Bulletin juin 1966

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Église du silence ••• Église de la patience
deux
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L'analyse attentive de certains documents émanant des Églises des pays de l'Est conduit parfois à des constatations étonnantes. Qui eût dit que nous aurions à mettre en parallèle un document émanant de prêtres de l'Église orthodoxe d'U.R.S.S. et un autre écrit, adressé l'an dernier au Président Cyrankiewicz, de Pologne, et signé, au nom de l'Épiscopat polonais, par le Cardinal Wyszynski et le Secrétaire de l'Épiscopat, Mgr. Choromanski?(1)
(1) Cfr. Lettre du Cardinal Wyszynski, au nom de l'Épiscopat, in «Informations Catholiques Internationales» du 15 septembre 1965, et S.O.S. pour l'Église en U.R.S.S., dans la même revue du 1er avril 1966. Texte intégral des deux documents.

Il est un certain courant en Occident qui tend à minimiser un peu la portée de témoignages venus de l'Église de Pologne, au nom d'un «traditionalisme» qui les rendrait peu significatifs. Par contre, des documents-clefs comme le sont les deux lettres russes, dont nous allons parler, sont proposés au public comme des appels au secours dont il faut tenir compte, et de tels documents servent de référence pour une analyse sérieuse de la situation faite à l'Église dans ce pays.

Il est d'autant plus intéressant de rapprocher aujourd'hui ces deux documents et de découvrir leur similitude. Celle-ci nous révèle, presque scientifiquement, la tactique en usage aujourd'hui pour réduire l'Église. Face à de tels témoignages, nous voudrions dire, sans haine et sans passion: nous, les chrétiens de l'Occident, auxquels on tend la main pour un dialogue entre marxistes et chrétiens, nous que l'on interpelle en nous rassurant sur le sort de l'Église en de telles situations, nous sommes fondés à demander que de telles contraintes pesant sur la foi de nos frères chrétiens soient levées, avant que nous ayons la faculté de croire à la bonne volonté sincère de nos interlocuteurs. Nous voulons «distinguer l'erreur et ceux qui la commettent»; nous croyons que «l'homme égaré dans l'erreur reste toujours un être humain et conserve sa dignité de personne à laquelle il faut toujours avoir égard», nous pensons encore que «l'on ne peut identifier de fausses théories philosophiques sur la nature, l'origine et la finalité du monde et de l'homme, avec des mouvements historiques fondés dans un but économique, social, culturel ou politique, même si ces derniers ont dû leur origine et puisent encore leur inspiration dans ces théories. Une doctrine, une fois fixée et formulée, ne change plus, tandis que des mouvements ayant pour objet les conditions concrètes et changeantes de la vie ne peuvent pas ne pas être largement influencées par cette évolution. Du reste, dans la mesure où ces mouvements sont d'accord avec les saints principes de la raison et répondent aux justes aspirations de la personne humaine, qui refuserait d'y reconnaître des éléments positifs et dignes d'approbation?»(SS. Jean XXIII: Pacem in terris).

Il reste donc que nous sommes fondés à souhaiter voir s'inscrire les évolutions, que l'on nous promet, dans les faits. Certes, autres ceux qui philosophent et autres ceux qui dessinent les voies de contrainte. Mais comment voudrait-on que sincèrement nous puissions nous engager dans un dialogue, tant que des frères chrétiens seront contraints à crier leur détresse, à appeler à l'aide, au nom du droit de la personne humaine et de la liberté garantie à tous les citoyens? Comment pourrions-nous croire à la sincérité des intentions de nos interlocuteurs, aussi longtemps que la discrimination, qui viole les personnes et leurs droits, s'inscrit dans le fait de la seule appartenance religieuse? Pour les catholiques de Pologne, qui expriment ici leur inquiétude, pour les orthodoxes d'U.R.S.S., qui appellent les mesures efficaces «en vue de l'élimination la plus rapide de l'illégalité et du rétablissement dans leurs droits légaux des millions de citoyens croyants de l'Union soviétique», nous appelons aussi, en communion avec eux, afin que justice et droit leur soient rendus.

Nous mettrons donc en lecture parallèle des extraits de ces deux documents. Ce que nous entendons relever, c'est le fait que LA MÉTHODE qui se dessine est identique. Il est normal que son application soit parfois diverse, du fait des contextes différents: il y a près d'un demi-siècle que l'on s'efforce de réduire l'Église orthodoxe en Union soviétique, la Pologne catholique réagit aussi différemment à 20 ans d'efforts dans ce sens. Et pourtant, et cela même nous frappe, malgré cette profonde diversité de contexte, on trouve des similitudes, même dans les faits. Et il faudrait ajouter ceci: il s'agit ici d'un document rédigé par l'épiscopat polonais. Que diraient alors les épiscopats ou les fidèles des Églises aujourd'hui autrement détruites encore. Les faits que mentionnent les deux lettres des prêtres russes dessinent fort exactement des situations très semblables en des pays comme les pays Baltes, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, etc. Si parlent ainsi ceux qui parlent, que diraient ceux qui se taisent? Mais nous avons voulu nous en tenir ici à l'analyse de deux textes, et nous refusons donc à d'autres témoignages pour l'instant.

Deux remarques fondamentales, tout d'abord: les prêtres d'Union soviétique, tout comme l'Épiscopat polonais, en appellent à la justice pour leurs fidèles, au nom de leur qualité de citoyens à part entière, au nom des droits fondamentaux de la personne humaine, garantis d'ailleurs par la Charte des Droits de l'Homme.

« En tant que citoyens soviétiques, nous nous adressons à vous pour protester contre les agissements illégaux des dirigeants et des fondés de pouvoir du Conseil pour les affaires de l'Église orthodoxe russe près le Conseil de l'U.R.S.S. ....»  et plus loin: «Voilà comment les responsables du Conseil ont pris une part directe et active à cette campagne antidémocratique, privant des millions de citoyens croyants de l'U.R.S.S. des droits légaux qui leur appartiennent». Les signataires du document se présentent comme: «Les citoyens de l'U.R.S.S. ...».(1)
(1) Nous noterons (U.S.) : Union Soviétique et (Pol.) : Pologne, en fin des citations respectives.

«Lorsque le projet de la Constitution de la République Polonaise, voté par La Diète Législative le 22 juillet 1952, fut soumis à la discussion au niveau national, on a déclaré à toute la nation que le principe du nouveau régime social, économique et politique de la République Polonaise, garantit la justice sociale, le respect des lois, ainsi qu'une impartialité totale face à toutes les manifestations de la vie sociale et individuelle; qu'à ces fins entre autre, servirait la séparation de l'Église et l'État, puisque l'Église trouvait dans la Constitution des garanties pour la liberté de conscience et de confession, obtenant de ce fait la faculté d'exercer sans entraves ses fonctions et ne relevant aucunement, dans ce domaine, du contrôle de l'État et de ses organes administratifs...», et plus loin, les signataires parlent d'une «flagrante contradiction avec les principes ratifiés par la Constitution et en violation des droits en vigueur ainsi que des principes de la Grande Charte des Droits de l'Homme, décrétée par l'Organisation des États-Unis et signée par le gouvernement de la République Populaire Polonaise ce qui lui donne, en Pologne, force de loi» (Pol.)

L'autre remarque fondamentale est celle-ci: ce qui est mis en exergue, à travers ces documents -et ici justement, joue la similitude-, c'est le fait que la réduction de l'Église passe à travers DES MESURES ADMINISTRATIVES PARFAITEMENT ÉLABORÉES. Un même organisme est mis en cause: le Conseil pour les Affaires de l'Église orthodoxe russe, d'une part, et l'Office du Culte d'autre part. Nous verrons que le rôle attribué à cet organisme est identique dans les deux pays. Ce qu'il faut remarquer également c'est la MÉTHODE identique de travail de ces organismes. En fait, Ils agissent par mesures administratives qui sont des interprétations illégales des lois fondamentales régissant les relations des Églises et de l'État par ce fait même, l'organisme créé par les pouvoirs civils gardiens de la loi, entre lui-même dans la plus flagrante illégalité, et par son action, il contraint à l'illégalité les organes administratifs qu'il met en jeu. Ceci est l'expression même du paradoxe permanent de ces situations à l'Est. Il est conséquent, dès lors, que les injonctions de ces organes d'ingérence dans les affaires intérieures de l'Église, soient toujours des injonctions verbales. Ils savent qu'ils agissent dans l'illégalité, et ils entendent bien ne point en laisser subsister la trace.

Tout ceci, que nous savions, ressort extrêmement clairement de la lecture des documents en question. En voici quelques témoignages:

«Toute cette pratique illégale du constat de l'appartenance religieuse des citoyens, qui vise à leur discrimination, a été établie par les responsables du Conseil pour les Affaires de l'Église orthodoxe russe, par le biais d'un diktat verbal et non officiel imposé aux organes exécutifs des communautés religieuses; ce faisant, les fondés de pouvoir du Conseil contraignent les conseils paroissiaux à une infraction directe de la loi, puisque, selon la législation soviétique, le représentant d'un conseil paroissial n'est qu'une personne privée n'ayant pas le droit de vérifier ni, a plus forte raison, d'enregistrer des pièces d'état civil.

Ayant pleine connaissance du caractère illégal de leurs agissements et des conséquences désagréables d'éventuelles protestations, les fondés de pouvoir du Conseil se refusent systématiquement à confirmer par écrit leurs injonctions sur la procédure et les formes d'enregistrement des actes religieux. Simultanément, cependant ils exigent une observation  intégrale de ces injonctions, éliminant des organes exécutifs religieux ceux qui, ne voulant pas enfreindre la législation soviétique, refusent de se soumettre à des instructions verbales». (US)

«Il n'est pas surprenant que, pour mener leur activité illégale, les fondés de pouvoir du Conseil aient choisi la méthode des injonctions verbales, contraires aux principes de la légalité socialiste, s’efforçant ainsi de dissimuler leurs actes illégaux et d'éluder leurs responsabilités. Le désir, inhérent à toute illégalité, de se dissimuler aux yeux de l'opinion, en est venu, chez les dirigeants du Conseil pour les affaires de l'Église orthodoxe russe, au point que le bâtiment où se trouve l'administration du Conseil est démuni de plaque: petit détail, mais combien significatif!» (U.S.)

«Les autorités fiscales qui, dans ce domaine, sont entièrement subordonnées à l'Office des Cultes et ne peuvent, par conséquent, agir selon leurs droits et compétence, sont donc en permanente infraction aux lois et à la justice...» (Pol.)

«En donnant une fausse interprétation du décret du 25 février 1958, l'Office des Cultes recommande aux autres services publics, relevant du Ministère de la Santé Publique, des Assurances sociales, de l'Éducation nationale, qui occupent les immeubles appartenant à l'Église, de s'en saisir et de se les approprier, bien que l'article 17 de ce décret ne les y autorise nullement.» (Pol.)

«Souvent ces convocations se font par téléphone et ont pour but d'entamer un dialogue au cours duquel, par des chantages, des menaces, des promesses et d'autres moyens indignes d'un pays civilisé, on tente de détourner l'interlocuteur de l'exercice consciencieux de son ministère sacerdotal ou d'autres obligations religieuses, et on l'incite à désobéir à ces autorités hiérarchiques.» (Pol.)

Ainsi s'esquisse la méthode de travail de cet organisme intermédiaire entre l'Église et l'État. Il serait bon de voir, en parallèle, comment s'exprime cette gestion et des exemples typiques, de part et d'autre, de son ingérence dans les affaires internes de l'Église, au mépris de toutes lois existantes.

La gestion du Conseil pour les Affaires de l'Église orthodoxe russe:

«Un organisme, le Conseil pour les affaires de l'E.O.R. a été institué près le gouvernement soviétique, pour contrôler l'exécution des lois qui régissent les relations entre l'État et l'Église, ainsi que pour servir d'intermédiaire entre l'Église et l'État sur le plan civil.

Toutefois, au cours de la période 1957-1964, sous la pression personnelle de N. Khrouchtchev, qui se rendit coupable de «subjectivisme et d'abus administratif dans la direction», par la suite condamnés par le Parti communiste de l'U.R.S.S., le gouvernement soviétique et l'ensemble de l'opinion soviétique, le Conseil pour les affaires de l'E.O.R. a radicalement changé de nature: d'organe officiel de médiation, il est devenu un organe de gestion non officielle et illégale du Patriarcat de Moscou.

Ainsi, l'ingérence des dirigeants et des fondés de pouvoir du Conseil dans la vie intérieure de l'Église a pris des formes qui doivent être qualifiées de violation grossière des principes mêmes de la légalité socialiste et de la législation soviétique relative à la religion et à l'Église...» (U.S.) et en Pologne:

«Pour arriver à ces fins, on se sert de tous les moyens dont disposent les organes administratifs, soumis à leur tour, entièrement et sans réserve, pour tout ce qui concerne les affaires de ,l'Église, de ses institutions et du clergé, aux directives de l’Office des Cultes, contrairement à ce que stipule le code de la procédure administrative et d'autres ordonnances des lois en vigueur, qui déterminent les limites de la compétence des organes administratifs. En leur imposant une interprétation des lois non conforme à leur esprit, l'Office des Cultes les oblige à agir en infraction avec l'ordre légal; par des instructions confidentielles limitant les droits civiques, il préconise la discrimination à l'égard du clergé séculier et religieux, et trace un plan d action base sur des décisions parfaitement arbitraires et en flagrante contradiction avec les lois...» (Pol.)

Cette mise en parallèle n'est-elle pas absolument significative?

Il nous resterait alors à inventorier (mais très rapidement, car la place nous fait défaut, malheureusement) des points d'application de cette action dissolvante et illégale de ces organismes, dans la vie des Églises.

Voyons, par exemple, cette ingérence s'inscrire dans La vie du clergé et plus particulièrement l'enregistrement (illégal) de celui-ci, en U.R.S.S. et les abus de pouvoir dans la question des nominations ecclésiastiques, relevés par les évêques polonais:

«...l’enregistrement des serviteurs du culte, tel que le prévoit la loi, ne constitue en aucune façon une sanction, mais un simple CONSTAT.

Néanmoins, et contrairement à la législation, les fondés de pouvoir du Conseil se sont arrogé le «droit de récuser les serviteurs du culte, transformant par là même l'enregistrement desdits serviteurs du culte d'un constat, en une sanction.

Par cette interprétation abusive, les dirigeants et fondés de pouvoir du Conseil ont introduit dans l'Église russe une pratique selon laquelle aucune ordination, aucune affectation, aucune mutation dans le clergé ne peuvent avoir lieu sans le CONSENTEMENT préalable et oral ultérieur, des DIRIGEANTS OU FONDES DE POUVOIR DU CONSEIL à un enregistrement officiel ultérieur.

Bien plus, les fondés de pouvoir du Conseil ont largement recours à la pratique illégale qui consiste à priver les serviteurs du culte de l'enregistrement et usent de la menace de la privation d'enregistrement comme moyen de pression administrative sur le clergé orthodoxe russe...» (U.S.)(1)
(1) Seuls les prêtres «enregistrés» sont en droit d’exercer une activité pastorale.

«L'Office des Cultes et ses services régionaux exercent à l'égard de l'Église une politique particulièrement hostile dans le domaine des nominations ecclésiastiques.

Contrairement aux décrets du Code de Procédure administrative statuant que chaque décision négative des organes administratifs doit être accompagnée d'une justification motivée par des faits, ces réponses presque toujours négatives ne sont jamais justifiées, ni sur le plan légal, ni sur celui des faits, ce qui constitue une transgression manifeste de la loi, ainsi qu'une fausse interprétation du décret du 31 décembre 1956 sur les nominations aux postes ecclésiastiques. Les décisions sont prises sans que les parties intéressées soient prévenues ni même mises au courant. Aucun argument, aucune preuve du contraire ne sont pris en considération, lorsque les raisons invoquées pour le refus s'avèrent sans fondement. Dans la plupart des cas, on incrimine les candidats pour chefs ou administrateurs de paroisses du «manque de qualification politique» pour justifier, à l'usage interne, les restrictions dont ils sont l'objet. Depuis 1962, ces refus ont nettement un caractère de représailles pour l'attitude de l'Épiscopat à l'égard des mesures illégales qu'on leur impose, à savoir: l’enregistrement des centres de catéchisme, le contrôle de l'enseignement religieux, les livres d’inventaire.»(Pol.)

Sur un autre plan, voyons ce que disent les uns et les autres, au sujet de la préservation ou de la construction de lieux de culte. (Parlant de construction de chapelles ou d'églises, il faut avoir devant les yeux, non point les villes anciennes, dont le cœur compte de nombreuses églises, mais bien les énormes cités des quartiers nouveaux, érigés en bordure des villes, vastes cités ouvrières, etc.)

Après avoir évoqué la législation soviétique, qui protège officiellement l'usage d'un lieu de culte par la communauté religieuse, les deux prêtres russes poursuivent:

«Néanmoins, malgré la loi, ces droits ont été grossièrement transgressés.

On sait qu'au cours de la période 1961-1964, sur l'initiative personnelle de N. Khrouchtchev, une bruyante campagne de fermeture en masse des églises orthodoxes a été menée dans notre pays.

Durant cette campagne, il a été fermé au moins dix mille églises et plusieurs dizaines de couvents...

Les fondés de pouvoir du Conseil, par voie de «pressions administratives, ont cherché à obtenir des évêques leur consentement à la suppression des paroisses dont on fermait les églises et au transfert dans d'autres paroisses, ou à la mise à la retraite d'office du clergé qui les desservait.

De la sorte, les dirigeants et fondés de pouvoir du Conseil, profitant de ce qu'aux termes des canons ecclésiastiques, une communauté orthodoxe ne peut exister si elle n'a pas à sa tête un prêtre orthodoxe, ont TRANSFORMÉ PRATIQUEMENT LA FERMETURE D'UNE ÉGLISE EN LIQUIDATION DE LA COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE.» (U.S.)

Les évêques polonais, dans un tout autre contexte évidemment, manifestent leur inquiétude au sujet des lieux de culte indispensables à leurs fidèles:

«Contrairement aux principes exprimés dans la circulaire n°3 du 27 mars 1957, au sujet de la construction d'églises et de leurs dépendances,...

On n'accorde pas d'autorisation pour construire de nouvelles églises, et celles qui ont été accordées antérieurement sont annulées sans préavis et sans raccord des parties intéressées, en infraction de la loi spécifiée par l'article 136 du Code de Procédure administrative et sans égard pour les pertes matérielles et morales infligées aux citoyens polonais engagés dans cette affaire (Opole, Czestochowa, Bydgoszcz, et bien d'autres localités).

A Poznan, l'église catholique de Saint-Casimir, construite et gérée par les catholiques depuis 200 ans, relevée des ruines et restaurée à grands frais (...) a été officiellement cédée par le bureau local de l'Office des Cultes à «l'Église Nationale», quoique, selon la loi, «c'est la hiérarchie catholique et non l'Office des Cultes qui pourvoit aux postes ecclésiastiques.»(Pol.)

«Le gouvernement de la République Populaire polonaise ne peut ignorer la liquidation illégale, voire sacrilège et blessante pour les sentiments les plus sacrés du peuple fidèle, des chapelles dans les hôpitaux à Opole, Nysa, Kedzierzyn, par l'ex-salésien Piotek, suivie de la profanation du St-Sacrement; la fermeture de la chapelle au petit séminaire de Katowice, saisie illégalement par l'inspecteur local du Ministère de l'Instruction publique, la liquidation brutale avec confiscation des objets du culte à Syców, Tuczna, Boleslaw, Tawicz, Lipiny, Ludwikow, Varsovie, Poznan, etc.»(Pol.)

Même s'il devait s'agir d'un zèle intempestif de fonctionnaires locaux, le recours auprès des autorités civiles ne devrait-il pas trouver appui? Pourquoi, de tels appels, restent-ils sans écho?

Les faits, reflétant la méthode du Conseil et de l'Office des Cultes, s'alignent. Dans cette courte note, il ne nous est pas possible de les inventorier tous; il s'agit encore, par exemple, des ingérences financières, des preuves manifestes de discrimination après des manœuvres visant à répertorier les fidèles; il s'agit encore des efforts pour mettre en place les hommes-liges du gouvernement aux places clef dans l'Église (si l'effort porte des fruits en Union Soviétique, il s'agit seulement d'une perspective, non encore efficace, en Pologne), il s'agit enfin de la réduction systématique des membres actifs du service pastoral ou, tout au moins, des restrictions imposées à leur ministère. Voyons, pour terminer, un exemple seulement de ce dernier aspect de lutte contre les Églises:

«En 1961, les dirigeants et fondés de pouvoir du Conseil, enfreignant la législation en vigueur, ont restreint la liberté d'exercice des cultes religieux. Ainsi, par exemple dans le diocèse de Moscou à l'occasion d'un nouvel enregistrement du clergé organisé spécialement à cet effet en 1961-62, tous les prêtres ont reçu l'injonction verbale de ne célébrer à domicile les services particuliers - (tels que action de grâces, bénédiction des maisons, parastases, services d'enterrement et de Requiem), ainsi que les Requiem dans les cimetières, que munis, dans chaque cas concret, d'une permission écrite des autorités locales (qui pratiquement, n'est presque jamais délivrée); et le fondé de pouvoir du Conseil pour Moscou et sa région, Trouchine, ne délivrait plus aux prêtres leurs certificats d'enregistrement, qu'après qu'ils s'étaient engagés par écrit à exécuter cette injonction verbale»(U.S.)

«Bien que la Constitution garantisse à l'Église la liberté d'exercer ses fonctions pastorales, l'enseignement religieux se heurte à de continuelles chicanes amoncelées par les organes administratifs de l'Office des Cultes...

Les fonctionnaires d'État, ainsi que les membres de la milice civique qui envoient leurs enfants au catéchisme et qui pratiquent leur religion, sont soumis à une surveillance étroite et souvent licenciés...

Contrairement aux instructions du ministre de la Santé et des Assurances sociales du 3 décembre 1956, on multiplie des directives et des instructions qui violent la liberté de conscience et de confession, en privant les catholiques hospitalisés de l'assistance des aumôniers ou bien en paralysant leur ministère. Les aumôniers d'hôpitaux qui, conformément aux instructions et mises au point du ministère de la Santé, réclament l'autorisation de visiter les malades, se voient relevés de leur fonctions, sans préavis et sans explication, à moins qu'on n'évoque, comme raisons de ce licenciement, des difficultés budgétaires. De ce fait, les catholiques hospitalisés sont privés de toute assistance religieuse.

Les personnes détenues en prison sont entièrement privées de secours religieux. Les prêtres chargés du ministère pénitentiaire se voient refuser l'entrée des prisons.(...)

Pendant les colonies de vacances, les enfants catholiques sont privés de messe, même le dimanche, soit que les moniteurs aient reçu l'ordre de ne pas les laisser aller à l'église, soit par l'organisation de promenades ou d'excursions obligatoires, à l'heure des offices paroissiaux.» (Pol.)

La lettre de l'Épiscopat polonais datait du 29 avril 1965, celle des deux prêtres russes, adressée aux dirigeants de l'U.R.S.S. est datée du 15 décembre 1965. L'écho de cette dernière lettre a été répercuté comme un S.O.S., en Occident. Nous sommes reconnaissants à ces deux jeunes prêtres de l'Église orthodoxe russe, Nicolas Echlimann et Gleb Yakounine(1) d'avoir assumé ce risque d'oser élever la voix pour dire aux dirigeants de leur peuple, mais aussi à tous les frères chrétiens du monde, la détresse de leur Église. Nous leur sommes reconnaissants parce que leur voix, c'est LA VOIX DE L'ÉGLISE DU SILENCE, celle-là qu'une écoute attentive permet d'entendre parfois; parce qu'elle porte avec elle tous les silences de tous les frères qui souffrent pour la foi, et qu'elle ranime notre sens de responsabilité à leur égard et notre volonté de participer à leurs souffrances et à leur effort pour survivre. Nous entendons, en ces jours du Millénaire de la Pologne, cette voix de L'ÉGLISE DE LA PATIENCE, qu'est l'Église en Pologne. Car, il faut le dire, si ces documents expriment bien des difficultés auxquelles les Églises ont à faire face, elles continuent à vivre pourtant, elles poursuivent, comme elles le peuvent, leur effort pastoral, des chrétiens demeurent fervents et sont, dans ce monde-là, les nouveaux témoins de l'Évangile. N'est-ce pas cela qu'expriment alors ces lignes d'un prêtre polonais, parlant des jeunes avec lesquels il est en contact: «…pleins de courage, de foi, témoignage vivant du Christ dans leur milieu, malgré le risque et les difficultés».
(1) Aux toutes dernières nouvelles, ces deux prêtres auraient été suspendus de leurs fonctions par le Patriarche. On peut imaginer la pression qui a été exercée sur le Patriarcat pour le contraindre à cette décision.

 Que de tels appels ne soient pas vains. Puissent-ils trouver écho dans le cœur de ceux qui détiennent le pouvoir, afin qu'en modifiant leur attitude, ils puissent témoigner de leur désir sincère d'un dialogue. Puissent-ils surtout trouver écho en nos âmes. En communion avec nos frères chrétiens, engageons-nous aussi dans le risque de la foi!

le millénaire de la Pologne

«Cette année, la nation polonaise célèbre le millénaire de sa conversion au Christianisme ... Les catholiques de Pologne commémorent le millénaire de leur conversion à un moment très difficile de leur histoire. Il faut qu'ils continuent à témoigner de leur foi dans un pays qui, à la suite de graves bouleversements, connaît une situation pénible et un régime hostile à cette foi; ce qui exige d'eux un courage et une ténacité exceptionnels.

Depuis sa conversion, la Pologne, seul pays resté entièrement catholique à l'Est de l'Europe, est demeurée fidèle au Christ et à son Église malgré les influences subies et les menaces qui lui sont venues de toute part au cours de son histoire.

La commémoration du millénaire de la conversion de la Pologne est une occasion pour nous de prendre conscience des liens qui nous unissent à la nation polonaise, de lui témoigner notre amitié et de lui venir en aide par tous les moyens que les circonstances commandent, mais surtout par une fervente prière pour que cette noble nation puisse rester fidèle à la grâce du baptême, qu'elle a reçue il y a mille ans.»
Extrait de la Lettre collective des évêques de Belgique, donnée à Malines, le 13 avril 1966.

que dit-on de la religion à l'est ? (1)
(1) Textes et photos reproduits d’un livre intitulé «Putováni Ceskoslovenskem», paru en Tchécoslovaquie.  Texte de Aloïs Svoboda et Anna Tucková

L’OBSCURANTISME

silhouettes skis

«Voici les sombres silhouettes en habits noirs de fête, en chemin vers l'église. Autrefois, c'était le seul lieu de rencontre des gens dans le pays. Les skieurs joyeux sur les pistes de neige. - Ce sont deux visages d'un dimanche de fête de Noël. Mais bientôt, il n'y aura qu'une seule différence entre un jour de fête d'hier et d'aujourd'hui. Les sentiers qui conduisent vers l'église seront toujours moins battus, les jeunes préfèrent le dimanche matin un camp sportif ou le cinéma. Les visiteurs de l'église seront toujours plus âgés.

Beaucoup savent déjà que prier Dieu pour avoir du pain, du travail ou la santé n'a aucun sens. Quand il y avait du chômage, ni celui qui priait, ni celui qui blasphémait ne trouvait du travail. Le pain quotidien est suffisant pour chacun, même sans prière; c'est assez de prêter la main au travail. Et pour la santé, c'est plus utile de respirer l'air de la montagne que les plus ferventes aspirations vers St-Thaddée. Ceci, la majeure partie de la population l'a compris, et le témoignage en est l'afflux massif vers la montagne. Chaque samedi, les routes retrouvent la migration des foules populaires.

Sans exorcisme, sans pèlerinage et sans eau bénite, croît une nouvelle génération, plus grande de quelques centimètres, et beaucoup plus saine que ne le furent ses aïeux. Et même, aujourd'hui, ceux qui vont à l'église, quand une angine les saisit, ne prient pas le chapelet, mais recourent plutôt à une injection de pénicilline».

UN VESTIGE

«Une fête des temps passés, et un moment solennel d'aujourd'hui! Chaque jour aussi se trouvent en Slovaquie ou dans d'autres pays des processions mais la longueur du cortège diminue chaque jour, diminue le nombre des musiciens et des participants. Aujourd'hui, il y a assez d'occasions pour chacun de s'exhiber dans ses nouveaux atours, et les jeunes peuvent faire connaissance ailleurs que dans un pèlerinage. Ceux qui croient qu'un pèlerinage de prière pourrait faire pleuvoir, pourraient facilement être comptés! Le 1er mai est une fête plus grande que celle de la Fête-Dieu. Et, pour le cortège de croyants, il n'y a plus de spectateurs ... »

course

«La course cycliste intéresse beaucoup de gens! Combien de drapeaux, d'encouragements, de masses de fleurs, combien de décorations sur le parcours de la course, à travers Varsovie, Berlin et Prague! Et combien de personnes attendent des heures et des heures le moment où le peloton des cyclistes va défiler à grande vitesse devant elles.»

MARXISME ET ATHÉISME

«Dans quelle mesure l'athéisme doit-il être considéré comme fondamental?

J'ai l'impression, à la façon dont le marxisme m'apparaît, qu'il faut répondre affirmativement à cette question. Si vous supprimez l'athéisme dans le marxisme, vous n'avez plus le marxisme... Toute croyance en Dieu est, ipso facto, tromperie et fait partie de ce mécanisme de mensonge et d’illusion...(...)

Dans le marxisme, l'homme doit s'interpréter à partir de lui-même, et lorsqu'il ne le fait pas, cela veut dire qu'il se masque sa condition, que, pour une raison ou l'autre, il se trouve incapable de transformer sa condition et rêve d'une transformation imaginaire. On comprend donc que la religion ait une fonction sociale, celle de l’illusion.(...)

Donc, le marxisme est intrinsèquement athéisme, et de plus, il comporte une interprétation de la religion: l'homme avait besoin de la religion dans la mesure où il n'était pas capable de prendre son sort en main, et l'homme ne pouvait surmonter l'aliénation parce que l'histoire n'était pas encore assez mûre».

(Prof. Jean LADRIERE, dans:
«Anthropologie du marxisme et le marxisme soviétique».
Ad Lucem, 1962).

leur voix

LE SENS DE L’ÉPREUVE

Une religieuse, vivant dans des conditions d'existence très difficiles et dures, médite sur la volonté du Seigneur:

« Nous ne savons pas ce qui est bon pour nous, nous ne comprenons pas bien le bien de l'épreuve et de la souffrance, mais Jésus lui-même a dit à sainte Catherine de Sienne: «pourquoi te préoccuper? Crois-tu que je ne saurais pas et que je ne pourrais pas trouver la meilleure manière de réaliser mes intentions et mes décisions?» Seuls nous, les hommes, nous avons tant de hâte, spécialement nous autres, les hommes de notre siècle, qui voulons tout régler par l'exprès, au moyen de la radio et du télégramme. Nous voulons traiter ainsi avec le ciel, et nous sommes là, répétant toujours: maintenant, maintenant. Au contraire. Chaque chose à son heure, dans les inscrutables desseins de Dieu!»
(Une religieuse de l'Est.)

PRIE POUR NOUS

«En pensée, je suis avec toi matin et soir, chaque jour je prie pour toi aussi, j'espère que toi aussi tu te souviens de nous dans tes prières. Sinon, il nous serait impossible, à notre époque, de trouver tant de force dans la foi et tant d'élan pour nous efforcer de compléter notre instruction religieuse, spécialement là où se situent les lacunes.

Prie encore pour nous -, mais ne te fais point de soucis à notre égard.

Nous sommes plus fervents et plus diligents qu'il y a un an. Quelques-unes de ces pensées que tu nous as dites, nous semblaient impossibles à assumer. Maintenant, ce nous semble une chose évidente. Vivre sans péché mortel, cela a été pour moi un problème. Tu connais du reste notre problème familial, dont nous avons parlé ensemble. Aujourd'hui, néanmoins, nous ne pourrions pas penser à ne pas communier chaque dimanche. C'est curieux, mais nous sommes convaincus que cela, c'est un effet de la prière...».
(Lettre d'une convertie)

ÉPREUVE ET ESPERANCE

«Lundi dernier, j'assistais aux funérailles de Z. Depuis longtemps, je n'avais pas pleuré comme en ce moment où quatre prêtres, portant la bière, sortirent de l'église. Dans mon âme, je revoyais alors toute la vie de ce prêtre: le camp de concentration nazi, puis neuf années de prison à L., et ces dernières années, ce labeur d'un travailleur manuel, lui le spécialiste en mathématiques et tout avec le sourire!

Il y a tant de souffrance muette dans ce pays! Et ceci, c'est ma seule Espérance pour l'avenir. Déjà aujourd'hui, l'on peut remarquer la grande faim de la jeunesse pour les choses spirituelles. Aux jeunes, ne suffisent plus la nourriture et la boisson, ils veulent quelque chose de plus.

Sera-ce à nous encore de le leur donner? Ou bien sera-ce la génération qui viendra après nous? L'amour de Dieu nous a-t-il destiné à être les hommes d'une grande aventure?.. Je pense, Moïse, qui a marché 40 ans avec son peuple, il lui a été donné d'entrevoir la Terre Promise, mais non d'y entrer. Nous sera-t-il concédé d'apercevoir la Terre Promise, ou bien y entrerons-nous?

Avec les armes de la pureté, de la foi, de la fidélité, nous voulons, dès aujourd'hui, fonder invisiblement mais solidement l'édifice de l'Église dans notre cher pays. Peu importe comment le Seigneur le stabilisera, pourvu que Jésus soit aimé de notre peuple».
(D'un prêtre à l'Est.)

DES JEUNES DANS UN CONTEXTE TRÈS DIFFICILE

«Dans cette situation tellement silencieuse, notre vie spirituelle est assez active et vivante parmi la jeunesse. Les jeunes lisent, écrivent, copient des livres, les divisent en petits fascicules pour élaborer plus facilement et plus rapidement divers thèmes. Nous avons reçu les encycliques, soit de Jean XXIII, soit de Paul VI et maintenant je viens de lire la première partie de ce que l'un d'entre nous a élaboré sur le Concile. Ce travail est très bien compilé de divers matériaux de travail et notices. La grâce de Dieu travaille. Je vous l'écris, non pour nous vanter, mais pour vous encourager dans votre activité. Nous suivons tout ce que vous faites avec une telle avidité!

Les jeunes de notre région qui ont demandé l'an dernier et encore cette année d'être admis au séminaire, ont été refusés. L'État estime qu'il a fait beaucoup de dépenses pour eux, en investissant dans leurs études à l'université.

Je pourrais pleurer pourtant parfois quand je vois comment est éduquée notre jeunesse. Les éducateurs et tout le personnel nourrissent cette jeunesse de phrases stériles, sans lui donner un fondement moral... Comment s'étonner alors que se développent des caractères diaboliques...

D'un autre côté, pourtant, il y a tant de jeunes qui communient chaque jour! Certes, chacun a son avis propre sur la manière d'assainir le monde. Nous devons avoir une foi forte, et nous devons prier assidûment, pour que le règne des cieux pénètre au plus vite en nos cœurs. Jusqu'à ce que ceci se réalise, nous restons unis avec toi et avec tous nos frères, dans l'amour du cœur de Jésus et de la Ste Vierge. Que la paix, la joie et l'amour soient toujours avec vous ... »
(D'un prêtre de l'Est.)  

JE REÇUS LA VISITE D’UN JEUNE PRÊTRE

«J'étais d'abord un peu méfiant, car j'entendais de lui des choses qui me semblaient incroyables. Mais il terminait en disant: «ne nous oubliez pas! ». «Comment peut-on vous aider?» - « Il ne s'agit pas d'une aide financière, mais surtout de livres, de livres religieux, pour nous-mêmes, pour parfaire la formation spirituelle tout-à-fait insuffisante que nous avons reçue au séminaire (les manuels étaient périmés, et les maitres âgés!), et nous nous trouvons devant tellement de problèmes. Des livres, des bons livres, des livres! ! Si nous ne recevons pas de tels livres, nous serons incapables de conduire ceux qui nous sont confiés et nous rencontrons tant et tant de problèmes dans notre ministère. Déjà, le régime actuel a influencé directement ou indirectement certains de nos confrères, et peut-être certains d'entre eux sont-ils compromis? (mais il disait cela avec beaucoup de nuances). La tactique actuelle du régime est celle-ci: par ses nominations, il combine exprès des équipes sacerdotales ainsi conçues: un prêtre zélé, plus un prêtre plus ou moins faible ou inféodé au régime. Ceci, pour établir une certaine surveillance. Un vicaire zélé reçoit un curé qui ne l'est pas. Dans le ministère même, vous ne pouvez pas savoir ce que l'on peut être vraiment enchaîné par cette manière de faire. Je vous citerais cet exemple: ce jour-là, il y avait foule pour se confesser. Quatre heures durant, nous nous étions tenus au confessionnal. Mais le curé vint et m'interdit d'y demeurer encore, il fallait rentrer. Mais, comme je quittais l'église, je voyais venir les gens, je ne savais que faire... Je suis revenu alors, et pendant deux heures encore j'ai confessé. Mais le curé s'est mis en colère. Lui avait reçu des instructions, il devait les suivre... On ne peut servir deux maîtres à la fois!

Je me sentais prêt à pleurer, car pendant ces deux heures, j'avais confessé des gens qui ne s'étaient plus confessés depuis 10, 20 ans. Quand ils avaient vu que le curé quittait l'église, ils s'étaient approchés, profitant du fait que je restais là, à leur disposition... Un jour, un communiste vint se confesser à moi. Il me disait: je suis venu me confesser, avec un cœur sincère pour confesser mes péchés, et avec le désir sincère de mieux faire. Mais finalement, tel prêtre m'a refusé l'absolution. Que puis-je faire? Vraiment, tout espoir est-il perdu pour moi?... Tant de cas délicats, nous en rencontrons dans notre ministère, on pourrait faire tant de bien, mais cela supposerait que le clergé fut assez formé et informé pour pouvoir aider...

Beaucoup de gens attendent quelque chose de nous! Il y a tant de problèmes. Tant de choses qui ne nous furent pas dites, au séminaire. Nous ne sommes pas prêts. On comprend nos professeurs, faute de moyens, ils ne pouvaient pas nous donner cela. La misère pour nous, ce n'est pas tellement la misère matérielle, c'est une profonde misère intellectuelle, spirituelle. Parfois, après avoir écouté Radio Vatican, j'en expose quelque chose aux fidèles. Mais les gens viennent et interrogent: d'où avez-vous appris cela? Il est très difficile de leur répondre.

Nous sommes arrivés déjà au bout de nos forces, de nos ressources et possibilités. Le monde s'est développé si rapidement, l'Église a pris de telles ouvertures, et nous, nous sommes coupés de tout cela. Et tant de problèmes! Nous ne sommes pas informés. Quand des gens viennent et interrogent, force nous est de leur dire, souvent: patientez, je vais essayer de m'informer. Aidez-nous à solutionner ces difficultés. Je ne suis pas seul dans cette situation. Tous ceux qui veulent travailler dans la vigne du Seigneur sont dans la même situation. Si nous ne recevons pas cette information, très vite, que pourrons-nous faire? Peu importe en quelle langue, il se trouve toujours des gens pour traduire! Il nous faut cette aide, le plus rapidement possible. Si l'aide tarde, faute de cette nourriture spirituelle, beaucoup de prêtres risqueront de tomber dans l'errance. Et alors, ils sont tentés de rechercher dans les biens matériels ce qu'ils ne peuvent trouver dans le spirituel. Il semble d'ailleurs que le régime fasse tous ses efforts pour détourner les prêtres de l'activité spirituelle, pour les forcer à s'occuper de choses marginales, à l'exclusion des choses spirituelles.

Venez à notre aide !
(d’un visiteur à l’Est, rapportant les dires d’un jeune prêtre)

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