Bulletin février 1975

Accès au BLOG BLOG

  Bouton retour archives

NOS AMIS TE SALUENT,
SALUE NOS AMIS... (Jn IIIe Ep. 14)

DES ECHOS DE TCHECOSLOVAQUIE

La voix de l’aliénation de l’Eglise

« Ce qui nous réjouit :
nos croyants ont la possibilité de vivre une vie religieuse plénière ... »

« ... Nous -ceux qui ne l'avaient pas déjà fait auparavant- nous étions obligés de considérer la réalité sous cet aspect réel et de corriger nos manières de voir relatives aux traditions nationales que nous avions mal comprises. Et cela, déjà autrefois, au début de notre nouvel Etat dans les années 1945 et 1948. Mais aujourd'hui, après 30 ans de vie nouvelle, lorsque nous avons devant les yeux le travail gigantesque, qui a crû ici de cette terre, l'agriculture socialiste florissante, l'industrie hautement productive et la richesse jaillissante de notre vie culturelle, aujourd'hui tous les «Thomas» peuvent également dire -et certes pas du fait d'un optimisme conjoncturel, mais sincèrement et d'un cœur convaincu- : vous avez eu raison!

" ... le peuple vit et il est heureux. Il a du travail et du pain. Il a des usines et des champs ondoyants remplis d'épis dorés, des entreprises lainières et des villas confortablement installées au lieu des anciennes maisons de bois avec leur toit de chaume. Et ce qui nous intéresse directement et nous réjouit : nos croyants ont la possibilité de vivre une vie religieuse plénière dans les églises. Même ceux-là qui sont d'une opinion étrangère à la nôtre, reconnaissent la réalité de l'existence de la foi et de la religion. Nous croyons aussi dans leur origine surnaturelle. Notre état socialiste porte même la charge du soin matériel des prêtres et de la conservation de bâtiments ecclésiastiques, des presbytères et d'églises. Les ordinations sacerdotales de cette année nous remplissent de joie au sujet de forces nouvelles qui rejoignent la vigne du Seigneur. Les bonnes relations entre la direction de notre Etat et notre Eglise catholique romaine, qui sans doute sont en voie vers un essor, portent déjà également leurs premiers fruits : les nouveaux évêques venus des rangs des prêtres patriotes. Tout ceci et beaucoup d'autres symptômes favorables de la solution progressive des problèmes les plus délicats des relations entre l'Eglise et l'Etat, sont des preuves du fait que nous sommes sur la bonne voie.

Et si nous avions encore n'importe quelle question non encore complètement solutionnée, croit-on que l'Eglise, quelque part ailleurs, hors de notre camp socialiste, n'en ait pas? Et plus encore, lesquels! ...»

Extrait de l'allocution du Dr Alexander Horak, prêtre et leader idéologique du Mouvement des prêtres «Pacem in Terris», en Tchécoslovaquie, prononcée à l'occasion de la rencontre du Mouvement à Banska Bystrica, en septembre 1974, en l'honneur du 30e anniversaire du soulèvement national slovaque contre les Nazis.

Cette allocution fut publiée dans l'hebdomadaire «catholique» slovaque : "Katolické Noviny" et dans le mensuel du clergé : «Duchovny pastier»

Les faits parlent aussi :

«Les ordination sacerdotales de cette année nous remplissent de joie»

Liste des prêtres, de Slovaquie, qui se sont vu retirer leur autorisation d'exercer le ministère, pendant l'année 1973 et jusqu'au mois de juin 1974

Diocèse de KOSICE :
1. Bartolomej URBANEC - de Kosice - en 1973
2. Jozef HORVATIK - de Kosice - en 1973

Diocèse de TRNAVA :
1. Jarolim SEDLAK - de - Chropov - en 1973
2. Augustin SKODA - de Levice - en 1973
3. Jan MALZENICKY - de Hlohovec - en 1973
4.
Alojz LITVA - de Kirt - en 1973
5. Dominik TOTH - de Kosariska - en 1973
6. Emil SUTOR - de Hor. Lehota - en1974
7. Emil KRAPKA - de Trnava - en 1974

Diocèse de PRESOV :
1. Juraj SZITTYA - de V. Kamenec - en 1973

Diocèse de SPIS :
1. Viktor TRSTENSKY - de St. Lubovna - en 1974

Et cette procédure se développe systématiquement. Les citoyens croyants sont, par là, consciemment brimés dans leurs droits constitutionnels.

Outre cette politique d'écarts systématiques, il faut prendre en considération les «déplacements» : des curés et administrateurs de paroisses sont déplacés en d'autres lieux, et leur poste définitivement laissé vacant. (4 prêtres furent ainsi «déplacés», dans la seule petite localité de Trnava.) Ces ministres «déplacés» par ordre des autorités, s'entendent dire également qu'il s'agit-là de «leur dernière chance».

« Nous sommes sur la bonne voie… »

Quelques faits :

- A Trnava (Slovaquie), tous les enfants de l'école primaire (école de 8 ans d'études) ont dû remplir un questionnaire, en 1974 : l’enfant prie-t-il et quelle prière? Souvent et avec qui? Fréquente-t-il l'église? Et l'enseignement religieux: Qui l'influence ainsi vers la religiosité? Le père, ou la mère? Ou quelqu'un d'autre? etc.

- A Bratislava (centre de la Slovaquie), 1.700 confirmations ont été dispensées cette année (il y a 4 ans il y en eu plus de 2.0000). Dans telle paroisse de la ville, 250 enfants firent leur première communion; ils étaient autrefois environ 400. La situation s'est aggravée sur ce plan dans les campagnes aussi: à Stara Tura, par ex., une quarantaine à une soixantaine d'enfants se présentaient il y a quelques années à la première communion. Cette année, ils étaient 12. La police, ce jour-là, postée au porche de l'église, a soigneusement pris note des numéros des voitures parquées aux alentours.

- A Pov. Bystrica le père et la mère devaient se présenter ensemble pour l'inscription de leur enfant à l'enseignement religieux. Le fait que de nombreux pères de famille travaillent comme mineurs en Moravie et ne rentrent au foyer qu'en fin de semaine n'était volontairement pas pris en considération. Une demi-heure était prévue pour cette formalité. Hors ce temps précis, aucune démarche ne peut être enregistrée.

Le directeur du gymnase de CADCA (Slovaquie) exerçait une constante pression sur quelques jeunes de la classe terminale, dont il savait qu'ils désiraient présenter leur candidature à l'entrée au séminaire, les menaçant notamment de refuser de les présenter à l'examen de sortie, tant qu'ils n'auraient pas renoncé à leur projet.

« Les bonnes relations entre la direction de notre Etat et notre Eglise catholique romaine»

Un prêtre a raconté comment on s'était efforcé de le gagner à la collaboration avec les services secrets de la Police. On lui présenta les choses d'une manière tout à fait anodine. Ce ne devait pas être des choses importantes, mais seulement celles-là qui ne peuvent être utilisées ni par l'Eglise, ni par l'Etat, au sujet desquelles on peut parler sans porter préjudice à personne. De tels entretiens ne pourraient être que profitables ... Et ce prêtre exprimait l'opinion qu'il est vraisemblable que chaque prêtre a été ainsi l'objet de manœuvres pour le circonvenir.

Le ministère des Cultes de la Rép. Socialiste de Slovaquie règle et apprécie les textes liturgiques. Les nouveaux rites prévus pour le baptême n'ont pas été autorisés (sans doute, mettent-ils trop en relief le caractère communautaire du Peuple de Dieu et son engagement dans une coresponsabilité).

Les choses sont actuellement en si bonne voie dans le sens de ces «bonnes relations» que même des lettres pastorales peuvent devenir ce que nous appellerions un «travail d'équipe». Dans tel diocèse, le responsable du ministère des Cultes s'est, en effet, joint à la rédaction d'un tel document, en rédigeant lui-même des phrases entières, en rayant par contre telles ou telles autres, qui ne lui convenaient pas.

Lors de l'ordination de nouveaux prêtres, à Bratislava, dans la cathédrale où se célébrait la cérémonie, retentirent les phrases éloquentes -imposées par le ministère des Cultes- célébrant la reconnaissance due à la société socialiste pour cette faculté accordée d'ordonner de nouveaux prêtres.

Du fait de cette étroite «collaboration», on estime que près de 1.600 paroisses tchèques et slovaques sont aujourd'hui sans pasteur.
Dans les dernières semaines de l'année 1974, selon des informations difficiles à contrôler très précisément pour l'instant, il semblerait qu'une quarantaine de prêtres aient encore été exclus du ministère pastoral, de par les injonctions de l'autorité civile (utilisant, le plus souvent d'ailleurs, pour ce faire, les autorités ecclésiastiques, «premiers fruits» de ces bonnes relations en voie «d'essor»). Les pasteurs qui sont frappés par ces mesures sont, très souvent, les prêtres les plus actifs, qui s'efforcent de répondre à l'attente des croyants désemparés.
Plus de 500 prêtres, estime-t-on, sont aujourd'hui ainsi éloignés des tâches pastorales.

Le 22 janvier 1975, le journal communiste «PRAVDA», de Bratislava, relatait la rencontre du Mouvement des prêtres catholiques Pacem in Terris, qui s'était tenue vers la mi-janvier. Et le quotidien rapportait qu'à cette occasion les prêtres rassemblés avaient assuré le peuple travailleur qu'ils conduiraient leurs croyants à une participation active à l'édification de la patrie socialiste.

Mais, à l'intérieur même de ce mouvement contaminé, aliéné et servile, il arrive que se lèvent des voix qui, à grands risques et périls, dénoncent «l'anti vérité», en analysant des situations. Et nous entendons alors ce qui suit.

Le Témoignage risqué de la vérité

« Je vous ai entretenu des tourments de nos fidèles… »

« Aujourd'hui, nous vivons dans un Etat socialiste. Les droits des croyants sont garantis par la loi. Nous, prêtres, nous devrions nous souvenir de cette loi, qui concerne la vie religieuse et notre vie de prêtres croyants.

Notre République a reconnu la Déclaration des Droits de l'homme et y a souscrit. Cette Déclaration protège la liberté de la religion et de la conscience. «Chacun a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ... et de pouvoir exprimer librement sa foi, seul ou avec d'autres, d'une manière privée ou publique, et même par l'enseignement au cours de réunions religieuses ou par la fréquentation de cérémonies religieuses.» (Déclaration générale des Droits de l'homme, art. 18.)

Notre Constitution, elle aussi, proclame ce droit à la liberté de conscience et de religion : «La liberté de la conscience est garantie. Chacun peut se reconnaître d'une foi quelconque, ou aussi n'être attaché à aucune foi, pour autant que de telles attitudes ne soient pas en contradiction avec la loi.» (Constitution de la CSSR, art. 32.)

Par les dispositions du ministère des Cultes de la République socialiste slovaque, l'enseignement religieux fut ainsi réglé : «Toutes les Eglises et Communautés religieuses reconnues peuvent organiser l'enseignement religieux pour les élèves de la IIème à la VIIème classe de l'école élémentaire. Les inscriptions à cet enseignement, qui normalement sont signées par les deux parents, seront remises, entre le 15 et le 25 juin, à l'instituteur et, dans la IIème classe, au directeur.» (Directives pour l'enseignement religieux, du ministère des Cultes de la Rép. soc. slov. 1972 - 1970-0-P.)

Le Président du Front national, le Dr Gustav Husak, alors qu'il parlait en janvier 1971 de la politique du Front national, a notamment confirmé: «L'un des droits constitutionnels de notre société est la liberté d'appartenance à la foi. Nous, les communistes, nous respectons les sentiments religieux de nos concitoyens.
Les citoyens croyants peuvent, chez nous, librement confesser leur foi et prendre part, sans entrave, aux cérémonies religieuses (...) Dans l'avenir non plus, nous n'avons pas l'intention de changer quelque chose à cette prise de position à l'égard des croyants (...) Nous sommes sincèrement intéressés à un règlement raisonnable des relations entre l'Eglise et l'Etat. L'entente sur ce terrain est nécessaire, aussi bien au développement des sentiments socialistes que religieux de notre peuple. Nous voulons être tolérants, dans la vie vraiment concrète, à l'égard des personnes religieuses comme aussi bien vis-à-vis des Eglises.»

La loi pénale, au paragraphe 236, exprime l'effet d'une attitude qui serait absurde à cet égard : «Celui qui, sans en avoir le droit, par usage de la force, de menace d'usage de la force ou de toute autre menace, impose à d'autres une sévère restriction de leur attitude religieuse ou qui entrave quelqu'un dans le libre exercice de sa liberté religieuse, est passible d'une privation de liberté de 1 à 5 ans.» (...)

Pourquoi parlé-je de ceci ?

Pour que nous aussi, les prêtres et nos croyants, ne souffrions pas d'un complexe d'infériorité, du fait que notre foi et notre conviction religieuse seraient seulement tolérées.

Cultivons en nous la véritable conviction d'un citoyen croyant, d'un chrétien, qui est à prendre en considération comme part intégrante et élément productif de la société socialiste, parce qu'il sait que l'on tient compte de lui et que sa liberté de religion comme aussi sa liberté de conscience sont garanties légalement. Ainsi, point d'esprit de défaite!

La vie paisible et harmonieuse de nos citoyens est conditionnée par l'estime mutuelle et la prise en considération. Mais nous, prêtres et croyants, nous ne pouvons pas ne pas voir les faits pénibles qui nous touchent douloureusement. Souvent, il a été procédé durement à l'encontre des exigences religieuses des croyants et nous avons à considérer ceci comme trop dur, et nous ne pouvons que nous sentir lésés.

Comme exemples : l'inscription des enfants à l'enseignement religieux. Les directives du ministère des Cultes de la Rép. soc. slov., que nous avons déjà mentionnées, sont très souvent violées, en divers lieux. Des groupes ont été suscités, dont la tâche est non seulement de déconseiller l'enseignement religieux, mais de contraindre les parents par des manœuvres d'intimidation, pour les amener à renoncer à l'inscription de leurs enfants. Exiger que les parents soient obligés tous deux de contresigner ensemble la demande d'inscription, est également contraire aux directives en question. Du fait de ces chicanes, il arrivait souvent que des parents soient contraints de demander l'autorisation de s'absenter du travail, car le moment prévu pour la remise de l'inscription était souvent minutieusement et très strictement déterminé. Des reproches furent adressés aux parents, et par exemple : «Vous voulez empêcher vos enfants de fréquenter l'école moyenne ou une école professionnelle? Vous voulez handicaper l'avenir de vos enfants ? De nombreux enseignants sont allés si loin, qu'ils en venaient à traiter les parents grossièrement et d'une manière arrogante - ils déchiraient les inscriptions, les jetaient, etc. Leur attitude était illégale et blessait profondément le respect dû aux citoyens croyants.

Les enfants qui, malgré tout, fréquentent pourtant l'enseignement religieux sont souvent de ce fait exclus de toutes les activités communes. Ils peuvent seulement y participer à nouveau, lorsque leurs parents ont résilié leur inscription à l'enseignement religieux. Ceci constitue pour ces enfants une lourde tension nerveuse.

Pendant toute l'année scolaire, une campagne systématique a été menée contre l'enseignement religieux. Les parents et leurs enfants vivent un véritable chemin de croix, ils sont des martyrs. Comment pourrait-on faire coïncider ces situations de fait avec les déclarations légales et les exposés officiels? Nous ne pouvons nous taire sur ce sujet, même si les cas cités n'étaient qu'exceptionnels. Malheureusement, ils se présentent souvent.

Le pourcentage d'enfants inscrits à l'enseignement religieux est vraiment bas. Mais quelqu’un pense-t-il que les parents et leurs enfants aient abandonnés la foi ou qu'ils soient devenus athées ? Ce n'est que la réaction naturelle de la peur quant à leur avenir.

C'est par la peur que les gens sont éloignés des attitudes religieuses -approche des sacrements sainte messe, communion, confirmation, mariage, etc. Dans les hôpitaux, le prêtre ne peut dispenser le sacrement des mourants aux croyants gravement malades qu'en agissant clandestinement.

Une atmosphère d'angoisse et d'oppression se répand. Beaucoup ne peuvent que très difficilement supporter cette pression psychique et ils tombent dans des états de dépression. Veulent ils vivre la situation d'un homme croyant : la conscience chrétienne leur enjoint alors de maintenir la loi de Dieu et de l'Eglise et ils vivent dans l'angoisse permanente qu'on puisse les en arracher; ils ont l'impression d'être épiés et qu'ils devront porter les funestes conséquences sociales de leur attitude. Pour cette raison, beaucoup vivent dans une situation irrégulière, quant au mariage. Les croyants attendent de nous, les prêtres, que nous compatissions avec eux à leur situation inquiétante et que nous soyons proches d'eux.

L'autorisation statale d'exercer le ministère est retirée aux prêtres pour des raisons très vagues, souvent même de fausses accusations. Ainsi, le malentendu concernant la déposition du prêtre Urbanec n'est pas éclairci, lui qui, sans retrait formel de son permis d'exercer le ministère, est actuellement toujours occupé comme chauffeur dans le secteur agricole. Un autre cas: par de fausses accusations et des débats judiciaires, à propos d'un crime abominable qui lui fut faussement attribué, l'honneur d'un prêtre très zélé (qui était à un an de sa pension) a été foulé aux pieds. Deux instances judiciaires ont prouvé son innocence, mais il ne fut cependant pas réhabilité de cet outrage public, l'entrée de sa cure lui fut interdite, comme aussi la célébration de la messe et il fut contraint de quitter le presbytère ... C'est un violent coup frappé au visage de l'ensemble du clergé. Cela ne nous concernerait-il pas? Le drame de l'un de nos confrères ne nous intéresse-t-il pas, mes amis? Ne nous préoccupons-nous pas de l'honneur du clergé? Ce serait tragique!

Quinze prêtres nouvellement ordonnés attendent depuis leur ordination, cela fait quatre mois déjà, leur affectation (...) Et c'est ainsi que tant de paroisses et de postes de vicaires sont libres.

Des édifices d'églises dont la construction n'est pas achevée - à Matejovské Voskovice, Egres, Bogrodu (dans le diocèse de Presov) -seront, on peut le prévoir, et cela contre la volonté exprimée par la population-, convertis en entrepôts de service de pompier ou de stockage. Ces constructions d'églises sont entreprises avec l'argent de nos paysans et nos ouvriers. A Holcikovce et Kelca (diocèse de Kosice), la construction de l'église a dû céder la place à celle d'un barrage, bien que les habitants de ces localités aient vainement désiré l'érection d'une nouvelle église. A Holcikovce n'existe qu'une petite chapelle qui ne peut contenir tous les fidèles (de deux localités) et, par temps de pluie, l'entrée en est impossible.

Il y a encore bien des points brûlants, mais d'autres en feront mention.

Frères, amis! Je vous ai exposé ici nos difficultés communes, je vous ai entretenus des tourments de nos fidèles. Nous ne sommes pas hypersensibles, nous ne voulons non plus aucun privilège. Mais nous est amère cette amertume que nous devons endurer ensemble avec nos fidèles. Mutatis mutandis, je remémore les paroles du Christ: «Si j'ai dit quelque chose de faux, alors prouve-le moi, mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?...»
Extraits d'une intervention de l'Abbé Alois TKAC, le 23-10-74, au cours d'une réunion des prêtres de «Pacem in Terris» à Kosice, à l'occasion du 30e anniversaire du soulèvement national slovaque.
A cette rencontre, était présent le camarade Gavula, délégué régional du Ministère des Cultes.
Cette intervention de l'Abbé TKAC ne fut évidemment ni référée ni publiée nulle part.


HONGRIE

A propos de l'enseignement religieux

Le 15 octobre 1974, au milieu d'une réunion du Synode des évêques, à Rome, le Président de la Conférence épiscopale hongroise et archevêque de Kalocsa, Mgr Ijjas, communiquait à l'assemblée le contenu d'une note qu'il venait de recevoir de l'ambassadeur hongrois accrédité en Italie, lui précisant les nouvelles décisions du gouvernement hongrois relatives à l'enseignement religieux. A savoir : «On est autorisé à donner l'enseignement religieux dans les églises et dans les autres locaux du culte deux fois par semaine et chaque fois durant un heure; la participation à cet enseignement étant facultative».

Jusqu'alors, l'enseignement religieux était dispensé aux enfants de l'enseignement primaire, régulièrement inscrits à l'école même et deux fois par semaine, par les soins d'un prêtre rétribué par l'Etat. On peut comprendre que cette situation très ambiguë ne manquait pas de poser un problème. En outre, une courte initiation religieuse, à l'église, préparait à la première Communion et à la Confirmation.

La nouvelle était donc présentée à l'assemblée par Mgr Ijjas comme une issue favorable dont on espérait élan pour l'évangélisation de l'enfance. En référant ceci, la presse catholique de nos pays soulignait alors l'optimisme «que justifiait» ce fait, apparemment significatif, d'une amélioration des relations entre l'Eglise et l'Etat.

Malheureusement, à y regarder de plus près -non au plan des principes, mais au niveau de la réalité pastorale concrète, hic et nunc- la situation apparaît beaucoup moins favorable qu'on a pu le laisser croire ou le penser.

En effet, cet accord signé par les évêques hongrois pourrait être au contraire, assez défavorable: en effet, il n'est pas permis de rassembler plus de 160 enfants, divisés en quatre groupes; des deux heures par semaine concédées, l'une est consacrée à la célébration eucharistique. Mais surtout : désormais le directeur d'école ou de lycée a le droit de venir surveiller, jusque dans l'église, les cours d'enseignement religieux. Il s'agirait donc, en fait, d'une emprise plus étroite encore du contrôle de l'Etat à l'égard de cette formation religieuse de la jeunesse. (Voir plus loin: «Dernière minute».)

Le 10 janvier 1975, l'agence de presse hongroise annonçait que le gouvernement venait d'approuver la nomination, par le Vatican, de cinq évêques titulaires. A savoir : Mgr Mihali Endrey à la tête du diocèse de Vác (il fut longtemps exclu du ministère par les autorités civiles, après la révolte de 1956), Mgr Arpad Fabian pour le diocèse de Szombathely, Mgr Laszlo Kadar pour celui de Veszprém, Mgr Jozsef Udvardi pour Csanad et Mgr Imre Timko pour le diocèse de rite grec-catholique de Hajdúdorog. A noter: les évêques actuels de Veszprém, Szombathely et Csanad en étaient déjà les administrateurs apostoliques. Il s'agit donc d'une nomination d'évêques titulaires. Par contre, Mgr Endrey était évêque auxiliaire de Pecs, et il devient donc évêque titulaire de Vác. Mgr Imre Timko sera donc le seul à recevoir la consécration épiscopale.

Mais par ailleurs, quatre autres prêtres sont, en même temps, appelés à l'épiscopat. Il s'agit des abbés Pataky administrateur apostolique de Györ (le seul diocèse aujourd'hui, avec l'archidiocèse d'Esztergom, à rester privé d'évêque titulaire); Palos qui est auxiliaire de l'administrateur apostolique d'Esztergom; Kovacs, auxiliaire de l'archevêque de Eger; Keresztes enfin, auxiliaire de l'évêque de Hajdúdorog.

Il serait également délicat de souscrire à l'opinion selon laquelle ces nominations peuvent être interprétées comme une «normalisation» de la situation religieuse en Hongrie. Il paraît fondé d'avancer que ces nominations sont ambivalentes. Et que pense le peuple de semblables questions? Les évoquant, un groupe de laïcs s'exprimait ainsi : «Nous ne sommes pas du tout opposés par principe à l'existence des dignités ecclésiastiques mais à condition que ceux qui en sont investis les considèrent comme l'engagement à un service plus grand encore. Est-ce possible quand on sait que nos évêques ont recours à l'Office d'Etat pour les affaires ecclésiastiques bien plus souvent que la loi ne les y oblige?» ... (1)
(1) Cfr. Informations Cath. Internationales: 15-12-74, p. 29. «Des catholiques hongrois parlent de leur Eglise»

Nous ne cesserons de redire seulement ceci : le critère d'une «normalisation», pour nous, c'est la faculté pour l'Eglise de renouveler son visage, de le purifier, de le rafraîchir («un Printemps de l'Eglise», disait Jean XXIII) et de pouvoir effectivement y inviter tout le peuple chrétien.

Amis de l'Entraide, les quelques aperçus que nous vous éclairons ici ne sont justement que des aperçus. Nous savons très bien qu'ils n'épuisent jamais la réalité, infiniment complexe et diversifiée. Mais, nous vous rappelons seulement aussi, que cette «Lettre» vous a, depuis 18 ans apporté des éléments d'information, mais aussi -à l'occasion- des cadres, des clefs pour vous permettre de situer ces informations de les décoder, finalement de les «lire», et parfois même au degré second. De plus en plus, vous le remarquez peut-être, nous tente cette forme de documentation: le simple alignement de faits prouvés sur la toile de fonds de déclarations officielles, soit des responsables civils, soit des voix aliénées dans l'Eglise elle-même. Car, selon le proverbe tchèque: la vérité vainc. Et la vérité, pour nous, c'est LA REALITE VECUE, non les dires. Là se situe notre critère d'analyse. Cette vérité, nous la cherchons toujours ...

 


DERNIERE MINUTE : DE HONGRIE ENCORE…

Il arrive, dans une lettre, que l'on ajoute, en bas de page, un dernier post-scriptum ... et parfois, il faut alors rajouter encore une feuille! C'est ce qu'il advient justement, alors que notre «Lettre» se trouve déjà sous presse. Des informations de dernière minute nous semblent trop significatives et éclairantes que pour les reporter à une Lettre ultérieure, et d'autant plus qu'il s'agit notamment de précisions quant à cette nouvelle règlementation de l'enseignement religieux en Hongrie. (II n'est pas inutile, non plus, de les mettre en parallèle avec ce que nous apprenions aussi de la Tchécoslovaquie.)

Voici donc, tout d'abord, la réglementation nouvelle de l'enseignement religieux dans les églises, selon la LETTRE PASTORALE de la Conférence des Evêques hongrois, d'après le journal catholique «Uj Ember»", du 12 janvier 1975.

  1. L'enseignement religieux dans les églises ne peut être donné que dans les églises ou tout autre local servant de lieu de culte ou, en cas de nécessité (en hivers), dans la sacristie, deux fois par semaine, chaque fois la durée d'une heure.
  2. L'un des cours d'enseignement religieux dans les églises peut être tenu à l'occasion de la messe dite des étudiants, l'autre au cours de la semaine à une heure choisie de manière à ne pas troubler l'emploi du temps et la discipline des jeunes fréquentant l'école.
  3. La participation à l'enseignement religieux dans les églises est libre. Cet enseignement peut être dispensé séparément aux enfants de 6-10 ans et aux enfants de plus de 10 ans. Dans la mesure où le nombre des participants d'un groupe d'âge dépasse 35-40, il est permis de former un autre groupe de cet âge.
  4. Au cours de l'enseignement religieux dans les églises, il est permis d'utiliser tous les moyens pédagogiques, comme les manuels de catéchisme et les instruments visuels qui sont aussi permis au catéchisme à l'école. Dans l'utilisation de ces moyens pédagogiques -et comme au catéchisme à l'école- il faut observer les décrets d'Etat du Contrôle civil.
  5. Au cours de l'enseignement religieux dans les églises, il n'est pas permis de distribuer des notes et d'appeler les absents à en rendre compte. Il est permis d'avoir recours aux moyens liturgiques utilisés dans les cérémonies religieuses, tels que la prière en commun, le chant et le dialogue entre les prêtres et les fidèles, etc.
  6. De même que le catéchisme préparatoire à la première Communion et à la Confirmation, l'heure et le lieu de l'enseignement religieux dans les églises doivent être déclarés par écrit par les aumôniers avant le 15 octobre chaque année, en 1975 avant le 15 janvier, au Conseil municipal du lieu où ils se trouvent. Cette réglementation entre en vigueur !e 15 janvier 1975.

QUELQUES COMMENTAIRES

1. Ce qui existait jusqu'à ce moment : jusqu'en septembre 1949, l'enseignement religieux était obligatoire à l'école (ce qui, aujourd'hui, nous paraît impensable !). Juin 1948 : nationalisation des écoles (45 % de celles-ci étaient catholiques). Loi de septembre 1949: l'enseignement religieux devient facultatif et étroitement contrôlé à l'école. Les modalités d'inscription, la pression directe et indirecte exercée sur les parents et les enfants, l'engagement forcé des pédagogues dans cette relégation effective systématique de l'enseignement religieux conduisent pratiquement à la situation suivante: en quelques années, le pourcentage des jeunes fréquentant cet enseignement devient infime, voire inexistant, dans les villes et centres importants, et baisse régulièrement dans les campagnes. Reste alors l'enseignement toléré à l'église. Concrètement, on en était là: une préparation autorisée de 3 mois à la première Communion; de deux mois, pour la Confirmation. Plus un enseignement destiné «à ceux qui veulent», selon certaines prescriptions (pas de dialogue questions-réponses, pas de documents, etc.) mais sans contrôle direct des instances civiles. En fait, si pour des raisons citées plus haut, cet enseignement demeurait très difficile dans les villes et les centres, il constituait un appoint intéressant dans les campagnes. Si, à l'école, les enseignants religieux devaient être agréés par le pouvoir civil qui les rétribuait, l'enseignement paroissial incombait au clergé local (disposant d'ailleurs nécessairement de l'autorisation officielle d'exercer tel ministère, du moins pour le curé, et recevant un traitement d'Etat -variable d'un minimum au double au moins, selon...- à titre de membres du clergé. L'analyse de la situation hic et nunc prouve que les prêtres bons catéchistes sont peu à peu éloignés des centres sociologiques vitaux, pour se retrouver dans les campagnes ... où ils font alors, d'ailleurs, du bon travail !)

2. La situation actuelle, à l'analyse de la nouvelle réglementation :

- Les articles de cette réglementation sont rédigés d'une manière si vague et même si ambiguë que l'on peut dire que l'application de celle-ci est, finalement, laissée à l'interprétation. L'on est fondé à croire, sur la base de toute la réalité vécue, qu'une interprétation restrictive soit règle de jurisprudence en la matière. Ceci pourrait devenir très grave.

- Il faut tenir compte du fait que l'on peut penser aussi que, vu cette «ouverture» à l'enseignement religieux dans les églises, la faculté d'enseigner à l'école risque fort d'être supprimée, à brève échéance. Resterait donc seulement, cet enseignement paroissial, réglementé et contrôlé.

- Les trois aspects les plus critiques sont les suivants:

*           La nouvelle réglementation laisse la place à l'introduction d'un «numerus clausus». En effet, la faculté concédée de former UN AUTRE groupe, en cas de surnombre, risque de trouver l'application suivante: maximum concédé: 2 groupes de 40 jeunes 6-10 ans, 2 groupes de 40 de plus de 10 ans, sait donc au total: 2 x 80, ou 160 jeunes.
Plus fondamental: la pression a été si efficace qu'il est relativement rare, sinon à Budapest, de trouver des paroisses en contact direct avec plus de 160 jeunes. Mais, en souscrivant à ceci, ce sont les évêques qui acceptent LE PRINCIPE d'une entrave civile au précepte évangélique: «Allez, enseignez». Et ceci est nouveau et grave, d'autant plus qu'il s'agit de rencontres à l'intérieur de l'église. Et ceci explique aussi certainement, la vague de protestation du clergé à l'encontre de la signature des évêques au bas du document.

*           Existe la possibilité de réduire le temps concédé à l'enseignement : «Deux fois par semaine, chaque fois d'une durée d'une heure.» (Art. 1.) Quelle interprétation va prévaloir, de facto : deux fois par semaine, deux fois une heure pour les groupes 6-10 ans ET les groupes + 10 ans? OU BIEN: une fois une heure pour les plus jeunes et une fois une heure pour les aînés? Par ailleurs, la «messe des étudiants» constitue déjà, en elle-même, presque une heure. Dès lors? De même, le matériel pédagogique utilisé: il peut sembler librement admis. Mais, à noter ceci: l'usage est à aligner sur ce qui se fait à l'école. C'est le critère. Or, à l'école, selon la loi de septembre 1950 peuvent être seuls autorisés les !ivres qui ont été admis par le ministère de l'Enseignement et le programme d'enseignement est soumis au contrôle d'Etat. En fait, il s'agit dès lors d'un embryon de connaissances religieuses fragmentaires. Aucune référence à la philosophie matérialiste n'est autorisée.

*           Plus inquiétant et fondamentalement grave: la réglementation livre l'enseignement religieux à l'église au contrôle direct du pouvoir civil. «Comme à l'école», désormais, le directeur d'école ou son délégué peut personnellement surveiller, à l'église, l'enseignement religieux dispensé. Et ceci, avec la signature de l'Episcopat. Dans le clergé, on a entendu le mot de «trahison». Nous ne le prenons pas à notre compte, mais la clairvoyance autorise-t-elle à se réjouir, en pleine assemblée synodale, de l'espoir d'une nouvelle efflorescence de la vie religieuse de la jeunesse, en Hongrie? La presse catholique à son tour, devrait s'interroger sur cette triste limite humaine qui conduit à prendre son espoir pour la vérité des choses


U.R.S.S.

RISQUER POUR LA DEFENSE DES DROITS DE L'HOMME

« Déjà, le seul fait de recopier des textes du SAMIZDAT peut nous valoir la prison. Le risque est encore plus grand si on diffuse des écrits personnels. Pourtant, ce qui est le plus utile actuellement, n'est-ce pas d'unir nos forces pour réfléchir aux questions qui sont vitales pour notre pays ?

Pour les actions apparemment les plus normales (diffusion de tracts ou manifestations pour la défense d'un homme injustement arrêté), on ne «risque» pas la prison, elle est garantie. Que dire de la mise en chômage, surtout si on a charge de famille et enfants, de l'exil en Sibérie, du camp de concentration, ou, enfin, de l'horreur d'un emprisonnement illimité dans un hôpital psychiatrique? Il ne s'agit vraiment pas là d'un SIMULACRE de sacrifice.

On en arrive à la conclusion que le sort de la Russie se trouve entre nos mains, et dépend des efforts de chacun de nous. Mais que l'action la plus essentielle passe par une seule route, et c'est celle du SACRIFICE ... Et telle est la leçon que nous tirons de notre destin.»

Igor CHAFAREVITCH, Membre du Comité pour la Défense des droits de l'homme en U.R.S.S.

BULGARIE


Nous lisons :

«Unique en Bulgarie : vacances à la carte
Au menu : du soleil, des plages de sable fin, une mer accueillante, un arrière pays verdoyant, des restaurants typiques, des distractions pour tous les goûts, pour tous les âges...», etc. C'est le texte de la publicité de l'Office national du tourisme bulgare.

Oui, mais ...

Nous savons aussi :

Est-il possible d'imaginer que le droit au travail soit refusé à des femmes, du seul fait qu'elles continuent à vivre en communauté après la dissolution des ordres religieux?

C'est pourtant la situation de quelques religieuses bulgares qui, rentrées il y a des années des camps de travail, où elles accomplirent les lourds travaux de la construction du canal du Danube, sont encore à ce jour privées de l'autorisation de gagner leur pain.

Réduites à vivre de la charité de quelques voisins attentifs, ces femmes auxquelles fut également refusé l'abri du toit qui fut le leur autrefois, survivent, hébergées dans ce qui fut leur église. (Et ceci se passe à Sofia, la capitale du pays).

La situation de la communauté catholique est d'ailleurs très précaire. La majorité de la population bulgare appartient à la foi orthodoxe : patriarcat autonome, avec dix diocèses, une Académie théologique et un séminaire.

L'Eglise catholique, elle, compte trois diocèses : Russe au Nord (dont le siège épiscopal est toujours vacant depuis que. son titulaire fut autrefois fusillé par les communistes), PLOVDIV (dont l'évêque, Mgr Kokov, est décédé en juillet dernier et pour lequel aucun remplaçant n'est actuellement encore prévu), et enfin l'Exarchat grec-catholique de Sofia (l'évêque y réside).

La dernière ordination d'un prêtre de rite latin remonte à 1956 en Bulgarie. Et, de plus, pour toute ordination, l'évêque doit être assuré de l'accord des autorités civiles, faute de quoi le jeune prêtre ne pourrait être admis à exercer son ministère.

On a parlé en Occident, et notamment dans les milieux touristiques de la renaissance du bel ensemble du monastère de Rila. Et de fait : depuis quelques années, ce centre de la culture bulgare a pu accueillir à nouveau quelques moines. Ils y sont aujourd'hui au nombre de 14, destinés à servir de toile de fond aux visiteurs du musée de l'ancien folklore bulgare.

Une caractéristique de la Bulgarie : y ont été créés trois districts athées: Lovec, Russe, Haskovo. Dans ces régions s'exerce une pression antireligieuse plus accentuée que partout ailleurs: il y devient extrêmement difficile d'y faire baptiser ses enfants, de s'y marier religieusement ou d'obtenir les secours de l'Eglise auprès des mourants ou même à l'occasion de leurs funérailles.

Et c'est le petit peuple qui souffre, muet selon son destin où qu'il soit, comme cette vieille femme toute courbée, rentrant des champs kolkhoziens, cheminant, ses souliers usés à la main, entre les maisons de week-end de ceux qui «là-haut» construisent «la cité fraternelle».

 

ROUMANIE

De l'hebdomadaire polonais «Argumenty» -organe de l'Association pour la propagande athée- nous extrayons les lignes suivantes, publiées le 8 septembre 1974, et relatives à la relation Etat - communautés religieuses, en Roumanie:

«Les rapports de l'Etat avec les communautés religieuses dans la République socialiste roumaine possèdent quelques caractéristiques particulières. Les relations réciproques sont basées sur le principe de la liberté de conscience. Dans la situation concrète des Eglises dans le cadre de l'organisation juridico-social est mis en évidence le principe de la suprématie de l'Etat sur les organisations confessionnelles. Le caractère hégémonique de l'activité statale dans ce domaine signifie que la liberté est laissée aux citoyens dans le domaine de l'autodétermination religieuse, tandis que l'Etat maintient le contrôle sur les organisations confessionnelles dans toutes les questions non liées directement avec l'exercice du culte.

En pratique, ceci signifie que, dans le champ de la liberté d'organisation et d'exercice de l'activité religieuse, les communautés religieuses ont la liberté garantie dans les limites de l'ordre juridique de l'Etat. Dans les cas de défaut de respect de cet ordre, l'Etat peut appliquer des restrictions dérivées de la fonction de contrôle.

Selon l'opinion de sociologues et d'étudiants de la science de la religion, la majeure partie des citoyens, en particulier la population résidant dans les villes, se sont déclarés non-croyants. Le prof. P. Popescu-Nevian réfère qu'il ressort des données statistiques que plus de la moitié de la population de la Roumanie se trouve hors de la sphère d'influence de la religion.

Le processus de laïcisation, qui croit spontanément, uni à l'accroissement de l'indifférence religieuse trouvent un appui dans les facteurs objectifs dérivant des transformations sociales et culturelles à l'œuvre dans la Roumanie socialiste».

On apprenait, fin de l'année dernière, que des agents du Ministère de l'Intérieur avaient perquisitionné au domicile de croyants chrétiens. Des centaines de livres religieux en diverses langues, des cassettes enregistrées, des bandes magnétiques furent confisquées. Ces perquisitions faisaient suite à des protestations élevées en des milieux chrétiens contre des mesures discriminatoires qui avaient frappé des croyants.

La Roumanie a, de fait, ces dernières années «renforcé les restrictions, dérivées de la fonction de contrôle» des autorités civiles, sur la vie des communautés confessionnelles. Un seul exemple: tout livre religieux -au sens strict ou plus large du terme- est systématiquement refusé à l'entrée dans le pays. Procédé «spontané» pour favoriser l'extension du processus de laïcisation? Ne s'agirait-il pas - aussi- d'atteinte aux droits de l'homme?

  Bouton retour archives