour ces préparatifs des gens bien sélectionnés et, semble-t-il, compromis dans le sens pénal.

 

9. En cas d'émeutes, une liste de personnes à «évacuer» ainsi qu'une liste de personnes à garder en sécurité (camps de concentration) ont été préparées.

Janvier 1981.

 

 

LE GRAND SERVICE RENDU PAR

LE CARDINAL WYSZYNSKI A SON EGLISE

 

En 1953, les relations entre l'Eglise et l'Etat s'étaient fort tendues: il s'agissait notamment de la prétention du pouvoir civil de nommer à des postes de «Vicaires capitulaires» (en place d'évêques) des personnalités jouissant de sa confiance. Le 8 mai, la Conférence épiscopale avait adressé un mémorandum aux responsables du pouvoir, refusant systématiquement cette ingérence dans la liberté fondamentale de l'Eglise. Dans une homélie, le Cardinal Wyszynski avait longuement expliqué le pourquoi de cette prise de position. Voyez ci-après un extrait de cette homélie, bien significatif. Ce "Non possumus" allait sauver l'Eglise de Pologne de la déstructuration par l'intérieur. L'Eglise restait entre les mains de pasteurs légitimes.

 

«... il est difficile de parler de liberté de conscience, là où le prêtre cesse d'être libre et où il se transforme, contre la volonté de l'Eglise, en un fonctionnaire.

 

Les gens comprennent bien cela et c'est pourquoi ils luttent contre la soumission au pouvoir officiel du sacerdoce. Ils comprennent bien que entre nous, prêtres et vous, Fils bien-aimés à qui nous apportons le Christ, vous dont nous apprécions la conscience et que nous guidons, personne ne peut s'interposer. Si en effet quelqu'un tentait de s'interposer entre nous, ce serait un attentat à l'organisme de l'Eglise, un attentat à la liberté de conscience, à l'essence du sacerdoce, un sacerdoce de Dieu, un sacerdoce du Christ.

 

C'est pourquoi, comme déjà d'autres fois au cours des siècles, l'Eglise dans notre patrie également doit défendre et défendra - même au prix de son propre sang - par la bouche de ses évêques la liberté du sacerdoce du Christ, puisque le défendre signifie également défendre les racines de la culture de l'esprit. Toute l'Eglise comprend ceci. Le comprennent également ceux qui sont en-dehors de l'Eglise. Ainsi, la nation polonaise défend la religion et son sacerdoce de la bureaucratisation. Elle a considéré et considérera l'étatisation du sacerdoce comme l'outrage suprême, la violation des droits les plus fondamentaux de la conscience humaine. Même dans des discours de révolutionnaires les plus radicaux, nous trouvons cette prise de conscience quand ils en arrivent à dire que si toutes les formes de vie sont étatisées, on ne peut entrer dans l'âme du prêtre, parce qu'il s'agirait d'une barbarie suprême. On ne peut point monter à l'autel, on ne peut point se mettre entre le Christ et le prêtre, on ne peut violer la conscience du prêtre, on ne peut s'interposer entre l'évêque et le prêtre. Nous enseignons qu'il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu. Mais quand César se met à l'autel, nous devons dire en termes nets: ce n'est pas possible».

 

Cette prise de position définitive valut au Primat de Pologne l'incarcération du 25 septembre 1953 au 28 octobre 1956. Mais cette attitude irrévocable avait, à ce prix, sauvé l'Eglise de Pologne de toute ingérence intérieure du pouvoir civil et, pratiquement, du Parti communiste. L'Eglise demeurait la seule responsable de l'Eglise, et le pouvoir - décidé à la réduire - ne pourrait se servir d'elle-même pour entreprendre sa propre désintégration. Ce fait constitue, sans aucun doute, le mérite essentiel des trente années de pastorat du Cardinal Primat.

 

Dans les dernières années, les accents de ses homélies, de ses écrits exprimaient de plus en plus son souci de la défense des droits de l'homme, et notamment des travailleurs ou des parents, en butte aux abus du pouvoir. Mais ce fut en fait sa préoccupation constante, si l'on sait, par exemple, que sa toute première lettre pastorale était intitulée: «Sur la libération chrétienne de l'homme».

 

Même ses adversaires reconnaissaient l'envergure du Primat de Pologne et lui marquaient des signes de déférence. Ce qui, jamais, n'aliéna la liberté du pasteur responsable. Atteint d'un cancer, le Cardinal était très lucide sur son état, il s'efforça jusqu'à la limite des forces, de demeurer proche de son peuple, mais il s'éteignit le 28 mai dernier, entouré de la prière de toute la Pologne chrétienne. De son lit de clinique, le Pape Jean-Paul Il, envoya une lettre aux fidèles. Il y disait entre autre: «C'est douloureux - tous le sentent et d'autant plus que Dieu l'a rappelé à Lui en un moment où, du point de vue humain, il était tellement nécessaire à l'Eglise». «Vos chemins ne sont pas mes chemins», dit Dieu!

 

QUELQUES INTERVENTIONS DE L'EGLISE

A PROPOS DU RENOUVEAU POLONAIS

 

L'accueil du Cardinal Wyszynski aux syndicalistes de «SOLIDARITE»

 

Le 10 novembre 1980, alors que vient d'être officiellement reconnu le nouveau syndicat indépendant «Solidarité», le Cardinal Wyszynski accueille un groupe de responsables du syndicat, conduit par Lech Walesa. C'est dans la salle où se tiennent d'habitude les réunions de la Conférence épiscopale que se déroule l'entrevue. C'est d'abord comme Primat de l'Eglise de Pologne, évidemment, que parle le Cardinal, mais aussi en ancien militant syndical, dès 1924. Et c'est aussi, dès lors, des recommandations particulières qu'il fait à ce groupe qui porte «beaucoup de joie au cœur», car il s'agit de s'organiser, de se mettre à l'étude, de se former pour renforcer la valeur et l'efficience de «Solidarité»: «A partir du raisonnement chrétien et du sentiment social dans l'esprit de l'Evangile, je vous prie d'accepter mes remarques. Tout d'abord, vous devez bien vous organiser... Pour bien s'organiser, il faudra promouvoir un cycle d'études. Je le sais, vous avez l'expérience quotidienne de votre travail. Vous ne manquez pas non plus d'hommes familiarisés avec le Code et la législation du travail, avec tout le labyrinthe des problèmes qui y sont liés ... «L'un des problèmes les plus importants sur lequel vous devez porter votre attention est celui des conditions de travail. Celles-ci laissent beaucoup à désirer.

 

«On a récemment montré, à la télévision, dans quelles affreuses conditions les femmes travaillent dans les entreprises de tricotage : ces femmes sont tout simplement menacées d'infirmités précoces. Il faut s'occuper de ces questions, mettre en œuvre les inspections du travail... Aux syndicats de «Solidarité» revient surtout la tâche de s'occuper des conditions de travail des ouvriers dans tous les ateliers, dans toutes les usines, sans exclure les mines. Là aussi commencent à se produire des faits regrettables. On fait travailler dans les mines des gens qui, en raison de leur état de santé et de la sécurité du travail, auraient absolument été exclus par les inspecteurs du travail avant la guerre.

 

... Que les syndicats autogérés et autonomes se disent, à propos de chaque travailleur: l'homme qui travaille c'est notre frère. Son travail est pour le bien commun. Quel que soit notre travail, n'oublions pas que les autres travaillent également pour nous.

Nous pour eux et eux pour nous. (...)

 

«La deuxième question est celle des grèves. Les grèves constituent une solution coûteuse, ultime, quand toutes les autres possibilités ont échoué. Elles sont un fait de caractère social, elles expriment la loi. Quand toutes les autres voies de l'entente sont épuisées et qu'il n'est toujours pas fait droit aux revendications, la grève est moralement admise. C'est ce que nous enseigne la doctrine sociale catholique. (...)

 

«Je termine en vous félicitant et en vous invitant à un travail honnête, conscient, de mieux en mieux organisé. N'oublions pas que, si nous remportons la victoire, c'est toujours pour servir et non pour être servis. Servir le développement de l'homme, afin qu'il ne s'avilisse pas. Servir la famille domestique dont vous êtes les pères et les fils. Servir la nation dont vous êtes les enfants. Servir la société qui attend votre secours, parce qu'elle vous aide. Servir l'Etat dans la mesure où vos obligations vous l'imposent. Et souvenez-vous qu'au-delà de tout, il y a l'Eglise de Jésus-Christ, de celui que nous appelons «ouvrier », «travailleur», «laboureur», «pêcheur», «pasteur», car il a accompli toutes ces tâches. Je voudrais enfin vous bénir au nom du Christ.»

 

Le Pape reçoit une délégation du syndicat «SOLIDARITE»

 

C'était le 15 mars dernier, le Pape recevait une représentation de «Solidarité», guidée par Lech Walesa. Jean-Paul Il reçut d'abord en audience privée Lech Walesa, son épouse et son beau père, puis retrouva la délégation de «Solidarité», qui était accompagnée également du chef de la délégation gouvernementale de la République populaire de Pologne, pour les relations avec le Vatican. Le St Père, à son tour, exprime sa joie, mais aussi met en relief les tâches du syndicat, comme aussi son droit strict à l’existence. Il lui fixe un objectif: le bien commun. Mais face à ses frères plus proches par les liens de la «fraternité qui unit des fils et des filles d'une même nation», il ne peut s'empêcher d'exprimer sa joie particulière de cette rencontre:

«Je vous salue donc comme mes compatriotes auxquels je suis lié par le lien de la langue et de la culture, de l'histoire et de l'expérience commune dans le cadre desquelles est née et s'est formée au cours de siècles entiers LA SOLIDARITE DE TOUS LES POLONAIS qui s'est surtout vérifiée dans les moments difficiles et critiques de l'histoire de notre patrie».

A la fin de son mot d'accueil, le Pape exprime deux vœux particuliers:

«Je souhaite avant tout que vous puissiez continuer, en paix et avec conscience, votre activité qui est dictée par des raisons si importantes de nature sociale, en vous laissant guider par la justice et l'amour, en vous laissant guider par le bien de notre patrie.

Voici le second vœu:

«Que le même COURAGE qui a été à l'origine de votre initiative mais aussi la même PRUDENCE et la même MODERATION vous accompagnent toujours (...) Et entreprenant cette tâche que vous avez vous-mêmes choisie, cherchez à rendre un service historique pour le bien de cette patrie et également de toutes les nations du monde ...».

 

Relation entre le Gouvernement et l'Episcopat:

Extraits d'un communiqué de la «Commission mixte du gouvernement et de l'Episcopat.

(A lire à la lumière du «document révélateur» !)

 

La rencontre avait lieu à Varsovie, le 2 mars 1981.

«La Commission a salué avec satisfaction les signes de stabilisation politique dans le pays. Les représentants du gouvernement ont à nouveau souligné le rôle positif de l'Eglise catholique dans ce processus. (...)

«La Commission est revenue sur le problème, évoqué déjà le 8 décembre dernier, de l'accession de l'Eglise aux moyens de communication sociale, surtout la radio, la TV, le cinéma et le théâtre, comme aussi du tirage des publications et de la presse. La Commission a décidé à ce sujet des directives pour les institutions intéressées et une sous-commission de travail.(...)

 

A propos de la requête de l'Episcopat «en faveur de la pastorale dans les hôpitaux, les sanatoriums, les maisons de repos (et de villégiature), les prisons et maisons de rééducation... La Commission a affirmé que les conditions existent pour surmonter les obstacles dans ce domaine. Les problèmes feront l'objet de colloques entre les représentants de l'Episcopat et les autorités et les institutions concernées» ... etc., etc. (faire traîner les choses», etc.!)

*

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Une lumière: leur voix

 

Sur le seuil de la chambre, le prêtre s'était arrêté. Personne ne l'avait entendu venir. Le père, travailleur, et la mère étaient à genoux pour la prière du soir, entourés de leurs douze enfants. C'est-à-dire 3 enfants issus de leur union, et neuf autres «ramassés dans la rue»! Et s'élevait la voix du père: «Ce soir, nous prierons pour tous ceux qui nous viennent en aide, de l'Occident».

 

Amis, qui reste débiteur?

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