Bulletin septembre 1970

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Tchécoslovaquie

MÉMORANDUM DU GOUVERNEMENT SLOVAQUE
EN MATIÈRE DE POLITIQUE RELIGIEUSE

Amis de l'Entraide, nous vous prenons à témoins! Dès que nous avons pressenti le «Printemps» en ce pays, nous avons voulu laisser grandir en nous un espoir et une Espérance, qu'avaient si souvent démentis les réalités antérieures. Très vite, nous avons attiré votre attention sur le climat nouveau de respect mutuel, de dialogue, de vérité qui colorait ces horizons nouveaux. Nous avons voulu croire à l'avènement d'un «socialisme à visage humain», qui impliquerait la tolérance, le respect de la conscience d'un chacun en même temps qu'un élan nouveau pour construire ensemble, consciemment et librement, un monde juste pour chacun.

Si donc, nous revenons aujourd'hui à de sombres nouvelles, ce n'est pas par volonté de lire en noir les réalités, mais par souci -de nouveau!- de réalisme, d'objectivité. Il faut reprendre le courage de cheminer à nouveau sur des chemins de désert. Parce que c'est là que nous pouvons retrouver nos frères de Tchécoslovaquie. Ceci ne vaut pas seulement pour cet effort -à faire- de lire de tels documents, mais beaucoup plus encore pour notre vie personnelle elle-même. Assumer nos propres charges, nos propres responsabilités parfois trop lourdes, charger nos propres soucis..., nos chemins de désert, quoi, parce que c'est là, là seulement, que nous croisons le chemin de nos frères!

Voici donc un document. Il date aussi de la fin de 1969.
Il était évidemment, confidentiel et, en tous cas, non destiné à la publicité. Mais il a «coulé»... Juste avant les vacances d'été, il fut publié simultanément, dans un journal italien et sous forme de dépêche de l'Agence KNA. Dévoilé ainsi au grand public, il vient d'être publié in-extenso par la revue de la Documentation catholique
(1). Nous reproduisons ici ce document, en élaguant seulement quelques dispositions similaires concernant les Églises ou communautés non catholiques. L'intérêt de ce témoignage est manifeste: il exprime très explicitement un certain état d'esprit actuel du Ministère slovaque de la Culture et du Comité central du Parti communiste, en général. Il s'efforce de mettre au point une tactique, justifiée et prévue dans les détails, qui vise à ramener, la situation de l'Église à la période «d'hiver», nous dirions presque à une nouvelle période stalinienne. Ce document et cette tactique, qui concernent l'Église et la Foi en Slovaquie, sont aussi bien exemplatifs de toute la politique de «normalisation», actuellement en plein développement dans le pays.
(1) Cfr. Documentation catholique, 2-16 août 1970, pp. 736 et suivantes. Les notes reprises par la D.C. sont également celles qui accompagnaient le texte publié dans l'Avvenire du 3 juin 1970.

Amis, une fois encore, c'est sans haine, sans acrimonie, sans fiel que nous vous apportons ceci. Et nous sommes conscients du fait que cette sujétion de l'Église, d'autres régimes, qui se réclament d'autres idéologies, la lui imposent également. Finalement, dans les uns et les autres, au-delà de nos frères chrétiens ou non, de notre Église ou d'autres Églises en cause, c'est l'homme assujetti qui transparaît.

Se référant à un «Rapport sur la situation politico-religieuse en Slovaquie» et aux décisions prises en conséquence par le Praesidium du Comité central du parti communiste slovaque le 9 septembre 1969, le ministère de la Culture de la République socialiste slovaque présente le projet suivant de mesures à prendre, à brève et longue échéance, pour l'application de la politique de l'État et du parti communiste aux fidèles, aux Églises et à l'idéologie religieuse.

L’ÉGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

Le ministère de la Culture de la République socialiste slovaque propose ce qui suit :

1. Une rencontre avec les Ordinaires, pour leur expliquer l'attitude présente de l'État envers les Églises, les institutions ecclésiastiques et les fidèles. Le ministère les avertira qu'aucune insertion de l'Église dans le système politique n'est prévue, de même qu'il sera interdit aux Églises de s'occuper des intérêts sociaux, politiques et culturels des citoyens pour empêcher qu'elles ne deviennent des organisations à tendances politiques. Le ministère exigera des évêques de ne pas s'engager dans ce sens et d'observer inconditionnellement les lois qui règlent les rapports administratifs entre l'Église et l'État(1).
(1) En 1949, fut promulguée toute une série de lois antireligieuses (lois 217, 218, 219), qui plaçaient l'Église sous le contrôle de l'État. Celui-ci accordait à l'Église une subvention pour les besoins du culte.  

A exécuter immédiatement après approbation de ces projets par le gouvernement de la République socialiste slovaque.

2. Préparer la fondation d'un nouveau mouvement du clergé catholique qui se substituera à celui des prêtres pour la paix, qui est dissout(2); le nouveau mouvement servira d'instrument d'action à cette partie du clergé fermement attachée à la base du socialisme, pour paralyser l'influence fâcheuse du Vatican et de l'émigration (catholique) de l'étranger, ainsi que les attitudes regrettables de la hiérarchie de notre pays. Préparer le projet de base avant la fin de l'année (1969).
(2) Le mouvement des Prêtres de la Paix fut fondé par l'abbé Plojhar en 1950 pour exercer un contrôle au sein de l'Église, grâce à des éléments ayant la confiance du régime. Il s'est dissous de lui-même le 21 mars 1968.

3. Annuler systématiquement l'interprétation des directives du Commissariat pour la Culture et l’Information N° 4-15/1968 du 7 août 1968 qui garantissaient l'autorisation de l'État pour l'exercice de l'activité pastorale, et sur la base desquelles les prêtres pouvaient exercer leur ministère non seulement dans leur propre paroisse, mais dans n'importe quelle autre sur le territoire de la République socialiste tchécoslovaque(3). Les nouvelles directives doivent être publiées avant la fin· de cette année (1969).
(
3) En Tchécoslovaquie, étant donné la politique du régime qui vise à l'extinction du clergé par élimination naturelle, Il y a en moyenne un prêtre pour deux paroisses. C'est la raison pour laquelle en 1968, on avait permis aux curés d'exercer librement leur ministère dans des paroisses autres que la leur; permission maintenant révoquée.  

4. La Société Saint-Adalbert, qui est le centre d'édition de l'Église catholique en Slovaquie, doit être contrainte à exercer son activité strictement dans le cadre des décrets de l'État en vigueur. Il s'ensuit: a) que l'inscription de nouveaux membres à cette société est interdite; b) que sa reconnaissance comme maison d'édition indépendante ne saurait être admise; c) que son activité doit s'exercer en conformité avec la politique de notre État; d) qu'est interdite la coopération commerciale et littéraire avec des maisons étrangères, surtout avec l'Institut romain des Saints-Cyrille et Méthode. La direction de la Société Saint-Adalbert doit être prévenue de ces dispositions avant la fin de l'année(1969).

LA CARITAS

5. En ce qui concerne la CARITAS slovaque: a) son activité doit s'exercer uniquement dans le cadre du statut approuvé et des directives données; b) On s'opposera à ses tentatives de faire revivre l'apostolat des laïcs, surtout les exercices spirituels pour laïcs, comme ils existaient en 1968 et 1969; c) les exercices spirituels ne seront permis qu'aux prêtres, aux religieux et aux religieuses; d) l'activité de la direction de la nouvelle CARITAS doit être contrôlée, et les mesures qui s'imposent doivent être prises en ce qui concerne la confiance qu'on peut mettre dans l'attitude politique de ses dirigeants. A mettre en application avant la fin de février 1970.

LES FACULTÉS DE THÉOLOGIE

6. Pendant les dix-huit dernières années, la formation des prêtres a été substantiellement réduite et, en conséquence, leur nombre a diminué(4). Comme cependant le nombre des séminaristes a de nouveau augmenté, et que les locaux se sont révélés insuffisants à la Faculté de théologie des Saints-Cyrille et Méthode de Bratislava, les Ordinaires catholiques ont essayé d'obtenir l'autorisation d'ouvrir une annexe de séminaire dans la résidence épiscopale de Spisske Podhradie où seraient aussi formés des prêtres pour l'Église gréco-catholique. Le ministère de la Culture a refusé cette autorisation. Pour l'année scolaire 1969-1970, on a seulement accueilli à la Faculté de théologie des Saints-Cyrille et Méthode, le nombre de nouveaux élèves qu'elle pouvait accueillir. De plus, les Ordinaires ont cherché à rattacher la Faculté de théologie au ministère de l'Éducation. Toutefois :

a) Comme la Faculté de théologie ne fait pas partie des établissements d'instruction supérieure, elle ne saurait être englobée dans le système scolaire de l'État;

b) La formation future des séminaristes de l'Église gréco catholique sera réglée dès que la situation de cette Église se sera normalisée;

c) II faut enquêter sur l'activité du corps professoral du séminaire des Saints-Cyrille et Méthode, surtout en ce qui concerne son activité dans l'«Œuvre du renouveau postconciliaire» (DKO)(5) et effectuer des changements dans le personnel;
(5) Le «Mouvement pour le renouveau conciliaire»(DKO) fut fondé les 14-15 mai 1968, à la place de celui des «Prêtres de la Paix» et il rassemblait évêques, clergé et laïcs. C'est pour cette raison qu'il a été Injustement accusé de viser à restaurer le «catholicisme politique». Il a été dissous après l'invasion russe, le 18 octobre 1968

d) Il faut aussi ouvrir une enquête sur la participation des supérieurs du séminaire à l' «Œuvre du renouveau postconciliaire». En conformité avec le statut établi par l'État, la direction du séminaire et celle de la Faculté de théologie doivent être unifiées. Il faut effectuer les changements qui s'imposent dans la direction du séminaire avec l’aide de l'Ordinaire du lieu.
(4) Jusqu'en 1968, le «numerus clausus» des séminaristes était de 20 par année. On tend à le réintroduire aujourd'hui au moyen de diverses mesures restrictives.

A faire exécuter avant la fin de la présente année(1969)

LES ORDRES RELIGIEUX

7. Avant la fin de décembre 1969, on convoquera tous les supérieurs provinciaux pour les informer que l'activité de leurs religieux se limite aux domaines suivants :

Congrégations féminines:

a) Travail dans les établissements slovaques de caractère social, surtout soin des vieillards et des malades de leurs congrégations ou des prêtres retraités; b) travail dans les maisons de la Société Saint-Adalbert; c) activité dans certains hôpitaux désignés par les ministères de la Culture et de la Santé; d) travail dans les établissements pour enfants anormaux; e) les supérieures provinciales seront invitées à retirer leurs Sœurs des postes de travail qui leur sont interdits, à savoir: les paroisses où elles enseignent la religion ou sont au service des prêtres; les hôpitaux où elles n'ont pas été nommées avec l’accord du ministère de la Santé; les maisons qu'elles ont occupées de leur propre initiative ou qu'elles ont achetées pour y établir une communauté; f) les supérieures provinciales seront averties qu'elles ne peuvent recevoir de nouvelles novices. Au cas où elles en ont déjà reçu, en demander la liste et s'assurer de leur renvoi.

Ordres ou congrégations d’hommes:

a) Le champ de leur activité est exclusivement limité au ministère pastoral. On ne permettra en aucun cas la constitution de petites communautés dans les presbytères; b) on avertira les provinciaux qu'ils ne peuvent recevoir de nouveaux novices et que s'ils en ont reçu, ils doivent les renvoyer; c) on avertira le provincial des Rédemptoristes que, en conformité avec les dispositions concernant le ministère pastoral, son ordre ne peut continuer à prêcher des missions dans les paroisses de la République socialiste slovaque; d) on ne permettra les études des religieux à la Faculté de théologie catholique romaine des Saints-Cyrille et Méthode que dans la mesure où il y aura des places disponibles dans cette Faculté. Mais on n'y admettra que les profès (le noviciat n'étant pas autorisé).

Toutes ces mesures sont à discuter oralement avec les supérieurs provinciaux. Leur application doit se faire avant la fin de cette année. Il est souhaitable que ce règlement soit uniforme pour toute la République socialiste tchécoslovaque. En conséquence, nous recommandons que des mesures semblables soient discutées par le Comité central du parti communiste tchécoslovaque et le gouvernement de la République tchécoslovaque.

L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX

8. L'enseignement de la religion, tel qu'il était organisé par les Églises, selon les directives, publiées par le ministère de la Culture de la République tchécoslovaque et le commissariat pour la Culture et l'Information du Conseil national slovaque, a échappé au contrôle de l'État en 1968, surtout du point de vue pédagogique. Les autorités de l'État ignorent où et quand on enseigne la religion, et qui l'enseigne; elles ignorent si, du point de vue pédagogique et politique, ces enseignants sont aptes à donner l'enseignement religieux aux élèves. En conséquence, le ministère de la Culture a preparé, en collaboration avec le ministère de l'Éducation de la République socialiste slovaque, un projet de directives sur les bases suivantes:

a) L'enseignement religieux doit être donné seulement dans les écoles comme matière non obligatoire, pour les élèves de la deuxième à la septième année de cours élémentai.re. Il peut être donné à l'école pendant les jours de classe, immédiatement après l'horaire normal, et seulement aux élèves qui fréquentent régulièrement l'école. Exceptionnellement, la section culturelle du Comité national du district, après entente avec la section scolaire du même Comité, pourra autoriser l'enseignement de la religion en dehors des locaux scolaires. Les demandes d'admission à l'enseignement religieux, qui doivent être signées par les deux parents (exceptionnellement la signature d'un seul suffit) seront reçues par le maître de chaque classe, avant le commencement de l'année scolaire(6).
(6) Le 20 août 1968, l'enseignement de la religion a «libéralisé» et soustrait au contrôle des maîtres d'école qui sont considérés comme des fonctionnaires de l'État (et du régime). Aujourd'hui, on revient à l'ancienne manière de procéder.

b) L'enseignement religieux sera donné par les prêtres; s'il s'agit d'associations religieuses(7) par des prédicateurs laïcs. Dans les cas où les prêtres seraient dans l'impossibilité d'assurer cet enseignement, l'Église peut employer comme professeurs de religion des laïcs remplissant les conditions voulues au point de vue civique et au point de vue santé. Pour pouvoir donner cet enseignement, ils doivent tout d'abord obtenir l'autorisation du Comité national de district. Il est interdit aux religieuses d'enseigner la religion;
(7) Sociétés religieuses non catholiques qui n'ont pas de sacerdoce.  

c) Les maîtres laïcs doivent être payés par l’Église ;

d) Les Églises et les sociétés religieuses présenteront à la section culturelle du Comité national de district avant le 15 août (avant le début de l'année scolaire), pour le bon fonctionnement de l'école et pour les statistiques, la liste des élèves inscrits à l'enseignement de la religion, les noms des enseignants, le nombre de sections et l'horaire. Celui-ci, selon les groupes, est le suivant: groupes de plus de seize élèves: deux heures par semaine; groupe de neuf à quinze élèves: une heure par semaine; groupes de cinq à huit élèves: une heure tous les quinze jours; groupes de deux à quatre élèves: une heure chaque mois.

9. La réglementation légale actuellement en vigueur entre l'État et les Églises pour les salaires des professeurs d'enseignement religieux est périmée. L'État dépense chaque année plus de quatre millions de couronnes pour les classes de religion. Le ministère de la Culture estime que cette dépense est inutile, car les prêtres sont déjà payés pour leur travail pastoral, et l'enseignement de la religion fait partie de leur ministère. D'autre part, l'État n'a pas l'intention de favoriser l'enseignement religieux par des subsides, comme il ressort de l'article 5, paragraphe 14, des décrets du gouvernement qui règle les rapports entre l'État et l'Église.

Le ministère de la Culture propose que le gouvernement de la République socialiste slovaque, conformément à l'article 144, ligne 1 de la loi constitutionnelle n° 143/1968 du 27 octobre 1968 sur la Fédération tchécoslovaque, promulgue un décret annulant la disposi1ion du paragraphe 14, ligne 2, 3, 4, 5 et 6 du décret n° 219-223/1949 du 18 octobre 1949 sur le financement par l'État des Églises (Église catholique romaine, Église luthérienne, Église orthodoxe, Église grecque-orthodoxe et sociétés religieuses).

Cette attitude politique est dictée par le principe constitutionnel de la liberté religieuse, en vertu duquel l'État autorise l'enseignement religieux. Ce principe n'est pas en contradiction avec l'obligation de dispenser gratuitement l'enseignement religieux, selon qu'il ressort du paragraphe 14, ligne 1, du décret gouvernemental n° 219-223/1949.

Toutefois, du point de vue politico-religieux, il est souhaitable que le règlement soit le même pour toute la République socialiste tchécoslovaque. C'est pourquoi il est recommandé à la République socialiste tchèque de prendre des mesures analogues.

L’ÉGLISE GRECQUE CATHOLIQUE(8)
(8) Incorporée de force à l'Église orthodoxe en 1950, elle a obtenu l'autorisation de se reconstituer par un décret gouvernemental du 13 juin 1968 qui, entre autres signatures, porte celle de Husak. Aujourd'hui, son existence est de nouveau contestée par le régime. Les controverses avec les orthodoxes dont il est question ici ont un fondement réel, mais elles étaient en voie de dépassement après l'appel commun lancé par l'évêque grec catholique, Mgr Hopko, et le métropolite orthodoxe Dimitri, pour une mutuelle réconciliation. Aujourd'hui, le régime entend s'appuyer sur ces difficultés pour imposer son intervention et ses solutions.

1. Le ministère de la Culture, en collaboration avec le ministère de l'Éducation et les Comités nationaux de district(9) fera procéder à une enquête précise sur le clergé grec catholique, sur l'état d'esprit de ses membres, pour choisir les personnes aptes à préparer une rapide consolidation de la situation religieuse de l'Église grecque catholique.
9) Organes de décentralisation de l'État.  

2. En passant par l'intermédiaire de l'ordinariat de l'Église grecque catholique, le ministère de la Culture supprimera immédiatement les Conseils pastoraux, parce qu'ils n'entrent pas dans la structure administrative de l'Église grecque catholique, et surtout parce qu'en 1968 ils se sont constitués illégalement en Comité d'action et ont manifesté jusqu'à ce jour une très grande agressivité.

A faire exécuter avant la fin de mars 1970.

3. Les Comités nationaux de district de la partie orientale de la Slovaquie devront:

a) Conformément à la loi n° 218/1949, et aux décrets gouvernementaux 219/1949 et l'ordonnance n° 70/1968, enquêter sans retard sur l'honorabilité de tous les prêtres grecs catholiques et exiger d'eux qu'ils présentent l'extrait du casier judiciaire attestant qu'ils ont été officiellement rayés de la liste des condamnés.

b) Conformément aux lois qui règlent le financement des Églises par l'État, et conformément à la décision gouvernementale n° 62/1969, poursuivre rigoureusement en justice tous les prêtres qui s'opposent à la consolidation des rapports entre croyants grecs catholiques et orthodoxes. Par l'exécution de cette mesure, les Comités nationaux de district agissent sous leur autorité et responsabilité propres.

c) Dans les villages où subsistent les conflits religieux, si les efforts des autorités de l'État pour améliorer la situation sont restés sans résultat, l'activité des deux Églises sera totalement suspendue jusqu'à la solution de la controverse. Il sera bon, selon l'opportunité, de procéder à des changements de personnes, conformément à la décision gouvernementale 219-223/1949 et au décret n° 64 du 14 mars 1969. Pour arbitrer ces controverses, les autorités feront preuve de la plus stricte impartialité entre les deux parties intéressées.

d) Tant que le conflit entre les deux Églises ne sera pas réglé, aucune manifestation de masse des fidèles des deux Églises (par exemple pèlerinages, cérémonies de confirmation, bénédiction de nouvelles églises, etc.) ne sera autorisée.

e) Les membres des Comités nationaux de district informeront de ces mesures d'une façon très précise les prêtres et les fidèles des deux Églises. Un recours à des instances supérieures est exclu, étant donné que toutes ces mesures sont de la compétence des Comités nationaux de district.

4. Les autorités compétentes du parti et de l'État, en Slovaquie orientale, doivent être tenues au courant de ces mesures. Le ministère de la Culture agira de même envers les représentants de l'Église grecque catholique et les prêtres qui exercent leur ministère dans les localités agitées par ces conflits.

A faire exécuter immédiatement après approbation de ce projet par le gouvernement de la République socialiste slovaque.

5. Si les conflits ne peuvent être résolus par suite de mauvaise volonté de la part de l'Église grecque catholique, le ministère de la Culture de la République socialiste slovaque, pour sauvegarder l'ordre public socialiste et la sécurité politique, proposera, conformément aux mesures approuvées par le gouvernement tchécoslovaque, d'opérer des changements parmi les dirigeants de l'Église grecque catholique. Éventuellement, l'existence même de l'Église grecque catholique pourra être mise en question. De plus, le ministère de la Culture rappelle que l'autorisation accordée à l'Église grecque catholique de reprendre son activité, en vertu du décret du gouvernement de la République tchécoslovaque n° 205 du 13 juin 1968, n'a pas reçu l'approbation du Comité central du parti communiste de Bohème et de Slovaquie.

(…) Ici font suite des précisions du même ordre à l'égard des Églises ou communautés non catholiques. Nous reprenons seulement le paragraphe(4) «l'activité œcuménique des Églises».

L’ACTIVITÉ ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES

Le ministère de la Culture de la République socialiste de Slovaquie:

a) Entreprendra l'examen de l'activité du Conseil œcuménique des Églises dans la République socialiste tchécoslovaque au cours de l'année dernière.

b) Donnera son point de vue sur l'activité de la Conférence chrétienne pour la paix et élaborera des projets pour son activité future.

A faire exécuter avant la fin de cette année au niveau de la direction des Églises et avant la fin de mars 1970 au niveau des ministères de la Culture des Républiques socialistes tchèque et slovaque.

LA PRESSE

Le ministère de la Culture de Slovaquie:

1. Veillera soigneusement à ce que la presse religieuse ne fasse pas du catholicisme politique, ne parle pas de l'émigration catholique, et ne diffuse pas des informations sans fondement sur le passé et sur la situation actuelle dans la République socialiste tchécoslovaque.

2. Ordonnera un examen du contenu des publications suivantes : Katolicke Noviny (Nouvelles catholiques), Duchovny pastier (Pasteur d'âmes), Evajelicky posol spod Tatier (Messager évangélique de dessous Tatra), Cirkevné Iisty (Feuilles ecclésiastiques) et Stuzba slova (Service du Verbe(10). Cet examen doit être fait, pour Katolicke Noviny avant le 15 décembre 1970; pour les autres publications, prendre progressivement les mesures nécessaires imposées par les circonstances.
(10) Titres de publications périodiques des diverses confessions religieuses.

3. En ce qui concerne la presse non périodique publiée par les Églises, le ministère de la Culture ne permet que la publication, des ouvrages de base nécessaires au besoin des fidèles: livres liturgiques ou manuels d'étude. On ne permettra la publication d'aucune prose et d'aucune poésie d'inspiration religieuse.

4. En ce qui concerne l'importation religieuse venant de l’étranger, particulièrement celle des objets de piété, des livres de chants, de prières ou autres, le ministère de la Culture, en collaboration avec les ministères de l'Intérieur et des Finances, veillera à ce que cette regrettable situation soit normalisée. De plus, on exercera un contrôle sur les voyages à l'étranger, surtout au Vatican.

A faire exécuter avant la fin de mars 1970

5. Après accord avec le Comité régional du parti communiste slovaque, le ministère de la Culture s'emploiera à informer la population de Slovaquie orientale, par la presse, la radio et la télévision, des décisions du gouvernement relatives à l'activité de l'Église grecque catholique, de façon à faciliter l'application de ces décisions.

A faire exécuter conformément aux résolutions prises à la session du Comité régional de la République slovaque à Kosice, en présence des camarades Pirsc, Valek, Vasecka et Pepich.

6. Le ministère de la Culture insistera particulièrement pour que la presse religieuse publie des articles destinés à consolider les rapports entre l'Église grecque catholique et l'Église orthodoxe.

7. Par suite de manque d'information dans la presse officielle sur les questions d'ordre politico-religieux, la majorité des croyants subit l'influence de la presse catholique et de journaux comme Lidova democracie (Démocratie populaire), Svoboda (La Liberté), etc. Aussi le ministère de la Culture recommande-t-il que des informations de ce genre soient divulguées par la presse du parti qui est lue par de nombreux croyants. A cette fin, le ministère de la Culture fera connaître aux représentants de la presse, de la radio et de la télévision ce qu'il faut penser de la situation politico-religieuse actuelle.

A faire exécuter après approbation du gouvernement slovaque.

NORMALISATION (*)
(*) Ce sous-titre et ceux qui suivent sont de la rédaction de «La Documentation catholique.»)

Le ministère de la Culture de la République socialiste slovaque:

1. Continuera à discuter de toutes les questions de politique ecclésiastique avec les autorités d'État chargées des affaires ecclésiastiques dans chaque pays socialiste en particulier. C'est pourquoi, au mois d'octobre et de novembre, les représentants des secrétariats tchèque et slovaque pour les Affaires ecclésiastiques ont eu des consultations avec leurs homologues d'Union soviétique et de Hongrie, consultations qui seront progressivement étendues à d'autres pays socialistes.

LES NOMINATIONS D’ÉVÊQUES

2. Le ministère de la Culture de Slovaquie estime que pour le moment (compte tenu de la période actuelle de consolidation de notre système politique, de la situation intérieure politico-religieuse, de l'activité hostile des catholiques émigrés à l'étranger, et de l'insuffisante élaboration de notre politique envers le Vatican), il n'est pas souhaitable de reprendre les négociations avec Rome. Le ministère de la Culture pense qu'il est bon de ne pas se hâter de pourvoir à la vacance des sièges épiscopaux(11) car, avec certains groupes qui se sont formés sur la base de principes édictés par le IIème Concile du Vatican(12), il pourrait se constituer une force puissante et organisée, avec un programme bien défini, susceptible de rendre plus difficile la consolidation de la conjonction politique.
(11)En Slovaquie, sur sept diocèses, six sont vacants.
(12) Il est probablement fait allusion ici à la tentative de constituer des Conseils pastoraux, tentative contrecarrée par le régime qui y voit une sorte de restauration du «catholicisme politique».

 Le ministère de la Culture ne tolérera pas que l'on fasse pression sur les vicaires capitulaires(13) ou sur l'opinion publique pour exiger la nomination de nouveaux évêques. Le ministère de la Culture achève actuellement son enquête sur les candidats aux divers sièges indiqués par le Vatican. Cependant, pour la Slovaquie, les candidats proposés sont tels qu'il ne peut y avoir de base de discussion acceptable. Le ministère de la Culture enquêtera sur l'activité des prêtres qui, du point de vue des intérêts de l'État, pourraient être considérés comme des candidats valables à l'épiscopat.
(13) Les vicaires capitulaires qui dirigent les six diocèses vacants sont des personnes de confiance imposées par le régime.

ŒCUMÉNISME – CONTACTS AVEC L’EXTÉRIEUR

3. En collaboration avec son collègue tchèque, le ministère de la Culture de Slovaquie établira le programme d'activité œcuménique entre les Églises dans le pays. De plus, la participation des Églises au sein des organisations œcuméniques à l'étranger sera mise au point en accord avec les offices chargés des affaires ecclésiastiques dans les autres pays socialistes.

A faire exécuter avant mars 1970

Le ministère de la Culture, en collaboration avec le ministère de l'Intérieur, veillera à empêcher tous les contacts préjudiciables avec les organisations d'émigrés ou avec certains émigrés à l'occasion de voyages de citoyens croyants ou de prêtres à Rome. Tâche permanente.

CONTRÔLE DE L’ÉTAT

Étant donné que les Églises et les Associations religieuses cherchent à étendre leur activité dans le domaine idéologique et à pénétrer dans notre système politique, il est nécessaire d'instaurer un contrôle de l'État sur les Églises. Pour cela, le ministère de la Culture recommande au Comité central du parti communiste slovaque:

- De demander au président du Comité central du parti communiste tchèque d'ouvrir une enquête sur la pratique suivie en matière de politique religieuse par la précédente direction du ministère de la Culture de Tchécoslovaquie, et d'étudier les rapports concernant la situation politico-religieuse soumis aux organes du parti et du gouvernement. Selon le ministre de la Culture de Slovaquie, ces rapports font apparaître des attitudes qui ont permis aux Églises et aux Associations religieuses de s'immiscer dans le ·domaine politique, social et culturel du pays.

- Afin de pouvoir analyser les tendances qui se manifestent dans l'activité de l'Église, ainsi que les facteurs sociologiques de la vie religieuse et les problèmes posés par une éducation basée sur l'athéisme scientifique, le ministère de la Culture demande au Comité central du parti communiste slovaque que les Centres idéologiques de recherches sur l'athéisme, qui fonctionnaient dans le passé à l'Institut de philosophie de l'Académie des sciences de Slovaquie, reprennent leur activité.

- De plus, le ministère de la Culture de Slovaquie recommande que dans la nouvelle terminologie adoptée par les employés du district, et préparée actuellement par les soins du ministère de l'Intérieur, les secrétaires de district pour les affaires ecclésiastiques figurent en qualité d'experts indépendants. Une telle reconnaissance sociale de leur travail permettrait d'élever à ces postes des personnes compétentes et très sûres du point de vue politique. Du fait que, pendant des années, les organes de l'État et du parti ne les ont pas appréciés à leur juste valeur, ces fonctionnaires des affaires politico-religieuses n'étaient pas en mesure d'empêcher l'infiltration générale de l'Église dans la vie idéologique, culturelle et politique du pays.

On a cessé de demander aux secrétaires ecclésiastiques de district une activité planifiée et, de plus en plus, on leur a confié d'autres tâches.

MESURES À COURT ET À LONG TERME

Par des mesures à court terme, on doit résoudre les questions les plus urgentes qui, après janvier 1968, ont échappé aux mains du parti et des organismes d'État. Une fois réglées ces questions urgentes, le parti et les organismes d'État seront en mesure de conserver l'initiative également dans le domaine de la politique ecclésiastique. Ces mesures à court terme donneront le temps de résoudre à long terme les questions connexes. A ce propos, le ministère de la Culture estime que les mesures à long terme les plus importantes sont :

a) Une analyse de la politique ecclésiastique pratiquée dans le passé par l'État comme par le parti communiste.

b) L'élaboration par l'État et le parti communiste d'un programme à long terme, pour la solution des rapports avec les Églises, les croyants et les idéologies religieuses; le ministère de la Culture de Slovaquie présentera les grandes lignes de ce programme avant la fin de janvier 1970.

PROBLÈMES LIES À LA SITUATION SOCIALE ACTUELLE

Pour l'orientation de son action dans le domaine de la politique ecclésiastique, le ministère slovaque de la Culture a tenu compte de la continuité, mais il a surtout pris en considération la situation sociale actuelle et la place de la politique ecclésiastique dans l'ensemble des problèmes sociaux, notamment ceux-ci :

1. Problèmes des droits démocratiques en général des citoyens spécialement le respect des libertés garanties par la Constitution; la normalisation de la vie religieuse est en effet une base pour la réalisation des objectifs idéologiques de la société socialiste.

2. Problèmes liés à l'évolution de la réalité sociale, et qui provoquent des changements dans le développement, les formes et la dynamique de la religiosité dans le sens de la sécularisation, mais font aussi apparaître de nouvelles formes de religiosité.

3. Problèmes concernant l'Église et dont la solution a une incidence immédiate sur les croyants : enseignement religieux, littérature religieuse, formation des séminaristes, activité des paroisses, relations entre les Églises, etc.

4. Problèmes concernant directement la vie interne de l'Église: respect du caractère socialiste de la société, loyauté totale de l'Église envers l'État, non-intervention de l'Église dans les options politiques et les engagements civils des croyants.

5. Problèmes concernant les Centres ecclésiastiques à l'étranger et leur activité internationale politico-religieuse. Ces problèmes doivent être résolus selon les mêmes principes et d'une manière coordonnée dans toute la République tchécoslovaque, et en accord avec les autres pays socialistes.

6. Problèmes posés par les différences entre la situation politico-religieuse de Bohême et celle de Slovaquie (mentalité religieuse, évolution historique, etc.) et qui exigent un règlement différent correspondant à la situation des deux États composant le pays, mais en gardant le principe d'une politique religieuse unifiée pour toute la République socialiste tchécoslovaque.

 

*

*     *

Certes, ceci est une vision des choses.

Mais, la réalité humaine n'épuise pas le véritable «réel».
Depuis que le Christ a fait irruption dans l'histoire de l'homme, celle-ci a pris -qu'on le veuille ou non- une autre dimension encore.

Rappelez-vous, Amis, ce que disait justement un prêtre de Tchécoslovaquie: «L'histoire a une autre dimension qu'une seule dimension historique, économique ou autre..., elle a une dimension théologique! Il faut avoir la Foi».

Cette relecture de la réalité, avec les yeux de la Foi, nous dévoile alors un autre aspect des choses. Et, une fois de plus, tout nous apparaît paradoxal.

Des échos nous parviennent de ce même pays, apparemment fort contradictoires: les uns parlent d'une chape de désespérance, de la désintégration intérieure d'un peuple, deux fois livré, deux fois abandonné et qui a fini d'espérer. D'autres parlent, au-delà de cette désespérance, d'une recherche d'évasion: rentrer dans le rang, chercher le tout petit bien-être, la fin de semaine, la «planque».

Mais d'autres échos aussi parlent d'Espérance renouvelée, d'une Foi qui refuse les ténèbres, même parfois de sérénité, de coude à coude, de ferveur.

Où est la vérité des choses ? Sans doute est-elle, comme toujours, multiple et diversifiée. Mais une chose est vraie: «La détresse produit la persévérance, la persévérance, la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée, l'Espérance, et l'Espérance ne trompe pas». Qui dit cela ? Qui dit cela, aujourd'hui, en Tchécoslovaquie? Non, c'était l'apôtre Paul, en s'adressant aux Romains de son temps(V, 3,5). Mais, aujourd'hui, oui, en un autre langage, mais tellement proche de celui-ci que la relation saute aux yeux, des frères parlent encore. Il nous a été donné de vivre avec l'un ou l'autre cette expérience extraordinairement bouleversante: aujourd'hui, en cette situation, comme autrefois dans l'Église primitive, la force du Seigneur relaie la faiblesse de l'homme, et l'apôtre tient debout, et même dans la sérénité, par la grâce de cette seule force. Et cela même, au fond de sa détresse, l'éblouit et fonde son Espérance.

«On a relu ensemble l'Évangile. Oui, Il faut quitter la voie large, il faut marcher sur le chemin qui est étroit... Oui, du courage, j'en ai. Ne t'inquiète pas. Il pleut, déjà le troisième jour, nous en avons pour toute la journée, le ciel a l'air bien gris. Mais je n'ai point de peur. Le Seigneur est avec moi, même à l'heure difficile, il sera à côté de moi. Alors, il n'y a plus de place pour une crainte ou une méfiance».

«Pour moi, Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le témoignage de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse. Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant, et ma parole et mon message n'avaient rien des discours persuasifs de la sagesse; c'était une démonstration d'Esprit et de puissance, afin que votre Foi reposât, non point sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu»(1. Cor. 2, 1-5)

Ainsi, tout comme autrefois, le Seigneur choisit ce qui est démuni, et dépouillé et petit et faible et écrasé pour confondre la sagesse de ceux qui sont avides de sécurité. Le Seigneur poursuit son projet, au cœur même des tribulations. Dans le dénuement, il révèle sa Présence. Dans la sujétion, il guide aussi vers la liberté intérieure. Dans l'abandon, il suscite la confiance, dans l'angoisse il éduque la Foi. Et il se révèle alors fort dans la faiblesse, serein dans l'ébranlement, fidèle de sa propre fidélité qui est, nous le savons bien, inconditionnelle.

Amis, pour l'avoir vécue de près, nous portons témoignage de cette RÉALITÉ.

Et telle est la réponse du Seigneur à la prière de son Église en Tchécoslovaquie.

Et tel est le message qui nous en vient. «Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié».
Laissons-nous enseigner.

 

Lituanie

Des «Pays Baltes», aujourd'hui incorporés dans l'Union soviétique, (depuis 1940), nous parlons trop rarement.

C'est que les échos de ces peuples sont assez rares, et ils demeurent encore fort à l'écart des échanges qui, peu à peu, se nouent par-dessus les frontières idéologiques.

Parfois, il nous est possible d'y faire transmettre un geste, un témoignage: goutte d'eau dans une terre désertique. Malheureusement.

La situation de l'Église catholique est fort difficile en ces régions, et pourtant, il est rare aussi que sa voix vienne jusqu'à nous. Pourtant, pourrions-nous oublier que là-bas également vivent des communautés de frères chrétiens et spécifiquement de catholiques.

La Lituanie regroupait la communauté la plus importante. En 1939, juste avant Il 'incorporation 'du pays à l'URSS, la situation de l'Église en Lituanie était structurellement la suivante: 9 diocèses, 12 évêques, 1487 prêtres séculiers et 152 religieux, 571 frères et 963 religieuses. La communauté comptait 2.776.422 catholiques, regroupés en 681 paroisses. 4 séminaires assuraient la formation du clergé. Ils comptaient alors au total 466 séminaristes.

Très vite, la situation devenait alarmante et puis critique. Le nonce avait eu un mois pour quitter le pays, et le Concordat de 1927 avait été dénoncé. Presque jour pour jour, un an plus tard, 40.000 personnes furent arrêtées et déportées en Sibérie en une nuit. C'était tout juste avant la longue occupation allemande, de 1941 à 1944. La vie religieuse reprit un peu d'activité ouverte, malgré cette période de guerre, mais elle s'exprima plus massive encore dans l'angoisse qui étreignit le peuple lors du retour des armées soviétiques, en 1944.

La situation actuelle de l'Église en ce pays révèle que l'inquiétude était justifiée.

Il y a un an, quarante prêtres catholiques du diocèse de VILNIUS, adressèrent une lettre au président du Conseil des ministres de l'URSS. Ce document très significatif vient seulement d'être publié en Occident.(1) A l'instar de toute la contestation en faveur des droits de l'homme qui s'affirme aujourd'hui en URSS, les signataires de la lettre tentent à fonder leurs revendications sur les droits proclamés par la Constitution elle-même. En effet, alors que, officiellement, le droit à la liberté de conscience et la liberté de pratiquer les cultes religieux sont consignés dans la Constitution de l'URSS, toutes les mesures discriminatoires visent effectivement à réduire les Églises et concourent finalement à annihiler dans la pratique le libre exercice de ces droits. Revendiquant «le droit absolu de professer la religion de son choix», les signataires se réfèrent non seulement à Lénine, le père de la révolution, mais strictement à leurs droits de citoyens, garantis par la loi fondamentale du pays. De là, l'autorité avec laquelle ils s'expriment. Le document ci-après -au-delà d'un aspect structurel- met en relief, et jusque dans le concret, les entraves mises à l'exercice de la pastorale. C'est à ce niveau qu'il nous est possible, sans doute, de trouver une compréhension et une communion plus profondes, car c'est dans la vie quotidienne qu'il nous est donné de comprendre ces frères à travers cette information.
(1) Cfr. : La Documentation catholique, 2-16 août 1970, pp. 742 et suivantes.

DÉCLARATION DE PRÊTRES CATHOLIQUES LITUANIENS

Dans son article «Aux paysans pauvres», Lénine, résumant les tâches du parti social-démocrate, écrivait: «Les sociaux-démocrates exigent que chacun ait le droit absolu de professer la religion de son choix.»(Œuvres, t.VI, Vilnius, p. 346.)

Critiquant le gouvernement tsariste et ses mesures prises contre les non-orthodoxes, Lénine écrivait: «Chacun doit être entièrement libre non seulement d'observer n'importe quelle croyance, mais aussi de la propager et de changer de religion... C'est affaire de conscience et personne ne doit s'aviser de s'en mêler.»(Œuvres de Lénine, t. 6, Moscou, 1946.)

LES SÉMINAIRES

La Constitution de l'URSS garantit à ses citoyens la liberté de pratiquer n'importe quelle religion. Les lois soviétiques assurent le droit des croyants d'observer les rites religieux. L'article 143 du Code pénal prévoit des peines pour le cas où quelqu'un empêcherait de les observer. Cependant, il n'en est pas ainsi, dans la réalité. Les lois garantissant les droits des fidèles sont gravement violées. En Lituanie, l'Église catholique est condamnée à mort, les faits en témoignent. Tandis qu'il y avait en Lituanie, en 1940, quatre séminaires et environ 1.500 prêtres, il ne restait, après 1940, qu'un seul séminaire à Kaunas. Quelque 400 élèves, venus de tous les diocèses s'y trouvaient rassemblés. En 1946, en plein milieu de l'année scolaire, leur nombre fut réduit à 150 élèves. Tout dernièrement, sur l'ensemble de cinq années d'études, quelque 30 élèves à peine étaient autorisés à poursuivre leurs études au séminaire. Il n'était pas permis d'accueillir de nouveaux élèves à la place de ceux qui se retiraient ou qui tombaient malades. Alors que chaque année une trentaine de prêtres meurent en Lituanie, nous n'en ordonnons que cinq ou six pour la même période. Cette année (en 1969), trois nouveaux prêtres seulement ont été ordonnés. Aussi, dès maintenant, beaucoup de prêtres doivent-ils desservir deux paroisses en même temps. Beaucoup de paroisses sont administrées par des curés ayant plus de 70 ans. Même des invalides sont obligés de remplir les fonctions de curé, à Turmantas, par exemple.

On crée aux jeunes qui entrent au séminaire beaucoup plus d'obstacles qu'à ceux qui entrent dans d'autres écoles supérieures. Les candidats sont sélectionnés non par des représentants de l'Église, mais par des fonctionnaires de l'État. C'est aussi anormal que si les candidats au conservatoire de musique étaient désignés par des vétérinaires ou des spécialistes d'autres branches.

En janvier 1969, des prêtres du diocèse de Vilkaviškis se sont adressés au président du Conseil des ministres de l'URSS au sujet de la situation anormale qui règne dans le séminaire interdiocésain de Kaunas(1). En février, ils se sont adressés pour le même motif aux évêques en fonction dans la RSS de Lituanie et aux administrateurs des diocèses. A cause de cela, deux prêtres, l'abbé S. Tamkevicius et l'abbé J. Zdebskis, ont été privés de leur carte de travail. Ils doivent travailler comme ouvriers non spécialisés et ne peuvent plus exercer leur ministère.
(1) extraits de cette- lettre des prêtres du diocèse de Vilkaviskis:
«En 1944, il y avait dans le grand séminaire de Kaunas 400 étudiants.
En 1946, le gouvernement soviétique réduisit leur nombre à 150. Depuis lors, 30 candidats seulement sont admis au séminaire chaque année. En 1969, 4 prêtres seulement ont pu être, ordonnés.
( ... )
«Contrairement aux déclarations, l'acceptation des candidats au séminaire de Kaunas est soumise encore à la situation anormale ci-après:
Chaque année, le Recteur du séminaire doit transmettre la liste des candidats au responsable du Bureau des affaires ecclésiastiques de la République Socialiste Soviétique de Lituanie, afin de la soumettre au contrôle sur le point de savoir s'il s'agit de sujets loyaux envers le régime soviétique. Le chargé d'affaires détient le pouvoir de rayer de la liste le nom d'un candidat, sans qu'il soit tenu d'en donner la raison, alors même que le candidat serait citoyen de plein droit, de conduite irréprochable et sans reproche à l'égard des lois gouvernementales.»
Nous ne comprenons pas pourquoi des jeunes gens, diplômés d'un lycée ou d'une école supérieure, nantis des licences et attestations nécessaires, ne pourraient avoir le droit d'entrer au séminaire; ni pourquoi, un candidat rayé une fois de la liste à cause du nombre limité établi à l'entrée, devrait perdre le droit de renouveler sa requête l'année suivante; ni pourquoi des candidats pourraient être souvent refusés sous des prétextes vraiment futiles. Une telle procédure n'existe pas pour les autres écoles supérieures. Ne s'agit-il pas là d'une atteinte à la Constitution de l'U.R.S.S. ?
(...)
Nous vous prions, Monsieur le Président du Conseil des Ministres, de permettre que le séminaire catholique de Kaunas puisse jouir de son autonomie pour ce qui concerne ses affaires proprement internes, qu'il soit possible aux autorités ecclésiastiques de fixer elles-mêmes le nombre des candidats à admettre au séminaire et qu'il ne soit plus fait obstacle au candidat qui sollicite son entrée au séminaire.»

LES ÉVÊQUES

En 1940, il y avait en Lituanie douze évêques; aujourd'hui, il n'en existe plus que deux, qui sont d'un âge avancé: Mgr J. Matulaitis-Labukas, né en 1894, et Mgr J. Pietkus, né en 1895. Deux évêques, compétents et en pleine jouissance de leurs forces sont exilés dans des paroisses éloignées: Mgr J. Steponavicius s'y trouve depuis neuf ans et Mgr V. Sladkevicius depuis plus de dix ans. Bien que, d'après les articles 62 à 69 du Code pénal soviétique, l'exil ne soit applicable que pour cinq ans au plus et seulement pour des délits graves. Mais de quoi sont coupables les prêtres en question pour avoir été condamnés sans jugement, sans la moindre preuve de culpabilité, pour une durée indéterminée?

Vilnius est depuis fort longtemps le centre de la vie religieuse catholique, mais, aujourd'hui, il n'est pas permis à un évêque catholique d'y résider, alors que des communautés religieuses plus petites de cette ville, les orthodoxes par exemple, ont leur évêque et telles autres, leurs chefs spirituels de rang correspondant.

Selon le droit canon, les vicaires capitulaires ne sont que des administrateurs temporaires, désignés en cas de décès ou d'absence de l'évêque. Or, l'archevêché de Vilnius et l'évêché de Panevėžys sont administrés par des vicaires capitulaires depuis neuf ans déjà et l’évêque de Kaišiadorys l'est depuis vingt-trois ans.

Il n'est pas toujours permis aux évêques et administrateurs, même à ceux qui disposent d'autorisations officielles, de visiter les paroisses et de conférer le sacrement de confirmation conformément aux lois de l'Église. C'est ainsi que dans le diocèse de Panevėžys, ce sacrement n'a été conféré qu'une seule fois depuis 1961. Dans les autres diocèses, il n'est permis de le conférer que dans les grandes villes comme Vilnius, Kaunas, et, très rarement, dans les chefs-lieux de district. Aussi ceux qui désirent recevoir le sacrement de confirmation sont-ils obligés de venir d'endroits très éloignés et de faire de longs déplacements pénibles pour de jeunes enfants. Il en résulte des encombrements et d'autres difficultés.

LES PRÊTRES

Le travail pastoral des prêtres est entravé par tous les moyens: il leur est interdit d'aider les prêtres voisins, quand ils ne sont pas en état Ide célébrer les services religieux, interdit aussi d'inviter aux cérémonies le nombre nécessaire de prêtres. Aussi beaucoup de fidèles qui désirent se confesser doivent-ils attendre longtemps, endurer la fatigue, perdre bien du temps précieux. Lors de grandes fêtes, on compte, dans certaines églises, jusqu'à un millier de confessions. A ne consacrer que trois minutes à chaque personne, un prêtre devrait écouter des confessions pendant au moins 50 heures, ce qui est impossible.

Les spécialistes de tous les domaines se réunissent en de nombreux congrès pour se perfectionner, pour apprendre de ceux qui ont plus d'expérience. Les règlements de l'Église exigent également que les prêtres fassent, au moins tous les trois ans, des retraites d'au moins trois jours. A l'heure actuelle, ces retraites sont interdites, non seulement dans les centres du diocèse, mais également dans les doyennés: il est interdit de réunir même les prêtres d'un seul doyenné.

Les représentants officiels de l'État (les délégués du Conseil des affaires religieuses, les responsables de districts et de cantons) ne donnent des instructions aux prêtres que verbalement. Il arrive que ces ordres se contredisent. Par exemple, le vice-président du Comité exécutif du district de Varena a interdit au curé de Valkininkai d'accompagner un défunt de l'église au cimetière, mais le délégué du Conseil des affaires religieuses a spécifié qu'il est possible d'accompagner un défunt de ['église au cimetière, mais non de la maison à l'église. Le 15 avril 1969, le délégué du Conseil des affaires religieuses à Svencioneliai annonçait au curé, en présence de fonctionnaires de d'État et de représentants du Comité de l'Église, qu'il était interdit de chanter en accompagnant un défunt avec la participation du prêtre, mais que, en l'absence de prêtre, le chant était permis. En cas d'obsèques religieuses, la présence d'un orchestre n'est pas permise, ni l’aide matérielle d'un kolkhoze ou d'autres organisations.

LA PRESSE ET L’ÉDITION

Les catholiques de Lituanie ne peuvent faire usage de la liberté de presse pour leurs affaires religieuses. Il ne leur est pas permis de se servir de la radio, de la télévision, du cinéma, des écoles; ils n'ont pas le droit d'organiser des conférences publiques. Il manque chez nous le plus simple manuel religieux, un livre de prières ou tout autre écrit religieux. Pas un seul catéchisme n'a été imprimé en Lituanie sous le régime soviétique. En 1955 et en 1958, un seul livre de prières catholique a été édité et un «Missel liturgique» a paru en 1968. Les tirages de l'un et de l'autre ont cependant été si limités que rares sont les familles ayant pu se les procurer. En outre, le «Missel liturgique» devait comporter un bref exposé des vérités de la foi, mais le délégué du Conseil des affaires religieuses n'en a pas autorisé l'impression. Les églises et les prêtres n'ont reçu qu'un exemplaire du «Rituel catholique romain», tandis que seuls les prêtres ont reçu chacun un exemplaire de résolutions du IIème Concile du Vatican. Les ouvrages ne sont pas accessibles aux simples fidèles.

L’ENSEIGNEMENT RELIGIEUX

Bien que la Constitution de l'URSS garantisse la liberté de conscience et que les parents tiennent à élever leurs enfants dans un esprit religieux, il est interdit aux prêtres et aux catéchistes de préparer les enfants à la première communion. Le délégué du Conseil des affaires religieuses n'autorise à faire passer aux enfants l'examen préalable qu'individuellement. Ceux qui ne respectent pas cette loi non écrite sont sévèrement punis. C'est ainsi que des organismes officiels locaux ont infligé une amende à l'abbé J. Fabijanskas et condamné aux travaux forcés les abbés Gylys et Zdebskis pour avoir catéchisé des enfants. Melle O. Paskeviciuté qui, à Anyksciai, avait préparé des enfants à leur première confession, est morte d'épuisement dans un camp de travaux forcés. Les parents ont, eux-mêmes, le droit de préparer leurs enfants, mais ils n'en ont pas la possibilité; ils ne sont pas formés pour cela; ils n'ont pas le temps et ils n'ont pas de livres religieux. Tout se passe comme au temps du tsar, où les ouvriers et les paysans ne pouvaient faire usage de leur droit d'envoyer leurs enfants dans les écoles supérieures.

L’ÉCOLE

Les enfants qui fréquentent l'Église subissent de nombreux désagréments. Ils sont tournés en dérision; les journaux muraux se moquent d'eux. Dans les écoles, on répète sans cesse aux enfants que les parents croyants sont arriérés et ignorants et qu'ils ne peuvent rien apprendre aux enfants. De cette manière, on sape l'autorité des parents. Quand les enfants ne respectent plus les parents, on a des difficultés avec eux et à l'école et hors de l'école. D'autre part, on ne permet pas aux enfants croyants de participer aux offices, de chanter dans une chorale, de suivre une procession, de servir la messe. Ainsi sont brutalement violés les droits des parents et des enfants croyants, qui sont l'objet d'une grossière discrimination, étant soumis à la contrainte et obligés à faire pression sur les autres. Par exemple, le 26 décembre 1967, à Baranaukas, le directeur de l'école secondaire de Svencioneliai, et les autres professeurs, ont retenu pendant plus de deux heures les élèves de la deuxième à la sixième classe, les obligeant à écrire des dénonciations contre le curé du lieu, l'abbé Laurinavicius. Par suite de la frayeur qu'ils avaient éprouvée, il a fallu faire appel au secours d'urgence pour l'un des enfants, J. Garla; un autre élève de deuxième, K. Jermalis, est resté malade pendant plusieurs mois. Le curé qui avait permis aux enfants de servir la messe et de participer à des processions a été expulsé de Svencioneliai. Les parents des enfants, profondément outragés, s'adressèrent même à Moscou. Que de temps perdu, de dépenses occasionnées, de santés ruinées. Dernièrement, l'abbé A. Deltuva a été frappé d'une amende de 50 roubles pour avoir permis à des jeunes garçons de servir la messe.

DISCRIMINATIONS DE TOUTES SORTES

Selon la loi, les convictions du croyant doivent être respectées de la même manière que celles de l'incroyant, mais la pratique est tout autre. Dans beaucoup d'hôpitaux, par exemple de Vilnius, d'Utena, de Pasvalys, d'Anyksciai, il arrive qu'on ne permette pas d'administrer les sacrements aux malades, bien qu'ils le désirent. En 1965, on a retiré à un chauffeur, K. Seménas, et à sa femme, E. Sudeikyté, parce qu'ils s'étaient mariés à l'église, le terrain qui leur avait été précédemment attribué à Ignalina pour construire une maison. «Le curé n'a qu'à te donner le terrain», lui a-t-on dit, bien que tous les matériaux de construction aient déjà été sur place.

Souvent les kolkhozes ne prêtent même pas un camion à leurs membres pour aller se marier à l'église. Si un enterrement a lieu avec cérémonie religieuse, on ne fournit pas les moyens pour aller chercher le cercueil.

A Pasvalys, à Anyksciai et ailleurs, il était même interdit auparavant aux chauffeurs de taxi de conduire les parrains et marraines ou les jeunes mariés à l'église. Combien souffrent les travailleurs intellectuels qui ont fait baptiser secrètement leurs enfants, se sont mariés à l'église ou bien ont assisté à la messe! Ils sont pris à partie dans leur travail, font souvent l'objet de reproches ou sont même congédiés. Par exemple, en 1965, à Daugéliskis, le directeur a congédié une employée de l'école, P. Cicénaité, parce qu'elle n'avait pas consenti à renier l'Église. Ayant reçu l'injonction de l'administration de l'école et voulant que son livret de travail reste «propre», elle a signé elle-même une déclaration disant qu'elle quittait le travail de son plein gré. Souvent les croyants sont licenciés ou punis à cause de leurs convictions religieuses, mais sous le couvert de divers motifs.

La loi de 1956 sur les retraites exclut les employés de l'Église. Les organistes et les sacristains peuvent seulement rêver de la retraite. Par exemple, un habitant de Daugéliskis, P. Pagalskas, a adhéré à un kolkhoze lorsque le régime soviétique a été instauré en Lituanie. Comme tous les paysans, il lui a remis son cheval et son équipement agricole. Il travaillait lui-même au bureau du kolkhoze comme comptable. Le dimanche, il jouait de l'orgue à l'église. Quand le malheur le frappa, qu'il tomba malade et devint invalide, ne pouvant plus travailler au bureau, il gardait la nuit le bétail des fermes du kolkhoze. Arrivé à un âge avancé (il était né en 1889), il s'adressa au service de sécurité sociale du district d'Ignalina. Là on lui répondit qu'on ne payait pas de retraite aux organistes.

Dans beaucoup d'églises, il n'est pas permis de sonner les cloches; il est interdit de se servir de haut-parleurs et d'autres moyens techniques. On ne délivre pas de bons matériaux pour la réparation des églises. Les villes s'agrandissent, mais, depuis 1956, on n'a construit en Lituanie que deux églises (dans l'une d'entre elles, à Klaïpeda, a été installée une salle de concerts); un grand nombre d'églises anciennes sont converties en entrepôts, en musées, etc.

Ces faits douloureux, et d'autres, que nous ne mentionnons pas ici, montrent que les prêtres et les fidèles subissent des discriminations et qu'ils ne leur est pas permis d'user pleinement des droits que leur garantit la Constitution de l’URSS.

C'est pourquoi nous prenons la liberté de nous adresser à vous, premier ministre de l'Union, dans l'espoir que vous voudrez bien remédier à cette situation anormale de l'Église catholique dans la RSS de Lituanie et tout faire pour que nous, prêtres et fidèles lituaniens, puissions, comme les autres citoyens, faire usage des droits prévus par la Constitution.

Août 1969
(Signé par quarante prêtres de l’archidiocèse de Vilnius)

URSS

«Est-ce à vous de m'interroger sur mes enfants?». (Isaïe, 45, 11).

La jeunesse est partout le souci de ceux qui pensent à l'avenir. Veiller sur l'éducation idéologique des enfants demeure un souci jaloux de ceux qui souhaitent fonder «l’homme nouveau», libéré de l'obscurantisme religieux. Il est normal, dès lors, que les responsables du Parti veillent de très près à cette formation idéologique des jeunes. La Constitution de l'URSS fonde en même temps d'ailleurs le droit à la liberté de conscience, à la liberté de pratiquer le culte de son choix et à la liberté de propagande antireligieuse.

La tolérance semblerait donc inscrite dans la loi fondamentale. Mais, en fait, elle joue à sens unique.

Sans commentaires superflus, nous publions ci-après un extrait d'une très longue lettre, adressée en mars 1969 aux responsables du Parti et du Gouvernement soviétiques, et signées par 1.453 mères de familles. Il s'agit de femmes appartenant à la confession chrétienne baptiste qui, ces dernières années, a subi beaucoup de violence du fait de son refus de s'aligner sur un conformisme tolérable. Nombre de faits douloureux rapportés dans la lettre en question expliquent sans doute le ton passionné de cet appel :

«Nous, mères, du fait de l'amour immense que nous portons à nos enfants, nous ne pouvons pas vous les confier, parce que vous les détruisez. Nous ne pouvons pas nous taire et nous ne nous tairons pas. Ce sont nos enfants, c'est nous qui les avons mis au monde; nous les défendrons de toutes nos forces, et nous en avons le droit. Aucune personne bien pensante ne peut dénier ce droit à une mère; même les bêtes défendent leurs petits au prix de leur vie. Le droit d'aimer, de protéger, d'éduquer et de défendre nos enfants nous est reconnu par toutes les lois: les lois internationales, les lois du pays dans lequel nous vivons, la loi de la conscience humaine, la loi de la juste raison et la loi de notre Créateur et Sauveur.

Nous vous invitons à vous repentir d'avoir, pendant des dizaines d'années, tourmenté illégalement nos enfants et, par conséquent, à mettre fin à l'emploi de la violence:

1. Interdire les interrogatoires de mineurs.

2. Créer dans les écoles des conditions normales; interdire les coups et la persécution.

3. Donner la possibilité à nos enfants d'étudier dans les écoles moyennes et supérieures; ou, dans le cas contraire, promulguer une loi et rendre publique l'interdiction de s'inscrire aux enfants croyants, pour motifs religieux.

4. Donner publiquement une interprétation non équivoque de l'article de la loi «famille et mariage»(1); c'est-à-dire déclarer que cet article ne concerne pas les croyants, et interdire aux autorités locales de l'interpréter autrement en l'appliquant aux croyants.
(1) Sur base de l'article 19 de la loi «famille et mariage», des enfants sont soustraits à leurs parents, placés en des institutions d'État, pour les soustraire à l'éducation «délétère» religieuse de la famille.

5. Interdire catégoriquement la menace de séquestration et la séquestration de nos enfants.

6. En premier lieu, rendre aux parents les enfants séquestrés.

7. Libérer N. de prison et lui rendre ses filles S. et G.

La même lettre rapporte le questionnaire suivant, auquel furent soumises le 24 décembre 1968, deux fillettes des 5e et 7e classe de telle école :

1° Nom et âge
2° Comment comprends-tu le mot athéisme?
3° Crois-tu en Dieu?
4° Es-tu baptisée?
5° Y a-t-il des croyants dans ta famille?
6° Quelles fêtes célèbre-t-on dans ta famille?
7° Comment considères-tu la religion?
8° En quels présages crois-tu?
9° Que dirais-tu si tu rencontrais un croyant?

*
*    *

Au-delà de l'inquiétude justifiée de ces familles croyantes, nous réentendons Isaïe: «Ainsi parle Yahvé... Est-ce à vous de m'interroger sur mes enfants?»(45, 11), mais aussi: « ne femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle nourrit, cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles? Même s'il s'en trouvait une pour l'oublier, moi je ne t'oublierai jamais.»(49, 15).

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