Bulletin mars 1972

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Immergés dans les témoignages et les documents révélant les situations à l'Est, nous sommes profondément inquiets. Depuis quelques temps, une vaste) campagne de réalignement idéologique a été entreprise, visant à cristalliser toutes les forces disponibles autour du «Grand Frère». Dans cette vaste action, les relations Église-État sont également concernées, évidemment. Ce que l'on ne peut réduire, on devrait pouvoir l'utiliser. Et l'on voit, clairement, hic et nunc, se développer l'emprise. L'Église, le peuple croyant n'est pas seul à en souffrir. Le «réalignement» touche tous les secteurs: politique, économique, culturel. Les croyants ne sont donc pas les seuls citoyens menacés. A l'autre extrême, les marxistes «révisionnistes» le sont tout autant. A l'autre extrême? Peut-être, là-bas, ceux qui sont soucieux des valeurs humaines, de l'intégrité de la personne se découvrent-ils plus proches d'avoir connu la même épreuve?

Amis de l'Entraide, c'est encore de l'Église en Tchécoslovaquie que nous allons vous parler aujourd'hui. On y trouve en effet l'exercice conjoint des deux tactiques: la réduction et l'utilisation. Celle-ci est si flagrante, qu'elle nous livre elle-même les témoignages qui l'accablent. Il suffit de lire la presse «catholique» -aussi bien des pays tchèques que de la Slovaquie- pour être éclairés, jusqu’à saturation. C'est au milieu de tels documents que nous préparons cette Lettre. La saturation provoque en nous lassitude et dégoût. L'équivoque, l'ambiguïté complice, le mensonge, l'hypocrisie, tel est le climat qui baigne ces écrits. Pardonnez-nous, Amis de l'Entraide, de vous apporter tant de choses négatives dans cette Lettre! Que pouvons-nous contre la vérité? Rappelez-vous, nous avons dressé les antennes aussi vite qu'une première lueur d'espoir s'était esquissée en ce pays. Avec nos frères alors, nous avons voulu réagir positivement, nous vous avons partagé l'espoir, nous avons voulu regarder devant nous. Que pouvons-nous aujourd'hui contre la vérité des faits? Peu à peu, tout redevient comme autrefois, briser, manipuler et assujettir.

Peut-être, pour vous permettre de pénétrer cette atmosphère, la meilleure solution est-elle de vous produire ces documents et témoignages, presque à l'état brut, sans trop de commentaires? Certes, il en est qui demandent explications, mais nous voudrions leur laisser leur caractère révélateur. Ils existent, et cela suffit. Ils sont plus parlants que ne le sont nos propres dires. Voyez donc. Mais pourtant, soyez attentifs à lire «au-delà». Exprès nous vous mettons ici sous les yeux des protestations d'idéal élevé et de dévouement qui peuvent vraiment donner le change. Car telle est justement l'ambiguïté des choses. Qui oserait mettre en question le dévouement à l'esprit de Lumen Gentium, à celui de Jean XXIII, à celui de «Pacem in terris»? Sachez, Amis, que ceux qui signent de tels documents s'accommodent parfaitement d'une Église aliénée, dont ils sont les supports, et d'une société où sont foulés aux pieds les droits de l'homme.

L'«Association des prêtres catholiques de la République socialiste de Tchécoslovaquie 'Pacem in Terris'» telle un sphinx, a jailli des cendres du MHKD (l'ancien Mouvement de paix du Clergé catholique de CSSR). L'Église catholique est retombée entre les mains du Parti, et, téléguidées, des marionnettes (parfois des victimes!) jouent la comédie sinistre.

En même temps, toute vie pastorale est peu à peu rognée et finalement liquidée. Lorsque les «chanoines» Benes ou Mara exaltent la joie de l'Église catholique à contribuer à «la paix, la paix! le maintien de la paix, la lutte pour la paix» ou bien à soutenir cette société où, «depuis le moment où le peuple prit en mains le pouvoir, a commencé à se réaliser la justice sociale et l'égalité pour tous les hommes sans humilier la dignité humaine», nous voudrions seulement les renvoyer à la vérité des faits!

Récemment, un ami rapportait une vision qui restait gravée au fond de ses yeux: au centre de la place, la grande statue de Jean Huss. Tout autour, des bancs de bois en carré. Dans un timide soleil, serrés sur ces bancs, blottis, épaules contre épaules, des hommes, des femmes... Pas un mot. Le regard fixe, droit devant eux, dans le vide. La peur.
Sommes-nous en 1950?

Dans ce contexte, l'Église, brimée comme tous. Aliénée, comme tous. Réduite au silence, comme tous. Ou pire: contrainte à parler ...

Amis de I’Entraide, la Tchécoslovaquie nous dévoile un moment de tension extrême, de crise. Mais ailleurs, les problèmes sont marqués des mêmes accents, sans être si aigus. Isoler, pour asphyxier et affaiblir; réduire, pour limiter et amoindrir; utiliser pour s'assujettir, compromettre et diviser ...

 

en guise de toile de fond

Le document date de juillet 1971. Il fait partie d'une série de brochures, destinées «à la formation des membres du Parti en CSSR». Ce cahier de «l'actualité politique», 5, est publié à Bratislava. (Année III-XV).
Il contient deux articles: le premier, non signé, est intitulé «Le catholicisme international et les efforts de la contre révolution du monde impérialiste». Le second, signé du Doc. Phdr. Frantisek Kubovic, Csc, prétend analyser «La politique du catholicisme international et la CSSR dans les années 1968-1969».
La période couvre donc ce que l'on a appelé «le Printemps de Prague». Il n'est pas inutile de se souvenir: la vague d'intérêt qui soulève les masses, qui reprennent goût à la chose publique. L'espoir qui renaît d'un «socialisme à visage humain». La réhabilitation des victimes de la politique des années antérieures. La restitution de l'Église à l'Église, la justice qu'elle se reprend à espérer pour les citoyens croyants. La main qu'elle tend pour participer avec tous à la construction nouvelle. La naissance du DKO: l'œuvre de rénovation conciliaire, comme une prise en charge coresponsable -hiérarchie, clergé et laïcat- de la pastorale et de la mission à assumer. Et puis encore: les gens qui parlent, qui se regardent dans les yeux, qui sourient. Quelque chose se restaure dans la personne, qui redevient capable de confiance et d'espoir. 1968-1969... jusqu'à l'automne, qui confine à l'hiver.
Du second article de la revue, nous extrayons des passages.
Les voici:
«En CSSR, le catholicisme international commença à agir de différentes manières et par diverses voies et, formé par l'expérience des échecs qu'a connu son activité dans les pays socialistes, il va prudemment. Il n'attaque pas directement les problèmes et les centres d'intérêt de notre société mais il les met toujours plus en question. C'est pourquoi il a intégré à son appareil de propagande également la terminologie marxiste et il attaque les fondements du marxisme-léninisme, en étroite coordination avec les forces au pouvoir de l'impérialisme mondial. En CSSR, il a gagné la confiance de philosophes, de sociologues et de politiciens par la théorie de la convergence (Teilhard de Chardin-, son œuvre et ses idées furent largement répandues) que l'on propagea intensivement dans le «dialogue» entre le marxisme et le catholicisme. Le haut fonctionnaire du catholicisme, auquel le pape confia la direction, l'organisation et la coordination de la lutte idéologique contre l'athéisme dans les pays socialistes, était le cardinal Koenig; le plus haut dignitaire de l'Église catholique romaine en Autriche, l'un des «arrangeurs»
(1) idéologues de la contre révolution hongroise. Les représentants du catholicisme organisèrent de grandes conférences et symposiums, qu'ils employèrent au maximum pour accentuer la pression politique et qu'ils réussirent à organiser une fois également en CSSR.
(1) «aranzerov», dans le texte. Difficilement traduisible.

« Beaucoup de théoriciens marxistes comme R. Garaudy, chez nous Hranicka, V. Gardavsky, M. Machovec et autres (2), ont succombé à de nombreuses illusions convergentes.
(2) V. Gardavsky: philosophe marxiste connu. Voir plus loin un extrait d'article de sa plume. M. Machovec, philosophe, professeur à l'Université Charles à l'époque, à Prague. Ouvert au dialogue.

« Dans la sphère politique et le catholicisme fut professé un socialisme «au visage humain», un processus de «renouveau». De diverses conférences, « aktivi» (3) et d'autres réunions du clergé catholique et de fidèles, furent envoyés à Dubcek des messages de salutations et des télégrammes. Par exemple, l'évêque A. Lazik, (4) l'un des premiers, avait envoyé en juin 1968 à Dubcek un télégramme dans lequel il l'assurait du soutien du catholicisme, si le processus entamé poursuivait sa voie. (...) Beaucoup de théoriciens marxistes espéraient que dans le dialogue une évaluation critique et sérieuse de la part du catholicisme serait faite des erreurs tragiques et des fautes du passé, ils pensaient que le catholicisme serait devenu plus humain, démocratique et moderne dans ces conditions nouvelles, qu'il voulait sincèrement trouver le chemin de la coexistence, de compréhension et de collaboration durable avec la réalité socialiste de chez nous et du monde. Dans l'encyclique Ecclesiam suam de Paul VI, il est écrit: «L'Église doit arriver à un dialogue avec le monde dans lequel elle doit vivre». Aussi ce fut une déception pour quelques politiciens quand ils ont vu que c'était une erreur fondamentale et que le catholicisme avait repris (il est vrai, partiellement théoriquement et méthodologiquement adaptée) la lutte idéologique antisocialiste et anticommuniste, les buts de politique du pouvoir, déjà connus dans les années 1945-1948 et 1949-1951. Au lieu de chercher la mutuelle compréhension, de trouver sa place dans la société socialiste (5), au lieu d'apprécier ses attitudes négatives antihumaines, antisocialistes du passé, ils ont attaqué les lois socialistes, les institutions, l'idéologie et la politique. (...)
(3) Terminologie spécifique: cercles de discussion de propagande, dans le Parti. Appliquée ici à l'Église.
(4) Évêque de Trnava, en Slovaquie. Décédé depuis. Mgr Necsey, évêque de Nitra, en Slovaquie également, écrivait à l'époque: «nous croyons que c est notre, devoir de proclamer qu'à tout ce qui se crée aujourd'hui, chez nous, de bien, de noble et d'humain, nous tendons la main».
(5) «Chercher la mutuelle compréhension et trouver sa place dans la société socialiste» :
Novembre 1970, le Secrétariat pour les affaires ecclésiastiques écrit à divers curés en Bohême et Moravie:
«Des centres étrangers de diverses organisations ecclésiastiques, leurs représentants et des personnes particulières offrent aux Églises en CSSR, et éventuellement à leurs fonctionnaires, des dons financiers ou en nature ou des formes de soutien. Souvent, le don financier est adressé directement.
Selon l'ordonnance légale toujours en vigueur, paragraphe 27 de l'ordonnance gouvernementale 219-223.- 49 (1949!) le destinataire de tout cadeau venant de l'étranger doit disposer d'une autorisation de l'organe en cause de l'administration de l'État. Pour obtenir cette autorisation il est nécessaire d'introduire préalablement une requête auprès du Secrétariat pour les Affaires ecclésiastiques, c'est-à-dire, avant que l'on commence les tractations courantes pour tout don venant de l'étranger».

« Les représentants du catholicisme chez nous ont été encouragés par le succès du catholicisme polonais en 1956 (6), qui a réussi à conquérir un espace politique assez grand à l'aide d'une politique négative et non par une politique de coexistence avec l'État socialiste. Et c'est pourquoi, leurs requêtes ont été une attaque contre notre système socialiste, dans le but de reconquérir les positions perdues. Ils ont demandé la réhabilitation de toute l'Église romaine catholique et leur activité dans la lutte contre l'édification du socialisme (7) et contre la justice sociale, contre l'industrialisation de la Slovaquie, contre la collectivisation, contre la politique scolaire et culturelle du Parti communiste slovaque fut proclamée lutte héroïque pour la vérité de l'église, En ce qui concerne l'activité du catholicisme dans le passé, ils ont finalement défendu A. HLiNKA, J. VOJTASSAK, J. TISSO et également l'État slovaque (8). Ils ont demandé la pleine réhabilitation, le dédommagement et des postes dirigeants dans l'avant-garde du catholicisme politique (9).
6) Il s'agit de l’ «Octobre polonais» qui n'a pas eu besoin certes de l'Église pour exploser, tant il était soulèvement spontané. Faudrait-il rappeler le soulèvement ouvrier, sanglant, de décembre 1970?
(7) Toute l'ambiguïté tourne autour du terme. Il ne s'agit pas de «socialisme»: «Le Parti communiste qui, après la guerre, possédait la confiance du peuple, a graduellement troqué cette confiance pour des places, jusqu'à ce qu’il ait toutes les places et rien d'autre» -Manifeste des 2000 mots signé par une centaine de personnalités de tous horizons idéologiques, juin 68.
(8) Hlinka: en Slovaquie, il fonda un «parti populaire slovaque de Hlinka», et une «garde de Hlinka». Le caractère fasciste de ces mouvements était accentué. (en 1968-1969, jamais l'Église n'est revenue sur ce passé regrettable pour le justifier !)
J. VOJTASSAK: évêque de Spis, en Slovaquie. Âgé de 73 ans, il fut arrêté le 10 janvier 1951, accusé d'espionnage contre la démocratie populaire, condamné après 5 jours de procès à 24 ans de prison. Réduit à un état lamentable, ce vieillard «confessa» ses crimes.
Mgr Tisso crut pouvoir obtenir d'Hitler l'indépendance de la Slovaquie. On touche ici au délicat problème des «relations communautaires» des communautés tchèque et slovaque.
(9) Voir la déclaration du DKO, lors de son congrès constitutif de Velehrad, le 14 mai 1968. S'agit-il vraiment de «postes dirigeants dans l'avant-garde du catholicisme politique»? Mais le regroupement des croyants autour de la hiérarchie et avec le clergé dans le Mouvement de rénovation conciliaire fut interprété par les adversaires du Printemps (et donc par leurs fidèles suiveurs, les prêtres du MHKD et aujourd'hui de Pacem in Terris), comme une tentative politique.

 ( ... )

«Une grande partie des philosophes, sociologues et politiciens marxistes se sont libérés (10) de l'illusion d'un dialogue avec le catholicisme international. Ils ont reconnu qu'il est impossible de réconcilier l'irréconciliable, d'unir de manière artificielle des principes de conception du monde qui s'excluent réciproquement radicalement et qui représentent dans chaque système un pôle différent dans la lutte des classes de la société.
(10) les mots sont euphémiques ... cfr l'interview de Smrkovski, l'un des leaders du Printemps, publiée par le journal «le Monde», le 17 septembre 1971. «Mes collaborateurs étaient tous des communistes. C'étaient des gens cultivés, des spécialistes. Des théoriciens de la politique, des économistes, des historiens, des fonctionnaires du Parti, des syndicalistes, etc. Aucun d'entre eux n'exerce aujourd'hui la profession qui est la sienne. Tous travaillent comme manœuvres, la plupart du temps à la terre, en-dehors de Prague. (...) Des professeurs sont devenus soutiers, magasiniers, d'anciens ambassadeurs travaillent comme portiers, un médecin est camionneur, un journaliste chauffeur. Tel est le sort de l'intelligentsia et des anciens fonctionnaires du parti et de l'État qui, en 1968, avaient été d'accord avec la politique d'alors du parti communiste et qui ont refusé d'approuver l'occupation de la Tchécoslovaquie par les armées du pacte de Varsovie.»  

( ... )

« Dans sa relation à la République socialiste tchécoslovaque, le catholicisme international choisit dans le domaine politique la tactique du double visage. D'un côté, on attaquait la Tchécoslovaquie comme un pays où régnait le «communisme athée», d'un autre côté, on éloignait de lia société socialiste le peuple croyant que bénissait le pape et auquel il adressait sa «paternelle» bénédiction. D'un côté, on parlait des efforts pour s'entendre avec les autorités tchécoslovaques au sujet des questions religieuses, d'un autre côté, on lançait des attaques contre l'ordre social de chez nous...

( ... )

« Le Vatican employait constamment la religion pour exercer une pression politique sur notre République...

(...)

«C'est ainsi que le catholicisme international exerçait clairement de l'extérieur sa pression sur la République socialiste tchécoslovaque. Mais quelle était son activité dans le pays lui-même? On doit reconnaître que le clergé comme les fonctionnaires de l'Église catholique romaine se répartissaient environ en trois groupes, durant les années 1968-1969:

a) un groupe qui s'efforçait sincèrement de résoudre les problèmes de la relation entre l'État et l'Église, qui cherchait la place, la vocation de cette organisation religieuse dans la société socialiste et qui récusait le caractère antisocial et de classe du catholicisme, comme ennemi potentiel idéo-politique du mouvement ouvrier communiste; donc aussi comme ennemi de la société socialiste en CSSR (11). Ils récusaient les efforts qui visaient à ce que l'Église catholique en CSSR participe au front de propagande idéologique des forces du capitalisme international. En 1968, ce groupe fut défini par le groupe de droite comme «porteurs discrédités des déviations» et «traîtres aux intérêts de l'Église».(12)
(11) Mouvement ouvrier? «Où est la participation du peuple -ou de la seule classe ouvrière- dans la prise de décision, l'élaboration de la politique, l'exécution et le contrôle?» (SMRKOVSKI, ibid.)
(12) «D'autres» ont apprécié la contribution du mouvement! «Malgré ses réels défauts, le mouvement pour la paix du clergé catholique constituait un apport incontestable parce qu’il menait une lutte politique ouverte contre la hiérarchie et contre le Vatican. Il travaillait dans la ligne de notre politique intérieure et extérieure»...

b) un groupe composé de courants de droite, parmi lesquels aussi un courant assez important de prêtres et de laïcs cléricaux qui, au temps de l'État slovaque ou dans les années 1945-1948 et 1949-1951, avaient occupé diverses fonctions dans l'appareil d'état, dans les HG, HM, HSL'S (13). Tout ce groupe suivait les traces des forces de droite dans le pays. Il donna le rythme et aussi le contenu de ce processus de «rénovation» dans le domaine de l'église.
(13) Assimiler le DKO et ses promoteurs aux phalanges de Hlinka est pure calomnie. La base du peuple croyant, jeunes aussi, était engagée.  

c) un groupe de ceux qui oscillaient politiquement, qui ne tenaient ni d'un côté, ni de l'autre. Dans leur indécision et leur manque d'information, ils furent souvent utilisés par la droite.
Après janvier 1968, la force de pression de la droite s'est accentuée sur le groupe de prêtres qui collaboraient au sein de la société socialiste, spécialement sur les représentants de l'organisation du mouvement de paix du clergé catholique. Elle s'exerça avec une telle intensité que tout le comité central de l'organisation, à la tête de laquelle se trouvait le Dr Plojhar, donna sa démission en mars 1968. Ce fut le premier succès de la droite cléricale
(14). La pression s'accentua encore et mit ses projets à exécution. Elle «épura» les «éléments discrédités», c'est-à-dire les ecclésiastiques, du journal «Katolické Noviny (15), la Charitas (16) et travailla intensément à la mise sur pied d'une organisation qui pourrait utiliser la religion pour s'introduire dans le domaine du pouvoir politique. C'est une telle organisation de catholicisme politique, couvrant l'ensemble du pays, que devait devenir le mouvement de rénovation conciliaire (17). (...)
(14) On se souvient: en mars 1968 arrachée à son silence contraint, par l'atmosphère du Printemps, la base du MHKD, qui avait dû supporter l'aliénation et les contraintes imposées par le Comité que présidait le Dr Plojhar, avait soudain élevé la voix au cours d'une réunion tumultueuse. Le Comité était mis en minorité, aux cris de «nous en avons assez»! Des confrontations semblables avaient eu lieu dans les jours suivants en d'autres lieux. Le MHKD se sabordait! -Dès que les évêques purent retrouver la voix, eux aussi désignèrent le MHKD comme le handicap majeur à la mission pastorale de l'Église et à son intégrité intérieure.
(15) Le «chanoine» Benes en était haut responsable, au titre de responsable de la Commission Presse de Charitas... Il y est revenu! Et lui en profite pour célébrer le plein été et les récoltes du mois d'août...
(16) le «Chanoine» Mara était responsable à Prague. Démis par les responsables hiérarchiques au Printemps,... il y est revenu! Il en profite pour magnifier l'œuvre de «sa» Charitas (qui laissait se dégrader lamentablement sans intervenir nullement la santé des religieuses, occupées dans les usines ou les camps d'exploitation agricole ou forestière à l'époque! Religieuses originaires souvent de la Slovaquie et déportées en des régions reculées des terres occidentales de Bohême).
(17) Il s'agit bien du DKO. A remarquer, toutes les requêtes du DKO, (reprises dans la déclaration de Velehrad,  ou reprises en des sessions diocésaines ou régionales), sont ici interprétées comme autant d'outrancières atteintes à l'ordre de la société socialiste, dans laquelle pourtant cette église est censée devoir «trouver sa place»

Nous rappelons seulement quelques requêtes qui y furent exprimées:

établir en pays tchèque et en Slovaquie des «provinces ecclésiastiques» autonomes, éloigner le contrôle de l'État sur les Églises, c'est-à-dire liquider la fonction de secrétaire pour les affaires ecclésiastiques des organismes de districts, de circonscriptions (18) et nationaux, comme aussi des facultés théologiques; libérer totalement la presse de toute censure; on désirait un élargissement de la presse catholique selon ses besoins, que soit favorisée l'activité de l'association St Adalbert (19) de Trnava sans limitation ni contrôle de la part de l'État, de légaliser le mouvement de rénovation conciliaire et de liquider l'organisation du mouvement de paix des prêtres catholiques. De rénover les lois existantes réglant la relation entre l'État et les Églises, ou de les supprimer et de les retravailler à nouveau selon leurs exigences. On désirait ensuite voir réoccupés les sièges épiscopaux dans un délai rapproché, évidemment selon les désirs du vatican; l'approbation des ordres religieux masculins et féminins; on désirait que le droit exclusif de s'immiscer dans les affaires ecclésiastiques et de disposer des prêtres «appartienne aux seuls ordinaires». Élargir l'enseignement religieux dans les écoles primaires, et l'introduire dans l'enseignement moyen, approuver l’activité de propagande religieuse (20) parmi la jeunesse et les adultes, sous la forme de retraites, de mission, etc., Intégrer les facultés de théologie dans les Universités et choisir les théologiens parmi les membres de la nouvelle association d'étudiants de l'enseignement supérieur. Favoriser aux catholiques l'accès à de hautes fonctions dans l'appareil de l'État, comme aussi dans le domaine de l'éducation, de l'enseignement, de la recherche scientifique, de la sécurité d'État (22), dans l'appareil, politique et de propagande. Éloigner de la vie publique tous ceux «qui portent la faute des déviations de l'époque passée», qui travaillèrent à la réalisation de février (23) et à la construction du socialisme des cinquante dernières années, qui sont donc les combattants du socialisme et du marxisme. On demandait encore la réhabilitation et le retour de tous les prêtres et religieux qui ont été maintenus hors de la pastorale (quasiment de hauts délinquants politiques) (24), la révision des procès des évêques catholiques, du prêtre A.Herder, la réhabilitation de toute l'Église catholique, Entre autres choses, ils désiraient pouvoir célébrer la messe dans les casernes, y pendre des croix et dispenser les sacrements dans les hôpitaux, introduire à la radio et la TV des heures d'émission régulières sur la thématique religieuse, mettre su pied des conseils de laïcs pour l'approfondissement et l'élargissement de l'Église parmi les croyants, accélérer la construction d'églises et de presbytères dans les nouvelles cités e les villages, ériger encore une nouvelle faculté de théologie, etc. (25)
(18) Textuellement: «ONV à KNV» : délimitations administratives en CSSR.
(19) Sv. Vojtech. Il s'agit d'une édition qui connut autrefois renom en Slovaquie.
(20) Terminologie spécifiquement marxiste à l'Est.
(22) ZNB: ZBOR NARODREJ BEZPECNOSTI. En fait la Police de sécurité.  Il serait assez curieux qu'un document catholique autorisé ait présenté semblable revendication. Ce peut difficilement apparaître comme une promotion...
(23) Février 1948: prise du pouvoir par les communistes.
(24) Interprétation sujette à caution ! Il s'agit, en fait, des prêtres condamnés injustement pendant la période stalinienne. Accusés de trafics louches, d'atteintes à la sûreté de l'État ou de perversion de la jeunesse, ils avaient connu -tout comme des communistes, à l'époque- les procès montés de toutes pièces. Leur réhabilitation, comme celle de tous les condamnés innocents, avait été jugée si nécessaire qu'une Cour particulière avait été chargée d'étudier les causes, au Printemps.
(25) Effectivement! Toute demande d'ouverture d'une filiale de la Faculté existante en Slovaquie a été repoussée. A noter que l 'Église grecque-catholique de Slovaquie orientale, liquidée administrativement en 1950, rétablie dans ses droits au Printemps, ne dispose ni d'une Faculté, ni même d'un séminaire. Le refus est permanent de l'y autoriser !

Ce sont de telles exigences et bien d'autres encore qui furent expressément exprimées aux plus hautes personnalités de l'État. Il y avait une très forte pression de la droite qui s'exerçait sur les organes dirigeants de l'État (26), Dans un «mémorandum du clergé catholique de Slovaquie aux représentants de la CSSR», d'août 1968, qui insistait sur les exigences de la conférence de, Bratislava et du congrès du DKO, on écrivait en finale: «nous, les prêtres catholiques, avec nos ordinaires légitimes et les croyants, qui constituent la majorité en Slovaquie, tendons sincèrement la main de la collaboration dans les situations nouvelles de cet État, et nous espérons que les représentants la saisiront avec la même bienveillance, et qu'ils auront à cœur de faire en sorte que nous aussi puissions nous sentir des citoyens de plein droit Nous ne pouvons croire que personne, après tant de tristes expériences, voudrait faire de nous une Église du silence et nous, contraindre aux catacombes».
(26) A noter qu'aujourd'hui, «les organes dirigeants de l'État» se réjouissent (et même publiquement) de la part que prend «l'Église» (soit la nouvelle association du clergé 'Pacem in Terris') à la vie politique. Cedi fut très particulièrement sensible au moment des récentes élections de novembre. Voyez plus loin «quelques témoignages». Sans doute aucun, s'applique à Pacem in Terris l'appréciation élogieuse du MHKD qu'en faisait le Parti, bien placé pour en juger. Il s'agit d'ailleurs bien de la même chose. Voyez ce qu'en dit, dans le journal «catholique» de Prague, le Chanoine Josef BENES. (Voir plus loin)  

Le «mémorandum n présenté avait en plus un ton provoquant et arrogant, parlant des propres ambitions politiques des «représentants de la CSSR». On s'efforçait ainsi d’exercer sa propre influence et d'éveiller chez les croyants l’illusion du fait qu'ils constitueraient la majorité de la population, qui pourrait le moment venu, se constituer en une force politique, à peu près comme le firent Mindszenty en Hongrie, et Wyszynski en Pologne.

( .. )

«Une haine presque fanatique se mit en action contre le groupe de prêtres qui avaient travaillé avec l'État socialiste et qui s'étaient efforcés de réagir contre le catholicisme international, au caractère typiquement antisocialiste et antipopulaire. On essaya de les éloigner radicalement de toutes les sphères d'influence politique, de les désarmer, comme constituant le principal handicap au déploiement politique, (de ces forces de droite. N.d.l.t,)

(...)

«On ne peut donner le «champ libre» au 'catholicisme dans les pays socialistes, car ceci voudrait, signifier soutenir ses ambitions antisocialistes, anticommunistes, antistatales et antipopulaires. De ce fait, il est indubitable qu'il fut place sous le contrôle de l'État socialiste, qui peut enrayer son activité politique visant à abuser des sentiments religieux des croyants. Que l'Église ait une large sphère suffisante pour son  activité religieuse dans les églises, sans organisation d'un «apostolat laïc». Lui limiter l'espace, comme organisation religieuse, selon la Constitution.

«De l'activité du catholicisme dans la. période de crise, nous devons tirer l'enseignement suivant, que dans l'avenir nous ne pouvons pas ignorer l'activité politique de ce mouvement régressif, comme nous l'avons fait dans notre éducation et notre propagande ces vingt-cinq dernières années. Il y eut un manque grave, au plan de la formation à la conception du monde. Il sera nécessaire de revoir notre politique à ce sujet depuis les années 1949 et de trouver de nouvelles voies pour chercher une active régression de l'influence des organisations religieuses dans notre société socialiste».

*
*    *

témoignages

« SUCCOMBER A UNE ILLUSION ?»

«Un État moderne, qu'il soit capitaliste ou communiste, ne saurait être, sans être blâmable, un État d'une unique conception du monde. Ce sont des pensées finalement que nous retrouvons toujours dans les discussions de Lénine, à propos des relations de l'État et du Parti à l'égard de la religion. Pour un État socialiste, la conviction religieuse (et l'organisation religieuse) sont choses politiques, dans les limites de la Constitution. C'est pourquoi, l'État doit confronter toute conviction, qu'elle soit religieuse ou marxiste, avec les droits de tous les autres groupes intéressés. Si une certaine conviction marxiste intervenait dans les droits et les libertés des autres membres de la société socialiste et de leurs intérêts, elle devrait rentrer dans les limites de la Constitution socialiste, comme n'importe quelle autre conviction ou mouvement de cette société, y compris les chrétiens.

(…)

Il s'agit avant tout de la réhabilitation, ceci tient à une attitude responsable du Parti communiste, de tous ceux qui ont été frappés par la déviation, et tout aussi bien des croyants, prêtres, religieux et religieuses.

De la même manière, les croyants ont un droit indiscutable à nos droits, à la liberté de citoyen qu'assure la Constitution socialiste: se développer selon les exigences internes qui correspondent aux normes de la vie chrétienne, en gardant devant les yeux les limites des intérêts de ceux de nos concitoyens qui n'ont pas de conviction religieuse. Et nous voyons ici la nécessité de liquider ce que l'on appelle le contrôle ecclésiastique, à commencer par l'usage des Ministères respectifs de la Culture et de l'Intérieur. Leur «politique» a été une tactique claire finalisée par une seule vue: la lente mais efficace liquidation du christianisme. Et ceci, en opposition avec les intérêts de plus ou moins 30 % de nos concitoyens (1), qui professent aujourd'hui une quelconque conviction religieuse».
(1) En pays tchèques.  En Slovaquie, environ 60%.

Vitezslav GARDAVSKI
marxiste, professeur de philosophie,
dans «Literarni Listy», n° 17-1968.

 

Constitution de la République socialiste Tchécoslovaque,
en date du 11 juillet 1960

  

«Toute la politique culture le en Tchécoslovaquie, le développement de l'instruction, de l'éducation et de l'enseignement sont conduits selon l'esprit de la conception scientifique du monde, du marxisme-léninisme, et en étroite union avec la vie et le travail du peuple.»

C'est pourquoi, sans doute, l'enseignement religieux de l'enfance est si vivement contrecarré. De source directe, nous entendons dire (en septembre 1971) : «Les statistiques communiquées par la presse communiste révèlent un fléchissement constant du nombre d’enfants poursuivant un enseignement religieux. 62 % d'enfants, pour l'année académique 1969-1970; 53 % en 1970-71 ; pour l'année 1971-1972: 48 % en Slovaquie, 22 % en Bohême et Moravie. Mais il faut essayer de comprendre. Chaque jour, la presse souligne que l'école doit éduquer dans une vision scientifique (athée, en fait) du monde. Cette année, dans les écoles moyennes, a été introduite une nouvelle matière: formation civile. Une heure par semaine en 1ère et seconde année, deux heures en troisième et quatrième. Il faut entendre: philosophie et éthique marxiste, mission sociale de la classe ouvrière, but du Parti communiste et de l'État socialiste, engagement de la jeunesse. Par contre, l'inscription de nos enfants + catéchisme pose de graves problèmes: la demande d'inscription, signée par le père et la mère, devait être remise dès la fin du mois de juin. Le directeur communiquait le nom du père, dont l'enfant était inscrit, à l'entreprise où il travaillait. En outre, les enseignants s'efforcent de réduire le nombre des inscrits: tromper les enfants, chercher à convaincre les parents ... Les élèves inscrits à l'enseignement religieux reçoivent des notes inférieures d'un ou deux degrés, afin de justifier leur non-admission aux études supérieures. Telles sont les instructions données aux enseignants. »

Par contre, SMENA, le journal de la Jeunesse, dans son édition du 25 janvier 1972, apporte les statistiques suivantes: en novembre 1970, il y avait 240.000 jeunes inscrits dans l'organisation unique de la jeunesse (sous obédience du Parti), en janvier 1972: 641.240 membre. Et pour cause!

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Survie des séminaires?

Le séminaire de Bratislava connaît des jours d'inquiétude.
Depuis plusieurs mois, il a dû fermer ses portes. La raison avancée est le problème du chauffage défectueux. Mais toutes les entreprises étant nationalisées, le retard mis à porter remède à la difficulté pourrait bien être provoqué. En attendant, les étudiants ont dû rentrer dans leurs foyers. En même temps, le Père spirituel a été roué de coups par des agresseurs inconnus. Par contre, le Doyen de la Faculté de théologie a été élu Président de l'Association du Clergé Pacem in Terris, pour la Slovaquie. En Septembre 1971, 33 jeunes gens ont été acceptés au Séminaire, alors que 80 candidats s'étaient présentés. A la filiale Morave de Litomerice, le Séminaire d’Olomouc: 35 candidats acceptés sur 60 demandes.

La place des Ordres religieux

Le 14 juin 1971, le directeur du Secrétariat pour les affaires ecclésiastiques à Prague, le Dr.Z.MIXA, adresse une lettre à tous les évêques et les vicaires capitulaires. Il s'agit des Ordres religieux, tant masculins que féminins. Suite à une requête introduite auprès du Procureur de la République, en 1968, ce dernier avait émis l'appréciation suivante: il lui paraissait que les mesures prises à l'encontre des ordres religieux en 1949 n'avaient pas de portée légale. Les ordres religieux continuaient donc d'exister.

Tel n'est pas l'avis de l'actuel responsable du Secrétariat en cause:
«La loi n. 218/1949, dans son paragraphe 14, a aboli toutes les normes qui réglaient la situation juridique des églises et des communautés religieuses. Cette disposition générale concerne incontestablement également les ordres et congrégations religieuses de rite catholique de l’église. L'ordre juridique de la République socialiste Tchécoslovaque n'est pas mis en question par une règlementation ultérieure du problème en question, si bien que les ordres et congrégations religieuses continueront d'exister seulement en fait. (...) Le Parquet de la République Socialiste Tchèque, dans sa lettre nIII/2 GB 1148/71-9 du 4 mai 1971, en a informé le P. Frantisek SILHAN
(Responsable du Comité des Ordres religieux, à l’époque), auquel fut communiqué ce qui suit:

«Les dispositions concernant les problèmes des ordres religieux et des congrégations religieuses sur le territoire de la République Socialiste Tchèque sont de la compétence du ministère de la culture de la RSC. Auprès de ce ministère existe un secrétariat pour les affaires ecclésiastiques, qui travaille comme organe central de l'administration d'État des affaires ecclésiastiques et des associations religieuses. (...)

De même, la Cour Suprême de la RSC a communiqué, dans sa lettre au ministre de la culture de la RSC en date du 9 avril 1971 n. Nts 16/71, l'avis du fait qu'elle était d'accord avec l'avis juridique relatif à l'existence de fait des ordres religieux et des congrégations religieuses.

Selon ces communications du Parquet de la République et de la Cour Suprême de la RSC, s'effondrent donc les motifs sur lesquels les requérants des ordres religieux fondaient leurs requêtes politiques actuelles d'une reprise de l'activité des ordres et des congrégations religieuses masculines dans la République Socialiste Tchèque».

Concrètement, tout ce qui pourrait constituer un «regroupement de religieux est suspect. Les petits groupes de trois confrères qui s'étaient retrouvés, au Printemps, pour assumer une responsabilité pastorale sont dissous. Les religieuses, en Slovaquie, ont été contraintes d'abandonner toute aide pastorale et caritative aux communautés parmi lesquelles elles vivent.

«AVANT-GARDE DU CATHOLICISME POLITIQUE»?
Déclaration du DKO
des participants 'du 1 er Congrès Constitutif national du DKO.

Les évêques tchécoslovaques, représentant les prêtres, religieux et religieuses et laïcs, qui se sont rencontrés à Velehrad pour fonder le DKO(Mouvement de rénovation conciliaire)) déclarent:

ont décidé que l'évêque Fr. Tomasek, Administrateur apostolique, demande au nom des évêques(1):
(1) A noter qu'il n'existe pas de Conférence épiscopale, du fait d'entraves des autorités à un regroupement national des représentants de l'Épiscopat.

- que soient reprises les tractations entre le gouvernement tchécoslovaque et le Saint Siège;

- que l'on arrive à un accord entre le gouvernement de CSSR et nos évêques, dans toutes les questions concernant notre Église;

- que soit concédée une libre relation de nos Ordinaires avec le St Siège;

- que les évêques résidentiels et titulaires puissent prendre possession de leur siège(2);
(2) Il y avait des évêques encore éloignés de leur charge pastorale, à l’époque.

- que soit assurée et non entravée l'activité d'une Conférence épiscopale pour tout l'État;

- que les évêques puissent librement assumer leur ministère, administrer leurs séminaires, les écoles théologiques et édifier les églises, les presbytères;

- que, dans l'exercice de leur activité pastorale, les prêtres soient soumis seulement à leur Ordinaire(3);
(3) Actuellement: les prêtres les plus actifs dans le DKO sont éloignés des Villes (Prague, notamment, et Bratislava), aux dernières nouvelles, 33 prêtres slovaques, engagés souvent dans l'œuvre du DKO, jeunes pour la plupart, viennent de se voir retirer l'autorisation d'État d'exercer le service pastoral. - Les Facultés et séminaires sont à nouveau étroitement assujettis par l’intermédiaire de membres de «Pacem in Terris».  

- que ne soit pas mis obstacle à la pleine activité des laïcs dans leur activité en faveur de l'Église;

- que puissent renaître les ordres, congrégations et institutions, selon l'esprit de Vatican Il;

- que tous les droits soient rendus à l'Église gréco-catholique en Slovaquie;

- que soient réparées toutes les injustices dont furent victimes les prêtres et laïcs, persécutés dans la lutte contre la religion;

- que soient assurées une libre éducation religieuse et l'instruction dans les écoles et hors de celles-ci.

- que soit consenti à l'Église un dialogue, à travers la presse, la radio et la télévision;

- que soit assurée l'œuvre pastorale dans les hôpitaux, les institutions sociales et les prisons.

Le Congrès a donné plein pouvoir à son Président, afin qu'il transmette ces déclarations au gouvernement de la République Socialiste Tchécoslovaque.

Velehrad, le 14 mai 1968
dans «Katolické Noviny»
Prague le 26 mai 1968

LA BASE RETROUVE LA VOIX

Le DKO n'est pas encore né. C'est le 14 mars 1968. Mais le moment est venu où les figurants aliénés du MHKD retrouvent la possibilité de s'exprimer. Tout comme à la réunion de Prague, où le Comité national est mis en minorité, dans les régions du pays souffle le même vent. Le MHKD, pris à son propre jeu -car il avait incorporé de force des membres non consentants de la base- se trouve contesté et débordé.

Le document suivant relate l'une de ces réunions.

«Requête des prêtres catholiques de l'administration apostolique de Trnava, des districts de Trnava, Nitra, Senica, Trencin.

Le MHKD diocésain s'est réuni en une rencontre à Trnava, à l'occasion des festivités, le 14 mars 1968. Avant de dire que nous voulons consacrer toutes nos forces au renouvellement de la société tel qu'il ressort des décisions du Comité central du Parti communiste,(1)
(1) On est en pleine efflorescence du Printemps!

  1. demandons que soient réparées toutes les injustices qui ont été perpétrées en divers domaines de notre vie sociale, culturelle et religieuse.
  2. demandons de soumettre le MHKD à une sérieuse critique, aussi bien en ce qui concerne son contenu interne, que les personnes qui le dirigent. Des élections éventuelles devraient être secrètes.
  3. demandons de restaurer pleinement l'activité de l'association St Adalbert, celle de Tranoscius(2), comme aussi la Matica Slovenska qui fut, au temps de la suppression nationale, porteuse de la culture et de l'éducation et du progrès de notre peuple(3)
    (2) Pendant de la maison d'édition St Adalbert, pour les évangéliques.
    (3) Association culturelle (La RUCHE, fondée en 1863), qui eut un grand rayonnement dans le peuple, au temps où la Slovaquie dépendait de l'Empire austro-hongrois; supprimée, elle renaît en 1919.
  4. demandons que les journaux Katolické Noviny soient dirigés dans un esprit catholique, qui informe selon la vérité, et répondent ainsi au désir du peuple croyant. Nous demandons que soient autorisées tant de revues catholiques supprimées au temps du culte de la personnalité.
  5. demandons que soit supprimé le numerus clausus dans l'admission à la Faculté de théologie(4) et que des changements soient effectués dans le cercle des professeurs de la Faculté et de la direction du séminaire(5).
    (4) C'est la limitation du nombre des candidats. Actuellement, il est virtuellement rétabli.
    (5) Et de fait, l'évêque Mgr Lazik (aujourd'hui décédé put reprendre la responsabilité effective de son diocèse. Des prêtres sûrs furent réintroduits dans le corps professoral. Mais peut-être le mouvement d'épuration ne fut-il pas poussé assez loin. Dès la «normalisation» les anciens membres du MHKD reprirent leur influence, jusqu'au moment où les meilleurs des professeurs furent à nouveau expulsés du séminaire. Aujourd'hui, voyez par ailleurs, celui-ci est fermé. Jusqu'à quand?
     
  6. demandons que soit rendue l'existence aux ordres religieux, spécialement ceux qui s'attachent aux tâches sociales, aussi bien masculins que féminins.
  7. demandons que soient réhabilités les ecclésiastiques qui ont été condamnés bien qu'innocents et soumis à discrimination.
  8. demandons que soit facilitée la libre instruction religieuse dans les écoles.
  9. demandons que soit supprimé le mode bureaucratique à propos de la concession du consentement d'État aux prêtres chargés de la pastorale.
  10. demandons enfin que soient poursuivies les tractations avec le St Siège(6) pour régler les problèmes non encore résolus, de telle manière que les deux parties puissent en être satisfaites. » (6) A noter que le même désir était ultérieurement exprimé par le DKO dans sa déclaration de Velehrad. Il faut noter qu'à ce moment, on était en période d'espoir. Les personnalités qui se trouvaient à la tête de l'État, comme aussi, très particulièrement, à la tête des organismes de Prague chargés spécialement de ces questions, manifestaient une attitude qui pouvait justifier cet espoir. Les pourparlers pourraient donc se dérouler dans un climat de sincérité, même si les divergences demeuraient au plan idéologique.
    (6) Aujourd'hui, la situation est radicalement différente. Monsieur Hruza Directeur du Secrétariat pour les affaires ecclésiastiques auprès du Ministère de la Culture de Tchécoslovaquie, a repris sa place. Il fut, dans la période Novotny, l'agent de désagrégation interne et d'assujettissement de l'Église. Il a traduit son sentiment dans un article très virulent, paru à Moscou (La religion et la lutte idéologique en Tchécoslovaquie) dans une revue antireligieuse. Il est assisté, tant en pays tchèques qu'en Slovaquie par deux assistants, MM. Mixa et Homola, qui ont fait leurs preuves, dans la même ligne.
    Pourtant, ce sont ces mêmes personnes qui cherchent actuellement un contact avec le Vatican. Ce sont elles et, éventuellement, des prêtres de Pacem in Terris, qui cherchent directement contact avec les envoyés du St Siège et jusqu'à Rome même.
    Aujourd'hui, le peuple croyant, en Tchécoslovaquie, a peur de telles conversations... Lui vit, au jour le jour la distorsion entre les déclarations d'intention, les promesses et la réalité des faits.

Publié par Katolické Noviny
Bratislava - le 31 mars 1968

« L'ÉGLISE VEUT AIDER L'HUMANITÉ ET, POUR CELA, STIMULER LES FIDELES A UNE ACTIVE PARTICIPATION A LA CONSTRUCTION D'UN MONDE AUX STRUCTURES MEILLEURES ET PLUS JUSTES»
(Fr. Hochmann, Secrétaire général de l'Association fédérale de «Pacem in Terris»

«II y a trois ans, nous assistions dans notre pays à des événements de portée mondiale. Et nous n'avons pas peur de reconnaître qu'en beaucoup d'entre nous se forma un sentiment d'amertume et de déception.

A trois années de distance, nous récapitulons à nouveau ce 21 août 1968 et, faisant la somme des valeurs, nous en retrouvons les principales et fondamentales. Que les armées qui vinrent alors en notre pays, n'ont point apporté l'épée mais la paix.

Si l'entrée des forces armées du Pacte de Varsovie n'avait pas eu lieu, aujourd'hui peut-être ces journées d'août n'offriraient point des images de paix et de sérénité, mais l'horreur et le déchaînement de la guerre civile. La brise d'août ne balancerait point le déploiement d'une abondante récolte, mais sifflerait sur un désert atomique mort et désolé. Car l'orientation qui à l'époque guidait notre politique pouvait aussi déboucher sur un incendie mondial.

Nous savons aujourd'hui que le choc et le sentiment d'amertume développés en beaucoup d'entre nous fut superflu, plus que superflu. Aujourd'hui, nous vivons en paix les paisibles jours du mois d'août, le temps de la maturation et de la récolte. Le sentiment du devoir bien accompli et de la gratitude pour chaque bonne chose est un sentiment qui est donné aussi bien aux habitants des campagnes qu'à ceux des villes. Et c'est peut-être pourquoi, en ces jours, l'âme humaine se tourne vers Dieu en une ardente prière, afin que tout ce que l'homme a créé avec son aide, tout ce qu'il a accompli en lui-même et par son travail, soit préservé pour ses enfants et ses descendants ».

Josef BENES
Membre du Comité fédéral Pacem in Terris
Président de la Commission Presse de la Charitas Tchèque
Ancien leader du MHKD
dans" Katolické Noviny" - Prague 22 août 1971

«L’ASSOCIATION "PACEM IN TERRIS"
ENTEND CONTINUER DANS CETTE TRADITION»

«En ce moment, où l'Association des prêtres catholiques de la République Socialiste de Tchécoslovaquie "Pacem in Terris" constitue son propre organe fédéral, je salue cette association professionnelle de notre clergé, qui sous cette forme fédérale, représente vraiment la continuité du précédent Mouvement des Prêtres de la Paix de la CSSR (MHKD), liquidé par force au cours des événements politiques et sociaux de 1968-69.

« La nouvelle Association se rattache à la tradition positive du Mouvement de la Paix dans l'intention de la développer et de l'approfondir sous chaque aspect. Aspiration qui a été également fort bien exprimée dans le message de salut qu'a envoyé le comité central de l'Association slovaque à l'assemblée constituante de l'Association tchèque de "Pacem in Terris". Ce message de salut exprime la joie qu' après un silence de trois ans, il soit possible de reprendre la position traditionnelle du MHKD de la CSSR, grâce à la nouvelle Association, dans laquelle vous et nous, voulons nous mettre au service des intérêts de notre Sainte Mère l'Église, de notre clergé, et du peuple des fidèles, et ensemble avec eux, dans un esprit d'amour, construire avec les autres citoyens de notre belle et commune patrie». L'adresse de salut des confrères slovaques poursuit en disant: «Aujourd’hui, c'est le Jour du Seigneur: exultez et réjouissez-vous!». Nous en avons toutes les raisons. Après de longs préparatifs, vous et nous, nous entreprenons un joyeux pèlerinage à travers les villages et les coins divers de notre chère patrie, pour leur offrir l'aide d'un humble service pour la croissance et l'enrichissement de la vie de tout le peuple travailleur de notre terre bénie.

(…)

«Notre clergé, guidé par le MHKD a toujours mené le peuple de Dieu, inspiré d'une manière vivante et juste par cet esprit civil et politique. L'Association "Pacem in Terris" entend poursuivre dans cette tradition».(1)
(1) A noter: le ton extrêmement clérical de telles déclarations. «Pacem in Terris» en effet, tout comme autrefois le MHKD, regroupe le clergé, auquel il attribue finalement toutes les tâches de représentativité et d'initiative dans la vie civile, politique et religieuse, au nom de «l'Église».
Le DKO, par contre, était vraiment d'esprit postconciliaire: il faisait appel à l'effort conjoint de tout le peuple de Dieu, chaque membre y exerçant, en complémentarité et collaboration, son ministère spécifique.

Josef BENES
«Bienvenue»
Katolické Noviny.
Prague -21 novembre 1971

«en Tchécoslovaquie, tout comme au Vatican?»

Les 26 et 27 novembre 1971, des élections générales doivent se dérouler en Tchécoslovaquie. Il s'agit de désigner les représentants (du peuple??!) à la Chambre du peuple et à celle des Nations, aux Conseils nationaux tchèque et slovaque, et aux Comités régionaux.

Il importe que le peuple «unanime» apporte son appui à la politique actuelle, telle que la définit le Front Populaire. Sous la direction effective du Parti communiste, le Front regroupe les autres partis (pratiquement alignés), les organisations de masses (pratiquement, courroies de transmission) et les «sans parti».

L'actuelle direction du Parti a besoin de «susciter» l'enthousiasme populaire. La campagne électorale ne néglige aucun atout et le déroulement même des opérations de vote ne laisse pratiquement nulle place à la vraie liberté individuelle.

Un atout utile? L'Église catholique. Elle dispose encore d'influence sur une large fraction de la population. Il faut en faire usage. Bien sûr, les voix «autorisées» (sinon représentatives!) sont celles des leaders de l'Association des prêtres de Pacem in Terris. Sous la pression de ceux-ci, peut-être serait-il même possible de faire jouer l'ambiguïté: amener les responsables légitimes de l'Église à engager leurs fidèles au devoir civique à l'égard de la patrie bien-aimée. Voter pour le bien-être et l'avenir heureux de la patrie! Concrètement, il n'y a aucune autre alternative: c'est voter pour le programme du Front Populaire, sous l'actuelle direction du Parti,.

Jamais, depuis des années, les mass-médias de CSSR n'ont été si largement ouverts aux voix «catholiques». Non seulement aux leaders de Pacem in Terris, mais aussi à d'autres personnes, «utiles» en l'occurrence, telles ces religieuses qui s'efforcent de sinuer entre les pièges. La TV présente l'entrevue du Président Svoboda et des représentants de l'Association fédérative Pacem in Terris. La presse, catholique ou non, relate des réceptions du même genre: l'entrevue de l'Administrateur apostolique de Prague, d'une délégation du Chapitre, du Directeur de la Charitas le Chanoine J. Mara -pilier du MHKD- avec le bourgmestre de Prague, par exemple; ou celle de l'évêque de Litomerice, Mgr Trochta et du Ministre tchèque de la Culture, le Dr Bruzek. Unanime, la presse publie encore les «manifestes» ou «adresses de l'Église catholique», telles par exemple la «Déclaration sur les élections de l'Association des prêtres catholiques de la CSSR "Pacem in Terris"», dont nous extrayons les passages suivants, extraits du journal «catholique» de Prague, Katolické Noviny, du 21 novembre 1971 :

«Toute notre société -et avec elle, nous également, prêtres et citoyens croyants- vit sous le signe des derniers préparatifs des élections toutes proches des organismes représentatifs nationaux. Tout le monde peut comprendre combien ces élections ont une importance extraordinaire pour le développement ultérieur de notre société. Leur signification politique ne peut certainement pas être considérée au seul point de vue de l'acte de voter en lui-même.

«Plus que tout, elles signifient le point culminant du processus de consolidation nationale de notre pays. L'unité de toutes les forces positives de nos peuples, spécialement en cette période préélectorale, retrouve une confirmation très convaincante.

Comme citoyens, nous les croyants nous contribuons à ce que les élections deviennent vraiment l'expression de l'unité morale et politique que représente le Front populaire. C'est ainsi que nous donnons la garantie du fait que, nous inspirant des principes éthiques du christianisme, nous n'entendons pas mêler la religion et le pouvoir politique ou exploiter vraiment le sentiment religieux des croyants à des fins politiques. Par principe, nous cherchons à faire en sorte que la motivation évangélique incite les fidèles à assumer la responsabilité du monde dans lequel nous vivons, afin qu'il soit meilleur, plus juste et plus humain. Ceci signifie pour nous, nous atteler à l'édification socialiste de la société.

Partout, le socialisme crée pour l'homme la possibilité d'une vie nouvelle, plus digne, partout il fait en sorte que la vie devienne toujours plus riche et belle, partout il intervient effectivement pour que l'homme ne soit plus l'ennemi de l'homme, partout il prépare les conditions favorables au renforcement de la paix, à l'amitié, à la fraternité entre les hommes, partout il s'incline devant la dignité de la vie humaine, beaucoup plus que le capitalisme, il est proche des principes moraux du christianisme…»

Peut-on imaginer plus grande ambiguïté?

Il faut le répéter: il ne s'agit pas de «socialisme». Sans doute, puisque l'on semble atteindre en CSSR le point de retour à la situation antérieure au Printemps, peut-on honnêtement appliquer à l'actuelle situation la condamnation qu'en faisaient les signataires du «manifeste des 2000 mots», en juin 68. (Nombre de ceux-ci étaient des membres du Parti).

«L'appareil décidait de ce qu'on devait faire ou ne pas faire. Il dirigeait les coopératives à la place des membres des coopératives, les usines à la place des ouvriers et les organisations nationales pour les citoyens. Aucune organisation n'appartient réellement à ses membres, pas même les organisations communistes».

Peut-on imaginer plus triste servilité, plus pénible manipulation, plus grave aliénation de l'Église «à des fins politiques»?

En Slovaquie, profitant de l'état de délabrement physique du seul évêque encore en charge, les vicaires capitulaires engagés dans le Mouvement Pacem in Terris, signent sous le nom de l'évêque, Mgr Pobozny, une lettre pastorale adressée aux prêtres et fidèles de Slovaquie (publiée par Katolické Noviny Bratislava, en date du 21 novembre 1971). Elle invite à apprécier l'œuvre accomplie et à voter pour le programme du gouvernement du Front populaire, se fondant sur les encycliques «Mater et Magistra» et «Pacem in Terris».

«Notre conscience doit se réjouir du fait que notre peuple croyant ne s'est pas tenu en marge de l'histoire, mais qu'il a apporté son appui à chaque œuvre qui concerne le bien commun et le bonheur de tous. C'est ce travail que nous poursuivrons guidés par ceux que nous allons élire nous-mêmes, parce que nous sommes convaincus que le travail qu'ils ont accompli jusque maintenant est pour nous la garantie qu'ils poursuivons dans cette voie à l'avenir».

A la même date, Katolické Noviny de Prague, publie une Lettre pastorale signée des évêques et vicaires capitulaires, «à l'occasion des élections». Cette lettre, plus nuancée que la précédente, est le fruit d'une confrontation de trois forces: le Secrétariat pour les affaires ecclésiastiques, les vicaires capitulaires engagés dans Pacem in Terris, et les évêques.

En CSSR, on est revenu au temps de l'Empire de Julien l'Apostat: l'Église doit mourir ou servir.

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