Bulletin octobre 1975

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L'église et les droits de l'homme

«Il est hors de doute que les Eglises ont une responsabilité collective dans la vie politique ... en affirmant et en promouvant ... (les principes) de la dignité humaine, de la fraternité universelle, de la liberté, de la responsabilité, de la justice, de l'amour et de la solidarité entre les citoyens et entre les peuples».

«Chaque dynamisme de l'histoire humaine, chaque mouvement pour la création d'un monde plus juste et plus fraternel, pour dépasser les inégalités sociales, délivrer l'homme de ce qui le déshumanise et lui faire prendre conscience de sa dignité, trouve sa force motrice et son perfectionnement dans l'œuvre salvifique du Christ ...».

Cet engagement en faveur de la défense des droits de l'homme, où qu'ils soient menacés, « implique ... le recours à la dénonciation des violations passées ou présentes»... «Les laïcs doivent s'engager généreusement dans la dénonciation en l'accompagnant d'une action constante ... afin que leurs paroles ne soient pas vaines».

La justice oblige en conscience à regarder avec la même attention tous les hommes, quelque soit le système qui les opprime.

« .. l'une des oppressions les plus graves ... est celle qui provient des régimes qui considèrent l'homme uniquement comme facteur de production ou comme élément indispensable d'une économie de consommation et qui considère le lucre comme fin dernière. Ne font pas moins de tort à la liberté et à la dignité de la personne humaine, les régimes dont la philosophie considère l'homme seulement comme matière et le réduit en simple engrenage d'un système qui, ignorant les droits et les libertés individuelles, fait dépendre tout du bien idéologique supposé de la collectivité».

Ainsi faut-il témoigner pour l'homme, sans prétendre ni l'exploiter, ni s'en servir à ses propres fins politiques, mais encore et surtout, faut-il:

«faire précéder (cette dénonciation et cet appel) du témoignage concret de sa propre vie».

(Document n° l, «Justice et Paix», Commission Pontificale, intitulé «L'Eglise et les Droits de l'Homme» Rome, septembre 1975).

et le dialogue

«Il n'y a pas de dialogue là où il n'y a pas pleine liberté d'exposer sa propre pensée et de discuter celle des autres, comme c'est le cas, en général, dans les pays socialistes de l'Est européen, où l'athéisme et le matérialisme sont répandus par tous les moyens de communication sociale -souvent avec une critique amère et railleuse de la religion et de toute forme de spiritualisme, ou d'idéalisme, comme on dit généralement, non sans ambiguïté-, alors que les autres visions du monde et de l'homme n'ont aucun droit ou l'ont dans une mesure trop réduite pour se faire entendre. Ceci peut d'ailleurs aussi arriver sous des régimes dictatoriaux de type opposé.

Il ne suffit certainement pas non plus que les croyants aient le droit, comme les autres citoyens, d'apporter leur contribution à la construction du socialisme, ou, comme on dit, de l'homme nouveau, de la nouvelle société humaine, pour que cela entraîne -dogmatiquement- comme il est escompté, que le «système» doctrinal et pratique soit à accepter sans discussion et sans dialogue.

Le dialogue doctrinal est alors expressément considéré comme une forme de prosélytisme et comme une sorte de contrebande de doctrines religieuses, condamnées à priori comme fausses et nocives, sans aucune possibilité d'appel. Tout dialogue, au contraire, toute rencontre humaine véritable suppose la conviction que, même chez les autres, il y a au moins une partie de vérité et de bien (...)

En tous cas, le dialogue cesse nécessairement lorsqu'il n'y a plus deux interlocuteurs qui cherchent à établir ou à élargir la convergence, mais quand l'une des parties en dialogue est passée du côté de la partie opposée.

Du reste, il est nécessaire d'avoir présente l'identité spécifique de chacune des parties en dialogue: dans le dialogue chrétien-marxiste, on ne doit pas oublier que le marxisme est une idéologie et que le christianisme est une religion qui se réclame d'une Révélation faite par Dieu.»

(«Réflexions sur le dialogue avec les incroyants» -du Secrétariat pour les non-croyants- Rome.
Cfr. Osservatore romano, 21 août 1975).

Acte final de la conférence d'Helsinki sur la sécurité
et la coopération en Europe, en date du 1er août 1975.

Trente cinq pays, «de l'Est» et «de l'Ouest», plus le Canada et les Etats-Unis d'Amérique, ont signé l'acte final de la Conférence. Il est difficile d'y faire écho, sans être tout aussitôt catalogué dans telle ou telle fraction d'opinion. Il n'est pas possible d'entamer ici une analyse politique approfondie. Le jeu sous-jacent à cette «convergence» non des systèmes mais des intérêts est si complexe que la description devrait en être très nuancée. Aussi bien, ce n'est pas ici le lieu de le faire. Nous souhaitons seulement approcher cet accord final, consacrant à la fois la coexistence des Etats et la confrontation des idéologies, sous le biais des droits de l'homme mis en question.

Nous relevons seulement quelques aspects:

- La rencontre «entre l'Est et l'Ouest» consacre, quoi qu'on en dise, le fait en deux blocs. Or, nous savons, pour l'avoir entendu souvent exprimer par nos amis de l'Est, eux-mêmes récusent cette séparation qui, effectivement, les livre à un arbitraire auquel eux, les peuples -non les gouvernements ou les pouvoirs en place- n'ont pas consenti. Le «glacis» demeure un glacis, et le sol laisse couler les fleuves vers l'Est. Les droits de l'homme sont-ce nécessairement les intérêts que servent les dirigeants de ces peuples, candidats sériés de listes uniques pratiquement mono-parti? Et si les peuples pensaient autrement? Ne nous satisfaisons-nous pas trop vite de certains décalques qui, finalement, ne risquent guère de mettre nos propres sécurités en question?

- L'acte d'Helsinki consacre le principe de l'inviolabilité des frontières, consécration d'un statu quo que l'URSS désirait avant tout. (Certes, il est question dans la déclaration de possibles modifications pacifiques. Mais, depuis la signature de cet acte, des interprétations qui ont déjà fait surface, laissent rêveur !). Cyniquement ou avec douleur, certains peut-être ont pensé: heureusement que nous ne sommes pas Baltes! D'autres petits peuples, en effet, auxquels sont absolument refusés tous droits à l'autodétermination, -pourtant inscrits dans la Constitution soviétique- ne paient-ils pas très cher notre propre «sécurité et coopération»? Serait-ce la meilleure manière de garantir les droits de l'homme? - La meilleure manière, aussi, de ruiner l'espoir de ces peuples est de consacrer encore le principe de la «non-ingérence» dans les affaires privées des Etats cosignataires. Sont entérinés ainsi, d'un trait de plume, tous les pillages des économies du glacis, toutes les formes d'occupations consécutives à tous les «printemps» avortés, hélas aussi tous les camps et asiles psychiatriques. Grâce à Dieu, les victimes de l'injustice au Chili, au Brésil et ailleurs ne seront pas livrés à cette prude attention à la «souveraineté» du pouvoir qui les persécute. Le souci des droits de l'homme pourrait-il être différencié, la dignité de l’homme n'est-elle pas indivisible?

- Mais encore! Suffirait-il de signer certaines déclarations notoirement contradictoires avec la réalité, pour que celle-ci s'en trouvât modifiée? Suffirait-il de contresigner une apologie des droits de l'homme, pour que ceux-ci ressuscitent? Le fait d'affirmer que ces droits les plus fondamentaux sont respectés et honorés, peut-il effectivement garantir ces droits humains contre un arbitraire et une violation quotidienne? Est-il moral de proclamer publiquement un respect attentif des droits humains, alors que la pratique quotidienne les dénie effectivement? Ce «respect» proclamé s'accommode avantageusement du respect du principe de «non-ingérence». L'homme brimé, aliéné, les catégories de population réduites au silence s'en trouveront-ils mieux? Quelle issue?

Pourquoi la vision d'Ezéchiel nous poursuit-elle, alors que nous nous penchons sur l'extrait ci-après, signé par les 35 pays concernés:

«Les Etats participants respectent les droits de l'homme et les libertés fondamentales, y compris la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de .conviction pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.
Ils favorisent et encouragent l'exercice effectif des libertés et droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et autres qui découlent tous de la dignité inhérente à la personne humaine et qui sont essentiels à son épanouissement libre et intégral.
Dans ce cadre, les Etats participants reconnaissent et respectent la liberté de l'individu de professer et de pratiquer, seul ou en commun, une religion ou une conviction en agissant selon les impératifs de sa propre conscience.

Les Etats participants sur le territoire desquels existent des minorités nationales respectent le droit des personnes appartenant à ces minorités à l'égalité devant la loi, leur donnent l'entière possibilité de jouir effectivement des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, de cette manière, protègent leurs intérêts légitimes dans ce domaine.

Les Etats participants reconnaissent l'importance universelle des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le respect est un facteur essentiel de la paix, de la justice et du bien-être nécessaire pour assurer le développement de relations amicales et de la coopération entre eux, comme entre tous les Etats.

Ils respectent constamment ces droits et libertés dans leurs relations mutuelles et s'efforcent conjointement et séparément, y compris en coopération avec les Nations-Unies, d'en promouvoir le respect universel et effectif.

Ils confirment le droit de l'individu de connaître ses droits et devoirs dans ce domaine et d'agir en conséquence.

Dans le domaine des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les Etats participants agissent conformément aux buts et principes de la Charte des Nations-Unies et à la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ils s'acquittent également de leurs obligations telles qu'elles sont énoncées dans les déclarations et accords internationaux dans ce domaine, y compris entre autres les pactes internationaux relatifs aux droits de l'homme, par lesquels ils peuvent être liés.

Les Etats participants confirment que les cultes, institutions et organisations religieux, agissant dans le cadre constitutionnel des Etats participants, et leurs représentants peuvent, dans le domaine de leur activité, avoir entre eux des contacts et des rencontres et échanger des informations». (1)
(1) Cfr. Informations catholiques internationales, 1-2-74.

On pense rêver! D'abord, on reste sans mot, sidéré. Quelque part vrille une souffrance qui, bientôt, submerge. Même la révolte s'affaisse, dans un sentiment d'impuissance.

Il faut dire et redire ici que tous les droits de tous les hommes sont inaliénables. Il faut affirmer que nul n'a droit sur un autre, du seul fait de son pouvoir, de sa culture, de sa richesse, de sa santé, de sa race, voire de sa religion. Il faut dire encore, bien clairement, qu'il est parfaitement exact que les exactions ne sont pas seulement le fait des pouvoirs dits «de gauche». Le totalitarisme dogmatique ou pratique s'est étendu comme un chancre, et il n'est que trop vrai -hélas- qu'il n'est pas bon d'être dans les mains de tous les Nabuchodonosor du monde, dans n'importe quel hémisphère. Il est crucial de reconnaître aussi bien que la poursuite d'un profit matériel, érigé en système, conduit à la marginalisation, à l'exploitation, à l'écrasement de tous ceux qui sont les plus vulnérables. Les droits de l'émigré, les droits du mal-portant, les droits des sans-culture, les droits du mal-aimé sont-ils, autour de nous, si bien respectés? Non. Il faut affirmer encore que la défense des droits de l'homme, asservi dans les soi-disant «socialismes», à l'Est, ne nous dispense pas de nous mettre nous-mêmes en question, nous-mêmes et le système que nous connaissons. Il faut dire, enfin, que ce n'est pas de gaieté de cœur que l'on en vient à se dresser contre les violations des droits de l'homme, dans les pays du centre et de l'Est de l'Europe. Nous aimerions, sincèrement, pouvoir nous attacher avec attention et affection aux tâtonnements incertains mais méritoires d'un véritable «socialisme à visage humain». Nous l'avons fait, en suivant positivement les efforts d'un «Printemps de Prague», par exemple. Mais s'il nous faut ici dénoncer l'hypocrisie, c'est par souci du service de la vérité d'abord, du service aussi des hommes «sans voix», comme éliminés de la problématique grâce à de telles malversations de la réalité.

Aussi bien, nous ne parlerons pas nous-mêmes. Il faut -où que l'on soit- restituer la parole aux hommes sans voix. Il est temps, vraiment, que nous cessions, à chaque instant, de nous instituer «porte-parole», livrés que nous sommes à nos propres convoitises ou idéologies. Car, il est un fait, les «hommes sans voix» sont, plus précisément encore, des hommes privés d'oreilles attentives à leur murmure, ou même à leurs cris. Les hommes sans voix, parlent en fait. Mais nous ne désirons pas les entendre. Il faut, nécessairement, quitter ses propres espérances et ses propres générosités, pour devenir seulement, comme une aurore pure, capables de nous imbiber des rumeurs qui montent de la terre.

Avec -comme toile de fond- cette déclaration signée entre discours et poignées de mains, nous alignerons ici seulement quelques faits, ou quelques cris. Sans plus de commentaires. A dessein, nous nous refusons à les cataloguer selon certains critères, fût-ce même selon les niveaux où se situent les droits menacés. Nous entendons ainsi, à la fois affirmer le caractère indivisible de ces droits d'hommes, et rendre compte du foisonnement de problèmes qui sont posés, comme aussi de la diversité des atteintes qui sont perpétrées, en ces divers pays sur lesquels porte notre regard. Ainsi s'expriment donc ces «hommes sans voix» :

- «Dans une société totalitaire, il existe tout un complexe de «représentations» ... qui fonctionnent en vertu d'un programme établi d'avance, mais en réalité ne représentent rien, sinon les hommes de l'institution et les illusions qu'on impose aux masses. Disposant d'un appareil de propagande bien au point, ils créent eux-mêmes l'opinion publique qu'ils sont censés simplement exprimer (...). Lorsque des intellectuels «humanistes» d'une société totalitaire -des écrivains, des poètes, des hommes politiques- se retrouvent pour dialoguer avec des humanistes de l'Ouest, ... ils ont presque les mêmes mots pour parler de la paix et de la liberté des peuples opprimés! Ils n'oublient qu'une chose: dans un système totalitaire, l'existence d'humanistes de ce genre ne représente qu'une phraséologie humaniste, nécessaire mais purement conventionnelle et qu'il faut maintenir coûte que coûte, car elle donne le change sur la nature réelle du totalitarisme qui pervertit l'essence spirituelle de l'homme, c'est-à-dire précisément ce qui fait de lui un humaniste (...). Les mêmes tendances se font jour dans le mouvement œcuménique (...). Ce jeu de convention s'instaure quand, dans un milieu donné, toutes choses sont soumises au champ du magnétisme politique, depuis la culture jusqu'à la vie ecclésiale. Dans un système totalitaire, il ne peut en être autrement: c'est intentionnellement qu'il recourt aux modes d'expression qui lui permettent d'entrer en communication avec le monde entier et lui ouvrent ainsi la possibilité d'agir immédiatement sur lui. C'est ainsi qu'on voit apparaître également une représentativité chrétienne, spécifique, toute aussi fallacieuse, hélas, que la représentativité des humanistes, des écrivains ou des combattants pour la paix. Ici l'élément politique prend consistance en faisant appel à la conscience chrétienne» (E. BARABANOV, intellectuel d'Urss, aujourd'hui assujetti à de graves difficultés pour son engagement au service de la pensée libre. (1)
(1) Cfr. Informations catholiques internationales, 1-2-74.

- «Nous prêtres catholiques, nous apprécions dans votre personne l'éminent représentant de notre vie politique qui, dans un esprit de sacrifice est sans cesse à la tâche pour que notre patrie fasse solidement partie des pays du système socialiste, vive dans la paix et concède à tous les habitants le bien-être et la prospérité (...). Nous vous assurons que nous continuerons à apporter notre contribution par notre engagement civil et en faveur de la paix au développement de tous les objectifs humanitaires de notre société, à collaborer avec tous les hommes de bonne volonté à la consolidation de l'amitié et de la paix dans le monde et à réaliser les prémices de bons rapports entre l'Eglise et l'Etat» («L'Association du clergé catholique "Pacem in Terris" de la Tchécoslovaquie, félicitant le nouveau Président de la République, en la personne du 1er Secrétaire du Parti, G. HUSAK»). (2)
(2) Cfr. Katolické Noviny - Praha. 15 juin 1975.

- «... je suis, et je ne suis rien. Je suis mort et, en même temps, je vis. J'ai été réduit à un simple rien dans le domaine des droits élémentaires du citoyen et de l'homme et, en même temps, j'ai été gratifié d'une existence exceptionnelle pour ce qui est des soins et des attentions dont me comble la police. Je suis un simple rien (...). En tant que philosophe et auteur, je suis, dans ma patrie, un enterré vivant. En tant que citoyen, je suis dépouillé des droits fondamentaux et je vis comme un accusé et un suspect permanent» (Karel Kosik, philosophe et écrivain tchèque, soumis à des pressions de toutes natures «…parce que je considère l'exercice de la pensée comme un droit humain, inaliénable, et que j'exerce ce droit». (3)
(3) Cfr. Le Monde. 29-30 juin 1975.

- «Je suis forcé de conclure que la présente ligne du Parti a été «fructueuse» dans le sens que les valeurs sociales ont été fructueusement détruites, mais qu’aucun des conflits qui ont mené à la crise dans le Parti et la société dans les années soixante (c'est-à-dire, non dans les années 1968-69, mais avant 1968) n'ont été résolus. (...) Je regrette l'injustice témoignée à mon égard et à l'égard des camarades qui pensent de la même manière, jusqu'à y compris l'usage des services de sécurité (pour leur défense, il serait peut-être plus exact de dire: leur mésusage. (...) Toute la vie de notre pays est festonnée de toiles d'araignée, et ceux qui la filent ont besoin de soutien et d'approbation. Je ne puis appeler ceci autrement que par son nom véritable: c'est un abus de pouvoir et une violation des principes socialistes et des principes du Parti. C'est une violation des droits de l'homme». (Alexander DUBCEK - Extrait de son mémorandum adressé récemment à G. Husak, exprimant aussi sa conviction du fait que «l'idée des droits humains et leur défense active sont pleinement justifiées, même dans le socialisme». (4)
(4) Cfr. Observer. 13·4-1975.

Ainsi

« ... l'Eglise, en Tchécoslovaquie, se trouve-t-elle dans l'impossibilité d'exprimer librement son opinion.

Le gouvernement tchécoslovaque a déclaré vouloir apporter une contribution positive au succès de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Les persécutions exercées contre l'Eglise en Tchécoslovaquie forment un contraste flagrant avec cette déclaration: cette violation permanente des droits de l'homme compromet le processus de détente en Europe.»
(18 octobre 1974 - Bonn, Bad Godesberg - Résolution de la Commission administrative du Comité central des catholiques allemands).

«Dans une de ses pièces de théâtre jouée également à Paris, Marin Soresco raconte à sa façon l'histoire de Jonas. Un pauvre pêcheur, Jonas, est avalé par une baleine. A force d'obstination, il la crève. C'est pour se retrouver dans une seconde baleine qui, entre-temps, avait avalé la première. Il n'en fléchit pas pour autant et s'échappe de la seconde baleine. Pour se rendre compte qu'il est prisonnier d'une troisième qui, bien entendu, avait avalé la seconde, etc., etc. Ne suivons pas Marin Soresco jusqu'au bout de son drame et ne laissons pas, comme lui, Jonas se suicider. Arrêtons-nous simplement à cette seconde baleine qui est avalée par une troisième, laquelle le sera par une quatrième, laquelle ... La culture roumaine est en ce moment ce Jonas qui s'organise une vie ou une survie dans la baleine. Et pour le moment, elle ne trouve pas d'issue.» (Monica LOVINESCO: «Où en est la littérature roumaine?») (5)
(5) Cfr. Cahiers de l'Est, janvier 1975. p. 124.

- «Mais qu'est-ce que tout cela a encore à faire avec le socialisme, tel qu'on le rêvait? " (Miron-Radu PARASCHIVESCU -Pages de journal). (6)
(6) Cfr. Ibid. p. 96.

«.. Mais à quelle «classe» peut servir que les gens soient arrêtés sans procès, les syndicats asservis, toute libre discussion supprimée, et que les pays socialistes s'accusent l'un l'autre d'impérialisme, de trahison, de révisionnisme, tel pays occupant tel autre? Si l'on pense à la classe ouvrière, celle-ci a exprimé clairement en Tchécoslovaquie qu'elle ne considérait ce régime ni comme socialiste ni comme le sien. (...) C'est pour toutes ces raisons que vous (...) ne pouvez pas vous taire devant la violation des droits de l'homme dans les pays qui se déclarent «socialistes» et qui, par leurs pratiques, discréditent le socialisme (...)

Réclamez la libération de tous les prisonniers politiques dans le monde, en Grèce, en Espagne, au Portugal, au Brésil, en Iran, aux USA et aussi en Tchécoslovaquie et en URSS!

Protestez contre la violation des droits de l'homme -surtout de la liberté d'expression et d'organisation, du droit de grève, du droit d'émigrer, du droit au travail et aux études sans aucune discrimination- partout dans le monde!» (Jiri PELIKAN, 1er juillet 1972: Lettre ouverte à Angela Davis). (7)
(7) Cfr. Ici Prague, 1973 - Ed. du Seuil, pp. 421-422.

- «Si nous avons le droit de jouir des droits d'hommes libres, que l'on nous accorde ces droits, à nous croyants et à nos enfants; que l'on nous donne la possibilité de servir Dieu librement et sans entraves, et également de pouvoir marcher librement dans la rue sans craindre les rebuffades, les moqueries et les coups, et surtout sans redouter d'être assassinés parce que nous sommes croyants». (Extrait d'un appel de 106 croyants baptistes de la ville de Slavgorod, adressé le 22 janvier 1975 au Secrétaire général des Nations-Unis, M. Kurt WALDHEIM).

- «Le nouveau règlement, annoncé par Monseigneur IJJAS au Synode comme un pas en avant, est en réalité un pas en arrière.

En effet, les autorités administratives peuvent maintenant contrôler et restreindre -et le font effectivement en divers lieux- même la catéchèse dans l'église. On a cité plusieurs exemples déjà de ce contrôle, pour des mesures restrictives. Les prêtres s'en sont plaints auprès des évêques qui en ont traité récemment au cours d'une conférence épiscopale, pour en faire un mémorandum à destination du Bureau des Affaires ecclésiastiques. Le Saint Siège devrait insister sur la liberté de l'enseignement religieux dans les églises et faire disparaître les ambiguïtés du nouveau règlement. Telle est, en tous cas, l'opinion unanime du clergé hongrois» (extrait d'une correspondance particulière, particulièrement autorisée).

- «Pourtant, un autre facteur est encore plus important -force immanente du régime totalitaire- c'est-à-dire l'inertie de la peur et de la passivité. (...) Nos ouvriers comprennent parfaitement que les vrais patrons sont ceux qui filent, matin et soir, dans les automobiles noires blindées, le long des rues ... il sait (l'ouvrier) qu'aujourd'hui aussi son destin personnel dépend entièrement de l'Etat, de l'autorité proche et lointaine, du président de la commission des logements, du président du comité syndical, lequel peut placer son fils au jardin d'enfant comme il peut aussi bien ne pas le faire, de l'informateur du KGB (police secrète, n.d.l.t.) qui travaille à son côté» (...).

«Outre les persécutions judiciaires contre les dissidents, il en existe de très importantes extrajudiciaires: licenciements, obstacles opposés aux études et au travail des enfants, et ainsi de suite. Il me semble qu'en Occident, on comprend très peu combien toutes ces questions sont sérieuses dans notre Etat totalitaire» (...).

«Je voudrais espérer que cette intervention de ma part sera entendue et aura des résultats utiles. J'espère en particulier une défense plus active, de la part des représentants de l'intelligentsia occidentale, des droits de l'homme dans notre pays et dans les autres pays socialistes: droit du libre choix du pays de résidence, droits des minorités ethniques, tatare de Crimée, allemande, lituanienne, estonienne, lettonne, ukrainienne et de beaucoup d'autres, droit des groupes religieux persécutés.» (...)

«Je pense que pour assainir l'inadmissible situation existante, il est indispensable d'instituer un contrôle international sur les lieux de peine et sur les asiles psychiatriques spéciaux (où les conditions sont encore plus dures) et de proclamer une amnistie générale pour les détenus politiques» (...)

« Parmi ceux qui souffrent pour leurs propres convictions, les croyants constituent un groupe très nombreux. Les persécutions religieuses sont une horrible tradition de tous les pays socialistes, mais en peu d'entre eux, sauf peut-être en Albanie, elles ont atteint une portée et une profondeur similaires à celle qui est actuelle en URSS». (Andreï SAKHAROV, physicien, prix Nobel de la Paix -Extraits de son «testament» - au sens de dernier écrit qu'il entend transmettre -tout récemment parvenu en Occident). (8)
(8) Extraits tirés de la traduction italienne du document, parue dans «Il Giornale Nuovo» entre le 24 août et le 10 septembre 1975.

 - «La Troisième Conférence Européenne Justice et Paix,

Saisie d'informations extrêmement graves concernant la situation des chrétiens en Lituanie, par exemple:
1.1. Interdiction des livres à caractère religieux.
1.2. Interdiction de l'éducation religieuse dans l'église (en fait: l'enseignement religieux est interdit pour la jeunesse. Tout juste, un prêtre peut-il contrôler l'enseignement donné par les parents, au cours d'interrogatoires publics, à l'église, n.d.l.r.).
1.3. Numerus clausus très limité dans les séminaires. (Avant la guerre, il y avait 300 séminaristes, en 1947: 150. Jusqu'en 1971, le numerus clausus imposé aux candidats au sacerdoce était de 5 étudiants nouveaux par an. En 1972, ce chiffre a été relevé jusqu'à 10. Actuellement? n.d.l.r.).
1.4. Obstacle mis à l'exercice du ministère sacerdotal. (Par ex.: la visite aux malades et mourants en hôpitaux ne peut se faire que sur requête expresse de la famille. Concrètement, ces visites sont difficiles à obtenir, suivies et contrôlées, n.d.l.r.).
1.5. Emprisonnement de beaucoup de fidèles à cause de leurs activités religieuses, soi-disant subversives. (Une pétition, adressée au Bureau pour les Affaires ecclésiastiques et protestant contre les discriminations dont sont victimes les catholiques, a été signée par 16.498 personnes, en 1974. -Une autre pétition, concernant la pression exercée sur les enfants croyants, dans les écoles, et les brimades dont ils sont l'objet, a été adressée au Ministère de la Culture. Elle portait 1.400 signatures. C'était également l'an dernier.
De telles initiatives, pourtant admises dans la Constitution, sont effectivement considérées comme des «menées subversives». - En 1975, un arrêt administratif interdit désormais d'envoyer des requêtes aux autorités et de recueillir des signatures pour de telles pétitions. N.d.l.r.).

2. Proteste contre cette violation des droits fondamentaux de l'homme.

3. Invite les Commissions nationales à suivre de près les événements dans ce pays et à faire leur possible pour informer leur opinion publique.» (9)
(9) 6-9 avril 1975.

 - « La nouvelle relatant que le prêtre albanais Shtjefen Kurti avait été fusillé pour avoir conféré le baptême à un enfant a été confirmée par l'Agence albanaise d'information «ATA». Le P. Kurti, 70 ans, ancien curé de Tirana, était interné au camp de travail de Lushnjë. Répondant à la demande d'une maman, il avait conféré le sacrement de baptême à un petit enfant. A la suite d'une procédure sommaire, il fut condamné à mort et fusillé (...). L'organe du parti communiste albanais « Zeri i Populit" a confirmé l'exécution du P. Kurti. Le journal qualifie le prêtre de «bandit, espion et brigand» auquel a été infligé la punition méritée». (La nouvelle fut connue en Occident en avril 1973) (10)
(10) Ctr. Documentation cath. 20·5-73. (11) Ctr. I.C.1. 1-2-74.

 «Les Etats participants respectent les droits de l'homme et les liberté fondamentales, y compris la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de convictions pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.
Ils favorisent et encouragent l'exercice effectif des libertés et droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et autres qui découlent tous de la dignité inhérente à la personne humaine ...».
(Acte final de la Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe).

Mais il est bien entendu que tout ceci doit se vivre «dans le plein respect des principes gouvernant les relations entre les Etats» (ibid.).

Ce qui implique, évidemment, que soit sauvegardé «le droit du peuple de chaque Etat de régler souverainement ses affaires intérieures et d'établir ses lois nationales...», comme le disait opportunément L. Brejnev dans son dernier discours, précédant la signature de cette Déclaration.

Les mots peuvent mourir. Les hommes peuvent faire mourir les mots.

Les âmes aussi peuvent peut-être mourir, la «bonne-conscience» tenant lieu de succédané.

«... parvient jusqu'à nous le message de l'unité spirituelle des humains. Et c'est là que nous rencontrons le Christ ou que, pour être resté sourds à ce message, nous nous séparons de lui» (E. Barabanov) (11).
(11) cfr. I.C.I. 1-2-74

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