Bulletin octobre 1974

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L'Eglise en Tchécoslovaquie

DES FAITS

Assujettissement

Actes de la Curie épiscopale de Spis

Note 379/1974 Circulaire n° IV/1974
1974 Spisska Kapitula, 8 mai 1974.

I. CELEBRATIONS A LA MEMOIRE DES JUBILES DE MAI

D'années en années, dans notre vie sociale, sont célébrés au mois de mai des Jubilés déterminés, qui ont une grande signification pour le monde entier et également pour notre nation. Ils auront le droit d'être célébrés, les rues seront décorées, des couronnes seront déposées auprès des monuments, etc. Les défilés du 1er mai sont devenus chez nous une tradition significative. C'est une joyeuse célébration collective du jour des travailleurs dans le monde entier. En de grands défilés vont côte à côte les citoyens de différents âges, sexes, professions, croyances, nationalités et rangs, afin de manifester leur fidélité à leur patrie d'ici-bas et en même temps aussi, de témoigner de leur résolution de continuer à participer par leur travail à sa prospérité. Le deuxième jour de fête en mai est le 9 mai -anniversaire de la libération de la CSSR. Ici encore, il convient de mettre en relief le sacrifice du mouvement de résistance, autochtone et étranger. Il importe de se souvenir, avec une particulière reconnaissance et avec affection et respect, de la libération de notre patrie par les vaillantes armées soviétiques. En ces jours, justement, nous sommes témoins de ces magnifiques réjouissances nationales. Elles sont une expression spontanée de la volonté de notre peuple de fonder une véritable paix, qui ne consiste pas seulement dans la paix des armes, mais dont le fondement repose profondément dans le cœur de tous les peuples de bonne volonté, qui sont prêts à bâtir un avenir plus beau et plus heureux.

II. CADEAUX DE L’ETRANGER

L'ancien Ministère de la Culture de Prague avait publié un avis destiné à tous les centres ecclésiastiques, dans la note 14 769/67 C en date du 27.11.1967, relative à l'acceptation de cadeaux de l'étranger. Nous citons:

«Nous avons été informés du fait que de nombreuses centrales ecclésiastiques, organisations et Eglises à l'étranger offrent directement ou indirectement aux Eglises et communautés religieuses en CSSR divers dons financiers ou matériels ou soutiens. Cette aide fut souvent même favorisée par les Eglises mêmes de chez nous. Le Ministère de la Culture sait également que, dans de nombreux cas, ces dons mènent à une influence politique exercée sur les bénéficiaires et cela, dans un sens qui est inadmissible pour notre Etat. En considération de ces faits, nous considérons l'acceptation des dons de l'étranger au même titre qu'un véritable commerce de biens, qui selon le § 27, note 10.219-223/49, ressortit à l'assentiment des organes d'Etat compétents. Nous requérons donc, avant le début de tout commerce (même provisoire) pour l'acquisition d'un cadeau de l'étranger, l'autorisation du Bureau pour les affaires ecclésiastiques. En même temps, nous attirons l'attention sur le fait qu'il n'est pas permis à des personnes ecclésiastiques d'accepter comme don personnel des dons ou des moyens financiers qui sont destinés à l'Eglise, pour se soustraire à ce devoir de requête d'autorisation. Nous devons considérer une telle attitude comme non admise, selon le & 39 du Code des lois.

Je recommande que cet avertissement soit appliqué par toutes les Eglises, sinon ceci conduirait à l'affaiblissement de la confiance des organes de l'Etat à l'égard des Eglises, en ce qui concerne leur attitude positive à l'égard de notre Etat.

Le Directeur des Affaires ecclésiastiques
Karel HRUZA

Selon cet avis, que nous avons largement diffusé, je requiers donc de déclarer à notre Ordinariat, avant la fin mai de cette année, tous les dons reçus de l'étranger, qui avaient une destination ecclésiastique, et cela depuis l'année 1972. Ceci ne concerne pas les dons personnels.

III. DROIT DE REGARD SUR LES VISITES DE L'ETRANGER ET LES VOYAGES DE PERSONNES ECCLESIASTIQUES A L'ETRANGER.

Le Ministère de la Culture de la République socialiste de Slovaquie souhaite exercer un droit de regard sur les voyages à l'étranger de personnes ecclésiastiques, aussi bien que sur la visite de telles personnes venant de l'étranger. Nous vous demandons donc de déclarer par écrit à notre Ordinariat chaque voyage à l'étranger comme aussi bien toute visite attendue de l'étranger.

IV. INTERDICTION DE CONTREBANDE OU DE DIFFUSION DE LITTERATURE ETRANGERE.

Par ceci, le Ministère de la Culture de la Rép. soc. de Slovaquie met en garde les ecclésiastiques (les séminaristes également) contre la contrebande et la diffusion de toute littérature étrangère indésirable. Une violation consciente de cette ordonnance pourrait conduire, pour les séminaristes et prêtres, à de sévères mesures de rétorsion de la part des organes d'Etat.

L'introduction de littérature étrangère n'est autorisée qu'avec l'assentiment préalable de l'administration d'Etat.

Vôtre dans le Seigneur
Stefan GARAJ
Ordinaire de SPIS

Un « transfert » de religieuses

Le 28 juillet 1974, la ligne téléphonique de la petite communauté des Religieuses de la Ste Croix, à Trnava (Slovaquie), fut soudainement coupée.

- Le 30 juillet 1974, à 10 h. des policiers firent irruption dans l'habitation des religieuses et s'adonnèrent à diverses déprédations. Les sept religieuses, chargées de leurs quelques biens, furent alors emmenées en bus vers un centre de regroupement, «couvent de concentration», à Cerova-Lieskoye. Les habitants de la localité qui assistaient, consternés, à ce transfert furent photographiés par les forces de police.

Juste avant que ne surviennent ces derniers événements, les religieuses menacées avaient adressé une lettre à l'évêque d’Olomouc, l'Administrateur apostolique Mgr VRANA (Au titre de Président fédéral de la Caritas de CSSR. Il est aussi ancien Président de la branche tchèque de Pacem in Terris, nommé en février 1973 au siège archiépiscopal d’Olomouc) (1). Dans cette lettre, les religieuses demandaient à l'évêque si les résolutions récentes du symposium de Zagorsk, près de Moscou (22.7-26.7.74), symposium auquel participait une délégation tchécoslovaque de Pacem in Terris, étaient également valables pour elles en la matière. A ce symposium, il avait été en effet abondamment question des «droits de l'homme».
(1) Cfr. informations plus précises plus loin (EN MORAVIE).

Une collaboration inconditionnelle

La question ne manquait pas de pertinence. Il peut être éclairant de citer ici quelques extraits d'un article intitulé: «Dans la lutte pour les droits de l'homme», publié en date du 26 mai 1974, dans le journal «catholique» de Prague, Katolické Noviny (2) :
(2) On sait que cet hebdomadaire - et son homologue slovaque - sont les seuls organes de presse catholique, et à ce titre, confiés aux mains de la Commission de Presse de la «Charitas» tchécoslovaque, c'est-à-dire, effectivement, entre les mains de l'association Pacem in Terris, qui en détient tous les leviers.

 «Dans l'esprit du thème «Solidarité dans la lutte contre l'impérialisme et pour les droits de l'homme», s'est tenue les 23-24 mai 1974 à Brno la troisième consultation du groupe de travail de la Conférence de Berlin entre les catholiques des pays européens en collaboration avec l'Association du clergé catholique de la CSSR «Pacem in Terris». ( ... )

«L'Eglise contemporaine porte une attention particulière aux problèmes de la solidarité et aux droits de l'homme. Les documents pontificaux et les dispositions de Vatican Il considèrent la justice sociale et la paix comme les piliers fondamentaux de tous les rapports entre les hommes. En même temps, les droits de la classe ouvrière et de tous les travailleurs sont particulièrement mis en évidence (...) C'est pourquoi, c'est un devoir premier des catholiques d'être solidaires avec ceux qui, en chaque pays, luttent pour que soient pleinement reconnus leurs droits fondamentaux. (...)

«Bien que, conformément à la volonté de Dieu et aux préceptes de l'Eglise, les droits fondamentaux de l'homme soient assez connus, aujourd'hui encore pourtant, ils sont la chose la plus brutalement violée par des chrétiens. Spécialement en certains pays gouvernés par des politiciens catholiques, par exemple en Espagne, au Portugal, au Chili, au Brésil, dans le régime de Saigon, les droits politiques et sociaux des travailleurs sont violés et règnent l'arbitraire et la terreur. Il est regrettable que les hiérarchies ecclésiastiques elles-mêmes de ces pays appuient aussi les dictateurs qui déprécient l'évangile de l'amour et de la justice. (...)

«Les droits fondamentaux de l'homme incluent surtout les droits politiques, sociaux, économiques et culturels qui, s'ils sont sujet à l'évolution, sont pourtant indissolubles les uns des autres (...) La misère et la famine des masses, l'oisiveté et l'analphabétisme, la haute mortalité infantile, les maladies infectieuses et nombre d'autres plaies sociales du système capitaliste sont les conséquences de la violation des droits les plus fondamentaux de l'homme (…) Aujourd'hui encore, si l'impérialisme parle beaucoup plus que dans le passé des droits de l'homme, il est loin encore d'être plus humain et ami de l'homme. «Vous les reconnaîtrez à leurs fruits» (Mt 7,16) proclamait le Seigneur dans son discours sur la montagne. (...)

«La propagande offense aussi le droit et la dignité de l'homme, si elle défend le mensonge et sème la haine entre les peuples. En contradiction avec les fondements de la vérité et de la justice qui doivent conduire les rapports internationaux, l'impérialisme poursuit une propagande spécifiquement anticommuniste et antisoviétique. En substance, cette discrimination est un stimulant à la tension belliqueuse, qui est naturellement dangereuse pour la paix. L'antisoviétisme, fréquemment caché sous le masque de «l'humanité», attaque ce système social qui met en pratique, sur une vaste échelle, les fins humanitaires de l'homme (3). C'est pourquoi, ce doit être l'aspiration de tous les fidèles qui ont le sens de la responsabilité, d'aider, en neutralisant ces fausses calomnies, à la croissance de l'amour, de la fraternité et de la coopération réciproque entre les peuples.» (Katolické Noviny, Praha, 26 mai 1974).
(3) L'alignement inconditionnel et l'utilisation de l'Evangile à cette fin sont signifiants. Une lecture objective de la réalité révèle une vérité contradictoire. Le physicien soviétique Andrei Sakharov, engagé dans la lutte pour le respect des droits de l’homme et pour la coexistence pacifique, en témoignait publiquement le 8 septembre 1973, dans une déclaration aux correspondants de presse étrangers: «J'interviens en faveur des droits bafoués de mes amis détenus dans des camps de concentration et dans des hôpitaux psychiatriques: Chikhanovitch, Boukovski, Grigorenko, Pliouchtch, Borisov, Fainberg, Strokata et bien d'autres. Je ne puis considérer ces interventions comme une «calomnie contre le régime» ainsi que l'affirment les journaux. Je crois important que les droits de l'homme ne soient pas défendus chez nous plus mal que dans les pays qui entreprennent de nouer avec nous des relations nouvelles, plus amicales; je crois important que nos villes, nos villages, la vie intérieure de notre pays soient ouverts -comme ils le sont dans ces autres pays- aux regards des étrangers et aux nôtres aussi. Cette exigence concerne également des institutions comme les lieux de détention, les hôpitaux psychiatriques, les lieux où vivent et travaillent les libérés conditionnels. Que la présence de la Croix-Rouge aboutisse à la suppression de ces muselières monstrueuses qui enserrent les fenêtres des prisons soviétiques et arrêtent la main des criminels qui injectent de l 'halopéridol... La campagne de presse (...) est une manifestation supplémentaire de la violence cruelle infligée à la conscience dans notre pays, violence fondée sur le pouvoir matériel et idéologique illimité de l’Etat. -Cfr. Sakharov parle, Ed. du Seuil, 1974, pp. 188·189.

On est tenté de demeurer sans mot. Mais peut-on vraiment se taire et laisser aussi «déprécier l'Evangile de l'amour et de la justice», devant une analyse aussi unilatérale, alors que pèse aussi -et peuvent-ils de bonne foi l'ignorer?- l'ombre de ce monde où s'est institutionnalisé, jusqu'en des camps de concentration et de liquidation psychique, l'emprise de l'idéologie sur l'homme? « Dédié à ceux à qui la vie a manqué pour raconter ces choses» (4) : rien ne pourra plus empêcher que la parole de vérité n'ait été prononcée sur les droits de l'homme, sur la REALITE vécue, au niveau d'hommes, de classes sociales, de peuples entiers. Rien ne pourra empêcher, si la conscience est sensible à la vérité, que l'homme ne frissonne, se retrouvant spolié d'un rêve avorté. Et force est de constater et de regretter profondément qu'en ce pays de Tchécoslovaquie des responsables auxquels le pouvoir a confié des postes clef dans l'Eglise «appuient les dictateurs», qui masquent leur action sous une propagande de justice. Qui d'entre ces hommes, maîtres aujourd'hui de la presse «catholique», des outils de pastorale, des contacts internationaux, des «dialogues» avec les hommes politiques, qui d'entre eux osent « reconnaître l'arbre à ses fruits» ?
(4) Selon la dédicace de Soljenitsyne, mise en exergue de son livre: «L'Archipel du goulash»  

On sait les conditions dans lesquelles s'inscrivit le décès du Cardinal Trochta, l'évêque de Litomerice, en Bohême. Affaibli, contraint au repos, le Cardinal n'a pas survécu aux émotions d'une longue confrontation avec un officiel du Ministère régional de l'Office des Cultes, qui s'était imposé à lui. En cette circonstance, les droits humains fondamentaux furent lésés, avec les conséquences tragiques qui en résultèrent. Mais, pour répondre à la dénonciation de tels agissements, les responsables de l'Office des Cultes peuvent aujourd'hui compter sur l'appui d'ecclésiastiques eux-mêmes, livrés à leur pouvoir, et sur les colonnes d'une presse, qualifiée de «catholique», mais dont les accents sont similaires à ceux de la presse officielle.

C'est ainsi que le journal Katolické Noviny sert d'instrument: le 14 avril 1974, dans l'édition de Prague, c'est le Chanoine Josef Benes, l'un des prêtres les plus compromis avec le régime (aujourd'hui chargé de titres et fonctions ecclésiastiques!) qui annonce le décès du Cardinal. Le curriculum vitae du défunt, rédigé par J. Benes, marque un blanc entre 23 novembre 1947, date à laquelle «il s'installa comme évêque de Litomerice, dans la ville où, peu d'années auparavant il travailla comme esclave de la tyrannie nazie» et la date du 5 mars 1973, lorsque «le Pape Paul VI nomma trente et un nouveaux cardinaux parmi lesquels aussi l'évêque de Litomerice, Dr Stefan Trochta». Il était sans doute délicat de noter les péripéties de la vie de cet évêque, assigné aux arrêts en sa résidence, incarcéré à la prison de Ruzine en 1952, condamné, après 19 mois d'instruction, à 25 ans d'emprisonnement. Gracié en 1960, mais à la condition de se livrer seulement à un travail manuel. Pensionné en 1962, après un infarctus et mis à la retraite dans un home pour prêtres âgés. Le «Printemps» de 1968 le réintègre dans ses fonctions épiscopales, tandis qu'étaient entreprises les démarches pour un procès en réhabilitation, qui conclut finalement à l'annulation des condamnations antérieures. Les conditions faites à un innocent, rescapé des camps de concentration nazis, 25 années durant et les circonstances de sa mort, ne justifient-elles pas quelques inquiétudes quant à ce respect des droits de l'homme que réclament assidûment les membres influents de «Pacem in Terris»?  Si le silence s'explique -sinon se justifie- par les conditions actuelles, la collaboration positive va plus loin encore. Et rien n'est si pernicieux que les demi-vérités. Rien n'est aliénant aussi comme le mensonge. Les extraits ci-après permettent de mesurer le degré d'assujettissement d'une Eglise comme celle de Tchécoslovaquie aujourd'hui, tout au moins en ce qui concerne les responsables qui prétendent la diriger ou la représenter.

Le 28 avril, le même J. Benes (il est président de la Commission pour la Presse de la «Charitas» de Tchécoslovaquie) rapporte dans K.N. les cérémonies des funérailles du Cardinal Trochta: « ... l'archevêque Luigi Poggi de la Secrétairerie d'Etat du Vatican représentait officiellement le Saint Père Paul VI. Trois cardinaux encore étaient présents: Franz König de Vienne, Albert Bengsch de Berlin et Karel Wojtyla de Cracovie. Parmi les Ordinaires étrangers: l'archevêque de Poznań Antoni Baraniak, les archevêques Hugo Aufderbeck d'Erfurt, ( ... ), des représentants du corps diplomatique ... Etaient présent tous nos Ordinaires tchèques et slovaques, les représentants de tous les chapitres, de la faculté théologique de Cyrille et Méthode, les représentants de l'Association «Pacem in Terris» de la CSSR, des prêtres, séminaristes, religieuses, des files de fidèles ... Les places d'honneur dans la cathédrale ont été occupées par les représentants de l'administration d'Etat: K. Hruza, Chef du Secrétariat pour les affaires religieuses du Bureau de la Présidence du Gouvernement de la CSSR, F. Jelenik, directeur du secrétariat pour les affaires religieuses du Ministère de la Culture de la République socialiste tchèque, le Secrétaire du Comité national régional de la Bohême septentrional dr. J. Rejny et le Secrétaire du Comité national régional pour les affaires ecclésiastiques, K. Dlabal. ...

«Après l'Evangile, l'ancien Vicaire général du Cardinal Trochta, le Chanoine T. Holoubek prononça l'homélie, il médita les paroles du Nouveau Testament: «A quoi sert à l'homme de gagner l'univers» et il rappela l'existence du défunt qui mit en pratique, avec conscience, esprit de sacrifice et honnêteté, sa devise épiscopale: «Travail, sacrifice et amour» (...) Après les prières d'intercession, l'évêque dr F. Tomasek concélébra la Ste Messe avec les Ordinaires tchèques, messe au cours de laquelle de nombreux fidèles s'approchèrent de la sainte communion (...)

«Finalement, les dernières paroles de congé et de remerciement furent prononcées par l'archi-doyen de Mlada Boleslav, le Chanoine Josef Hendrich qui, après le décès de l'évêque de Litomerice le Cardinal Stephan Trochta, a assumé la direction du diocèse, en qualité de Vicaire capitulaire, élu, selon les prescriptions ecclésiastiques, membre du chapitre de Litomerice.»

La vérité, quant à cette· participation des cardinaux et évêques étrangers aux funérailles de l'archevêque de Litomerice, est plus nuancée: par interdiction explicite des autorités civiles, aucun de ces évêques étrangers ne fut admis, ni à la concélébration, ni même à la bénédiction de la tombe du défunt. Ceci, selon les prescriptions qui enjoignent à tout prêtre étranger de disposer d'une autorisation explicite des autorités pour exercer une action pastorale publique, sur le territoire de la CSSR. (Ce n'est pas la première fois que des évêques étrangers se trouvent ainsi confrontés à cette violation de leur propre droit). Quant aux longues files de fidèles, elles stationnaient au dehors d'une cathédrale réservée aux «officiels».

En ce qui concerne la nomination du «nouvel Ordinaire de Litomerice», «régulièrement élu Vicaire capitulaire» par le chapitre du diocèse, on sait qu'elle est indubitablement l'œuvre du Bureau des affaires ecclésiastiques. Aucun responsable ne saurait plus être accepté, en un diocèse, sinon le candidat (ou tout au moins, l'un des candidats) de cet Office. Et c'est dans ce sens bien spécifique, qu'il faut lire et interpréter la communication de cette «élection», qu'en faisait l'Association du Clergé catholique (soit: SKD) (5), dans le journal Katolické Noviny, de Prague, en date du 26 mai 1974 :

« Le 10 avril, aux termes de la loi, après la mort de l'évêque de Litomerice le Cardinal Stephan Trochta, selon les prescriptions canoniques, les membres du chapitre de la cathédrale de St ~ Stephan ont élu nouveau vicaire capitulaire de Litomerice l'archi-doyen de Mlada Boleslav, le Chanoine Josef Hendrich, afin qu'il assume la direction du diocèse. Après la délivrance de la part de l'Etat de l'autorisation d'exercer la fonction d'Ordinaire, le 13 mai à Prague il a prêté serment entre les mains du Pfr. dr Milan Klusak, Ministre de la Culture de la République socialiste tchèque».

Cette cérémonie est décrite dans ce même article. Elle se déroule en présence des dirigeants du Secrétariat pour les affaires du Culte et, notamment, de son directeur, Karel Hruza. Dans son allocution de remerciement, et après avoir promis «d'appuyer toutes forces constructives, orientées vers le bien de la patrie», le nouveau Vicaire capitulaire:

«a remercié le ministre de la Culture pour l'accueil amical et il a noté que cet acte tombe justement en ces jours solennels de mai, au cours desquels le peuple tchécoslovaque célèbre la libération de notre patrie, grâce à l'aide de l'armée soviétique et rend en même temps hommage aux innombrables victimes tombées pour sa liberté.»

Evoquant ensuite son rôle de responsable du diocèse, le Chanoine Hendrich promet encore «dans l'esprit de notre Association: 'servir et aider', d'unir ses efforts à ceux de Pacem in Terris afin que, «dans le diocèse, les rapports mutuels entre l'Eglise et l'administration de l'Etat puissent connaître un heureux développement». A cet espoir, le ministre de la Culture répond également positivement, se disant «convaincu que c'est justement l'Association du clergé catholique (qui) peut contribuer à créer de bonnes relations entre l'Etat et l'Eglise».

Au nom de Pacem in Terris, le président de sa branche tchèque, L'Ordinaire de Cesky Tesin, le Chanoine A. Vesely, manifeste à son tour la «joie» de l'Association, du fait que «le nouveau vicaire capitulaire soit un membre de l'Association et qu'avant cela, il ait pris une part active au Mouvement de Paix du Clergé catholique» (6).
(6) Il s'agit du MHKD: le mouvement de prêtres, tout à fait inféodé au pouvoir, avant le «Printemps», et qui à ce moment- là se saborda lui-même sous la pression explosive de sa base, jugulée et assujettie jusqu'alors. Pacem in Terris reconstitué dès la «normalisation» avec le soutien du pouvoir civil, est en fait la résurgence du MHKD.

Ces précisions expliquent la nomination du nouveau vicaire capitulaire. Avec cette dernière nomination, on peut affirmer que presque tous les diocèses de Tchécoslovaquie sont aujourd’hui entre les mains de personnalités ecclésiastiques, plus ou moins volontairement inféodées à l'Association Pacem in Terris, ce qui signifie en même temps, assujetties absolument -de par leur libre consentement ou broyées qu'elles se trouvent dans le «système»- au pouvoir civil qui domine cette Eglise aliénée, assujetties par le fait même à ses fins politiques et antireligieuses.

L'ancien vicaire général du diocèse en donne une preuve assez significative. Les circonstances de la mort de l'archevêque Mgr Trochta ont été révélées à l'étranger. Sans doute, à travers les communiqués des agences de presse occidentales et des émissions-radio perçues dans le pays, les catholiques de Tchécoslovaquie ont-ils été alertés. Le Bureau des Affaires ecclésiastiques s'irrite de cette situation, qui altère le visage affable que présentent les émissaires gouvernementaux en quête de relations économiques avec l'Occident et qui risque de renforcer l'attitude «sectaire» des catholiques du pays. Mr. K. Hruza n'a plus besoin d'intervenir directement par ses propres services. C'est de la main de l'ancien vicaire général lui-même qu'est signé un article publié dans l'hebdomadaire catholique de Prague, le 12 mai 1974: «Nelze mlcet! »: «On ne peut se taire»! Et nous y lisons la version officielle, qu'il convient d'accréditer, même si elle est contradictoire avec la vérité:

«… à de tels «amis» de la CSSR, chaque événement est bon pour le contrefaire, pour le manipuler et le présenter avec escroquerie' à son prochain. Ils ne sont arrêtés par rien, même pas devant le mystère de la mort et ils cherchent à en tirer profit pour leur propre plan, quel qu'il soit. Malheureusement, ce sont encore la majorité de ces individus qui ont en mémoire le vieux slogan de servitude: «un mensonge cent fois répété deviendra vérité» ...

«Je suis étonné que ces derniers temps se soient aussi insérées dans ces attaques contre la CSSR quelques personnalités ecclésiastiques et rédactions de journaux catholiques de l'Occident. Je ne sais ce qu'il en sera dans la suite, s'ils ont l'intention seulement de calomnier ou de susciter l'émotion dans le cœur des fidèles.

«C'est dans ce contexte que se situe aussi un événement récent, alors qu'il est fait un usage grossièrement abusif de la mort et des funérailles de l'évêque de Litomerice, le Cardinal Stephan Trochta. Comme vicaire général à ce moment du diocèse de Litomerice, je ne peux pas me taire sur ce fait. Un certain Monsieur Novotny, prêtre à ce qu'il paraît, émigré et résidant à Vienne, dont personne ne sait rien (7) a émis une fausse accusation contre le représentant de l'administration d'Etat du Comité national régional de la Moravie septentrionale. Le vendredi 5 avril de cette année, ce fonctionnaire d'Etat fit une visite à la résidence de Litomerice. C'était le cardinal qui l'avait proposé. Il voulait traiter quelques questions ordinaires relatives à la vie du diocèse (8), avant de partir se reposer en cure ...
(7) II s'agit du Père tchèque J. Novotny, de fait réfugié à Vienne où il est responsable de pastorale d'émigrés. Dans une lettre adressée au Pape Paul VI et à Mr Kurt Waldheim, Secrétaire général des Nations-Unies, il leur a fait part d'informations recueillies, relatives au décès de Mgr Trochta. Cette lettre met directement en cause Mr Dlabal qui, bien qu'il connût la faiblesse du cardinal et les ménagements impératifs qu'exigeait sa santé, exigea une rencontre et imposa 6 h. d'entretien pénible au vieillard. Ce dernier, épuisé par cette confrontation, après une mauvaise nuit fut frappé à l'aube d'une attaque et décéda dans l'après-midi du samedi 6 avril.
(8) Toute question «relative à la vie du diocèse» est passible de telles conversations ...

 »Par obligation d'affaire, je fus présent à toute la rencontre (9) et non tant comme fonctionnaire (10) que comme prêtre, je dois déclarer dans l'intérêt de la vérité que la rencontre se déroula en toute tranquillité, dans une entente réciproque et que tout fut mis au point, à la satisfaction des deux parties. Comme à son habitude, le cardinal (...) invita le représentant de l’Administration à une petite soirée amicale.
(9) Ce fait est également significatif: il est de notoriété publique, dans ces Eglises asservies, que l'évêque en charge soit «doublé» ainsi, d'une manière permanente, soit par son «secrétaire», soit par son «vicaire général», qui lui fut imposé par l'autorité civile. De là aussi, le vice fondamental inséré dans toute rencontre de l'évêque avec un visiteur, fut-ce avec l’un de ses prêtres, dans pareille circonstance.
(10) Cette vive conscience de l'être en effet est également significative.

 «C'est pourquoi, j'ai été profondément choqué quand j'ai appris que de Vienne un certain prêtre tchèque, au nom des émigrants tchèques (11), répandait des nouvelles provenant de sources mystérieuses, mais certainement d'un «chroniqueur», qui ne fut pas présent à toute la rencontre, pour donner libre cours à sa propre haine vis-à-vis de notre système social, d'une manière honteuse, inhumaine et non chrétienne.
 
(11) Le propos est ici volontairement méprisant, le terme «émigrant» ayant ici dans le contexte un certain relent de «traître à la patrie».

«Ce n'est pas étonnant que de tels «scandales» inventés par un prêtre émigré soient colportés par des hommes qui, grâce aux moyens de communication capitalistes, vivent de mensonges (...) Il n'est pas vrai en effet, comme l'assure Mr Novotny, que la visite put avoir contribué à aggraver l'état de santé du Cardinal.

«Je fus parmi les organisateurs des funérailles et je fus également le prédicateur officiel. Selon les dispositions du chapitre de la cathédrale, les obsèques se sont déroulées d'une manière digne, il n'y eût aucun obstacle et, grâce à notre impeccable service d'ordre, tout s'est parfaitement déroulé.» ...

Une ingérence systématique

Il faudrait revenir quelque peu sur cette nécessité d'organiser des rencontres avec les responsables du pouvoir civil, afin de «traiter quelques questions ordinaires, relatives à la vie du diocèse».

Ces «questions ordinaires» recouvrent en effet tout ce qui concerne, finalement, la vie pastorale d'un diocèse: depuis l'autorisation consentie à tels ou tels prêtres d'assumer le soin d'une paroisse, jusqu'à la question de l'enseignement religieux de la jeunesse, en passant par le droit de regard exercé sur les candidatures à l'entrée dans l'un ou l'autre des deux séminaires tolérés. De ce fait, ces «questions ordinaires» recouvrent donc effectivement la survie ou la liquidation de la vie pastorale, voire aussi «l'utilisation» que l'on pourrait en faire, dans la ligne politique du moment: il s'agit alors de la « collaboration» requise de l'Eglise, à fin de voir appuyer de son crédit les grandes lignes politiques définies par le Parti. (Nous venons de le voir, par exemple, en ce qui concerne le sens à donner aux manifestations du mois de mai, en Tchécoslovaquie, ou l'appui sollicité pour accréditer une «version officielle»).

Une telle «question» peut donc concerner aussi l'activité religieuse d'un pasteur. La relation que nous donnons ci-après peut être tenue pour exemplative, si l'on sait que l'on estimait, fin 1973, à 250 environ le nombre de prêtres «interdits» par le pouvoir, dans les seules régions de Bohême et Moravie.

Mais situons la «question» cette fois en Slovaquie. Le document ci-après, copie conforme de l'original, découvre cette manœuvre du pouvoir, devant laquelle toute requête de la part de l'intéressé demeurera sans effet. Il est difficile d'y reconnaître le fruit des «bonnes relations entre l'Etat et l'Eglise», que célébraient à la fois tel Ministre de la Culture et tel Vicaire capitulaire, élu par ses soins.

Comité national de district de ZIAR nad HRONOM (12)
(12) Pour des raisons typographiques compréhensibles, nous avons renoncé dans ce dossier aux accents, indispensables pourtant dans les langues slovaque et tchèque.

RESOLUTION

Le Comité national de district, Département de la Culture, à Ziar nad Hronom a, selon l'appréciation de l'activité de Emil Sutor, prêtre catholique romain, administrateur de la paroisse catholique romaine à Vel'ka Lehota, district de Ziar nad Hronom, auprès de l'Administrateur apostolique à Trnava, le 11.1.1974, au vu du § 18, al. 2 de la loi n° 219/1949 GB du 18.10.1949

requis

de relever Emil Sutor de ses fonctions d'administrateur de la paroisse catholique romaine à Vel’ka Lehota, parce qu'il ne remplit pas les conditions requises pour l'exercice de l'activité pastorale, selon le § 17, al. 1 de la loi 219/49 citée. Le Comité national de district, département de la Culture, à Ziar nad Hronom a adressé sa requête, également par écrit, dans une lettre, Z. 17/1974 du 24.1.1974.

Du fait que l'Administration apostolique de Trnava n'a pas obtempéré à la requête du Comité national de district à Ziar nad Hronom dans le délai prévu au § 18, al. A. de la loi 219/49, et que le Comité national de district, département de la Culture, à Ziar nad Hronom maintient sa décision, celui-ci a donc décidé de suspendre Emil Sutor, depuis le 15.4.1974, selon le § 1, al. 2-et du § 7, al. 1 de la loi 219/49, du paiement de ses appointements personnels et considère la place d'administrateur de la paroisse catholique de Vel’ka Lehota comme vacante.

De la décision, seront informés

Sutor Emil, administrateur de la paroisse catholique romaine de V. Lehota ;

Le Comité national régional, département de la Culture, de Banska Bystrica;

Le département finance du Comité national de district de Ziar nad Hronom.

Comité national de district de Ziar nad Hronom       Melich Jan Chef du département

Il est douteux que la discussion de telles «questions de la vie du diocèse» puisse effectivement se poursuivre dans un climat «d'entente réciproque» et à «la satisfaction des deux parties ».

A noter l'aliénation grave que représente le fait, pour le clergé en CSSR, d'émarger à un budget d'Etat, précisément du Ministère de la Culture. Les prêtres deviennent effectivement fonctionnaires d'Etat, à ce titre (13). Cette question de leur entretien matériel serait relativement facilement réglée pour ces pasteurs de campagne, que le peuple soutiendrait volontiers, mais le plus grave est le fait que, par ce biais, le pouvoir civil s'ingère directement dans les affaires intérieures de la vie pastorale de l'Eglise. Il faut savoir aussi que la législation sur de tels sujets, dans les pays de l'Est -à noter, ici, que l'on se réfère à celle des années noires de 1949!- est rédigée de telle manière qu'elle laisse facilement place à toutes interprétations abusives ou à tous élargissements du champ d'application, sans qu'il soit même nécessaire d'en justifier explicitement la raison. Bien des articles de loi et d'ordonnance, en effet, ayant stipulé des conditions d'application, ajoutent encore un alinéa, rédigé approximativement en ces termes: «et pour toutes autres raisons ».
(13) A noter que seule l'Eglise en Pologne, qui refusa d'y consentir à l'époque, a pu, de ce fait, sauver son intégrité intérieure. «Quant à chaque curé, il peut obtenir un salaire de l'Etat s'il le désire dès l’instant qu'il enseigne», dirait récemment le nouveau ministre du Culte polonais, M. Kakol. à un journaliste d'Occident, parlant de l'enseignement religieux de la jeunesse. Certes! mais .. La situation en Yougoslavie, quant à elle, est spécifique.

Leurs voix

Peut-être est-il difficile, pour des chrétiens occidentaux, de se représenter ce que peut signifier, hic et nunc, un tel ukase frappant une paroisse. Nous pouvons en découvrir quelques aspects dans les extraits ci-après. Il s'agit d'une homélie, prononcée dans l'église de sa paroisse, le 27 janvier 1974, par un curé relevé de ses fonctions d'une manière similaire. Sans en être encore personnellement averti, le curé de Stara Lubovna (du diocèse de Spis, en Slovaquie) avait appris que l'autorisation d'Etat lui serait retirée. Il prit les devant et, au cours des deux messes dominicales de ce 27 janvier, il entretint ses paroissiens de cette perspective. Il est important, en outre, de discerner en filigrane la condition des fidèles laïcs eux-mêmes, situés dans ce contexte.

Le curé explique d'abord à ses paroissiens comment cette nouvelle lui fut communiquée:

«Le jeudi 21 janvier de cette année, le Vicaire Stefan Garaj (14) vint à la cure. Il était très accablé et il me dit: «J'ai une mauvaise nouvelle pour toi». - « Qu'y a-t-il ?». - « Les gens de Bratislava m'ont dit, au cours d'une réunion à Tatry, que tu allais recevoir le 28 janvier un arrêt écrit, qui te congédierait de ton service pastoral et un arrêt par lequel te serait retirée l'autorisation d'Etat et cela, avec un tel effet que tu ne pourras même plus pénétrer une seule fois dans l'église. J'ai demandé: mais qu'aurait-il fait, car je le connais bien et je sais qu'il n'a rien fait contre l'Eglise, je ne puis tout de même pas le relever de ses fonctions, je n'ai aucune raison canonique pour cela, il est encore capable d'exercer consciencieusement ses devoirs (15). Ils ne voulurent rien me dire de ce que tu as fait et ils ont seulement dit: il y a beaucoup de choses.
(14) Il s'agit du Vicaire capitulaire du diocèse.
(15) De fait: le retrait de l'autorisation d'Etat contraint l'Ordinaire à s'aligner, en retirant également la juridiction au prêtre.

Celles-ci étaient les suivantes :

1. Il prêche contre l’athéisme et contre les athées

2. A des fins de propagande, il a envoyé des colis de Noël à des vieux.

3. Il rassemble des acolytes.

4. Il garde auprès de lui des religieuses, qu'il aurait dû renvoyer depuis longtemps.

5. Il s'est joint trop ostensiblement à la tournée des «chanteurs d'étoile» à la Noël. (16)
(16) Coutume slovaque ancienne de visites dans les familles dans les jours de Noël.
 

«Après que le Vicaire m'eût dit ceci, je me décidai, après longue réflexion et prière, à vous en informer, bien que je n'ai pas encore reçu cet arrêt, car il me suffit d'en avoir été avisé verbalement. Que ce décret vienne ou non, je ne le sais pas, seul Dieu le sait. Mais je vous le dis afin que, si je dois partir d'ici sur le champ, vous sachiez que je ne suis pas un voleur et non plus «l'homme le plus dangereux» que l'on a représenté. Peut-être le suis-je, pour celui-là qui sait combien une telle accusation se répand facilement, quand il éloigne brusquement le prêtre, répand toutes sortes de choses sur son compte, sans lui donner la faculté de se disculper.

«Je vous le déclare ici: je n'ai rien commis contre l'Etat, depuis que je suis à Lubovna; je n'ai pas organisé de groupe contre le Parti, je ne me suis non plus mêlé de telles choses, que je considère comme une folie; je n'ai rien commis d'immoral. D'ailleurs, vous me connaissez assez. Vous avez eu accès auprès de moi à la cure, jour et nuit, partout vous avez pu entrer en contact avec moi. Même si j'ai été l'objet et si je le serai encore de n'importe quelle perquisition, vous ne pouvez pas non plus y trouver raison de croire que j'ai fait quoi que ce soit qui puisse atteindre la dignité de mon état sacerdotal. Je puis bravement regarder chacun dans les yeux, même celui qui m'impute ce caractère monstrueux et irraisonnable» (17).
(17) Il ne s'agit pas ici de précautions oratoires. En fait, ces dénégations recouvrent assez bien les calomnies usuelles, lancées contre de tels prêtres, éloignés sans avoir pu se défendre: action subversive contre l'Etat, trafic de devises ou vol, attitude immorale et, précisément, corruption de la jeunesse, etc ...  

Le prêtre en vient alors à commenter successivement chacune des accusations précises qui ont été proférées contre lui:

«Je n'ai pas prêché contre les athées. J'ai librement prêché l'enseignement du Christ et la morale chrétienne car, en tant qu'homme et plus encore en tant que prêtre catholique, je me déconsidérerais si je prenais exemple sur les combattants athéistes contre les croyants et la religion, eux qui dans les journaux, les revues, à la radio et à la télévision, dans les rassemblements que ce soit du Parti ou non attaquent et condamnent non seulement la religion, mais bien plus encore mènent un combat exaspéré contre les porteurs de religion, c'est-à-dire contre les croyants. La preuve en est la pression multiforme exercée contre les parents d'enfants en âge scolaire, les mettant en garde contre le fait que leurs enfants n'obtiendraient pas l'autorisation de poursuivre leurs études secondaires et supérieures, s'ils fréquentaient l'enseignement religieux -ils ne pourraient rester que des travailleurs. C'est une atteinte à la classe des travailleurs. Ils exercent une pression par le licenciement des parents qui confient leurs enfants à l'instruction religieuse et à l'encontre des croyants qui accomplissent leurs devoirs religieux. Ils observent qui fréquente l'église, ils contraignent les parents à retirer leurs enfants de l'enseignement religieux, ils enregistrent qui conduit son enfant au baptême ou à la confirmation, qui demande un mariage religieux, etc.

«Dans toutes les homélies, j'ai perpétuellement répété -vous-mêmes, m'avez fait remarquer que je ne devais pas le répéter si souvent- que vous deviez vous aimer les uns les autres, comme aussi bien vos adversaires. Que vous deviez aider chaque homme, que vous ne pouviez considérer personne comme un ennemi, mais toujours comme votre frère, car nous sommes tous des frères, comme il est dit encore dans la lecture d'aujourd’hui, parce que nous sommes tous membres du Corps Mystique du Christ, que notre Père commun est Dieu, que nous sommes sauvés par le Christ, que nous avons tous le même but, c'est-à-dire d'atteindre le ciel. Bien Chers, supportez-vous les uns les autres, aidez chacun, voyez en chacun un véritable frère, une vraie sœur! C'est cela que je n'ai cessé de redire et j'admonestais celui qui se fâchait et qui appelait la foudre et le tonnerre à réduire ses adversaires. Je n'ai jamais prêché contre les hommes, mais toujours pour les hommes, afin que nous devenions tous meilleurs, vous aussi bien que moi, car moi aussi je ne suis qu'un homme, avec des fautes et j'ai aussi le devoir d'être un homme meilleur et plus digne. Il y a bien longtemps que j'ai renoncé à attaquer dans l'église quelque personne ou quelque groupe que ce soit. Lorsque j'étais jeune, je l'ai fait parfois par zèle excessif, peut-être étais-je alors trop extrémiste; mais après un pèlerinage de 20 ans à travers un monde dur, très dur -comme ce fut confirmé plus tard, par ma réhabilitation, ce fut un temps pénible et dur sans aucune justification- j'en vins alors à cette idée qu'il serait passablement inintelligent d'agresser des hommes, qu'ils soient pécheurs ou non. Et je me conformai au mot de St Augustin, qui disait: hais l'erreur et le péché, aime les hommes! Je les aime, tous et chacun. Une preuve de mon amour à l'égard des hommes à Lubovna, c'est aussi le fait que depuis les 4 ans et 3 mois que je travaille ici, je n'ai jamais vu une seule fois un visage sombre, qui aurait voulu me signifier que quelqu'un me détestât. Je n'ai pas non plus entendu de vilains mots à mon égard, et bien que je dusse souvent circuler de nuit sur les routes, pour venir en aide à des mourants. Et pourtant, il y a ici différentes gens, croyants et non croyants, hommes de telles ou telles nationalités, mais jamais je n'ai entendu de reproche à mon égard. Et je pense que c'est aussi une preuve que vous n'avez jamais vu en moi un homme qui ait voulu semer la discorde. Je puis dire aussi, et c'est en partie aussi mon œuvre, que durant ces 4 années de mon travail ici, rien jamais ne survint, qui ait jeté le trouble dans la vie publique et ses coutumes. Même les policiers -s'il en est ici présents, ou bien les hommes de la Sûreté secrète, qui sont certainement ici aujourd'hui- pourraient vraiment dire si jamais des croyants leur ont causé quelques difficultés! S'ils ont eu une fois des difficultés, alors ce n'était pas avec des croyants. S'ils n'ont pas eu de difficultés avec les croyants, c'est que j'attirais sans cesse l'attention sur le fait que l'on doit consciencieusement effectuer sa tâche à son travail, que l'on ne peut pas voler, que l'on ne peut pas s'approprier ce qui n'est pas à soi, que l'on doit respecter chacun et que l'on doit accomplir consciencieusement ses devoirs à l'égard de l'Etat.

«Quatre ans durant, j'ai été observé; ils ont tourné autour du presbytère -je ne suis pas aveugle et j'ai aussi mon expérience-, ils ont observé qui venait à la cure, ils ont aussi écouté mon téléphone car quatre fois, sans que je le sache et sans mon accord, ils ont démonté mon appareil, certainement pas pour une réparation, je ne suis tout de même pas si naïf et à la TV, on voit bien qui et pourquoi on fait cela. Et dans tout cela, ils n’ont rien découvert qui fut dirigé contre l'Etat».

Le curé en vient alors à s'expliquer sur la seconde accusation dont il est l'objet:

«J'ai envoyé des paquets. Oui, et je le ferai encore, si je puis rester à Lubovna. Je ne suis pas parti en vacances, je n'ai pas été au restaurant ou au cinéma, je n'ai pas d'auto, bien que j'aurais pu en avoir une. Ma sœur et mon frère qui sont en Amérique m'ont envoyé de l'argent pour une auto, mais je l'ai consacré à faire des réparations à la cure et pour d'autres besoins pastoraux. J'ai un peu d'argent, je ne le cache pas et de ce que j'avais et de ce que j'ai, encore aujourd'hui, je donne, volontiers, afin de pouvoir faire un plaisir à quelqu'un, non pas pour le soutenir car vous n'avez pas besoin de soutien, peut-être avez-vous plus d'argent que moi. Je voulais, tout simplement, faire une joie et particulièrement à ceux qui n'ont pas d'amis. Un vieillard n'a pas d'ami, une personne malade n'en a pas non plus. Et il y a de la joie quand quelqu'un lui témoigne de l'amour, de l'amour pour sa misère, pour son âge, une petite attention.

«Et cela, je l'ai fait partout et toujours, aussi lorsque j'étais à Kubin et dans les camps, ou n'importe où. Quand je pouvais, à ceux qui sont les pauvres, les souffrants, aux vieillards accablés, à eux et même si je ne possédais pas grand chose, j'ai offert un petit cadeau, seulement afin qu'ils puissent sentir que quelqu'un s'intéressait à eux. Cela, je l'avais aussi devant les yeux, ici, et non pas du tout parce que j'aurais voulu en faire de la propagande, c'est non-sens. Ceux qui parlent ainsi ne comprennent pas les hommes et je leur souhaite de sentir un jour ce que cela signifie d'être vieux, sans aide et sans secours. Je leur souhaite de ressentir ce que cela signifie d'être malade et de ne pas voir le prêtre, bien qu'on le souhaitât. Il arrive souvent, lorsqu'à l'hôpital on désire voir le prêtre qu'il faille cheminer un véritable chemin de croix avant que l'on puisse le voir. Et beaucoup de ceux qui désirent un prêtre, meurent sans jamais l'avoir vu venir à eux. De ressentir cela, je le souhaite à de telles personnes. Rien de plus. Il ne s'agit pas d'un souhait méchant, c'est un souhait qui vient d'un cœur sacerdotal, afin qu'ils apprennent à avoir une meilleure attitude à l'égard des hommes, afin que de cette relation, ils ne se contentent pas d'en discuter, mais de la vivre et, particulièrement, à l'égard des vieux et des malades qui, si riches soient ils -qu'ils fussent des Rockefeller ou des Rothschild- ne peuvent pas se procurer quoi que ce soit sans amour. Et c'est cela que j'ai voulu partager avec des petits riens, avec des petits cadeaux. C'est de cela que j'ai voulu témoigner".

«C'est vrai que je rassemble des acolytes. Les acolytes sont les serviteurs de l'autel. Moi-même, jour après jour, je dois me préparer à la Ste Messe, je dois apprendre comment j'ai à me présenter devant vous (...)
«Si moi-même je dois me préparer, d'autant plus les acolytes doivent-ils le faire, afin de savoir comment ils ont à se comporter, comment ils peuvent lire les textes. Et je suis convaincu qu'ils ne vous scandalisent pas. Finalement, vous-mêmes, vous avez aussi ce droit d'avoir vos enfants auprès de l'autel, car c'est bien votre autel, ce sont vos enfants, votre chair et votre sang -et personne ne peut vous empêcher, si vous venez avec eux à l'église et même s'ils dansaient devant l'autel, comme c'est habituel par exemple en certains pays de mission, même alors personne ne peut vous en empêcher.

«Je l'ai fait et je le ferai encore, aussi longtemps que je vivrai, où que je sois car c'est mon droit et mon devoir d'enseigner aux garçons et aux filles, comment ils ont à se conduire dans l'église, comment ils ont à louer Dieu et à élever leur âme vers lui».

Le curé évoque alors cette coutume des «chanteurs d'étoile», très vieille tradition en cette région, qui mène le prêtre accompagné des acolytes de maison en maison, afin d'y éparpiller en quelque sorte la joie de la naissance du Christ et sa bénédiction sur son peuple:

«J'ai accompagné les chanteurs d'étoile. Je n'en avais pas l’intention, car ce n'était pas tellement facile pour moi de gravir et descendre des escaliers, plusieurs kilomètres durant. Mais finalement je m'y suis résolu, parce que plusieurs croyants m'ont demandé de venir avec les chanteurs d'étoile. Je voulais aussi vous rendre visite, je n'avais pas d'autres possibilités, parce qu'il serait facile de dire, si j'avais poursuivi des visites, comme ce serait en fait mon devoir, que je suis en train de diffuser quelque chose. Le prêtre doit visiter ses croyants, au moins deux fois chacun, c'est une règle ecclésiastique. Je ne le fais pas, afin que personne ne se sente inutilement irrité. J'ai mis à profit ce qui nous fut consenti par l'administration et le responsable, lors d'une réunion de prêtres. Il avait lui-même soulevé la question, en disant: «Pour les chanteurs d'étoile, vous pouvez vous rendre là seulement où l'on vous appelle.» J'ai été là seulement et cela, même pas selon l'ancienne coutume en usage autrefois à Lubovna c'est-à-dire d'une manière voyante. Nous avons convenu du fait que nous ne chanterions pas dans les corridors des habitations, mais seulement derrière la porte de chaque logement où l'on nous attendait. Et je n'ai été nulle part où l’on ne nous avait pas invités. Nulle part, je n'ai rien demandé; j'ai toujours essayé de refuser lorsqu'on voulait m'offrir de l'argent ou lorsqu'on a voulu nous régaler».

Et à propos des religieuses? Il faut savoir qu'un peu partout des ordonnances ont été prises à leur encontre, les contraignant soit à démanteler leurs petites communautés reconstituées au «Printemps », soit à renvoyer dans leurs foyers les jeunes religieuses, soit à rejoindre, fut-ce sous la contrainte violente, nous l'avons vu, des carrefours d'hébergement, souvent si surpeuplés ou vétustes et insalubres, si surveillés qu'ils sont souvent dénommés des «couvents de concentration». Le curé aborde cette question:

«En ce qui concerne ce fait que j'ai des religieuses auprès de moi, que j'aurais dû renvoyer depuis déjà longtemps, il est exact que j'aurais déjà dû les renvoyer, mais j'ai entrepris à ce sujet, et depuis longtemps, des démarches d'appel qui sont toujours demeurées sans réponse. On m'a dit verbalement que sitôt que des places seraient libres dans des homes caritatifs, elles devraient partir, mais jusque là elles ne pourraient que demeurer ici. Et ces religieuses, qui apportent leur aide ici dans la paroisse et l'église, après avoir longuement prié et en avoir pleuré, ont abandonné leur costume religieux, seulement pour éviter d'irriter des gens. Vous les avez vues déjà souvent avec leur simple fichu, comme vos propres sœurs et vous pouvez témoigner aussi du fait qu'elles veulent ainsi éviter d'irriter ou de provoquer. Mais finalement, elles ont aussi le droit de demeurer où elles le veulent. Ce sont de libres citoyennes. Deux sont pensionnées, à peine en vie encore, malades et abandonnées. Je considère que la simple humanité commande de les accueillir tout simplement là où c'est possible. Et si, en plus, elles sont encore capables d'offrir un travail utile, pourquoi les rejetterait-on? Leur travail est très utile, car un chantre ce serait pour vous une bien trop lourde charge financière. L'entretien d'une grande cure serait trop lourd pour un curé. Chaque mois, je reçois 1.290 Kcs (couronnes tchécoslovaques), à l'occasion s'ajoute encore un petit rien et je pense qu'il me serait impossible de trouver quelqu'un qui demanderait moins de 1.000 Kcs par mois pour assumer ce travail difficile et lourd de responsabilité de cette tâche à la cure. Aussi longtemps que je suis ici, j'ai le droit d'organiser mon entretien de maison comme je l'entends. Dans l'église également, je puis faire ce qui en fait une véritable demeure pour le Seigneur. C'est cela que font les sœurs, et je ne me considère pas coupable d'aucune faute en cette matière».

Et l’avenir incertain ?

« Selon l'avertissement oral du Vicaire, je devrais quasiment être jeté à la rue et je devrais partir d'ici. Mais je n'ai pas peur. J'ai appris à vivre dans des roulottes de tziganes, dans des baraques et je pourrais vivre aussi dans des huttes ou dans la paille. J'aime une chambre tranquille et le confort, mais je serais content aussi, si je dois vivre avec des guenilles dans n'importe quelle maison, cela ne me fait rien. Ce qui m'importe beaucoup plus, c'est la vérité, car celui qui n'aime pas la vérité cherche en vain à construire un Etat. Ce ne sont point les canons, ni n'importe quelle arme de mort qui pourraient ériger un Etat, disait Jean XXIII, seulement la vérité. Elle seule peut sauver les nations. Je veux seulement la vérité et c'est pourquoi je parle avec tant d'insistance, afin que vous sachiez, au cas où je dois m'en aller, que ce n'est pas comme un voleur, comme un assassin ou comme quelque ennemi de l'Etat. J'aime l'Etat, ma patrie. Si je n'aimais pas ma patrie, je ne serais pas revenu en Tchécoslovaquie. Deux fois, j'étais au-delà des frontières, à Vienne, Rome et Paris. Mon frère et ma sœur m'ont appelé à les rejoindre en Amérique, des prêtres d'Occident m'ont offert d'y demeurer. Mais j'ai dit: je n'ai rien à chercher ici, je suis slovaque; je n'ai rien fait de mal et je veux vivre parmi les miens, parce que j'aime ma patrie et son peuple, cette patrie que le Seigneur m'a donnée à habiter. Je suis revenu sans aucun dessein secret. J'aime sincèrement ma patrie, non point par raison, mais parce que je vous y enseigne à aimer Dieu, à vous aimer les uns les autres, parce que je vous apprends le travail consciencieux et l'honnêteté. (18)

(18] Cette référence constante à la conscience à apporter au travail et à l'honnêteté sont ,très significatives. En effet, ces deux points représentent vraiment deux fléaux graves de la société. Forme d'opposition au régime ou lassitude, compensation pour le bas niveau des salaires ou forme spécifique de tentation vers la consommation, ils représentent en même temps des problèmes pastoraux préoccupants pour les pasteurs. On entend souvent parler d'une véritable désintégration de la conscience du peuple, à ce niveau.

«Je prêche la paix, non seulement avec des mots -comme on l'a fait très souvent- mais par toute ma vie, par tout mon travail. C'est cela la vérité! Tout le reste est inventé, seulement -je ne veux pas me comparer avec Jésus-Christ, mais du fait que je suis son serviteur- pour que, comme Jésus de Nazareth fut autrefois déprécié, son prêtre le soit aussi et pour que le peuple croyant perdit son guide spirituel, celui qui lui offre le sel pour sa nourriture spirituelle et qui veut le conduire et qui le conduit sur le chemin du bonheur et du bien-être. Il y a quelques mois, une personne se présenta à la cure et cette personne me dit: «Vous devriez tout de même prendre un peu de repos, vous n'êtes plus si jeune, vous ne devriez pas être aussi actif»; là-dessus, je lui répondis: «Vous me donnez cependant un salaire d'Etat, pour lequel je suis obligé d'apporter un travail valable. Les flemmards et ceux qui refusent de travailler sont poursuivis». Il répliqua: «C'est autre chose. Aux lieux de travail, nous poursuivons tous ceux qui ne travaillent pas, mais vous, nous ne vous poursuivrions pas» (...) Non, jamais à une telle morale, je ne donnerai mon «placet». Je travaille aussi longtemps que je le puis et aussi longtemps que le Seigneur m'en donne la force, parce que je ne veux pas être le fossoyeur de l'Eglise et Dieu me donne la force suffisante pour le faire.»

Et le curé en vient alors plus précisément aux adieux. Il en appelle tout d'abord à l'affection et à la confiance du peuple pour ses prêtres, «aussi à l'égard du nouveau prêtre qui sera envoyé ici par l'administration régionale» :

«Ayez confiance en chacun, priez pour chacun. Ne soyez pas seulement fidèles à vos prêtres, ce serait trop peu, mais soyez fidèles à Dieu, comme le furent ces Juifs dont il était question dans la 1ère lecture de ce jour. Démontrez votre fidélité en ce que la loi de Dieu soit fidèlement observée, que votre patrie et votre travail soient aimés, que vous vous efforciez d'améliorer le niveau social, mais avant tout en ce que vous sachiez aimer Dieu par-dessus tout et qu'il soit servi. Et en effet, l'amour que vous portez à Dieu vous conduira à aimer la patrie et à aimer le prochain ... » (...)

«Si vraiment il me faut partir d'ici, je vous remercie de votre bonté et de votre gentillesse. Je remercie les enfants pour leur sympathie et leur affection (...) Je les, remercie et je leur demande d'être ainsi également à l'égard du prêtre qui viendrait éventuellement ici, mais spécialement tout de même, d'être aussi confiants à l'égard de Jésus-Christ, leur plus grand et leur meilleur guide, car il a dit: «Laissez venir à moi les petits enfants, car le Royaume des cieux est à eux ». Je remercie également les jeunes, filles et garçons, pour la grande confiance qu'ils m'ont manifestée. Je suis vieux. Vous auriez facilement pu dire: celui-là ne nous comprendra pas, comment pourrait-il nous comprendre ? ... Mais je n'ai pas remarqué que vous ayez dit cela, car vous aviez avec moi une bonne relation, au confessionnal ou ailleurs. C'est ainsi que vous avez témoigné que vous avez une grande confiance dans vos prêtres. Je vous remercie et je vous le demande, demeurez de bons garçons et de bonnes filles, afin que le peuple puisse vraiment trouver en vous de la joie, pour que vous puissiez un jour célébrer le Seigneur, afin que vous ayez ce bonheur et cette vie à laquelle vous aspirez.

«Je vous remercie, vous les adultes, pour votre confiance et l'amour que vous avez témoigné à votre père spirituel. Je vous en prie, demeurez fidèles à Dieu, à l'Eglise, vous tous qui êtes ici. Je pardonne à tous, comme aussi je demande pardon si je vous ai blessés. Bien sûr, je ne suis qu'un homme, et je peux occasionner bien des choses; je vous demande pardon, si je vous ai blessés et en même temps, je prie ceux qui m'ont blessé, qu'ils cessent de blesser le prêtre qui viendra ici et de lui faire du tort. Je vous pardonne et je prierai pour vous parce que je sais que vous ne le faites pas par méchanceté (c'est ainsi que je le vois), mais par inconscience ou bien, je ne sais pas pour quelle autre raison, vous-mêmes devriez le rechercher en votre conscience ».

Avant de se taire peut-être pour toujours devant son peuple, le prêtre qui fut son pasteur, souhaite lui donner un dernier mot, qui soit un mot de foi et d'espérance. Il rappelle la fête de St Jean Chrysostome, que l'on célèbre ce jour, comment il fut lui-même banni pour n'avoir pas renoncé, même dans le risque, à sa foi catholique et quels furent ses derniers mots, que le curé fait siens aujourd'hui:

«Les vagues s'élèveront plus haut, mais je n al pas peur, car je me tiens sur un rocher, l'écume de la mer l'effleure mais ne peut pas l'entamer. Les vagues de la mer veulent renverser le navire de l'Eglise, mais il est en bonnes mains et il ne coulera pas. Que craindrais-je ? La mort ? Pour moi, cela signifie la vie du Christ, la mort est seulement un gain. Craindrais-je le bannissement ? Pour moi, chaque localité est une localité de Dieu, car je sens Dieu partout où je me trouve, partout où je suis, je suis dans la maison de mon Père. Craindrais je la perte de mon bien ? Je n'ai rien apporté dans ce monde, je ne prendrai rien avec moi. Aurais-je peur de la mort ? La mort est pour moi une porte vers la vie. Les pressions me font rire, les séductions je les rejette, la mort ne m'est pas hargneuse».

«C'est ainsi que je m'adresse également à vous, avec cette requête de le répercuter plus loin, ... afin que vous-mêmes puissiez le redire non seulement avec des mots, mais afin que vous parliez ainsi avec votre propre vie. Dieu vous bénisse. Amen».

Où est la libération ?

Peut-être un tel langage nous semble-t-il lointain, si peu accordé à notre sensibilité d'Occidentaux chrétiens engagés -en frôlant le risque de nous identifier jusqu'à l'assimilation et la mort de l'originalité spécifique- dans un peuple qui forge son destin. Peut-être aussi nous déconcerte-t-il, ce langage, alors que nous sommes à chaque instant conviés à «réussir notre existence» à «réaliser toutes nos potentialités», «à nous épanouir en chacune de nos virtualités». Mais, comme chrétiens, pouvons-nous si vite nous rassurer de trouver ce langage peu accessible? Pouvons-nous échapper à cette interpellation qui nous sollicite, de reméditer en profondeur sur nos échelles de valeurs? Car, si un tel langage nous ramenait, non au passé, mais à l'origine? A la source, la source d'eaux vives?

Devant ce langage, nous ne pouvons nous empêcher de penser: qui est libre?

Et poursuivi par cette question, nous relisons alors cet autre témoignage d'un autre prêtre, tchèque. Incarcéré plus d'une décade, il médite aujourd'hui sur «l'authenticité sacerdotale», et il se découvre « amoureux de la liberté»:

«Je ne veux pas, je ne peux pas, je ne dois servir personne, sinon Dieu. Ainsi sur cette terre, je n'ai point de patron, mais seulement des frères et des sœurs -et je me mets volontairement à leur service, jusqu'à mon propre anéantissement.

«Je ne veux pas, je ne peux pas, je ne dois servir personne, mais seulement le bien qui a été révélé aux hommes par l'immense puissance et miséricorde du Christ.

«Je devrais être le plus libre, parce que je lutte pour une liberté supérieure; contre l'esclavage du péché, du corps et du monde.

«Je devrais être le plus libre, parce que, Toi, ô Dieu, tu me libères de la plus grande peur -celle de la mort, et parce que tu me donnes la certitude de me libérer avec elle de la peur la plus grande- celle de la damnation.

«Parce que je ne suis pas ainsi,
« parce que j'ai peur,
«parce que je suis tenaillé par la Peur,
« je dois plus encore aimer la liberté,
«me donner à toi, avoir plus d'amour ».

DES TEMOIGNAGES

1. L'ALIENATION POLITIQUE DE L'ASSOCIATION DU CLERGE
PACEM lN TERRIS.

«K Dalsimu Rozvoji» :
Pour un développement ultérieur
(1)
(1) Cfr : Katolické Noviny

«A l'issue de la réunion tenue à Prague le 19 février 1974, la Présidence de l'Association du clergé catholique «Pacem in Terris» a approuvé le communiqué suivant:

« Nous prêtres catholiques, réunis dans l'Association « Pacem in Terris» de la CSSR, nous exprimons notre approbation pour l'invitation du gouvernement de la République socialiste tchécoslovaque à poursuivre le développement ultérieur des initiatives des travailleurs, en vue de la célébration du 30ème anniversaire de l'insurrection populaire en Slovaquie et de la révolte de mai du peuple tchèque et du 30ème anniversaire de la libération de la Tchécoslovaquie, grâce à l'armée soviétique, invitation à laquelle nous adhérons. Les solennels jubilés historiques inspirent également à notre activité de nouvelles initiatives, pour nous engager à notre manière au niveau social et pour collaborer à la réalisation des conditions de la paix, dans lesquelles pourra se développer toujours mieux le progrès social.

«Avec nos fidèles, nous vivons, prêtres tchèques et slovaques, comme citoyens dans notre système social socialiste. Nous constituons ainsi une part inséparable du peuple qui construit le socialisme avec une force dynamique et nous nous réjouissons des résultats positifs de son travail. Pour des motifs patriotiques et religieux, nous considérons de notre devoir d'appuyer effectivement le programme électoral du Front populaire et la réalisation des tâches du plan quinquennal, dont les buts sont le développement et la prospérité de notre société.

Le 30ème anniversaire de l'insurrection populaire de la Slovaquie nous offre l'occasion d'approfondir l'amitié traditionnelle et la collaboration réciproque entre les prêtres et les fidèles des deux peuples et de renforcer leur cohésion solide et durable. Au nom de l'amour porté aux peuples tchèque et slovaque, nous entendons coopérer, dans l'égalité et la compréhension réciproque et dans la collaboration de toutes les forces créatrices, afin que puisse se développer une vie sereine et que puisse grandir la renommée internationale de l'unique et commune patrie socialiste.

Nous tenons pour l'un de nos principaux devoirs l'appui à toute noble force qui vise à réaliser la paix, à éliminer la tension internationale, à faire naître l'amitié et la collaboration entre les peuples. C'est dans ce but que nous élargissons les contacts avec les autres organisations œuvrant pour la paix dans le pays et à l'étranger -principalement dans les pays socialistes- et en union avec ceux-ci, nous irons de l'avant dans les événements de paix et de progrès social. Nous considérons une telle tâche comme un devoir humain et chrétien. Nous fondant sur les profonds principes moraux de l'encyclique de Jean XXIII, Pacem in Terris, dans toute notre activité quotidienne, nous soutenons les résolutions économiques, politiques et sociales qui sont dans l'intérêt de la coexistence pacifique entre les peuples et de la réalisation des principes de la justice sociale dans le monde entier, en harmonie avec les conclusions du Congrès mondial de Moscou des forces de la Paix.
              
L'Association du clergé catholique Pacem in Terris

En Slovaquie, l'Association manifeste le même empressement à soutenir le développement de cette société «socialiste» et elle se prépare activement à l'époque à joindre sa voix à celle de toutes les manifestations prévues pour célébrer l'anniversaire du «victorieux février» (2) et de la «victoire du peuple travailleur».
(2) Le 1er. Coup de Prague., de février 1948, qui amenait au pouvoir le Parti communiste, après qu'il ait liquidé ou effrité la résistance des autres partis, même démocrates.

Mais rien n'est plus dangereux que les slogans qui véhiculent des demi-vérités. Outre le fait que le langage est très typique du caractère démagogique de toute la presse officielle, toute l'ambiguïté des propos -et de l'engagement lui-même- tient ici dans le fait qu'il ne s'agit PAS en réalité d'une «société socialiste» et que le « peuple travailleur», soi-disant «libéré», n'y détient aucun pouvoir. Est plus que justifiée pour la situation tchécoslovaque, ce que disait la déclaration de «Justicia et Pax», publiée dans son organe «Justice et Paix»(3) : «Conduisant en fait à l'identification entre le Parti et l'Etat, la centralisation bureaucratique tend inévitablement à la constitution d'un pouvoir qui se soustrait aux contrôles du peuple et finalement se coupe de celui-ci. C'est là une conséquence qui découle du fait que la qualification «socialiste» y recouvre indument un mode d'organisation de la société et une idéologie qui en découle».
(3) Cfr. février-mars 1974.

Et c'est pourquoi il faut dénoncer l'appui servile et inconditionnel apporté par un mouvement comme Pacem in Terris, qui prétend représenter l'Eglise catholique, à la mise en place et à la survie d'une telle réalité et à la mise en œuvre de cette idéologie sous-jacente. Cette attitude de Pacem in Terris n'a rien à voir avec une attitude pastorale, soucieuse d'être attentive aux «signes du temps» et de susciter une coopération désintéressée à une œuvre humaine et spirituelle de véritable «libération» de tout homme et de tous les hommes. Même pendant le sombre été des procès de Prague, lors de la «normalisation» consécutive à l'invasion soviétique d'août 1968, jamais Pacem in Terris n'a modifié son attitude d'alignement inconditionnel. Et c'est pourquoi, cette permanente manipulation de l'encyclique de Jean XXIII, Pacem in Terris, est une malhonnêteté.

Nous avons vu que la branche slovaque de l'Association réagit exactement dans le même sens que son homologue tchèque. L'un de ses communiqués notait par exemple:

«Au Comité central slovaque de Pacem in Terris, lors de sa session solennelle tenue à Dolny Smokovec, le 8 mars (1974) ont participé également les évêques dr. J. Gabris et Mgr J. Feranec (4). L'assemblée a été saluée par l'Ordinaire de Spis, Stefan Garaj. Le Secrétaire général, le Chanoine Fr. Hochmann, représentait l'association fédérale et celle de la Bohême. Le principal discours a été prononcé par le président de la Commission pour la presse, Profr. dr. Alex. Horak, sur le thème:
«La tâche de l'Association à la lumière du victorieux février et du Congrès mondial de Moscou des forces de la paix». En ce qui concerne les travailleurs, le comité central a approuvé les thèmes du plan de travail pour 1974, présentés par le vicaire capitulaire de Roznava, Z, Belak et a présenté les propositions pour les célébrations du 30è anniversaire de la révolte populaire slovaque ".
(4) Il s'agit de deux des quatre nouveaux évêques, qui furent nommés par le St Siège en février 1973 (Depuis des années, la CSSR ne comptait plus qu'un évêque résidentiel pour 13 diocèses). A noter que , lors de leur nomination et de leur sacre, il avait été formellement entendu que les nouveaux évêques abandonneraient toutes fonctions qu'ils pourraient exercer dans l'association Pacem in Terris. Cette injonction visait très particulièrement le nouvel Administrateur apostolique d’Olomouc, Mgr Josef Vrana, qui était Jusqu'à son sacre, président de la section tchèque de Pacem in Terris. (cfr ci-après: l'Eglise de Tchécoslovaquie entre les mains de Pacem in Terris).

 

 

2. L'EGLISE DE TCHECOSLOVAQUIE ENTRE LES MAINS DE
PACEM lN TERRIS.

Après la mort de l'évêque de Litomerice, le Cardinal TROCHTA (1) et la nomination du Chanoine Josef Hendrich comme Vicaire capitulaire, on peut dire que l'Eglise en Tchécoslovaquie est effectivement aux mains de l'Association Pacem in Terris. Il est significatif que, lors de «l'élection» de ce dernier vicaire capitulaire par le chapitre de la cathédrale d’Olomouc, le département d'Etat pour les affaires ecclésiastiques ait expressément fait savoir que ce candidat, et lui seulement, pourrait obtenir l'agrément de l'Etat pour l'exercice de cette fonction. Avant 1968, le Vicaire capitulaire J. Hendrich fut un membre actif du Mouvement de Paix du clergé tchécoslovaque (2) et il participa, lors de la normalisation, à la restauration de cette association sous le nom dès lors de Pacem in Terris. Même s'il est exact qu'il souhaiterait effectivement soutenir une action pastorale dans le diocèse, il est évident que sa situation d'asservissement exclut toute illusion.
(1) Depuis la révélation des étranges circonstances qui entourèrent le décès de cet évêque, dans le diocèse de Ceske Budejovice circulent les bruits de faits similaires qui auraient précédé le décès de l'évêque, Mgr J. Hlouch, en juin 1972. Idem, pour le Vicaire capitulaire J. Ligos, de Spis.
(2) MHKD: suscité en 1951 par un prêtre suspens à l'époque, le Dr Plojhar: toutes ses figures proéminentes se sont retrouvées comme fer de lance de Pacem in Terris, notamment les Chanoines Benes, Mara et Stehlik. Ce dernier, alors Prévôt du chapitre de la cathédrale St Guy de Prague, devint le 1er président de la branche tchèque de P.i.T. On se rappellera peut-être comment ce véritable fonctionnaire du pouvoir parvint si bien à abuser de la naïveté de visiteurs occidentaux, qu'en pleine période «dure» de Novotny, ceci nous valut un reportage à une radio catholique sur la situation idyllique des chrétiens en ce pays! Telle est aussi la réalité.

Une telle réalité met en question toute la problématique du «dialogue» entre le gouvernement de CSSR et la Secrétairerie d'Etat, dans la personne de Mgr Casaroli. Au nom des croyants de Tchécoslovaquie, nous ne pouvons que répéter ce que nous écrivions récemment, à propos de la Hongrie: «Leur dit-on inlassablement que seule LA VIE du peuple de Dieu importe, finalement?»

Il nous faut le courage de mettre jusqu'à nos espoirs en question. Il faut nous pencher sur la réalité, la réalité quotidienne. Elle seule est révélatrice, elle seule est signifiante. Nous allons ci-après rendre compte de cet aspect de la réalité.

1. Pacem in Terris

A la tête de l'Association fédérale 'Pacem in Terris' se trouve son président, le Doyen de Litomerice, Dr Vaclav Medek -Le Secrétaire de l'Association fédérale est le Dr. Frantisek Hochmann.

A la tête de l'Association tchèque se trouvait -jusqu'en février 1973- le Vicaire capitulaire de l'archidiocèse d’Olomouc, le Prof. Josef Vrana. Après la nomination au siège d’Olomouc et le sacre de ce dernier, en mars 1973, l'Association a poursuivi sur sa lancée, en nommant à ce poste, l'Ordinaire de Cesky Tesin, le dr. Antonin Vesely. Le Vatican avait enjoint au nouvel évêque, Mgr Vrana, d'avoir à abandonner toute responsabilité au sein de Pacem in Terris. La diplomatie vaticane voulait par là éviter de renforcer l'ambiguïté de la situation et le crédit de cette association, en tolérant qu'un évêque dûment nommé et sacré puisse assumer la direction de l'une des branches nationales. C'était compter avec une «liberté» qui, en fait, n'existe pas, dans une telle situation d'assujettissement politique. La nomination de Mgr Antonin Vesely était seulement dans la logique des choses. (3)

L'Association slovaque est dirigée par le Doyen de la Faculté de théologie de Bratislava, le dr. Mikulas Visnovsky (4).

(3) C'est à l'intérieur de chaque «système» que doit être recherchée sa propre logique. Dans le «dialogue», il faut tenir compte du fait que les deux logiques en présence sont fatalement irréductibles actuellement. Sous peine de se leurrer ou de consentir... à des malheurs!
(4) Nous touchons ici à un autre champ d'assujettissement: le choix, l’admission, la formation des candidats au sacerdoce. L'ingérence exercée par le pouvoir civil couvre même la réception du sacrement de l'ordre. On a vu des jeunes théologiens, trop «engagés» au gré des autorités, se voir refusés à l'ordination, quelques jours avant la cérémonie, et contre la volonté express de l'évêque responsable. En 1974-75, le numerus clausus imposé au séminaire de Bratislava tolérera l'accès de 20 jeunes gens. Ce terrain où se vérifie également l'aliénation de l'Eglise mériterait une analyse spécifique. Mais nous en avons souvent fait état dans nos «Lettres» de ces dernières années.

2. Situation actuelle –septembre 1974- en CSSR

EN BOHEME

PRAHA (Archidiocèse de):
l'évêque titulaire, Mgr Frantisek TOMASEK exerce la charge d'Administrateur apostolique (Le siège est vacant, depuis la mort du Cardinal Beran).

HRADEK-KRALOVE (diocèse de) :
l'ancien évêque auxiliaire, Mgr Karel Otcenasek étant toujours «empêché», le gouvernement accepterait semble-t-il la nomination et le sacre de l'actuel vicaire capitulaire Karel Jonas (membre du présidium fédéral de Pacem in Terris). Le Vatican s'y refusant, le vic. cap. demeure en place comme tel
(5).
5) Il faut toujours avoir à l'esprit le fait que les Vicaires capitulaires, «élus» par les chapitres diocésains sont en fait, d'ordinaire, les candidats proposés ou exigés ou tolérés par le pouvoir. Il est arrivé qu'un candidat régulièrement élu par le chapitre se soit vu refusé par les autorités et ce, jusqu'à ce que, finalement, fut «élu» le candidat du pouvoir.  

LITOMERICE (diocèse de) :
Mgr Ladislav Hlad, nommé et sacré clandestinement dans les années 50, étant toujours «empêché», le Cardinal Trochta, décédé en avril 1974, vient d'être remplacé par le Vic. cap. J. Hendrich, membre actif autrefois du MHKD et, actuellement, de Pacem ln Terris.

CESKE BUDEJOVICE (diocèse de) :
Au décès de Mgr Josef Hlouch (10.6.1972), la direction du diocèse fut confiée au Vic. cap. Miroslav Trdla, membre actif de Pacem in Terris. Décédé lui-même le 7.1.1974, ce dernier fut remplacé par le Chanoine Kavale, adhérent actif de Pacem in Terris.

EN MORAVIE

OLOMOUC (archidiocèse de) :
demeuré sans évêque titulaire, il a été confié en février 1973 au nouvel évêque Mgr Vrana, qui en assume la direction comme Administrateur apostolique ad nutum sanctae Sedis. Cette nomination, fruit des tractations entre la Secrétairerie d'Etat et les autorités de CSSR, fut l'une des plus surprenantes. Mgr Josef Vrana fut autrefois un membre actif du MHKD. Depuis 1971, il était président de la section tchèque de Pacem in Terris. Sa nomination par le St Siège impliquait officiellement qu'il renonçât à toute fonction dans cette association. Déjà, il semble que cette réserve à laquelle il s'était engagé soit oubliée.

NOTE: On se souviendra que, très vite d'ailleurs, l'ambiguïté de la situation a été exploitée: le journal «catholique». Katolické Noviny aux mains de l'association, présentait les 4 nouveaux évêques, en insistant sur leur rôle efficace au sein de Pacem in Terris. Il n'y était pas fait mention du retrait de Mgr Vrana de sa fonction de président de la branche tchèque. Par ailleurs, au mois de mars 1973, le Vatican laissait son porte-parole de la salle de presse faire une mise au point officielle.

Il était dit que :

  1. Mgr Vrana est administrateur apostolique de l'archevêché d'Olomouc, «ad nutum sanctae Sedis»., c'est-à-dire sous la dépendance immédiate du St Siège.
  2. Qu'il a démissionné de la présidence de l'Association tchèque de Pacem in Terris et s'est engagé à renoncer à toute activité de ce mouvement.
  3. Qu’aucun des trois autres évêques, sacrés en Slovaquie, n’a appartenu et n’appartient à Pacem in Terris (6)
    (6) Ceci est difficilement conciliable avec les renseignements que nous tenons par ailleurs, qui citent deux d’entre eux comme membres du presidium de l’association fédérale Pacem in Terris, tout au moins, en 1972.

Il n'empêche en tous cas que l'association (et donc, ipso-facto le pouvoir lui-même) a amplement joué avec cette ambiguïté. On pouvait lire, par exemple, dans le journal Katolické Noviny (Praha) du 18 mars 1973, la relation de la cérémonie de prestation de serment du nouvel évêque, Mgr Vrana, à la République socialiste tchécoslovaque. De cette relation, extrayons les lignes suivantes:

«Conscient du poids et de l'importance de cet acte, l'évêque d’Olomouc, en signant, s'est engagé sur son honneur et sa conscience, à accomplir comme citoyen de l'Etat socialiste les devoirs attachés à sa fonction et à chercher, selon ses propres énergies, à coopérer à l'effort constructif de la patrie (…) Il s'est dit honoré d'être un membre constituant de Pacem in Terris, à laquelle il donnerait à l'avenir également son propre appui dans ses tâches d'engagement social pour la construction de la paix dans les cœurs et dans le monde (...) Le président de l'association fédérale, le dr. V. Medek, (...) a souligné que la nomination de Mgr Josef Vrana comme évêque d’Olomouc est un geste d'estime à l'égard de Pacem in Terris de la part de l'Eglise et du gouvernement de la Tchécoslovaquie».

Quelques jours auparavant, le 8 mars, Mgr Vrana avait reçu à Olomouc les membres de l'association pour la Moravie septentrionale et méridionale. Le même journal, rendant compte du déroulement de la réception, notait (le 25 mars 1973) que, dans son allocution de bienvenue «le président de l'association de la Moravie septentrionale, l'Ordinaire de Cesky-Tesin, Ant. Vesely. -devenu depuis le président de l'association tchèque- avait

«manifesté la joie commune du fait que le président de Pacem in Terris de la République socialiste tchèque soit devenu l'évêque-administrateur apostolique d’Olomouc».

Au cours de la même rencontre,

« le secrétaire général de l'association, Fr. Hochmann, a exprimé la joie du fait que, justement, le président de Pacem in Terris soit devenu le nouvel évêque. (...) «après un intermède musical, le secrétaire général de l'association a rappelé la collaboration avec le président Mgr Vrana à l'intérieur de Pacem in Terris, depuis sa naissance et l'a assuré de l'appui de l'association dans le développement de son travail pastoral.»

Par ailleurs, le 18 mars 1973, le journal Katolické Noviny de Bratislava rendait compte, lui aussi, de la consécration des trois nouveaux évêques slovaques. Dans cet article, on peut lire quelques phrases de l'allocution du président de la branche slovaque de Pacem in Terris, le dr. Mikulas Visnovsky:

« Permettez-moi, je vous en prie, Très Révérends Pères, d'exprimer en cette heure de joie la prière suivante: vous avez été avec nous, venant des rangs du Mouvement pour la paix. Demeurez avec nous et parmi nous, également pendant les années de votre ministère épiscopal..»..

BRNO (diocèse de) :
l'évêque, Mgr Skoupy, étant décédé en février 1972, a été remplacé par le Vicaire capitulaire, le Chanoine Ludwig Horky, membre du Comité fédéral de Pacem in Terris.

EN SLOVAQUIE

KOSICE (diocèse de) : (suffragant de Eger, en Hongrie)
le diocèse est confié au Vic. cap. Stefan Onderko. De tous temps, il fut très actif dans le MHKD. Il est actuellement président de la Commission Pacem in Terris-Slov. «intérêts du clergé et relations avec l'étranger».

ROZNAVA (diocèse de) : (suffragant de Eger, en Hongrie)
après la mort de l'évêque, Mgr Robert Pobozny, le 10.6.1972, le diocèse passe entre les mains du Vic. cap. Zoltan BELAK, ancien membre du MHKD, actuellement au présidium de l'association fédérale de Pacem in Terris.

NITRA (diocèse de) :
depuis les nominations de février 1973, le diocèse est confié au nouvel évêque, Mgr Jan Pasztor, qui en était le Vicaire capitulaire. Avant 1968, Jan Pasztor était membre du MHKD. Jusque fin 1972 en tous cas, il aurait été membre du présidium de l'association fédérale Pacem in Terris.

BANSKA BYSTRICA (diocèse de) :
jusqu'en février 1973, le diocèse était dirigé par le Vic. cap. Frantisek Haspra (à l'époque membre du présidium de Pacem in Terris). En février 1973, Mgr Feranec, jusque là curé de paroisse, est nommé évêque du diocèse.
(7)
(7) «Glas Koncila». - «La Voix du Concile», hebdomadaire catholique édité à Zagreb, n'hésitait pas à informer ses lecteurs sur le caractère très délicat de la situation créé à la suite de ces nominations et sacres. Dans son n° de Pâques 1973, il rapportait les échos du K.N. de Bratislava et, sous le titre: «La collaboration des évêques avec l'association 'Pacem in Terris'», on pouvait lire ceci:
«Le K.N. de Bratislava publie quasiment chaque fois de larges recensions sur les réunions de l'association «Pacem in Terris» et aujourd'hui encore sur la collaboration avec elle des nouveaux évêques slovaques. Ainsi dans son n° du 1er avril, dans la note relative au plenum de l'association à Banska-Bystrica, le rédacteur écrit que le 16 mars s'y sont réunis plus de 130 prêtres «avec à leur tête l'évêque nouvellement nommé de Banska Bystrica, Mgr Jozef Feranec. «Cette rencontre était particulièrement dédiée à la célébration du 25è anniversaire du victorieux février, c'est-à-dire au début du cours socialiste en CSSR, en février 1948. Selon la note, l'évêque a également pris la parole et «a exprimé le souhait d'une concrète et effective collaboration pour construire la paix, le bien, la justice et l'amour».
Mais qu'aurait-il pu dire, coincé dans la situation? !
 

SPIS (diocèse de):
le diocèse était confié à l'abbé Jozef LIGOS, au titre d'«Ordinaire provisoire», avec l'accord du St Siège. Après le décès de celui-ci, le diocèse est aujourd'hui confié au vic. cap. Stefan Garaj.
(8)
(8) Nous avons pu lire (voir plus haut) la circulaire, signée de son nom, émanant le 8 mai dernier de la Curie épiscopale Quel que soit l'état d'esprit de son signataire, la lecture de la circulaire en question est révélatrice de l'état de sujétion au pouvoir politique, à telle enseigne que l'on pourrait presque parler de «courroie de transmission».

PRESOV (diocèse de):
l'Eglise catholique de rite oriental, après une liquidation forcée, avait retrouvé existence légale en juin 1968. Mais l'ancien évêque auxiliaire, Mgr Vasil Hopko, étant toujours «empêché», le St Siège avait pu y nommer un Ordinaire ad intérim, avec pouvoir d'évêque résidentiel: Mgr Jan Hirka.

TRNAVA (administration apostolique de):
Mgr Julius Gabris, au mois de février 1973, a été nomme évêque titulaire et administrateur apostolique. (II fut autrefois membre du MHKD et, serait entré ultérieurement au présidium de l'association fédérale Pacem in Terris).

CESKY-TESIN (administration apostolique de) :
l'administrateur apostolique: Antonin VESELY, a été choisi, en mars 1973, président de la branche tchèque de Pacem in Terris.

SATMAR (Satu Mare) (administration apostolique de) :
est en fait une fraction slovaque du diocèse roumain de Satu Mare.

Quand s’expriment les responsables

 « De temps en temps, la propagande occidentale attache une attention accrue à la prétendue répression de la liberté religieuse dans les pays socialistes, et parmi eux, inclue aussi la Tchécoslovaquie. Pendant la période critique de 1968-69 (1), la droite, à travers la pression politique et un grossier travestissement de concepts aussi divers que le sont les fidèles et l'Eglise, annula les restrictions de la religion et l'ordre vigilant datant de 1949, régissant les relations entre l'Etat et les Eglises. (...)
(1) Il s'agit du «Printemps de Prague», l'effort d'élaboration d'un «socialisme à visage humain» !

«En 1950, en Bohême, 4,5 % des citoyens se déclaraient sans religion; en Slovaquie 0,2 %. En vingt ans de construction du socialisme, une mutation sensible s'est opérée dans la mentalité de la population, selon l'esprit .du marxisme-léninisme. Le processus de sécularisation investit sensiblement la génération d'âge moyen et la jeunesse, et ceci particulièrement dans les régions les plus industrialisées et dans les villes qui ont un niveau culturel plus élevé. Ce phénomène démontre qu'un nombre toujours plus élevé de citoyens de la CSSR se libère de la prison des préjugés religieux.

«Pourtant, une partie de la population continue à demeurer religieuse. Et surtout pendant la période 1968-69 (2), on a enregistré dans quelques régions un accroissement du nombre d'enfants qui fréquentaient le catéchisme. En 1966, sur le total de la population scolaire de l'école fondamentale, 22 % des enfants fréquentaient le catéchisme; en 1970, le pourcentage était monté à plus de 34 %. A savoir, en Bohême, il était passé de 13 % à 22 % et en Slovaquie, de 38 % à 52 %. Le nombre des baptêmes, des mariages et des funérailles religieuses avait également augmenté. S'en tenant aux manifestations extérieures, qui ne peuvent indiquer précisément la situation de fait de la religiosité, on peut supposer que des membres du Parti également sont encore sous l'influence de l'idéologie religieuse (...).
(2) Les croyants retrouvaient alors la faculté de vivre leur foi, sans craindre la répercussion, ipso-facto, sur leur vie personnelle ou familiale.

(Aujourd'hui) «Les normes détaillées concernant l'enseignement de la religion aux élèves inscrits de la 2ème à la 7ème année de l'école fondamentale, émanent des Ministères de la Culture de la République socialiste tchèque et de la République socialiste slovaque, en accord avec les Ministres compétents de l'instruction. Elles définissent les modalités de présentation des inscriptions, qui sont reçues par les directeurs des écoles, le nombre global d'heures de l'enseignement de la religion, pour lesquelles les locaux scolaires sont mis gratuitement à disposition, et les conditions de la surveillance exercée sur cet enseignement par les organes compétents de l'école (3) (...)
(3) Ces «normes détaillées», que nous avons sous les yeux, constituent à la fois un outil de pression à l'égard des parents soucieux de faire instruire religieusement leurs enfants et un arsenal de modalités tracassières rendant cet enseignement extrêmement vulnérable, voire impossible.  

«…outre le fait d'établir les normes générales pour l'enseignement de la religion, l'Etat régit également les écoles pour la préparation des prêtres, pour lesquelles sont édictées des règles spécifiques, relatives à l'exercice de leur activité, au déroulement des études, à la nomination et à l'élection des membres du collège des professeurs, etc. (...)

«Selon les statistiques les plus récentes, la collectivité religieuse la plus influente et nombreuse en Tchécoslovaquie est jusqu'à présent l'Eglise catholique romaine, qui influence, dans une notable mesure, les tendances politiques des autres Eglises également. Elle a une forte tradition et dispose d'un nombre assez important de prêtres. En 1968, la hiérarchie catholique a fait connaître toutes ses prétentions politiques dans le mémorandum spécial de Velehrad. Ces prétentions représentaient en substance un effort de restauration, pour l'Eglise, des relations politiques qui existaient avant 1949; il s'agissait surtout d'annuler le contrôle d'Etat sur toute l'activité de l'Eglise. Il suffit de prendre en considération quelques unes de ces demandes. Par exemple: que les évêques puissent diriger les écoles pour prêtres et séminaristes sans interférence de l'Etat; que les prêtres ne doivent pas requérir le consentement de l'Etat pour l'exercice de leur activité religieuse, que l'enseignement de la religion puisse être dispensé également à l'extérieur des édifices scolaires et, surtout, que soit restaurée entièrement la vie des congrégations et des ordres religieux.

«Et sans attendre l'avis de l'administration d'Etat, l'Eglise commença à mettre en œuvre quelques uns de ses desseins. Sans le consentement de l'Etat, apparurent de nouveaux organes d'Eglise, tels que les conseils presbytéraux et les conseils paroissiaux, les communautés monastiques; les retraites pour laïcs reprirent vie, c'est-à-dire ces exercices spirituels de quelques jours, conçus pour divers milieux sociaux, comme les médecins, les avocats, les infirmières, etc. (...) Fut alors institué le Mouvement pour la Rénovation conciliaire (DKO) (4) qui, à la différence de l'ex-Mouvement des Prêtres pour la Paix (MHKD), commença, à travers la pression politique, à faire approuver les requêtes de l'Eglise (...)
(4) Regroupement et engagement des catholiques (hiérarchie, clergé et laïcat) en 1968-69. Le DKO donnait son appui au nouveau cours, pour autant qu'il s'engageât véritablement à la construction d'un «socialisme à visage humain»; par ailleurs, il réclamait la désaliénation de l'Eglise d'entre les mains du pouvoir.

«Mais ces derniers temps, les porte-parole officiels de l'Eglise cherchent au contraire une relation correcte à l'égard de l'Etat. Au cours des journées pastorales, un vigoureux appui a été apporté aux élections (...) Pour réaliser cet engagement à une convergence a été fondé, avec succès, l'organisation des prêtres catholiques «Pacem in Terris», qui a une structure au niveau fédéral et au niveau des Républiques. On peut supposer qu'aujourd'hui déjà, une partie considérable du clergé catholique de la CSSR participe activement à l'activité de cette association (...)

«D'autre part, on ne peut nier que se manifeste encore dans l'Eglise la tendance à utiliser chaque occasion possible pour étendre son influence sur de larges couches de population. Elle s'efforce de faire renaître des rites disparus et d'inventer des formes plus attractives de la vie dans l'Eglise (...). Dans son effort pour faire obstacle au processus toujours plus rapide de l'émancipation des masses à l'égard de la religion, l'Eglise catholique cherche à faire usage de toutes les possibilités pour défendre la foi. Valorisant principalement l'apostolat des laïcs, insérant des laïcs dans la pastorale, s'efforçant d'influencer l'opinion publique, particulièrement au plan social, à travers une activité sanitaire et morale (5) ....»
(5) Depuis cette date (1972), l'administration d'Etat a accentué le retrait forcé de toute activité sociale de personnalités religieuses. Même les religieuses, qui avaient été confinées dans ce genre de service, notamment auprès des malades mentaux, sont peu à peu éloignées de cette activité, qui portait témoignage d'un dévouement efficace et désintéressé auprès des laissés pour compte de la société.

Extrait d'un article de J. HAJEK,
Ministre de la Culture de Tchécoslovaquie,
paru dans le mensuel du Parti NOVA MYSL,
en janvier 1972.

 

3. UNE ANALYSE DE SITUATION RELATIONS:
POUVOIR POLITIQUE-PRETRES ET ORDINAIRES EN SLOVAQUIE.

En août 1973, un prêtre slovaque de la région de KOSICE, reçut du fonctionnaire régional de l'Office des Cultes, un sévère avertissement: suite à l'homélie prononcée le jour de fête des S.S. Pierre et Paul, les responsables de l'Office envisageaient de lui retirer son autorisation d'Etat. L'homélie avait porté sur les vues conciliaires, relatives à la fonction épiscopale.

Suite à cette admonestation et cette menace, le prêtre incriminé rédigea une note, dont il envoya la copie à tous les Ordinaires de Slovaquie et à la rédaction des organes de presse «catholiques».

De cette note, intéressante quant à la base de son argumentation et quant à la révélation d'un certain climat de tension, nous extrayons ci-après quelques passages significatifs:

«Dans le cas en question -mais non seulement ici- l'authenticité et l'intégrité de l'enseignement du prêtre sont jugés par des autorités non ecclésiastiques. Les évêques-Ordinaires se taisent, ils ne font pas usage de ce droit qui leur appartient d'intervenir en des questions qui concernent leur droit prééminent et leur devoir. Point de départ d'un processus ultérieur engagé à l'égard du prêtre-collaborateur-frère, qui est un assentiment général consenti à l'appréciation du fonctionnaire des Cultes».

«Cependant le prêtre -l'Eglise également- sera drastiquement persécuté. L'autorisation d'Etat sera retirée au prêtre, en suite de quoi il perd son poste et son occupation. Avec ceci, nous entrons déjà dans le domaine que couvre le Code du travail, en tant que «rupture des relations de travail», ainsi donc en tant qu'il s'agit d'un acte de droit, auquel s'appliquent des mesures légales précises de répression (§§ 42-64 du Code du Travail). -Ici intervient également l'article 30 al. 1 et 2 de la Constitution, dans lequel il est dit que l'on ne peut poursuivre une personne que pour des raisons, légalement fondées et que l'on ne peut lui appliquer de sanctions que sur base de la loi.

«Les ordonnances légales du Code du Travail et de l'article cité de la Constitution ne sont pas respectées dans la pratique de la «rupture des relations de travail» quand il s'agit du prêtre et, plus encore, elles sont violées. Mais ceci n'est pas tout: les Ordinaires, qui donnent les préavis et sans avoir eux-mêmes apprécié la cause (...) ne soutiennent pas les intérêts de l'Eglise -en passant sous silence ceux des prêtres-collaborateurs-frères - et ne requièrent jamais que soit respectée la loi. Là-dessus, ils retirent au prêtre également la juridiction, de telle manière que celui-ci encoure aussi la réprobation ecclésiastique en plus de la persécution et sanction civiles.

«Tout ce complexe de phénomènes et leurs relations développe une atmosphère que l'on peut caractériser comme suit:

a) d'abord chez les prêtres, mais aussi parmi les croyants naît le sentiment d'une véritable insécurité. Les prêtres vivent dans une situation constante de stress; ils ne savent jamais quand et lesquelles de leurs actions seront condamnées. Leur résignation multiforme n'est que compréhensible.

b) de l'analyse des faits, il ressort la conclusion logique suivante: il sera reproché implicitement ou explicitement aux responsables ecclésiastiques le fait qu'ils ne soutiennent pas leurs prêtres, vu qu'ils ne font pas usage du droit que la loi reconnaît à l'Eglise, qu'ils soutiennent ceux-là qui font un mauvais usage de leur fonction, qu'ils soutiennent et respectent le droit coutumier qui est né, lequel est unilatéralement en défaveur de l'Eglise.

c) les fonctionnaires du Culte seront accusés de subjectivisme; les citoyens croyants formulent ainsi leur réticence à l'égard des autorités d'Etat.

d) Ainsi l'occasion sera offerte aux éléments les moins favorables de chez nous, mais spécialement aux éléments les moins favorables de l'étranger, de parler d'une dégradation de la situation légale chez nous, de la discrimination à l'égard des croyants et même de la persécution de l'Eglise, de la religion. De ce fait, ce n'est pas seulement le prestige de notre Etat, mais aussi notre légalité qui sera disqualifiée, et cela même au niveau de la protection des droits de l'homme, qui sert d'échantillon en la matière. (...)

«II n'est pas difficile de démontrer qu'il s'agit d'une situation indésirable -pour l'Eglise et aussi pour l'Etat. Il est inutile aussi de démontrer longuement que cette situation est relativement facile à écarter: il suffit de s'en tenir à la loi et de souhaiter son application. Chacun d'entre nous y est obligé, de par même la Constitution: plus haute est la fonction ou plus apprécié est-on devant l'Eglise, l'Etat ou les citoyens, plus urgente encore est cette obligation.

«Conscient d'accomplir mon devoir, comme prêtre et comme citoyen, je propose donc:

1. Que le Synode des Ordinaires informe généralement les supérieurs sur la situation actuelle, c'est-à-dire sur la pratique du retrait de l'autorisation d'Etat et sur le non maintien et la non application des lois. Similairement, il devra informer par les voies administratives la Cour Suprême et la Procure de la République, dont le devoir est de transmettre des rapports aux plus hautes instances élues, relativement à l'état de la légalité chez nous.

2. Que le Synode des Ordinaires de la Slovaquie, au nom de toute notre Eglise, requière des autorités légales actuelles, de déterminer précisément et de publier les cas dans lesquels la loyauté de prêtres à l'égard de l'Etat avait été violée et, de ce fait, punie par le retrait de l'autorisation d'Etat.

3. Que le Synode des Ordinaires fasse accélérer une enquête légale, de manière à éprouver au nom de la loi la justification légale du retrait de l'autorisation d'Etat aux prêtres qui actuellement se trouvent mis à l'écart de la pastorale pour cette raison.

4. Dans chaque cas concret, il doit se réserver le droit de juger le prêtre sur le point de savoir s'il enseigne l'authentique et l'intégral enseignement de l'Eglise et il doit mettre activement en œuvre toutes les possibilités légales qui assurent sa protection. Surtout, il ne peut pas se laisser utiliser ou utiliser sa fonction pour des actes de droit, qui sont en opposition avec les normes générales de chaque loi.

«Je vous informe du fait que beaucoup de prêtres et de croyants analysent la situation et la qualifient de la même manière. Je vous informe également du fait que, dans le cas d'un retrait de l'autorisation d'Etat et de résiliation, je m'adresserai aux tribunaux compétents, de manière à ce qu'ils jugent de la légalité de l'action du fonctionnaire des Cultes et de l'Ordinaire. Je vous prie de me communiquer dans quel sens, dans quel délai et ce que vous entreprendrez en ce qui concerne la question posée. Pour ma part, je suis même décidé à retransmettre l'affaire aux autorités légales compétentes».

Vers la reprise des négociations

Alors que, témoignages originels à l'appui, nous achevons d'esquisser quelques aspects de cette REALITE de la vie de l'Eglise en Tchécoslovaquie aujourd'hui (1), nous apprenons par les agences de presse que «le gouvernement tchécoslovaque et le St Siège pourraient reprendre leurs négociations,-selon une rumeur qui circule au Vatican. Une délégation tchécoslovaque dirigée par M. Karel Hruza, directeur du Secrétariat pour les problèmes religieux, serait attendue à Rome», et l'on évoque la situation des «neufs diocèses vacants, dont celui de Prague».
(1) Il ne s’agit pas, en effet d’une synthèse.  Nous voulions vous révéler des tranches de vie, à la fois significatives et révélatrices.

Nous ne pouvons pas cacher notre inquiétude! Nous devons le dire très nettement: RIEN n'a été gagné, pour la VIE religieuse du peuple chrétien en Tchécoslovaquie, depuis un an et demi.

Au contraire, hic et nunc, la vie ne cesse de se détériorer, l'intégrité intérieure de l'Eglise se dégrade toujours plus, l'assujettissement se fait toujours plus contraignant. Les documents que nous avons cités ici en portent témoignage. Dès lors, que pourrait on consentir encore, qui fasse contrepoids à l'arraché de quelques nominations à des sièges épiscopaux, de toutes manières aliénés dans l'exercice de leurs devoirs et de leurs droits? Que pourrait-on gagner encore, à ce niveau, qui fut réellement une libération pour la vie religieuse en ce pays? Aucune illusion ne nous est permise. Aucun leurre ne saurait encore nous égarer.

En conscience et au nom des chrétiens véritablement persécutés en ce pays, nous devons avoir le courage de redire ce qui nous semble fondamental: L'EGLISE, C'EST LE PEUPLE DE DIEU. CE QUI IMPORTE, C'EST SA VIE QUOTIDIENNE, c'est la faculté pour elle de se nourrir, de s'approfondir, de se diffuser, de s'épanouir en communauté, de se manifester librement. En de telles tractations, nous n'avons plus le droit d'attacher notre espoir à quelque leurre que LES FAITS ONT DEMENTI CHAQUE JOUR. Nous n'avons plus le droit de fournir nous-mêmes les outils qui serviront à asservir mieux encore le peuple chrétien, ou à l'égarer dans l'amertume de la solitude. Une seule chose doit nous servir de point de repère et de test de cette bonne volonté, à laquelle nous avions essayé de croire: C'EST LA REALITE DES FAITS. Or, à ce niveau, les analyses sont suffisamment signifiantes et concordantes, par quelque point de vue qu'on les poursuive: IL EXISTE UNE VOLONTE AFFIRMEE ET MISE EFFICACEMENT EN OEUVRE D'ANEANTIR LA VIE DE FOI EN CE PAYS ET, FAUTE DE POUVOIR A CE JOUR LIQUIDER BRUTALEMENT L'EGLISE, IL EST DECIDE D'EN POURSUIVRE SYSTEMATIQUEMENT L'INFEODATION A LA POLITIQUE DU POUVOIR, ET CE PLAN EST EN VOIE DE REALISATION.

En outre, dans le rapport de force d'un «dialogue», l'Eglise ne dispose ici d'aucun levier, comme ce pourrait être le fait en d'autres pays, ou en d'autres circonstances.

C'est donc CETTE REALITE, ELLE SEULE qui doit être prise en considération comme base des analyses et comme mesure de nos espoirs du moment. C'est elle seule qui doit constituer aussi notre «matériau de travail», au cours de ces discussions. L'Eglise n'a plus rien à perdre, en ce pays. La seule chose qu'elle pourrait encore sauver C'EST CE QUE NOUS EXIGERONS, AU NOM DES DROITS DE L'HOMME, ET SUR BASE DE LA REALITE, POUR LA LIBERATION DE LA FRACTION DE CE PEUPLE QUI VEUT VIVRE SA FOI. Nous n'avons plus rien d'autre à demander, comme aussi bien, nous n'avons plus rien d'autre à consentir! Œuvrant ainsi, nous pouvons aussi espérer donner appui indirect aux aspirations de chaque homme, en ce pays, qui veut se voir restauré dans la plénitude de ses droits humains.

Très concrètement, en ce qui concerne la vie de l'Eglise, nous sommes en droit de penser -et les faits sont là pour le prouver- que ce dont il s'agit avant tout, ce n'est pas la nomination de nouveaux évêques aux sièges vacants. Ce qu'il faut requérir, ce n'est pas cela même que les plénipotentiaires du gouvernement entendent bien obtenir. Ce qu'il faut exiger, au nom des droits de l'Eglise, au nom de ces droits que fonde la Constitution du pays, au nom des droits de l'homme souscrits et proclamés, c'est une AMELIORATION CONCRETE DE LA VIE des chrétiens et des communautés chrétiennes. Ne risquons pas, faute de lucidité, faute d'avoir eu le courage de renoncer à nos propres espoirs illusoires, de porter nous aussi le poids de cette accusation que nous venons d'entendre de la part d'un porte-parole de l'Eglise en ce peuple: Les responsables SE TAISENT et NE FONT PAS USAGE DE CE DROIT QUE LEUR C0NFERE LA CONSTITUTION EN CE PAYS!

Nous le savons: toute diplomatie est œuvre de concessions réciproques et de longue patience. Mais nous connaissons ici également les pièges et les risques ,et nous avons à ce jour dépassé certains seuils. Nos yeux sont décillés, face à la réalité. Seul le témoignage de LA VIE DES CHRETIENS pourrait encore avoir, pour nous, quelque valeur probante. Tout le reste est illusion ... et risque!

Que l’Esprit nous soit en aide !

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