Bulletin décembre 1973

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Quelques nouvelles de Slovaquie

90 séminaristes, à Bratislava, devaient achever leurs études de théologie à la fin de cette année académique. Ils étaient ainsi prêts à recevoir l'ordination au cours de l'été prochain.

Le 1er octobre de cette année, 41 d'entre eux furent soudainement rappelés pour effectuer leur service militaire. Cette mesure survint d'une manière très inattendue, aussi bien pour les autorités religieuses, que pour les responsables de l'armée eux-mêmes. En fait, en Slovaquie les étudiants des écoles supérieures peuvent bénéficier d'un sursis militaire pendant la durée de leurs études. Jusqu'à présent, les séminaristes, étudiants en théologie, avaient été assimilés à ces sursitaires.

Le fait que la durée des obligations militaires est de deux ans, en Slovaquie, contribue donc à créer une longue césure dans les études de ces Jeunes gens. Et d’ici là ... !

L'inquiétude est d'autant plus justifiée à leur égard que l'on observe, au séminaire un retour aux méthodes les plus rigides en ce qui concerne l'accueil aux candidats au sacerdoce.

Cette année, 80 candidats s'étaient présentés en Slovaquie pour entreprendre des études au séminaire. Finalement et sur l'injonction directe des autorités civiles, 20 Jeunes gens seulement ont été admis à la Faculté de théologie au séminaire de Bratislava. C est en fait le retour a la situation qui prévalait pendant la période stalinienne et l'ère Novotny.

La situation n'est pas plus favorable, en ce qui concerne les 80 jeunes prêtres slovaques, ordonnés au début de l'été.

Nombre de paroisses, en Slovaquie, demeurent actuellement sans prêtres. On avait espéré que les jeunes prêtres pourraient prendre la relève. Or, une contestation avait eu lieu entre les autorités civiles et religieuses, au moment de l'ordination de ces jeunes gens. Nombre d entre eux, qui avaient été longtemps refusés à l'entrée au séminaire, pendant la période Novotny, avaient alors poursuivi et achevé des études profanes, tout en gardant l'espoir de parvenir un jour jusqu'au sacerdoce. La libéralisation du régime, dès les années 1967, avait permis finalement leur admission au séminaire. L'année 1973 était pour eux le couronnement de leur espoir réalisé. Mais entretemps, comme un fruit. de la «normalisation» intervenue, une ordonnance refusait désormais l'entrée au séminaire et faculté de théologie, aux jeunes gens qui avaient déjà terminé des études profanes. C'est en se fondant a posteriori sur cette ordonnance, que les autorités civiles avaient voulu dénier à des séminaristes le droit d'être ordonnés, en 1973. L'intervention des autorités religieuses avait finalement gagné leur cause.

Mais, depuis lors, la majeure partie de ces jeunes prêtres demeurent sans fonction. On sait que leur travail pastoral est directement dépendant d'une autorisation personnelle de l'Office des Cultes, organe du pouvoir civil. A ce jour, ces nouveaux ordonnés de l'été n'ont pas reçu cette autorisation indispensable et ont été même avisés d'avoir à se tenir à l'écart de toute activité pastorale quelconque jusque, et y compris, la célébration publique de la Ste Messe. Seule, et à titre exceptionnel, la célébration solennelle de leurs prémices fut autorisée.

Quant aux jeunes prêtres qui ont reçu l'autorisation du Ministère du Culte d'exercer une fonction pastorale, ils ont été avertis d'avoir à s'en tenir strictement à la conception officielle de ce service. Ainsi, il leur est interdit de s'occuper des enfants de chœur (ce fut, parfois, la voie de rencontre avec la jeunesse, tenue à l'écart des prêtres!); ils ne peuvent former aucun groupement de jeunesse, ne peuvent exercer aucune activité en faveur de l'éveil ou de l'éducation des vocations sacerdotales. Comme enseignants religieux à l'école, ils ne sont pas autorisés à faire usage d'autres documents que du seul catéchisme officiel. Aucun autre ouvrage, aucun moyen moderne audio-visuel ne peut être utilisé.

En 1950, Mgr Jan Vojtassak, évêque de Spis était condamné à 30 ans de prison. Il décédait en 1965, alors qu'il était encore retenu en résidence surveillée, en Bohême.

En 1968, le Vatican obtenait la possibilité de nommer à la tête du diocèse slovaque de Spis un «Ordinaire intérimaire, avec les droits d'un Vicaire capitulaire». Il s'agissait du chanoine Jozef LIGOS.

Le 25 septembre de cette année, l'Ordinaire de Spis est brusquement décédé. Il était âgé de 60 ans. Jusqu'à la fin, il semble que les autorités civiles se soient opposées à sa reconnaissance comme évêque du diocèse. Peu avant sa mort. Jozef LIGOS avait encore encouru une «mis en garde» sévère, pour la «diffusion illégale d'une lettre pastorale et la diffusion d'une activité illégale».

Les autorités civiles de Bratislava (et il semble que la mesure soit prise également en Bohême) sont décidées à liquider progressivement ce qui demeure des communautés religieuses féminines, qui avaient repris un essor au moment du «Printemps de Prague».

Il est notamment prévu que les religieuses âgées de moins de 40 ans seront contraintes de quitter leur communauté et de rechercher un travail profane. Par ailleurs, les religieuses seront écartées, non seulement de toutes formes d'activité pastorale, mais encore de toutes les fonctions, de tous les services sociaux qui leur avaient été confiés. On sait que ces religieuses sont notamment attachées au service de personnes incurables, malades mentaux, homes de vieillards, etc. Cet humble service, dépourvu souvent de possibilité directe d'éducation, avait néanmoins un rayonnement silencieux. Au «Printemps». Ce témoignage de dévouement aux plus délaissés de la société avait été publiquement reconnu et valorisé, même par des personnalités ou la presse officielle. Sans doute faut-il trouver là l'acharnement qui poursuit aujourd'hui ces femmes, jusqu'au cœur même de ces tâches les plus ingrates, alors que rien ne dit qu'on trouverait même à les y remplacer.

Les graves pressions exercées sur les parents, n'ont pas manqué de porter leurs fruits : les inscriptions des jeunes à l'enseignement religieux scolaire ont été fort réduites, particulièrement dans les villes. Les autorités sont très vigilantes à ce sujet. Les responsables des écoles doivent leur communiquer, non seulement le nombre d'inscriptions aux cours d'enseignement religieux, mais encore les noms des parents, leurs fonctions, les caractéristiques spécifiques de leur situation.

Des visiteurs étrangers au pays, et bien intentionnés à l'égard de parents ou d'amis, ont été discrètement avertis par ceux-ci d'avoir à se méfier: tous leurs faits et gestes étaient enregistrés, et leur bagages déposés à l'hôtel étaient fouillés en leur absence. Des personnes qui avaient reçu la visite avaient été, par la suite, gravement mises en question.

Un questionnaire

Enquête sur la maturité quant à la conception du monde des étudiants de l'école moyenne économique de Bratislava dans l'année 1972-1973.

Lisez attentivement les questions suivantes, et soulignez les réponses que, selon votre opinion, vous considérerez comme

1.     La science démontre que tout est matériel, que la matière est éternelle, que l'univers est éternel et ne périra jamais. La science démontre que l'univers n'est pas l'œuvre de la « création» ou de la volonté d'une puissance surnaturelle. Comprends-tu cette réalité et es-tu convaincu de cette conviction?

a) oui
b) non
c) je ne peux pas répondre avec certitude

2.     Crois-tu qu'une intelligence surnaturelle, toute-puissante doit conduire tout ce qui est sur cette terre?

a) oui
b) non
c) je ne peux pas répondre avec certitude

3.     Es-tu convaincu que la vie spirituelle de l'homme a un caractère matériel, qu'elle est régie par des règles précises, et qu'après la mort tout cela disparaît?

a) oui
b) non
c) je ne peux pas répondre avec certitude

4.     Es-tu convaincu que les hommes - grâce à la science et par un travail permanent, - peuvent connaître et dominer les lois du développement de la société, (ou bien tout cela tient-il à quelques forces indépendantes (bonheur, bien-être, injustice, guerre, faim, etc.).

a) oui, la tragédie de l'homme repose entre ses mains
b) non, cela dépend de la volonté d'une force surnaturelle
c) je ne sais pas répondre avec certitude.
d) je n'ai pas d'opinion à ce sujet

5.    As-tu fréquenté un enseignement religieux?

a) oui - régulièrement? (depuis quelle classe?)

6.    Dans une situation difficile de ta vie (avant un examen, quand tu es malade, etc.), sens-tu le besoin de prier et de t'adresser à Dieu pour demander de l'aide, ou à une quelconque autre force surnaturelle?

a) oui, régulièrement
b) par habitude ?
c) non

7.    Le fais-tu

a) du fait d'un besoin intérieur?
b) par habitude?
c) par conviction que cela aide?
d) par crainte?
e) par calcul?
f) pour d'autres raisons? Lesquelles?

8.    Participes-tu à des cérémonies religieuses?

a) oui, régulièrement
b) oui, de temps en temps
c) non, jamais

9.    Si tu fréquentes des cérémonies religieuses, le fais-tu

a) par conviction personnelle?
b) pour obéir à la volonté de tes parents?
c) pour te rendre à la volonté d'amis ou de connaissances?
d) tiens-tu cette fréquentation pour un événement social?
e) par habitude, sans conviction intérieure profonde?
f) pour d'autres raisons? Lesquelles?

10. Estimes-tu que les gens qui se laissent conduire conséquemment selon les lois fondamentales du communisme sont moins moraux que les gens qui ont une conviction religieuse?

a) oui
b) non
c) je ne sais pas

11. Selon ton opinion, qu'est-ce qui conduit les gens aux sentiments religieux?

a) une conviction
b) l'amour envers les parents/la mère, qui seraient malheureux de voir leurs enfants perdre la foi
c) une relation profonde sentimentale à des événements, comme par ex. la confession, la communion, Noël. etc ...
d) la crainte de l'enfer après la mort
e) la conscience
f) le besoin de vivre selon ses propres sentiments
g) d'autres raisons, lesquelles?

12. Est-ce que tu t'efforces souvent de convaincre tes compagnons d'études ou d'autres personnes de la vérité de la conception scientifique du monde, et d'abandonner leurs représentations religieuses?

a) oui
b) non
c) je ne suis pas sûr que je l'ai déjà fait

13. As-tu déjà réfléchi à ces questions de la conception du monde ou à ces questions religieuses, t'efforces-tu de résoudre tes problèmes en ce qui concerne la conception du monde?

a) oui
b) non
c) j'ai déjà réglé ces problèmes
d) cela ne m'intéresse pas spécialement

14. T'inscrirais-tu volontiers à une brigade dans tes temps libres personnels, ou à un autre travail utile, si tu avais l'occasion d'employer ce temps à des choses beaucoup plus agréables : excursion, voyage, conversation, sport, etc.

a) oui
b) non
c) peut-être, selon les circonstances
d) je ne sais pas.

d'Allemagne orientale

En l'an 1773 la cathédrale St Hedwig de Berlin était consacrée. Aujourd'hui encartée dans la fraction de l'Allemagne orientale, cette cathédrale avait tenu à célébrer son jubilé le 10 mai dernier, par un grand pèlerinage d'enfants. Ces enfants de tous les doyennés orientaux du diocèse de Berlin avaient convergé vers cette église, but final d'un pèlerinage de trois jours.

Le Cardinal BENGSCH et son évêque auxiliaire les y attendaient, avec un hôte, venu de loin, lui aussi, à leur rencontre: c’était le Cardinal Kominek, du diocèse polonais de Wroclaw, l’ancien Breslau.

Quatre mille enfants environ, de la première à la septième année scolaire étaient rassemblés là, et le désir des organisateurs était bien de mettre ces tout jeunes enfants en contact avec l'Eglise Universelle. Venus de leur diaspora, ces petits découvraient soudain qu'ils étaient très nombreux, à partager la même foi, que cette foi était partagée aussi par d'autres frères chrétiens plus lointains. S'adressant à eux en langue allemande le Cardinal polonais trouvait les mots du cœur, et des enfants dont les parents avaient autrefois résidé en Silésie polonaise, lui répondaient en polonais. C'était une expérience presque «œcuménique» à vivre, témoin d'un lien dans la foi qui avait réussi à transcender tant de douloureuses frontières.

Dans ce rassemblement, qui devait leur paraître sans horizon, les enfants découvraient, comme l'écrivait le journal catholique de Berlin-Est «Petrusblatt», qu'ils ne sont pas seuls, qu'ils ont des frères et sœurs en grand nombre, et qu'il y a un évêque qui conduit l'Eglise en ce coin de terre et qui rend visible leur unité.

Les enfants avaient été invités à exprimer sous forme visuelle (dessins montages, etc.) ce que pouvait signifier pour eux : «Notre Eglise, celle que nous aimons».

Parmi les quelques 900 œuvres personnelles ou collectives qui étaient offertes aux yeux du public dans la cathédrale, il était peut-être significatif de découvrir la représentation d'un homme, entouré de soldats armés, les bras levés dans le style d'un supplicié. La légende manuscrite, écrite de main d'enfants, précisait qu'il s'agissait là de la représentation du martyre volontaire du Père Maximilien Kolbe au camp d'Auschwitz. (On sait qu'il s'agit d'un prêtre polonais qui, au camp de la mort, pris la place d'un condamné à mort).

Autrefois, la guide polonaise communiste du camp d'Auschwitz, en Pologne, qui drainait à travers ce camp les groupes de visiteurs muets, négligeait de relever le fait, en passant devant la cellule où son compatriote mourut d'épuisement, au milieu de ses compagnons condamnés comme lui à la lente agonie de la faim. Mais des cœurs de petits enfants allemands effacent un peu d'horreur en se remettant à aimer ...

de Hongrie

Extrait de lettre:

«C'est difficile de résumer des impressions ... Il faut aussi voir et connaître l'arrière-fond des phénomènes, des événements qui peuvent apparaître plus ou moins «rosés», pour pouvoir comprendre! Je suis plus pessimiste qu'autrefois. Le contrôle et la pression -plus ou moins accentués- sont partout. Dans la vie de l'Eglise (jeunesse, nominations et dépositions de prêtres, vie de la presse, etc.) ... Tout le monde a peur de tout le monde, car il y a des espions. Il y a actuellement un fossé entre le clergé et les évêques. Souvent, on entend dire qu'ils ne font rien, qu'ils cherchent leur propre intérêt (ambition, argent), qu'ils n'osent pas prendre des initiatives. Les meilleurs prêtres agissent selon leur propre initiative. Il y en a -des jeunes, par exemple- qui sont très actifs. Dans les villages et les villes (d'une façon différente, selon les régions) ces bons prêtres font un beau travail: renouveau liturgique, homélies bien préparées, instructions religieuses dans l'église, contacts (discrets) avec les gens. C’est vrai, la majorité des pratiquants sont des femmes âgées, sauf à Budapest, où le contrôle est plus difficile. Il y a une autre fraction des prêtres qui ne fait pas grand chose en disant : «on ne peut rien faire!» (ce sont plutôt des prêtres âgés, qui rêvent encore d'une «restauration»); d'autres, collaborateurs du régime (non pas tous les «prêtres de la Paix»!) ne cherchent que leur propre intérêt. Beaucoup des religieux-prêtres qui furent autrefois exclus par les autorités civiles peuvent à nouveau exercer quelques fonctions (confesser, célébrer la messe en public, parfois même). Les évêques les demandent, car il manque toujours plus de prêtres. Mais il est toujours interdit d'accueillir des novices...

Le peuple vit assez bien; le niveau de vie est toujours plus élevé. On y décèle les signes de la société de consommation (il y a de plus en plus de voitures). On vit d'un jour à l'autre sans grandes perspectives. Immoralités, suicides, divorces, avortements... la Hongrie tient la première place! ... Il y a cependant des jeunes et des adultes qui cherchent la vérité, qui essaient de -non pas survivre- mais de vivre en authentiques chrétiens dans la situation donnée. En somme: il n'y a pas plus de raisons de désespérer en Hongrie qu'en Occident!».

noël dans l'année de la justice (1973-197 4)

Sur certains murs de nos villes se déploie une affiche qui porte à la réflexion. Evoquant Noël, elle proclame : «Pas de fêtes sans justice». C'est juste!

En cette année de la justice, il importe d'être accessible à TOUTES les violations qui touchent l'homme, en quelque pays, en quelque situation que ce soit. Il serait indigne d'élire «ses propres victimes», pour s'en servir en quelque manière. Nous avons dit ici, souvent, que si notre tâche spécifique est de reconstruire l'homme et le croyant en des démocraties populaires qui le blessent en ses forces vives, nous sommes tout aussi inquiets et attentifs à toutes autres victimes, en d'autres régimes, qui pratiquent une politique ou des mœurs indignes d'êtres humains.

C'est dans cet esprit que nous reproduisons ici, pour inviter nos Amis à les méditer en ces temps proches de Noël, deux interpellations relatives à ces droits de l'homme.

Mgr Casaroli, président d'une délégation du St Siège à la Conférence d'Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe, appelle en faveur du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au cours de la séance plénière du 6 juillet 1973:

«Aussi le St Siège n'attache-t-il pas moins d'importance, même en matière de sauvegarde de la sécurité et de la bonne entente entre les peuples, à la reconnaissance et à l'engagement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales par tous les Etats participant à la Conférence (et personne ne s'étonnera si je souligne en particulier, ici, la liberté de religion, dans le sens le plus précis et de plus complet du terme, pour tous les croyants) afin qu'il y ait, même dans la diversité des systèmes, cette profonde base commune. Le fait d'une telle reconnaissance serait doublement bénéfique. D'une part, elle conjurerait le danger que la méconnaissance pratique de ces droits fondamentaux n'entraîne, tôt ou tard, dans quelque partie d'Europe, de graves troubles intérieurs capables, en dépit du principe de non-intervention, d'ébranler également la tranquillité d'autres pays et l'équilibre général, elle permettrait, d'autre part, d'instaurer une coexistence et une collaboration meilleures et plus confiantes, sur la base d'un accord, qui ne serait pas purement théorique, en ce qui concerne la réalité profonde de l'homme -ainsi que l'héritage spirituel et culturel européen- malgré les différences des systèmes politiques, économiques ou sociaux.

Le Cardinal Marty, archevêque de Paris, évoquant la mémoire du Cardinal Hossu, évêque de Cluj-Gherla en Roumanie, décédé le 28 mai 1970, après avoir connu 22 années d'emprisonnement, élargit le droit à la liberté de conscience au droit de tout homme de rester libre face à la force:

«La liberté de conscience, le désir de trouver Dieu, le devoir de le célébrer, l'exigence d'évangéliser sont un bien sacré, inaliénable. Nul n'a le droit d'en être privé.

Aucun homme ne peut être arrêté, enfermé dans des geôles, retenu dans des asiles psychiatriques, réduit au silence à cause de ses convictions religieuses, comme aucun ne peut être privé de sa liberté et jugé comme un malfaiteur pour la seule raison qu'il exprime des idées contraires à ceux qui détiennent la force.

Or, malgré la déclaration des Nations-Unies, malgré les constitutions et les chartes, aujourd'hui encore l'impérieuse obligation s'impose aux prophètes de se lever et d'en appeler à l'opinion publique. Ils risquent leur bien être et leur tranquillité, parfois leur liberté, leur vie même, en criant à la face de notre monde, l'oppression qui les étouffe, eux et leurs compagnons.

Les peuples de la terre doivent être troublés en leur âme et leur cœur à de tels appels ...».

 

Des prophètes se sont levés et nous interpellent:

Guennadi Mikhaïlovitch Chimanov fut interné en un asile psychiatrique (« la Maison rouge»).  Son attitude religieuse («sa propagande religieuse») l'a mené là.

Un jour au cours de l'un de ces entretiens «orientés» avec l'un des experts médicaux, on en viendra bien au nœud de la question, celle qui a «justifié» sa collocation : le «malade» a convenu qu'il accueille volontiers des amis et connaissances et que l'on en vient parfois à parler de la foi orthodoxe, que lui-même a retrouvée. Dès lors, il a fourni l'argument: «Nous en venons à l'essentiel... Voyez-vous, ce que vous faites, cela s'appelle de l'agitation religieuse. Bien sûr, la liberté de conscience et la liberté de satisfaire ses besoins religieux existent chez nous ..., mais pas la liberté de faire de l'agitation en faveur de la religion. La loi interdit de telles activités». Le «malade», étrangement lucide et logique, se défend. Il tente de prouver, il en est la preuve, que l'interprétation de cette expression «agitation religieuse» se prête à une utilisation qui en vient à nier justement la liberté de conscience, définie par la constitution. «On peut même interpréter la seule existence de la foi chez quelqu'un comme de l'agitation religieuse» ... «Si l'on interdisait chez nous l'agitation religieuse dans ce sens large, on en viendrait inévitablement à fouler aux pieds le principe de la liberté de conscience, ce qui serait parfaitement inadmissible pour un gouvernement socialiste». Irréductible, le «malade» est amicalement mis en garde par l'expert médical, qui évoque devant lui l'hypothèse d'un «traitement» sans fin, pour extirper de lui ce «danger qu'il représente pour la société»...

Menaces épuisantes alternent avec des promesses précises de libération. Finalement, Chimanov ressortira de cet enfer. Lui-même témoignera du fait qu'il y a appris une chose fondamentale: en quelque circonstance que ce soit, et même jusque dans la folie inoculée lentement à un «malade», la volonté de Dieu préserve intacte la liberté de l'homme»!

Quel usage faisons-nous de notre liberté? -quel respect manifestons-nous, en actes, pour celle des autres?

et ils nous interpellent ... «maintenant, j'attends un signe»

« Maintenant me voici ici,
où je peux faire connaître le message qu'on m'a confié...
je le lance maintenant à qui voudra le saisir
et j'attends un signe,
j'attends ce signe chaque jour,
à chaque heure.
Peut-être est-on en train de me le transmettre;
au moment où j'écris,
le porteur du signe passe peut-être le coin,
il monte peut-être l'escalier.
Jusqu'à ce qu'il arrive,
je serai dans le vide.
Mais après, ce sera comme chez nous, là-bas:
l'abîme se révélera foisonnant,
plein, dense ...
J'ai porté le message, en payant bien cher ce droit,
choisi pour être le portefaix des saints.
J'ai fait une besogne,
maintenant, j'attends le signe,
Vous qui en attendez un aussi,
ne soyez plus tristes,
consolez-vous :
On peut aimer.
C'est ce que l'on m'a fait savoir et que je vous transmets ».

Peter Dimitriu
«Incognito»
Ed. le Seuil, 1962

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