Bulletin février 1970

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Tchécoslovaquie

«pour l'instant, l'avenir est fermé»(1)
 «mais il n'y a qu'une solution : espérer contre toute espérance»
(2)
(1) D'un haut fonctionnaire tchèque, membre du Parti.
(2) Dr. J.
L. HROMADKA, à l'Assemblée générale du Protestantisme français, à Grenoble. -Novembre 1969.

«Le Prof. M. Kalusak de VYSSI (École supérieure d'agriculture de Nitra, en Slovaquie) a poursuivi une enquête intéressante parmi les étudiants slovaques au sujet de la religion. Le nombre des jeunes interrogés s'élevait à 386 étudiants, de 19 à 22 ans, de tous les milieux sociaux. 90,2 % ont déclaré avoir des convictions religieuses et 4,7 % se sont reconnus sans convictions religieuses. 85 % ont fait leur première communion, 75,4 % ont été confirmés. La fréquentation des sacrements est de l'ordre de 69,9 %, et 58,8 % des étudiants participent à la vie cultuelle. 75,4 % pratiquent régulièrement la prière privée, 59,7 % connaissent l'Écriture sainte et 12,6 % manifestent publiquement leur foi et pratiquent l'apostolat. Cette intéressante statistique a été publiée dans le journal «PRAVDA» (journal du Parti, n.d.l.r.) de Bratislava -.(1)
(1) Cfr. >VIA – mai 1969 -11/5

Mais l'article de M. Kalusak dans la PRAVDA du 5 décembre 1968 en disait plus long. Il est intéressant de reprendre quelques extraits de cet article car il nuance les perspectives:

«D'un point de vue sociologique et pédagogique, je tiens pour significatif le fait que la majorité des étudiants croyants viennent de familles dont les parents sont tous deux croyants. Les étudiants que je décris comme ayant une prise de position et une conception du monde peu claires appartiennent, pour la plupart, à des familles dont l'un des parents est soit incroyant soit indifférent à la foi, et précisément quand ce dernier constitue une autorité plus grande pour celui qui répond. En ce qui concerne la conception du monde, l'influence déterminante des parents sur les étudiants interrogés se répartit comme suit: la mère: 32,8 %, les deux parents: 24,1 %, le père: 16,5 %. Seuls 22,4 % des jeunes interrogés expriment l'avis que ni père ni mère n'exercent sur eux la moindre influence quant à la conception du monde. L'influence du milieu familial se manifeste également à l'école supérieure, c'est à dire en dehors du contact direct avec les parents. (II s'agit de la participation aux offices religieux dans la localité de l'école, de la prière privée, etc.). Et encore, la réponse à la question: «Souhaiteriez-vous vous séparer de la religion au cas où vous sauriez que cela peinerait vos parents?» démontre la puissance de l'influence des parents et de leur autorité. Seulement 9 % répondent à la question de manière affirmative, 58 % la rejettent et 26 % répondent qu'ils ne savent pas. Et en outre, comme l'ont affirmé 75 % des jeunes interrogés, les parents n'exercent aucune pression directe matérielle ou morale sur eux. A la question de savoir quelle est la source la plus féconde d'information religieuse, 38 % avancent la famille, et après seulement viennent le prêtre et l'église (27 %), etc.

Il me semble dès lors que soit douteuse l'affirmation selon laquelle l'école serait directement responsable du développement de la conception du monde et que son autorité serait déterminante dans la formation de cette conception du monde des jeunes. Les écoles (de toutes sortes) constituent seulement une possibilité et un service pour l'essor d'une autre conception possible, pour nous: du matérialisme dialectique. De plus, le fait que cette possibilité soit effectivement réalisée n'est pas, la plupart du temps, déterminé par la logique et l'argumentation effective de la conception du monde dialectique matérialiste ou de la science, mais bien principalement par le type de relations établies entre l'enfant et les parents. Il n'y a peut-être aucune autre relation sociale qui soit autant chargée de potentiel instinctif, sentimental et émotionnel -et donc irrationnel- que la relation enfant-parents, et cela à chaque période biologico-psychologique du développement de chaque individu.

Je tiens également pour significatif le fait que la majorité des jeunes interrogés, avant l'entrée à l'école, (1) vivaient dans de petits villages dont la plupart avaient un caractère agricole, et où par conséquent la palette des relations humaines informelles est beaucoup plus large que dans les villes, et où l'influence de l'opinion publique est plus forte que dans les localités de type citadin. Les traditions et le respect qu'on leur porte ont, dans ces villages, un caractère retardataire. A son entrée à l'école supérieure, l'étudiant pénètre dans le «champ de forces» d'un nouvel environnement, d'une pensée et de vues plus différenciées, d'un hinterland culturel plus large; de nouvelles possibilités s'ouvrent devant lui, il prend de nouveaux contacts, etc. Dans ce nouvel environnement, il commence à apprécier et réévaluer sa propre personne et ses propres points de vue. La rupture avec les relations permanentes (l'enfant - la famille - l'individu - le village natal) marque de son influence tout d'abord ce que nous appelons la religiosité extérieure (participation aux offices religieux, etc.). La religion devient toujours plus une affaire privée qu'une affaire sociale. Pour illustrer ceci, j'avance ici quelques chiffres. Avant l'entrée à l'école supérieure, 85,4 % des jeunes interrogés fréquentaient les offices religieux, régulièrement, irrégulièrement ou de temps à autre. Pendant leur séjour à l'école supérieure, 58 % d'entre eux participent aux offices et le nombre de ceux qui n'y prennent aucune part, va croissant (de 12,5 % à 39,7 %). Dans les années supérieures, ce nombre ne cesse de croître. Mais, lors des visites à la maison (les vacances, par exemple), le nombre de ceux qui prennent part aux offices religieux se situe à peu près au même niveau que ce qu'il était avant l'entrée des jeunes à l'école.
(1) École supérieure d'agriculture, à Nitra-Slovaquie.

Comme point de départ pour caractériser le genre de religiosité, je me sers des points de repère qu'utilisa E. Kadlecova dans l'étude «Les recherches sociologiques sur la religiosité dans la région de Nord-Moravie»(2). En illustration, j'expose ici un aperçu des pourcentages de divers signes de religiosité parmi les étudiants interrogés: 1. - 90,2 % des jeunes interrogés reconnaissent appartenir à l'une des confessions chrétiennes. 2. - 85 % firent leur première communion. 3. - 75,4 % leur confirmation. 4. - 58 % des jeunes interrogés participent aux services religieux. 5. - 69,9 % communient et se confessent. 6. - 68 % des jeunes interrogés reconnaissent l'existence de Dieu. 7. - 31,4 % croient à l'immortalité de l'âme humaine. 8. - 49,6 % croient au Christ-Dieu. 9. - 59,7 % connaissent la Bible, bien ou d'une manière plus superficielle. 10. - 75,4 % prient en privé. 11. - 12,6 % défendent et diffusent ouvertement leur foi. 12. - 18,4 % n'ont jamais connu de doutes sur la vérité de leur foi.
(2) Mme Kadlecova était à l'époque attachée à l'Académie des Sciences de Prague.

La majorité des étudiants croyants n'avancent qu'un argument ou, dans une moindre partie, trois ou quatre arguments seulement pour leur religiosité. Le plus souvent viennent les motifs suivants (formulation littérale) : «Depuis que je suis petit, j'ai été élevé religieusement», «je crois parce que la religion est juste», «il doit y avoir un fondement a toutes choses», « l'amour des parents et des grands-parents», «l'homme a besoin de quelque soutien dans la vie -spécialement dans les situations difficiles», «des hommes de science renommés ont aussi cru», «cela ne me coûte tout de même rien», «et alors, s'il y a un Dieu», «la foi influence positivement l'éducation», «l'homme doit croire à quelque chose», «la conscience me l'ordonne», «la conscience de la mort», «la religion existe depuis longtemps», «je pense que la foi m'aidera», etc.

Pour justifier leur foi dans l'existence de Dieu, ils avancent les arguments suivants: la constatation du sens moral chez les gens: 34,7 %; la constatation de l'existence du cosmos: 11 %; la constatation de l'ordre dans le monde: 6,4 %; la constatation de la vie dans le cosmos: 5,5 %; la constatation du mouvement dans le cosmos: 4,1 %.

Les étudiants apprécient la fonction de la religion dans ce sens qu'elle fournit des normes et des motivations de l'éducation morale et du comportement (elle nous apprend l'amour, l'obéissance, la politesse, elle conduit à la paix, etc.), et qu'elle constitue un obstacle pour l'accomplissement du mal par l'homme. Elle éveille des sentiments qui élèvent l'activité vitale des hommes et elle conduit à un sentiment de sécurité, d'harmonie et de paix entre les hommes.

Si nous considérons les raisons de croire et la notion de la fonction de la religion dans la vie humaine, nous pouvons remarquer, à partir des réponses que la religiosité des jeunes interrogés n'est pas fondée sur des raisons de logique rationnelle et, dans la plupart des cas, non plus sur des motifs philosophico-théologiques. Il s'agit plutôt d'une conception religieuse du monde plus ou moins spontanée, sans une base solide. La religion est plus qu'autre chose une habitude, un lien avec tout l'environnement qui a contribué à l'éducation du jeune homme, une garantie qu'il ne se compliquera pas encore plus une vie déjà si compliquée s'il reste en relation avec les parents, la famille, les amis, gardant tout aussi bien les avantages qui en découlent. Je puis aussi fonder cette vue sur les réponses à la question de savoir pourquoi ils participent aux services religieux. Tout d'abord, ils notent: «par habitude», «à cause des parents, pour éviter les reproches», et, après seulement, «pour manifester ma foi», «pour être informé sur la vie religieuse», «à l'église, j'oublie les choses terrestres», «parce que j'ai la conviction que ma participation à l'office religieux va m'aider pour les examens», «à cause de la musique et de l'art sculptural», etc.

Il ressort de la recherche que l'effort pour éliminer l'influence déterminante du milieu familial par tout le système scolaire ou parascolaire en vigueur jusqu'aujourd'hui, n'a pas réussi. Mais l'affirmation «je crois en Dieu et je suis un croyant parce que je fus ainsi éduqué par mes parents» n'a aucune valeur comme argument convaincant pour le fondement et la profondeur de la foi. Elle met seulement en relief le rôle déterminant que joue la famille dans la formation d'une conception. Il n'a pas été possible, au départ de la recherche, de déterminer quelle est la relation des facteurs intérieurs et externes qui influencent l'éducation d'une prise de position et d'une conception religieuse du monde. Nous pouvons apprécier les facteurs intérieurs à travers les réponses à la question: «Comment voyez-vous la fonction de la religion?». Dans les réponses s'expriment des lignes émotionnelles, des tempéraments, des caractères, des adaptations et spécialement des expériences de vie. En ce qui concerne les besoins psychiques, joue seulement l'appartenance émotionnelle à la famille et la reconnaissance de sa proximité. Je pense que les facteurs internes qui influencent la conception religieuse du monde ne sont pas très intenses. La réponse à la question de savoir si l'homme peut vivre heureux sans religion nous documente à ce sujet. 47,0 % des jeunes interrogés y répondent positivement, 12,4 % négativement. De même à la question de savoir si la foi est absolument nécessaire à la conviction que l'homme doit être moral, 64,1 % des jeunes interrogés donnent une réponse négative, 18,1 % répondent positivement et 15,1 % ne savent pas.

Sur la base des données acquises, nous pourrions ainsi caractériser les étudiants croyants: il s'agit d'un type non-bigot, fortement marqué par l'éducation familiale et les traditions. En ce qui concerne la théorie et la pensée religieuse, il s'agit de même d'un type non éduqué et non cultivé, qui n'est pas concerné par les tendances réformistes actuelles de la pensée religieuse. Compte tenu de ces faits, il est éducable pour l'athéisme.

Pour la jeunesse actuelle des écoles supérieures, ce groupe «non situés ou non exprimés quant à la conception du monde et prise de position» me semble typique. Il cherche un chemin entre une conception religieuse et scientifique du monde. A ceci se lie une critique des deux conceptions du monde. Elle se manifeste à travers un doute, ou un enthousiasme égal, une fois pour le premier, une autre fois pour le second système d'idées.

La recherche a démontré que la religiosité de la jeunesse de l'enseignement supérieur est significative. Il est nécessaire de poursuivre la recherche sur sa spécificité, spécialement sur le plan intérieur, ce qui est assez difficile pour les recherches sociologiques.».

*

Une telle étude est fort intéressante et, de fait, fort significative. Il faudrait pouvoir en prolonger le commentaire, à la lumière de points de vue complémentaires. Mais disons ceci seulement, qui nous apparaît digne d'être mis en relief:

- Il faut apprécier cette influence familiale qui, malgré la sombre période de véritable persécution de la foi et puis des tracasseries sans nombre qui lui furent imposées, a sauvé pourtant la foi des enfants et des jeunes, pour une large fraction de cette jeune génération. Les parents chrétiens ont, consciemment ou moins consciemment, relayé pendant près de 20 ans les acteurs traditionnels de la pastorale. Il y a là un «rôle» exercé par les laïcs qu'il est bon de constater et de valoriser.

- Il faut prendre loyalement conscience, malgré cela, de la vulnérabilité de la foi de cette jeunesse.
L'analyse sociologique ci-dessus met parfaitement en exergue ce qui constitue cette faiblesse: les motivations de la foi sont rarement personnelles, le contrôle social y joue un rôle important; l'essentiel même de la foi: la communion au Mystère pascal du Christ, n'est même pas évoqué. L'interpellation personnelle de Dieu dans la vie du chrétien, à travers sa Parole, à travers les événements, etc. semble extrêmement éloignée de la prise de conscience de ces jeunes chrétiens.

- Dans une telle situation, compte tenu de l'effort systématique entrepris pour conduire ces jeunes à l'athéisme, («ils sont éducables pour l'athéisme»!), nous pensons également que la foi de ces jeunes est gravement menacée.

- Nous percevons d'une manière aiguë qu'il s'agit vraiment d'une éducation à la foi. Révélation éclairée de l'essentiel de la foi, engagement existentiel dans ses exigences, telle est la tâche urgente de l'Église. Nous sentons ici toute l'acuité du problème de la catéchèse, et d'une catéchèse non plus passive et purement intellectuelle mais d'un partage, d'un guide, d'un acheminement vers la rencontre personnelle avec le Christ.

- Mais se pose alors la question spécifique à la situation hic et nunc: les parents furent de bonne volonté, souvent très soucieux de cette éducation, parfois héroïques, mais ils devraient pouvoir, eux aussi, être éclairés et formés à une foi plus adulte. Les catéchètes sont dévoués, prêts à donner leurs heures de repos pour partager leur foi et participer à l'éducation religieuse de la jeunesse; mais comment vont-ils, eux-mêmes atteindre ce niveau indispensable de formation à travers la pénurie de sources d'information et de formation qui est la leur? Les religieuses sont avides de reprendre l'éducation religieuse des jeunes, mais que peuvent-elles si elles sont arrachées de nouveau à ce service? Les prêtres sentent ce besoin, ils pèsent le danger mais eux-mêmes sont également dans le même dénuement...

Et à nouveau pèsent les entraves venues des autorités; la peur paralysante se réinstalle dans les cœurs; déjà des prêtres particulièrement attachés à ce service de la jeunesse en quête de foi ont été déplacés et envoyés loin des centres ... Alors?

La question est posée aussi à notre conscience de chrétiens.
Certains handicaps échappent à notre influence. Mais il en est d'autres sur lesquels nous avons un impact direct. «Nourrir» la foi et la formation de ceux qui travaillent nous est possible. Chaque fois que vous nous apportez votre aide, vous collaborez directement à cet effort, vous assumez directement cette part de responsabilité qui incombe à l'Église.

Et voyez ci-après quelques nouvelles concrètes, qui réfèrent à la catéchèse, en Slovaquie, justement.

à propos de formation religieuse de la jeunesse

QUELQUES NOUVELLES DE SLOVAQUIE

Dès la libéralisation, les pressions très strictes exercées jusqu'alors sur la formation religieuse de la jeunesse et sur son instruction catéchétique avaient connu un réel allègement. Et notamment, contrairement à ce qui s'était passé jusqu'à ce moment, l'enseignement des enfants de la dernière année scolaire du premier degré («la 9e classe», c'est-à-dire de jeunes adolescents de 12, 13. 14 ans) était à nouveau autorisé. Les inscriptions au cours de formation religieuse pouvaient être reçues par les autorités religieuses, et non plus par la direction des écoles qui, précédemment, avait disposé de multiples modes de pression pour en dissuader les parents. Enfin, l'enseignement pouvait également être confié à d'autres personnes que les seuls prêtres, et les cours de formation catéchétique avaient préparé déjà de nouveaux catéchètes, religieuses et laïcs. Les heures réservées dans les écoles à l'enseignement religieux étaient moins défavorables qu'autrefois: elles pouvaient venir directement à la fin des cours scolaires, sans ces interruptions qui avaient renforcé les difficultés de rassembler les jeunes auparavant.

Toutes ces mesures, en même temps que le sentiment de retrouver plus de liberté et d'être mieux assuré de ses droits personnels, avaient engagé les parents chrétiens à réinscrire leurs enfants à l'enseignement religieux. Le nombre d'inscriptions était monté en quelques mois de manière très significative. La seule paroisse de Blumental, à Bratislava, par exemple, comptait plus de 3.000 enfants inscrits à l'enseignement religieux. Pendant l'été 1968, à Bratislava, 120 personnes avaient suivi les cours de formation catéchétique et 110 d'entre elles s'étaient présentées aux examens leur permettant d'avoir licence d'enseigner. Ces catéchètes venaient de toutes les régions de Slovaquie, 40 d'entre eux résidaient à Bratislava même, où 36 enseignèrent. Cet enseignement est totalement volontaire et gratuit, et ces personnes s'y consacraient après leurs heures normales de travail. Nombre d'entre ces catéchistes étaient des laïcs, 30 % étaient des religieuses (mais voyez ce que dit à ce sujet le mémorandum de décembre 1969, que nous vous rapportons par ailleurs!). La seule ville de Bratislava comptait 7.800 enfants inscrits pour l'enseignement religieux scolaire. Certes, bien des problèmes se posent! La préparation de ces catéchistes de bonne volonté reste trop incomplète. L'élaboration de la catéchèse elle-même manque d'information sur l'apport des 20 dernières années dans le domaine de la théologie et des sciences humaines; le dénuement didactique est extrêmement grave: ni enseignants, ni enfants ne possèdent les manuels indispensables; il n'existe aucun de ces moyens audio-visuels que nous considérons comme équipement nécessaire. Certaines difficultés surgissent aussi, et on peut le comprendre. La césure, en ce pays, de l'Église d'avec le développement de la pensée préconciliaire et postconciliaire renforce parfois les ébranlements, les réticences, les craintes ... Dans ce climat, une information, une formation, un partage de nos moyens de réflexion et de travail sont absolument indispensables. Pour l'Église comblée que nous sommes, il y a là un grave devoir de conscience.

POUR LES PLUS JEUNES,
UNE INITIATIVE DU DIOCÈSE DE BRNO

On comprend mieux aussi, dès lors, la portée de l'initiative du diocèse de Brno, rapportée ci-après. Il s'agit d'un souci d'éducation au sens chrétien. La «réponse» demandée consistera donc essentiellement dans une forme d'engagement.

Le diocèse de Brno, en Moravie, a organisé cette année un concours pour jeunes. De nombreux prix seront offerts: voyages, séjours de vacances, etc. Le concours s'échelonnera sur une période allant du 28 octobre 1969 au 20 mai 1970.

Ce concours présente un caractère bien spécifique: Il s'adresse non à des enfants individuels, mais à une petite équipe d'enfants(1). Il s'agit donc de quelques jeunes qui, librement et spontanément, se retrouveront dans le seul but de partager leur travail et leurs recherches en vue de réaliser cette compétition. Les réponses ou documents requis doivent être adressés à l'ordinariat de Brno.
(1) Encore que le journal précise bien qu'il ne peut s'agir de groupe permanent, pour éviter toute critique qui les accuserait de vouloir constituer des organisations de jeunes, interdites.

 Voici les sujets proposés aux jeunes:

1. Un groupe de 4 enfants au moins prend en charge le soin d'entretenir et d'orner une croix ou quelque autre monument dans les champs. Il leur faut également se soucier d'en connaître l'histoire.

2. Ces enfants poseront un acte de charité, ou quelque bonne action pour le bien de la communauté environnante, par ex.: souci de rompre la solitude d'un malade, d'un vieillard ou d'un isolé; entraide à l'égard d'un camarade d'école en difficulté; collaboration à l'une ou l'autre construction, etc.

3. Ils prennent à cœur de participer à l'enseignement catéchétique et prennent part à l'action paroissiale.

4. Chaque membre du groupe, sur feuille particulière, rédige et illustre à sa manière le thème suivant: «Je suis attentif à la grâce de Dieu».

5. Le petit groupe prend soin, le jour des morts, d'une tombe au moins; il prépare une crèche au moins pour la Noël; il cherche une manière de fêter dignement la fête de Pâques.

Veiller à l'éducation de la foi de la jeune génération apparaît bien comme l'un des impératifs pastoraux les plus exigeants.

réhabilitation d'ecclésiastiques

«Les 16 et 17 juin de cette année devant une Cour spéciale du Tribunal de Prague a eu lieu le procès de réhabilitation de 9 ecclésiastiques, condamnés par le tribunal d'État le 2 décembre 1950. Par ce tribunal, l'évêque auxiliaire de Olomouc(1) Stanislav Zela a été condamné à 25 années de prison, l'Abbé bénédictin Jan Opasek aux travaux forcés, l'Abbé Prémontré Bohuslav Jarolimek à 20 ans, le Chanoine Josef Cihak à 10 ans, le Chanoine Otakar Svec à 20 ans, le Chanoine Jaroslav Kulac à 17 ans, le Directeur Antonin Mandl à 25 ans, le secrétaire de l'archevêché à 18 ans et le Père Vaclav Mrtvy à 15 ans. En outre, les susmentionnés furent condamnés à une amende de 50.000 à 150.000 couronnes, à la perte de tous les droits de citoyens et dépossédés de leurs biens.
(1) Mgr Zela fut amnistié en 1963, vécu retiré sans pouvoir exercer sa charge jusqu’à l’épanouissement du printemps.  Il est décédé récemment.

Tous furent condamnés pour haute trahison et espionnage, certains en outre pour tromperies, faux serments, comme hommes de confiance de la Gestapo.

Peu après la condamnation, encore au mois de décembre 1950, fut publié un livre de 181 pages: «Le procès contre les agents du Vatican en Tchécoslovaquie».

Pendant le procès du 16 juin, les accusés ont déclaré qu'ils ne se connaissaient pas avant le procès de 1950, qu'ils durent apprendre par cœur tous les protocoles élaborés par la police et certains d'entre eux furent examinés sur le point de savoir s'ils les avaient en fait appris. Durant ce procès tous avaient confessé ce qui était exigé d'eux, parce qu'ils furent soumis à la pression psychique et physique.

Parmi les témoins de ce procès 1969 ont déposé également deux des agents par qui avaient été interrogés autrefois les accusés. L'un d'entre eux K. Tuma a admis que les agents avaient inséré dans le protocole des mots comme illégal, espionnage, etc., mais que ceci était une chose normale en ce temps-là. Il a déclaré en outre qu'à cette époque il était d'usage de bander les yeux des prisonniers. Les protocoles étaient complétés, adaptés dans la suite encore. Le témoin ignorait tout du fait que les accusés devaient apprendre par cœur leur «confession», mais admit pourtant que les accusés l'avaient à leur disposition et pouvaient la lire. Ordre fut donné aux accusés de se promener sans répit dans la cellule. Avant le procès, tous les défenseurs des accusés furent convoqués par le président du tribunal, et leur fut communiquée la grande importance politique du procès; ils furent requis d'exercer une influence sur les accusés afin que ceux-ci répondissent au tribunal dans le sens du protocole précédemment élaboré et ainsi, dans le sens d'intérêts supérieurs.»

(Extrait de «Lidova demokratie» (1) Prague, 17.6.69)

«Ce procès fut le premier du genre, destiné à miner la confiance dans les représentants ecclésiastiques, à paralyser la vie religieuse du pays, à mettre ces ecclésiastiques et la religion en relation avec l'activité dirigée contre l'État, au départ de l'étranger. Le développement du procès devant le tribunal de Prague a démontré qu'il s'agissait d'une mise en scène notoirement préparée anticipativement, par laquelle on cherchait à exhiber des preuves falsifiées avec lesquelles les accusés n'avaient rien à voir. Les dépositions des accusés furent déformées et -comme put le constater le président du tribunal- dans le chef d'accusation furent insérés encore d'autres faits après que fut clos le protocole. Tous les accusés furent victimes d'une triste période de Cepicka (le Ministre à l'époque), d'une action dirigée contre l'Église, bien que les accusés ne se soient jamais impliqués en des affaires politiques, qu'ils fussent des citoyens loyaux et de vrais patriotes.

Un examen approfondi de tous les cas, comme aussi de l'ample matériel rassemblé dans la suite a démontré qu'il s'agissait en réalité d'innocentes victimes d'une période marquée exagérément par la politique, qui ne s'arrêtait devant aucun crime et ne respectait aucun ordre légal... L'un des agents interrogés sur le point de savoir quelle préparation il avait reçue pour être autorisé à interroger les accusés, a répondu avoir suivi un cours de trois mois avec exercices d'auto-défense et pendant lequel lui fut seulement enseignée l'existence d'une loi pénale».

Trois des accusés Cihak, Svec et l'Abbé Jarolimek sont décédés en prison et sont donc réhabilités à titre posthume».

Lidova Demokratie, Prague. 18.6.1969

C'était au mois de juin 1969 ... Dans les journaux paraissant à Prague, de tels articles trouvaient encore place. Les réhabilitations d'ecclésiastiques ou de laïcs condamnés autrefois pour leur apostolat avaient encore cours... La «normalisation» n'avait pas encore trouvé son rythme...

Comment ne pas être profondément inquiet, par contre, en lisant la circulaire du Ministère de l'Éducation, adressée en fin d'année par le Ministre Pt. Hrbeek à tous les fonctionnaires de son département, les invitant non seulement à une autocritique, mais encore à la dénonciation de leurs collègues qui auraient manifesté quelque approbation de la ligne du Printemps: «Quels collaborateurs au Ministère considérez-vous comme capables, sincères et appliqués. Citez-en au moins 10 en justifiant votre appréciation. -Inversement, à quels collègues a-t-on confié des tâches qu'ils ne sont pas à même de remplir? Lesquels ne méritent pas d'appartenir au ministère, du fait de leur négligence, leur mauvaise moralité à l'égard du travail? - Quels collègues dirigeants se sont montrés indignes des charges responsables qui leur sont confiées par une attitude antisocialiste, antisoviétique et par leur attitude?».

Parfois, il nous vient à l'esprit que dans la Ninive du monde, il faudrait tout à coup voir surgir un nouveau Jonas... Il s'en irait, par les cités et les villes, il crierait l'appel prophétique: «Ninive, grande cité de perdition, tu vas vers ta destruction: l'homme se meurt» !

Peut-être l'un des visages de ce Jonas d'aujourd'hui serait-il Grigorenko, ce général russe victime de sa solidarité avec le peuple Tatar frappé de génocide. «Pour devenir un homme, il faut le vouloir», écrivait-il et, par opposition aux initiales de la police secrète: «il faut se rappeler, dit-il encore, qu'il existe d'autres mots, tels que 'dignité humaine'».

La vie des ordres religieux

Nous avons évoqué déjà, précédemment, la situation des ordres religieux en Tchécoslovaquie. En avril prochain, il y aura juste 20 ans que furent déportés en masse tous les religieux et religieuses de Tchécoslovaquie. Allait commencer pour eux une longue étape douloureuse. Internés d'abord dans les camps de travail forcé, les religieux furent ensuite rendus progressivement à la vie civile et reprirent du travail comme ouvriers. Il leur demeurait interdit d'exercer quelque activité pastorale que ce fût. Les religieuses, elles, regroupées par centaines dans des bâtiments vétustes dans les régions les plus inaccessibles et désolées du pays, furent soit mises au travail en usine ou dans les coopératives, soit attachées au service de toutes les catégories de personnes (incurables, vieillards et handicapés mentaux) sur lesquelles une influence religieuse n'avait guère l'occasion de s'exercer ou, tout au moins, de rayonner. L'état sanitaire de ces religieuses, surtout des personnes occupées aux durs travaux dans les filatures par exemple, ou dans d'autres usines insalubres, était très défectueux. Il fut un moment, durant la période stalinienne, où nombre de ces personnes étaient malades, frappées de tuberculose notamment. Cette époque, pourtant, engendra des sacrifices, parfois héroïques. Alors que ce vingtième anniversaire est tout proche, sans doute est-il bon de se souvenir de l'un ou l'autre de ces témoignages. Nul doute qu'ils ne soient donnés pour l'enrichissement de l'Église universelle.

Mais, peu à peu, la société elle-même cherchait à retrouver une respiration humaine. Et ce fut la lente remontée vers plus de lumière, plus de liberté, plus de dignité pour ces êtres humains attachés vraiment au service des plus démunis. Puis vint l'aube du «Printemps de Prague». Dans l'euphorie, l'homme s'étonnait un peu de retrouver une voix. Il redevenait responsable. Et, bientôt, les religieux et religieuses bénéficièrent aussi de cette forme de restauration de l'homme. La révision des procès amena la réhabilitation de prêtres qui avaient connu 5, 10 ans de prison! Les religieuses entendirent même des responsables du pouvoir reconnaître l'humble service qu'elles avaient rendu aux plus abandonnés de la société. Quelques religieux retrouvèrent la faculté de reprendre place dans la pastorale effective, et certaines de leurs paroisses d'autrefois leur furent rendues. La bonne volonté du «socialisme à visage humain» entendait dédommager les victimes du dogmatisme antérieur. Cette bonne volonté se manifestait aussi à l'égard des Ordres religieux. L'espoir naquit de voir restaurer certaines Congrégations; il fut question de ré accepter des candidates à la vie religieuse... En pays tchèque et en Slovaquie furent mis sur pied des Comités pour les Ordres religieux, regroupant quelques délégués mandatés par leurs confrères et consœurs. Cet organisme devenait un interlocuteur pour les autorités civiles. Le 10 octobre 1958, une première rencontre rassemblait à Prague les représentants du Ministère des Cultes et des autorités civiles (4 personnes, dont Mme Kadlecova) et les représentants des Ordres religieux (3 prêtres et 2 religieuses). La rencontre fut effectivement bonne. Fut envisagée la possibilité de reprendre peu à peu une existence normale. Les représentants du pouvoir souhaitaient pouvoir prendre contact avec les délégués de chaque congrégation. Il fut entendu que les religieux, par groupes de cinq au maximum, pourraient peu à peu reprendre en charge leurs paroisses d'autrefois. De nouveaux pourparlers furent prévus: 30 octobre pour les religieuses, 12 novembre pour les religieux. En Slovaquie, pourtant, les choses évoluaient plus difficilement, Malgré cela, et bien que le mois d'août eût déjà enseveli le pays dans son ombre, la lueur d'espoir demeurait.

Un mémorandum

Mais la «normalisation» s'est appesantie. Elle atteint tous les secteurs de la vie publique. Peu à peu, elle touche également la vie de l'Église, et notamment les projets concernant les Ordres religieux. Au mois de décembre 1969, un mémorandum est adressé par les Provinciales des Ordres et Congrégations religieuses féminines au Président Svoboda, au Secrétaire du Parti Husak, au Président du Conseil slovaque Colotka, et à d'autres personnalités officielles encore. Ce mémorandum révèle les dernières et récentes mesures prises à l'encontre de ces Ordres religieux féminins, dont le dévouement au service des pauvres avait été reconnu quelques mois auparavant.

«Dans les derniers jours d'octobre et de novembre, l'une après l'autre, nous fûmes mandées au Ministère de la Culture à Bratislava (dont dépend le Bureau des Cultes, n.d.l.r.) où nous eûmes un entretien avec le citoyen Pavlik. A chacune d'entre nous fut communiqué ce qui suit:

1. L'activité des Ordres religieux féminins en Slovaquie sera réduit dans les limites suivantes: dans les institutions sociales pour les arriérés mentaux et débiles, pour les Foyers-Caritas pour prêtres et religieuses âgés, pour le soin des malades, pour autant que le Ministère de la Santé l'autorise, soit vraisemblablement seulement dans les départements psychiatriques.

2. Nous seront interdites: l'activité dans les homes de vieillards, le travail social dans les familles, l'activité catéchétique, l'entretien des cures, l'acceptation de nouvelles vocations. Les novices que nous avons pu accueillir jusqu'ici, nous devons les renvoyer.

3. Le dit citoyen Pavlik nous a sèchement refusé de reprendre nos anciennes maisons.

Au premier regard, il paraît bien clair que ceci signifie notre silencieuse liquidation dans toute la Slovaquie, si ces mesures de pressions sont effectivement appliquées.

Qu'avons-nous fait de mal ou qu'avons-nous commis comme crime, nous qui sommes au service du peuple, non pas avec de grands mots mais dans le silence, et souvent par un travail surhumain au service des malades, des faibles d'esprit et des souffrants? Sommes-nous peut-être des éléments asociaux ou ennemis de l'État ou bien sommes-nous des citoyens à part entière de cet État? Pour nous aussi valent la Constitution et les lois! Le respect des droits y est tout de même garanti! Chaque citoyen se voit garanti dans la protection de sa personne et de ses biens. Seuls ceux qui enfreignent les lois de notre État seront punis. Quelle loi avons-nous transgressée? Au lieu de la réhabilitation et du dédommagement des graves injustices dont nous avons été victimes de 1950 à ces temps récents, allons-nous encore subir de nouvelles diffamations? Serons-nous comptées hors la loi et objets de discrimination ?

Par cette nouvelle injustice frappant des religieuses sans défense, aucune contribution ne sera apportée à la consolidation des relations à laquelle on aspire tant. Nous en appelons au peuple, au service duquel nous nous tenons. C'est ce peuple qui nous a appelées dans les paroisses. Si ce peuple veut nous en chasser, alors nous partirons. Demandez à ce peuple travailleur dans les usines ou dans l'agriculture, s'il nous désire, s'il a besoin de notre travail social et s'il a besoin de nous pour aider à l'enseignement religieux, comme le souhaitent les parents!

Combien de personnes abandonnées, de pensionnés vivent dans les villages et les villes, et pour lesquels ils n'existe point de place dans les homes d'accueil de vieillards, ou qui ne veulent pas y entrer. Combien de misère humaine ne subsiste-t-il pas que l'on ne saurait enregistrer. Les mains disponibles des religieuses peuvent leur venir en aide! Là où ne vient aucun représentant de l'État, aucun politicien, aucun fonctionnaire -bien que les autorités communales soient au courant du fait- là, les religieuses ont trouvé le chemin qui mène à ces malheureux et les ont aidés dans la mesure de leurs possibilités. Et c'est cela qui sera maintenant condamné? Comme une activité non souhaitée dans le socialisme?

Nous ne voulons pas poursuivre ceci, mais nous voulons seulement témoigner de notre bonne volonté et témoigner du fait que -malgré les injustices que nous avons subies- l'amour et la disponibilité ne manquent point parmi nous pour venir en aide à tous les abandonnés, les déshérités et les malades. Mais la majorité d'entre nous sont usées et épuisées par la déportation. Grâce à notre vocation religieuse, nous pourrions cependant servir encore: mais ceci est justement la pierre d'angle. Nous, en tant que religieuses, n'avons jamais été civilement liquidées. Depuis 1950, c'est par des mesures administratives qu'il nous fut interdit d'accepter de nouvelles candidates. Nous avons été déportées dans les régions frontières tchèques, où nous avons accompli du travail dans les usines et les coopératives agricoles. Ce travail aussi, nous l'avons accompli consciencieusement, même lorsqu'il nous pesait lourdement. Plus tard, nous avons aussi travaillé dans les instituts pour enfants débiles mentaux. Ces enfants aussi nous les avons aimés, peut-être plus que leurs propres parents. Les résultats que nous avons obtenus parlent pour nous. Nous souhaiterions aussi poursuivre cette tâche. Cela nous est autorisé, mais jusque quand?

Pendant 18 ans, nous n'avons eu aucune nouvelle vocation.  L'an dernier -après une déclaration du Procureur Général selon laquelle les Ordres n'avaient jamais été liquidés civilement et disposaient dès lors du droit de se développer- nous avons accueilli des jeunes filles parmi nous. L'année passée, le citoyen Pavlik nous a communiqué que celles qui avaient été candidates et novices en 1950 pouvaient être réintégrées, comme pouvaient être acceptées d'autres jeunes filles qui ont 18 ans accomplis. Nous l'avons fait. Mais, après ce récent entretien avec le citoyen Pavlik, nous devons renvoyer toutes les novices et il nous est interdit d'en accepter de nouvelles.

Nous lui avons demandé selon quelle loi il nous est interdit de faire du bien. Il nous a donné la réponse suivante: «On ne discutera pas sur cela; vous recevez un ordre et vous vous y conformerez».

Il y a des déclarations de nos hommes d'État, du très vénéré Président et du Secrétaire Général, qui sont connues. En été, le Président a déclaré: «Aussi longtemps que je serai Président, je ne tolérerai aucune entorse à la loi.» De son côté, le Secrétaire du Parti a déclaré: «Nous ne reviendrons jamais aux cinquante dernières années.»

Malgré cela, il nous faut entendre aujourd'hui: «Tu portes un vêtement religieux et, de ce fait, tu es discriminée.» Nous souffrons profondément de devoir dire cela, mais c'est la vérité! Les homes Caritas où nous avons été parquées en 1950 n'étaient point des maisons d'amour effectif, c'étaient des prisons!

Des fonctionnaires nous y furent attachés, qui furent payés pour cela, sans rien faire sinon nous freiner dans notre travail social. Ceci est passé, mais nous avons l'impression que la situation actuelle conduit de nouveau à la discrimination.

Nous vous en prions cordialement, permettez-nous de vivre et d'accomplir notre vocation en faveur du peuple souffrant. Nous nous réjouirions de voir qu'il puisse exister parmi nous des jeunes filles qui soient prêtes à essuyer les larmes des souffrants sur leur lit de malade, ou à remplacer la mère auprès d'enfants mentalement débiles, ou auprès d'autres délaissés par leurs parents. N'étouffez pas le dernier idéal de notre jeunesse!

De notre côté, nous laisserions à ces jeunes un legs: soyez des sœurs miséricordieuses pour chacun de ceux qui a besoin de votre aide! Si ceci est un crime, alors liquidez-nous!

Ferme comme roc, nous croyons que notre mémorandum trouvera de la compréhension dans vos cœurs et que nous pourrons continuer à apporter une aide désintéressée dans nos institutions sociales, nos maisons de malades et dans les cures. Dans cette perspective, nous voulons vous exprimer notre profond merci.»

Nous repensons au poète slovaque Novomesky, ancien Commissaire slovaque à l'Éducation, emprisonné en 1951, réhabilité en 1953, réadmis dans l'Union des Écrivains slovaques et, en 1964, lauréat du Prix d'État de littérature... Bien avant le «Printemps», il avait déclaré à un journaliste de Prague: «Ce que je souhaite, c'est qu'un Dostoïevski moderne ait la possibilité de parler de la crise que traversent les hommes, même dans une société socialiste».

Mais aussi on réentend une autre voix: «Si j'ai mal parlé montre où est le mal, mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?» (Jo. 18, 23)

TÉMOIGNAGE

une figure:
le théologien dr. j. l. hromadka

Le docteur J. L. HROMADKA est une figure attachante du protestantisme tchèque. Il est né en Moravie, le 8 juin 1889 et ses études théologiques l'orientèrent vers les Facultés de théologie de Vienne, Bâle, Heidelberg et Aberdeen. Après avoir exercé un moment une mission de pastorat, en Moravie, il fut appelé à la Faculté évangélique Comenius, de Prague, d'abord comme professeur, ensuite comme Doyen. Il resta à ce poste jusqu'en 1967.

Mais il était surtout connu à l'étranger par la Conférence chrétienne pour la Paix qu'il fonda en 1958, et qui répondait à son souci profond: appeler les chrétiens à une action positive et concrète en faveur de la paix. C'est ainsi qu'il fut amené à prendre des positions très nettes et tranchées au sujet de la guerre au Vietnam et au Moyen-Orient, mais aussi -et ceci témoigne de sa rectitude de conscience- à l'égard de l'invasion de son pays par les troupes du Pacte de Varsovie.

Le Dr HROMADKA est mort d'un infarctus, le lendemain de Noël. Il venait de vivre des semaines douloureuses qui, certainement, ne sont pas étrangères à cette issue. Le 14 novembre, en effet, le Dr HROMADKA avait présenté sa démission de Président de la Conférence chrétienne pour la Paix. Il estimait que l'œuvre de sa vie était directement menacée dans son indépendance par les pressions politiques qui cherchaient indûment à s'immiscer dans ses affaires intérieures et à infléchir son travail dans un sens opportun. C'est la démission forcée du Secrétaire de la Conférence, extorquée sous la pression de quelques sections des Églises de l'Est livrées à la sujétion politique, qui avait amené le Président HROMADKA à manifester publiquement cette aliénation de la Conférence, désormais livrée, elle aussi, au jeu des intérêts politiques.

Probe, agissant en pleine conscience, le Dr HROMADKA écrivit une lettre justifiant sa décision. Cette lettre est un document d'une très haute valeur morale. Elle témoigne en même temps d'une peine très vive -non point d'agressivité- d'une grande rectitude de conscience et, contre tout espoir, d'une Espérance chrétienne indicible. Mais elle apporte aussi une lumière très significative sur l'asservissement, à des fins politiques, des initiatives issues des Églises. A ce titre, elle constitue également un document significatif, de valeur irrécusable.

A cette heure d'œcuménisme, il est bon de lire la lettre de ce vieillard qui devait mourir un mois et demi à peine après l'avoir rédigée. Pasteur de l'Église des Frères, une communauté évangélique tchèque, fort marqué par le théologien Karl Barth, il a voulu porter en son pays un témoignage chrétien d'ouverture, de disponibilité au dialogue. Il chercha inlassablement le dialogue avec les marxistes et, comme Président de la Conférence chrétienne pour la Paix, il fut amené parfois à prendre des positions politiques dans lesquelles ses amis chrétiens ne pouvaient le suivre. Mais quoi qu'il en soit, ce chrétien a porté témoignage et chacun reste convaincu de sa parfaite honnêteté morale, de son très grand courage, de son souci parfaitement désintéressé de témoigner en faveur de ses convictions chrétiennes. Un homme honnête. Un chrétien probe et sincère.

Voici quelques extraits de cette lettre de démission. Au nom de l'intégrité qu'il exige pour la Conférence chrétienne pour la Paix, le Dr HROMADKA se sépare de l'œuvre, désormais aliénée, qu’il avait lui-même créée.

« Quand je me suis rendu à la session du Comité de travail, juste avant qu'elle ne commence, j'ai été choqué par ce que quelques membres du secrétariat international proposaient concernant le Dr Ondra (secrétaire de la Conférence, n.d.l.r.), en alléguant qu'il avait perdu la confiance de quelques Églises de l'Europe de l'Est. En second lieu, j'étais totalement incapable de percer les raisons réelles de cette perte de confiance. En troisième lieu, j'étais écœuré par le fait que tout effort pour analyser cette situation malheureuse et pour trouver une solution à plus long terme était rejeté à priori. J'espérais néanmoins que les responsables des Églises d'Europe de l'Est accepteraient de discuter et agiraient avec plus de sagesse et de compréhension que le secrétariat international. Sur ce point encore, j'ai été terriblement déçu. Petit à petit, j'ai réalisé que quelques membres du secrétariat international et des Églises d'Europe de l'Est, comptaient sur la démission du Dr Ondra, bien avant que le comité de travail se soit réuni et qu'il n'était pas question pour eux d'accepter un quelconque compromis.(...) Après une longue et orageuse discussion, j'ai essayé d'exprimer ma peine en disant que je n'avais jamais rencontré, au cours de ma longue expérience œcuménique, une situation semblable: quelques individus ou un groupe de membres feraient de notre réunion une sorte d'ultimatum et insisteraient sur son acceptation sans discussion ni vote... J'ai réalisé très clairement que l'arrière-plan de l'accusation était purement politique et n'avait rien à voir avec l'activité réelle du secrétaire général.(...) Je suis retourné chez moi avec un mince espoir.(...) Mais, chez moi, après avoir longuement parlé avec un personnage officiel, j'en suis venu à réaliser qu'on avait réglé le sort du Dr Ondra à un niveau politique plus élevé et que toutes ses activités de secrétaire général deviendraient totalement impossibles.

Pour moi, c'est une expérience des plus tragiques de mon activité politique. Avec une compréhension réelle des réalités politiques et de notre responsabilité envers notre nouvelle société, je n'ai jamais manqué de souligner que notre Conférence chrétienne pour la Paix est une assemblée de chrétiens dévoués, libres et souverains dans leurs décisions, œuvrant dans la perspective et sous l'influence de l'Évangile, décidée à ne pas céder à une pression venant de bien au-delà d'une fraternité et d'une responsabilité chrétiennes».

Et le Professeur HROMADKA, solidaire du secrétaire de la Conférence, à travers lequel d'ailleurs étaient visées ses prises de position formelle contre l'invasion de son pays, annonce alors sa décision irrévocable de donner sa démission: «ce n'est pas une étape facile dans mon activité publique»... Mais il ajoute et termine sa lettre par ces mots: «J'espère que les membres du Comité de travail, aussi bien que ceux du mouvement tout entier comprendront les motifs de ma décision et l'accepteront dans un esprit de confiance, d'amour et d'espérance» (1).
(1) Cfr. IDOC,Ed du seuil, 1er février 1970, dont les extraits de la lettre sont tirés

 Un cœur intègre!

Le journal catholique Katolické Noviny du 11 janvier 1970 rendait témoignage à ce grand théologien, cet homme engagé et fidèle à sa foi: «II a considéré le Concile Vatican Il avec souci de participation et grande compréhension. La vie et l'œuvre de J. L. HROMADKA sont promesse de collaboration œcuménique franche et fructueuse avec nos frères évangéliques».

Ce souhait œcuménique n'est d'ailleurs pas un vœu pieux.
Un effort dans ce sens est manifeste. Le même journal K.N. annonce par exemple un «service œcuménique de la Parole», le 18 janvier à 16.30 h, dans l'église du Sacré-Cœur à Prague (il s'agit d'une église catholique) - avec la participation des responsables religieux suivants:
- du côté catholique: Dr. Fr. TOMASEK, archevêque de Prague,
- pour l'Église Tchécoslovaque: le Patriarche Dr Stanislav NOVAK,
pour les Frères évangéliques tchèques: le Président du Synode: Dr Vaclav KEJR,
pour l'Église des Frères: le Secrétaire du Conseil synodal: Dr Karel SITA.

«Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien» (Rom. 12, 21).

OMBRES

EXTRAIT DU DISCOURS DU MINISTRE DES AFFAIRES INTÉRIEURES SLOVAQUES E. PEPICH AU PLENUM DU COMITE CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE SLOVAQUE

(...)

«Depuis le Vatican divers écrits en langue slovaque sont envoyés, par des moyens légaux et illégaux, et diffusés parmi nos citoyens. Des voyages à Rome pour nos concitoyens sont organisés par les émigrés au Vatican, avec l'aide de prêtres réactionnaires et d'autres personnes. Le but de ces voyages est avant tout d'exercer une influence idéologique sur nos gens et, dans de nombreux cas, de les exploiter par une action préméditée pour des buts d'espionnage, spécialement des intrigues politiques.

Une autre organisation qui a déployé et qui déploie une grande activité est l'œuvre de renouveau conciliaire(1). Jusqu'il y a peu, cette organisation cherchait à discréditer les prêtres patriotes (2) et à leur substituer des soi-disant «progressistes». Actuellement, elle s'oriente vers la jeunesse étudiante et vers la jeunesse en général, vers les artistes, les médecins, dans le but d'exercer sur eux une influence idéologique et de réanimer l'activité de l'Église catholique dans la mesure qu'elle connaissait jusqu'à février 1948(3). Bien que cette organisation n'ait pas été approuvée, elle cherche à développer son activité sur un plan loyal, c'est-à-dire dans les Partis politiques admis. Son activité se développe en étroit contact avec le Vatican».
(1) Il s'agit de DKO «Organisation pour le Renouveau conciliaire», née au «Printemps», après la destitution des leaders du «Mouvement de Paix du clergé catholique». Avec l'appui de la Hiérarchie, cette organisation souhaitait coordonner toutes les activités des catholiques dans le domaine théologique, scientifique, artistique, éducatif et dans le domaine de l'information. Nombre de laïcs s'étaient offerts à collaborer à ce renouveau. Mais DKO ne fut pas reconnue par les autorités civiles comme organisation légale. De ce fait elle était pratiquement mort-née.
(2) Il s'agit du «Mouvement de Paix du clergé catholique», dont le leader était le Dr Plojhar.
(3) Date du coup d'État communiste.
 

Cité par PRAVDA, Bratislava 10 juin 1969

« PRÊTRES PATRIOTES»

De fait, les autorités semblent soucieuses de rendre leur influence aux prêtres dont elles usèrent, autrefois, par l'intermédiaire du MHKD (Mirové Hnuti Katolického Duchovenstva - Mouvement de Paix du Clergé catholique).
Nous disons, d'autre part, que le Dr Plojhar a retrouvé le titre de Président d'honneur du Parti populaire.
Par ailleurs, en l'absence de l'évêque de BRNO, Mgr Skoupy, l'Abbé Peter FRANTA, attaché à la Chancellerie et connu pour sa qualité de collaborateur, a été félicité pour son soixantième anniversaire par le Ministre des Cultes BRUZEK. La lettre de félicitations de ce dernier lui a été remise par le Dr du Secrétariat des Affaires ecclésiastiques, en présence du Chanoine Josef BENES et Jan MARA, qui furent tous deux, autrefois, hauts fonctionnaires du MHKD.

AUTRES INSINUATIONS

Un livre, signé de Rudolf CERNY et intitulé «Comment on fait la contre-révolution» est lu par épisode à la radio de Prague.
Dans l'un de ces chapitres, il est reproché à l'archevêque de Prague, Mgr TOMASEK, d'avoir réussi à briser le «Mouvement de Paix du clergé catholique» et à former un «Mouvement de Rénovation conciliaire» puissant et d'y avoir entraîné des laïcs. Or «cette activité anti-communiste d'opposition est

LUMIÈRE

ziva teologie : théologie vivante

Nous avons déjà parlé de ces conférences, organisées à Prague et Brno, sous le nom de «Théologie vivante», il s'agit précisément d'un effort de «recyclage», (de remise à jour) théologique et pastoral, proposé non seulement à des initiés, mais encore au large public soucieux de se cultiver au plan de la foi.

Cette initiative reflète bien la volonté positive, créatrice de chrétiens de ce pays, désireux de tirer parti de toutes les possibilités existantes pour réaliser une œuvre d'éducation et promouvoir une formation des laïcs et des clercs, trop longtemps tenus à l'écart de toute information sur le développement de la pensée théologique et du renouveau pastoral dans l'Église.

Voici comment les promoteurs eux-mêmes présentaient ce cycle de conférences:

«La pensée a besoin de deux choses: information vraie et libre réflexion dans la communauté. La pensée réflexive des catholiques tchécoslovaques (et non seulement des catholiques) a pratiquement manqué pendant 20 ans de l'une et de l'autre. Nos psychologues et sociologues se devront de poursuivre une recherche sur ce phénomène. Après janvier 1968, au cours de la graduelle normalisation de la vie religieuse alors encore paralysée, des groupes ont commencé à se former pour des dialogues et discussions.
Malgré cela, on a très profondément ressenti le besoin de faire un inventaire de notre théologie contemporaine et de son potentiel. Il est vrai que durant l'année dernière, dans le cadre de rencontres œcuméniques avec dialogue, on a pu entendre des voix catholiques, tchèques et étrangères, mais ceci ne pouvait donner une image parfaite, pour des raisons compréhensibles. C'est la raison pour laquelle «Théologie vivante» a commencé ses conférences le 15 janvier 1969. Le fait que cette initiative répond à un besoin criant est aisément démontrable par les auditoires nombreux (certains participants venant de loin), par les discussions passionnées et par les pressantes requêtes de voir ces conférences données en d'autres centres et les conférences publiées.
Le sens et le but de «Théologie vivante» ont été ainsi définis au départ: être un forum public pour les catholiques, mais aussi pour tous ceux qui sont intéressés à trouver une large information sur la pensée de l'Église contemporaine, auprès de nos propres personnalités renommées, mais aussi auprès de spécialistes étrangers. Afin que ces personnes puissent également confronter leurs connaissances et leurs idées propres avec une autre idéologie chrétienne ou non chrétienne, dans un esprit de dialogue. Afin qu'elles puissent aussi éclairer en commun leur attitude à l'égard des personnes et de la communauté qui nous entoure, L'équipe d'animation est composée de délégués de divers groupes, dont la revue Via, et des membres de la Faculté théologique de SS. Cyrille et Méthode
(1). Dès le début, elle parvint à former une communauté de personnes soucieuses de chercher sincèrement la vérité, dans une atmosphère de dialogue calme et sincère, Le Père évêque, Dr Frantisek TOMASEK a salué la naissance de «Théologie vivante» en des termes qui soulignent fortement ce programme»(2)
(1) La Faculté de théologie du diocèse de Prague.
(2) ln VIA 11/7, 1969.

L'article de VIA se poursuivait en présentant le programme des conférences prévues pour le semestre suivant, et il terminait en disant: «Sur la base de cette expérience, il est possible de trouver un lieu pour un partage de connaissances, mais aussi pour un travail commun dans l'esprit de Vatican II».
Voici quelques thèmes de conférences, qui furent proposés au public durant cette dernière année, le plus souvent par des personnalités religieuses ou laïques de Tchécoslovaquie, mais parfois aussi par des spécialistes étrangers:
-Accès actuel à la théologie -La voie vers l'exégèse catholique d'aujourd'hui -Révélation et théologie -Le problème de la philosophie chrétienne -Le catholique tchèque et le contexte européen -Les chemins de la pensée catholique contemporaine -Foi chrétienne et pensée scientifique -Dialogue -Morale dans l'Évangile et la théologie -Liturgie en mouvement -L'avenir de l'Église (par le théologien Karl Rahner) -Exégèse et résurrection du Christ -Réflexion critique sur les fondements de la foi -Vie spirituelle: théorie et pratique -Un demi-siècle d'œcuménisme tchèque (par le Dr HROMADKA) -La Catéchèse autrefois et aujourd'hui (par Dr, K. Tilmann) -Théologie des Pères grecs et latins -11ème centenaire de l'œuvre culturelle de St Cyrille -Le catholicisme dans l'histoire tchèque -Le chemin de Velehrad vers les frères séparés
(3) -Le Peuple de Dieu -Les laïcs dans l'Église -Le prêtre dans l'Église -Les religieux dans l'Église -La vocation universelle à la perfection.
(3) Lieu de vénération des SS. Cyrille et Méthode qui, il y a 11 siècles, ont traduit en langue vernaculaire, la liturgie non seulement byzantine mais aussi romaine. C'est à Velehrad que fut commémoré, le 14 février, l'anniversaire de la mort de St Cyrille. C'est à Velehrad également qu'au moment du Printemps avaient été jetées les bases du Mouvement de Renouveau conciliaire (DKO)

Ce cycle de conférences et d'échanges autour de ces thèmes constitue très certainement un «service», parfaitement adéquat aux besoins de l'Église, en Tchécoslovaquie.

Puisse Ziva teologie poursuivre son œuvre d'aggiornamento, de dialogue, d'œcuménisme. «Il n'y a qu'une solution: espérer contre toute espérance».

des voix qui meurent ou s'estompent

Obroda


Pendant la période «dure» en Tchécoslovaquie, le Parti Populaire était l'un des Partis tolérés. Il était, en principe, d'inspiration chrétienne, mais -en fait- il était un groupe fantoche, assujetti à la politique dogmatique du Parti communiste. Il avait alors à sa tête un ancien prêtre, le Dr Plojhar, jouet dans les mains du pouvoir, leader du Mouvement de Paix du clergé catholique, Ministre de la Santé dans tous les gouvernements successifs. Le «Printemps» avait contribué à la liquidation de l'influence délétère du Dr Plojhar, sa destitution de la présidence du Parti populaire, la condamnation explicite de son activité par la Hiérarchie, son retrait, finalement, de toute vie politique, sociale ou religieuse.

Aujourd'hui, lui-même et ses anciens acolytes refont surface. Lui-même vient de retrouver la présidence d'honneur du Parti populaire «normalisé».

Or, avec le Printemps était né également un nouvel organe du Parti populaire, un bimensuel familial, intitulé OBRODA, c'est-à-dire RENOUVEAU. La devise de celui-ci était «Abondance et Paix dans notre pays», citation d'une chorale très ancienne de l'époque où St Adalbert (Wojtech) était évêque de Prague.

OBRODA souhaitait ramener dans les familles chrétiennes et les autres un souffle universel. Culture et vie de Foi: dans les deux domaines, il manifeste un constant souci d'information, d'élargissement des horizons, de curiosité intellectuelle et d'ouverture. Après le long hiver de conformisme, Obroda apparaît bien caractéristique de cet émerveillement qui pointe au bout de chaque branche, lorsque vient avril!

Le 17/12/1969, paraît le bimensuel. C'est le numéro de Noël. Voyez le sommaire de ce journal en vous mettant bien dans la situation de personnes qui ont été sevrées pendant de longues années: comme une coulée d'eau fraîche:

p. 1 : - Une nativité, œuvre de B. Buffet.

p. 2 : - « Le temps de Noël a commencé ", article du Vice Président de la chambre des déptités de Bohême, du Parti populaire.
- « Dans la Galilée d'aujourd'hui ", relation de voyage.

p. 3: - «Acte pieux sur la nativité du Fils de Dieu, sur la plus petite estrade du monde»: article sur les crèches, sous un titre extrait d'une pièce baroque.

p. 4 et 5: - « L'État parfait dans l'État»: relation illustrée de la vie d'un village de personnes âgées, tenu par des religieuses, dans un climat de participation des vieillards eux-mêmes à la vie économique et culturelle de cette communauté spécifique. Très beau témoignage rendu à la créativité, l'imagination et le dévouement de ces religieuses, reléguées par ailleurs de toute vie sociale.

p. 6: - «11 était lié à son peuple», témoignage sur la vie d'un prêtre, décédé en 1844.

p. 7: - «Les missionnaires en Polynésie française»: interview d'un Vicaire général de ce pays.
- «Vie pour l'Afrique», témoignage missionnaire encore, sur la Tanzanie.

p. 8: - «Pagodes, temples, églises et cathédrales»: dans un esprit œcuménique, témoignage sur les lieux de prière des grandes religions.

p. 9: - «Honest to God»: interview du théologien anglais renommé: Robinson.
- Extraits de la nouvelle traduction tchèque de l'Écriture sainte.

p. 10: - Diverses nouvelles et informations sur la vie religieuse dans le pays.
- «Naissance d'un prêtre ouvrier»; témoignage sur la vie et l'œuvre du Cardinal Cardijn.

p. 11: - «Jacques Maritain, thomiste du 20è s.», extraits de l'œuvre de Raïssa Maritain.

p. 12: - Présentation de diverses prières modernes de H. Oosterhuis.
- Présentation de l'esprit de la Règle de la communauté protestante de Taizé.
- Poésie.

p. 13: - Cinq photos; «Architecture ecclésiale moderne».

p. 14: «Le monde de l'icône et nous»: reportage sur une exposition d'icones au Musée d'Art de Munich.

p. 15 et 16: - « La terre de la Croix blanche»: reportage sur la Suisse.

p. 17; - «Le Théâtre du changement»; reportage sur le théâtre de Westminster.
- «ADIEU»; une poésie de Zdenek Karel (significatif!)

p. 18; - «Deux grands natifs de Bergame»; Jean XXIII et Giacomo Manzu.
- Une poésie sur Michel-Ange.

p. 19 à 21 ; - Diverses poésies de poètes contemporains ou récents, slovaque, slovène, polonais, hongrois, allemand français et tchèque, dans une traduction d'un poète tchèque bien connu: A.F. Babler.

p. 21 : - «La beauté du plâtre»: reportage sur le travail d'une artiste tchèque.

p. 22: - Une réclame publicitaire pour une entreprise qui eut à cœur, précédemment, de soutenir l'œuvre d’Obroda.

p. 23 : - «Protection des traditions et promotion de la modernité»: article· d'une artiste tchèque, sculpteur, amie de la famille de Paul Claudel, du temps où ce dernier était diplomate à Prague.

p. 24 : - Diverses photos de la cathédrale St Guy, à Prague.

Le livre de 852 pages, constitué par les deux années de notre bimensuel se ferme. Après l'année nouvelle, le facteur ne viendra plus prendre votre abonnement pour OBRODA. Vous ne trouverez plus non plus notre journal dans les kiosques. C'est pourquoi, nous voudrions vous remercier pour l'attention que vous avez portée à notre travail. Nous savons bien qu'OBRODA n'était pas parfait, ni quant au contenu, ni quant à la présentation. Nous en avons d'autant plus apprécié les marques de votre sympathie, manifestée dans des centaines de lettres ou dans les milliers de cartes-réponse à nos enquêtes. Nous regrettons que notre journée de travail n'avait pas plus de 24 h. pour arriver à remercier personnellement par lettre toutes ces paroles aimables et nous le faisons au moins de cette manière et, au seuil de cette année nouvelle, nous souhaitons de tout notre cœur la paix à vos cœurs, à vos familles et la paix à toute notre communauté nationale mais aussi à la communauté universelle».

ET, PLUS LOIN, UN ARTICULET…

«Travail à BRNO: cherchons du travail pour rédacteur du journal - Renseignements à la rédaction.»

Les journaux aussi peuvent mourir!

Katholické Noviny

Ce journal est un hebdomadaire, un peu notre « Dimanche» ! Il poursuit un effort très intelligent. Lui aussi travaille à nourrir la foi (méditation en deux lignes pour chaque jour, initiation liturgique, etc.), mais il s'efforce d'élargir les horizons, de donner à toute découverte un accent positif. Il porte attention particulière aux jeunes. Tout cela dans le peu de pages qui lui sont accessibles.

Après près de 20 ans d'aridité totale, c'est encore un filet d'eau claire.

Le journal du 11 janvier 1970, publie un cadre, en première page:

ATTENTION

Selon la décision de l'organe supérieur et selon l'information préalable sur la situation de la production, de l'importation et de l'exportation de papier, l'attribution de papier pour l'édition des journaux devra, en 1970, être accommodée à la situation de 1967.

Dans cette perspective, Katholické Noviny ne peut tirer, le premier trimestre 1970, que 70.000 ex. au maximum(1). Nous avons demandé à PNS(2) de distribuer Katholické Noviny dans tous les endroits où résident des abonnés, même, s'il le faut, en quantité réduite(3).
(1) Au moment où un journal «Katholické Noviny» avait été assujetti par le Mouvement de Paix du Clergé catholique, pendant la période de Novotny, le tirage de ce journal,. très orienté et tendancieux était de 35.000 exemplaires. Après la «libération» de cet assujettissement, le tirage de Katholické Noviny monta à 70.000 exemplaires, malgré les constantes difficultés pour obtenir du papier. Mais en 1969, le tirage avait progressivement monté jusqu’à 150.000 exemplaires. Et c'était encore insuffisant!
(2) PNS: POSTOVNI NOVINOVA SLUZBA: Service postal des journaux. Il s agit d’un office d État, chargé de la distribution des périodiques. La distribution, à l’Est, est en effet séparée de la rédaction, et le plus souvent, la rédaction n’a aucune influence sur la distribution de son propre organe. Il peut arriver, même, que l’office de distribution devienne effectivement et sciemment une entrave à la diffusion. OBRODA, par exemple, a signalé un jour la difficulté de trouver le journal dans les kiosques, alors que l'office de distribution lui renvoyait des stocks «d'invendus».
(3) On peut craindre, en effet, que l'office de distribution restreigne celle-ci aux deux plus grands centres de Prague et Brno, par exemple !

Nous demandons aux abonnés qui le recevront de ne pas être égoïstes et de prêter l'exemplaire au moins à un autre abonné qui ne l'a pas reçu, afin que tous les lecteurs de K.N. puissent effectivement le lire.

Que les abonnés de K.N. qui ne reçoivent pas leur journal tiennent compte du fait que la Rédaction ne peut, en aucune manière, influencer la distribution et c'est la raison pour laquelle nous leur demandons de ne pas s'adresser à la rédaction dans cette situation. Merci pour la compréhension.»

La rédaction de Katholické Noviny

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1969 II/8

La revue est née à la faveur du printemps, en 1968. Pendant cette année et toute l'année 1969, elle poursuit sa publication mensuelle. Remarquable effort d'aggiornamento de la pensée théologique, au départ de moyens réduits.

Au hasard, quelques articles de la revue, parus en 1969: -Réconciliation -Croix et renouvellement de la foi du prêtre -Célibat aujourd'hui -La recherche théologique de 1945 à 1965 (article du Père Congar) -Crise de vocations sacerdotales (du Card. König) -Le Kerygma le plus court -La langue liturgique -Aux prêtres (Paul VI) -Comment parler de Dieu aux Jeunes (K. Tilmann) -Sur la crise (d'un article polonais) -Transsubstantiation, transsignification et sémiotique -Première communion sans confession? -Le Conseil œcuménique des Églises chez nous -Le nouvel Ordo Missae -Les nouvelles connaissances sur les Psaumes Musique et Liturgie -Notes sur la statistique au service de la pastorale, etc.

MAIS:

Si l'application de l'ordonnance sur la distribution du papier journal est stricte, ne pourrait-elle servir de prétexte à la liquidation d'une telle revue, qui représente l'unique possibilité de divulgation d'une information théologique, sorte de «recyclage» théologique du clergé et des laïcs formés, en Tchécoslovaquie? Cette revue, en effet, n'existait pas en 1967! Le terme de 1967, choisi dans la période Novotny précédant le Printemps, le fut-il sciemment? On peut le craindre évidemment. Il mettrait ainsi en question toutes les publications rénovées, nées ou plus largement diffusées à la faveur du Printemps...

Les revues aussi peuvent courir des dangers!

un récit : pour les jeunes amis de l'entraide

Cette dernière année, des jeunes ont voulu parfois participer effectivement à notre effort. Pour eux, nous rapportons ici ce récit, paru dans un journal de Tchécoslovaquie, au moment de la Noël.

Au-delà de l'histoire elle-même, marquée d'une touche un peu sentimentale, mais fine et significative, il y a des nuances que l'on peut percevoir et qu'il est bon de découvrir.

Voyez, ... Il s'agit d'un épisode concret de la vie d'une jeune étudiante de ce pays. Elle est toute jeune, ouverte et toute disponible à la bonté du cœur, capable de la recevoir et aussi de la partager. Mais elle est aussi sevrée, sans pouvoir donner nom à cette vague nostalgie, de toute l'Espérance de la Bonne Nouvelle. Pourtant, elle serait mûre aussi pour l'accueillir! Sa Charité délicate est signe déjà de l'Esprit qui l'anime, mais «elle ne peut lui donner son nom».

C'est là toute la tristesse d'une jeune génération, systématiquement élevée dans l'athéisme et l'incrédulité. Nul doute que la «camarade éducatrice», dans ce foyer d'étudiantes, ne soit justement aussi la responsable d'une éducation idéologique dans un sens matérialiste et marxiste. Et pourtant, devant la Charité de l'enfant, elle-même aussi, pour un moment, désarme... Peut-être en elle remontent aussi les souvenirs d'une enfance marquée de l'éducation dans la foi: nostalgie ou discrète interpellation de la grâce?

Il y a encore cette juxtaposition de deux générations, la génération de la foi et celle de l'athéisme. Juxtaposition qui aurait pu être aussi opposition et clivage. Le chemin de rencontre passe à travers la gentillesse, l'affabilité, le sourire, l'entraide, l'accueil à l'autre. Toutes valeurs humaines, porteuses de grâce aussi. Voie de dialogue.

Une chose encore: la Tchécoslovaquie, douloureusement marquée par la «normalisation» vit un triste Noël. Faudrait-il s'enfermer dans la résignation, la tristesse ou l'amertume? Dans cette nuit, que diront les chrétiens? La foi est lumière aussi. Le Salut est œuvre d'aujourd'hui, le Seigneur vient. Il ne s'agit pas d'une histoire attachante des temps anciens, il s'agit bien d'une action dynamique qui se déroule dans l'aujourd’hui! «Je n'ai jamais eu un si joyeux Noël»: cette parole de la veille dame, porteuse de foi, est significative.

A travers chacune de ces nuances, par le don de ce récit en apparence assez anodin, mais riche de valeurs, nous pouvons percevoir comme une sorte de catéchèse, adaptée aux simples chrétiens appelés à vivre (à «sur-vivre») dans la situation actuelle.

«TOTALEMENT PAÏENNE»

C'est une curieuse amitié! L'une a 70 ans, l'autre 17. La chance les a conduites sous le même toit. Jarmila est hébergée dans cet institut d'étudiantes, filiale de l'ancienne maison des infirmières. C'est ainsi que cette filiale hébergeait aussi la vieille dame Jodlova. Les autorités de l'école l'y ont laissée vivre dans une pièce, où, entre les fenêtres, pend encore une croix. Une cuisine avec un grand poêle est contiguë à la chambre, et huit autres pièces résonnent des voix de jeunes filles. Les étudiantes aimaient beaucoup la vieille dame. Elles allaient chez elle, préparer du thé, emprunter du sel ou du sucre. Avec bienveillance, Madame Jodlova ouvrait, pour les jeunes filles, la porte qui donnait sur le hall commun. Et, à l'internat, les jeunes filles se sentaient mieux chez elle quand elles y avaient aussi une Grand-Mère.

Un jour que Jarmila était gênée par le bruit de la vie commune, elle prit ses livres dans les bras et vint s'installer sur la table de la cuisine de Mme Jodlova. Le poêle chauffait bien; sur la cuisinière, il y avait un pot d'eau bouillante. La vieille dame était assise près de la fenêtre. Derrière elle, on voyait tomber les flocons de neige; la vieille dame à lunettes d'écaille lisait quelque chose. Jarmila se sentait très bien. Elle sourit à Mme Jodlova, alors que celle-ci levait les yeux de ses pages usées et la Grand-Mère lui rendit son sourire, alors Jarmila se sentit comblée d'un sentiment très particulier, comme si elle avait appartenu à ce lieu depuis toujours. Et elle commença dès lors à venir chaque jour dans la cuisine, même lorsqu'il faisait calme dans les chambres de ses compagnes. Elle venait bavarder un peu, confier ce qui lui était arrivé ou ce qui s'était passé à l'école, mais aussi elle venait demander en passant ce qu'elle pourrait rapporter à la vieille dame le lendemain, en rentrant de l'école.

Près des chambres des jeunes filles, il y avait une pièce avec une inscription terrible: «pièce d'éducation». Personne, à l'internat, ne sentait le besoin de se laisser éduquer! Mais quand même, les jeunes filles parvenaient courageusement parfois à entrer dans cette pièce pour y laisser un secret. Jarmila aussi osa y entrer. A voix basse, elle se mit à interroger la camarade éducatrice, la priant de lui donner un conseil: que doit-il se trouver dans une crèche? «Je ne sais pas du tout, avait-elle vite ajouté, vous savez, je suis totalement païenne, je ne suis pas baptisée et je ne sais rien de la religion. Mais je voudrais procurer une joie à Grand-Mère Jodlova pour la Noël! une crèche. Il faut que ce soit une surprise. Alors, je vous en prie, ne dites rien».

«Comment en es-tu venue à cette idée?, demanda la camarade éducatrice. «Madame Jodlova m'a raconté comment elle se réjouit toujours à la Noël, avec quelle joie elle regarde la crèche à l'église et comment elle se souvient alors de son enfance, et tout, en général... Mais, si nous avons un Noël froid, Mme Jodlova ne pourra pas se rendre à l'église. Elle ne peut pas sortir quand il y a de la glace. Alors, j'ai eu une idée. Nous toutes partirons, vous-même aussi, vous serez absente. Mme Jodlova restera toute seule à l'étage. Si elle avait au moins une crèche, je pense qu'elle serait plus heureuse».

Et c'est ainsi que Jarmila reçut sa première catéchèse de la Ste Famille, du bétail de Bethléem, des anges et des bergers. Elle se mit tout de suite au travail. Pendant les soirées où les autres jeunes filles se rendaient au théâtre, au cinéma, ou qu'elles regardaient la TV, Jarmila fabriquait des petits personnages en plasticine et elle cousait des vêtements avec de vieux échantillons de tissu. La camarade éducatrice fut plus d'une fois consultée et un jour, fortuitement, une question lui échappa sur le point de savoir si Jarmila n'avait jamais pénétré dans une église. La jeune fille eut un air confus. «J'aime beaucoup d'y aller, m'asseoir un moment et écouter l'orgue. Je m'y sens très bien. Mais chez nous, je ne l'ose que très rarement. L'église se situe au milieu de la place, on peut voir chacun qui y entre. Et si ma Mère apprend que j'y suis entrée, elle est très fâchée contre moi. De qui tient cette fille, dit-elle, en se frappant le front! Cela ne tourne pas rond dans sa tête, mais de qui donc tient-elle cela! Alors, ne soufflez mot devant les miens, ne dites pas que je fabrique une crèche. On peut lui mettre un beau fond, avec la ville, on peut y mettre des petits palmiers, Vous me prêterez vos plantes en pot, n'est-ce pas?»

Juste avant Noël, la camarade éducatrice est entrée chez Mme Jodlova, pour la distraire un peu en bavardant avec elle. Mais bientôt un coup discret à la porte, et Mme Jodlova apprend que les étudiantes l'attendent à la cuisine pour lui exprimer des vœux de joyeux Noël. Demain, elles devront préparer leurs valises, et on n'aurait pas le temps de prendre congé.

Mme Jodlova cligne des yeux: qu'est-ce que cela signifie? Pourquoi?, a-t-elle demandé, un peu troublée. Elle s'arrête sur le seuil de la cuisine, surprise, un peu gênée comme si elle pénétrait là où elle ne devrait pas, comme si elle n'était pas chez elle. Sur la table se trouve un sapin illuminé et le vieux bahut est comme transformé en une TV en couleurs, qui présente la carte de Bethléem avec une grotte au-dessus de laquelle on voit un ange et une étoile toute brillante. En plus des bergers qui se pressent, on voit aussi tout un groupe de joyeux visages de jeunes filles. Les yeux de Mme Jodlova sont humides et comme dans un brouillard. Elle a reconnu la plus âgée des étudiantes, l'énergique Jindra, qui lui serre la main: «Mme Jodlova, au nom de tout l'internat, joyeux... Filles, maintenant un chant: «Nous irons ensemble à Bethléem»".

La vieille dame s'est assise. Elle ne sait pas si elle doit chanter ou regarder autour d'elle. Jindra allume des petits feux d'artifices, les uns après les autres: «celui-ci, vous pourrez l'allumer le soir de Noël», dit-elle en lui tendant la boîte.

«Mais pourquoi, comment est-ce possible?»

«Afin que vous n'ayez pas de tristesse».

Grand-Mère est parvenue à dire quelques mots: «Tristesse? Certainement pas. Jamais je n'ai eu un si joyeux Noël que cette année!». Et ses yeux cherchent parmi les jeunes visages celui de l'enfant qui a tout préparé. Jarmila est là, tout derrière: il faut que Mme Jodlova pense que toutes les jeunes filles avaient souhaité lui offrir un joyeux Noël, et non seulement elle toute seule! De côté, elle regarde la vieille dame, rayonnante de joie.

«Tu ne chantes pas?», demande à Jarmila la camarade éducatrice, tandis que les jeunes filles entonnent d'autres chants.

«Je ne connais pas de chant de Noël».

La dernière, Jarmila quitte la cuisine. Sur le seuil, elle se retourne encore, en disant: «Demain, je vous achèterai encore ce dont vous avez besoin pour la Noël, Mme Jodlova». Et, disant cela, elle sent monter en elle la nostalgie de quelque chose, comme un souffle, un désir de quelque chose auquel elle ne sait pas donner un nom».

(Marie Holkova, dans Katholické Noviny, Noël 1969)

DOCUMENTS
l’année d’un évêque

Le journal catholique tchèque(1) rapporte ici une interview d'un secrétaire de Mgr SKOUPY, évêque de BRNO, en Moravie. Cet évêque ne fut jamais incarcéré, au sens strict du mot, mais il fut éloigné de sa charge épiscopale, placé en résidence surveillée à ZERNUVKA, petit village non loin de BRNO. Libéré au moment de la libéralisation, il reprit la direction de son diocèse. Le 30 décembre 1969, il a fêté ses 83 ans! Ces quelques précisions sous-tendent l'échange entre le journaliste et le secrétaire de l'évêque. Il faut noter également que Mgr Karel SKOUPY est Doyen des évêques, et par ce fait, du Collège épiscopal.
(1) Cfr. Katholické Noviny: 1969, no 51/52.

Q. - Quelle fut l’année dernière de l’évêque ?
R. - Il accomplit ses fonctions sacerdotales, épiscopales, les charges de Doyen du Collège des évêques et collaborateurs du Pape.

Q. – Qu’entendez-vous par ses fonctions sacerdotales ?
R. - C'est-à-dire que l'évêque confesse, baptise, bénit des mariages, célèbre chaque jour, prononce quotidiennement une homélie, fait des visites de malades (auprès de prêtres et laïcs) et il administre l'onction des malades. De temps à autres, il donne des conférences à des enfants, à des adolescent, à des adultes laïcs ou à des théologiens et des prêtres. Il y eut vraiment un grand nombre de ces conférences, pleines d'enthousiasme juvénile. Le Père évêque trouve aussi le temps de rencontrer des lecteurs liturgiques ou des organistes. Il est alors vraiment le père spirituel.

Q. – Quel est son travail épiscopal ?
R. - Statistiques: 7054 confirmations
(2), 80 ordinations. Il a visité presque toutes les paroisses de Brno(3), mais aussi hors de la ville. Il a participé à différents cours de «Ziva teologie»; il a l'habitude de participer à des récollections de prêtres, il a rendu visite au séminaire; il a pris souci également des jeunes étudiants, candidats au sacerdoce et s'est préoccupé des personnes âgées, notamment des prêtres. Il a célébré lui-même les funérailles de la plupart des prêtres décédés. C'est vraiment beaucoup et des semaines de 5 jours de 8 heures ne sauraient y suffire!
(2) A noter: dans de nombreuses régions de Tchécoslovaquie, les évêques étant emprisonnés ou éloignés, il n'y eut aucune confirmation pendant 7. 8. 9 ans!.
(3) Centre du diocèse de Brno, ville de plus ou moins 350.000 habitants.  

Q. – Et le travail de Doyen du Collège épiscopal ?
R. - Il s'agit de présider les Conseils épiscopaux, de participer aux commémorations les plus représentatives de la vie de l'Église (funérailles de l'évêque, Mgr Lazik, du Vicaire capitulaire Glogar, rencontre à Velehrad, etc.)

Q. – Et ses relations avec le Pape ?
R. - Il y a trois visites à Rome. La première, le 14 février commémoraison de la mort de St Cyrille
(4). La 2ème, à l'occasion des funérailles du Cardinal Beran, et, actuellement, le Père évêque prépare un troisième voyage à Rome, afin d'y remercier le St Père pour la Lettre apostolique qu'il adressa à l'occasion de cette commémoraison de St Cyrille, anniversaire qui reporte à 11 siècles! Pour cette occasion, le Père évêque a préparé un cadeau pour le Pape: la maquette d'un autel portatif de la Ste Vierge, avec tous les saints et saintes tchèques.
(4) Célébration du 11ème centenaire de la mort de St Cyrille, apôtre des Slaves avec son frère Méthode. Cyrille, mort à Rome le 14 février 869, fut enseveli dans la Basilique St Clément.

Q. – Peut-on parler de vie privée, pour le Père évêque ?
R. - C'est difficile à dire! Il faut encore compter, en effet, avec les quelque 9.000 requêtes cette année, demandes et autres questions soumises à l'évêque, et des centaines d'audiences privées. Alors la «vie privée» prend la forme de discours, projets, problèmes et analyses. La vie privée, probablement se réduit-elle au bréviaire, au chapelet, aux visites au St Sacrement et, peut-être, à un peu d'étude et à une promenade régulière dans le jardin.

Q. – Vous parliez de projets ?  Que pouvez-vous en dire ?
R. - Oui ... De projets, ce sont des constructions et rénovations d'églises, notamment aux zones frontières
(5), mais la cathédrale elle-même a besoin de réparation. Des cloches sont déjà préparées. Le Père évêque voudrait y avoir une sonorisation en bon état(6). Il pense aussi au chauffage. Mais sa préoccupation principale, ce sont les vocations sacerdotales et l'éducation des prêtres. Il y a d'autres problèmes pastoraux: préparation de futurs époux, éducation des foyers, rénovation liturgique dans tout le diocèse. Il est fort soucieux de la collaboration des prêtres avec les laïcs, des conseils paroissiaux, etc.
(5) Il s'agit de régions souvent désolées et très démunies.
(6) Pour mesurer l'importance d'une bonne sonorisation, dans les Églises des pays de l'Est, il faut se souvenir qu'il n'existe pas de livres, de formulaires polycopiés, etc. pour les participants à l’Eucharistie

 Et nous quittons la place historique Petrov, nous souvenant du 83è anniversaire de cet évêque et de ses 58 ans de sacerdoce!»

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