Bulletin septembre 1977

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Il y a des jours où, vraiment, nous voudrions vous partager quelque chose, de ce qui fait notre existence, notre service. Vous savez que la loi de la discrétion nous lie. Après vingt ans, nous savons qu'il le faut. Et c'est bien pourquoi, nous sommes toujours vraiment si touchés de

Mais, tout de même, aujourd'hui nous tenons à vous partager ce qu'hier nous avons reçu. L'une de ces délicatesses providentielles, qui surviennent à point nommé pour conforter, pour engager plus avant. Ce n'est qu'une petite phrase, mais la sincérité était si évidente, et l'intention providentielle aussi, que nous sommes heureux de vous communiquer un peu de cette joie profonde que ces mots ont éveillée.

C'était, face à nous, proche dans la joie de rares retrouvailles, un ami de l'Est. Laïc, il s'est engagé dans l'insécurité, sans trop vouloir ni mesurer les forces, ni s'inquiéter de demain. Inventif, ouvert, doué, tout simplement il a mis ses talents à la disposition de son Eglise, de ces hommes, de ces femmes, de ces jeunes de chez lui. Qui ont faim et soif, sans toujours savoir de quoi. Engagé, sans calcul, sans dérobade à chaque nouvelle sollicitation; s'étonnant lui-même de ce cheminement «qui ne vient pas de lui». Engagé, donc aussi chargé de soucis, pour son peuple, pour ses frères. Inquiet, par moment, parfois frôlé par l'angoisse. Et c'est alors qu'il nous dit cela, qu'il s'arrête un moment, puis ajoute: «Savez-vous, quand pèse cette inquiétude ou cette angoisse, ce qui me donne de la dépasser? C'est de savoir que vous, ici, existez. Je pense qu'Ils sont nombreux par chez nous, ceux qui vous diraient cela ».

Il ne s'agissait pas de l'aide que l'on pouvait espérer, mais bien de quelque chose de beaucoup plus profond, et qui s'appelle la communion des saints. Amis, que de fois avons-nous ici vérifié que c'est l'un des plus grands trésors de l'Eglise, cette communication dans l'amour, quelle que soit la distance. De là, cette expression: vivre en parallèle, que nous affectionnons. Oui, même à distance, il est possible d'assumer ensemble, de partager, d'échanger. Bien symbolique, ce fléau de la balance, qui retrouve son équilibre dès lors que je dépose mon poids sur le plateau resté vide ... moins profonde la flexion de l'autre. Ainsi dans la vie, pour les frères chrétiens. Moins profonde la lassitude de celui-là, si j'assume la mienne. «Ce qui me donne de vivre, c'est que vous viviez avec moi», nous devrions tous pouvoir nous dire cela, les uns aux autres. C'est cela aussi la vie chrétienne. Amis, c'est pour vous ce témoignage, à la mesure de votre engagement pour nos frères!

Et c'est une bonne lumière projetée sur les pages qui suivent. Depuis quelques temps, les journaux, les revues, les ondes sont brusquement pleins de soucis pour «les droits de l'homme». Des choses sont dites, aujourd'hui, qui auraient fait dresser les cheveux sur la tête, il y a deux, trois ans. Cela ne fait rien. Réjouissons-nous qu'elles soient dites, par ceux-là mêmes qui, parfois, en doutaient autrefois. Il est évident qu'un approfondissement de la conscience se fait jour, à cet égard. Les pays de l'Est (à côté d'autres pays concernés tout autant par ces dénies de justice) peuvent, peut-être, en espérer enfin quelque chose. Mais, nous sommes, quant à nous, toujours un peu réticents devant la pléthore du verbe! Les mots se laissent dire et écrire; ils servent souvent aussi la mode du temps, ils rassurent, ils donnent bonne conscience. Qui proclame les droits de l'homme, réduit à moins que rien son collège de bureau!

Nous avons toujours dit, nous semble-t-il, que la liberté de conscience et de vie religieuse était l'un des droits de l'homme, et qu'il en était d'autres encore. Inéluctablement liés, indivisibles. Nous sommes heureux de vous mettre sous les yeux, ici, des documents qui vous prouveront que l'Eglise, à l'Est, assume aussi sa responsabilité à cet égard. Au moins, ça et là. Car, la pire des persécutions est cet effort permanent de la lier, consentante ou non, à la politique du pouvoir discrétionnaire. D'aucuns, en ces pays, comme en tant d'autres, paient très cher pour témoigner de ce souci et de cette exigence de l'homme. Certains y laissent la vie. Le fait est vrai, en chaque pays totalitaire. «II n'y a pas de droit de l'homme, en fait; il n'y a que les droits de Dieu», entendions-nous un jour. Semence de totalitarisme! Qu'en disent des chrétiens, à l'Est?

Mais aussi, en lisant ce qu'eux-mêmes en disent, acceptons, Amis, de nous mettre en question. Le sort des hommes, spoliés de leurs droits (le vieillard de son logement, l'handicapé de son droit à l'épanouissement, l'émigré du respect dû à sa culture, le faible de la protection de la société, ... ), ce sort nous taraude-t-il? Ici, chez nous, comme partout ailleurs? Et seulement une question: quelque chose changerait-il pour quelqu'un, si nous cessions «d'exister» pour lui? Et à qui manquerions-nous? A des «forts», ou à des «faibles» ?

Ces «faibles» qui nous enseignent!

L'EGLISE ET LES DROITS DE L'HOMME

« ••• Il est un autre terrain encore, bien proche de celui de la paix, sur lequel votre action et la nôtre se rencontrent: c'est celui de la défense des droits de l'homme, des droits des groupes humains, et notamment des minorités ethniques. On ne peut, sans péril grave pour la société, se résigner à ce qu'il soit infligées à ces droits aujourd'hui, en plusieurs pays, et en dépit de tant de proclamations éloquentes, de si multiples et de si douloureuses blessures. L'Eglise, avant tout soucieuse des droits de Dieu, ne pourra jamais se désintéresser des droits de l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de son Créateur. Elle se sent blessée lorsque les droits d'un homme, quel qu'il soit et où que ce soit, sont méconnus et violés».

Paul VI, au secrétaire général de l'ONU, février 1972.

L'APPEL DES FRERES

«Reconnaissant ( ... ) toute la réalité de «la force du mal en ce monde», nous sommes persuadés que les chrétiens trouveront en eux le courage et la patience de lutter contre l'antihumanisme et la discrimination religieuse, quoi qu'il dût en coûter de temps et de forces!
Et que soit avec nous cette parole de Jésus-Christ: " Prenez courage, j'ai vaincu le monde! " (Jn 16, 33) ".

Gleb Y AKOUNINE (prêtre) et Lev REGELSON
au Secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises. Moscou, 6 mars 1976.

LE CONSEIL OECUMENIQUE DES EGLISES ET LA TORTURE

« ••• L'Evangile met d'abord l'accent sur la valeur de tous les êtres humains devant Dieu, sur l'œuvre expiatrice et salvatrice du Christ qui a donné à l'homme sa véritable dignité, sur l'amour, ressort de l'action, et sur l'amour du prochain par lequel s'exprime une foi vivante en Christ.

Nous sommes membres les uns des autres et, lorsque l'un souffre, tous ont mal.

Face à l'ampleur tragique que la torture a prise dans notre monde, nous engageons vivement les Eglises, à dénoncer l'usage de la torture, la complicité qui l'accompagne et la tendance à l'utiliser qui existe dans nos pays. La torture est épidémique; elle se développe dans les ténèbres et dans le silence. Nous prions instamment les Eglises de révéler son existence, de briser le silence, de démasquer dans nos sociétés les personnes et les structures responsables de cette violation des droits de l'homme, la plus deshumanisante de toutes.

A L'EST
L'EGLISE ET LA DEFENSE DES DROITS DE L'HOMME

TCHECOSLOVAQUIE : DEUX ATTITUDES

On se souvient de l'émotion que suscita, en janvier de cette année, la publication, en Tchécoslovaquie, de ce que l'on appelle « la Charte 77». L'un des anciens militants du Parti communiste, adepte de la politique de Dubcek et qui soutint le Printemps de Prague, Jiri Pelikan, aujourd'hui exilé à Paris, appréciait ainsi cette initiative de la Charte 77: «Pour la première fois, des gens appartenant à divers courants (communistes, socialistes, libéraux chrétiens, nationalistes) se sont mis d'accord sur une plateforme commune qui est la défense des droits civiques, inscrits dans la Constitution et garantis par des accords internationaux que la Tchécoslovaquie a signés, en premier lieu les accords d'Helsinki» (1).
(1) Interview de Jiri PELIKAN au journaliste du quotidien LA CROIX, le 5 février 1977.

Il s'agit donc bien d'un engagement personnel de chacun des signataires à l'égard du respect des droits de l'homme, dans leur patrie. L'un des porte-parole de la Charte 77, le philosophe Jan PATOCKA en précise bien nettement l'intention, lorsqu'il écrit: «Aucune société ne saurait exister sans assise morale... Ce n'est pas l'homme qui la définit selon l'arbitraire de ses besoins, de ses souhaits, tendances et désirs. C'est au contraire la morale qui définit l’homme … La notion d'un pacte international pour les droits de l'homme ne signifie rien d'autre que ceci: les Etats et la société tout entière se placent sous la souveraineté du sentiment moral. Ils reconnaissent que quelque chose d'inconditionnel les domine, les dépasse .... La Charte 77 ... marque la joie des citoyens que les Etat en signant le Pacte, affirme sa volonté de soutenir les droits de l'homme. Ainsi le pacte est devenu loi tchécoslovaque ... La Charte marque en même temps la volonté des citoyens de contribuer à une réalisation publiquement contrôlée des principes énoncés dans le pacte. ... Les signataires ( ... ) sont mus par le devoir, par un ordre qui est supérieur aux obligations et aux droits politiques, en même temps que leur seul fondement solide ... Ils ne se jugent supérieurs à personne et ne condamnent personne. Leur effort se borne à souligner pourtant avec énergie qu'il existe une autorité supérieure qui oblige les individus» (2).
2) Extrait d'un texte de Jan Patocka, adressé au Comité international pour le soutien des principes de la Charte 77 (reproduit dans Le Monde, 10 février 1977).

On comprend que, par la suite, les signataires de la Charte 77 refuseront énergiquement la dénomination de «dissidents ». Ce document n'est, en rien, un document d'opposition. Il prétend, en effet, souligner l'engagement qu'a signé l'Etat tchécoslovaque à l'égard de ces valeurs morales supérieures, seules garantes des droits de l'homme. Certes, les signataires souhaitent ouvertement contribuer à un dialogue ouvert avec le pouvoir politique, afin de corriger les situations conflictuelles et d'assurer, au niveau de la réalité, la mise en œuvre effective de ces engagements. Cette ligne de conduite est réaffirmée à maintes reprises, dans les semaines et les mois qui suivent.

En bonne logique, on pourrait dès lors s'étonner de la virulence avec laquelle la Charte 77 et ses signataires sont immédiatement vilipendés. Le 12 janvier, dès après la publication officielle du document, le journal du Parti RUDE PRAVO, communique à la population sa propre définition de la Charte 77 : «... il s'agit d'un pamphlet diffamatoire, qu'un groupe de gens sortis des rangs de la bourgeoisie réactionnaire tchécoslovaque et aussi des rangs des organisateurs discrédités de la contre-révolution de 1968, a remis à certaines agences de l'Ouest, sur l'ordre des centres anti-communistes et sionistes ... Les inspirateurs du pamphlet donnent aux mots liberté et droit un sens particulier. Ils délirent sur ces mots; ils souhaitent que les droits et les libertés qu'ils réclament leur permettent d'organiser librement des activités contre l'Etat et contre le Parti, leur permettant de prêcher l'antisoviétisme et de briser, encore une fois, la puissance de l'Etat socialiste». A noter qu'en-dehors de ces définitions «orientées» et de ces attaques violentes, la presse officielle ne publie jamais le document. Le peuple - en qui repose, en principe, la plénitude du pouvoir - est donc mis délibérément hors d'état de juger sur pièce. Il n'empêche! Il sera sollicité, à travers toutes les organisations existantes et jusque dans les milieux de travail, de traduire son dégoût pour une telle initiative de ce «ramassis d'hommes et de politiciens perdus», comme les décrit le Rude Pravo.

Et l'Eglise? Elle aussi, bien sûr, sera conviée à joindre sa voix à la condamnation de la Charte. Elle est concernée à un double titre. D'une part, la Charte évoque précisément de nombreux droits humains, personnels, sociaux et civils, auxquels la République a souscrit dans des Conventions antérieures, qui viennent d'être ratifiés à Helsinki et qui sont entrés en vigueur le 23 mars 1976, en Tchécoslovaquie. Ces droits recouvrent notamment « l'émancipation de la peur -, le droit à l'instruction, à l'information, à la liberté d'expression et de recherches, à l'exercice effectif des droits civils de réunion, de participation à la gestion publique, d'égalité des citoyens devant la loi, de représentativité syndicale, de grève, de non-violation de la vie privée et familiale, du domicile, de la correspondance, de la publicité et de l'intégrité de la justice, de la liberté de déplacement, etc. Mais, par ailleurs, la Charte 77 fait explicitement référence également à la liberté de confession religieuse. Ici, comme en tous autres domaines, l'évaluation de l'application effective de ce droit est nettement critique: «Or, l'arbitraire du pouvoir en entrave systématiquement l'exercice: on restreint les activités du clergé, qui vit sous la menace constante de se voir retirer ou refuser l'autorisation d'Etat pour l’exercice de ses fonctions; on prend des sanctions, touchant notamment leurs moyens d'existence, contre tous ceux qui manifestent, par leurs paroles ou dans leurs actions, leurs convictions religieuses, on restreint l'instruction religieuse en y apportant des entraves .. - (3).
(3) Cfr LISTY. 1977.3. pp. 25-28.

Cette brève analyse de la situation religieuse du pays, signée d'hommes et de femmes dont la majorité sont non-croyants, voire même communistes, est significative. Elle recoupe absolument l'analyse objective que l'on peut en faire sur le terrain. Elle confirme d'ailleurs la volonté, clairement exprimée, par le Parti au pouvoir. Le XVe congrès du Parti communiste tchécoslovaque a recommandé, en effet, de poursuivre sans faille la réalisation des conditions objectives «d'assimilation de la vision scientifique du monde et de libération de la conscience populaire des préjugés non-scientifiques, y compris la religion - (4). Cette finalité de «l'éducation idéologique «à laquelle est soumise le peuple, et la jeunesse spécialement, est clairement et conséquemment précisée par le Rédacteur-Chef-adjoint de la revue «Ateizmus - (5): «Nous reconnaissons que notre objectif est l'élimination totale de la religion. C'est la conséquence de l'essence même de notre philosophie, le matérialisme dialectique et historique, et c'est une part intégrante de l'effort pour la libération totale de l'homme - (6).
(4) Cfr. Peter PRUSAK : Ateizmus, 1977, 2.
(5) Ateizmus est la revue de l'Institut d'athéisme scientifique, érigé auprès de l'Académie slovaque des Sciences. P. Prusak précise que «le but principal de notre action idéologique est la jeunesse».
(6) Peter Prusak, ibid.

La Charte 77 met en relief que cette forme de « libération totale - s'effectue à travers la sujétion, la discrimination, le viol des droits des croyants. A cet égard, l'Eglise est donc particulièrement concernée.

C'est bien pourquoi la «Déclaration» de la Présidence du Mouvement «Pacem in Terris - (7), est profondément éprouvante. Elle débute par une apologie de la situation économico-sociale du pays, constatant « l'heureuse réalité des fruits du travail que les millions de travailleurs valeureux ont apporté à l'agriculture, à l'industrie, dans les institutions culturelles et les laboratoires scientifiques pour élever le niveau culturel, social et spirituel de notre peuple». Mais elle en vient alors à la Charte 77, par laquelle «des individus intrigants se sont arrogé le droit de troubler l’atmosphère de travail constructif de notre peuple et de réveiller, dans l'opinion publique mondiale, les forces qui cherchent à s'immiscer dans les affaires intérieures de notre pays».
(7) Elle fut publiée le 20 février 1977, dans l'hebdomadaire" catholique" : Katolické Noviny. On sait que ce Mouvement du Clergé est totalement inféodé au pouvoir.

La Déclaration poursuit en évoquant alors la prise de position «des évêques et des ordinaires de la République socialiste tchèque et slovaque».  Elle salue cette prise de position «avec joie et satisfaction». En effet, la presse de Pacem in Terris avait publié précédemment une déclaration très ambiguë des Ordinaires tchèques et nettement servile des responsables ecclésiastiques slovaques. Il ressortait de celle-ci une nette condamnation de l'esprit et de la présentation de la Charte 77. (Plus tard, il apparaîtra que les évêques ont été manipulés et « utilisés» à leur corps défendant par les responsables de Pacem in Terris). Et la Déclaration du Mouvement poursuit:

« Nous joignons également la voix de l'Association du Clergé catholique «Pacem in Terris » à cette déclaration des évêques et des Ordinaires de la Tchécoslovaquie, dont notre opinion publique a pu prendre connaissance à travers la presse catholique, et nous déclarons: «Pour nous, catholiques de la Tchécoslovaquie personne n'a le droit de parler, sinon nos représentants ecclésiastiques, la conférence des évêques et des Ordinaires de la République socialiste tchèque et de la République socialiste slovaque, lesquels résolvent tous les problèmes concernant les relations entre l'Eglise et l'Etat dans notre pays, en accord avec les représentants légitimes de l'Etat, auxquels nous avons donné notre entière confiance aux dernières élections pour tous les corps représentatifs.

Nous sommes convaincus que l'attitude de ceux qui ont ourdi la «Charte 77» ne contribue certainement pas à résoudre les problèmes qui subsistent et qui sont liés au développement frénétique de notre vie sociale, culturelle et économique et de la démocratie socialiste, qui dépasse de loin la soi-disant liberté des pays non-socialistes au-delà de nos frontières.

Les auteurs de la «Charte 77» abordent également, dans leur document, les problèmes de la liberté religieuse dans notre pays. Nous voulons souligner que, grâce à l'attitude positive à l’égard de notre système étatique de la majorité des prêtres et malgré les coups de tête de certains milieux religieux qui, en 1968, voulurent exploiter les sentiments religieux du peuple pour des objectifs politiques étrangers à notre système de gouvernement, nous avons connu toute une série de résultats positifs, qui ont réalisé un climat de bonnes relations entre l'Eglise et l'Etat ( ... ).

La Constitution tchécoslovaque et les lois qui règlent les relations Eglise-Etat nous donnent la pleine garantie que les besoins religieux de nos croyants seront comblés.

L'une des tragédies des Eglises aliénées, dans les pays de l'Est, c'est que la voix de la vérité doit céder le pas devant de telles affirmations, manifestement mensongères, alignées sur la politique du Parti. Elles seules trouvent la plate-forme, qui leur permet d'intoxiquer l'opinion publique, livrée par ailleurs à une totale désinformation.

Il arrive qu'une voix s'élève: d'une personne, ou d'un groupe. Quelle conteste, qu'elle réfute. Mais elle ne saurait accéder à la publicité. Tout au plus, si elle parvient à circuler sous le manteau. Aux risques et périls de ceux qui lui servent de relais.
Risques et périls non illusoires, car c'est le travail, le pain quotidien, voire le risque d'agression qui sont en question.

Deux témoignages se sont ainsi levés. L'un, assez peu connu. Il vient d'un prêtre, religieux, signataire de la Charte 77. Il sait ce que signifient les droits de l'homme. Lui-même a connu la prison, plusieurs décades. L'autre est le témoignage d'un laïc.

Ce prêtre écrivit une lettre au Comité de rédaction de Katolické Noviny. Evidemment, elle ne fut jamais publiée, mais le texte en a coulé en Occident. Et notamment, ceci:

«Selon mon opinion, les attaques contre les personnes qui osèrent demander l'application des lois socialistes de ce pays, lesquelles sont en même temps aussi des pactes internationaux (cf. la loi 120/1976), sont en contradiction avec les principes moraux et chrétiens, non moins qu'avec les appels de l'Eglise postconciliaire que vous invoquez. En effet, vous avez passé sous silence la loi citée ci-dessus, de la plus haute importance pour la vie civile et religieuse. En outre, vous ne citez pas non plus une seule phrase de la Charte 77, au contraire, à ce qu'il paraît, vous ne l'avez même pas lue. Et au contraire, vous avez répété servilement les paroles, les imprécations, les phrases et les insinuations de la propagande de l'Etat, ce qui n'est certainement pas chrétien ...

Je suis aussi l'un des signataires de la Charte 77 et je suis convaincu de ne pas «fermer les yeux par principe devant toutes les séries de succès atteints par nos travailleurs»; je tiens plutôt les yeux ouverts également devant les droits humains, la légalité socialiste, la liberté religieuse et de conscience et devant les autres principes, sur lesquels s'appuie et sinon, tombe, la dignité humaine.

La campagne de dénigrement de ces individus compromis qui défendent les calomnies contre notre patrie socialiste et ses sujets ... profane le régime et les fruits du travail honnête de nos ouvriers ... . De qui est ce vocabulaire? De qui sont de telles idées? Ce sont les vôtres? La Charte 77 ne contient rien de ce genre.

Nous entendons collaborer fermement avec les autres dans le champ de l'engagement civil, en défendant les conquêtes socialistes .... Si ceci n'était rien d'autre que des phrases odieuses, je dirais qu'elles indiquent justement les objectifs de la Charte 77.

Nous œuvrerons afin que nos enfants puissent jouer en paix et manger dans la sérénité leur propre pain ... Et vous ferez encore tous les efforts pour que les enfants puissent jouir d'une vie religieuse épanouie, n'est-ce pas? Du reste, vous savez aussi certainement ce qui arrivera et arrive à ces enfants, si leurs parents sont croyants et si leurs enfants veulent poursuivre leurs études. Ou, peut-être, ne voulez-vous pas le savoir? Avez vous publié le discours du Dr. Tomas Travnicek, prononcé le 26 octobre 1975 à Olomouc, dans lequel il disait que le Parti et le gouvernement auraient à lutter contre la religion par tous les moyens, soit directs soit indirects ... ?

Je vous souhaite la force et le courage de parler au nom des véritables croyants».

Rafraîchissantes paroles, après la plongée dans la servilité et le mensonge. Parole enfin ressuscitée, après l'agonie de la parole insignifiante.

Et le témoignage du laïc?

Jan PATOCKA est mort. Et cette mort, c'est le sceau sur la parole véridique. «Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jn 15, 13).

POLOGNE : A VOIX HAUTE

Les clichés ont la vie dure. Pour beaucoup de chrétiens d'Occident, la Pologne ne serait que le pays des processions religieuses (plus ou moins folkloriques), des grands rassemblements de foules priantes (Czestochowa, Piekary, etc.), de la survivance quasi miraculeuse de la foi dans le monde communiste, grâce au culte marial, sans doute.

Il faudrait trop en dire, pour nuancer les clichés. Mais, un fait est certain: au niveau de la vie quotidienne, vivre en Pologne, en 1977, est bien autre chose. La désintégration de la vie sociale et économique Ja fragilité du pouvoir, la désespérance et la colère de tout un peuple sous-tendent l'existence concrète de chaque citoyen. Dans un tel climat dégradé, l'équilibre vacille, la conscience personnelle et sociale est mise à l'épreuve, l'autorité minée est tentée d'alourdir son pouvoir. Les droits de l'homme sont en danger.

Même les hommes politiques en sont parfaitement conscients. Et depuis quelques années, les mises en garde, les appels n'ont pas manqué. Des communistes notoires ont lancé des cris d'alarme, tel, par exemple, Wladyslaw Bienkowski, ancien adjoint de Gomulka, ministre de l'éducation nationale entre 1956 et 1959. Il y a juste un an, il dénonçait publiquement la montée de la violence du pouvoir:

«Depuis quelques années - écrit-il -, nous assistons, en Pologne, au développement d'un phénomène propre à constituer une menace pour la vie de notre société tout entière. Les signes s'accumulent qui tendent à le prouver: ceux qui sont chargés d'assurer le maintien de l'ordre public et le respect de la loi emploient des méthodes qui ne sont pas seulement en contradiction avec la loi, mais qui suscitent dégoût et condamnation parmi toute la population. De plus en plus d'exemples le confirment: entre les citoyens et les gardiens de la loi et de l'ordre, il n'y a d'autre point de contact que la matraque des miliciens; en outre, les coups et les tortures morales frappent aussi bien à titre «préventif» des individus choisis arbitrairement, et qui ne sont même pas suspects d'avoir enfreint la loi».

Il faisait ici allusion, notamment, à toute la répression qui s'était abattue sur les ouvriers qui avaient manifesté contre la hausse spectaculaire des prix, en juin 1976, comme aussi bien, sur ceux qui avaient pris leur défense. Mais, son intervention va beaucoup plus loin: il s'agit en fait de toute la conception d'un pouvoir autoritaire, qui nie finalement les droits civils, politiques et personnels des citoyens. Il n'est pas tellement étonnant, que sur cette piste, il rejoigne en fait les prises de position fondamentales de la Charte 77, et même son projet d'initiative: «La tâche urgente de purifier l'atmosphère qui règne dans notre pays nécessite la participation active de toute la population. Il faut que la population déploie une large activité, on en voit déjà des manifestations, en tant que force spontanée, pour la défense des droits civils, pour dévoiler les cas spécifiques d'agissements illégaux, de violation des lois fondamentales et de mépris flagrant pour les normes de la vie sociale. De tels faits doivent être dénoncés aux autorités centrales et condamnées par l'opinion publique ».

Bienkowski, qui a gardé sa foi dans la force salvatrice du marxisme, croit à la bonne volonté de ce pouvoir central, mais redoute qu'il ne soit débordé par «l'Etat dans l'Etat» que risque toujours de représenter l'Organe de la Sécurité, la Police. C'est bien pourquoi, il en appelle à la légalité même contre l'arbitraire et aux autorités en place contre les saboteurs de la «légalité socialiste».

L'Eglise, quant à elle, sans entrer dans l'analyse concrète des responsabilités engagées, peut-elle se taire alors que les droits humains sont effectivement suspendus ou violés? Jamais, en Pologne, les responsables de l'Eglise n'ont consenti au mutisme. Sa situation particulière - appuyée qu'elle est sur un peuple majoritairement chrétien -, elle l'a mise à profit, sans cesse et sans relâche, pour proclamer à voix haute ce qu'elle entend dire ou défendre. Contrairement aux autres pays satellisés, cette voix de la hiérarchie n'a jamais perdu sa qualité de parole signifiante. Elle est restée libre, non aliénée, non servile et -parfois même-, non «diplomatique». Ce fait a vraisemblablement contribué considérablement à la sauvegarde de la liberté de l'Eglise. Car, la libre parole rompt la fatalité qu'engendrent inéluctablement l'ambiguïté et l'obscurité d'une tactique de désintégration.

Or, depuis quelques années, cette voix haute s'est engagée toujours plus avant dans la défense de l'homme lui-même, menacé de déshumanisation par un système qui, tout en proclamant sa libération, engendre effectivement sa passivité, son fatalisme, son surmenage, son carriérisme à tout prix, sa discrimination, son mépris. Bien des laïcs aussi, croyants convaincus, se sont engagés dans cette patiente lutte pour que soient reconnues et servies les valeurs humaines et sociales. Souvent, ils ont été en butte aux difficultés, aux tracasseries, voire aux coups bas. On n'a pas renoncé à l'espoir de les circonvenir ou de les réduire au silence. A chaque étape, de cette tactique (8), la finalité est la même: «se servir» des voix disponibles, susceptibles d'étayer la politique élaborée, conduite et contrôlée par le Parti lui-même.

(8) C'est aujourd'hui ce qui sous-tend la tentative de récupération par le pouvoir de l'ancien mouvement «ZNAK», de sa délégation au Parlement, de ses Clubs d'intellectuels, de leurs moyens d'existence.

C'est dans ce climat actuel, que les deux Cardinaux polonais: le Cardinal Wyszynski à Varsovie, et le Cardinal Wojtyla, à Cracovie, ont à maintes reprises récemment réclamé publiquement et le respect de l'homme et la sauvegarde de ses droits fondamentaux. Ils l'ont fait souvent dans des moments cruciaux: climat d'émeutes et de répression, en juin 1976 et dans les mois qui suivirent; climat explosif à Cracovie, alors que manifestaient dignement les foules d'étudiants, touchés à vif par la mort mystérieuse de l'un de leurs camarades, engagé personnellement dans le soutien aux ouvriers grévistes et leur famille. Conscients du risque grave d'explosion populaire, les deux évêques de ce peuple blessé témoignaient en même temps de prudence et de fermeté. Eux aussi en appellent au pouvoir:

Cracovie, 8 mai 1977! C'est dimanche, un sombre dimanche. La veille, l'étudiant, Stanislaw Pyjas, a été découvert, mort dans des conditions mystérieuses. L’émotion est très vive dans toute la ville étudiante, qui s'apprêtait à fêter les journées traditionnelles de réjouissances universitaires. Une étincelle livrerait la ville à l'émeute. Mais l'extraordinaire maturité des jeunes, qui acceptent de témoigner dans la dignité et le calme, sauve du pire. Les aumôniers universitaires jouent un rôle important: ils accueillent la douleur des jeunes, leur proposent de méditer profondément et d'unir leur prière. Le matin du dimanche se lève dans cette atmosphère angoissée et douloureuse. Le Cardinal Wyszynski élève la voix:

« Nous aussi, après bien des expériences, nous sommes arrivés à la conclusion que nous sommes encore bien loin de cette libération des travailleurs, pour laquelle ils luttent depuis plus d'un siècle et demi. Nous libérant en effet des liens d'une économie capitaliste païenne, nous sommes tombés dans ceux d'une économie matérialiste païenne. Et l'homme, comme il fut esclave hier, l'est resté aujourd'hui... Nous devons respecter l'homme, nous devons dominer l'appareil de répression indigne, appliquée sous l'apparence d'une sécurité pour notre vie et notre paix. La garantie la plus sûre de l'ordre social dans la patrie est, avec la justice, la charité, qui incombe à tous les citoyens .... C'est seulement lorsque ces droits seront respectés qu'il y aura la paix sociale. Il n'y a pas d'autre chemin! L’appareil policier le plus efficient n'est pas en mesure de garantir la paix sociale si tous nous ne nous laissons pas conduire de la justice à l'amour chrétien».

Le 14 mai, plusieurs personnes connues pour leur engagement auprès des ouvriers et des familles de grévistes, ont été arrêtées. Le lendemain, dimanche, les funérailles de l'étudiant Stanislaw Pyjas, ont été l'occasion d'une manifestation silencieuse: dans la soirée, tout à coup, la ville s'est mise à trembler de plusieurs milliers de flammes de cierges ... défilé silencieux des jeunes, étonnamment maîtres de leur colère et de leur douleur. Sur la route du retour, vers Varsovie, deux autres personnalités connues sont grièvement blessées dans un accident de la route, suspect...

Dans l'église Ste Anne (l'église de la paroisse universitaire de Varsovie), le Cardinal Wyszynski confirme ce 19 mai. Son homélie revient longuement sur le primat des valeurs humaines sur les pseudo-valeurs matérielles. Il évoque, notamment, la situation des ouvriers mineurs. Le charbon constitue « l'or» polonais. Exporté en énorme quantité (l'intérêt polonais confine à J'intérêt de l'Occident, soucieux d'économiser le pétrole), il contribue à des rentrées importantes de devises, permettant de réajuster quelque peu l'inquiétant déséquilibre de la balance commerciale. De là, les normes de travail surhumaines imposées à ces travailleurs et les appâts matériels considérables, proposés à leur convoitise, au risque de les détruire par le surmenage. Contre cette exploitation abusive des forces du travail, le Cardinal s'élève:

« ... l'homme doit se souvenir qu'il ne lui est pas permis de se perdre dans son propre travail».

Récemment, un évêque polonais a adressé une lettre aux autorités politiques (9) attirant l'attention sur l'exploitation des énergies humaines dans le travail des mines. Les stimulants matériels, les avantages économiques sont tels que l'homme, spécialement le jeune, s'efforce d'atteindre le plus rapidement possible un poteau d'arrivée, de créer les meilleurs conditions d'existence pour sa famille. Il se met à charge des tâches toujours plus lourdes pour ajouter un autre salaire au sien propre. Dans cette lettre, l'évêque cite le cas d'un jeune mineur dont l'idéal était -et il n'y a rien d'étonnant à cela- d'acquérir sa propre habitation, à n'importe quel prix. Il la construisit, mais ne l'habita pas, parce qu'il s'en alla de la maison pour être porté en bière au cimetière. Nous attirons souvent l'attention des autorités étatiques et politiques sur le fait qu'elles ne peuvent procéder à une exploitation inhumaine des forces physiques des citoyens, tout comme sont exploitées d'une manière démesurée les ressources naturelles de notre terre, exportant de la Pologne tout ce qui est possible, sans penser à conserver quelque chose pour les générations futures ...
(9) Il s'agit de l'un des évêques de Silésie, la région minière par excellence. Il n'est pas rare que les ouvriers mineurs y travaillent trois semaines consécutives, sans un jour de repos ... et l'on parle de la quatrième semaine ...

 «Aujourd'hui, cette vision réductive de l'homme se manifeste en divers secteurs - et non seulement dans le secteur économique. L'homme est traité comme une marchandise, un matériel, une matière première et non comme une personne humaine dotée de devoirs supérieurs, qui transcendent les dimensions de la vie humaine, familiale, nationale ou politique ... Toutes ces valeurs sont d'une importance énorme ...

Ceci concerne chaque homme. Aujourd'hui, en effet, par l'affirmation du primat des choses sur l'homme, il apparaît que l'homme vient en dernière place des questions sociales, civiles et nationales..

Il ne suffit pas de dire: mais l'homme meurt afin que vive la nation, afin que vive l'Etat. Comme si existaient, en effet, l'Etat et la nation sans l'homme, sans la garantie des droits fondamentaux de la personne humaine? Comment sera-ce possible ? Ce ne sera plus qu'une nation de machines sans âme, ce sera une nation d'âmes mortes! Et avec de tels hommes, ni l'Etat, ni la nation ne pourront accomplir leurs propres tâches. C'est pourquoi, comme dans un organisme humain, la fièvre signale l'existence d'une maladie, ainsi dans la vie de la société, la «fièvre sociale» signale l'existence d'une situation inquiétante de maladie ....

-Après Dieu, l'homme est la valeur suprême et le bien le plus précieux du monde, pour la famille, pour la nation, pour l'Etat et pour l'Eglise et pour Dieu dans la Sainte Trinité .... On ne peut pas administrer l'homme comme on administre le charbon, le cuivre, le grain ou quelqu'autre bien »,

L'écho de ces paroles est profond dans le cœur des travailleurs de ce pays. Fallait-il que dans un monde «socialiste», du moins qui se dit tel, les droits d'un peuple ouvrier et paysan soi-disant souverain, ne trouvent plus que la tribune de l'église, pour s'exprimer? L'église ... et la rue? (Néanmoins, que ceci ne tranquillise pas non plus nos propres consciences .... Que fait de l'homme une société dite «de consommation»? Que fait de la jeunesse une économie qui a découvert qu'elle constituait un marché? Que ces paroles, prononcées dans une église de Varsovie, nous aide aussi à nous remettre en question).

Et c'est la jeunesse, justement, que défendra très nettement le Cardinal de Cracovie, Mgr Wojtyla (10). L'émouvante manifestation des jeunes de Cracovie a été totalement déformée par la presse officielle, qui s'est efforcée de la réduire, de la dénaturer, de la ridiculiser.
(10) A l'occasion de son homélie de la Fête-Dieu, à Cracovie.

Et l'ancien aumônier d'étudiants qu'est le Cardinal Wojtyla affirme publiquement que le fait d'avoir renoncé aux jeux traditionnels, chers au monde estudiantin, «démontre que les jeunes, et ils sont à Cracovie des dizaines de milliers d'étudiants, que ces jeunes sont capables de penser aussi aux problèmes fondamentaux, comme par exemple le grand mystère de la mort de l'homme qui parfois frappe les jeunes également; et qu'ils sont capables de réfléchir aux problèmes de fond, tels que la justice sociale et la paix, les droits de l'homme, les droits de la personne humaine, les droits de la nation, la responsabilité à l'égard du grand héritage de notre nation. Nous sentons tous cette responsabilité».

C'est alors que le Cardinal s'engage nettement en faveur d'une presse honnête véridique et non manipulée. Les termes sont incisifs:

« Il faut dire la vérité, il faut respecter la vérité profonde de chaque homme, surtout de la jeunesse ... Notre presse polonaise doit absolument tenir compte de ce fait. Elle ne peut être seulement, comme elle l'est du reste en bien des pays du monde, un instrument de manipulation de l'opinion publique. L'homme est une créature raisonnable, l'homme cherche la vérité ....

» La presse ne peut falsifier l'image de la société, si elle veut que la société la prenne au sérieux. Elle ne peut pas: elle a sa propre responsabilité à l'égard de la société, à l'égard de la nation, à l'égard de l'homme et non seulement à l'égard d'une institution unique, ou d'une instance unique. A l'égard de toutes ces choses, la presse a une responsabilité et nous adressons un ardent appel à la presse polonaise afin que, avec tous ceux qui ont à cœur le bien de la patrie, elle s'engage au service des droits de l'homme, des droits de la nation et ne se limite pas à préparer une certaine information, une certaine opinion, une idée déterminée par une seule partie. Et surtout lorsque cette opinion ou cette idée concerne quelqu'un qui ne peut se défendre .... C'est pourquoi, donc, les journalistes doivent être d'autant plus attentifs à ne diffamer personne dans leurs publications, à ne pas déformer les opinions de quelqu'un ou de certaines personnes qui n'ont pas la possibilité de se défendre ... ».

Et, courageusement, le Cardinal Wojtyla prend alors position claire en faveur des militants catholiques, regroupés autour de l'hebdomadaire catholique de Cracovie et du mensuel Znak. On sent, en effet, rôder de nouveaux périls autour de ces publications, périls diffus et d'autant plus délicats à dénouer que les tactiques sont ambiguës et profitent, justement, de la difficulté d'expression.

« En cette occasion, nous désirons encore adresser quelques mots à l'intention de la presse catholique de Cracovie, qui a des mérites particuliers. Je pense au Tygodnik Powszechny et au mensuel Znak, qui sont publiés d'une manière ininterrompue depuis environ 30 ans à Cracovie. Ces derniers temps, la conférence épiscopale a ressenti d'une manière particulière la nécessité de déclarer que cette édition catholique peu nombreuse, un peu comme les derniers Mohicans, la presse, les éditions de librairie, les organisations, les clubs des intellectuels catholiques sont un bien particulier de l'Eglise, appartiennent à ses possessions. Je parle ici de tout cœur pour exprimer notre solidarité avec ceux qui servent le bien de la patrie et de l'Eglise, par la parole écrite. Nous considérons leur cause comme notre cause commune ... ».

Cette défense publique et nette de la pensée et de la parole non alignées est extrêmement importante. Sa netteté dénoue les ambiguïtés redoutables et complices.

Mais c'est aussi, non seulement les intellectuels, mais le peuple dans la quotidienneté de ses difficultés d'existence, qui trouve appui auprès de l'Eglise. La presse a publié récemment des lignes attachantes que le Cardinal Wyszynski vient de faire lire dans toutes les églises du pays; ce sont les conditions de vie journalières et l'épuisement de la population, particulièrement des femmes, que dénonce ici le Primat:

«Dans aucun domaine, il n'y a autant d'humiliations journalières. Nous savons construire de grands immeubles ostentatoires, travailler pour l'exportation, mais nous oublions que les hommes doivent manger tous les jours et que, pour que cela soit possible, doivent exister des points de vente convenables où ils puissent obtenir facilement du pain, de la viande, du lait, sans perdre autant de temps, de santé et de forces.

Ce spectacle ahurissant de longues queues de femmes, obligées à rester debout des heures entières, parfois avec leurs petits enfants dans les bras, ces magasins sales où des vendeurs énervés se débattent contre la colère des gens, tout cela doit disparaître le plus rapidement possible. (11)
(11) Cf. LE MONDE, 28-9-1977.

La vie est telle, en effet. Peut-être, en parlant si clairement, le Cardinal contribue-t-il aussi à désamorcer l'explosion toujours possible. Personne ne peut penser que le pire serait le mieux. La marge est extrêmement étroite entre le possible du moment et l'exigence d'un peuple exaspéré. C'est un service encore, politiquement réaliste, d'assumer ainsi à haute voix cette dénonciation, pour donner un exutoire à cette colère menaçante qui gronde, tout en établissant clairement devant le pouvoir, les limites à ne pas franchir et les priorités à établir. Dans cette situation très complexe, où nul n'est tout à fait libre de son jeu sans doute, le Cardinal trace ainsi une piste de sauvegarde tout en étant et restant proche d'un peuple politiquement impuissant à l'assumer.

Le cri des Cardinaux polonais part du cœur, à n'en pas douter. Certainement, le peuple polonais n'oubliera pas, qu'en des heures difficiles et redoutables, l'Eglise encore s'est faite son porte-voix et son défenseur.

Que ceci se retrouve aux carrefours de l'histoire polonaise contribue, vraisemblablement, à cette spécificité de la religiosité du peuple polonais.

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